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Samedi saint C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 23,50-56
Alors arriva un membre du conseil, nommé Joseph ; c’était un homme bon et juste. Il n’avait donné son accord ni à leur délibération ni à leurs actes.
Homélie
Le Christ vainqueur de la mort
Homélie attribuée à saint Augustin († 430)
Sermon édité par mai, 146, PLS 2, 1242-1243
C’est à bon droit, mes bien-aimés, qu’aujourd’hui le ciel exulte et la terre se réjouit, car en ce jour où nous sommes la lumière a jailli plus brillamment à partir du sépulcre qu’elle n’a resplendi à partir du soleil. En voici la raison : de même qu’avant de naître à notre humanité, notre Seigneur et Sauveur a éclairé le monde, de même aujourd’hui, où il est mort corporellement, il a éclairé les enfers à la fois par la puissance de sa divinité, et par son âme humaine.
Aujourd’hui, à la visite du Seigneur, les enfers ont dansé de joie parce que s’est accompli l’oracle prophétique : Le peuple qui marchait dans les ténèbres, c’est-à-dire tout le genre humain plongé dans l’obscurité des enfers, a vu se lever une grande lumière (Is 9,1). Parce que celui-là même qui créa l’homme, c’est lui en personne qui est allé le chercher dans les enfers et l’en a délivré par sa puissance. Étonnante et inexprimable bonté de notre Dieu ! La mort avait pris d’assaut le paradis, mais la vie a terrassé les enfers ; et le Fils de Dieu, qui avait revêtu la condition mortelle, a écrasé la loi de la mort, accomplissant ainsi l’affirmation du prophète : Ô mort, je serai ta mort (cf. Os 13,14) ! Parce que ceux que tu as fait mourir par le péché, moi, par ma mort, je les rassemblerai hors de ce lieu de ruine éternelle et je les délivrerai de la mort perpétuelle.
Voilà de quels liens est ligoté et immobilisé ce qui fait la perte des hommes ; car, de même que la mort a trompé, elle a été trompée ; alors qu’elle tuait, elle a été anéantie.
Donc le Seigneur, quand son corps fut enseveli, descendit tout au fond des demeures infernales ; mais alors qu’on le jugeait captif du séjour des morts, c’est là qu’ayant lié la mort, il a délivré les morts de leurs liens. Et de ce séjour, d’où jamais personne, même seul, n’était revenu, il pénétra dans les cieux en emportant de riches dépouilles.
Voilà tout ce qu’a fait l’immense bonté de Dieu pour notre salut et notre rétablissement ! Pour nous, il a été pareil à une brebis conduite à l’abattoir (cf. Is 53,7) ; pour nous, il a subi les maux présents, afin de nous accorder les biens éternels.
Prière
Dieu éternel et tout-puissant, dont le Fils unique est descendu aux profondeurs de la terre, d’où il est remonté glorieux : accorde à tes fidèles, ensevelis avec lui dans le baptême, d’accéder par sa résurrection à la vie éternelle. Lui qui règne.
Temps pascal C


Dimanche de Pâques C
Le dimanche de Pâques, la Veillée nocturne tient lieu d’Office des Vigiles ou des Lectures. On a cependant cru rendre service en proposant une homélie pour nourrir la méditation de ce jour-là.
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 24,1-12
Le premier jour de la semaine, de grand matin, les femmes se rendirent au sépulcre, portant les aromates qu’elles avaient préparés. Elles trouvèrent la pierre roulée sur le côté du tombeau. Elles entrèrent, mais ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus.
Homélie
Le mystère de la résurrection
Homélie de saint Jean Chrysostome († 407)
Homélie sur le Grand Samedi, 10-12 ; PG 88, 1860-1866.
Comment vous expliquerai-je les choses cachées ? Comment proclamerai-je ce qui surpasse tout langage et toute intelligence ? Comment ferai-je connaître le mystère de la résurrection du Seigneur ? Sa croix aussi est un mystère, et sa mort pendant trois jours, et tout ce qui est arrivé à notre Sauveur est mystère. De même, en effet, qu’il est né du sein inviolé de la Vierge, de même il est ressuscité du tombeau fermé. De même que le Fils unique de Dieu est devenu premier-né en naissant d’une mère, de même il est devenu le premier-né d’entre les morts par sa résurrection. De même, assurément, que sa naissance n’a pas fait perdre à la Vierge mère sa virginité, de même sa résurrection n’a pas brisé les sceaux du sépulcre. Je ne puis donc pas définir par des mots sa naissance ni comprendre sa sortie du sépulcre.
Venez voir l’endroit où reposait le Seigneur (Mt 28,6). <> Venez voir l’endroit où fut rédigé l’acte garantissant votre résurrection. Venez voir l’endroit où la mort fut ensevelie. Venez voir l’endroit où un corps, grain non semé par l’homme, a produit une multitude d’épis d’immortalité. <> Allez annoncer à mes disciples <>, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront (Mt 28,10). Annoncez à mes disciples les mystères que vous avez contemplés."
Voilà ce que le Seigneur a dit aux femmes. Et maintenant encore, au bord de la piscine baptismale, il se tient invisible auprès des croyants, il embrasse les nouveaux baptisés comme des amis et des frères <>, il remplit leurs cœurs et leurs âmes d’allégresse et de joie. Il lave leurs souillures dans les fontaines de sa grâce. Il oint du parfum de l’Esprit ceux qui ont été régénérés. Le Seigneur devient celui qui les nourrit et il devient leur nourriture. Il procure à ses serviteurs leur part de nourriture spirituelle. Il dit à tous les fidèles : "Prenez, mangez le pain du ciel, recevez la source qui jaillit de mon côté, celle où l’on puise toujours sans que jamais elle se tarisse. Vous qui avez faim, rassasiez-vous ; vous qui avez soif, enivrez-vous d’un vin sobre et salutaire."
Ô Christ, notre Dieu, toi seul es vraiment le seul Seigneur, plein de bonté et d’amour pour les hommes. Avec ton Père exempt de toute souillure et avec l’Esprit vivifiant, à toi reviennent la gloire et la puissance, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.
Amen.
Prière
Aujourd’hui, Dieu notre Père, tu nous ouvres la vie éternelle par la victoire de ton Fils sur la mort, et nous fêtons sa résurrection. Que ton Esprit fasse de nous des hommes nouveaux pour que nous ressuscitions avec le Christ dans la lumière de la vie. Lui qui règne.


Lundi de Pâques C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 28,8-15
Quand les femmes eurent entendu les paroles de l’Ange, vite, elles quittèrent le tombeau, tremblantes et toutes joyeuses, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre.
Homélie
Les saintes femmes, prémices des croyants
Homélie de saint Pierre Chrysologue († 450)
Sermon 76, 2-3, CCL 24 A, 465-467
L’Ange avait dit aux femmes : Vite, allez dire à ses disciples : Il est ressuscité d’entre les morts ; il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez (Mt 28,7). En disant cela, l’Ange ne s’adressait pas à Marie Madeleine et à l’autre Marie, mais, en ces deux femmes, c’est l’Église qu’il envoyait en mission, c’est l’Épouse que l’Ange envoyait vers l’Époux.
Et tandis qu’elles s’en vont, le Seigneur vient à leur rencontre et les salue en disant : Je vous salue, réjouissez-vous. <> Il avait dit à ses disciples : Ne saluez personne en chemin (Lc 10,4) ; comment se fait-il que sur le chemin il accoure à la rencontre de ces femmes et les salue si joyeusement ? Il n’attend pas d’être reconnu, il ne cherche pas à être identifié, il ne se laisse pas questionner, mais il s’empresse, plein d’élan, vers cette rencontre ; il y court avec ardeur et, en les saluant, il abolit lui-même sa propre prescription. Voilà ce que fait la puissance de l’amour : elle est plus forte que tout, elle déborde tout. En saluant l’Église, c’est lui-même que le Christ salue, car il l’a faite sienne, elle est devenue sa chair, elle est devenue son corps, comme l’atteste l’Apôtre : Il est la Tête du Corps, c’est-à-dire l’Église (Col 1,18).
Oui, c’est bien l’Église en sa plénitude que personnifient ces deux femmes ; les événements le montrent avec évidence ; à ses disciples qui doutent de sa résurrection, le Christ doit apporter des preuves, il doit apaiser leurs craintes, il doit les rappeler à la foi en montrant son côté et les trous des clous, puis en prenant avec eux de la nourriture. Et c’est à juste titre qu’il nomme "enfants" ceux qui étaient si petits dans la foi, lorsqu’il leur demande : Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger (Jn 21,5) ?
Mais ces femmes, il les trouve déjà parvenues à la maturité de la foi ; elles ont dominé leurs faiblesses et elles se hâtent vers le mystère, elles cherchent le Seigneur avec toute la ferveur de leur foi. Aussi méritent-elles qu’il se donne à elles, lorsqu’il va à leur rencontre et leur dit : Je vous salue, réjouissez-vous. Il les laisse non seulement le toucher, mais le saisir à la mesure de leur amour. Comme nous venons de l’entendre dans la proclamation de l’Évangile : Elles s’approchèrent et, lui saisissant les pieds, elles se prosternèrent devant lui (Mt 28,9),. Oui, elles saisissent ses pieds, ces femmes qui, dans l’Église, sont les modèles des messagers de la Bonne Nouvelle. Elles ont mérité cette grâce par l’élan de leur course ; elles touchent avec tant de foi les pieds du Sauveur qu’il leur est donné d’embrasser la gloire divine.
Prière
Dieu qui agrandis toujours ton Église en lui donnant par le baptême de nouveaux enfants, accorde à tes fils d’être fidèles toute leur vie au sacrement qu’ils ont reçu dans la foi. Par Jésus Christ.


2e dimanche de Pâques C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20,19-31
C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux.
Homélie
Ceux qui croient sans avoir vu
Sermon de saint Augustin († 430)
Sermon 88, 1-2, éd des Mauristes, 5, 469-470
Vous le savez aussi bien que nous, mes frères : notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ est pour nous le médecin du salut éternel. Il a pris sur lui la faiblesse de notre nature pour empêcher que cette faiblesse fût éternelle. Car il a pris un corps mortel afin de tuer la mort. Et bien qu’il ait été crucifié en raison de notre faiblesse, il est vivant par la puissance de Dieu (cf. 2 Co 13,4), nous dit saint Paul.
Le même Apôtre dit encore : Désormais il ne meurt plus ; sur lui la mort n’a plus aucun pouvoir (Rm 6,9). Votre foi sait bien tout cela. Par là même, il s’ensuit que tous les miracles accomplis sur les corps — nous devons le savoir — servent à notre éducation pour que nous sachions en dégager ce qui ne passera pas et n’aura pas de fin. Il a rendu aux aveugles des yeux que la mort fermerait certainement un jour. Il a ressuscité Lazare qui devait mourir une deuxième fois. Et tout ce qu’il a fait pour la santé des corps, il ne l’a pas fait pour l’éternité, bien qu’à la fin il doive donner aux corps eux-mêmes une éternelle guérison. Mais parce qu’on ne croyait pas ce qui ne se voyait pas, le Seigneur se servait de ces miracles temporaires que l’on voyait, pour susciter la foi envers les réalités invisibles.
C’est pourquoi, mes frères, personne ne doit dire que Jésus n’agit plus ainsi maintenant et que, pour cette raison, les premiers temps de l’Église étaient supérieurs aux nôtres. Il y a un endroit de l’Évangile où notre Seigneur place ceux qui croient sans avoir vu au-dessus de ceux qui croient parce qu’ils ont vu. Car jusque-là, la faiblesse des disciples était si hésitante que, après l’avoir vu ressuscité, ils voulaient encore le toucher pour croire en lui. Il ne leur suffisait pas de voir de leurs yeux, s’ils n’approchaient leurs mains de ses membres et ne touchaient les cicatrices de ses récentes blessures. C’est aussitôt après avoir touché et reconnu les cicatrices que le disciple incrédule s’écria : Mon Seigneur et mon Dieu (Jn 20,28) ! Ces cicatrices révélaient celui qui, chez les autres, guérissait toutes les blessures. Est-ce que le Seigneur n’aurait pas pu ressusciter sans cicatrices ? Mais il voyait dans le cœur de ses disciples des blessures que devaient guérir ces cicatrices qu’il avait gardées dans son corps.
Et que répond le Seigneur à celui qui le confesse en disant : Mon Seigneur et mon Dieu ? Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu (Jn 20,29). De qui parle-t-il donc, mes frères, sinon de nous ? Et pas seulement de nous, mais aussi de ceux qui viendront après nous. Car, peu de temps après, lorsqu’il a échappé aux regards mortels, pour affermir la foi dans les cœurs, tous ceux qui sont devenus croyants ont cru sans avoir vu, et leur foi avait un grand mérite : pour l’obtenir, ils ont approché de lui non pas une main qui voulait le toucher, mais seulement un cœur religieux.
Prière
Dieu de miséricorde infinie, tu ranimes la foi de ton peuple par les célébrations pascales ; augmente en nous ta grâce pour que nous comprenions toujours mieux quel baptême nous a purifiés, quel Esprit nous a fait renaître, et quel sang nous a rachetés. Par Jésus Christ.


3e dimanche de Pâques C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 21,1-19
Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord du lac de Tibériade, et voici comment. Il y avait là Simon-Pierre avec Thomas, dont le nom signifie "Jumeau", Nathanaël de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres disciples. Simon-Pierre leur dit : "Je m’en vais à la pêche."
Homélie
au choix (autre)
Aimer le Christ, aimer nos frères
Homélie de saint Augustin († 430)
Sermon Guelferbytanus 16, 1 , PLS 2, 579
Voici que le Seigneur, après sa résurrection, apparaît de nouveau à ses disciples. Il interroge l’apôtre Pierre, il oblige celui-ci à confesser son amour, alors qu’il l’avait renié trois fois par peur. Le Christ est ressuscité selon la chair, et Pierre selon l’esprit. Comme le Christ était mort en souffrant, Pierre est mort en reniant. Le Seigneur Christ était ressuscité d’entre les morts, et il a ressuscité Pierre grâce à l’amour que celui-ci lui portait. Il a interrogé l’amour de celui qui le confessait maintenant, et il lui a confié son troupeau.
Qu’est-ce donc que Pierre apportait au Christ du fait qu’il aimait le Christ ? Si le Christ t’aime, c’est profit pour toi, non pour le Christ. Si tu aimes le Christ, c’est encore profit pour toi, non pour lui. Cependant le Seigneur Christ, voulant nous montrer comment les hommes doivent prouver qu’ils l’aiment, nous le révèle clairement : en aimant ses brebis.
Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? — Je t’aime. Sois le pasteur de mes brebis. Et cela une fois, deux fois, trois fois. Pierre ne dit rien que son amour. Le Seigneur ne lui demande rien d’autre que de l’aimer, il ne lui confie rien d’autre que ses brebis. Aimons-nous donc mutuellement, et nous aimerons le Christ. Le Christ, en effet, éternellement Dieu, est né homme dans le temps. Il est apparu aux hommes comme un homme et un fils d’homme. Étant Dieu dans l’homme, il a fait beaucoup de miracles. Il a beaucoup souffert, en tant qu’homme, de la part des hommes, mais il est ressuscité après la mort, parce que Dieu était dans l’homme. Il a encore passé quarante jours sur la terre, comme un homme avec les hommes. Puis, sous leurs yeux, il est monté au ciel comme étant Dieu dans l’homme, et il s’est assis à la droite du Père. Tout cela nous le croyons, nous ne le voyons pas. Nous avons reçu l’ordre d’aimer le Christ Seigneur que nous ne voyons pas, et nous crions tous : "J’aime le Christ".
Mais, si tu n’aimes pas ton frère que tu vois, comment peux-tu aimer Dieu que tu ne vois pas (1 Jn 4,20) ? En aimant les brebis, montre que tu aimes le Pasteur, car justement, les brebis sont les membres du Pasteur. Pour que les brebis soient ses membres, le Pasteur a consenti à devenir la brebis conduite à la boucherie (Is 53,7). Pour que les brebis soient ses membres, il a été dit de lui : Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1,29). Mais cet agneau avait une grande force. Veux-tu savoir quelle force s’est manifestée chez cet agneau ? L’agneau a été crucifié, et le lion a été vaincu.
Voyez et considérez avec quelle puissance le Seigneur Christ gouverne le monde, lui qui a vaincu le démon par sa mort. Aimons-le donc, et que rien ne nous soit plus cher que lui.
ou bien

Pierre, figure de l’Église, corps du Christ
Homélie de saint Augustin († 430)
Sermon Guelferbytanus 16, 2-3 ; PLS 2, 580-581.
Quand vous entendez le Seigneur demander : Pierre, m’aimes-tu ?, considérez Pierre comme un miroir et regardez-vous en lui. Est-ce que Pierre représentait autre chose que la figure de l’Église ? Lorsque Je Seigneur interrogeait Pierre, c’est nous, c’est l’Église qu’il interrogeait. Pour comprendre que Pierre était la figure de l’Église, souvenez-vous de ce passage de l’Évangile :Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du Royaume des deux (Mt 16,18-19). Un seul homme les a reçues et le Christ en personne a expliqué ce que sont ces clés du Royaume des cieux : Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux. Et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les deux (Mt 16,19). Si c’est à Pierre seul que cette parole fut adressée, si c’est lui seul qui a pu faire cela, maintenant qu’il est mort, qu’il nous a quittés, quel est donc celui qui peut lier, qui peut délier ? J’ose le dire, ces clés nous les possédons nous aussi. Irai-je jusqu’à dire que c’est nous qui lions et qui délions ? Mais vous aussi, vous liez, vous aussi vous déliez. Car celui qui est lié, c’est de votre communauté qu’il est retranché, et quand il en est retranché, c’est par vous qu’il est lié. Et quand il est réconcilié, c’est par vous qu’il est délié, parce que c’est vous encore qui priez Dieu pour lui.
Nous tous, nous aimons le Christ, nous sommes ses membres. Lorsqu’il confie ses brebis à leurs pasteurs, tous ces pasteurs ne font qu’un dans le corps du pasteur unique. Vous devez savoir que tous les pasteurs ne font qu’un dans le corps unique de l’unique Pasteur. Pierre est pasteur, et il l’est pleinement. Paul est pasteur, et pleinement pasteur. Jean est pasteur, Jacques est pasteur, André est pasteur, et tous les autres Apôtres sont pasteurs. Tous les saints évêques sont certainement et pleinement pasteurs.
Alors, comment est-il vrai qu’il n’y aura plus qu’un seul troupeau et un seul pasteur (Jn 10,16) ? Oui, s’il est vrai qu’il n’y aura plus qu’un seul troupeau et un seul pasteur, c’est que toute la foule innombrable des pasteurs se réduit au corps de l’unique pasteur. Mais, vous aussi, vous en êtes, et vous êtes ses membres. Ce sont ces membres que Saul piétinait tandis que leur chef intercédait pour eux : ce Saul, d’abord persécuteur, ensuite prédicateur, qui ne respirait que meurtres et qui repoussait la foi chrétienne. Une seule parole a jeté à terre toute sa rage. Quelle parole ? Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? (Ac 9,4) <> Mais quel mal Saul pouvait-il faire à celui qui siège dans le ciel ? Quel mal pouvait lui faire une parole ou un cri ? Saul ne pouvait rien faire contre Jésus, et pourtant celui-ci lui criait : Tu me persécutes. Quand il criait cela, il indiquait que nous sommes tous ses membres. C’est pourquoi l’amour du Christ que nous aimons en vous, l’amour du Christ que vous aussi aimez en nous, puisse-t-il, parmi les tentations, les travaux, les sueurs, les soucis, les misères, les gémissements, puisse-t-il nous conduire là où il n’y a ni labeur, ni misère, ni gémissement, ni soupir ni chagrin. Là où personne ne naît, là où personne ne meurt, où personne ne craint la colère d’un puissant, parce que tous ont les yeux fixés sur le Tout-Puissant.
Prière
Garde à ton peuple sa joie, Seigneur, toi qui refais ses forces et sa jeunesse ; tu nous as rendu la dignité de fils de Dieu, affermis-nous dans l’espérance de la résurrection. Par Jésus Christ.


4e dimanche de Pâques C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 10,27-30 Jésus avait dit aux Juifs : "Je suis le Bon Pasteur, le vrai berger." Il leur dit encore : "Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle."
Homélie
La vie donnée à ceux qui suivent le Christ
Homélie de saint Cyrille d’Alexandrie († 444)
Commentaire sur l’évangile de Jean, 7, 10, 26, PG 74, 20.
La marque distinctive des brebis du Christ, c’est leur aptitude à écouter, à obéir, tandis que les brebis étrangères se distinguent par leur indocilité. Nous comprenons le verbe "écouter" au sens d’acquiescer à ce qui a été dit. Et ceux-là qui l’écoutent sont "connus" de Dieu, car "être connu" signifie être uni. Il n’y a personne qui soit entièrement ignoré de Dieu. Donc, lorsque le Christ dit : Je connais mes brebis, il veut dire : "Je les accueillerai et je les unirai à moi d’une union mystique et permanente."
On peut dire qu’en se faisant homme, il s’est apparenté à tous les hommes par communauté de nature : nous sommes tous unis au Christ par une relation mystique en raison de son incarnation. Mais tous ceux qui ne gardent pas de ressemblance avec sa sainteté lui sont devenus étrangers.
Mes brebis me suivent, dit encore le Christ. En effet, les croyants, par la grâce divine, suivent les pas du Christ. Ils n’obéissent pas aux préceptes de la Loi, qui n’étaient que des figures, mais, en suivant par la grâce les préceptes du Christ, ils s’élèveront jusqu’à sa hauteur, conformément à leur vocation de fils de Dieu. Quand le Christ monte au ciel, ils le suivent jusque-là.
Le Christ promet à ceux qui le suivent de leur accorder le salaire et la récompense de la vie éternelle. Il leur promet aussi de les soustraire à la mort et à la corruption, ainsi qu’aux supplices que le juge réclame contre eux pour leurs transgressions. Le Christ, du fait qu’il donne la vie, montre qu’il est par nature la vie en personne, et qu’il la donne de lui-même, sans la recevoir d’un autre.
Par vie éternelle, nous ne comprenons pas cette succession interminable de jours, que tous, bons ou mauvais, posséderont après la résurrection, mais cette vie où l’on demeure dans la joie. On peut aussi comprendre "la vie" au sens de l’eucharistie. Par celle-ci, le Christ greffe en nous sa propre vie, en faisant participer les croyants à sa propre chair, selon sa parole : Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle (Jn 6,54).
Prière
Dieu éternel et tout-puissant, guide-nous jusqu’au bonheur du ciel ; que le troupeau parvienne, malgré sa faiblesse, là où son Pasteur est entré victorieux. Lui qui règne.


5e dimanche de Pâques C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 13,31-35
Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti, Jésus déclara : "Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui."
Homélie
Le commandement nouveau
Homélie de saint Cyrille d’Alexandrie († 444)
Commentaire sur l’évangile de Jean, 9 ; PG 74, 161-164.
Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Mais, demandera-t-on peut-être, comment Jésus peut-il dire que ce commandement est nouveau, lui qui a prescrit aux anciens, par l’intermédiaire de Moïse : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même (Dt 6,5 ; Mt 22,37) ?
Il faut voir ce que Jésus ajoute. Il ne s’est pas contenté de dire : Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Mais pour montrer la nouveauté de cette parole et que son amour a quelque chose de plus fort et de plus remarquable que l’ancienne charité envers le prochain, il ajoute aussitôt : Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. Il faut donc creuser le sens de ces paroles, et rechercher comment le Christ nous a aimés. Alors, en effet, nous pourrons apprécier ce qu’il y a de différent et de nouveau dans le précepte qui nous est donné maintenant. Donc, lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu, mais au contraire il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix (Ph 2,6-8). Et saint Paul affirme encore : Lui qui est riche, il s’est fait pauvre (2 Co 8,9).
Voyez-vous la nouveauté de son amour envers nous ? La Loi prescrivait en effet d’aimer son frère comme soi-même. Or notre Seigneur Jésus Christ nous a aimés plus que lui-même, puisque, vivant dans la même condition que Dieu le Père et dans l’égalité avec lui, il ne serait pas descendu jusqu’à notre bassesse, il n’aurait pas subi pour nous une mort physique aussi affreuse, il n’aurait pas subi les gifles, les moqueries et tout ce qu’il a subi, — si je voulais énumérer dans le détail tout ce qu’il a souffert, je n’en finirais pas — et d’abord, il n’aurait pas voulu, étant riche, se faire pauvre, s’il ne nous avait pas aimés plus que lui-même. Une telle mesure d’amour est donc inouïe et nouvelle.
Il nous ordonne d’avoir les mêmes sentiments, de ne faire passer absolument rien avant l’amour de nos frères, ni la gloire ni les richesses. Il ne faut même pas craindre, si c’est nécessaire, d’affronter la mort corporelle pour obtenir le salut du prochain. C’est ce qu’ont fait les bienheureux disciples de notre Sauveur et ceux qui ont suivi leurs traces. Ils ont fait passer le salut des autres avant leur propre vie, ils n’ont refusé aucun labeur. Ils ont accepté de supporter des maux extrêmes pour sauver des âmes qui se perdaient. C’est ainsi que saint Paul dit parfois : Je meurs chaque jour (1 Co 15,31), et aussi : Si quelqu’un faiblit, je partage sa faiblesse ; si quelqu’un vient à tomber, cela me brûle (2 Co 11,29).
Le Sauveur nous a ordonné de cultiver la racine de cette piété très parfaite envers Dieu, bien plus grande que l’amour prescrit par la loi ancienne. Il savait que nous n’avons pas d’autre moyen de plaire à Dieu que de suivre la beauté de l’amour, tel qu’il l’a introduit chez nous, et de recevoir ainsi les plus hautes et les plus parfaites bénédictions.
Prière
Dieu qui as envoyé ton Fils pour nous sauver et pour faire de nous tes enfants d’adoption, regarde avec bonté ceux que tu aimes comme un père ; puisque nous croyons au Christ, accorde-nous la vraie liberté et la vie éternelle. Par Jésus Christ.

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