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3° Première parabole du royaume des cieux : le semeur, ℣℣. 3b-9.

Parall. Mc 4.3-9 ; Lc 8.5-8.

Voici que le semeur est sorti pour semer.

Ecce exiit qui seminat, seminare.

'Iδού, έξη̃λθεν ό σπείρων του̃ σπείρειν

13.3b. — Cette parabole, qui nous fait assister à la formation du royaume des cieux sur la terre dans ses premiers éléments, ouvre d’une manière très naturelle le groupe des comparaisons relatives à l’empire messianique. Le début en est simple, mais expressif. — Ecce exiit qui seminat. On voit le semeur, en grec ό σπείρων, le semeur en général, qui sort de sa maison, portant la semence qu’il va confier à la terre, et se dirigeant vers son champ. Bientôt l’opération commence, et nous en apprenons les résultats immédiats.

Et pendant qu'il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin ; et les oiseaux du ciel vinrent, et la mangèrent.

Et dum seminat, quædam ceciderunt secus viam, et venerunt volucres cæli, et comederunt ea.

καὶ έν τω̣̃ σπείρειν αύτὸν ὰ μὲν έπεσεν παρὰ τὴν όδόν, καὶ η̃λθεν τὰ πετεινὰ καὶ κατέφαγεν αύτά

13.4.Quædam, scil. « grana » ; ά̀ μὲν dans le texte grec est pris substantivement. — Secus viam. Non pas sur le chemin même, mais sur les bords, à l’endroit où le champ et la route qui le traverse ou qui le longe se rejoignent. — Et venerunt volucres cœli… Ce grain étant demeuré à la surface du sol durci, que la charrue n’avait pas remué, ne tarda pas à devenir la pâture des oiseaux. En Orient beaucoup plus qu’en Occident, le semeur est entouré d’une multitude de passereaux ou d’autres oiseaux semblables qu’il tâche, mais en vain, d’effrayer par des cris sans cesse répétés, et qui lui dévorent, d’après ses calculs, au moins un quart de son grain.

Une autre partie tomba dans des endroits pierreux, où elle n'avait pas beaucoup de terre ; et elle leva aussitôt, parce que la terre n'avait pas de profondeur ;
mais, le soleil s'étant levé, elle fut brûlée, et comme elle n'avait pas de racine, elle sécha.

Alia autem ceciderunt in petrosa, ubi non habebant terram multam : et continuo exorta sunt, quia non habebant altitudinem terræ :
sole autem orto æstuaverunt ; et quia non habebant radicem, aruerunt.

άλλα δὲ έπεσεν έπὶ τὰ πετρώδη όπου ούκ εί̃χεν γη̃ν πολλήν, καὶ εύθέως έξανέτειλεν διὰ τὸ μὴ έχειν βάθος γη̃ς·
ήλίου δὲ άνατείλαντος έκαυματίσθη καὶ διὰ τὸ μὴ έχειν ρ́ίζαν έξηράνθη

13.5-6.Alia autem ; άλλα δὲ, au lieu de ὰ δὲ qu’on s’attend à rencontrer après ὰ μὲν. Une autre partie du grain tomba donc in petrosa ; il faut entendre par là, comme l’indique le contexte, non pas un sol plus ou moins mélangé de cailloux, mais une surface continue de rochers simplement recouverts d’un peu de terre végétale. Ce second terrain est assurément préférable au chemin battu ; toutefois les résultats seront tout aussi désastreux. — Continuo exorta sunt quia… C’est un fait d’expérience que la semence placée en de telles conditions germe avec une rapidité surprenante, car elle est à l’aise et subit sans aucune perte les influences d’abord toute salutaires de la chaleur. Au printemps, les rochers de la Palestine sont les premiers couverts d’une douce verdure. Mais la mort est aussi prompte que l’avait été la première croissance. — Sole orto æstuaverunt. Les autres plantes subissaient aussi l’influence brûlante du soleil oriental ; mais, vivant sur un sol profond, elles avaient la ressource d’aller puiser, à l’aide de leurs racines, un peu d’humidité souterraine qui suffisait pour les empêcher de périr. Privées de ce secours parce que le roc sur lequel elles étaient tombées ne leur avait permis d’émettre que des radicules insuffisantes, nos pauvres herbes furent brûlées au-dedans comme elles l’avaient été au-dehors, et bientôt elles se desséchèrent complètement. Pline avait observé la fréquence de ce phénomène dans la province de Syrie : « In Syria, levem tenui sulco imprimunt vomerem, quia subest saxum exurens æstate semina[483] ».

Une autre partie tomba dans des épines, et les épines grandirent et l'étouffèrent.

Alia autem ceciderunt in spinas : et creverunt spinæ, et suffocaverunt ea.

άλλα δὲ έπεσεν έπὶ τὰς άκάνθας καὶ άνέβησαν αί άκανθαι καὶ άπέπνιξαν αύτά

13.7.In spinas, d’après le grec έπὶ τὰς άκάνθας, sur les épines ; c’est-à-dire, parmi les raicines ou les graines d’herbes et d’autres plantes épineuses. La situation est donc meilleure, au premier coup d’œil, que dans les deux cas antérieurs. La terre abonde et même la bonne terre. Le mal consiste dans ce que Columelle nommait « angentem herbam », par conséquent dans le manque de culture suffisante. — Et creverunt spinæ ; les chardons et les ronces croissent en même temps que la bonne semence à laquelle ils fournissent d’abord une ombre avantageuse. Mais ces voisins dangereux acquièrent en quelques jours une croissance considérable, enlacent de tous côtés la frêle tige du blé, la privent d’air et de lumière et finissent par l’étouffer.

Seminibusque aliis contingunt aspera rura
Sentibus hic spinisque feris. Velocius exit
Roboris augmentum frugemque internecat angens.

--Juvencus.

Une autre partie tomba dans une bonne terre, et elle donna du fruit, quelques grains rendant cent pour un, d'autres soixante, d'autres trente.

Alia autem ceciderunt in terram bonam : et dabant fructum, aliud centesimum, aliud sexagesimum, aliud trigesimum.

άλλα δὲ έπεσεν έπὶ τὴν γη̃ν τὴν καλὴν καὶ έδίδου καρπόν, ὸ μὲν έκατόν, ὸ δὲ έξήκοντα ὸ δὲ τριάκοντα

13.8.Alia autem… in terram bonam. Jusqu’ici tout a péri, parce que le grain avait été ensemencé dans îles conditions mauvaises ; heureusement le reste de la semence tombe sur une terre bonne, fertile et bien préparée : l’espoir du semeur ne sera donc pas totalement frustré. — Dabant fructum. Sans parler de la croissance qui a été tout à fait prospère, rien n’étant venu la gêner, le divin orateur passe immédiatement à la récolte, dont il mentionne les résultats variés. — Aliud trigesimum, aliud… Un sol qui produit trente, soixante et surtout cent pour un, doit être doué d’une grande fécondité. Cependant les deux derniers de ces chiffres ne sont nullement un embellissement poétique ; ils n’ont rien de surprenant pour la contrée où se trouvait alors Jésus-Christ, ni pour la Palestine en général, dont la fertilité est si fréquemment vantée soit par la Bible, soit par les écrivains profanes de l’antiquité, soit par les voyageurs modernes. « Uber solum, exuberant fruges[484] », disait Tacite. Isaac n’avait-il pas autrefois récolté « in centuplum » aux environs de Gerara[485] ? En mentionnant ces trois divers degrés de production, Jésus faisait-il allusion aux rendements inégaux d’une même espèce de semence, ou bien voulait-il parler de trois semences distinctes ? La première de ces interprétations semble plus conforme au texte de la parabole, où il n’est question que d’une seule sorte de grains ; toutefois rien ne s’oppose non plus à ce qu’on admette trois sortes de semences qui correspondraient aux trois degrés de fertilité. Plusieurs voyageurs nomment l’orge, le froment et le doura (petit maïs blanc) qui rendent habituellement en Palestine « trigesimum » (l’orge), « sexagesimum » (le froment) et « centesimum » (le doura)[486].

Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende.

Qui habet aures audiendi, audiat.

ό έχων ώ̃τα άκούειν, άκουέτω

13.9.Qui habet aures… Cf. Mt 11.15. En achevant cette première parabole, le Sauveur invite ses auditeurs à réfléchir, à se demander ce qu’elle signifie et les motifs pour lesquels une quantité si considérable de la semence n’a rien produit. — Telle est la parabole du semeur, dont Jésus-Christ lui-même daignera nous donner un peu plus bas un commentaire authentique, ℣. 19 et ss. Elle nous montre le caractère intime, familier en même temps que profond, du nouveau genre oratoire adopté par Notre-Seigneur. Plusieurs pèlerins distingués ont fait ressortir la couleur locale dont elle est empreinte. M. Stanley, décrivant les bords du lac de Tibériade, s’exprime ainsi : « Un petit enfoncement au pied de la colline, non loin de la plaine, m’a révélé tout à coup dans le détail, et avec un ensemble que je ne me souviens pas d’avoir rencontré ailleurs en Palestine, chacun des traits de la parabole. Il y avait le champ de blé ondulant, qui descendait jusqu’au rivage. Il y avait le chemin battu qui le traversait, sans mur ni haie pour empêcher la semence de tomber çà et là sur ses bords : il était durci par le passage perpétuel des chevaux, des mulets et des pieds humains. Il y avait la bonne terre qui distingue toute cette plaine (de Gennésareth) des montagnes nues d’alentour, et qui produit une vaste quantité de blé. Il y avait le sol rocailleux qui, se détachant de la colline, s’avancait de divers côtés à travers le champ. Il y avait les larges buissons d’épines qui s’élevaient parfois au beau milieu du blé doucement agité[487] ». De la barque sur laquelle il était assis, Jésus n’avait donc qu’à lever les yeux et qu’à décrire la scène qui se dressait en face de lui.

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