2e dimanche de carême C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 9,28b-36
Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il alla sur la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante.
Homélie
Le Christ annoncé par la Loi et les Prophètes
Homélie de saint Cyrille d’Alexandrie († 444)
Homélie sur la Transfiguration, 9, PG 77, 1011-1014.
Jésus gravit la montagne avec les trois disciples qu’il a choisis. Puis, il est transfiguré par une lumière éclatante et divine, au point que son vêtement semblait briller comme la lumière. Ensuite, Moïse et Élie, encadrant Jésus, parlaient entre eux de son départ qui devait s’accomplir à Jérusalem, c’est-à-dire du mystère de son Incarnation et de sa passion salvatrice, qui devait se réaliser sur la croix. Car il est vrai que la loi de Moïse et la prédication des prophètes avaient montré à l’avance le mystère du Christ. Sans doute la Loi décrivait cela comme sur un tableau, mais par des reflets et des esquisses ; quant aux prophètes, ils le prédisaient sous des formes fragmentaires et variées (He 1,1), annonçant que nous verrions à découvert, le moment venu : qu’il ne refuserait pas de souffrir la mort sur le gibet, pour le salut et la vie de tous.
Quant à cette présence de Moïse et d’Élie et à leur entretien, ils avaient pour but de montrer que la Loi et les prophètes formaient comme l’escorte de notre Seigneur Jésus Christ, le Seigneur qu’ils avaient montré par des indications concordantes. En effet, les annonces des prophètes ne contredisaient pas la Loi. Après être apparus, ils ne se taisaient pas, mais ils parlaient de la gloire dont le Seigneur allait être comblé à Jérusalem par sa passion et sa croix, et surtout par sa résurrection.
Peut-être le bienheureux Pierre, ayant cru que l’avènement du règne de Dieu était arrivé, a-t-il désiré demeurer sur la montagne, car il a dit qu’il fallait dresser trois tentes, ne sachant ce qu’il disait (Lc 9,33). Car ce n’était pas le temps de la fin du monde, et ce n’est pas dans le temps présent que les saints jouiront de l’espérance qui leur a été promise. Car saint Paul affirme : Iltransfigurera nos pauvres corps à l’image de son corps de gloire (Ph 3,21), celui du Christ.
Puisque le plan de salut n’était pas encore achevé, n’étant qu’à son commencement, il n’était pas possible que le Christ, venu par amour dans le monde, renonce à vouloir souffrir pour lui. Car il a gardé la nature humaine pour subir la mort dans sa chair, et la détruire par sa résurrection d’entre les morts.
D’ailleurs, outre ce spectacle étonnant et mystérieux de la glorification du Christ, il s’est produit quelque chose de nécessaire pour confirmer la foi en lui, non chez les disciples seulement, mais aussi chez nous. Du haut du ciel se fit entendre la voix de Dieu le Père, qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour : écoutez-le (Mt 17,5) !
Prière
Tu nous as dit, Seigneur, d’écouter ton Fils bien-aimé ; fais-nous trouver dans ta parole les vivres dont notre foi a besoin : et nous aurons le regard assez pur pour discerner ta gloire. Par Jésus Christ.
3e dimanche de carême C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 13,1-9
Un jour, des gens vinrent rapporter à Jésus l’affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer pendant qu’ils offraient un sacrifice.
Homélie
Courage et constance
Catéchèse de Syméon le Nouveau Théologien († 1022)
Catéchèses, 3, 347-370 ; SC 96, 308-310.
On suggère d’utiliser comme homélie le texte figurant comme seconde lecture dans le Livre des jours ou la Liturgie des Heures, et de prendre comme seconde lecture le texte qui est donné ici.
Tout péché non regretté et non avoué est une blessure mortelle, comme aussi de tomber dans le désespoir, ce qui dépend de notre liberté et de notre volonté. Car, si nous ne nous abandonnons pas au gouffre du laisser-aller et du désespoir, les démons ne pourront absolument rien contre nous. Même après avoir été blessés, nous devenons plus courageux et plus expérimentés, si nous le voulons, par un fervent repentir.
Nous garder de toute blessure ne dépend pas de nous, mais il dépend de nous d’être immortels ou mortels. En effet, si nous ne désespérons pas, nous ne mourrons pas, la mort n’aura sur nous aucun pouvoir ; mais nous serons toujours puissants si nous nous réfugions par le repentir auprès de notre Dieu, le tout-puissant et l’ami des hommes.
C’est pourquoi je m’exhorte moi-même, et vous tous avec moi, à manifester par nos bonnes actions tout notre zèle, tout notre courage, par la constance et l’endurance. Alors, poursuivant notre route selon tous les commandements et toutes les prescriptions du Christ, dans la ferveur de notre âme, nous parviendrons aux demeures éternelles sous la conduite de l’Esprit Saint, et nous serons reconnus dignes de nous tenir debout devant l’unique et indivisible Trinité, et de l’adorer dans ce même Christ, notre Dieu. À lui la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen.
Prière
Tu es la source de toute bonté, Seigneur, et toute miséricorde vient de toi ; tu nous as dit comment guérir du péché par le jeûne, la prière et le partage ; écoute l’aveu de notre faiblesse : nous avons conscience de nos fautes : patiemment relève-nous avec amour. Par Jésus Christ.
4e dimanche de carême C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 15,1-3.11-32 Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : "Cet homme fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux." Alors Jésus leur dit cette parabole : "Un homme avait deux fils."
Homélie
Après le baptême, un autre pardon est possible
Homélie de saint Jean Chrysostome († 407)
Homélies sur la pénitence, 1,3-4 ; PG 49, 282-283.
Dieu se contente d’obtenir de nous un regret facile pour nous faire grâce de nos nombreux péchés. Voici une parabole à l’appui de cette affirmation. Il y avait deux frères. Après le partage de leur patrimoine, l’un d’eux resta à la maison et l’autre, après avoir dévoré toute sa part, se condamna à l’exil, ne pouvant supporter la honte de sa misère. J’ai choisi de vous raconter cette parabole pour vous enseigner qu’il y a un pardon pour les fautes postérieures au baptême, si nous le voulons vraiment. Je ne dis pas cela pour vous porter à l’insouciance, mais pour vous préserver du désespoir, car celui-ci nous fait plus de mal que l’indolence.
Donc, ce fils exilé offre l’image de ceux qui sont tombés après le baptême. Il est évident qu’il les représente, puisqu’il est appelé "fils". Car nul ne peut être appelé ainsi lorsqu’il n’est pas baptisé. En outre, il avait habité la maison de son père, qui lui avait donné une part de ses biens. Or, avant le baptême, on ne peut participer aux biens du Père, ni recevoir son héritage. Ainsi tous ces traits marquent la condition des fidèles. En outre, le prodigue était le frère d’un homme très estimable, et personne n’est un "frère" s’il n’a pas reçu la seconde naissance, celle que donne le Saint-Esprit.
Or, que dit le prodigue tombé dans la pire misère ? Je vais retourner chez mon père (Lc 15,18). La raison pour laquelle son père l’a laissé s’éloigner et ne l’a pas empêché de partir à l’étranger, c’était qu’il découvrirait clairement par expérience de quel bienfait l’on jouit en restant à la maison. Souvent Dieu, lorsque ces paroles ne peuvent nous persuader, permet à l’expérience des faits de nous apporter ses leçons.
Après s’être éloigné dans un pays étranger, le prodigue, ayant appris par ses propres déboires dans quelle misère on tombe en quittant la maison paternelle, s’en revint donc vers son père. Celui-ci ne lui garda pas rancune, mais le reçut à bras ouverts. Et pourquoi donc ? Parce qu’il était un père, non un juge. Et ce furent des danses, un festin, des réjouissances, bref toute la maisonnée rayonnait de joie.
Alors vous dites : "Est-ce ainsi que l’on récompense l’inconduite ?" On ne fête pas son inconduite, mais son retour ; ni son péché, mais sa conversion ; ni sa méchanceté, mais sa transformation. Bien plus, quand le fils aîné s’est indigné de toute cette joie, le père l’a calmé avec douceur en lui disant : Toi, tu vis toujours avec moi. Mais lui était perdu, et il est retrouvé ; il était mort, et il est revenu à la vie (cf. Lc 15,31.32). Lorsqu’il faut sauver celui qui se perd, ce n’est pas le moment de rendre des sentences, ni de faire une enquête minutieuse, mais uniquement celui de la miséricorde et du pardon.
ou bien
Même ceux qui sont loin de lui, Dieu les comprend
Homélie de saint Augustin († 430) sur le psaume 138
Homélies sur les psaumes, ps 138, 5-6 ; CCL 40, 1992-1993.
De loin tu as compris mes pensées, tu as découvert mon sentier, tu as prévu tous mes chemins (cf. ps 138,3-4). Que signifie de loin ? Pendant que je suis encore voyageur, avant mon arrivée dans la patrie, tu as compris ma pensée. Songez au plus jeune fils (Lc 15,11-32, passim), car lui aussi est devenu le Corps du Christ, l’Église venue des nations païennes. Le plus jeune était parti au loin. En effet, un père avait deux fils. L’aîné n’était pas parti au loin, il travaillait aux champs et il symbolisait les saints qui, sous la Loi, observaient les pratiques et les préceptes de la Loi.
Mais le genre humain, qui s’était égaré dans le culte des idoles, était parti au loin. Rien, en effet, n’est aussi loin de celui qui t’a créé que cette image modelée par toi-même, pour toi. Le fils cadet partit donc dans une région lointaine, emportant avec lui sa part d’héritage et, comme nous l’apprend l’Évangile, il la gaspilla en menant une vie de désordre. Souffrant de la famine, il s’engagea au service d’un propriétaire du pays qui le chargea de garder un troupeau de porcs, et le malheureux, mais en vain, désirait se rassasier des gousses que mangeaient les porcs.
Après tant de malheurs et d’accablement, d’épreuves et de dénuement, il se rappela son père et voulut revenir vers lui. Il se dit : Je me lèverai, et j’irai vers mon père. Reconnaissez donc sa voix dans cette parole du psaume : Tu sais quand je m’asseois et quand je me lève (Ps 138,2). Je me suis assis dans la misère, je me suis levé dans le désir de ton pain. De loin tu as compris mes pensées. Aussi, dans l’Évangile, le Seigneur nous dit-il que son père vint au-devant de lui. C’est vrai, parce qu’il avait compris de loin ses pensées. Tu as prévu tous mes chemins. Lesquels ? sinon les mauvais chemins qu’il avait suivis pour abandonner son père, comme s’il pouvait se cacher à ses regards qui le réclament, ou comme si l’écrasante misère qui le réduisait à garder les porcs n’était pas le châtiment que le père lui infligeait, dans son éloignement, en vue de le recevoir à son retour ?
Il ressemblait à un fuyard qu’on arrête, poursuivi par la légitime revendication de Dieu, qui sévit contre nos passions, où que nous allions, si loin que nous puissions nous éloigner. Donc, comme un fuyard qu’on arrête, il dit : Tu as découvert mon sentier, et tu as prévu tous mes chemins. Avant même que j’y sois entré, avant même que j’y aie marché, tu les as vus d’avance. Et tu as permis que je suive mes chemins dans la peine, pour que, si je ne voulais plus peiner, je revienne dans tes chemins.
Parce qu’il n’y a pas de dissimulation dans mon langage (cf. ps 138,4). Pourquoi parle-t-il ainsi ? Parce que je confesse ma faute devant toi : j’ai suivi mon propre sentier, je me suis éloigné de toi ; je t’ai quitté, toi auprès de qui j’étais bien ; et pour mon bien, il a été mauvais pour moi d’avoir été sans toi. Car, si je m’étais trouvé bien sans toi, je n’aurais peut-être pas voulu revenir à toi.
Donc le psalmiste qui confesse ainsi ses péchés déclare qu’il est le Corps du Christ, maintenant qu’il est justifié, non par lui-même, mais par la grâce, lorsqu’il dit : Il n’y a pas de dissimulation dans mon langage.
Prière
Dieu qui as réconcilié avec toi toute l’humanité en lui donnant ton propre Fils, augmente la foi du peuple chrétien, pour qu’il se hâte avec amour au-devant des fêtes pascales qui approchent. Par Jésus Christ.
5e dimanche de carême C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean Jn 8,1-11
Jésus s’était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin il retourna au temple de Jérusalem. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en train de commettre l’adultère.
Homélie
Le pardon, suprême justice
Lettre de saint Ambroise († 397)
Lettre 26, 11-20 ; PL 16, 1044-1046
Une femme coupable d’adultère fut amenée par les scribes et les pharisiens devant le Seigneur Jésus. Et ils formulèrent leur accusation avec perfidie, de telle sorte que, si Jésus l’absolvait, il semblerait enfreindre la Loi, mais que, s’il la condamnait, il semblerait avoir changé le motif de sa venue, car il était venu afin de pardonner le péché de tous. Ils dirent en la lui présentant : Cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Or dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu (Jn 8,4-5) ?
Pendant qu’ils parlaient, Jésus, la tête baissée, écrivait avec son doigt sur le sol. Comme ils attendaient, il leva la tête et dit : Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre (Jn 8,7). Y a-t-il rien de plus divin que cette sentence : qu’il punisse le péché, celui qui est sans péché ? Comment, en effet, pourrait-on tolérer qu’un homme condamne le péché d’un autre, quand il excuse son propre péché ? Celui-là ne se condamne-t-il pas davantage, en condamnant chez autrui ce qu’il commet lui-même ?
Jésus parla ainsi, et il écrivait sur le sol. Pourquoi ? C’est comme s’il disait : Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas (Lc 6,41) ? Il écrivait sur le sol, du doigt dont il avait écrit la Loi (Ex 31,18). Les pécheurs seront inscrits sur la terre, et les justes dans le ciel, comme Jésus dit aux disciples :Réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les deux (Lc 10,20).
En entendant Jésus, les pharisiens sortaient l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés, puis ils s’assirent pour délibérer entre eux. Et Jésus resta seul avec la femme qui était debout, là au milieu. L’évangéliste a raison de dire qu’ils sortirent, ceux qui ne voulaient pas être avec le Christ. Ce qui est à l’extérieur du Temple, c’est la lettre ; ce qui est au-dedans, ce sont les mystères. Car ce qu’ils recherchaient dans les enseignements divins, c’étaient les feuilles et non les fruits des arbres ; ils vivaient dans l’ombre de la Loi et ne pouvaient pas voir le soleil de justice.
Quand ils furent tous partis, Jésus resta seul avec la femme debout au milieu. Jésus, qui va pardonner le péché, demeure seul, comme lui-même l’a dit : L’heure vient et même elle est venue, où vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul (Jn 16,32). Car ce n’est ni un ambassadeur ni un messager qui a sauvé son peuple, mais le Seigneur en personne. Il reste seul parce qu’aucun des hommes ne peut avoir en commun avec le Christ le pouvoir de pardonner les péchés. Cela revient au Christ seul, lui qui enlève le péché du monde. Et la femme méritait d’être pardonnée, elle qui, après le départ des Juifs, demeure seule avec Jésus.
Relevant la tête, Jésus dit à la femme : Où sont-ils, ceux qui t’accusaient ? Est-ce que personne ne t’a lapidée ? Et elle répondit : Personne, Seigneur, Alors Jésus lui dit : Moi non plus, je ne te condamnerai pas. Va, et désormais, veille à ne plus pécher. Voilà, lecteur, les mystères divins, et la clémence du Christ. Quand la femme est accusée, le Christ baisse la tête, mais il la relève quand il n’y a plus d’accusateur, si bien qu’il veut ne condamner personne, mais pardonner à tous.
Que signifie donc : Va, et désormais veille à ne plus pécher ! Cela veut dire : Puisque le Christ t’a rachetée, que la grâce te corrige, tandis qu’un châtiment aurait bien pu te frapper, mais non te corriger.
Prière
Que ta grâce nous obtienne, Seigneur, d’imiter avec joie la charité du Christ qui a donné sa vie par amour pour le monde. Lui qui règne.
Semaine sainte C
Dimanche des Rameaux et de la Passion C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 19,28-40
Jésus marchait en avant de ses disciples pour monter à Jérusalem. À l’approche de Bethphagé et de Béthanie, sur les pentes du mont des Oliviers, il envoya deux disciples.
Homélie
Le roi qui aime la justice
Commentaire de saint Cyrille d’Alexandrie († 444) sur le livre d’Isaïe
Commentaire du livre d’Isaïe, 4, 2, PG 70, 967-970
Voici qu’un roi régnera selon la justice, et les chefs gouverneront selon le droit (cf. Is 32,1). Le Verbe, Fils unique de Dieu, a toujours été, avec le Père, le roi de l’univers, et il a mis sous ses pieds toutes les créatures, visibles et invisibles. Mais si un habitant de la terre se dérobait à sa royauté, s’y soustrayait et méprisait son sceptre parce qu’il serait tombé au pouvoir du démon et serait retenu dans les filets du péché, alors ce ministre et ce dispensateur de toute justice le ramènerait sous son joug, car tous ses chemins sont droits.
Ce que nous appelons ses chemins, ce sont les préceptes de l’Évangile grâce auxquels, en recherchant toutes les vertus, en ornant notre tête des joyaux de la piété, nous obtenons la palme de notre vocation céleste. Oui, ces chemins sont droits, il n’y a rien en eux d’oblique ou de tortueux, mais ils sont directs et d’accès facile. Car il est écrit : Le sentier du juste, c’est la droiture, et son chemin a été bien dégagé (cf. Is 26,7). Car si le chemin de la Loi est rude, s’il oblige à traverser quantité de types et de figures, et s’il est d’une difficulté insurmontable, le chemin des préceptes évangéliques est uni et ne présente absolument rien de rocailleux. Donc les chemins du Christ sont droits, et lui-même a construit la cité sainte, l’Église où lui-même habite. En effet, il demeure dans ses saints et nous sommes devenus les temples du Dieu vivant, parce que nous avons le Christ en nous-mêmes, par notre participation à l’Esprit Saint.
Le Christ a donc fondé l’Église, et il est lui-même la pierre de fondation sur laquelle, comme des pierres de grand prix, nous sommes assemblés pour édifier un temple saint, la demeure de Dieu dans l’Esprit. L’Église est absolument indestructible, elle qui a le Christ pour assise et pour base inébranlable. Voici, dit-il, que je pose en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie et de grande valeur ; celui qui lui donne sa foi ne connaîtra pas la honte (1 P 2,6). Quand il a fondé l’Église, le Christ a délivré son peuple de la captivité. En effet, nous qui étions, sur la terre, opprimés par la tyrannie de Satan et du péché, il nous a sauvés et délivrés, il nous a soumis à son propre joug, sans verser ni rançon, ni gratification. Comme le dit son disciple Pierre : Ce qui vous a libérés de la vie sans but que vous meniez à la suite de vos pères, ce n’est pas l’or ni l’argent, car ils seront détruits : c’est le sang précieux du Christ, l’Agneau sans défaut et sans tache (1 P 1,18-19). Car il a donné pour nous son propre sang, si bien que nous n’appartenons plus à nous-mêmes, mais à celui qui nous a rachetés et sauvés.
Donc, en bonne justice, ceux qui transgressent la juste règle de la vraie foi sont accusés par la voix des saints de renier le Seigneur qui nous a rachetés.
Jeudi saint C
Le Jeudi saint, aux Vigiles célébrées le matin, il n’y a pas de lecture d’évangile On a cependant cru rendre service en proposant une homélie pour nourrir la méditation de ce jour là
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 13,1-15
Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Homélie
Sacrifice de la Passion, sacrifice de la messe
Sermon attribué à saint Augustin († 430)
Sermon édité par mai, 143, 1 3, PLS 2, 1238 1239
Mes bien-aimés, aujourd’hui nous rappelons pieusement la veille de la Passion du Seigneur, le jour sacré où il voulut faire un repas avec ses disciples, et, dans sa bonté, accepta d’endurer tout ce qui avait été écrit et annoncé touchant ses souffrances et sa mort, en vue de nous libérer tous. Nous devons donc célébrer dignement de si grands mystères de manière que, par notre participation volontaire à sa Passion, nous méritions d’avoir part à sa résurrection. Car tous les rites sacrés de l’Ancien Testament sont parvenus à leur plein achèvement dans le Christ, lorsqu’il confia à ses disciples le pain qui est son corps et le vin qui est son sang pour qu’ils en fassent l’offrande dans les mystères éternels, et lorsqu’il les donna en nourriture à tous les fidèles pour le pardon de toutes leurs fautes.
Cette Passion qu’il a endurée dans son corps, par amour pour nous, afin de nous délivrer de la mort éternelle et de nous préparer le chemin du Royaume céleste, il nous a montré qu’il voulait la souffrir journellement chaque fois que nous célébrerions ce même mystère dans le sacrifice du saint autel, en vue de nous emmener avec lui dans la vie éternelle.
Voilà pourquoi il a dit à ses disciples : Prenez-en tous, car ceci est mon corps, et ceci est la coupe de mon sang qui sera répandu pour la multitude en rémission de tous les péchés (cf. Mt 26,26-28). Ainsi, chaque fois que vous en prendrez, vous le ferez en mémoire de moi (cf. 1 Co 11,24.26).
Le Christ est donc présent sur la table ; le Christ est mis à mort et sacrifié ; le corps et le sang du Christ sont reçus. Lui qui, en ce jour, a donné le pain et la coupe aux disciples, les consacre lui-même aujourd’hui. Non, vraiment, ce n’est pas un homme qui peut consacrer le corps et le sang du Christ posés sur la table, mais le Christ en personne, lui qui a été crucifié pour nous. Les paroles sont prononcées par la bouche du prêtre ; le corps et le sang sont consacrés par la puissance et la grâce de Dieu.
Aussi garderons-nous purs en toutes choses notre esprit et notre pensée, puisque nous avons un sacrifice pur et saint. Voilà pourquoi nous devons également nous employer à sanctifier nos âmes. <> Dès lors, nous célébrerons en toute simplicité ces mystères, en faisant attention à ces recommandations, et nous nous approcherons de la table du Christ avec les dispositions qui conviennent, afin de partager éternellement la vie du Christ, lui qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.
Prière
Dieu qu’il est juste d’aimer par-dessus tout, multiplie en nous les dons de ta grâce ; dans la mort de ton Fils, tu nous fais espérer ce que nous croyons ; accorde-nous, par sa résurrection, d’atteindre ce que nous espérons. Par Jésus Christ.
Vendredi saint C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 23,1-49
Les chefs des prêtres et les scribes emmenèrent Jésus chez Pilate. Ils se mirent alors à l’accuser.
Homélie
Entre tes mains
Homélie de saint Cyrille d’Alexandrie († 444)
Commentaire sur l’évangile de Jean, 12, 30, PG 74, 667-670
Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : Tout est accompli. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit (Jn 19,30). Jésus a raison de dire que tout est accompli. Mais maintenant son heure l’appelle à proclamer la parole aux esprits qui sont dans les enfers. Il s’y rend, en effet, pour montrer sa seigneurie sur les vivants et sur les morts. C’est pour nous qu’il s’est plongé jusque dans la mort, et qu’il subit cette passion commune à toute notre nature, c’est-à-dire la souffrance de la chair, alors qu’étant Dieu, il est, par nature, la vie. Il veut, après avoir dépouillé les enfers, ramener la nature humaine à la vie, lui que les Écritures appellent les prémices de ceux qui se sont endormis (cf. 1 Co 15,30), et le premier-né d’entre les morts (Col 1,18).
Donc, il inclina la tête, ce qui est habituel aux mourants, parce que l’esprit ou l’âme qui maintient et gouverne le corps quitte celui-ci. Quant à ce que l’Évangéliste ajoute : et il remit l’esprit,c’est bien ainsi que les gens parlent pour dire que quelqu’un vient de s’éteindre et de mourir. Mais il semble que ce soit de propos délibéré et avec une intention précise que l’Évangéliste n’a pas dit simplement que Jésus était mort, mais qu’il avait remis son esprit dans les mains de Dieu le Père, selon ce qu’il a dit de lui-même : Père, entre tes mains je remets mon esprit (Lc 23,46). La portée et le sens de ces paroles apportaient à nous-mêmes le principe et le fondement d’une joyeuse espérance.
On doit croire, en effet, que les âmes saintes, après s’être dégagées de leurs corps terrestres, sont remises, entre les mains du Père très aimant, à la bonté et à la miséricorde de Dieu. Contrairement à ce que certains infidèles ont pensé, elles ne demeurent pas auprès de leurs tombeaux, en attendant les libations funèbres, et elles ne sont pas, comme les âmes des pécheurs, précipitées dans le lieu d’un supplice sans fin, c’est-à-dire en enfer. Au contraire, elles se hâtent de se remettre entre les mains du Père de tous et en celles de notre Sauveur, le Christ, qui nous a montré cet itinéraire. Il a remis son âme entre les mains de son propre Père pour que, nous aussi, en nous engageant sur ce chemin, nous possédions une glorieuse espérance, en sachant et en croyant fermement qu’après avoir subi la mort de la chair, nous serons entre les mains de Dieu, et dans une condition bien préférable à celle que nous avions quand nous vivions dans la chair. C’est pourquoi saint Paul écrit à notre intention qu’il est bien préférable de s’en aller pour être avec le Christ (cf. Ph 1,23).
Prière
Regarde, Seigneur, nous t’en prions, la famille qui t’appartient : c’est pour elle que Jésus, le Christ, notre Seigneur, ne refusa pas d’être livré aux mains des méchants ni de subir le supplice de la croix. Lui qui règne.