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4° La première multiplication des pains.

Mt 14.13-21. Parall. Mc 6.30-44 ; Lc 9.10-17 ; Jn 6.1-13.

Jésus, l'ayant appris, partit de là dans une barque, pour Se retirer à l'écart dans un lieu désert ; et les foules, l'ayant appris, Le suivirent à pied des villes voisines.

Quod cum audisset Jesus, secessit inde in navicula, in locum desertum seorsum : et cum audissent turbæ, secutæ sunt eum pedestres de civitatibus.

καὶ άκούσας ό 'Iησου̃ς άνεχώρησεν έκει̃θεν έν πλοίω̣ είς έρημον τόπον κατ' ίδίαν· καὶ άκούσαντες οί όχλοι ήκολούθησαν αύτω̣̃ πεζη̣̃ άπὸ τω̃ν πόλεων

14.13. — Nous trouvons ici pour la première fois les quatre Évangélistes en parallélisme, car le fait suivant est le premier de ceux que saint Jean raconte de concert avec les synoptiques. — Quod quum audisset. Le pronom conjonctif « quod » ne retombe pas uniquement sur la mort de saint Jean-Baptiste, qui a été rapportée en dernier lieu, mais aussi sur l’opinion d’Hérode, dont il a été question au début du chapitre, ℣℣. 1 et 2. C’est en effet à propos de cette opinion singulière que saint Matthieu a inséré dans sa narration le supplice du Précurseur. Cependant, il est probable que Jésus apprit vers la même époque, sinon en même temps, les deux nouvelles ; c’est-à-dire que Jean-Baptiste avait été décapité et qu’Hérode était vivement désireux de le voir lui-même, afin de s’assurer s’il n’était pas sa victime ressuscitée. Lc 9.9. La manière dont les faits sont enchaînés dans l’Évangile semble nous donner le droit de conclure qu’ils n’avaient été séparés en réalité que par de courts intervalles. Quoi qu’il en soit, la première multiplication des pains eut lieu, d’après une précieuse notice chronologique de Jn 6.4, peu de temps avant une Pâque que l’on croit être la seconde de la Vie publique du Sauveur. Voir dans l’Introduction générale notre Harmonie évangélique. — Secessit inde. Le motif de cette prompte retraite est suffisamment indiqué dans le contexte. Jésus paraît avoir voulu éviter le voisinage d’Hérode, prévoyant que ce prince, simplement curieux dans le principe, ne tarderait pas à lui devenir tout à fait hostile et à entraver son œuvre avant que son heure fût venue. Saint Marc, Mc 6.30-31, suggère une autre raison. Les Apôtres étaient venus récemment rejoindre leur Maître, après avoir achevé avec succès leur grande mission ; mais ils étaient fatigués et avaient besoin de repos. Notre-Seigneur se décide donc à gagner aussitôt la rive orientale du lac qui était beaucoup moins habitée. Là, il trouvera sans peine un lieu désert où ses disciples jouiront d’un peu de calme ; là il ne sera plus sur le territoire d’Antipas, mais sous la juridiction du tétrarque Philippe, le seul des Hérodes qui ne fût pas cruel. « Inde » désigne l’endroit où Jésus-Christ se trouvait quand il reçut les nouvelles indiquées plus haut : c’était sur la rive droite du lac, comme on le voit qar la suite du récit. — In navicula. Il traversa le lac du N.-O. au N.-E. ; puis ayant débarqué, il remonta le long du Jourdain et arriva, après une marche qui ne fut pas de longue durée, au lieu solitaire qu’il cherchait. — In desertum locum : près de Bethsaïda, nous dit saint Luc, Lc 9.10, c’est-à-dire, près de Bethsaïda-Julias, ville distincte de la patrie de Pierre et d’André, et bâtie à l’orient du Jourdain, dans la province de Gaulanite[568]. Elle était précisément entourée d’une région déserte et inhabitée, qui convenait très bien pour la but que le Sauveur voulait atteindre. « Un caractère général de ce rivage, quand on le compare avec celui de l’Occident, c’est précisément la solitude qui y règne… Il offrait ainsi un refuge naturel à quiconque voulait éviter la vie active des rives opposées[569] ». — Seorsum, κατ’ίδίαν : seul par rapport à la foule, mais ses disciples étaient avec lui ; cf. ℣. 15. — Quum audissent turbæ. Les multitudes considérables que nous trouvons à cette époque auprès de Notre-Seigneur étaient attirées aux alentours de Capharnaüm par la proximité de la Pâque. Venues de toute la haute Galilée, elles attendaient le départ des caravanes qui devaient bientôt se mettre en route pour la ville sainte. Étant arrivées à la résidence habituelle de Jésus, elles le cherchent avec empressement, car il y avait déjà longtemps qu’elles le connaissaient, qu’elles l’aimaient. On leur apprend qu’il venait de s’embarquer pour passer sur l’autre rive : elles n’hésitent pas à se mettre immédiatement en marche pour le rejoindre, tant elles étaient avides de le voir et de l’entendre. — Pedestres, πεζη̣̃, en contournant la partie septentrionale du lac : le Jourdain fut franchi à gué ou au moyen de quelque pont qui pouvait exister alors au-dessus de son embouchure. Il est bien consolant de contempler l’enthousiasme du peuple galiléen pour le divin Maître. — De civitatibus : l’Évangéliste veut parler des nombreuses petites villes qui s’élevaient sur le rivage occidental du lac et qui regorgeaient de monde en ce moment, pour la raison que nous avons indiquée.

En sortant de la barque, Il vit une foule nombreuse, et Il en eut compassion, et Il guérit leurs malades.

Et exiens vidit turbam multam, et misertus est eis, et curavit languidos eorum.

καὶ έξελθὼν ό 'Iησου̃ς εί̃δεν πολὺν όχλον καὶ έσπλαγχνίσθη έπ' αύτούς, καὶ έθεράπευσεν τοὺς άρρώστους αύτω̃ν

14.14.Et exiens. Avant d’être rejoint par la foule, Jésus avait eu le temps de gagner le lieu solitaire, qu’il cherchait pour lui et pour ses disciples, ℣. 13[570] : il en sort pour aller au-devant de ce bon peuple qui lui était si dévoué. C’est à tort qu’on a vu dans le mot « exiens » l’indication de son débarquement. — Misertus est eis ; le grec emploie de nouveau la belle expression έσπλαγχνίσθη qui semble avoir été chère aux Évangélistes, car ils en font un fréquent usage : sans doute, suivant l’observation de Grotius, parce qu’elle avait toute la force du verbe hébreu רחם, usité dans le même sens. — Et curavit languidos… Ces hommes pleins de foi avaient apporté jusque là leurs malades : Jésus les récompense en rendant la santé à tous ceux qui en avaient besoin. « Et cœpit illos docere multa. Et loquebatur illis de regno Dei », ajoutent saint Marc, Mc 6.34, et saint Luc, Lc 9.11.

Le soir étant venu, Ses disciples s'approchèrent de Lui, en disant : Ce lieu est désert, et l'heure est déjà avancée ; renvoyez les foules, afin qu'elles aillent dans les villages pour s'acheter des vivres.

Vespere autem facto, accesserunt ad eum discipuli ejus, dicentes : Desertus est locus, et hora jam præteriit : dimitte turbas, ut euntes in castella, emant sibi escas.

όψίας δὲ γενομένης προση̃λθον αύτω̣̃ οί μαθηταὶ αύτου̃, λέγοντες ̋Eρημός έστιν ό τόπος καὶ ή ώρα ήδη παρη̃λθεν· άπόλυσον τοὺς όχλους ίνα άπελθόντες είς τὰς κώμας άγοράσωσιν έαυτοι̃ς βρώματα

14.15.Vespere autem facto. Plus bas, ℣. 23, l’Évangéliste dira encore, mais pour désigner une heure beaucoup plus avancée de la journée : « Vespere facto ». L’archéologie sacrée nous apprend en effet que les Juifs comptaient chaque jour deux soirs très distincts, qui commençaient, le premier, à la neuvième heure (3 h. de l’après-midi), le second à la douzième (6 heures). De là cette locution du Pentateuque : בין הערבים, entre les soirs, Ex 16.12 ; 30.2 ; etc. Cf. Gesenius, Thesaurus, s.v. ערב. Saint Luc, s’exprimant avec sa précision accoutumée, dit qu’au moment où les disciples s’approchèrent de Jésus pour le prier de renvoyer la foule, « le jour commençait à baisser » ; Lc 9.12. — Dicentes : Desertus est… On était assez éloigné de tout lieu habité ; pour peu que Jésus retint encore la foule en continuant de lui parler, comment pourrait-elle gagner avant la nuit les bourgades les plus voisines ? — Hora jam præteriit : l’heure en général, par conséquent le jour, le temps du jour. D’après Fritzsche, « tempus opportunum, scil., disserendi atque sanandi » ; selon Grotius, « tempus prandii ». Mais ces interprétations ajoutent au texte des pensées qui lui sont étrangères[571]. — Dimitte turbas. Le Sauveur pouvait congédier le peuple soit en cessant de lui parler, soit en l’engageant directement à se retirer. — Emant sibi escas. Les Apôtres ont remarqué que cette foule est entièrement dépourvue de vivres. Partie dans la matinée des environs de Capharnaüm pour se mettre à la recherche de Jésus, elle a déjà consommé le peu de provisions qu’elle pouvait avoir apportées.

Mais Jésus leur dit : Il n'est pas nécessaire qu'ils s'en aillent, donnez-leur vous-même à manger.

Jesus autem dixit eis : Non habent necesse ire : date illis vos manducare.

ό δὲ 'Iησου̃ς εί̃πεν αύτοι̃ς Ού χρείαν έχουσιν άπελθει̃ν δότε αύτοι̃ς ύμει̃ς φαγει̃ν

14.16.Jesus autem dixit. Les détails de cet intéressant dialogue sont exposés d’une manière plus complète dans les récits de saint Marc et de saint Jean. Il existe du reste des variantes assez notables entre les quatre narrateurs, mais elles ne sont nullement essentielles et n’impliquent pas la moindre contradiction, comme saint Augustin le prouvait déjà victorieusement[572]. Il est aisé d’obtenir une conciliation parfaite en combinant les traits particuliers à chaque évangéliste. — Non habent necesse ire. Pourquoi ce bon peuple serait-il forcé d’aller si loin en quête de quelques vivres ? Ne peut-il pas trouver ici même tout ce dont il a besoin ? — Date illis vos… Le Sauveur met ses disciples à l’épreuve par ce langage extraordinaire ; il veut exciter leur foi, les préparer au miracle qu’il opère déjà dans sa pensée, « car il savait bien, dit saint Jean, Jn 6.6, ce qu’il allait faire ». Peut-être sa parole n’est-elle pas totalement dépourvue d’ironie : dans ce cas, il les aurait châtiés avec bonté de l’empressement qu’ils semblent avoir mis à renvoyer la foule, pour se tirer eux-mêmes d’une situation désagréable.

Ils Lui répondirent : Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons.

Responderunt ei : Non habemus hic nisi quinque panes et duos pisces.

οί δὲ λέγουσιν αύτω̣̃ Ούκ έχομεν ώ̃δε εί̃ μὴ πέντε άρτους καὶ δύο ίχθύας

14.17.Non habemus hic… Les pains et les poissons n’appartenaient pas aux disciples ; c’était, d’après saint Jean, Jn 6.9, la propriété d’un jeune homme qui avait accompagné la foule. Mais, selon la judicieuse remarque de Grotius, « dicuntur habere id quod in promptu erat, ut emi posset ». Ces objets étaient donc à eux en ce sens qu’ils pouvaient les acquérir dès qu’ils le voudraient. Les pains étaient d’orge, cf. Jn 6.9 ; les poissons étaient probablement salés et fumés, selon la coutume des contrées voisines du lac. Ces deux mets formaient le viatique accoutumé des riverains de la mer de Tibériade et du Jourdain.

Il leur dit : Apportez-les-Moi ici.
Et après avoir ordonné à la foule de s'asseoir sur l'herbe, Il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au Ciel, Il les bénit ; puis, rompant les pains, Il les donna à Ses disciples, et les disciples les donnèrent aux foules.

Qui ait eis : Afferte mihi illos huc.
Et cum jussisset turbam discumbere super fœnum, acceptis quinque panibus et duobus piscibus, aspiciens in cælum benedixit, et fregit, et dedit discipulis panes, discipuli autem turbis.

ό δὲ είπεν Φέρετέ μοι αύτοὺς ώ̃δε
καὶ κελεύσας τοὺς όχλους άνακλιθη̃ναι έπὶ τοὺς χόρτους καὶ λαβὼν τοὺς πέντε άρτους καὶ τοὺς δύο ίχθύας άναβλέψας είς τὸν ούρανὸν εύλόγησεν καὶ κλάσας έδωκεν τοι̃ς μαθηται̃ς τοὺς άρτους οί δὲ μαθηταὶ τοι̃ς όχλοις

14.18-19.Afferte mihi illos. Jésus se fait apporter les cinq pains et les deux poissons qui vont servir de matière à l’un de ses miracles les plus éclatants. Puis, à la façon d’un hôte qui, avant de commencer le repas, distribue aux convives leurs places respectives, il établit entre ses nombreux invités un ordre, harmonieux qui rendra le service plus facile. Voir les détails dans saint Marc et saint Luc. — Discumbere super fœnum. La région dans laquelle se trouvait Jésus abonde en pâturages, comme tant d’autres endroits déserts de la Palestine au printemps, — et c’était précisément alors cette saison de l’année, — elle est couverte d’une herbe longue et serrée qui fournit pour ce repas providentiel les couches usitées aux festins des anciens : de là le mot « discumbere ». — Acceptis quinque panibus. Il prit les cinq pains à la fois et c’était chose facile, car les pains orientaux ont toujours été minces et légers. Ils ressemblent encore à des galettes qui ont l’épaisseur d’un doigt et la largeur d’une assiette ordinaire[573].— Aspiciens in cœlum, benedixit. En agissant ainsi, Jésus paraît s’être conformé à une ancienne coutume religieuse des Juifs. Au commencement de chaque repas, le père de famille prenait un pain et le bénissait en prononçant sur lui ; les yeux levés au ciel, une formule traditionnelle qui avait probablement une grande analogie avec la suivante, dont les Israélites se servent aujourd’hui : « Sois béni, Jéhova notre Seigneur, roi du monde, qui fais sortir le pain de la terre ». Celui, dit le Talmud, qui jouit d’une chose sans action de grâces, ressemble à un homme qui volerait Dieu. Mais Jésus faisait assurément quelque chose de plus qu’une simple action de grâces. En levant les yeux vers le ciel, il s’unissait à son divin Père, il montrait la source de la puissance merveilleuse qu’il allait manifester. En bénissant les pains, il leur communiquait la fécondité en vertu de laquelle ils devaient rassasier une si grande quantité de personnes. — Et fregit. « Frangente Domino, seminarium fit ciborum[574] », dit saint Jérôme. Luc de Bruges ajoute avec beaucoup de justesse : « In hac Christi fractione cœpta est fieri multiplicatio, quæ aucta est in discipulorum distributione, perfecta autem inter manus edentium[575] ». Tel est en effet le mode le plus naturel et le plus raisonnable de la multiplication des cinq pains. Il en fut de même pour les poissons. — Et dedit discipulis… L’analogie qui existe entre ce passage et l’institution de la sainte Eucharistie est vraiment remarquable[576] ; elle le devient davantage encore si l’on se rappelle que, le lendemain de ce miracle, Jésus promit, dans la synagogue de Capharnaüm, l’institution de l’adorable Sacrement de l’autel[577]. — Discipuli autem turbis. La distribution aurait été trop lente si le Sauveur eût entrepris de la faire lui-même : c’est pourquoi il en chargea ses Apôtres qui, en moins d’une heure, grâce à l’organisation de la foule par groupes de cinquante et de cent, purent s’en acquitter aisément.

Et tous mangèrent, et furent rassasiés ; et on emporta les restes, douze corbeilles pleines de morceaux.

Et manducaverunt omnes, et saturati sunt. Et tulerunt reliquias, duodecim cophinos fragmentorum plenos.

καὶ έφαγον πάντες καὶ έχορτάσθησαν καὶ η̃ραν τὸ περισσευ̃ον τω̃ν κλασμάτων δώδεκα κοφίνους πλήρεις

14.20. — Ce verset et le suivant contiennent quatre traits, particuliers destinés à relever la grandeur du prodige. — 1° Manducaverunt omnes. Tous les assistants, sans exception, purent manger leur part des cinq pains et des deux poissons. Il le fallait bien au reste, s’ils ne voulaient pas s’en retourner à jeun, puisqu’il n’y avait pas d’autres vivres dans le lieu désert où ils avaient rejoint Notre-Seigneur. — 2° Et saturati sunt : non-seulement chacun eut sa part, mais chacun fut rassasié complètement. Et pourtant, cette foule qui était demeurée si longtemps sans rien prendre et qui avait fait une marche et une station également fatigantes, devait avoir un grand besoin de nourriture. — 3° Et tulerunt reliquias. Le sujet de « tulerunt » est « discipuli » sous-entendu. Si peu de vivres pour tant de monde ! Néanmoins, après que tous ces convives de la Providence eurent assouvi leur faim, il y eut des restes considérables : Duodecim cophinos… plenos. Le κόφινος, dont les Latins ont fait « cophinus », était un panier d’osier que les Juifs portaient d’ordinaire avec eux dans leurs voyages pour y mettre leurs provisions. Cette coutume leur avait valu de la part du grand satyrique romain l’épithète de « cistiferi »[578]. Chaque Apôtre, muni de sa corbeille, parcourut les rangs après le repas, et la rapporta pleine à Jésus, Il y eut ainsi beaucoup plus de restes qu’il n’y avait eu d’abord de mets à consommer.

Or le nombre de ceux qui mangèrent fut de cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants.

Manducantium autem fuit numerus quinque millia virorum, exceptis mulieribus et parvulis.

οί δὲ έσθίοντες η̃σαν άνδρες ώσεὶ πεντακισχίλιοι χωρὶς γυναικω̃ν καὶ παιδίων

14.21. — 4° Manducantium autem… Ce trait, le dernier des quatre, complète et explique le premier. « tous mangèrent », en précisant le nombre des convives. — Quinque millia virorum, ou plutôt ώσει πεντακισχίλιοι, environ cinq mille. Jésus avait rarement eu autour de lui des réunions d’hommes aussi imposantes. — Exceptis mulieribus…, c’est-à-dire-sans compter les femmes et les enfants : car il n’était pas d’usage, chez les Juifs, de les faire entrer dans un dénombrement. Il ne devait y en avoir du reste qu’une quantité restreinte, attendu que l’assemblée se composait de pèlerins, et que les femmes et les enfants n’étaient pas obligés de se rendre à Jérusalem pour les fêtes. — Jésus a rempli d’une manière généreuse et grandiose les fonctions de père de famille. Il est encore plus généreux, plus distingué dans le banquet eucharistique offert par lui tous les jours, à tous les hommes, depuis tant de siècles ! Les rationalistes ont attaqué ce prodige en employant leurs procédés ordinaires : ils l’ont réduit, comme les autres miracles, tantôt à un mythe, tantôt à une légende, tantôt à une parabole transformée. Nous renvoyons, pour l’exposé et pour la réfutation de leurs systèmes, à l’ouvrage de M. Dehaut[579]. D’un autre côté, les anciens exégètes catholiques sont tombés parfois dans l’exagération et la minutie, en essayant de déterminer au juste ce qui demeurera toujours un mystère pour nous, c’est-à-dire la nature exacte de ce miracle[580]. Il est préférable de dire avec saint Hilaire : « Fallunt momenta visum, dum plenam fragmentis ma num sequeris, alteram sine damno portionis suæ contueris. Non sensus, non visus profectum tam inconspicabilis operationis assequitur. Est, quod non erat ; videtur quod non intelligilur ; solum superest ut Deus omnia posse credatur[581] ». Ou bien, si l’on désire une explication, celle de saint Augustin n’est-elle pas suffisante ? « Grande miraculum, sed non multum mirabimur factum, si attendamus facientem. Ille multiplicavit in manibus frangentium quinque panes, qui in terra germinantia multiplicat semina, ut grana pauca mittantur, et horrea repleantur. Sed quia illud omni anno facit, nemo miratur. Admirationem tollit non facti vilitas, sed assiduitas[582] ».

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