Il leur proposa une autre parabole, en disant : Le royaume des Cieux est semblable à un grain de sénevé, qu'un homme a pris et semé dans son champ.
Aliam parabolam proposuit eis dicens : Simile est regnum cælorum grano sinapis, quod accipiens homo seminavit in agro suo :
̋Αλλην παραβολὴν παρέθηκεν αύτοι̃ς λέγων, ʻOμοία έστὶν ή βασιλεία τω̃ν ούρανω̃ν κόκκω̣ σινάπεως ὸν λαβὼν άνθρωπος έσπειρεν έν τω̣̃ άγρω̣̃ αύτου̃·
13.31. — Aliam parabolam. Saint Jean Chrysostome marque en ces termes la connexion qui existe entre cette parabole et les deux précédentes : « Quia dixit ex semine tres partes perire unamque servari, et in hac quoque servata parte tot tantaque imminere detrimenta, ne dicerent : Et quinam quantoque numero fideles erunt ? hunc quoque metum aufert, illos per parabolam sinapis ad fidem inducens, ostendensque prædicationem ubique pervasuram esse. Ideo oleris imaginem in medium adduxit huic argumento admodum opportunam[504] ». Il s’agit donc pour la troisième fois de semence mais tandis que les deux premières paraboles avaient reçu des développements assez con-sidérablés, celle-ci et les quatre suivantes sont simplement dessinées d’après leurs principaux contours. — Grano sinapis. La plante qui sert de base à cette parabole est, suivant toute probabilité, la « sinapis nigra » de Linné, la moutarde, comme nous l’appelons vulgairement en France. On l’a toujours volontiers cultivée dans les jardins de Palestine : elle croit même à l’état sauvage dans la plus grande partie de l’Orient. Sa graine consiste en de petits globules ronds, renfermés dans une gousse, au nombre de 4 à 6.
C'est la plus petite de toutes les semences ; mais lorsqu'elle a crû, elle est plus grande que tous les autres légumes, et elle devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter sur ses branches.
quod minimum quidem est omnibus seminibus : cum autem creverit, majus est omnibus oleribus, et fit arbor, ita ut volucres cæli veniant, et habitent in ramis ejus.
ὸ μικρότερον μέν έστιν πάντων τω̃ν σπερμάτων όταν δὲ αύξηθη̣̃ μει̃ζον τω̃ν λαχάνων έστὶν καὶ γίνεται δένδρον ώστε έλθει̃ν τὰ πετεινὰ του̃ ούρανου̃ καὶ κατασκηνου̃ν έν τοι̃ς κλάδοις αύτου̃
13.32. — Quod minimum quidem est… Cette graine, continue le Sauveur, est la plus petite de toutes les semences. Le grec a seulement le comparatif μικρότερον ; mais cela ne change rien au sens, ce comparatif étant évidemment employé pour le superlatif μικρότατον. En soi et d’une manière absolue, il n’est pas exact de dire que la graine de senevé est la plus petite de toutes ; c’est du moins l’une des plus menues parmi celles que l’on semait en Orient : aussi était-elle devenue proverbiale pour désigner une quantité à peine perceptible. « Pro quantitate grani sinapis, pro quantitate guttulæ sinapis », ces formules reviennent à chaque instant dans le Talmud, comme synonymes d’une dimension très minime. Le Coran parle dans le même sens, Surate 31. Cf. Mt 17.20. Jésus-Christ emploie donc cet exemple à la façon de ses compatriotes. Or, « in proverbialibus sententiis, non solemus philosophice et subtiliter, sed populariter et ex vulgi opinione loqui », Maldonat ; cf. Lightfoot, Hor. Talmud. in Matth. h.l. — Omnibus seminibus : cet ablatif est irrégulier ; mais le traducteur latin a conservé avec le superlatif la construction exigée par le comparatif. — Quum creverit, lorsqu’il sera parvenu à sa pleine croissance. — Majus est omnibus oleribus ; assertion qui se réalise à la lettre en Palestine, comme nous l’apprennent de nombreux documents anciens et modernes. La « sinapis nigra » atteint facilement là-bas une hauteur de dix pieds. Les voyageurs Irby et Mangles rencontrèrent dans la vallée au Jourdain une petite plaine qui en était couverte, et cette plante montait aussi haut que la tête de leurs chevaux. Le Dr Thomson en vit d’autres échantillons qui dépassaient la tête d’un cavalier. Ces traits nous aident à comprendre les faits suivants racontés par le Talmud : « R. Simon dixit : Caulis sinapis erat mihi in agro meo, in quam ego scandere solitus sum, ita ut scandere solent in ficum », Hieros. Peah, f. 20, 2. « Dixit R. Joseph exemplum esse de aliquo quod reliquerit ei pater ejus tres caules sinapis, e quibus avulso uno, inventi, erant in eo novem cabi seu modii sinapis, et lignis ejus contexebant tabernacula figulorum », Kethub., f. 3, 2. — Et fit arbor. Plusieurs auteurs, prenant ces mots à la lettre, ont supposé que Jésus voulait parler dans cette parabole, non de la plante herbacée que nous avons décrite, mais d’un arbre proprement dit, de l’arbre à moutarde ou « Salvadora persica » qui croît en divers endroits de la Terre Sainte, et spécialement aux environs de la mer Morte. Toutefois, cette opinion est communément rejetée par les exégètes, soit parce que Notre-Seigneur a lui-même formellement classé parmi les légumes (« majus est omnibus oleribus ») le végétal auquel il emprunte les divers traits de cette parabole, soit parce que l’expression « fit arbor » est suffisamment justifiée par les dimensions prodigieuses auxquelles le sénevé parvient en Orient. — Ita ut volucres cœli… Trait gracieux qui a pour but de montrer les développements considérables de ce qui n’était naguère qu’une graine bien petite : Maldonat le confirme d’après des scènes dont il avait été fréquemment témoin en Espagne. « Amant vehementer aves ejus (sinapis) granum : itaque quum fervente aestate maturavit, in ejus ramis ut semen edant insidere solent : quas etiamsi multae sint, possunt infracti sustinere », Comm. in h.l. — Et habitent… Ils s’y perchent non seulement pour manger plus commodément les graines, mais pour y passer la nuit. « Habitare » n’a pas ici le sens de « nidulari » que lui attribuent quelques exégètes à la suite d’Erasme. — Le but de cette parabole est facile à découvrir : de même qu’un grain de senevé, malgré sa petitesse proverbiale, donne bientôt naissance à une plante qu’on peut comparer à un arbre ; de même le royaume des cieux, faible et à peine perceptible à son début, acquiert en peu de temps des proportions étonnantes. et tous les peuples (έθνεα πολλὰ πετεινών, Hom.) viennent lui demander un abri. Les Pères ont exprimé cette idée avec leur éloquence accoutumée : « Prædicatio Evangelii minima est omnibus disciplinis. Ad primam quippe doctrinam, fidem non habet veritatis, nominem Deum, Deum mortuum, et scandalum crucis prædicans. Confer hujuscemodi doctrinam dogmatibus philosophorum et libris eorum, splendori eloquentiæ et compositioni sermonum, et videbis quanto minor sit ceteris seminibus sementis Evangelii. Sed illa quum creverit, nihil vividum, nihil vitale demonstrat, sed totum flaccidum marcidumque. Hæc autem prædicatio, quæ parva videbatur in principio, quum vel in anima credentis vel in toto mundo sata fuerit, non exsurgit in olera, sed crescit in arborem ». Saint Jérôme, Comm. in h.l. Cf. August. Serm. xliv, 2.