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Lundi de Pâques ABC
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 28,8-15
Quand les femmes eurent entendu les paroles de l’Ange, vite, elles quittèrent le tombeau, tremblantes et toutes joyeuses, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre.
Homélie
Les saintes femmes, prémices des croyants
Homélie de saint Pierre Chrysologue († 450)
Sermon 76, 2-3, CCL 24 A, 465-467
L’Ange avait dit aux femmes : Vite, allez dire à ses disciples : Il est ressuscité d’entre les morts ; il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez (Mt 28,7). En disant cela, l’Ange ne s’adressait pas à Marie Madeleine et à l’autre Marie, mais, en ces deux femmes, c’est l’Église qu’il envoyait en mission, c’est l’Épouse que l’Ange envoyait vers l’Époux.
Et tandis qu’elles s’en vont, le Seigneur vient à leur rencontre et les salue en disant : Je vous salue, réjouissez-vous. <> Il avait dit à ses disciples : Ne saluez personne en chemin (Lc 10,4) ; comment se fait-il que sur le chemin il accoure à la rencontre de ces femmes et les salue si joyeusement ? Il n’attend pas d’être reconnu, il ne cherche pas à être identifié, il ne se laisse pas questionner, mais il s’empresse, plein d’élan, vers cette rencontre ; il y court avec ardeur et, en les saluant, il abolit lui-même sa propre prescription. Voilà ce que fait la puissance de l’amour : elle est plus forte que tout, elle déborde tout. En saluant l’Église, c’est lui-même que le Christ salue, car il l’a faite sienne, elle est devenue sa chair, elle est devenue son corps, comme l’atteste l’Apôtre : Il est la Tête du Corps, c’est-à-dire l’Église (Col 1,18).
Oui, c’est bien l’Église en sa plénitude que personnifient ces deux femmes ; les événements le montrent avec évidence ; à ses disciples qui doutent de sa résurrection, le Christ doit apporter des preuves, il doit apaiser leurs craintes, il doit les rappeler à la foi en montrant son côté et les trous des clous, puis en prenant avec eux de la nourriture. Et c’est à juste titre qu’il nomme "enfants" ceux qui étaient si petits dans la foi, lorsqu’il leur demande : Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger (Jn 21,5) ?
Mais ces femmes, il les trouve déjà parvenues à la maturité de la foi ; elles ont dominé leurs faiblesses et elles se hâtent vers le mystère, elles cherchent le Seigneur avec toute la ferveur de leur foi. Aussi méritent-elles qu’il se donne à elles, lorsqu’il va à leur rencontre et leur dit : Je vous salue, réjouissez-vous. Il les laisse non seulement le toucher, mais le saisir à la mesure de leur amour. Comme nous venons de l’entendre dans la proclamation de l’Évangile : Elles s’approchèrent et, lui saisissant les pieds, elles se prosternèrent devant lui (Mt 28,9),. Oui, elles saisissent ses pieds, ces femmes qui, dans l’Église, sont les modèles des messagers de la Bonne Nouvelle. Elles ont mérité cette grâce par l’élan de leur course ; elles touchent avec tant de foi les pieds du Sauveur qu’il leur est donné d’embrasser la gloire divine.
Prière
Dieu qui agrandis toujours ton Église en lui donnant par le baptême de nouveaux enfants, accorde à tes fils d’être fidèles toute leur vie au sacrement qu’ils ont reçu dans la foi. Par Jésus Christ.


2e dimanche de Pâques A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20,19-31
C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux.
Homélie
Le corps du Ressuscité est le corps du Crucifié
Homélie de saint Cyrille d’Alexandrie († 444)
Commentaire sur l’évangile de Jean, 12 ; PG 74, 704-705.
En entrant dans le Cénacle toutes portes closes, le Christ a montré une fois de plus qu’il est Dieu par nature, et qu’il n’est pas différent de celui qui vivait auparavant avec les disciples. En découvrant son côté et en montrant la marque des clous, il manifestait à l’évidence qu’il a relevé le temple de son corps qui avait été suspendu à la croix, en détruisant la mort corporelle, puisque par nature il est la vie et il est Dieu.
Mais alors que le moment était venu de transformer son corps par une gloire inexprimable et prodigieuse, on le voit tellement soucieux de fonder la foi en la résurrection future de la chair qu’il a voulu, conformément à l’économie divine, apparaître tel qu’il était auparavant. Ainsi ne penserait-on pas qu’il avait alors un corps différent de celui avec lequel il était mort sur la croix.
Même si le Christ avait voulu déployer la gloire de son corps devant les disciples, avant de monter vers le Père, nos yeux n’auraient pu en supporter la vue. Vous le comprendrez facilement si vous vous rappelez la transfiguration qui avait jadis été montrée sur la montagne. En effet, saint Matthieu écrit que le Christ fut transfiguré devant eux, que son visage resplendit comme l’éclair et que ses vêtements devinrent blancs comme neige. Quant à eux, ne pouvant supporter la vision, ils tombèrent la face contre terre.
C’est pourquoi, afin d’observer exactement le plan divin, notre Seigneur Jésus apparaissait encore, au Cénacle, sous sa forme antérieure, et non pas selon la gloire qui est due et convient à son Temple transfiguré. Il ne voulait pas que la foi en la résurrection se porte sur un aspect et sur un corps différents de ceux qu’il reçut de la sainte Vierge et dans lesquels il est mort après avoir été crucifié selon les Écritures. En effet, la mort n’avait pouvoir que sur la chair, dont elle allait être chassée. Car, si ce n’est pas son corps mort qui est ressuscité, quelle espèce de mort a donc été vaincue ? Ou encore, comment le pouvoir de la corruption aurait-il cessé, sinon par la mort d’une créature raisonnable ? Car ce ne fut pas l’œuvre de l’âme, ni de l’ange, ni même du Verbe de Dieu. Donc, puisque la mort ne peut exercer son pouvoir que sur ce qui est corruptible par nature, on aura raison d’estimer que la force de résurrection peut s’exercer aussi sur cela, pour que la tyrannie de la mort soit renversée.
Le Seigneur salue ses disciples en disant : Paix à vous. n déclare ainsi que lui-même est la paix. Car ceux auprès desquels il est présent bénéficient d’un esprit parfaitement apaisé. C’est évidemment ce que saint Paul souhaitait aux fidèles quand il disait : Que la paix du Christ, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, garde votre cœur et votre intelligence dans le Christ Jésus (Ph 4,7). Pour saint Paul, la paix du Christ, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, n’est autre que son Esprit : celui qui participe à son Esprit sera rempli de tout bien.
Prière
Dieu de miséricorde infinie, tu ranimes la foi de ton peuple par les célébrations pascales ; augmente en nous ta grâce pour que nous comprenions toujours mieux quel baptême nous a purifiés, quel Esprit nous a fait renaître, et quel sang nous a rachetés. Par Jésus Christ.


3e dimanche de Pâques A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 24,13-35
Le troisième jour après la mort de Jésus, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaus, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient de tout ce qui s’était passé.
Homélie
Croire au Christ ressuscité
Homélie de saint Augustin († 430)
Sermon 234, 1-2, éd des Mauristes 5, 987-988.
Ces jours-ci on lit la résurrection du Seigneur selon chacun des quatre évangiles. Car il est nécessaire de les lire tous, parce que chacun n’a pas tout dit. Mais ce que l’un a omis, un autre l’a dit, et d’une certaine façon, tous ont laissé de la place aux autres, si bien qu’ils étaient tous nécessaires.
L’évangéliste Marc a dit brièvement ce que Luc a développé avec plus de détails au sujet des deux hommes, qui n’appartenaient pas aux Douze, mais qui étaient pourtant des disciples : tandis qu’ils faisaient route, le Seigneur leur apparut et les accompagna. Marc dit seulement, en effet, qu’il apparut à deux voyageurs, tandis que l’évangéliste Luc nous rapporte ce qu’il leur a demandé, ce qu’il leur a répondu, jusqu’où il les a accompagnés, et comment ils le reconnurent quand il partagea le pain. Luc a dit tout cela, nous l’avons entendu.
Quelle est donc, mes frères, la question qui nous intéresse ici ? Nous sommes encouragés à croire que le Seigneur est ressuscité., Nous le croyions déjà quand nous avons entendu lire l’Évangile, et nous sommes entrés aujourd’hui dans cette église en y croyant. Pourtant, je ne sais comment cela se fait, mais on entend avec joie ce qui rafraîchit notre souvenir. Cela vient de ce que notre cœur se réjouit quand nous découvrons que nous valons mieux que ces hommes, eux qui marchaient sur la route et à qui le Seigneur apparut.
Car nous croyons ce qu’ils ne croyaient pas encore. Ils avaient perdu l’espérance, et là où ils doutaient, nous-mêmes n’avons aucun doute. Ils avaient perdu l’espérance au Seigneur crucifié ; on le voit à leurs paroles. Quand Jésus leur demande : De quoi causiez-vous donc, tout en marchant, et pourquoi êtes-vous tristes ?, ils répondent : Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem, à ignorer les événements de ces jours-ci. — Quels événements ! répliqua Jésus. Lui qui sait tout, il les questionne lui-même, parce qu’il désire être dans leur cœur. Ils reprennent : Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant par ses actes et par ses paroles... Et comment les chefs des prêtres l’ont crucifié... Et voilà le troisième jour que cela est arrivé... Alors que nous espérions...
Vous espériez, et maintenant vous n’espérez plus ? C’est ainsi que vous êtes ses disciples ? Le malfaiteur crucifié avec Jésus vous a surpassés ! Vous avez oublié celui qui vous instruisait, tandis que le bandit a reconnu son compagnon de supplice : Seigneur, souviens-toi de moi, quand tu viendras inaugurer ton règne (Lc 23,42). Oui, parce que c’est lui qui devait racheter Israël. Cette croix était une école où le maître instruisait le bandit. Le bois où Jésus était cloué devint la chaire de son enseignement. Celui qui vous a rejoints, puisse-t-il vous rendre l’espérance ! Et c’est ce qui est arrivé.
Rappelez-vous cependant, frères très chers, comment le Seigneur Jésus, alors que les yeux de ses disciples étaient empêchés de le reconnaître, voulut être reconnu au partage du pain. Les fidèles comprennent ce que je veux dire : eux aussi reconnaissent le Christ au partage du pain, mais de celui qui, recevant la bénédiction du Christ, devient le corps du Christ.
Prière
Garde à ton peuple sa joie, Seigneur, toi qui refais ses forces et sa jeunesse ; tu nous a rendu la dignité de fils de Dieu, affermis-nous dans l’espérance de la résurrection. Par Jésus Christ.


4e dimanche de Pâques A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 10, 1-10
Jésus parlait ainsi aux pharisiens : "Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans la bergerie sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit."
Homélie
Un pédagogue incomparable
Homélie de Clément d’Alexandrie († 215)
Le Pédagogue, 9, 83,3 85,a, SC 70, 258-261
Malades, nous avons besoin du Sauveur ; égarés, de celui qui nous conduira ; assoiffés, de la source d’eau vive ; morts, nous avons besoin de la vie ; brebis, du berger ; enfants, du pédagogue ; et toute l’humanité a besoin de Jésus.
Si vous le voulez, nous pouvons comprendre la suprême sagesse du très saint Pasteur et Pédagogue, qui est le Tout-Puissant et le Verbe du Père, lorsqu’il emploie une allégorie et se dit le Pasteur des brebis ; mais il est aussi le Pédagogue des tout-petits.
C’est ainsi qu’il s’adresse assez longuement, par l’intermédiaire d’Ézéchiel, aux anciens, et qu’il leur donne l’exemple salutaire d’une sollicitude bien adaptée : Je soignerai celui qui est boiteux, et je guérirai celui qui est accablé ; je ramènerai celui qui s’est égaré, et je les ferai paître sur ma montagne sainte (cf. Ez 34,16). Oui, Maître, donne-nous en abondance ta pâture, qui est la justice. Oui, Pédagogue, sois notre Pasteur jusqu’à ta montagne sainte, jusqu’à l’Église qui s’élève au-dessus des nuages, qui touche aux cieux ! Et je serai, dit-il, leur Pasteur, et je serai près d’eux (cf. Ez 34,14). Il veut sauver ma chair en la revêtant de la tunique d’incorruptibilité et il a consacré ma peau par l’onction. Ils m’appelleront, dit-il, et je dirai : Me voici (cf. Is 58,9). Tu m’as entendu plus vite que je ne l’aurais cru, Seigneur. S’ils traversent, ils ne glisseront pas (cf. Is 43,2), dit le Seigneur. Nous ne tomberons pas dans la corruption, en effet, nous qui traversons pour aller vers l’incorruptibilité (cf. 1 Co 15,42), puisqu’il nous soutiendra. Il l’a dit et il l’a voulu.
Tel est notre Pédagogue : bon avec justice. Je ne suis pas venu pour être servi, dit-il, mais pour servir (Mt 20,28). C’est pourquoi, dans l’Évangile, on nous le montre fatigué, lui qui se fatigue pour nous, et qui promet de donner sa vie en rançon pour la multitude (Mt 20,28). Il affirme que, seul, le bon Pasteur agit ainsi.
Quel magnifique donateur, qui donne pour nous ce qu’il a de plus grand : sa vie ! Ô le bienfaiteur, l’ami des hommes, qui a voulu être leur frère plutôt que leur Seigneur ! Et il a poussé la bonté jusqu’à mourir pour nous !
Prière
Dieu éternel et tout-puissant, guide-nous jusqu’au bonheur du ciel ; que le troupeau parvienne, malgré sa faiblesse, là où son Pasteur est entré victorieux. Lui qui règne.


5e dimanche de Pâques A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14,1-12
À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : "Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi."
Homélie
Avançons par le chemin qu’est le Christ
Homélie de saint Ambroise († 397)
Du bien de la mort, 12, 52-55 ; CSEL 32, 747-750.
Avançons hardiment vers notre Rédempteur Jésus, rejoignons hardiment l’assemblée des saints, le concile des justes. Car nous irons vers ceux qui sont nos frères, vers ceux qui nous ont instruits dans la foi. Ainsi, même si nos œuvres sont insuffisantes, que la foi vienne à notre secours et préserve notre héritage.
Le Seigneur sera la lumière de tous, et cette vraie lumière qui éclaire tout homme (Jn 1,9) brillera pour tous. Nous irons là où le Seigneur Jésus a préparé des demeures pour ses serviteurs, afin que là où il est, nous soyons nous aussi, car telle est sa volonté. Quelles sont ces demeures ? Écoutons-le en parler : Dans la maison de mon Père il y a beaucoup de demeures. Et il nous dit ce qu’il veut : Je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous soyez vous aussi (Jn 14,2-3).
Mais, me direz-vous, il ne parlait ainsi qu’à ses disciples, c’est à eux seuls qu’il promettait ces nombreuses demeures ; et où voyez-vous qu’on viendra de partout prendre part au banquet dans le royaume de Dieu ?
Comment pouvez-vous mettre en doute l’efficacité de la parole divine ? Pour le Christ, vouloir, c’est réaliser. Enfin il a montré le lieu et le chemin, quand il a dit : Où je vais, vous le savez, et vous savez le chemin (Jn 14,4). Le lieu, c’est chez le Père ; le chemin, c’est le Christ, comme il l’a dit lui-même : Moi je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi(Jn 14,7).
Entrons dans ce chemin, attachons-nous à la vérité, suivons la vie. Le chemin est ce qui conduit, la vérité est ce qui affermit, la vie est ce qui se donne de soi-même. Et pour que nous comprenions bien ce qu’il veut, il ajoutera plus loin : Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, pour qu’ils contemplent ma gloire, Père (cf. Jn 17,24). Il est beau de voir que ce qu’il avait promis auparavant, maintenant il le demande. En effet, parce qu’il avait promis d’abord et qu’il demande maintenant, et non pas le contraire, on voit qu’il a promis d’abord comme étant maître du don, conscient de sa puissance ; ensuite il a demandé au Père, comme étant l’interprète de la piété filiale. Il a promis d’abord, pour que vous reconnaissiez son pouvoir. Il a demandé ensuite, pour que vous compreniez sa piété envers le Père.
Nous te suivons, Seigneur Jésus. Mais pour que nous te suivions, appelle-nous, parce que, sans toi, nul ne montera vers toi. Car tu es le chemin, la vérité, la vie. Tu es aussi notre secours, notre foi, notre récompense. Ceux qui sont à toi, accueille-les, toi qui es le chemin ; fortifie-les, toi qui es la vérité ; vivifie-les, toi qui es la vie.
Prière
Dieu qui as envoyé ton Fils pour nous sauver et pour faire de nous tes enfants d’adoption, regarde avec bonté ceux que tu aimes comme un père ; puisque nous croyons au Christ, accorde-nous la vraie liberté et la vie éternelle. Par Jésus Christ.


6e dimanche de Pâques A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14,15-21
À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : "Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements."
Homélie
L’envoi de l’autre Défenseur
Homélie de saint Jean Chrysostome († 407)
Homélie 75, 1 ; PG 59, 403-405.
Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements (Jn 14,15-18). Je vous ai donné ce commandement de vous aimer les uns les autres, de pratiquer entre vous ce que moi-même ai fait pour vous. C’est cela l’amour : obéir à ces commandements, et ressembler à celui que vous aimez. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur. Nouvelle parole, pleine de délicatesse. Parce que les disciples ne connaissaient pas encore le Christ d’une manière parfaite, on pouvait penser qu’ils regretteraient vivement sa société, ses entretiens, sa présence selon la chair, et que rien ne pourrait les consoler de son départ. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur, c’est-à-dire : un autre tel que moi.
C’est quand le Christ les eut purifiés par son sacrifice que l’Esprit Saint descendit en eux. pourquoi n’est-il pas venu pendant que Jésus était avec eux ? Parce que le sacrifice n’avait pas été offert. C’est seulement lorsque le péché eut été enlevé et que les disciples furent envoyés affronter les périls du combat, qu’il leur fallut un entraîneur. Mais alors, pourquoi l’Esprit n’est-il pas venu aussitôt après la résurrection ? Afin qu’ayant un plus vif désir de le recevoir, ils l’accueillent avec une plus grande reconnaissance. Tandis que le Christ était avec eux, ils n’étaient pas affligés ; lorsqu’il fut parti, leur solitude les plongea dans une crainte profonde ; ils allaient donc accueillir l’Esprit avec beaucoup d’ardeur.
Il sera pour toujours avec vous. Cela signifie clairement qu/il ne vous quittera jamais. Il ne fallait pas qu’en entendant parler d’un Défenseur, ils imaginent une seconde incarnation et espèrent la voir de leurs yeux. Il rectifie donc leur pensée en disant : Le monde est incapable de le recevoir parce qu’il ne le voit pas. Car il ne sera pas avec vous de la même manière que moi, mais c’est dans vos âmes qu’il habitera, comme le signifient ces paroles : Il est en vous. Et il l’appelle l’Esprit de vérité parce qu’il leur fera connaître le vrai sens des préfigurations de la Loi ancienne.
Il sera pour toujours avec vous. Qu’est-ce que cela veut dire ? Ce qu’il dit de lui-même : Voici que je suis avec vous. Mais d’une façon différente, et il insinue que le Défenseur ne souffrira pas comme le Christ, et que lui ne vous quittera pas. Le monde est incapable de le recevoir parce qu’il ne le voit pas. Quoi donc ? Serait-il visible pour les autres ? Nullement. Il parle ici de la connaissance par l’esprit, puisqu’il ajoute aussitôt : Et ne le connaît pas. Nous savons qu’il emploie le mot "voir" au sens de connaissance très claire. Par "le monde" il entend ici les méchants, et c’est là un réconfort pour les disciples, que leur soit accordé un don de choix.
Il annonce un Défenseur autre que lui ; il affirme que ce Défenseur ne les quittera pas ; il ajoute qu’il viendra uniquement pour eux, comme le Christ lui-même est venu. Il déclare enfin qu’il va demeurer en eux, mais ce n’est pas ainsi qu’il dissipe leur chagrin, car c’est lui qu’ils veulent, c’est sa compagnie. Et il dit pour les apaiser : Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous.
Ne craignez pas, dit-il. Si j’ai promis d’envoyer un autre Défenseur, ce n’est pas que je veuille vous abandonner pour toujours. En disant : Pour qu’il soit toujours avec vous, ce n’est pas en ce sens que je ne vous verrai plus. Car, moi aussi, je reviens vers vous, je ne vous laisserai pas orphelins.
Prière
Dieu tout-puissant, accorde-nous, en ces jours de fête, de célébrer avec ferveur le Christ ressuscité : que le mystère de Pâques dont nous faisons mémoire reste présent dans notre vie et la transforme. Par Jésus Christ.


Ascension du Seigneur A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 28,16-20
Au temps de Pâques, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.
Homélie
au choix (autre)
Le mystère de l’Ascension
Homélie de saint Léon le Grand († 461)
Sermon 74, 1-2 ; CCL 138 A, 455-457.
Le mystère de notre salut, ce salut que le Créateur de l’univers a estimé au prix de son sang, depuis le jour de sa naissance corporelle jusqu’à l’issue de sa Passion, ce mystère s’est accompli selon une dispensation marquée par l’humilité. Et bien que, même à travers la condition de serviteur, les signes de la divinité du Christ aient rayonné, toute l’action de cette période a consisté essentiellement à démontrer la vérité de l’incarnation.
Mais après la Passion, une fois rompus les liens de la mort qui, en s’attaquant à celui qui n’avait pas connu le péché, avait perdu toute sa virulence, la faiblesse se changea en force, la mortalité en éternité, et l’opprobre en cette gloire que le Seigneur Jésus fit voir à beaucoup, par des preuves nombreuses et manifestes, jusqu’à ce qu’il conduisît aux cieux ce triomphe de la victoire qu’il avait rapportée du séjour des morts.
Dans la solennité pascale, la résurrection du Seigneur était la cause de notre joie ; de même sa montée au ciel nous donne lieu de nous réjouir, puisque nous commémorons et vénérons ce grand jour où notre pauvre nature, en la personne du Christ, a été élevée plus haut que toute l’armée des cieux, plus haut que tous les chœurs des anges, plus haut que toutes les puissances du ciel, jusqu’à s’asseoir auprès de Dieu le Père. C’est sur cette disposition des œuvres divines que nous sommes fondés et construits. La grâce de Dieu devient en effet plus admirable lorsque, les hommes ayant vu disparaître ce qui leur inspirait de l’adoration, leur foi n’a pas connu le doute, leur espérance n’a pas été ébranlée, leur charité ne s’est pas refroidie.
Voilà en quoi consiste la force des grands esprits, telle est la lumière des âmes pleines de foi : croire sans hésitation ce que les yeux du corps ne voient pas, fixer son désir là où le regard ne parvient pas. Mais comment une telle piété pourrait-elle naître en nos cœurs, comment pourrait-on être justifié par la foi, si notre salut ne consistait qu’en des réalités offertes à nos yeux ? C’est ce qui explique la parole de Dieu à cet homme que l’on voyait douter de sa résurrection s’il n’explorait pas, par la vue et le toucher, les marques laissées dans sa chair par la Passion : Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu (Jn 20,29).
Pour que nous puissions, mes bien-aimés, être capables de cette béatitude, notre Seigneur Jésus Christ, après avoir accompli tout ce qui correspond à la prédication évangélique et aux mystères du Nouveau Testament, le quarantième jour après sa résurrection, en présence de ses disciples, s’est élevé au ciel et a mis un terme à sa présence corporelle pour demeurer à la droite du Père. Il y demeurera jusqu’à ce que soient accomplis les temps prévus pour que se multiplient les fils de l’Église, et pour que lui-même vienne juger les vivants et les morts, dans cette même chair avec laquelle il est monté au ciel.
C’est pourquoi ce qui était visible chez notre Rédempteur est passé dans les mystères sacramentels. Et pour rendre la foi plus pure et plus ferme, la vue a été remplacée par l’enseignement : c’est à l’autorité de celui-ci que devaient obéir les cœurs des croyants, éclairés par les rayons du ciel.
ou bien

Désormais notre chair se trouve au ciel
Homélie attribuée à saint Jean Chrysostome († 407)
Sur l’Ascension, 16-17, PG 52, 789-792.
Dieu et les hommes sont devenus une seule race. Voilà pourquoi saint Paul a dit : Nous sommes de la race de Dieu (Ac 17,29). Il dit encore ailleurs : Nous sommes le corps du Christ et, chacun pour sa part, les membres de sa chair (1 Co 12,27). C’est-à-dire : Nous sommes devenus sa parenté, par la chair qu’il a assumée. Nous avons donc, grâce à lui, une garantie au ciel : la chair qu’il a prise de nous, et ici-bas : l’Esprit Saint qui demeure en nous.
Comment vous étonnez-vous que l’Esprit Saint est à la fois avec nous et au ciel, quand le corps du Christ est en même temps au ciel et avec nous ? Le ciel a possédé ce corps sacré, et la terre a reçu l’Esprit Saint. Le Christ vint et apporta le Saint-Esprit, puis il monta au ciel et y emmena notre corps.
Quel plan divin redoutable et étonnant ! Ô grand roi, magnifique en toute chose ! Comme disait le prophète : Ô Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre (Ps 8,2) !
La divinité fut élevée. Exactement il est dit : Ils le virent s’élever (Ac 1,9), lui qui est grand en tout, le grand Dieu, le grand Seigneur, qui est aussi le grand roi sur toute la terre (Ac 1,9) ! Grand prophète, grand prêtre, grande lumière, il est grand en toute chose. Et non seulement il est grand par sa divinité, mais aussi selon la chair, car il est grand prêtre et grand prophète. Comment cela ? Écoutez saint Paul : En lui nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a pénétré au-delà des cieux. Demeurons fermes dans la foi (He 4,14). Car, s’il est grand prêtre et grand prophète, il est bien vrai que Dieu a visité son peuple, et qu’il a suscité un grand prophète en Israël. S’il est un grand prêtre, un grand prophète, un grand roi, il est aussi une grande lumière : La Galilée des nations, le peuple qui marchait dans les ténèbres, a vu une grande lumière (Is 9,1-2).
Nous avons donc le gage de notre vie dans le ciel, où nous sommes montés avec le Christ. Nous serons donc emportés sur les nuées, si nous sommes dignes d’aller à sa rencontre. Car le coupable ne va pas au-devant de son juge : il comparaît seulement devant lui.
Prions, mes bien-aimés, et demandons de nous trouver dans le petit nombre de ceux qui se porteront au-devant du Christ. Tous n’ont pas vécu de la même manière. Chacun recevra son salaire selon la peine qu’il se sera donnée (1 Co 3,8). Que jamais la parole de Dieu ne soit donc arrêtée, mais qu’en vérité nous soyons tous pleins d’assurance dans l’amour du Christ, pour nourrir son peuple et prendre soin des âmes. <> On peut tromper les hommes par des paroles mensongères, mais aux yeux de Dieu nous paraîtrons tels que nous sommes. <> Celui qui sait tout, est témoin que nous désirons la paix, que nous la hâtons, la convoitons. <> Aucun de ceux qui attendent de Dieu leur récompense ne fait injure au tribunal en défendant sa cause. Mais Dieu a le pouvoir de donner la paix, d’assurer la paix, de répartir la paix entre ceux qui proclament la foi et leurs auditeurs, entre les enseignants et les enseignés, afin qu’après avoir commencé par la paix et continué par la paix, nous persévérions tous dans la paix, et que nous rendions tous gloire au Dieu de paix, au Père, au Fils et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et pour les siècles des siècles. Amen.
Prière
Dieu qui élèves le Christ au-dessus de tout, ouvre-nous à la joie et à l’action de grâce, car l’Ascension de ton Fils est déjà notre victoire ; nous sommes les membres de son corps, il nous a précédés dans la gloire auprès de toi, et c’est là que nous vivons en espérance. Par Jésus Christ.

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