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La Sainte Famille A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 2,13-15.19-23
Après la visite des mages, l’Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : "Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Herode va rechercher l’enfant, pour le faire périr. "
Homélie
Quelle richesse, dans cette pauvreté !
Homélie de saint Jean Chrysostome († 407)
Homélie pour Noël, PG 56, 392
Le Sauveur est entré en Égypte pour supprimer le deuil de l’antique tristesse. Au lieu des plaies il apporta la joie ; au lieu des ténèbres et de la nuit, il donna la lumière du salut. Autrefois l’eau du fleuve avait été polluée par le massacre prématuré des petits enfants. Il entra donc en Égypte, celui qui jadis avait rougi cette eau, et il rendit les eaux des fleuves capables d’engendrer le salut, en purifiant par la puissance de l’Esprit ce qui était maudit et souillé en elles. Les Égyptiens avaient été châtiés et, dans leur folie, ils avaient renié le Seigneur. Le Seigneur entra en Égypte, il remplit les âmes religieuses de la connaissance de Dieu, et il donna au fleuve de produire encore plus de martyrs que d’épis de blé.
Que puis-je dire de ce mystère ? Je vois un ouvrier, une mangeoire, un enfant, des langes, l’enfantement d’une vierge privée de tout le nécessaire, toutes les marques de l’indigence, tout le fardeau de la pauvreté. Avez-vous jamais vu la richesse dans une telle pénurie ? Comment celui qui était riche s’est-il fait pauvre pour nous au point que, privé de berceau et de couvertures, il est étendu dans une dure mangeoire ?
Ô richesse immense, sous les apparences de la pauvreté ! Il gît dans une mangeoire et il ébranle l’univers ! Serré dans ses langes, il brise les chaînes du péché. Alors qu’il ne peut pas prononcer un mot, il a instruit les mages et les a fait changer d’itinéraire ! Encore une fois, le mystère décourage la parole ! Voici le bébé enveloppé de langes, couché dans une mangeoire ; il y a là aussi Marie, à la fois vierge et mère, il y a encore Joseph qu’on appelle son père. Celui-ci a épousé Marie, mais le Saint-Esprit a couvert Marie de son ombre. C’est pourquoi Joseph était angoissé, ne sachant comment appeler l’enfant.
Dans cette anxiété, un oracle lui fut apporté par un ange : Ne crains pas, Joseph, l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint (Mt 1,20). Car c’est lui qui l’a couverte de son ombre. Pourquoi le Sauveur est-il né d’une vierge et a-t-il sauvegardé sa virginité ? Parce que jadis Eve, étant vierge, fut trompée par le démon, Gabriel apporta la bonne nouvelle à Marie qui était vierge. Mais tandis qu’Eve, s’étant laissé séduire, enfanta une cause de mort, Marie ayant reçu la bonne nouvelle, enfanta le Verbe incarné qui nous a apporté la vie éternelle.
Prière
Tu as voulu, Seigneur, que la Sainte Famille nous soit donnée en exemple ; accorde-nous la grâce de pratiquer, comme elle, les vertus familiales et d’être unis par les liens de ton amour, avant de nous retrouver pour l’éternité dans la joie de ta maison. Par Jésus Christ.


1er janvier - Sainte Marie, Mère de Dieu A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 2,16-21
Quand les bergers arrivèrent à Bethléem, ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans une mangeoire.
Homélie
Né de la Vierge Marie
Homélie de saint Cyrille d’Alexandrie († 444)
Homélies sur l’Incarnation, 15, 1-3, PG 77, 1090-1091.
Le mystère de la piété (cf. 1 Tm 3,16) est profond, magnifique, admirable, et les anges eux-mêmes désirent grandement le comprendre ! En effet, un disciple du Sauveur dit au sujet des paroles prophétiques concernant le Christ, notre Sauveur à tous : Mystères qui vous ont été proclamés par ceux qui vous ont apporté l’Évangile sous l’action de l’Esprit Saint envoyé du ciel, alors que les anges eux-mêmes voudraient y plonger leurs regards (cf. 1 P 1,12). Certes, ils ont tous plongé leurs regards dans ce grand mystère de la piété lorsque le Christ est né dans la chair, et qu’ils disaient : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime (Lc 2, 14).
Alors que, par nature, il était vrai Dieu, le Verbe issu de Dieu le Père, consubstantiel et coéternel au Père, resplendissant au zénith de sa gloire, étant dans la condition de son Père et dans l’égalité avec lui, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant, de la Vierge Marie, la condition de serviteur, devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix (Ph 2,6-8). C’est ainsi qu’il s’est volontairement abaissé à ce point, lui qui donne à tous sa plénitude. Il s’est abaissé pour nous, sans y être forcé par personne, mais il est allé jusqu’à prendre pour nous la condition d’esclave, lui qui, par nature, était libre ; il s’est fait l’un de nous, lui qui était au-dessus de toute la création ; il est devenu mortel lui qui vivifie toutes choses, car il est le pain vivant, qui donne la vie au monde (cf. Jn 6,51.33) ; il s’est mis avec nous sous l’autorité de la loi, lui qui, comme Dieu, était supérieur à la loi et fondateur de la loi. Oui, il s’est rendu pareil à un nouveau-né qui entre dans la vie, lui qui existait avant tous les âges et tous les siècles, lui qui était l’auteur et le créateur des siècles.
Comment donc est-il devenu égal à nous ? En prenant corps de la Vierge Marie, un corps non pas inanimé mais informé par une âme spirituelle. C’est ainsi qu’il est sorti de sa mère comme un homme véritable, mais sans péché. En vérité, et non pas en apparence ou en imagination. Ne perdant certes pas sa divinité, et ne rejetant pas ce qu’il avait toujours été, ce qu’il est et ce qu’il sera : Dieu.
C’est pourquoi nous disons que la Vierge sainte est la Mère de Dieu.
Prière
Dieu tout-puissant, par la maternité virginale de la bienheureuse Vierge Marie, tu as offert au genre humain les trésors du salut éternel ; accorde-nous de sentir qu’intervient en notre faveur celle qui nous permit d’accueillir l’auteur de la vie, Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur. Lui qui règne.


2e dimanche après Noël A et B
Évangile
Commencement de l’Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 1,1-18
Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.
Homélie
Sa naissance est aussi la nôtre
Sermon de saint Léon le Grand († 461)
Sermons pour Noël, 6, 2-35, CCL 138, 126-127
La majesté du Fils de Dieu n’avait pas dédaigné l’état d’enfance ; mais l’enfant a grandi avec l’âge jusqu’à la stature de l’homme parfait ; puis, lorsqu’il a pleinement accompli le triomphe de sa passion et de sa résurrection, toutes les actions de la condition humiliée qu’il avait adoptée pour l’amour de nous sont devenues du passé. Pourtant, la fête d’aujourd’hui renouvelle pour nous les premiers instants de Jésus, né de la Vierge Marie. Et lorsque nous adorons la naissance de notre Sauveur, il se trouve que nous célébrons notre propre origine.
En effet, lorsque le Christ vient au monde, le peuple chrétien commence ; l’anniversaire de la tête, c’est l’anniversaire du corps.
Sans doute, chacun de ceux qui sont appelés le sont à leur tour, et les fils de l’Église apparaissent à des époques différentes. Pourtant, puisque les fidèles dans leur totalité, nés de la source du baptême, ont été crucifiés avec le Christ dans sa passion, ressuscites dans sa résurrection, établis à la droite du Père dans son ascension, ils sont nés avec lui en cette Nativité.
Tout croyant, de n’importe quelle partie du monde, qui renaît dans le Christ, après avoir abandonné le chemin du péché qu’il tenait de son origine, devient un homme nouveau par sa seconde naissance. Il n’appartient plus à la descendance de son père selon la chair, mais à la race du Sauveur, car celui-ci est devenu Fils de l’homme pour que nous puissions être fils de Dieu.
Car si lui-même, par son abaissement, n’était pas descendu jusqu’à nous, personne n’aurait pu, par ses propres mérites, parvenir jusqu’à lui.
Un si grand bienfait appelle de notre part une reconnaissance digne de sa splendeur. En effet, comme nous l’enseigne saint Paul, l’Esprit que nous avons reçu, ce n’est pas celui du monde, c’est celui qui vient de Dieu, et ainsi nous avons conscience des dons que Dieu nous a faits (1 Co 2,12). On ne peut l’honorer avec assez de piété qu’en lui offrant ce que lui-même nous a donné.
Or, dans les trésors de la générosité divine, que pouvons-nous trouver qui soit aussi bien accordé à la dignité de la fête présente, que cette paix proclamée par le cantique des anges lors de la nativité du Seigneur ?
Car c’est la paix qui engendre les fils de Dieu (Ep 4,3), qui favorise l’amour, qui enfante l’unité, qui est le repos des bienheureux, la demeure de l’éternité. Son ouvrage propre, son bienfait particulier, c’est d’unir à Dieu ceux qu’elle sépare du monde.
Donc, ceux qui ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d’une volonté chamelle, ni d’une volonté d’homme, mais qui sont nés de Dieu (Jn 1,13), doivent offrir au Père la volonté unanime des artisans de paix. Tous ceux qui sont devenus par adoption les membres du Christ, doivent accourir pour rejoindre ensemble le premier-né de la nouvelle création, celui qui est venu faire non pas sa volonté, mais la volonté de celui qui l’envoie (Jn 6,38). Les héritiers que la grâce du Père adopte ne sont pas des héritiers divisés ou disparates ; ils ont les mêmes sentiments et le même amour. Ceux qui sont recréés selon l’Image unique doivent avoir une âme qui lui ressemble.
La naissance du Seigneur Jésus, c’est la naissance de la paix. Comme le dit saint Paul : C’est lui, le Christ, qui est notre paix (Ep 2,14). Que nous soyons d’origine juive ou païenne, c’est par lui que nous avons accès auprès du Père, dans un seul Esprit (Ep 2,18).
Prière
Dieu éternel et tout-puissant, lumière pour les hommes qui croient, daigne remplir de ta gloire le monde entier en te faisant connaître à tous les peuples. Par Jésus Christ.


Épiphanie du Seigneur A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 2,1-12
Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?
Homélie
Le jour de la naissance de l’humanité
Homélie de saint Basile le Grand († 379)
Homélies sur Noël, 2 ; PG 31, 1472-1476.
L’étoile vient de s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant. C’est pourquoi les mages, quand ils virent l’étoile, éprouvèrent une très grande joie (Mt 2,9.10). Accueillons, nous aussi, cette grande joie dans nos cœurs. Car c’est de la joie que les anges annoncent aux bergers. Adorons avec les mages, rendons gloire avec les bergers, dansons avec les anges ! Il nous est né aujourd’hui un Sauveur, qui est le Messie, le Seigneur (Lc 2,11). C’est Dieu, le Seigneur, qui nous illumine (Ps 117,27), non pas sous la forme de Dieu, pour ne pas épouvanter notre faiblesse, mais sous la forme du serviteur, afin de donner la liberté à ceux qui étaient réduits en servitude. Qui donc a un cœur assez endormi, qui donc est assez ingrat pour ne pas se réjouir, exulter et rayonner devant un tel événement ?
Cette fête est commune à toute la création : elle accorde à notre monde les biens qui sont au-delà du monde, elle envoie des archanges à Zacharie et à Marie, elle constitue des chœurs d’anges qui proclament : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre, bienveillance aux hommes (Lc 1,14). Les étoiles accourent du haut du ciel, les mages quittent les nations païennes, la terre offre son accueil dans une grotte. Personne n’est indifférent, personne n’est ingrat. Nous-mêmes, fêtons le salut du monde, le jour de naissance de l’humanité. On ne peut plus dire maintenant : Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière (Gn 3,19), mais : Rattaché à l’homme céleste (cf. 1 Co 15,48), tu seras élevé au ciel. On n’entendra plus dire : Tu enfanteras dans la souffrance, (Gn 3,16), car bienheureuse celle qui a enfanté l’Emmanuel, et les mamelles qui l’ont allaité. Un enfant nous est né, un fils nous a été donné, l’insigne du pouvoir est sur son épaule (Is 9,6).
Unissez-vous à ceux qui ont reçu avec joie le Seigneur venant du ciel. Pensez aux bergers pénétrés de sagesse, aux grands prêtres qui prophétisent, aux femmes remplies de joie, quand Marie est invitée par Gabriel à se réjouir, et que Jean tressaille dans les entrailles d’Élisabeth. Anne propageait la bonne nouvelle ; Syméon tenait dans ses bras ce petit enfant dans lequel tous adoraient le Dieu de majesté. Bien loin de mépriser ce qu’ils voyaient, ils magnifiaient la grandeur de sa divinité. Car la vertu divine apparaissait à travers ce corps humain, comme la lumière à travers les vitres, resplendissante, pour ceux dont les yeux du cœur étaient purifiés.
Puissions-nous être trouvés avec eux, nous aussi, contemplant la gloire du Seigneur comme dans un miroir, et être nous-mêmes transfigurés de gloire en gloire (2 Co 3,18), par la grâce et la tendresse miséricordieuse de notre Seigneur Jésus Christ : à lui la gloire et la puissance, pour les siècles des siècles. Amen.
Prière
Aujourd’hui, Seigneur, tu as révélé ton Fils unique aux nations, grâce à l’étoile qui les guidait ; daigne nous accorder, à nous qui te connaissons déjà par la foi, d’être conduits jusqu’à la claire vision de ta splendeur. Par Jésus Christ.


Baptême du Seigneur A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 3,13-17
Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui.
Homélie
au choix (autre)
Jean Baptiste et Jésus
Homélie attribuée à saint Grégoire le Thaumaturge († 270)
Homélies sur la sainte Théophanie, 4, PG 10, 1181-1183
En ta présence, Seigneur Jésus, je ne puis me taire, car je suis la voix, et la voix de celui qui crie à travers le désert : préparez le chemin du Seigneur (cf. Mt 3,3). C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi (Mt 3,14) !
Moi, quand je suis né, j’ai effacé la stérilité de celle qui m’enfantait ; et comme j’étais un tout nouveau-né, j’ai porté remède au mutisme de mon père en recevant de toi la grâce de ce miracle.
Mais toi, né de la Vierge Marie de la manière que tu as voulue et que tu es seul à connaître, tu n’as pas effacé sa virginité, tu l’as protégée en lui ajoutant le titre de mère ; et ni sa virginité n’a empêché ton enfantement, ni ton enfantement n’a souillé sa virginité. Ces deux réalités incompatibles, l’enfantement et la virginité, se sont rejointes en une harmonie unique, ce qui est à la portée du Créateur de la nature.
Moi, qui suis un homme, je ne fais que participer à la grâce divine ; mais toi, tu es à la fois Dieu et homme, parce que tu es par nature l’ami des hommes.
C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi ? Toi, tu étais au commencement, tu étais auprès de Dieu, et tu étais Dieu (cf. Jn 1,1) ; toi qui es le reflet resplendissant de la gloire du Père, toi qui es l’expression du Père (cf. He 1,3) parfait ; toi qui es la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde (Jn 1,9) ; toi qui, lorsque tu étais dans le monde, es venu là où tu étais déjà ; toi qui t’es fait chair, mais qui habites en nous (Jn 1,14), et qui t’es fait voir de tes serviteurs dans la condition de serviteur (Ph 2,8) ; toi qui as uni la terre et le ciel par ton saint nom comme par un pont : c’est toi qui viens à moi ! Toi, qui es si grand, vers le pauvre que je suis ? Le roi vers le précurseur, le Seigneur vers le serviteur.
Mais tu as beau ne pas rougir de naître selon l’humble manière des hommes : moi, je ne puis franchir les limites de la nature. Je sais quel est l’abîme qui sépare la terre et le Créateur. Je sais quelle est la différence entre le limon de la terre et celui qui l’a modelé. Je sais combien ton soleil de justice l’emporte sur moi qui ne suis que la lampe de ta grâce. Et, bien que tu sois revêtu par la nuée très pure de ton corps, moi, pourtant, je reconnais ma condition servile, je proclame ta magnificence. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de tes sandales (Mc 1,7). Et comment oserai-je toucher le sommet immaculé de ta tête ? Comment étendrai-je la main sur toi qui as déployé les cieux comme une tenture (Ps 103,2) et qui as affermi la terre sur les eaux (Ps 135,6) ? Comment éclairerai-je celui qui est la lumière en personne ? Quelle prière vais-je faire sur toi, qui accueilles même les prières de ceux qui t’ignorent ?
ou bien

Baptisé pour nous sanctifier
Homélie de saint Chromace d’Aquilée († 407)
Sermons sur l’Épiphanie, 34 ; CCL 9A, 156-157
En ce jour, comme nous venons de l’entendre par la lecture de l’Évangile, notre Seigneur et Sauveur a été baptisé par Jean dans le Jourdain, et c’est pourquoi cette solennité n’est pas petite, mais grande, et même très grande. Car, lorsque notre Seigneur a daigné se faire baptiser, l’Esprit Saint vint sur lui sous la forme d’une colombe, et l’on entendit la voix du Père qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour (Mt 3,17).
Quel grand mystère dans ce baptême céleste ! Le Père se fait entendre du haut du ciel, le Fils est vu sur la terre, l’Esprit Saint se montre sous la forme d’une colombe. Car il .n’y a pas de vrai baptême ni de vraie rémission des péchés là où il n’y a pas la vérité de la Trinité ; et la "rémission des péchés ne peut être donnée là où la foi en la Trinité n’est pas parfaite.
Le baptême que donne l’Église est unique et véritable : il n’est donné qu’une fois et, en y étant plongé une seule fois, on est purifié et renouvelé. Purifié, parce qu’on a déposé la souillure des péchés ; renouvelé, parce qu’on ressuscite pour une vie nouvelle après avoir dépouillé la vieillerie du péché. Car ce bain du baptême rend l’homme plus blanc que neige, non quant à la peau de son corps, mais par la splendeur de son esprit et la pureté de son âme.
Donc les cieux se sont ouverts, au baptême du Seigneur, afin que, par le bain de la nouvelle naissance, on découvre que les royaumes des cieux sont ouverts aux croyants, selon cette sentence du Seigneur : Personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu (Jn 3,5). Il est donc entré, celui qui renaît et qui n’a pas négligé de préserver son baptême ; et, semblablement, il n’est pas entré celui qui n’est pas rené.
Donc, parce que notre Seigneur était venu donner le baptême nouveau pour le salut du genre humain et la rémission de tous les péchés, lui-même a voulu être baptisé le premier, non pour dépouiller le péché, puisqu’il n’avait pas commis de péché, mais pour sanctifier les eaux du baptême afin de détruire les péchés de tous les croyants renés par le baptême. Lui, le Seigneur, fut donc baptisé dans l’eau pour que, par le baptême, nous soyons lavés de tous nos péchés.
Prière
Dieu éternel et tout-puissant, quand le Christ fut baptisé dans le Jourdain, et que l’Esprit Saint reposa sur lui, tu l’as désigné comme ton Fils bien-aimé ; accorde à tes fils adoptifs, nés de l’eau et de l’Esprit, de se garder toujours dans ta sainte volonté. Par Jésus Christ.
Temps du carême A


1er dimanche de carême A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 4,1-11
Jésus, après son baptême, fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon.
Homélie
Le baptisé, tenté comme le Christ
Homélie de saint Grégoire de Nazianze († 389)
Discours 40, 10, PG 36, 370-371
Si le persécuteur et le tentateur de la lumière vient t’assaillir après le baptême, — et certes il le fera, car il a bien assailli le Verbe, mon Dieu, dissimulé sous le voile de la chair, cette lumière cachée par son humanité visible, — tu as de quoi le vaincre ! Ne redoute pas le combat. Oppose-lui l’eau du baptême, oppose-lui cet esprit en qui s’éteignent les traits enflammés du Mauvais.
Si celui-ci te montre la pauvreté, — car il n’a pas hésité à la montrer au Christ lui-même — et si, te montrant la faim qui te menace, il te demande que les pierres deviennent du pain, dépiste ses intentions. Enseigne-lui ce qu’il ignore, oppose-lui cette Parole de vie qui est le Pain envoyé du ciel pour donner la vie au monde.
S’il t’attaque par les pièges de la vaine gloire — comme il l’a fait pour lui, en l’élevant sur le pinacle du Temple et en lui disant : Jette-toi en bas (Mt 4,6) pour donner une preuve de sa divinité —, ne te laisse pas abaisser par l’élévation de l’esprit. Car si cette épreuve le met en échec, il ne s’arrêtera pas pour autant. Il est insatiable, il attaque sur tous les fronts. Il flatte, avec une apparence de bénignité, mais il finit par le mal. C’est là sa stratégie. En outre, cet usurpateur est versé dans les Écritures. D’où ce refrain : Il est écrit, dit-il, au sujet du pain ; il est écrit au sujet des anges. Car il est écrit, dit-il, qu’il a donné pour toi des ordres à ses anges, ils te porteront sur leurs mains (Mt 4,6). Ô sophiste du mal ! Comment as-tu supprimé ce qui suit ? Car cela, je le comprends parfaitement, même si tu l’as caché : que je marcherai sur l’aspic et le basilic, qui te représentent ; que je foulerai aux pieds serpents et scorpions, car je serai entouré et protégé par la Trinité.
S’il t’attaque par la cupidité en te montrant en un moment, d’un seul coup d’œil, tous les royaumes comme s’ils lui appartenaient, en exigeant que tu l’adores, méprise-le comme le pauvre qu’il est. Dis-lui, encouragé par le sceau du baptême : "Moi aussi, je suis une image de Dieu, mais je n’ai pas, comme toi, été précipité de ma gloire céleste à cause de mon orgueil. J’ai revêtu le Christ. Par le baptême, le Christ m’appartient. C’est à toi de m’adorer."
À ces paroles, crois-moi, il s’en ira, vaincu et humilié par ceux que le Christ a illuminés, comme il l’a été par le Christ, lumière primordiale.
Tels sont les bienfaits qu’apporté le bain du baptême à ceux qui reconnaissent sa force ; voilà le festin qu’il propose à ceux qui souffrent d’une faim méritoire.
Prière
Accorde-nous, Dieu tout-puissant, tout au long de ce carême, de progresser dans la connaissance de Jésus Christ et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle. Lui qui règne.


2e dimanche de carême A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17,1-9
Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux.
Homélie
au choix (autre)
La Transfiguration, soutien de la foi des disciples
Homélie attribuée à saint Éphrem († 373)
Sermon sur la Transfiguration, 1, 3-4, Opera omnia quae exstant graece, vol 2, Rome, 1743, 41-43.
Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière (Mt 17,1-2).
Il les emmena sur la montagne pour leur montrer la gloire de sa divinité et leur faire connaître qu’il était le Rédempteur d’Israël, comme il l’avait montré par ses prophètes et afin de prévenir aussi tout scandale à la vue des souffrances librement consenties qu’il allait subir pour nous dans sa nature humaine. Ils le connaissaient en effet comme homme, mais ils ignoraient qu’il fût Dieu ; ils le connaissaient comme fils de Marie, un homme qui vivait avec eux dans le monde, mais sur la montagne il leur fit connaître qu’il était le Fils de Dieu, et Dieu lui-même.
Ils l’avaient vu manger et boire, se fatiguer et prendre du repos, s’assoupir et dormir, subir l’effroi jusqu’au gouttes de sueur, toutes choses qui ne semblaient guère en harmonie avec sa nature divine et ne convenir qu’à son humanité. Voilà pourquoi il les emmena sur la montagne, afin que le Père l’appelât son Fils et leur montrât qu’il était vraiment son Fils, et qu’il était Dieu.
Il les emmena sur la montagne et il leur montra sa royauté avant de souffrir, sa puissance avant de mourir, sa gloire avant d’être outragé et son honneur avant de subir l’ignominie. Ainsi, lorsqu’il serait pris et crucifié par les Juifs, ses Apôtres comprendraient qu’il ne l’avait pas été par faiblesse, mais par consentement et de plein gré pour le salut du monde.
Il les emmena sur la montagne et leur montra, avant sa résurrection, la gloire de sa divinité. Ainsi, lorsqu’il ressusciterait d’entre les morts dans la gloire de sa divinité, ses disciples reconnaîtraient qu’il ne recevait pas cette gloire en récompense de sa peine, comme s’il en eût besoin, mais qu’elle lui appartenait bien avant les siècles, avec le Père et auprès du Père, ainsi que lui-même le dit à l’approche de sa Passion volontaire : Père, glorifie-moi de la gloire que j’avais auprès de toi avant le commencement du monde (Jn 17,5).
ou bien

La Transfiguration prépare au scandale de la Passion
Homélie de saint Léon le Grand († 461)
Sermon 51, 3-4, CCL 138 A, 290-300
Le Seigneur découvre sa gloire devant les témoins qu’il a choisis, et il éclaire d’une telle splendeur cette forme corporelle qu’il a en commun avec les autres hommes que son visage a l’éclat du soleil et que ses vêtements sont aussi blancs que la neige.
Par cette transfiguration il voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la croix et, en leur révélant toute la splendeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa Passion volontaire ne bouleversent leur foi.
Mais, il ne prévoyait pas moins de fonder l’espérance de l’Église, en faisant découvrir à tout le Corps du Christ quelle transformation lui serait accordée ; ses membres se promettraient de partager l’honneur qui avait resplendi dans leur chef.
Le Seigneur lui-même avait déclaré à ce sujet, lorsqu’il parlait de la majesté de son avènement : Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père (Mt 13,43). Et l’apôtre saint Paul atteste lui aussi : J’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que le Seigneur va bientôt révéler en nous (Rm 8,18). Et encore : Vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ qui est votre vie, alors, vous aussi vous paraîtrez avec lui en pleine gloire (Col 3,3-4).
Cependant, pour confirmer les Apôtres et les introduire dans une complète connaissance, un autre enseignement s’est ajouté à ce miracle. En effet, Moïse et Élie, c’est-à-dire la Loi et les Prophètes, apparurent en train de s’entretenir avec le Seigneur. Ainsi, par la réunion de ces cinq hommes s’accomplirait de façon certaine la prescription : Toute parole est garantie par la présence de deux ou trois témoins (Dt 19,15).
Qu’y a-t-il donc de mieux établi, de plus solide que cette parole ? La trompette de l’Ancien Testament et celle du Nouveau s’accordent à la proclamer ; et tout ce qui en a témoigné jadis s’accorde avec l’enseignement de l’Évangile.
Les écrits de l’une et l’autre Alliance, en effet, se garantissent mutuellement ; celui que les signes préfiguratifs avaient promis sous le voile des mystères est montré comme manifeste et évident par la splendeur de la gloire présente. Comme l’a dit saint Jean, en effet : Après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ (Jn 1,17). En lui s’est accomplie la promesse des figures prophétiques comme la valeur des préceptes de la Loi, puisque sa présence enseigne la vérité de la prophétie, et que sa grâce rend praticables les commandements.
Que la foi de tous s’affermisse avec la prédication de l’Évangile, et que personne n’ait honte de la croix du Christ, par laquelle le monde a été racheté.
Que personne donc ne craigne de souffrir pour la justice, ni ne mette en doute la récompense promise ; car c’est par le labeur qu’on parvient au repos, par la mort qu’on parvient à la vie. Puisque le Christ a accepté toute la faiblesse de notre pauvreté, si nous persévérons à le confesser et à l’aimer, nous sommes vainqueurs de ce qu’il a vaincu et nous recevons ce qu’il a promis. Qu’il s’agisse de pratiquer les commandements ou de supporter l’adversité, la voix du Père que nous avons entendue tout à l’heure doit retentir sans cesse à nos oreilles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! (Mt 17,5).
Prière
Tu nous as dit, Seigneur, d’écouter ton Fils bien-aimé ; fais-nous trouver dans ta parole les vivres dont notre foi a besoin : et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta gloire. Par Jésus Christ.

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