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3e dimanche de carême A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 4,5-42 Jésus arrivait à une ville de Samarie appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph, et où se trouve le puits de Jacob.
Homélie
La fatigue qui recrée
Homélie de saint Augustin († 430)
Commentaire sur l’évangile de Jean, 15, 6-7, CCL 36, 152-153
Jésus, fatigué par la route, s’était assis au bord du puits. Il était environ midi (Jn 4,6). Voilà que commencent les mystères. Car ce n’est pas pour rien que Jésus est fatigué ; ce n’est pas pour rien, qu’est fatiguée la Force de Dieu ; ce n’est pas pour rien qu’est fatigué celui qui refait les forces des fatigués ; ce n’est pas sans raison qu’est fatigué celui dont l’absence cause nos fatigues, dont la présence nous fortifie. Jésus cependant est fatigué, et il est fatigué par la route ; il s’assied, et il s’assied au bord du puits, et c’est à midi qu’il s’assied, fatigué. Tout cela suggère quelque chose, veut indiquer quelque chose ; tout cela nous rend attentifs, nous exhorte à frapper. Qu’il nous ouvre donc lui-même, à nous comme à vous, celui qui a daigné nous exhorter en disant : Frappez, et il vous sera ouvert (Mt 7,7). C’est pour toi que Jésus est fatigué par la route. Nous trouvons Jésus, qui est la Force même, et nous trouvons Jésus qui est faible, fort et faible. Fort, car au commencement le Verbe était, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu ; il était au commencement auprès de Dieu (Jn 1,1-2). Voulez-vous voir à quel point ce Fils de Dieu est fort ? Par lui tout s’est fait, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui (Jn 1,3), et il a tout fait sans effort. Qu’y a-t-il donc de plus fort que celui par qui tout a été fait sans effort ?
Veux-tu connaître sa faiblesse ? Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous (Jn 1,14). La force du Christ t’a créé, la faiblesse du Christ t’a recréé. La force du Christ a fait exister ce qui n’existait pas, la faiblesse du Christ a empêché de périr ce qui existait. Il nous a créés par sa force, il est venu nous chercher par sa faiblesse.
Ainsi donc Jésus est faible, lui qui est fatigué par la route. La route, c’est la chair, assumée pour nous. Quelle route, en effet, parcourt-il, celui qui est partout, celui qui n’est absent nulle part ? Où va-t-il, ou bien d’où vient-il ? N’est-ce pas en ce sens qu’il vient pour nous, et qu’il a assumé la forme d’une chair visible ? Parce qu’il a daigné venir à nous maintenant pour apparaître en ayant assumé la forme de serviteur, cette assomption de la chair, voilà quelle route il a prise. Aussi, cette fatigue de la route est-elle autre chose que la fatigue produite par la chair ? Jésus est faible dans la chair, mais toi, ne sois pas faible, sois fort dans sa faiblesse, car la faiblesse de Dieu est plus forte que l’homme (1 Co 1,25).
Prière
Tu es la source de toute bonté, Seigneur, et toute miséricorde vient de toi ; tu nous as dit comment guérir du péché par le jeûne, la prière et le partage ; écoute l’aveu de notre faiblesse : nous avons conscience de nos fautes, patiemment relève-nous avec amour. Par Jésus Christ.


4e dimanche de carême A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 9,1-41
En sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance.
Homélie
Des yeux qui s’ouvrent à une autre lumière
Lettre de saint Ambroise († 397)
Lettre 80, 1-6, PL 16, 1271-1272.
Vous avez entendu la lecture d’Évangile (Jn 9,1 sv.), où l’on rapporte que le Seigneur Jésus vit sur son passage un aveugle de naissance. Si le Seigneur, après l’avoir vu, n’a pas poursuivi sa route, nous non plus nous ne devons pas poursuivre notre chemin quand le Seigneur n’a pas voulu le faire ; d’autant plus qu’il s’agissait d’un aveugle de naissance, ce qui n’a pas été signalé pour rien.
Il y a en effet une cécité qui vient souvent d’une maladie nuisible à la vue, et qui s’atténue avec le temps. Il y a une cécité qui est engendrée par la sécrétion de certaines humeurs. Celle-là aussi, quand sa cause est supprimée, est généralement chassée par l’art médical. Cela doit vous faire comprendre que si cet homme, aveugle de naissance, est guéri, ce n’est pas un effet de l’art, mais d’une puissance souveraine.
En effet, ce qui est un défaut de la nature, c’est au Créateur de le corriger, car il est l’auteur de la nature. Ce qui lui a fait dire : Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde(Jn 9,5), c’est-à-dire que tous ceux qui sont aveugles peuvent voir, s’ils me cherchent, moi, la lumière. Approchez-vous et vous serez dans la lumière (Ps 33,6), afin que vous puissiez voir.
Ensuite, que veut dire le fait suivant ? Jésus rendait la vie par son commandement, il donnait le salut par un précepte en disant au mort : Viens dehors, et Lazare sortit de son sépulcre (Jn 11,43). Ou encore, il avait dit au paralytique : Lève-toi, emporte ton grabat (Mc 2,11-12), et le paralytique se leva et se mit à emporter son grabat, qui servait à le transporter à cause du relâchement de tous ses membres. Alors, pourquoi, ici, Jésus a-t-il craché, fait de la boue dont il a enduit les yeux de l’aveugle, en lui disant : Va, et lave-toi dans la fontaine de Siloé, dont le nom signifie Envoyé. Et il y alla, il se lava, et il se mit à voir (Jn 9,7) ? Quelle est la raison de cette différence ? Elle est importante, si je ne me trompe ; c’est qu’il voit davantage, celui que Jésus touche.
Remarquez tout à la fois sa divinité et sa vertu sanctifiante. Étant la lumière, il a touché l’aveugle et il l’a éclairé. Étant prêtre, il a réalisé, sous le signe du baptême, les mystères de la grâce spirituelle.
Qu’il ait fait de la boue et qu’il en ait enduit les yeux de l’aveugle, cela ne signifie rien d’autre que ceci : avec la boue qu’il lui applique, il a rendu à la santé ce même homme qu’il avait façonné avec de la boue (cf. Gn 2,7). Cela signifie aussi que notre chair tirée de la boue reçoit la lumière de la vie éternelle par les mystères du baptême. Toi aussi, approche-toi de Siloé, c’est-à-dire de celui qui est l’Envoyé du Père, puisque tu connais cette parole : Ma doctrine n’est pas la mienne, mais la doctrine de celui qui m’a envoyé (Jn 7,17). Que le Christ te lave, pour que tu voies. Viens au baptême, c’est justement l’époque ; viens vite, afin de pouvoir dire, toi aussi : Je suis allé, je me suis lavé, et j’ai vu ; et pour que tu dises, toi aussi : J’étais aveugle et j’ai vu ;pour que tu dises, toi aussi, comme celui qui vient d’être inondé par la lumière : La nuit est finie, le jour est tout proche (Rm 13,12).
Prière
Dieu qui as réconcilié avec toi toute l’humanité en lui donnant ton propre Fils, augmente la foi du peuple chrétien pour qu’il se hâte avec amour au-devant des fêtes pascales qui approchent. Par Jésus Christ.


5e dimanche de carême A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 11,1-45
Un homme était tombé malade. C’était Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe.
Homélie
La résurrection de Lazare, miracle des miracles
Homélie de saint Pierre Chrysologue († 450)
Sermon 63, CCL 24 A, 373-376
Voici que Lazare, revenu du séjour des morts, se présente à nous, portant une figure de la mort qui va être vaincue, et présentant un échantillon de la résurrection. Avant de pénétrer la profondeur d’un tel événement, arrêtons-nous à contempler l’aspect extérieur de cette résurrection, parce que nous y reconnaissons le miracle des miracles, la puissance des puissances, la merveille des merveilles.
Le Seigneur avait déjà ressuscité la fille du chef de synagogue, Jaïre, mais alors que la puissance de la mort venait de s’exercer sur elle. Il avait ressuscité aussi le fils unique d’une veuve, mais avant qu’il fût mis au tombeau, ce qui devait arrêter la corruption, prévenir la mauvaise odeur et rendre la vie au défunt avant qu’il fût pleinement tombé au pouvoir de la mort.
Mais au sujet de Lazare, tout ce qui se produit est exceptionnel. Sa mort et sa résurrection n’ont rien de commun avec les cas précédents car, ici, toute la puissance de la mort s’est déployée, toute la splendeur de la résurrection s’est manifestée. J’ose dire que Lazare eût accaparé tout le mystère de la résurrection du Seigneur s’il était revenu des enfers le troisième jour. Car le Christ est revenu le troisième jour comme étant le Seigneur, Lazare est rappelé à la vie le quatrième jour comme étant le serviteur. Mais pour établir ce que nous venons d’affirmer, parcourons quelques pages de cette lecture.
Ses sœurs envoyèrent dire au Seigneur : Seigneur, celui que tu aimes est malade. En parlant ainsi, elles frappent à la porte de son cœur, elles atteignent sa charité, elles s’efforcent de vaincre leur détresse par la force de leur amitié. Mais, pour le Christ, il importe davantage de vaincre la mort que d’éloigner la maladie. Aimer, pour lui, ce n’est pas tirer du lit, mais ramener des enfers et, pour son ami, ce qu’il va lui procurer bientôt, ce n’est pas le remède à sa langueur, mais la gloire de sa résurrection.
Bref, quand il apprit que Lazare était malade, il demeura deux jours au même endroit. Vous voyez comment il laisse le champ libre à la mort, il donne ses chances au tombeau, il permet à la décomposition de s’exercer, il n’empêche ni la pourriture ni l’odeur infecte. Il accepte que le séjour des morts se saisisse de Lazare, l’engloutisse, le garde prisonnier. Il agit pour que tout espoir humain soit perdu, et que toute la violence de la désespérance terrestre se déchaîne, afin qu’on voie bien que ce qui va se passer est l’œuvre de Dieu, non de l’homme.
Il reste au même endroit à attendre la mort de Lazare jusqu’à ce qu’il puisse l’annoncer lui-même et déclarer qu’il ira vers lui. En effet, dit-il, Lazare est mort et je m’en réjouis. C’est donc cela aimer ? Le Christ se réjouissait parce que la tristesse de la mort allait bientôt se transformer en la joie de la résurrection. Et je m’en réjouis à cause de vous. Pourquoi à cause de vous ?Parce que, dans la mort et la résurrection de Lazare, se peignait toute la figure de la mort et de la résurrection du Seigneur, et ce qui allait bientôt suivre chez le maître était déjà réalisé chez le serviteur. Elle était donc nécessaire, cette mort de Lazare, pour que la foi des disciples, ensevelie avec Lazare, ressuscite avec lui.
Prière
Que ta grâce nous obtienne, Seigneur, d’imiter avec joie la charité du Christ qui a donné sa vie par amour pour le monde. Lui qui règne.
Semaine sainte A


Dimanche des Rameaux et de la Passion A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 21,1-11
Quelques jours avant la fête de la Pâque, Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent à Bethphage, sur les pentes du mont des Oliviers.
Homélie
Le roi d’humilité
Homélie de Grégoire Palamas († 1359)
Homélies, 15 ; PG 151, 184-195.
Le simple peuple, voyant tous les miracles du Christ, crut en lui, non seulement en ayant envers lui une foi silencieuse, mais aussi en proclamant sa divinité en actions et en paroles. Car, après avoir réveillé Lazare d’un sommeil de quatre jours, Jésus prit un âne que ses disciples lui avaient amené, selon la narration de l’évangéliste Matthieu, le monta et entra ainsi à Jérusalem selon la prophétie de Zacharie : Ne crains pas, fille de Sion, voici ton roi qui vient à toi, le juste, le Sauveur ; il est humble et monté sur un âne, le petit d’une ânesse (Za 9,9). Par ces paroles le prophète montre que le roi ainsi prédit était ce roi qui seul est appelé à juste titre "roi de Sion". Car il veut dire : Ton roi ne doit pas inspirer la crainte par son aspect, il ne doit être ni sévère ni cruel, il n’a pas de gardes du corps ni d’escorte, il n’entraîne pas derrière lui une foule de fantassins ni de cavaliers. Il n’agit pas avec rapacité, n’exige pas des impôts ni des taxes, ni des services ou des fonctions non moins viles que nuisibles. Mais ses attributs sont l’humilité, la pauvreté, la modestie. Il fait son entrée sur un âne, sans déployer aucune escorte humaine. C’est pourquoi lui seul est le roi juste qui sauve dans l’équité, et qui est doux en même temps, car la douceur est ce qui le caractérise.
Aussi le Seigneur a-t-il dit de lui-même : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur (Mt 11,29).
Lui donc, qui avait ressuscité Lazare, ce roi trônant sur un âne, fait ainsi son entrée dans Jérusalem. Et toute la foule, presque tous les enfants, les hommes, les vieillards, étendant leurs vêtements et prenant des branches de palmier, qui sont l’insigne de la victoire, sont venus au-devant de lui comme vers l’auteur de la vie et le vainqueur de la mort, devant qui ils se prosternaient, et qu’ils escortaient non seulement au-dehors mais au-dedans des remparts de la ville, chantant d’une seule voix : Hosanna au Fils de David ! Hosanna au plus haut des cieux (Mt 21,9) ! Cet hosanna est un hymne adressé à Dieu. Il se traduit : "Sauve-nous, Seigneur !" Ce qu’on ajoute : au plus haut des cieux, montre qu’il n’est pas célébré seulement sur terre ni seulement par les hommes, mais dans les cieux et par les chœurs des anges.
Prière
Dieu éternel et tout-puissant, pour montrer au genre humain quel abaissement il doit imiter, tu as voulu que notre Sauveur, dans un corps semblable au nôtre, subisse la mort de la croix : accorde-nous cette grâce de retenir les enseignements de sa passion et d’avoir part à sa résurrection. Lui qui règne.


Jeudi saint A
Le Jeudi saint, aux Vigiles célébrées le matin, il n’y a pas de lecture d’évangile. On a cependant cru rendre service en proposant une homélie pour nourrir la méditation de ce jour-là.
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 13,1-15
Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Homélie
Le Dieu qui s’abaisse
Homélie de Sévérien de Gabala († vers 400)
Homélie sur le lavement des pieds, publiée par A. wenger, dans Revue des Études byzantines, 1967, pp. 227-229.
Le monde visible proclame la bonté de Dieu, mais rien ne la proclame aussi clairement que la venue de Dieu parmi les hommes. Ainsi, celui qui était dans la condition de Dieu a pris la condition de serviteur. Il n’a pas rabaissé sa dignité, mais magnifié son amour pour les hommes. Et le mystère redoutable qui s’accomplit aujourd’hui nous fait voir les conséquences de cet abaissement. Mais de quel événement faisons-nous mémoire aujourd’hui ? Le Sauveur a lavé les pieds de ses disciples.
Vraiment, en assumant tous les traits de notre humanité, le Maître de l’univers a revêtu la condition de serviteur, et il l’a fait d’une manière très caractéristique de l’action de Dieu dans l’Incarnation, lorsqu’il se leva de table (cf. Jn 13,4). Celui qui pourvoit à la subsistance de tous les êtres sous le ciel était assis à table parmi ses Apôtres, le Maître parmi les esclaves, la source de la sagesse parmi les ignorants, le Verbe parmi des hommes sans instruction, l’auteur de la sagesse parmi des illettrés. Celui qui donne à tous leur nourriture prenait sa nourriture à la même table que ses disciples, et celui qui procure la subsistance à l’univers recevait lui-même sa subsistance.
Et il ne se contenta pas de faire à ses serviteurs l’immense faveur de se mettre à table avec eux. Pierre, Matthieu et Philippe, hommes de cette terre, étaient à table avec lui : Michel, Gabriel et toute l’armée des anges se tenaient à ses côtés. Combien cela est admirable ! Les anges se tenaient près de lui avec crainte, les disciples étaient à table avec lui dans la plus grande familiarité.
Et cette merveille ne lui suffit pas, mais, dit l’évangile, il se leva de table. Celui qui est drapé du manteau de la lumière (Ps 103,2) était revêtu d’un manteau ; celui qui ceint le ciel de nuées se noua un linge à la ceinture ; celui qui fait couler l’eau des lacs et des fleuves versa de l’eau dans un bassin. Lui, devant qui tout s’agenouille aux cieux, sur terre et dans l’abîme, lava, à genoux, les pieds de ses disciples.
Le Seigneur de l’univers lava les pieds de ses disciples. Il n’offensa pas sa dignité, mais montra son immense amour pour les hommes. Pourtant, quelque immense que fût cet amour, Pierre n’oublia pas la majesté du Seigneur. Aussi bien, l’homme que son ardeur portait toujours à croire, fut également prompt à reconnaître l’exacte vérité. Les autres disciples, non par indifférence mais par crainte, laissèrent le Seigneur leur laver les pieds, et ne trouvèrent rien à redire. Mais le respect empêcha Pierre de le laisser faire, et il dit : Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! (Jn 13,8).
Pierre parla avec beaucoup de rudesse. Il jugeait bien, mais, ignorant la façon dont Dieu agit, c’est par esprit de foi qu’il refusa ; puis il obéit de bon cœur. Vraiment, le fidèle chrétien doit se comporter ainsi ; il ne doit pas s’obstiner dans ses décisions, mais céder à la volonté de Dieu. Car, si Pierre a exprimé son opinion d’une manière tout humaine, il s’est repenti par amour de Dieu.
Quand le Sauveur constata la résistance tenace de son âme, résistance plus forte que n’importe quelle enclume, il lui dit : Amen, je te le dis : Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi (Jn 13,8). Considère attentivement combien l’affaire était grave, et comment le Sauveur brisa la résistance de Pierre. Se montrant plus rude que lui, il le rabroua d’un ton cassant ; il exclut Pierre de sa compagnie pour faire triompher la volonté de Dieu sur l’obstination humaine.
Dès lors, Pierre, l’homme bon et admirable, prompt à exprimer son opinion, fut également prompt à se repentir. Ayant senti la dureté des paroles qui lui étaient adressées, il se montra absolu dans son repentir, et dit : Pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête (Jn 13,9). Purifie-moi tout entier, lave-moi complètement, afin que je puisse dire aussi avec David : Lave-moi, je serai blanc plus que neige (Ps 50,9). Mais le Sauveur lui répondit : Celui qui vient de se baigner n’a besoin que de se laver les pieds (Jn 13,10).
Et pourquoi leur a-t-il lavé uniquement les pieds ? C’est en raison des voyages que devaient faire les Apôtres. En lavant leurs pieds, non seulement il les a nettoyés, mais il a encore affermi les pas des saints. Cette belle ablution des pieds, Isaïe l’avait vue bien des siècles auparavant. Sachant qu’elle n’était pas une ablution humaine mais une divine purification, il avait proclamé d’une voix éclatante : Qu’ils sont beaux, les pieds des messagers de la bonne nouvelle, des messagers de paix (Is 52,7) ! Le Sauveur a touché leurs pieds, faits de limon, pour les rendre forts, car ils devaient parcourir toute la terre qui est sous le ciel.
Prière
Dieu qu’il est juste d’aimer par-dessus tout, multiplie en nous les dons de ta grâce ; dans la mort de ton Fils, tu nous fais espérer ce que nous croyons ; accorde-nous, par sa résurrection, d’atteindre ce que nous espérons. Par Jésus Christ.


Vendredi saint A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 27,1-2.11-56
Le matin venu, tous les chefs des prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire condamner à mort.
Homélie
Être crucifié avec le Christ
Homélie de saint Cyrille d’Alexandrie († 444)
Commentaire sur l’évangile de Jean, 12, 19 ; PG 74, 650-654.
Ils se saisirent de Jésus et l’emmenèrent. Portant lui-même sa croix, il sortit en direction du lieu dit en hébreu : Golgotha, nom qui se traduit "Calvaire". Là, ils le crucifièrent (Jn 19,16-18).
Ils conduisent à la mort celui qui est l’auteur de la vie. Et cela se faisait pour nous, par sa passion, d’une façon toute contraire à ce que les Juifs avaient imaginé ; par la puissance divine et selon un plan qui dépasse notre esprit, Jésus, d’une certaine manière, prenait au piège la puissance de la mort ; et la mort du Seigneur était le début et le principe du retour à une vie nouvelle et incorruptible.
Le Christ s’avance en portant sur ses épaules le bois sur lequel il devait être fixé, comme condamné à la peine capitale, bien que parfaitement innocent, et cela à cause de nous. Comme dit saint Paul : Il est devenu objet de malédiction pour nous sauver, car l’Écriture déclare : Maudit soit celui qui est pendu au bois (Ga 3,13). Et nous sommes tous maudits, nous qui refusons d’accomplir la loi divine.
Celui qui n’a pas connu le péché a été maudit à cause de nous, pour nous délivrer de la vieille malédiction. Il suffisait en effet qu’un seul souffrît pour nous tous, celui qui est Dieu, au-dessus de tous, et qu’il rachetât, par la mort de sa chair, le salut de tous. C’est pourquoi le Christ porte cette croix, qu’il n’a aucunement méritée, mais qui nous était due, si nous considérons la condamnation de la Loi. Car il est allé chez les morts non pour lui-même, mais pour nous, afin de se montrer notre guide vers la vie éternelle, ayant détruit par lui-même la domination de la mort. Et de même il a pris sur lui la croix que nous méritions, condamnant en lui-même la condamnation qui venait de la Loi, afin que désormais toute injustice ferme sa bouche (Ps 106,42), comme chante le Psaume, du fait que celui qui n’a pas de péché a été condamné pour les péchés de tous.
Cette action du Christ sera très précieuse pour nous faire embrasser courageusement une vie d’ardente piété. Il est impossible que nous obtenions la perfection dans le bien et l’union totale avec Dieu, sinon en préférant son amour à la vie terrestre et en étant décidés à combattre hardiment pour la vérité, comme y appelle le temps où nous vivons.
Assurément, notre Seigneur Jésus Christ a dit : Celui qui ne prend pas sa croix pour me suivre n’est pas digne de moi (Mt 10,38). Prendre sa croix, à mon avis, n’est rien d’autre que renoncer au monde à cause de lui, que sacrifier la vie du corps aux biens que nous espérons, si les circonstances le demandent. Mais notre Seigneur Jésus Christ n’a pas rougi de porter la croix qui nous était due et de souffrir par amour pour nous.
Ceux qui sont unis au Christ sont encore crucifiés avec lui d’une autre manière : en acceptant de mourir à leur genre de vie, ils se transforment par une vie nouvelle et conforme à l’Évangile. Saint Paul disait, en parlant pour nous tous : Avec le Christ je suis fixé à la croix : je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2,19-20).
Prière
Regarde, Seigneur, nous t’en prions, la famille qui t’appartient : c’est pour elle que Jésus, le Christ, notre Seigneur, ne refusa pas d’être livré aux mains des méchants ni de subir le supplice de la croix. Lui qui règne.


Samedi saint A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 27,57-66
Le soir venu, arriva un homme riche, originaire d’Arimathie, qui s’appelait Joseph, et qui était devenu lui aussi disciple de Jésus. Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus.
Homélie
La mort qui a changé notre mort
Homélie de saint Cyrille d’Alexandrie († 444)
Commentaire sur l’évangile de Jean, 12, 19, PG 74, 679-682.
Ils prirent le corps de Jésus, et ils l’enveloppèrent d’un linceul, en employant les aromates, selon la manière juive d’ensevelir les morts. Près du lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore mis personne (Jn 19,40-41).
On a compté parmi les morts celui qui, à cause de nous, est au nombre des morts selon la chair, mais que l’on connaît comme étant la vie selon sa nature même et grâce à son Père ; et il l’est en vérité. Mais, pour accomplir toute justice, celle qui convient à la condition humaine, il ne soumit pas seulement son corps à une mort volontaire, mais aussi à ce qui en est la suite : ensevelissement et mise au tombeau.
L’évangéliste nous dit que ce tombeau était dans un jardin, et qu’il était neuf ; cela symbolise en quelque sorte que, par sa mort, le Christ a préparé et réalisé notre retour au paradis. Car il y est entré lui-même comme notre avant-coureur et chef de file.
Que le sépulcre soit désigné comme neuf, cela signifie un retour de la mort à la vie, nouveau et sans précédent, le renouvellement préparé par le Christ pour nous protéger de la corruption. Car notre mort, par la mort du Christ, a reçu un sens nouveau qui l’a transformée en une sorte de sommeil. En effet, nous vivons comme devant vivre pour Dieu, selon les Écritures (Rm 6,10-11). C’est pourquoi saint Paul appelle invariablement ceux qui sont morts dans le Christ : ceux qui se sont endormis.
Jadis en effet, le pouvoir de la mon a triomphé de notre nature. Depuis Adam jusqu’à Moïse la mort a régné, même sur ceux qui n’avaient pas péché par désobéissance à la manière d’Adam (Rm 5,14). Nous sommes à l’image de celui qui est pétri de terre (1 Co 15,49), Adam, et nous subissons la mort qui pèse sur nous par la malédiction divine (cf. Ga 3,13).
Mais après que le nouvel Adam, l’Adam divin et céleste, eût resplendi pour nous, après qu’il eût combattu pour la vie de tous, il a racheté la vie de tous par sa mort charnelle, et après avoir détruit l’empire de la mort, il est revenu à la vie. Alors nous avons été transformés à son image et soumis à une nouvelle sorte de mort, qui ne nous dissoudra pas dans une corruption sans fin, mais qui nous apportera un sommeil plein d’espérance, à la ressemblance de celui qui a inauguré pour nous cette route, et qui est le Christ.
Prière
Dieu éternel et tout-puissant, dont le Fils unique est descendu aux profondeurs de la terre, d’où il est remonté glorieux : accorde à tes fidèles, ensevelis avec lui dans le baptême, d’accéder par sa résurrection à la vie éternelle. Lui qui règne.
Temps pascal A


Dimanche de Pâques A
Le dimanche de Pâques, la Veillée nocturne tient lieu d’Office des Vigiles ou des Lectures. On a cependant cru rendre service en proposant une homélie pour la méditation de ce jour-là.
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 28,1-10
Après le sabbat, à l’heure où commençait le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l’autre Marie vinrent faire leur visite au tombeau de Jésus. Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ; l’Ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus.
Homélie
Le mystère de la résurrection
Homélie de saint Jean Chrysostome († 407)
Homélie sur le Grand Samedi, 10-12 ; PG 88, 1860-1866.
Comment vous expliquerai-je les choses cachées ? Comment proclamerai-je ce qui surpasse tout langage et toute intelligence ? Comment ferai-je connaître le mystère de la résurrection du Seigneur ? Sa croix aussi est un mystère, et sa mort pendant trois jours, et tout ce qui est arrivé à notre Sauveur est mystère. De même, en effet, qu’il est né du sein inviolé de la Vierge, de même il est ressuscité du tombeau fermé. De même que le Fils unique de Dieu est devenu premier-né en naissant d’une mère, de même il est devenu le premier-né d’entre les morts par sa résurrection. De même, assurément, que sa naissance n’a pas fait perdre à la Vierge mère sa virginité, de même sa résurrection n’a pas brisé les sceaux du sépulcre. Je ne puis donc pas définir par des mots sa naissance ni comprendre sa sortie du sépulcre.
Venez voir l’endroit où reposait le Seigneur (Mt 28,6). <> Venez voir l’endroit où fut rédigé l’acte garantissant votre résurrection. Venez voir l’endroit où la mort fut ensevelie. Venez voir l’endroit où un corps, grain non semé par l’homme, a produit une multitude d’épis d’immortalité. <> Allez annoncer à mes disciples <>, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront (Mt 28,10). Annoncez à mes disciples les mystères que vous avez contemplés."
Voilà ce que le Seigneur a dit aux femmes. Et maintenant encore, au bord de la piscine baptismale, il se tient invisible auprès des croyants, il embrasse les nouveaux baptisés comme des amis et des frères <>, il remplit leurs cœurs et leurs âmes d’allégresse et de joie. Il lave leurs souillures dans les fontaines de sa grâce. Il oint du parfum de l’Esprit ceux qui ont été régénérés. Le Seigneur devient celui qui les nourrit et il devient leur nourriture. Il procure à ses serviteurs leur part de nourriture spirituelle. Il dit à tous les fidèles : "Prenez, mangez le pain du ciel, recevez la source qui jaillit de mon côté, celle où l’on puise toujours sans que jamais elle se tarisse. Vous qui avez faim, rassasiez-vous ; vous qui avez soif, enivrez-vous d’un vin sobre et salutaire."
Ô Christ, notre Dieu, toi seul es vraiment le seul Seigneur, plein de bonté et d’amour pour les hommes. Avec ton Père exempt de toute souillure et avec l’Esprit vivifiant, à toi reviennent la gloire et la puissance, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.
Amen.
Prière
Aujourd’hui, Dieu notre Père, tu nous ouvres la vie éternelle par la victoire de ton Fils sur la mort, et nous fêtons sa résurrection. Que ton Esprit fasse de nous des hommes nouveaux pour que nous ressuscitions avec le Christ dans la lumière de la vie. Lui qui règne.

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