La Sainte Famille C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 2,41-52
Chaque année les parents de Jésus allaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils firent le pèlerinage selon la coutume.
Homélie
Chercher Jésus
Homélie d’Origène († 253)
Homélies sur saint Luc, 18, 2-5 ; GCS 9, 112-113 ; SC 87, 266-271
Comme il avait douze ans, il demeure à Jérusalem. Ne sachant où il est, ses parents le cherchent avec inquiétude et ne le trouvent pas. Ils le cherchent parmi leurs parents, ils le cherchentparmi leurs compagnons de route, ils le cherchent parmi leurs connaissances (Lc 2,44), et ils ne le trouvent pas. Jésus est donc recherché par ses parents, par son père nourricier qui l’avait accompagné dans sa descente en Égypte, et pourtant ils ne le trouvent pas aussitôt qu’ils le cherchent. Car on ne trouve pas Jésus parmi les parents et parmi les proches selon la chair, parmi ceux qui lui sont unis par le corps. Mon Jésus ne peut être trouvé dans la foule.
Apprenez-donc où l’ont découvert ceux qui le cherchaient, afin que vous aussi, en le cherchant avec Marie et Joseph, vous puissiez le découvrir. À force de le chercher, dit l’évangéliste, ils le trouvèrent dans le Temple (Lc 2,46). Non pas n’importe où, mais dans le Temple, et là, en outre, au milieu des docteurs de la Loi qu’il écoutait et interrogeait (Lc 2,46-47). Vous aussi, cherchez Jésus dans le Temple de Dieu, cherchez-le dans l’Église, cherchez-le auprès des maîtres qui sont dans le Temple et n’en sortent jamais. Si vous cherchez ainsi, vous le trouverez. Mais si quelqu’un se dit un maître, et ne possède pas Jésus, il n’est maître que de nom, et on ne peut trouver auprès de lui Jésus, qui est le Verbe et la Sagesse de Dieu.
Ils le trouvent assis au milieu des docteurs, et non seulement assis, mais les interrogeant et les écoutant. Maintenant encore Jésus est ici : il nous interroge et il nous écoute parler. Et tous étaient dans l’admiration (Lc 2,48). À propos de quoi ? Non de ses interrogations, bien qu’elles fussent admirables, mais de ses réponses (Lc 2,47).
Dans la sainte Écriture, "répondre" ne désigne pas un simple dialogue, mais un enseignement. Que la loi divine te l’apprenne : Moïse parlait, et Dieu lui répondait par sa voix (cf. Ex 19,19). Tantôt Jésus interroge, tantôt il répond et, nous l’avons dit, bien que son interrogation soit admirable, sa réponse l’est bien davantage. Pour que nous puissions l’entendre, nous aussi, et qu’il nous propose des questions qu’il résoudra lui-même, supplions-le et cherchons-le avec beaucoup d’efforts et de douleur, et alors nous pourrons trouver celui que nous cherchons. Ce n’est pas pour rien qu’il est écrit : Moi et ton père, nous te cherchions tout affligés (cf. Lc 2,49). Celui qui cherche Jésus ne doit pas chercher avec négligence, mollement, par intermittence, ainsi que certains le cherchent et qui, à cause de cela, ne peuvent le trouver. Quant à nous, disons : Nous te cherchons tout affligés.
Et quand nous lui aurons parlé ainsi, il répondra à notre âme qui se fatigue à le chercher dans la douleur : Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être (Lc 2,49-50).
ou bien
Grandir en humilité
Homélie de saint Bède le Vénérable († 735)
Homélies, 1, 19, CCL 122, 134-135 137-139.
La lecture du saint Évangile qu’on vient de proclamer, frères très chers, est limpide et n’a pas besoin que nous y ajoutions un commentaire. Elle englobe le bas âge et l’enfance de notre Rédempteur, par lequel il a daigné se faire participant de notre humanité ; et elle rappelle l’éternité de la Majesté divine, par laquelle il est demeuré et demeure toujours égal au Père. C’est afin que nous-mêmes, rappelant à notre souvenir l’abaissement de l’Incarnation, nous nous efforcions de lutter contre toutes les blessures du péché en les guérissant par une sincère humilité. Nous qui sommes poussière et cendre, nous devrions toujours nous rappeler affectueusement combien, pour reconnaître l’amour divin aussi bien que pour assurer notre salut, nous devons nous humilier, puisque cette puissance souveraine n’a pas dédaigné de s’abaisser pour nous, au point de rejoindre les derniers degrés de notre faiblesse.
Que Jésus lui-même, à douze ans, soit assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant, c’est un témoignage de son humilité d’homme, et en outre un exemple éclatant qui nous enseigne à pratiquer cette vertu.
Ce que dit le Seigneur assis dans le Temple : C’est chez mon Père que je dois être (Lc 2,50), met en lumière que sa puissance et sa gloire sont coéternelles à celles du Père. Mais que, revenant à Nazareth, il était soumis (Lc 2,51) à ses parents, c’est à la fois un indice de vérité et un exemple d’humilité. Car il était soumis aux hommes selon cette nature qui le rend "inférieur au Père" (cf. Jn 14,28).
Et sa mère, dit l’Évangile, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur (Lc 2,19.51). Toutes les paroles dites au sujet du Seigneur, toutes les actions accomplies par lui, la Vierge Mère les gardait attentivement dans son cœur et les confiait soigneusement à sa mémoire.
Frères très chers, si nous désirons, dans la béatitude du siècle futur, habiter la maison du Seigneur pour le louer éternellement, il faut sans nul doute, dès ce siècle, montrer activement par avance ce que nous cherchons pour ce siècle futur. Il faut visiter les églises, non seulement en y chantant les louanges du Seigneur, mais encore en montrant, aussi bien par nos actes que par nos paroles, ce qui contribue à la louange et à la gloire de notre Créateur sur toute l’étendue de son empire (Ps 102,22).
Après avoir dit que Jésus grandissait en sagesse, en taille et en grâce, on a bien fait d’ajouter : sous le regard de Dieu et des hommes (Lc 2,52), parce que, en révélant aux hommes, avec les progrès en taille et en âge, les dons de sagesse et de grâce qui étaient en lui, il n’avait pas d’autre souci que de les exciter sans cesse à louer Dieu le Père. Ainsi accomplissait-il lui-même ce qu’il avait prescrit aux autres de faire : Que votre lumière brille devant les hommes : alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux deux (Mt 5,16).
Prière
Tu as voulu, Seigneur, que la Sainte Famille nous soit donnée en exemple ; accorde-nous de pratiquer, comme elle, les vertus familiales et d’être unis par les liens de ton amour, avant de nous retrouver pour l’éternité dans la joie de ta maison. Par Jésus Christ.
1er janvier - Sainte Marie, Mère de Dieu C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 2,16-21
Quand les bergers arrivèrent à Bethléem, ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans une mangeoire.
Homélie
Vierge et Mère de Dieu
Homélie attribuée à saint Jean Chrysostome († 407)
Homélie éditée par E. Bickersteth, dans Orientalia Christiana Periodica 32, 1966.
Recourons tous à la Vierge sainte, Mère de Dieu, pour recevoir ses bienfaits. Autant qu’il y a de vierges parmi vous, consacrez-vous à la Mère du Seigneur. Car elle est votre protectrice pour vous procurer ce privilège magnifique et incorruptible.
Réellement, cette Vierge est une grande merveille ! Car pourra-t-on jamais trouver un être plus grand que tout ce qui existe ? Or, elle seule est apparue plus vaste que la terre et le ciel. Car qui donc est plus saint qu’elle ? Ni nos ancêtres, ni les prophètes, ni les Apôtres, ni les martyrs, ni les patriarches, ni les pères, ni les anges, ni les Trônes, les Dominations, ni les Séraphins et les Chérubins, on ne peut trouver aucun être, visible ou invisible, dans toute la création, qui la dépasse. Elle est la servante et la Théotokos, la Vierge et la Mère. Et personne ne doit en douter en demandant : Comment peut-elle être la servante et la Théotokos ? Ou comment peut-elle être la Vierge et la Mère ?
Accepte avec foi, ô homme, et ne mets pas en doute des doctrines qui ont été examinées et approuvées par les Pères. Demeure dans la crainte et crois sans discussion, sans trop de curiosité. Si tu mesures ta foi à tes pensées, vois quel danger tu cours ! Mais si tu crois la parole qui a été proclamée, ce n’est plus à toi de te défendre, mais au chef de la communauté.
Crois donc ce qui nous a été dit de la Vierge, et n’hésite pas à confesser qu’elle est en même temps servante et Théotokos, Vierge et Mère. En effet, elle est servante comme la créature de celui qui est né d’elle ; elle est Théotokos en tant que par elle Dieu a été enfanté dans une chair d’homme. Elle est Vierge parce qu’elle n’a pas conçu à partir d’une semence humaine. Elle est mère parce qu’elle a donné la vie à celui qui, de toute éternité, était engendré par le Père.
Elle est donc la mère du Seigneur des anges et des hommes. C’est en elle que le Fils de Dieu s’est incarné afin de pouvoir être crucifié. Et voulez-vous savoir comment la Vierge surpasse les puissances du ciel ? Écoutez : celles-ci volent dans la crainte et le tremblement en voilant leurs regards, tandis que la Vierge offre à Dieu la race des hommes et que nous recevons par elle celui qui remet les péchés. C’est elle qui le portait quand les anges le glorifiaient en chantant à sa naissance : Gloire à Dieu au plus haut des deux, paix sur la terre, bienveillance aux hommes(cf. Lc 2,14) !
Réjouissez-vous donc, la mère de l’enfant et le ciel, la jeune fille et la nuée, la Vierge et la Mère, orgueil et fondement de notre Église. Priez pour nous sans relâche, afin que nous puissions atteindre le bonheur préparé pour ceux qui aiment Dieu, par la grâce et l’amour de notre Seigneur Jésus Christ envers les hommes. À lui, en même temps qu’au Père et à l’Esprit Saint, gloire, puissance, honneur, maintenant et toujours et pour les siècles des siècles. Amen.
Prière
Dieu tout-puissant, par la maternité virginale de la bienheureuse Vierge Marie, tu as offert au genre humain les trésors du salut éternel ; accorde-nous de sentir qu’intervient en notre faveur celle qui nous permit d’accueillir l’auteur de la vie, Jésus Christ ton Fils, notre Seigneur. Lui qui règne.
2e dimanche après Noël C
Évangile
Commencement de l’Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 1,1-18
Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.
Homélie
Allons voir la Parole de Dieu
Sermon du bienheureux Guerric d’Igny († 1157)
Sermons pour Noël, 5, 1-2 ; SC 166, 223-226
Vous vous êtes réunis, mes frères, pour entendre la parole de Dieu. Mais Dieu nous a préparé quelque chose de meilleur : il nous est donné aujourd’hui non seulement d’entendre, mais aussi de voir le Verbe de Dieu, pourvu seulement que nous allions jusqu’à Bethléem pour voir cette parole que Dieu a réalisée et qu’il nous a montrée (cf. Lc 2,15).
Dieu savait bien que les sens de l’homme sont incapables de saisir l’invisible, rebelles aux enseignements célestes et réfractaires à la foi, à moins que la réalité même exposée par la foi ne soit elle-même présentée visiblement à nos sens pour les convaincre. Car s’il est vrai que la foi naît de ce qu’on entend (Rm 10,17), elle naît bien plus facilement et plus vite de ce qu’on voit, comme nous l’apprend l’exemple de celui qui s’entend dire : Parce que tu m’as vu, tu crois (Jn 20,29), toi qui étais incrédule à l’égard de ce que tu avais entendu.
Cependant Dieu, voulant condescendre à notre lourdeur, a aujourd’hui rendu visible pour nous son Verbe, qu’il avait d’abord rendu audible. Il l’a même rendu palpable, au point que certains d’entre nous ont pu dire : Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé de nos yeux, ce que nous avons vu et que nos mains ont touché, c’est le Verbe, la Parole de vie (1 Jn 1,1).
Ce fut depuis le commencement de cette éternité qui n’a pas de commencement. Nous l’avons entendu quand il fut promis au commencement du temps, nous l’avons vu et touché quand il s’est montré à la fin des temps.
Cette parole qui vient de Dieu, j’ai parfois remarqué, mes frères, qu’on l’écoute avec ennui. Pourtant, la Parole qui vient de Dieu, peut-on la voir sans éprouver de la joie ? Je serai le premier à me condamner, parce que le Verbe qui est Dieu, lorsqu’il se présente à moi aujourd’hui tel que je suis, s’il ne me réjouit pas, je suis un impie ; s’il ne m’édifie pas, je suis un réprouvé.
S’il se trouve donc parmi nous un frère qui souffre de langueur spirituelle, je ne veux pas que ses oreilles se fatiguent plus longtemps à écouter ma parole méprisable. Qu’il se rende jusqu’à Bethléem, et que là il contemple celui que les anges désirent contempler (cf. 1 P 1,12), qu’il contemple le Verbe que le Seigneur nous a montré (cf. Lc 2,15). Qu’il se représente en esprit en quel état la Parole de Dieu, vivante et énergique (He 4,12), est couchée là, dans une mangeoire.
Parole sûre et qui mérite d’être accueillie sans réserve (1 Tm 1,15) : ta Parole toute-puissante, Seigneur, qui dans une telle profondeur de silence, venant de ton trône royal bondit (Sg 18,14-15) jusque dans les crèches des animaux, elle nous parle mieux, pour l’instant, par son silence. Celui qui a des oreilles, qu’il entende (Mt 11,15) ce que nous dit ce saint et mystérieux silence du Verbe éternel ; parce que, si mon oreille ne me trompe, entre autres choses qu’il dit, il parle de paix au peuple des saints et des fidèles (Ps 84,9), à qui le respect et l’exemple qu’il donne ont imposé un silence religieux.
Prière
Dieu éternel et tout-puissant, lumière pour les hommes qui croient, daigne remplir de ta gloire le monde entier en te faisant connaître à tous les peuples. Par Jésus Christ.
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 2, 1-12
Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?"
Homélie
L’or, l’encens et la myrrhe
Homélie de saint Bruno de Segni († 1123)
Sermons sur l’Épiphanie, 1 ; PL 165, 863-864.
Frères très chers, le dernier verset de la lecture de l’Évangile qui vient de retentir à nos oreilles vise à édifier les fidèles ; les mages, guidés par l’étoile, venant d’Orient jusqu’à Bethléem, entrèrent dans la maison où la bienheureuse Vierge Marie demeurait avec l’enfant ; ouvrant leurs trésors, ils offrirent trois dons au Seigneur : l’or, l’encens et la myrrhe, par lesquels ils le confessèrent vrai Dieu, vrai homme et vrai roi.
Ce sont bien les dons que la sainte Église ne cesse d’offrir à Dieu son Sauveur. Elle offre l’encens lorsqu’elle le confesse et croit en lui comme étant le véritable Seigneur, créateur de l’univers ; elle offre la myrrhe lorsqu’elle affirme qu’il a pris la substance de notre chair, dans laquelle il a voulu souffrir et mourir pour notre salut ; elle offre l’or quand elle n’hésite pas à proclamer qu’il règne éternellement avec le Père et l’Esprit Saint.
Cette offrande peut recevoir un autre sens mystique. L’or signifie la sagesse céleste selon Salomon : Le trésor le plus désirable se trouve dans la bouche du sage (Pr 21,20). Et ailleurs : Les lèvres du juste redisent la sagesse (Ps 36,30). L’encens y symbolise la prière pure, selon le Psalmiste : Que ma prière, Seigneur, s’élève devant toi comme un encens (Ps 140,2). Car, si notre prière est pure, elle exhale vers Dieu un parfum plus pur que la fumée de l’encens ; et de même que cette fumée monte vers le ciel, ainsi notre prière se dirige vers le Seigneur. La myrrhe symbolise la mortification de notre chair.
Donc nous offrons l’or au Seigneur lorsque nous resplendissons devant lui par la lumière de la sagesse céleste. <> Nous lui offrons de l’encens lorsque nous élevons vers lui une prière pure. Et de la myrrhe lorsque, par l’abstinence, mortifiant notre chair avec ses vices et ses convoitises (Ga 5,24), nous portons la croix à la suite de Jésus.
Prière
Aujourd’hui, Seigneur, tu as révélé ton Fils unique aux nations, grâce à l’étoile qui les guidait ; daigne nous accorder, à nous qui te connaissons déjà par la foi, d’être conduits jusqu’à la claire vision de ta splendeur. Par Jésus Christ.
Baptême du Seigneur C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 3,15-16.21-22
Le peuple venu auprès de Jean Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Messie.
Homélie
Les deux, s’ouvrirent
Homélie attribuée à saint Hippolyte († 236)
Sermon sur la sainte Théophanie 6-9 ; PG 10, 858-859.
Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau ; voici que les deux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des deux, une voix disait : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour" (Mt 3,16-17).
Voyez, mes bien-aimés, combien nous aurions subi la perte de biens nombreux et importants, si le Seigneur avait cédé à l’invitation de Jean et n’avait pas reçu le baptême. Auparavant les cieux étaient fermés, notre patrie d’en haut était inaccessible. Après être descendus au plus bas, nous ne pouvions plus regagner les hauteurs. Le Seigneur n’a pas été seul à recevoir le baptême. Il a renouvelé le vieil homme et il lui a confié de nouveau le sceptre de l’adoption divine. Car aussitôt les cieux s’ouvrirent. Les réalités visibles se sont réconciliées avec les invisibles ; les hiérarchies célestes ont été comblées de joie ; sur la terre les maladies ont été guéries ; ce qui était demeuré caché s’est révélé ; ce que l’on rangeait parmi les ennemis est devenu amical. Car vous avez entendu l’évangéliste vous dire : les deux eux-mêmes s’ouvrirent, pour les trois merveilles que voici. Il fallait ouvrir au Christ, l’Époux, les portes de la chambre nuptiale. Semblablement, comme l’Esprit descendait sous la forme d’une colombe et que la voix du Père retentissait en tout lieu, il fallait que s’élèvent les portes du ciel (cf. ps 23,7). Et voici que les deux s’ouvrirent et qu’une voix se fit entendre, qui disait : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. "
Ce Fils bien-aimé, qui apparaît ici-bas, ne s’est pourtant pas séparé du sein du Père : il est apparu sans apparaître. Ce qui apparaissait était différent, car, à ce qu’il semblait, le baptiseur était supérieur au baptisé. C’est pourquoi le Père envoya l’Esprit Saint sur le baptisé. Car, de même que, dans l’arche de Noé, la colombe a manifesté l’amour de Dieu pour les hommes, ainsi maintenant, l’Esprit, descendant sous cette apparence, pareil à celle qui apportait une pousse d’olivier, s’est arrêté au-dessus de celui à qui il rend témoignage. Pourquoi ? Pour que l’on constate avec certitude que c’est bien la voix du Père, et que l’on ajoute foi à la prédiction prophétique annoncée longtemps auparavant. Quelle prédiction ? La voix du Seigneur domine les eaux, le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre, le Seigneur domine la masse des eaux (Ps 28,3). Que dit cette voix ? Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour.
Je vous en prie, écoutez-moi attentivement : je veux remonter à la source de la vie et contempler la source d’où jaillissent les guérisons. Le Père de l’immortalité a envoyé dans le monde son Fils vivant, son Verbe. Celui-ci est venu vers l’homme pour le laver dans l’eau et dans l’Esprit. Il l’a fait renaître pour rendre incorruptibles son âme et son corps, il a éveillé en nous son souffle de vie, il nous a revêtus d’une armure incorruptible.
Je proclame donc, avec la voix du héraut : Venez, toutes les tribus des nations, au bain de l’immortalité ! Par ce joyeux message, je vous annonce la vie, à vous qui demeurez encore dans la nuit de l’ignorance. Venez de la servitude à la liberté, de la tyrannie à la royauté, de la corruption à l’incorruptibilité. Vous voulez savoir comment ? Par l’eau et par l’Esprit Saint, cette eau par laquelle l’homme régénéré est vivifié, cet Esprit, ton Défenseur, envoyé pour toi, afin de montrer que tu es Fils de Dieu.
ou bien
Jésus baptisé pour nous
Homélie de Grégoire Palamas († 1359)
Homélies, 16 ; PG 151, 198-199.
Lorsque Dieu voulut manifester et exposer clairement son dessein, qui dépasse toute expression, il envoya du désert Jean, appelé le Précurseur. Celui-ci baptise ceux qui se présentent et les exhorte à croire en celui qui doit venir. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint (Mt 3,11), dit-il. Il leur enseigne que celui-là est supérieur à lui-même autant que l’Esprit Saint est supérieur à l’eau. Il témoigne, en effet, que celui qui vient est le Maître, le Créateur de l’univers, qui a autorité sur les anges et sur les hommes. Tous les hommes constituent sa moisson spirituelle et il tient la pelle à vanner dans sa main (Mt 3,12), c’est-à-dire évidemment les puissances temporelles.
Sur lui-même, Jean atteste qu’il est seulement le Précurseur de celui qui vient ; il désigne également Isaïe comme étant le héraut du Seigneur. Quant à lui, il se proclame le serviteur envoyé pour annoncer à l’avance l’avènement de son maître, et pour préparer les fidèles à l’accueillir, car il dit : Je suis la voix qui crie à travers le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur (Jn 1,23).
Jésus vient au baptême pour obéir à celui qui envoya Jean, comme lui-même l’a dit : C’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement tout ce qui est juste (Mt 3,15). Car son baptême devait le manifester à Israël. Puisqu’il venait pour ouvrir le chemin du salut et assurer aux baptisés qui le suivraient ce que lui-même a montré et révélé : que l’Esprit Saint leur est donné et que, par lui-même, il instituerait le baptême comme un remède pour purifier les souillures provenant de notre origine et de notre vie esclave des sens.
Lui-même, en tant qu’homme, n’avait pas besoin de purification, étant né d’une Vierge sans tache, et toute sa vie étant exempte de péché. Mais, parce que c’est pour nous qu’il est né, c’est aussi pour nous qu’il est purifié. Donc il est baptisé par Jean et, comme il sort de l’eau, les cieux s’ouvrent pour lui, et voici qu’on entend, venant d’en haut, la voix du Père : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui j’ai mis tout mon amour (Mt 3,17). Et, pareil à une colombe, l’Esprit de Dieu descend sur lui pour montrer quel est celui qui reçoit ce témoignage du ciel.
Prière
Dieu éternel et tout-puissant, quand le Christ fut baptisé dans le Jourdain, et que l’Esprit Saint reposa sur lui, tu l’as désigné comme ton Fils bien-aimé ; accorde à tes fils adoptifs, nés de l’eau et de l’Esprit, de se garder toujours dans ta sainte volonté. Par Jésus Christ.
ou bien
Dieu éternel, c’est dans la réalité de notre chair que ton Fils unique est apparu ; puisque nous reconnaissons que son humanité fut semblable à la nôtre, donne-nous d’être transformés par lui au plus intime de notre cœur. Lui qui règne.
Temps du carême C
1er dimanche de carême C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 4,1-13
Après son baptême, Jésus, rempli de l’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; il fut conduit par l’Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l’épreuve par le démon.
Homélie
Le rôle des tentations
Homélie de saint Jean Chrysostome († 407)
Homélies sur Matthieu, 13, 1 ; PG 57, 207-209.
Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon (Mt 4,1). Que signifie cet "alors" ? Après la descente de L’Esprit Saint, après la voix venue d’en-haut et qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui j’ai mis tout mon amour (Mt 3,17). Le plus surprenant est cette affirmation de l’évangéliste : c’est le Saint-Esprit qui le conduisit en ce lieu ! En effet, tout ce que Jésus a fait et enduré était destiné à nous instruire. Il a donc voulu être conduit en ce lieu pour lutter avec le démon, afin que nul parmi les baptisés ne soit troublé s’il subit après son baptême de plus grandes tentations, comme si c’était extraordinaire ; mais il doit supporter tout cela comme étant dans l’ordre des choses. C’est pour cela que vous avez reçu des armes : non pour rester oisifs, mais pour combattre.
Voici pour quels motifs Dieu n’empêche pas les tentations qui vous surviennent. D’abord pour vous apprendre que vous êtes devenus beaucoup plus forts ; puis, afin que vous gardiez la mesure, au lieu de vous enorgueillir des grands dons que vous avez reçus, car les tentations ont le pouvoir de vous humilier. En outre, vous serez tentés afin que ce génie du mal, se demandant encore si vous avez vraiment renoncé à lui, soit convaincu, par l’expérience des tentations, que vous l’avez totalement abandonné. Quatrièmement, vous êtes tentés pour être entraînés à être plus forts et plus solides que l’acier. Cinquièmement, afin que vous ayez la certitude absolue que des trésors vous ont été confiés. Car le démon ne vous aurait pas assaillis, s’il n’avait pas vu que vous receviez un plus grand honneur.
Et remarquez en quel lieu l’Esprit Saint a conduit Jésus : non pas en ville, ni sur la place publique, mais au désert. Car, puisqu’il voulait attirer le démon, il a donné prise à celui-ci non seulement en ayant faim, mais aussi en venant en ce lieu. Le démon s’attaque surtout à ceux qu’il voit seuls et à l’écart. <> Lorsqu’il voit des gens rassemblés, il n’a plus la même audace, il perd confiance. Aussi faut-il surtout que nous soyons toujours ensemble, pour ne pas offrir une proie facile au démon. Celui-ci trouve donc Jésus dans le désert, et un désert inaccessible.
Voyez avec quelle ruse et quelle perversité le démon s’approche, et comme il saisit le bon moment ! Il n’aborde pas celui qui jeûne, mais celui qui a faim. Apprenez ainsi comme le jeûne est un grand bien, et l’arme la plus puissante contre le démon ; sachez qu’après le baptême il ne faut pas se livrer au luxe, à l’ivrognerie, aux repas plantureux, mais s’adonner au jeûne. C’est pour cela que Jésus lui-même a jeûné, non pas qu’il en eût besoin, mais afin de nous instruire.
ou bien
Le Christ triomphe du Tentateur
Homélie d’Origène († 253)
Homélies sur le Cantique, 3, 13 ; GCS 8, 221,19 223,5.
La vie des mortels est pleine de pièges dangereux, pleine de lacets trompeurs, tendus contre le genre humain par celui qui est appelé le chasseur géant : Nemrod, dressé contre le Seigneur. Qui est ce géant, sinon le démon, qui se révolte contre Dieu même ?
Et parce que l’ennemi avait tendu partout ses lacets, et qu’il y avait capturé presque toute l’humanité, il fallait que se dressât quelqu’un de plus fort et de plus digne, qui les déchirerait afin de frayer le chemin à ceux qui marcheraient à sa suite. C’est pourquoi le Sauveur lui-même, avant qu’il se fût uni en mariage avec l’Église, est tenté par le démon, si bien que, triomphant des pièges de la tentation, il découvre son épouse à travers eux, et il l’appelle à lui pour lui enseigner et lui montrer à l’évidence que ce n’est pas à travers l’oisiveté et les plaisirs, mais à travers beaucoup de détresses et de tentations qu’il lui faudra rejoindre le Christ.
Car personne d’autre ne s’est montré capable de vaincre tous ces pièges. En effet, il est écrit : Tous les hommes sont pécheurs (Rm 3,23). Et aussi : Car aucun homme n’est assez juste sur terre pour faire le bien sans pécher (Qo 7,20). Et encore : Nul n’est exempt de souillure, n’aurait-il vécu qu’un seul jour (cf. ps 50,7 ; Jb 15,14). Donc, notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ est le seul qui n’a pas fait de péché ; mais le Père l’a pour nous identifié au péché (2 Co 5,21) afin que, dans cette ressemblance de la chair du péché, il condamnât le péché au moyen du péché. Le Sauveur est donc entré dans ces filets, mais il est le seul qui n’ait pu y être capturé. Au contraire, en les ayant rompus et déchirés, il donne à l’Église l’assurance d’oser rompre les filets, de traverser les pièges et de dire avec allégresse : Comme un oiseau, nous avons échappé au filet du chasseur ; le filet s’est rompu : nous avons échappé (Ps 123,7).
Mais qui a rompu les filets, sinon celui-là seul qu’ils n’ont pu retenir ? Pourtant il s’est livré à la mort volontairement, et non pas, comme nous, sous la contrainte du péché. Et parce qu’il fut libre entre les morts (cf. ps 77,6), après avoir vaincu celui qui détenait l’empire de la mort, il a supprimé la captivité qui contraignait à la mort. Et non seulement il s’est ressuscité lui-même d’entre les morts, mais en même temps il a éveillé ceux qui étaient captifs de la mort et il les a fait asseoir aussitôt dans les cieux. En effet, montant dans les hauteurs, il a emmené captive la captivité (cf. Ep 4,8), non seulement en entraînant les âmes, mais aussi en ressuscitant leurs corps. L’Évangile atteste en effet que les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent et entrèrent dans la ville sainte (Mt 27,52-53) du Dieu vivant, Jérusalem.
Prière
Accorde-nous, Dieu tout-puissant, tout au long de ce carême, de progresser dans la connaissance de Jésus Christ et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle. Lui qui règne.