2e dimanche de l’avent B
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 1, 1-8
Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu. Il était écrit dans le livre du prophète Isaïe : Voici que j’envoie mon messager devant toi, pour préparer ta route.
Homélie
Le messager qui prépare la route
Homélie d’Origène († 253)
Homélies sur saint Luc, 22, 1-4, SC 67, 300-302 ...
Examinons comment l’avènement du Christ est proclamé, et d’abord ce qui est écrit au sujet de Jean : À travers le désert une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Ce qui suit concerne en propre le Seigneur notre Sauveur, car ce n’est pas par Jean Baptiste que tout ravin sera comblé, mais par le Seigneur notre Sauveur. Que chacun se considère soi-même, ce qu’il était avant de croire, et il découvrira qu’il a été une vallée basse, une vallée en pente rapide, plongeant vers les bas-fonds. Mais le Seigneur Jésus a envoyé l’Esprit Saint, son remplaçant. Alors toute vallée a été comblée, par les bonnes œuvres et les fruits de l’Esprit Saint.
La charité ne laisse pas subsister en vous de vallée, si bien que, si vous possédez la paix, la patience et la bonté, non seulement vous cesserez d’être vallée, mais vous commencerez à être montagne de Dieu. Nous voyons se produire et s’accomplir chaque jour pour les païens cette parole : Tout ravin sera comblé, et pour le peuple d’Israël, qui est tombé de si haut : Toute colline et toute montagne seront abaissées (Lc 3,4-5).
C’est à la faute des fils d’Israël que les païens doivent le salut : Dieu voulait les rendre jaloux (Rm 11,11). Si vous dites que ces montagnes et ces collines qui ont été abattues sont les puissances ennemies qui se dressaient contre les hommes, vous ne vous tromperez pas. En effet, pour que les vallées en question soient comblées, il faut que les puissances ennemies, montagnes et collines, soient abaissées.
Mais voyons si une autre prophétie s’est accomplie à l’avènement du Christ. Car le texte poursuit : Les passages tortueux deviennent droits. Chacun de nous était tortueux, du moins s’il l’était et ne le reste plus aujourd’hui, car, par l’avènement du Christ qui s’est réalisé pour notre âme, tout ce qui était tortueux a été redressé. À quoi peut-il nous servir en effet, que le Christ soit venu jadis dans la chair, s’il n’est pas venu aussi jusqu’à notre âme ? Prions pour que son avènement s’accomplisse chaque jour en nous, et que nous puissions dire : Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2,20).
Donc Jésus mon Seigneur est venu ; il a égalisé nos aspérités et converti en routes unies tout ce qui était chaotique, pour faire de nous un chemin sans danger de chute, un chemin facile et très pur, pour que Dieu le Père puisse progresser en nous et que le Seigneur Jésus Christ fasse en nous sa demeure et dise : Mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. (Jn 14,23).
Prière
Seigneur tout-puissant et miséricordieux, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils ; mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie. Lui qui règne avec toi et le Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.
3e dimanche de l’avent B
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 1,6-8.19-28
Il y eut un homme envoyé par Dieu. Son nom était Jean. Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui.
Homélie
Jean le Précurseur présenté par l’évangéliste Jean
Homélie de Jean Scot Érigène († après 870)
Homélie sur le Prologue de Jean, ch. 15 ; SC 151, 275-277.
Comme il est logique, c’est Jean qui introduit Jean dans son discours sur Dieu ; l’abîme appelant l’abîme à la voix des mystères divins (cf. ps 41,8) : l’Évangéliste raconte l’histoire du Précurseur. Celui qui reçut la grâce de connaître le Verbe au commencement (Jn 1,1) nous renseigne sur celui qui reçut la grâce de venir en avant du Verbe incarné. Il y eut, dit-il. Il ne dit pas simplement : Il y eut un envoyé de Dieu, mais il y eut un homme (Jn 1,6). Il parle ainsi afin de distinguer le Précurseur, qui participe seulement de l’humanité, et l’homme qui, unissant étroitement en lui divinité et humanité, est venu ensuite : afin de séparer la voix qui passe du Verbe qui demeure toujours de façon immuable, afin de suggérer que l’un est l’étoile du matin qui apparaît à l’aube du Royaume des cieux, et de déclarer que l’autre est le soleil de justice qui lui succède. Il distingue le témoin de celui auquel il rend témoignage, celui qui est envoyé de celui qui envoie, la lampe vacillante de la lumière splendide qui remplit l’univers et qui, pour le genre humain tout entier, dissipe les ténèbres de la mort et des péchés.
Ainsi le Précurseur fut l’homme du Seigneur, non pas Dieu ; le Seigneur, dont il fut le Précurseur, fut à la fois homme et Dieu. Le Précurseur fut un homme qui deviendrait Dieu par la grâce. Celui dont il prépare la venue était Dieu par nature ; il devait se faire homme par humilité, et parce qu’il voulait opérer notre salut et notre rachat.
Un homme fut envoyé. Par qui ? Par le Dieu Verbe qu’il a précédé. Sa mission était d’être Précurseur. C’est dans un cri qu’il envoie sa parole devant lui : À travers le désert, une voix crie(Mt 3,3). Le messager prépare l’avènement du Seigneur. Son nom était Jean, signifiant que la grâce lui a été donnée d’être le Précurseur du Roi des rois, le révélateur du Verbe inconnu, le baptiseur en vue de la naissance spirituelle, le témoin, par sa parole et son martyre, de la lumière éternelle.
Prière
Tu le vois, Seigneur, ton peuple se prépare à célébrer la naissance de ton Fils ; dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère, pour que nous fêtions notre salut avec un cœur vraiment nouveau. Par Jésus Christ.
4e dimanche de l’avent B
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1,26-38
L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.
Homélie
Descendant du roi David
Homélie de saint Bède le Vénérable († 735)
Homélies pour l’avent, 3 ; CCL 122, 14-17.
Frères très chers, l’évangile qui est lu aujourd’hui met en valeur la naissance de notre salut. En effet, il nous raconte l’envoi par Dieu d’un ange du ciel chargé d’annoncer à la Vierge la naissance inouïe, dans la chair, du Fils de Dieu, par lequel nous pourrions rejeter notre vieillerie coupable, et être renouvelés au point d’être comptés parmi les fils de Dieu. Donc, pour que nous puissions obtenir les dons du salut promis, écoutons d’une oreille attentive le récit de son origine.
L’ange Gabriel, dit l’évangile, fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie (Lc 1,26-27).
Ce qui est dit de la maison de David ne concerne pas seulement Joseph, mais aussi Marie. Car la Loi prescrivait que chacun devait épouser une femme de sa tribu et de sa famille, au témoignage de l’Apôtre, qui écrit à Timothee : Souviens-toi de Jésus Christ, le descendant de David : il est ressuscité d’entre les morts, voilà mon évangile (2 Tm 2,8). Le Seigneur est véritablement issu de la descendance de David parce que sa mère vierge a réellement pris naissance de la souche de David. L’ange entra chez elle et dit : Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père (Lc 1,30-32).
Le trône de David désigne ici le pouvoir sur le peuple d’Israël, que David gouverna en son temps avec un zèle plein de foi, en obéissant aux ordres du Seigneur et en bénéficiant de son secours. Donc le Seigneur a donné à notre Rédempteur le trône de David son père, quand il décida de le faire s’incarner dans la race de David. Ce peuple, que David dirigea par son pouvoir temporel, le Christ va l’entraîner par une grâce spirituelle vers le royaume éternel dont l’Apôtre dit : Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, il nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé (Col 1,13).
Il régnera pour toujours sur la maison de Jacob (Lc 1,33). La maison de Jacob désigne l’Église universelle qui, par la foi et le témoignage rendus au Christ, se rattache à la destinée des Patriarches, soit chez ceux qui ont tiré leur origine charnelle de leur souche, soit chez ceux qui, nés charnellement d’une autre nation, sont renés dans le Christ, par le baptême dans l’Esprit.
C’est sur cette maison de Jacob qu’il régnera éternellement : et son règne n’aura pas de fin (Lc 1,33). Oui, il règne sur elle dans la vie présente, lorsqu’il gouverne le cœur des élus où il habite, par leur foi et leur amour envers lui ; et il les gouverne par sa continuelle protection, pour leur faire parvenir les dons de la rétribution céleste ; il règne dans l’avenir, lorsque, une fois achevé l’état de l’exil temporel, il les introduit dans le séjour de la patrie céleste. Et là, ils se réjouissent de ce que sa présence visible leur rappelle continuellement qu’ils n’ont rien à faire d’autre que de chanter ses louanges.
Prière
Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos cœurs : par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé ; conduis-nous par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Par Jésus Christ.
Temps de Noël B
25 décembre - Nativité du Seigneur B
Évangile
Commencement de l’Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 1,1 -25 ; lecture brève : 1,18-25
Voici la table des origines de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham : Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères.
ou bien
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 2,1-14
En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre.
Homélie
Dieu dans la chair
Homélie de saint Basile le Grand († 379)
Homélie sur la sainte génération du Christ, 2.6 ; PG 31,1459-1462.1471-1474.
Dieu sur terre, Dieu parmi les hommes ! Cette fois il ne promulgue pas sa loi au milieu des éclairs, au son de la trompette, sur la montagne fumante, dans l’obscurité d’un orage terrifiant, mais il s’entretient d’une façon douce et paisible, dans un corps humain, avec ses frères de race. Dieu dans la chair ! Ce n’est plus celui qui agit par intermittence comme les prophètes, mais celui qui assume pleinement la nature humaine et, par sa chair qui est celle de notre race, ramène à lui tout le genre humain.
Comment donc, direz-vous, sa splendeur s’est-elle étendue à tous à partir d’un seul ? Comment la divinité peut-elle habiter la chair ? Comme le feu habite le fer, non pas en se déplaçant, mais en se communiquant. En effet, le feu ne se jette pas sur le fer mais, en demeurant à sa place, il lui communique sa propre vertu. En cela il n’est nullement diminué, mais il remplit entièrement le fer auquel il se communique. De la même manière, Dieu, le Verbe, qui a habité parmi nous (Jn 1,14), n’est pas sorti de lui-même ; le Verbe qui s’est fait chair (Jn 1,14) n’a pas été soumis au changement : le ciel n’a pas été dépouillé de celui qu’il contenait, et pourtant la terre accueillit dans son propre sein cet être céleste.
Pénètre-toi de ce mystère : Dieu est dans la chair afin de tuer la mort qui s’y cache. En effet, si des médicaments capables de chasser les poisons sont introduits dans un corps, ils en chassent les causes de corruption, afin que les ténèbres qui règnent dans cet organisme se dissipent quand paraît la lumière. Et de même que, dans l’eau, la glace l’emporte sur le liquide aussi longtemps que règne l’obscurité de la nuit, mais se met à fondre sous le rayon du soleil qui la réchauffe, de même la mort a régné jusqu’à la venue du Christ. Mais quand la grâce de Dieu s’est manifestée pour notre salut (Tt 2,11), quand s’est levé le soleil de justice (Ml 3,20), la mort a été engloutie dans la victoire (1 Co 15,54) parce qu’elle ne supportait pas la cohabitation avec la vie véritable.
Ô profondeur de la bonté et de l’amour de Dieu pour les hommes ! Rendons gloire avec les bergers, dansons avec les chœurs des anges, car il est né aujourd’hui un Sauveur qui est le Messie, le Seigneur (Lc 2,11-12).
Dieu, le Seigneur, nous illumine (Ps 117,27), non sous son aspect de Dieu, pour ne pas épouvanter notre faiblesse, mais sous son aspect de serviteur, afin de conférer la liberté à ceux qui étaient condamnés à la servitude. Qui aurait le cœur assez lâche et assez indifférent pour ne pas se réjouir, exulter d’allégresse, rayonner de joie devant cet événement ? C’est une fête commune à toute la création. Tous doivent y contribuer, nul ne doit se montrer ingrat. Nous aussi, élevons la voix pour chanter notre allégresse.
Prière
Père, toi qui as merveilleusement créé l’homme et plus merveilleusement encore rétabli sa dignité, fais-nous participer à la divinité de ton Fils, puisqu’il a voulu prendre notre humanité. Lui qui règne.
La Sainte Famille B
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 2,22-40
Quand arriva le jour fixé par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur.
Homélie
Le Législateur soumis à la Loi
Homélie de saint Cyrille d’Alexandrie († 444) !
Homélie 12, PG 77, 1041 1048 1049
Nous avons vu récemment le petit Emmanuel couché dans une mangeoire, emmailloté comme on fait chez les hommes, mais chanté comme Dieu par l’armée des saints anges. Car Dieu le Père avait conféré aux habitants du ciel cet honneur insigne d’être les premiers à proclamer le Christ.
En outre, nous avons vu aujourd’hui celui-ci obéir aux lois de Moïse, c’est-à-dire que Dieu, le législateur, se soumettait, comme un homme, à ses propres lois. C’est ce que nous enseigne saint Paul : Nous, de même, quand nous étions des enfants nous étions soumis aux éléments du monde. Mais, lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils ; il est né d’une femme, il a été sujet de la Loi juive, pour racheter ceux qui étaient sujets de la Loi (Ga 4,3-5). Donc, le Christ a racheté de la malédiction de la Loi ceux qui en étaient les sujets, mais qui ne l’observaient pas. De quelle manière les a-t-il rachetés ? En accomplissant cette loi ; autrement dit, afin d’effacer la transgression dont Adam s’était rendu coupable, il s’est montré obéissant et docile, à notre place, envers Dieu le Père. Car il est écrit : De même que tous sont devenus pécheurs parce qu’un seul homme a désobéi, de même tous deviendront justes parce qu’un seul homme a obéi (Rm 5,18). Avec nous il a courbé la tête devant la loi, et il l’a fait selon le plan divin de l’incarnation. En effet, il devait accomplir parfaitement ce qui est juste (cf. Mt 3,15).
Après avoir pris pleinement la forme de serviteur, précisément parce que sa condition humaine le rangeait au nombre de ceux qui portent le joug, il a payé aux percepteurs, comme tout le monde, le montant de l’impôt, alors que par nature, et en tant que Fils, il en était dispensé (cf. Mt 18,23-26). Donc, lorsque tu le vois observer la loi, ne sois pas choqué, ne mets pas au rang des serviteurs celui qui est libre, mais mesure par la pensée la profondeur d’une telle économie.
Donc, lorsque fut venu le huitième jour, où l’on obéissait à la loi en accomplissant la circoncision, il reçut son nom, celui de Jésus, qui se traduit par "Salut du peuple." Car c’est ainsi que Dieu le Père voulut que son Fils fut nommé après être né de la femme, selon la chair. C’est alors, certes, que le salut s’est surtout réalisé, non pour un seul peuple, mais pour beaucoup, pour toutes les nations, pour la terre entière.
Il est donc devenu lumière pour éclairer les nations païennes mais gloire d’Israël (Lc 2,32). Car si, dans cette nation, certains sont devenus violents, rebelles et butés, un reste a été sauvé(Rm 9,27) et glorifié par le Christ. Ses disciples en ont été les prémices, eux dont la gloire illumine le monde. De toute façon, c’est la gloire d’Israël, puisqu’il en est issu selon la chair, même s’il est Dieu, établi au-dessus de tous les hommes, et béni dans les siècles.
L’évangéliste a donc la sagesse de nous aider en nous enseignant tout ce que le Fils incarné a fait à cause de nous et pour nous, lui qui n’a pas dédaigné d’assumer notre pauvreté. Nous devons donc le glorifier comme notre Rédempteur, notre Sauveur et notre Dieu : à lui, et avec lui, à Dieu le Père, gloire et puissance, ainsi qu’à l’Esprit Saint, pour les siècles des siècles. Amen.
ou bien
Mûrir comme une grappe
Homélie de saint Grégoire de Nysse († 395) sur le Cantique des Cantiques
Homélies sur le Cantique, 3 ; éd. jaeger 6, 96-99.
Le petit enfant qui nous est né, Jésus, grandit de façon différente, en sagesse, en âge et en grâce, chez ceux qui l’ont reçu. Il n’est pas le même chez tous mais il se conforme à la capacité de celui en lequel il vit. Il se montre ainsi comme un petit enfant, comme un adolescent ou un homme parfait, selon la nature de la grappe. Car celle-ci, sur la vigne, ne montre pas toujours la même forme, elle change avec le temps : elle fleurit, elle bourgeonne, elle est achevée, puis, parfaitement mûre, elle va se transformer en vin.
La vigne promet donc par son fruit : celui-ci n’est pas encore mûr et à point pour donner du vin, mais il attend la plénitude des temps. Toutefois, il n’est pas absolument incapable de nous réjouir. En effet, il charme l’odorat, avant le goût, dans l’attente des biens futurs, et il séduit les sens de l’âme par les effluves de l’espérance. Car l’assurance ferme de la grâce que l’on espère délecte déjà ceux qui attendent avec constance. Il en est ainsi du raisin de Chypre qui promet du vin avant de l’être devenu : par sa fleur — c’est l’espérance qui est sa fleur — il nous donne l’assurance de la grâce future.
Celui dont la volonté s’harmonise à celle du Seigneur parce qu’il la médite jour et nuit, devient un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt (cf. ps 1,3). C’est pourquoi la vigne de l’Époux, qui a pris racine dans la terre fertile de Gaddi (cf. Ct 1,14 Vg.), c’est-à-dire dans le fond de l’âme, qui est arrosée et enrichie par les enseignements divins, produit cette grappe fleurissante et épanouie dans laquelle elle peut contempler son planteur et son vigneron.
Bienheureuse cette culture dont la fleur reproduit la beauté de l’Époux ! Puisque celui-ci est la lumière véritable, la vraie vie et la vraie justice, comme dit la Sagesse, et bien d’autres vertus encore, lorsqu’un homme, par ses œuvres, devient pareil à l’Époux, lorsqu’il regarde la grappe de sa propre conscience, il y voit l’Époux lui-même, car il reflète la lumière de la vérité dans une vie lumineuse et sans tache.
C’est pourquoi cette vigne féconde affirme : C’est ma grappe qui fleurit et bourgeonne (cf. Ct 7,7-8.13). L’Époux est en personne cette vraie grappe qui se montre attachée au bois, dont le sang devient, pour ceux qui se sauvent dans la joie, une boisson de salut, dans le Christ Jésus notre Seigneur, à qui soient la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen.
Prière
Tu as voulu, Seigneur, que la Sainte Famille nous soit donnée en exemple ; accorde-nous de pratiquer, comme elle, les vertus familiales et d’être unis par les liens de ton amour, avant de nous retrouver pour l’éternité dans la joie de ta maison. Par Jésus Christ.
1er janvier- Sainte Marie, Mère de Dieu B
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 2,16-21
Quand les bergers arrivèrent à Bethléem, ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans une mangeoire.
Homélie
La Vierge Mère de Dieu
Homélie de Basile de Séleucie († vers 459)
Sermon 39, 4-5 ; PG 85, 437.441-447.
Le Créateur de l’univers, le Tout-Puissant, né de la Vierge Mère de Dieu, s’est uni à la nature humaine ; il a pris une chair vraiment dotée d’une âme, et il n’a connu aucune faute : Il n’a jamais commis de péché ni proféré de mensonge (1 P 1,22).
Corps très saint qui a abrité le Seigneur ! C’est en Marie qu’a été annulé le constat de notre péché ; c’est en elle que Dieu s’est fait homme tout en restant Dieu. Il a voulu se soumettre à cette grossesse et il s’est abaissé à naître comme nous ; sans abandonner le sein du Père, il était comblé par les caresses de sa mère.
Car Dieu ne se divise pas lorsque il accomplit sa volonté ; c’est même en demeurant chez tous sans division qu’il donne le salut au monde. Gabriel est venu vers la Vierge Mère sans quitter le ciel, et le Verbe de Dieu qui embrasse toutes choses, tandis qu’il s’incarne en elle, ne cesse pas d’être adoré dans le ciel.
Est-il nécessaire de faire intervenir tout ce qu’ont dit les prophètes qui ont annoncé la venue du Christ qui naîtrait de la Mère de Dieu ? Quelle voix serait assez sublime pour entonner des hymnes convenant à sa dignité ? De quelles fleurs lui tresserons-nous la couronne qui lui est due ? Car c’est d’elle qu’a germé la fleur de Jessé (cf. Is 11,1) qui a couronné notre race de gloire et d’honneur.
Quels présents dignes d’elle lui offrirons-nous, quand tout ce qu’il y a dans le monde est indigne d’elle ? Car, si saint Paul dit des autres saints : Le monde n’en était pas digne (He 11,38), que dirons-nous de la Mère de Dieu qui resplendit au-dessus de tous les martyrs autant que le soleil brille plus que les étoiles ?
Ô virginité par laquelle les anges, d’abord éloignés du genre humain, se réjouissent avec raison d’être mis au service des hommes ! Et Gabriel exulte d’être chargé d’annoncer la conception divine. C’est pourquoi il ouvre son message de salut en invoquant la joie et la grâce : Réjouis-toi, comblée de grâce (Lc 1,28), prends un visage joyeux. Car c’est de toi que va naître la joie de tous, avec celui qui, après avoir détruit la puissance de la mort et avoir donné à tous l’espérance de ressusciter, nous délivrera de l’antique malédiction.
L’Emmanuel s’est donc produit dans ce monde qu’il avait créé jadis, en apparaissant comme un nouveau-né, lui qui était Dieu avant l’éternité ; couché dans une mangeoire, exclu de la salle commune, alors qu’il venait préparer les demeures éternelles. Confiné dans une grotte et signalé par l’étoile, comblé de cadeaux par les mages et payant la rançon du péché, porté dans les bras de Syméon et embrassant l’univers par l’étendue de sa puissance divine, vu comme un nourrisson par les bergers et reconnu comme Dieu par l’armée des anges qui chantaient sa gloire dans le ciel, la paix sur la terre, la bienveillance de Dieu envers les hommes (Lc 2,14).
Tout cela, la sainte Mère du Seigneur de l’univers le méditait dans son cœur (Lc 2,19.51), dit l’évangile. Elle se réjouit intérieurement de cette accumulation de merveilles, en même temps qu’elle est bouleversée par la grandeur de son Fils qui est Dieu, grandeur qu’elle perçoit par les yeux de l’âme. Comme elle restait à contempler l’enfant divin, entraînée, comme je le crois, par des élans pleins de respect, elle était seule à converser avec le seul.
Prière
Dieu tout-puissant, par la maternité virginale de la bienheureuse Vierge Marie, tu as offert au genre humain les trésors du salut éternel ; accorde-nous de sentir qu’intervient en notre faveur celle qui nous permit d’accueillir l’auteur de la vie, Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur. Lui qui règne.
2e dimanche après Noël B
Voir année A, p. 27, ou C, p. 331
Épiphanie du Seigneur B
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 2,1-12
Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?"
Homélie
Il est roi, Dieu et homme
Homélie de saint Odilon de Cluny († 1049)
Sermons pour l’Épiphanie, 2 ; PL 142, 997-998.
Ce jour, je l’ai souvent dit, est une assez grande fête par lui-même, mais il est encore remarquable par son voisinage avec Noël. Lorsque l’on adore Dieu dans l’enfant, on honore l’enfantement virginal. Lorsque l’on offre des présents à l’homme-Dieu, on adore la dignité de la naissance divine. Lorsque les mages découvrent Marie avec l’enfant, ils proclament véritables l’humanité du Christ et l’intégrité de la Mère de Dieu. Comme dit l’évangéliste : En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et tombant à genoux., ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et ils lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe (Mt 2,10-11).
Ces dons offerts par les mages révèlent les mystères du Christ. En donnant de l’or, ils exaltent le roi ; en offrant l’encens, ils adorent Dieu ; en présentant de la myrrhe, ils le reconnaissent mortel. Quant à nous, croyons donc que le Christ a épousé notre condition mortelle, afin que, par sa mort unique, nous sachions que nous sommes délivrés de la seconde mort. Comment le Christ est apparu mortel et a payé notre dette envers la mort, Isaïe l’a dit : Il a été comme un agneau conduit à l’abattoir (Is 53,7).
Nous devons croire que le Christ est roi, car nous l’avons prouvé par l’autorité divine. Il dit de lui-même dans le Psaume : J’ai été sacré roi par lui (Ps 2,6 Vg.), c’est-à-dire par Dieu le Père. Et qu’il soit le Roi des rois, il le dit lui-même par la bouche de la Sagesse : Par moi règnent les rois, et les grands fixent de justes décrets (Pr 8,15). Enfin, qu’il soit vraiment le Christ et Seigneur, c’est ce qu’attesté le monde entier créé par lui. Car il dit lui-même dans l’Évangile : Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre (Mt 28,18). Et l’Apôtre affirme que lui a été donné par Dieu le Père le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux (Ph 2,9-10). L’Apôtre dit ailleurs : Tout est créé par lui et pour lui. Il est avant tous les êtres, et tout subsiste en lui (Col 1,16-17). Et saint Jean l’Évangéliste dit : Par lui tout s’est fait, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui (Jn 1,3). Si l’on reconnaît que toutes choses ont été faites par lui et que tout subsiste en lui (Col 1,17), nous devons nécessairement croire que toutes choses ont connu son avènement.
Prière
Aujourd’hui, Seigneur, tu as révélé ton Fils unique aux nations, grâce à l’étoile qui les guidait ; daigne nous accorder, à nous qui te connaissons déjà par la foi, d’être conduits jusqu’à la claire vision de ta splendeur. Par Jésus Christ.