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30e dimanche du temps ordinaire A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 22,34-40
Les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l’un d’eux, un docteur de la Loi, lui posa une question pour le mettre à l’épreuve : "Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ?"
Homélie
Le plus grand commandement
Homélie de saint Augustin († 430)
Sermons édités par mai, 14, 1-2, PLS 2, 449-450
Je sais, mes bien-aimés, quelle excellente nourriture vos cœurs puisent chaque jour dans les exhortations de la sainte Écriture et les richesses de la parole de Dieu. Néanmoins, la ferveur de notre affection mutuelle me pousse à dire à votre charité quelque chose au sujet de l’amour. Comment pourrais-je parler d’autre chose que de l’amour ? En effet, celui qui veut parler de l’amour dans la lecture publique et l’homélie n’a pas besoin de choisir un passage particulier de l’Écriture : qu’il ouvre la Bible à n’importe quelle page, elle chante les louanges de l’amour.
J’invoque sur ce point le témoignage du Seigneur lui-même. Voici, d’après l’évangile, ce qu’il a répondu à l’homme qui l’interrogeait sur les deux plus grands commandements de la Loi. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit, et Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Puis, pour éviter qu’on ne cherche dans les livres saints autre chose que l’amour, il a ajouté ceci : Tout ce qu’il y a dans la Loi et les Prophètes dépend de ces deux commandements (Mt 22,37.39-40). Si la Loi et les Prophètes dépendent entièrement de ces deux commandements, n’est-ce pas bien plus vrai encore de l’évangile ?
Car l’amour renouvelle l’homme. L’amour crée vraiment l’homme nouveau, comme la convoitise fait le vieil homme. Aussi le psalmiste, luttant contre ses passions, se lamente : J’ai vieilli parmi tant d’adversaires (Ps 6,8). Et le Seigneur lui-même laisse entendre que l’amour appartient à l’homme nouveau, lorsqu’il dit : Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres (Jn 13,34).
Il y a eu, même au temps passé, des hommes qui ont aimé Dieu d’un amour désintéressé. En le désirant avec ardeur, ils ont purifié leur cœur. Ils ont ôté le voile des anciennes promesses, si bien qu’ils ont contemplé la figure de la nouvelle Alliance encore à venir. Dans tous les commandements et les promesses de cette Alliance, qui étaient destinés au vieil homme, ils ont reconnu les figures de l’Alliance nouvelle, que le Seigneur devait conduire à leur terme dans les derniers temps. La parole de l’Apôtre est très claire : Ces faits, dit-il, leur arrivaient en figure, et l’Écriture les a racontés pour nous avertir, nous qui voyons arriver la fin des temps (1 Co 10,11).
Quand vint le temps de cet accomplissement, les prédicateurs de l’Alliance nouvelle se mirent à l’annoncer avec une clarté parfaite. Ils expliquèrent et interprétèrent ces figures pour que soit manifesté le sens nouveau des anciennes promesses.
Ainsi, l’amour était présent en ces temps anciens comme il l’est maintenant. Mais il était alors plus secret, et la crainte, plus apparente, tandis que l’amour est maintenant plus manifeste, et la crainte est moindre. En effet, la crainte diminue à mesure que l’amour augmente. Oui, vraiment, l’âme s’apaise quand l’amour grandit. Et quand l’âme est dans une complète tranquillité, il n’y a plus de place pour la crainte, comme le dit aussi l’apôtre Jean : L’amour parfait chasse la crainte (1 Jn 4,18).
Prière
Dieu éternel et tout-puissant, augmente en nous la foi, l’espérance et la charité ; et pour que nous puissions obtenir ce que tu promets, fais-nous aimer ce que tu commandes. Par Jésus Christ.
ou bien
Seigneur notre Dieu, nous voulons t’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit. Toi dont le Fils a offert sa vie pour les hommes, fais-nous aimer nos frères comme il en a donné l’exemple. Le cœur rempli de charité, nous pourrons courir sans lassitude sur le chemin de tes commandements. Par Jésus Christ.


31e dimanche du temps ordinaire A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 23,1-12
Jésus déclara à la foule et à ses disciples : "Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Pratiquez donc et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas."
Homélie
Le Christ, exemple d’humilité
Homélie de saint Paschase Radbert († 860)
Commentaire sur l’évangile de Matthieu, 10, 23 ; CCM 56 B, 1112-1113.
Qui s’abaissera sera élevé (Mt 23,12). Non seulement le Christ a dit à ses disciples de ne pas se faire appeler maîtres et de ne pas aimer les premières places dans les repas ni aucun autre honneur. Mais il a donné lui-même, en sa personne, l’exemple et le modèle de l’humilité. Alors que le nom de maître lui est donné non par complaisance mais par droit de nature, car tout subsiste par lui (Col 1,17), il nous a communiqué, par son entrée dans la chair, un enseignement qui nous conduit tous à la vie et, parce qu’il est plus grand que nous, il nous a réconciliés avec Dieu (Rm 5,10). Comme s’il nous disait : N’aimez pas les premiers honneurs, ne désirez pas vous faire appeler maîtres (Mt 23,7), de même que ce n’est pas moi qui recherche ma gloire, il y a quelqu’un qui la recherche (Jn 8,50). Tenez aussi vos regards fixés sur moi, car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la multitude (Mt 20,28).
Assurément, dans ce passage de l’évangile, le Seigneur instruit non seulement ses disciples, mais aussi les chefs des Églises, leur prescrivant à tous de ne pas se laisser entraîner par l’avidité à rechercher les honneurs. Au contraire, que celui qui veut devenir grand soit le premier à se faire comme lui le serviteur de tous (cf. Mt 20,26-27). Si quelqu’un trouve bon de désirer une haute charge (cf. 1 Tm 3,1), qu’il désire l’œuvre que celle-ci permet de réaliser et non le grand honneur qui lui est attaché ; qu’il veuille aider et servir tous les hommes, plutôt qu’être aidé et servi par tous. Car le désir d’être servi procède de l’orgueil pharisaïque, et le désir de servir naît de la sagesse et de l’enseignement du Christ.
En vérité, ceux qui sollicitent les honneurs et les réclament pour eux-mêmes sont ceux qui s’élèvent. Et ceux qui se réjouissent d’apporter leur aide et de servir sont ceux qui s’abaissent pour que le Seigneur les élève.
Il faut encore remarquer que le Christ n’a pas parlé de celui que le Seigneur élève, mais qu’il a dit : Celui qui s’élève sera abaissé, de toute évidence par le Seigneur. Il n’a pas parlé non plus de celui que le Seigneur abaisse, mais il a dit : Celui qui s’abaisse volontairement sera élevé (Mt 23,12), en retour, par le Seigneur.
Ainsi, à peine le Christ s’est-il réservé tout particulièrement le titre de maître qu’il invoque la règle de sagesse en vertu de laquelle celui qui veut devenir grand doit être le serviteur (Mt 20,26) de tous. <> Cette règle, il l’avait exprimée en termes différents : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur (Mt 11,29).
Dès lors, quiconque veut être son disciple ne doit pas tarder à apprendre la sagesse dont le Christ affirme qu’il fait lui-même profession, car tout disciple accompli sera comme son maître (Lc 6,40). Au contraire, celui qui aura refusé d’apprendre la sagesse enseignée par le Maître, loin de devenir un maître, ne sera même pas un disciple.
Prière
Dieu de puissance et de miséricorde, c’est ta grâce qui donne à tes fidèles de pouvoir dignement te servir ; accorde-nous de progresser sans que rien nous arrête vers les biens que tu promets. Par Jésus Christ.
ou bien
Père des cieux, tu es le seul à mériter vraiment le nom de Père et ton Fils est le seul vrai Maître. Quels que soient notre rang ou notre charge, fais-nous fuir l’ostentation, enlève de notre cœur toute autre ambition que celle de servir. Par Jésus Christ.


32e dimanche du temps ordinaire A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 25,1-13
Jésus parlait à ses disciples de sa venue ; il disait cette parabole : "Le Royaume des cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe et s’en allèrent à la rencontre de l’époux."
Homélie
Se tenir prêt pour l’arrivée de l’Époux
Homélie de saint Grégoire de Nazianze († 389)
Sur le saint baptême, Discours 40, 46, PG 36, 425
Aussitôt après ton baptême, tu te tiendras debout devant le grand sanctuaire, pour signifier la gloire du monde à venir. Le chant des psaumes qui t’accueillera est le prélude des louanges célestes. Les lampes que tu allumeras préfigurent ce cortège des lumières qui conduira au-devant de l’Époux nos âmes resplendissantes et vierges, munies des lampes étincelantes de la foi.
Prenons garde à ne pas nous abandonner au sommeil, par insouciance, de peur que celui que nous attendons ne se présente à l’improviste, sans que nous l’ayons vu venir. Ne restons pas sans provision d’huile et de bonnes œuvres, de crainte d’être exclus de la salle des noces.
Je vois, en effet, ce que sera ce malheur si affligeant. L’Époux arrivera. Une voix puissante nous appellera à nous présenter devant lui. Toutes les âmes prudentes iront à sa rencontre avec leur lampe allumée et une réserve d’huile très abondante. Les autres, pleines d’inquiétude, chercheront bien tardivement à en obtenir auprès de celles qui en seront pourvues.
L’Époux fera son entrée en grande hâte. Les premières entreront avec lui. Les autres, tout occupées à préparer leurs lampes, ne trouveront pas le temps d’entrer et seront laissées dehors au milieu des lamentations. Elles se rendront compte trop tard de ce qu’elles auront perdu par leur insouciance. Alors, malgré toutes leurs supplications, elles ne pourront plus pénétrer dans la salle des noces dont elles se seront exclues par leur propre faute.
Elles ressembleront aussi à des invités aux noces qu’un noble père célèbre en l’honneur d’un noble époux, et qui s’abstiennent d’y prendre part. L’un, parce qu’il vient de prendre femme ; un autre, parce qu’il vient d’acheter un champ ; un troisième, parce qu’il a acquis une paire de bœufs (cf. Lc 14,18-20). Ce qu’ils ont obtenu ainsi leur a été bien dommageable, puisqu’ils se sont privés d’un excellent profit pour des avantages médiocres.
Car il n’y a pas de place dans le ciel pour l’orgueilleux et l’insouciant, pour l’homme sans habit convenable, qui ne porte pas le vêtement de noce (cf. Mt 22,11), même s’il s’est cru, sur terre, digne de la splendeur céleste, et s’est introduit furtivement dans le groupe des fidèles en se berçant de faux espoirs.
Qu’adviendra-t-il ensuite ? L’Époux connaît ce qu’il nous enseignera quand nous serons au ciel, et il sait quelles relations il entretiendra avec les âmes qui y seront entrées avec lui. Je crois qu’il vivra en leur compagnie, et qu’il leur enseignera les mystères les plus parfaits et les plus purs.
Nous qui vous donnons cet enseignement et vous qui nous écoutez, puissions-nous y avoir part dans le Christ notre Seigneur, à qui soient la gloire et la puissance dans les siècles. Amen.
Prière
Dieu qui es bon et tout-puissant, éloigne de nous tout ce qui nous arrête, afin que sans aucune entrave, ni d’esprit ni de corps, nous soyons libres pour accomplir ta volonté. Par Jésus Christ.
ou bien
Seigneur Jésus, rends-nous sages et prévoyants pour le jour de ta venue. Que jamais ne s’éteigne en nous le désir de ta présence, mais que notre foi reste vive et lumineuse, jusqu’à l’heure inconnue où tu nous introduiras aux noces éternelles. Toi qui règnes.


33e dimanche du temps ordinaire A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 25,14-30
Jésus parlait à ses disciples de sa venue ; il disait cette parabole : "Un homme, qui partait en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens. À l’un il donna une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul, à chacun selon ses capacités."
Homélie
Faire fructifier les dons reçus
Homélie de saint Jean Chrysostome († 407)
Homélies sur l’évangile de Matthieu, 78, 2-3 ; PO 58, 713-714.
Dans la parabole des talents, Jésus nous raconte l’histoire d’un homme qui partit en voyage après avoir confié son argent à ses serviteurs. Il veut ainsi nous révéler la patience de notre Maître, mais, à mon avis, il y fait aussi allusion à la résurrection. Par ailleurs, Jésus ne parle ni d’agriculteurs ni de vignerons, mais d’ouvriers en général. La raison en est qu’il veut s’adresser non seulement aux chefs du peuple ou aux Juifs, mais à tout le monde.
Tout d’abord les serviteurs qui rendent l’argent avec les intérêts déclarent sans tergiverser ce qui vient d’eux et ce qui vient de leur maître. Le premier dit : Seigneur, tu m’as confié cinq talents(Mt 25,20), et le deuxième : Seigneur, tu m’as confié deux talents (Mt 25,22). Ils reconnaissent ainsi que leur Maître leur a donné les moyens de réaliser une opération avantageuse. Ils lui en savent gré et portent à son crédit la totalité de la somme qui est en leur possession.
Que répond alors le maître ? Très bien, serviteur bon et fidèle (car on reconnaît l’homme bon à sa sollicitude pour le prochain), tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître (Mt 25,23).
Mais il n’en va pas de même pour le mauvais serviteur : Je savais, dit-il, que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient (Mt 25,24-25).
Quelle est donc la réponse du maître ? Il fallait placer mon argent à la banque (Mt 25,27), c’est-à-dire qu’il fallait parler, exhorter, conseiller. "Mais, réplique l’autre, les gens ne m’écouteront pas." À quoi le maître répond : "Cela n’est pas ton affaire. <> Tu aurais pu au moins mettre cet argent en dépôt et me laisser le soin de le redemander, et je l’aurais réclamé avec les intérêts — entendant par là les œuvres qui procèdent de l’écoute de la Parole —. Tu avais seulement à fournir la part la plus facile du travail et à me laisser la plus difficile" (cf. Mt 25,27).
Voilà comment ce serviteur a manqué à sa tâche. Aussi, ajoute le maître, enlevez-lui son talent et donnez-le à celui qui en a dix. Car celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a (Mt 25,28-29).
Qu’est-ce à dire ? Celui qui a reçu pour le bien d’autrui la grâce de la parole et de l’enseignement, et n’en fait pas usage, se fera enlever cette grâce. Quant au serviteur zélé, il attirera sur lui une grâce plus abondante, tout comme l’autre perdra celle qu’il a reçue.
Prière
Accorde-nous, Seigneur, de trouver notre joie dans notre fidélité : car c’est un bonheur durable et profond de servir constamment le Créateur de tout bien. Par Jésus Christ.
ou bien
Dieu notre Maître, tu combles l’homme de tes dons pour qu’il collabore à ton œuvre. Accorde à tes serviteurs de travailler avec courage à faire fructifier les biens reçus de toi, afin qu’au jour de ta venue ils puissent entrer dans ta joie. Par Jésus Christ.


34e dimanche du temps ordinaire A Le Christ Roi de l’univers
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 25,31-46
Jésus parlait à ses disciples de sa venue : "Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres."
Homélie
Le Royaume préparé pour les justes
Homélie attribuée à saint Hippolyte de Rome († 236)
Traité sur la fin du monde, 41-43, GCS I, 2, 305-307.
Comme le saint évangile l’affirme avec force, le Fils de l’homme rassemblera toutes les nations ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres : il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche. Alors il dira à ceux qui sont à sa droite : "Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde" (Mt 25,32-34).
Venez, vous qui avez aimé les pauvres et les étrangers. Venez, vous qui êtes restés fidèles à mon amour, car je suis l’amour. Venez, vous dont la paix a été la part d’élection, car je suis la paix.Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous.
Vous n’avez pas honoré la richesse, mais fait l’aumône aux pauvres. Vous avez secouru les orphelins, aidé les veuves, donné à boire à ceux qui avaient soif et à manger à ceux qui avaient faim. Vous avez accueilli les étrangers, habillé ceux qui étaient nus, visité les malades, réconforté les prisonniers, apporté votre aide aux aveugles. Vous avez gardé intact le sceau de la foi et vous avez été prompts à vous rassembler dans les églises. Vous avez écouté mes Écritures et tant désiré entendre mes paroles. Vous avez observé ma loi le jour et la nuit et partagé mes souffrances comme de courageux soldats, pour trouver grâce devant moi, votre roi du ciel. Venez, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde.
Voici que mon Royaume est préparé et mon ciel ouvert. Voici que mon immortalité apparaît dans toute sa beauté. Venez tous, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde.
Alors les justes s’étonneront d’être invités à s’approcher comme des amis — ô merveille — de celui dont les troupes angéliques ne peuvent avoir une claire vision. Ils lui répondront d’une voix forte : Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu... ? Tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ! Maître, tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? Tu étais nu, et nous t’avons habillé, toi que nous révérons ? Toi l’immortel, quand t’avons-nous vu étranger, que nous t’ayons accueilli ? Toi qui aimes les hommes, quand t’avons-nous vu malade ou en prison, que nous soyons venus vers toi ! (Mt 25,37-39). Tu es l’Éternel. Avec le Père, tu es sans commencement, et tu es coéternel à l’Esprit. C’est toi qui as tout créé de rien, toi, le roi des anges, toi que redoutent les abîmes. Tu as pour manteau la lumière (Ps 103,2). C’est toi qui nous a faits et modelés avec de la terre, toi qui as créé les êtres invisibles. Toute la terre s’enfuit loin de ta face. Et comment avons-nous accueilli ta royauté et ta souveraineté ?
Alors le Roi des rois leur répondra : Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25,40). Chaque fois que vous avez accueilli et vêtu ces pauvres dont j’ai parlé, et que vous leur avez donné à manger et à boire, à eux qui sont mes membres, c’est à moi que vous l’avez fait. Mais venez dans le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Vous jouirez éternellement des biens de mon Père qui est aux cieux, et de l’Esprit très saint qui donne la vie.
Quelle langue pourra donc décrire de tels bienfaits ? Personne n’a vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, le cœur de l’homme n’a pas imaginé ce qui a été préparé pour ceux qui aiment Dieu (1 Co 2,9).
Prière
Dieu éternel, tu as voulu fonder toutes choses en ton Fils bien-aimé, le Roi de l’univers ; fais que toute la création, libérée de la servitude, reconnaisse ta puissance et te glorifie sans fin. Par Jésus Christ.


Année B


Temps de l’avent B


1er dimanche de l’avent B
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 13,33-37
Jésus parlait à ses disciples de sa venue : "Prenez garde, veillez : car vous ne savez pas quand viendra le moment. "
Homélie
Voyez, veillez et priez !
au choix (autre)
Homélie de Geoffroy d’Admont († 1165)
Homélies pour les fêtes, 23, PL 174, 725-726
Voyez, veillez et priez (cf. Mc 13,33 ; 14,38). Par ces paroles, le Seigneur notre Sauveur n’a pas averti seulement ses disciples auxquels il parlait physiquement, mais en outre, par ces mêmes paroles, il a révélé clairement à nous-mêmes ce que nous devons faire, comment nous devons veiller. Cette triple parole indique nettement comment doit se sauver chacun de nous qui, oubliant tout ce qui est en arrière, désire se lancer vers l’avenir (cf. Ph 3,14), voudrait saisir le sommet de la perfection auquel il tend.
Celui qui, saisi par l’inspiration divine, aura décidé de renoncer au monde et à ses convoitises, selon l’avertissement que la parole divine nous a donné au début de la lecture d’évangile, (Mc 13,33), doit avoir les yeux ouverts pour comprendre d’emblée, avec sagesse, ce qu’il doit faire ou ce qu’il doit éviter.
Mais, pour quiconque vient à la conversion, il ne suffit pas, pour devenir parfait, de comprendre ce qui est bien, s’il ne cherche ensuite à veiller pour agir de même. C’est pourquoi le Seigneur, après avoir exhorté ses disciples à voir, ajoute aussitôt : Veillez et priez (Mc 13,33). Il est prescrit à chacun de veiller, c’est-à-dire de s’appliquer à réaliser effectivement ce qu’il a bien compris, et de repousser la paresse d’une vie oisive dans laquelle il se trouvait jusque-là, par la recherche vigilante d’une activité vertueuse. À celui qui veille ainsi, par le zèle d’une vie fervente, le Seigneur indique une voie encore supérieure, puisqu’il ajoute aussitôt : et priez.
Priez est donc prescrit à tous les élus, c’est-à-dire qu’en désirant les biens éternels, on doit rechercher le fruit de son effort fervent dans la seule espérance de la récompense céleste. Il semble que saint Paul prescrivait à ses disciples cette obstination dans la prière, quand il disait : Priez sans relâche (1 Th 5,17). En effet, nous prions sans relâche si, lorsque nous faisons le bien, nous ne recherchons pour cela aucune gloire terrestre, mais nous nous préoccupons uniquement de désirer les biens éternels.
Voyez, veillez et priez. Voyez ce qu’il faut faire, en comprenant ce qui est juste ; veillez en faisant le bien ; priez en désirant les biens éternels. Pourquoi il est si important pour nous de voir, de veiller et de prier, on le voit clairement par les paroles qui suivent : Car vous ne savez pas quand viendra le moment (Mc 13,33). Donc, parce que nous ignorons quand sera le moment de cette visite, il nous faut veiller et prier sans cesse, c’est-à-dire préparer à cette grâce, par un zèle vigilant, le fond de notre cœur.
ou bien

L’éclat du second avènement du Christ
Sermon de saint Augustin († 430)
Sermons sur l’Ancien Testament, 18, 1-2 ; PL 38, 128-129.
Notre Dieu viendra manifestement, et il ne se taira pas (Ps 49,3) ! En effet, le Seigneur Christ, notre Dieu, le Fils de Dieu, viendra de façon cachée dans son premier avènement, et de façon manifeste dans le second. Quand il est venu caché, il n’a été connu que de ses serviteurs ; quand il viendra manifestement, il sera connu des bons et des mauvais. Quand il est venu caché, c’était pour être jugé ; quand il viendra manifestement, ce sera pour être le juge.
Enfin, quand autrefois il était jugé, il s’est tu, et le prophète avait prédit ce silence : Comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche (Is 53,7). Mais Il viendra manifestement, notre Dieu, et il ne se taira pas. S’il s’est tu quand il allait être jugé, il ne se taira pas lorsqu’il viendra comme juge. Et déjà maintenant il ne se tait pas, s’il y a quelqu’un qui veuille l’entendre. Mais le psaume dit : Il ne se taira pas, lorsque ceux qui le méprisent maintenant reconnaîtront sa voix. Car lorsqu’on énonce maintenant les commandements de Dieu, certains les tournent en dérision. Parce que ce qu’il a promis ne se montre pas maintenant, et parce que ce dont il nous menace ne se voit pas maintenant, on se moque de ce qu’il prescrit.
Maintenant ce qu’on appelle le bonheur de ce monde, les méchants le possèdent aussi ; et ce qu’on appelle le malheur de ce monde, les bons le possèdent aussi. Si des hommes ne croient qu’aux réalités présentes et ne croient pas aux réalités futures, c’est parce qu’ils observent que les biens et les maux du siècle présent appartiennent indistinctement aux bons et aux mauvais. S’ils ambitionnent les richesses, ils voient qu’elles appartiennent aux pires des hommes aussi bien qu’aux bons. S’ils ont horreur de la pauvreté et des misères de cette vie, ils voient qu’elles font souffrir non seulement les bons, mais aussi les mauvais, et ils disent dans leur cœur : Dieu ne voit pas (Ps 93,7), il ne dirige pas les affaires humaines. Il nous laisse totalement rouler au hasard dans l’abîme profond de ce monde, et il ne nous montre en rien sa providence. Et s’ils méprisent les préceptes de Dieu, c’est parce qu’ils ne voient pas son jugement se manifester.
Cependant, chacun doit remarquer, même maintenant, que Dieu, quand il le veut, regarde et juge, sans attendre une heure. Mais quand il veut, il attend. D’où vient cette différence ? Parce que s’il ne jugeait jamais dès maintenant, on ne croirait pas en son existence. Mais s’il jugeait tout dès maintenant, il ne garderait rien pour le jugement. Il réserve donc beaucoup de causes pour ce jugement, mais quelques-unes sont jugées présentement, afin que ceux dont il fait attendre le jugement soient saisis de crainte et se convertissent. Car Dieu n’aime pas condamner mais sauver, et c’est pourquoi il est patient envers les mauvais, pour qu’ils deviennent bons. Cependant l’Apôtre nous dit que la colère de Dieu se révélera contre tout refus de Dieu (Rm 1,18), et qu’il rendra à chacun selon ses œuvres (Rm 2,6). Il avertit et il reprend l’homme qui le méprise en lui disant : Méprises-tu ses trésors de bonté et de patience (Rm 2,4) ? Parce qu’il est bon, parce qu’il est patient avec toi, parce qu’il te fait attendre et ne te détruit pas, tu le méprises et tu juges absolument nul le jugement de Dieu : Refuses-tu de reconnaître que ce don de Dieu te pousse à la conversion ? Avec ton cœur endurci, tu accumules la colère contre toi pour le jour de la colère, où sera révélé le juste jugement de Dieu, lui qui rendra à chacun selon ses œuvres (Rm 2,4-6).
Prière
Donne à tes fidèles, Dieu tout-puissant, d’aller avec courage sur les chemins de la justice à la rencontre du Seigneur, pour qu’ils soient appelés, lors du jugement, à entrer en possession du Royaume des cieux. Par Jésus Christ.

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