14e dimanche du temps ordinaire C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 10,1-12.17-20
Parmi ses disciples, Jésus en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller. Il leur dit : "La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux."
Homélie
La première moisson a lieu dans le peuple juif
Homélie de saint Augustin († 430)
Sermon 101, 1-211, PL 38, 605-607 610
L’évangile qui vient d’être lu nous invite à nous interroger sur la moisson dont le Seigneur a dit : La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson (Lc 10,2). Alors, aux douze disciples auxquels il avait donné le nom d’Apôtres, il en adjoignit soixante-douze autres. Puis il les envoya tous, comme ses paroles l’indiquent, à une moisson déjà préparée.
Quelle était donc cette moisson ? Certainement pas la moisson des païens, puisque chez eux rien n’avait été semé. Il nous faut donc l’entendre du peuple juif. C’est pour cette moisson-là qu’est venu le maître de la moisson, et il y a envoyé ses moissonneurs. Quant aux païens, il leur a envoyé des semeurs, non des moissonneurs. Sachons donc que la moisson était faite chez les Juifs et les semailles chez les païens. Le Seigneur avait choisi ses Apôtres dans cette moisson, où le grain était mûr et prêt à être coupé, car les prophètes l’y avaient semé. Quel plaisir de parcourir du regard la terre que Dieu cultive ! Quel délice de contempler ses dons et les ouvriers qui travaillent dans son champ !
Vous pouvez y observer deux moissons, l’une qui est en cours, l’autre, encore à faire ; celle-ci chez les païens, celle-là chez les Juifs. Prouvons ce que nous venons de dire en nous appuyant simplement sur la divine Écriture, celle du maître de la moisson. Voici. Nous savons qu’il est dit dans le passage que nous venons d’entendre : La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.
Il est bien dans mon propos de vous montrer que la moisson a rapport aux peuples parmi lesquels les prophètes ont prêché. Ce sont eux en effet qui étaient les semeurs, afin que les Apôtres puissent être les moissonneurs. <> Pour germer et grandir, le blé avait dû être semé par les prophètes ; arrivé à maturité, il attendait que les Apôtres viennent le moissonner. <> Le Seigneur n’a-t-il pas déclaré alors à ses disciples : Vous dites que l’été est encore loin. Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson (Jn 4,35). Il a dit encore : D’autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux (Jn 4,38). Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et les prophètes ont pris de la peine. Ils ont peiné pour semer le grain. À son avènement, le Seigneur a trouvé la moisson mûre. Et il a envoyé les moissonneurs avec la faux de l’Évangile.
Les prédicateurs de l’Évangile ne saluent personne en chemin. Ils ne veulent rien faire d’autre qu’annoncer la Bonne Nouvelle par amour de leurs frères. Qu’ils entrent dans les maisons et qu’ils disent : Paix à cette maison (Lc 10,5). Ils ne se bornent pas à en parler, mais ils répandent la paix dont ils sont remplis. Ils proclament la paix et la possèdent. <> Celui qui est rempli de paix salue en disant : Paix à cette maison. S’il y a là un ami de la paix, la paix du messager ira reposer sur lui (Lc 10,6).
Prière
Dieu qui as relevé le monde par les abaissements de ton Fils, donne à tes fidèles une joie sainte : tu les as tirés de l’esclavage du péché ; fais-leur connaître le bonheur impérissable. Par Jésus Christ.
ou bien
Seigneur Dieu, maître de la terre, nous te prions d’envoyer dans ta moisson de nombreux ouvriers, des hommes désintéressés, des artisans de paix. Qu’ils proclament par leurs paroles et par toute leur vie que ton Règne est arrivé et que la puissance du mal est vaincue. Par Jésus Christ.
15e dimanche du temps ordinaire C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 10,25-37
Pour mettre Jésus à l’épreuve, un docteur de la Loi lui posa cette question : "Maître, que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ?" Jésus lui demanda : "Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Que lis-tu ?"
Homélie
Le Christ, bon Samaritain
Homélie d’Origène († 253)
Homélies sur l’évangile de Luc, 34, 3 7-9, GCS 9, 201 202 204-205
D’après un ancien qui voulait interpréter la parabole du bon Samaritain, l’homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho représente Adam, Jérusalem le paradis, Jéricho le monde, les brigands les forces hostiles, le prêtre la Loi, le lévite les prophètes, le Samaritain le Christ.
Par ailleurs, les blessures symbolisent la désobéissance, la monture le corps du Seigneur, et le "pandochium", c’est-à-dire l’auberge accueillant tous ceux qui veulent y entrer, est l’image de l’Église. En outre, les deux deniers représentent le Père et le Fils, l’aubergiste le chef de l’Église qui a charge de l’administrer. Et la promesse de revenir, faite par le Samaritain, figure, selon cet interprète, le second avènement du Seigneur.
Le Samaritain avait de l’huile dont l’Écriture dit : Que l’huile fasse briller le visage (Ps 103,15), le visage de celui dont il avait pris soin, assurément. Pour calmer l’inflammation des plaies, il les nettoya avec de l’huile et aussi avec du vin mêlé de quelque substance amère. Puis il chargea le blessé sur sa monture, c’est-à-dire sur son propre corps, puisqu’il a daigné assumer la condition de l’homme.
Ce Samaritain porte nos péchés (Mt 8,17) et souffre pour nous. Il porte le moribond et le conduit dans une auberge, c’est-à-dire dans l’Église. Celle-ci est ouverte à tous, elle ne refuse son secours à personne et tous y sont invités par Jésus : Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos (Mt 11,28).
Après y avoir conduit le blessé, le Samaritain ne part pas aussitôt, mais demeure toute la journée dans l’hôtellerie auprès du moribond. Il soigne ses blessures non seulement le jour, mais encore la nuit, l’entourant de toute sa sollicitude empressée.
Voulant partir le matin, il prélève sur son argent deux pièces d’argent (Lc 10,35) et en gratifie l’aubergiste, qui est certainement l’ange de l’Église. Puis il commande de soigner avec diligence et de ramener à la santé celui à qui il a lui-même prodigué aussi ses soins pendant un temps trop court.
Les deux deniers représentent, à mon avis, la connaissance du Père et du Fils et la connaissance du mystère que voici : le Père est dans le Fils et le Fils est dans le Père. C’est là le salaire donné à l’ange pour qu’il soigne avec un plus grand empressement l’homme qui lui a été confié. L’aubergiste reçoit en outre la promesse que tout ce qu’il dépensera de son bien pour la guérison du blessé lui sera aussitôt remboursé.
Vraiment ce gardien des âmes s’est montré plus proche des hommes que la Loi et les Prophètes en faisant preuve de bonté (Lc 10,37) envers celui qui était tombé dans les mains des bandits et il s’est montré son prochain (Lc 10,36) moins en paroles qu’en actes.
Il nous est donc possible, en suivant cette parole : Soyez mes imitateurs comme je le suis moi-même du Christ (1 Co 11,1), d’imiter le Christ et d’avoir pitié de ceux qui sont tombés dans les mains des bandits, de nous approcher d’eux, de verser de l’huile et du vin sur leurs plaies et de les bander, de les charger sur notre propre monture et de porter leurs fardeaux. Aussi, pour nous y exhorter, le Fils de Dieu a-t-il dit en s’adressant à nous tous, plus encore qu’au docteur de la Loi : Va, et toi aussi, fais de même (Lc 10,37). Et si nous le faisons, nous obtiendrons la vie éternelle dans le Christ Jésus, à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen (1 P 4,11).
Prière
Dieu qui montres aux égarés la lumière de ta vérité pour qu’ils puissent reprendre le bon chemin, donne à tous ceux qui se déclarent chrétiens de rejeter ce qui est indigne de ce nom, et de rechercher ce qui lui fait honneur. Par Jésus Christ.
ou bien
Dieu de toute bonté, accorde-nous la grâce de ne jamais passer outre, quand, au détour du chemin, tu nous fais rencontrer un être meurtri par la vie. Toi dont le Fils est venu partager nos souffrances, donne-nous de l’imiter dans sa grande pitié pour les hommes en détresse. Lui qui règne.
16e dimanche du temps ordinaire C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 10,38-42
Alors qu’il était en route avec ses disciples, Jésus entra dans un village. Une femme appelée Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur, nommée Marie, qui, se tenant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.
Homélie
Vie contemplative et vie active
Homélie de saint Bruno de Segni (†1123)
Commentaire sur l’évangile de Luc, 1, 10, PL 165, 390-391
Toutes les actions de notre Sauveur sont remplies de significations symboliques. Ce qu’il faisait en tous lieux avait valeur de signe. Ainsi accomplit-il toujours dans la sainte Église les actions visibles qu’il a faites en ce temps-là dans la bourgade de Béthanie. <> Le Seigneur Jésus entre donc chaque jour dans la bourgade de l’Église. Il ne dédaigne pas de la visiter continuellement. Marthe l’y accueille et le fait entrer dans sa maison.
Voyons donc ce que Marthe symbolise, de même que Marie. Chacune d’elles est vraiment le signe de quelque chose d’emportant, puisqu’à elles deux, elles constituent toute l’Église. <> Marthe symbolise la vie active, Marie la vie contemplative. Voilà pourquoi, d’après ce que dit l’Écriture, c’est Marthe, et non Marie, qui reçut le Christ dans sa maison.
Marie, en effet, n’a pas de maison, car la vie contemplative entraîne le renoncement à tous les biens de ce monde. Le contemplatif ne demande rien d’autre que de s’asseoir aux pieds du Seigneur, et de consacrer tout son temps à lire les Livres saints, à prier et à contempler Dieu. Il lui suffit encore d’écouter sans cesse la parole de Dieu et d’alimenter son âme plutôt que son corps. Telle a été la vie des prophètes, des Apôtres et de beaucoup d’autres : ils ont tout abandonné, ils ont fui le monde et se sont attachés à Dieu, eux qu’on croyait démunis de tout, et qui possédaient tout (2 Co 6,10). Il n’y a que les hommes de bien qui mènent ce genre de vie.
Quant à la vie active, les bons et les méchants peuvent la mener. On l’appelle du reste "vie active" parce qu’elle est faite d’activités incessantes, de fatigues et de tâches sans fin, et qu’elle ne laisse presque aucune place à un moment de tranquillité. Mais nous ne parlons pas de cette espèce de vie active qui occupe les malfaiteurs, agite les tyrans, séduit les cupides, tourmente les adultères et incite tous les méchants à commettre de mauvaises actions. Comme nous ne parlons que de cette Marthe, sœur de Marie, nous ne parlons en réalité que de la vie active qui se rapproche le plus de la vie contemplative.
Cette sorte de vie active est pure, exempte de péché et très proche, en effet, de la vie contemplative. Que l’Apôtre prêche, qu’il baptise, qu’il travaille de ses mains pour vivre, qu’il parcoure les villes et qu’il se soucie de toutes les Églises, cela ne relève-t-il pas de la vie active ? Ainsi le même évangile dit-il, en parlant de Marthe, qu’elle était accaparée par les multiples occupations du service (Lc 10,40). Du reste, nous voyons encore aujourd’hui des chefs et ministres de l’Église s’affairer à courir partout, se fatiguer, se démener, se donner beaucoup de peine pour subvenir de multiples façons aux besoins de leurs frères, si bien que nous pouvons dire à juste titre qu’eux aussi sont accaparés par les multiples occupations du service.
La vie contemplative est donc meilleure que la vie active, pour la raison qu’elle est exempte de soucis et ne cessera jamais. Cependant la vie active est à ce point nécessaire que, sans elle, la vie contemplative elle-même ne peut exister ici-bas.
Prière
Sois favorable à tes fidèles, Seigneur, et multiplie les dons de ta grâce : entretiens en eux la foi, l’espérance et la charité, pour qu’ils soient attentifs à garder tes commandements. Par Jésus Christ.
ou bien
La seule chose qui soit vraiment nécessaire, c’est d’écouter ta Parole, ton Verbe, Seigneur Dieu. Aide-nous à ne pas nous inquiéter pour ce qui est vain, à garder la paix dans les occupations qui nous absorbent, et à trouver du temps pour nous tenir, émerveillés, aux pieds de Jésus Christ. Lui qui règne.
17e dimanche du temps ordinaire C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 11,1-13
Un jour, quelque part, Jésus était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : "Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean Baptiste l’a appris à ses disciples."
Homélie
Demander la grâce de l’Esprit
Homélie de saint Bède le Vénérable († 735)
Homélies, 14, CCL 122, 272-273 275-279
Notre Seigneur et Sauveur désire que nous parvenions aux joies du Royaume céleste. Il nous a appris à le prier lui-même afin de les obtenir, et il a promis qu’il nous les donnerait si nous les lui demandions. Demandez, dit-il, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte (Lc 11,9).
Frères bien-aimés, il nous faut méditer sérieusement et très attentivement ces paroles du Seigneur. Il affirme en effet que le Royaume n’appartiendra pas aux inactifs et aux désœuvrés, mais qu’il sera donné, manifesté et ouvert à ceux qui demandent, "cherchent et frappent. Nous devons donc demander dans notre prière que la porte du Royaume nous soit ouverte, la chercher par notre vie droite et y frapper par notre persévérance. Car il ne suffit pas de prier uniquement en paroles, il nous faut encore chercher avec beaucoup de soin de quelle manière nous devons vivre pour être dignes d’obtenir ce que nous demandons. Il déclare lui-même : Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! qui entreront dans le Royaume des deux, mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux deux (Mt 7,21).
Voilà pourquoi, mes frères, il nous faut faire des demandes pressantes et des prières incessantes. Prosternons-nous devant Dieu, versons des larmes en présence du Seigneur qui nous a faits (cf. ps 94,6). Et pour mériter d’êtres exaucés, examinons soigneusement comment celui qui nous a faits veut que nous vivions, et ce qu’il nous a ordonné de faire. Cherchons le Seigneur et sa puissance, recherchons sans trêve sa face (cf. ps 104,4). Et pour mériter de le trouver et de le voir, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit (2 Co 7,1), car, au jour de la résurrection, seuls ceux qui auront gardé leur corps chaste monteront au ciel, et seuls ceux qui auront le cœur pur contempleront la gloire de la majesté divine.
Et si nous désirons savoir ce que le Seigneur veut que nous demandions, écoutons cette parole de l’Évangile : Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît (Mt 6,33). Or, chercher le Royaume de Dieu et sa justice, c’est désirer les dons de la patrie céleste et s’employer sans cesse à découvrir par quelles saintes actions nous devons les obtenir. Craignons que, si nous venions à nous écarter du chemin qui y mène, nous ne puissions jamais parvenir au but auquel nous tendons.
Les biens que nous devons donc demander à Dieu en premier lieu, et la justice de son Royaume que nous devons chercher par-dessus tout, ce sont la foi, l’espérance et la charité. Il est écrit en effet : Le juste vit de la foi (Ga 3,11) ; la grâce du Seigneur entourera ceux qui comptent sur lui (Ps 31,10) ; et l’accomplissement parfait de la loi, c’est l’amour (Rm 13,10), car toute la loi atteint sa perfection dans un seul commandement : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Ga 5,14).
Aussi le Seigneur fait-il cette promesse pleine de bonté : Le Père céleste donnera l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent (Lc 11,13). Il veut certainement nous faire comprendre comment les hommes, qui sont naturellement mauvais, peuvent devenir bons en accueillant la grâce de l’Esprit Saint. Il promet que le Père donnera l’Esprit Saint à ceux qui le demandent, parce que la foi, l’espérance et la charité, comme tous les autres biens célestes que nous désirons obtenir, nous sont accordés uniquement par la grâce de l’Esprit Saint.
Mes frères bien-aimés, poursuivons notre marche sur les pas du Seigneur, autant que nous le pouvons, et prions Dieu le Père de nous conduire par la grâce de son Esprit sur le chemin de la foi droite qui produit son effet par l’amour. Et pour mériter d’obtenir les biens que nous désirons, appliquons-nous à n’être pas indignes d’un Père si grand. Bien plus, gardons toujours intact, dans une âme et un corps purs, le sacrement de notre renaissance baptismale qui a fait de nous des fils de Dieu. Si nous observons, en effet, les commandements de notre Père, le Très-Haut, il nous donnera certainement en récompense l’éternelle bénédiction que, depuis le commencement, il nous a réservée comme part d’héritage. Par Jésus Christ notre Seigneur qui vit et règne avec lui, Dieu dans l’unité du Saint-Esprit, pour tous les siècles des siècles. Amen.
Prière
Tu protèges, Seigneur, ceux qui comptent sur toi ; sans toi rien n’est fort et rien n’est saint ; multiplie pour nous tes gestes de miséricorde afin que, sous ta conduite, en faisant un bon usage des biens qui passent, nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent. Par Jésus Christ.
ou bien
Notre Père : tel est le nom par lequel tu veux être invoqué, Seigneur. Que ce nom soit béni et sanctifié par toute la terre. Donne-nous le pain pour le corps et pour l’âme, afin que chacune de nos journées soit consacrée au service de ton règne d’amour. Par Jésus Christ.
18e dimanche du temps ordinaire C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12,13-21
Du milieu de la foule, un homme demanda à Jésus : "Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage."
Homélie
Que faire des grandes richesses ?
Homélie de saint Basile († 379)
Homélies sur la richesse, 6, 1-2 ; PG 31, 261 -265.
Il y avait, dit l’évangile, un homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté. Il se disait : Que vais-je faire ? <> Je vais démolir mes greniers et j’en construirai de plus grands(Lc 12,16-18). Pourquoi donc cette terre avait-elle tant rapporté à un homme qui ne devait faire aucun bon usage de cette fertilité ? C’était pour mieux mettre en lumière la patience de Dieu dont la bonté s’étend même sur de telles gens. Car il fait tomber sa pluie sur les justes et sur les injustes, et il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons (Mt 5,45) <>.
De quel état d’esprit cet homme faisait-il montre ? L’aigreur du caractère, la haine des hommes, l’égoïsme, voilà ce qu’il offrait en retour à son bienfaiteur. Il oubliait que nous appartenons tous à la même nature. Il ne jugeait pas nécessaire de distribuer son superflu aux pauvres.
Mais ses greniers craquaient, trop étroits pour ses immenses dépôts, et son cœur d’avare n’était pas encore comblé. D’ailleurs, ses nouvelles récoltes s’ajoutaient sans cesse aux anciennes et les apports annuels venaient accroître son opulence, de sorte qu’il se trouva dans une situation sans issue. Il n’acceptait pas de se défaire de ses anciennes réserves, tant il était avare, et il n’arrivait plus à entreposer les nouvelles récoltes trop abondantes. De là les projets non réalisés et les angoisses insurmontables.
Que vais-je faire ? Qui n’aurait pitié d’un homme en proie à un pareil tourment ? <> Car ce ne sont pas des bénéfices que la terre lui apporte, mais des soupirs. Elle ne lui procure pas d’abondants revenus, mais des soucis, des peines et un embarras extrême. Il pousse des lamentations comme le ferait un miséreux. Ne sont-ce pas là les plaintes de celui qui est réduit à la mendicité ? Que vais-je faire ? Comment vais-je me nourrir, me vêtir ? <>.
Considère, homme, celui qui t’a comblé de ses dons. Souviens-toi de toi-même. Rappelle-toi qui tu es, quelles affaires tu conduis, qui te les a confiées, pour quelle raison tu as été préféré à beaucoup. Tu es le serviteur du Dieu bon, tu as la charge de tes compagnons de service. Ne crois pas que tous ces biens sont destinés à ton ventre. Dispose des biens que tu as entre les mains comme s’ils appartenaient à autrui : ils te donneront du plaisir pendant quelque temps, puis s’évanouiront et disparaîtront. Mais il t’en sera demandé un compte détaillé.
Que vais-je faire ? La réponse était simple : "Je rassasierai les affamés, j’ouvrirai mes greniers et j’inviterai les pauvres. J’imiterai Joseph, j’annoncerai à tous ma charité, je ferai entendre une parole généreuse : ‘Vous tous, qui manquez de pain, venez à moi. Que chacun prenne une part suffisante des dons que Dieu m’a accordés ! Venez y puiser comme à des fontaines publiques.’ "
Prière
Assiste tes enfants, Seigneur, et montre à ceux qui t’implorent ton inépuisable bonté ; c’est leur fierté de t’avoir pour Créateur et Providence : restaure pour eux ta création, et l’ayant renouvelée, protège-la. Par Jésus Christ.
ou bien
Garde-nous, Seigneur, de mettre notre confiance dans les richesses. Sois pour nous l’appui que rien ne peut ébranler, afin qu’au terme de notre vie nous soyons trouvés riches du seul vrai bien : ton amour. Par Jésus Christ.
19e dimanche du temps ordinaire C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12,32-48
Jésus disait à ses disciples : "Restez en tenue de service, et gardez vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte."
Homélie
Veiller dans l’attente de l’Époux
Homélie de saint Grégoire de Nysse († 395)
Homélies sur le Cantique des cantiques, 11 ; éd jaeger, 6, 317-319
Quand Jésus dit : Restez en tenue de service (gardez votre ceinture aux reins) et tenez vos lampes allumées (Lc 12,35), il nous enseigne le moyen de rester éveillés. En effet, l’éclat de la lumière frappe les yeux pour en chasser le sommeil. Et la ceinture, serrée autour des reins, produit une sensation de gêne qui ne permet pas au corps de se relâcher ni de s’abandonner au sommeil.
Le sens des symboles est tout à fait clair. L’homme portant la ceinture de la tempérance passe sa vie dans la lumière d’une conscience pure, qui jaillit de la lampe de la droiture pour éclairer sa conduite. La vérité ainsi manifestée tient son âme en éveil, la garde de l’erreur et l’empêche de jamais se distraire par des rêves trompeurs.
Si nous pratiquons ces vertus conformément à l’enseignement du Verbe, la vie angélique nous sera en quelque sorte communiquée. Car le Christ nous déclare semblables aux anges en nous donnant ce divin commandement : Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte (Lc 12,35). En effet, les anges attendaient que le Seigneur revienne des noces. Ils se tenaient, les yeux grands ouverts, aux portes du ciel, avec l’espoir que le Roi de gloire, de retour des noces, rentrerait par là dans le céleste et bienheureux séjour.
Il en était sorti comme sort de sa chambre le jeune époux, dont parle le psaume (cf. ps 18,6). Nous sommes la vierge prostituée aux idoles, qu’il s’est unie par la renaissance sacramentelle, rétablissant notre humanité dans son incorruptibilité virginale. Ainsi, une fois les noces célébrées, l’Église est devenue l’Épouse du Verbe, selon cette parole de Jean Baptiste : Celui qui a l’épouse est l’époux (Jn 3,29). Elle a été admise dans la chambre des mystères, tandis que les anges attendaient patiemment que le Roi revienne à la béatitude qui convient à sa nature.
Il faut donc, comme il l’a dit, que notre vie soit semblable à la leur. Parce qu’ils vivent en se gardant du vice et de l’erreur, ils sont bien préparés à accueillir la venue du Seigneur. Comme eux, nous veillerons aussi à l’entrée de notre demeure et nous nous préparerons à lui obéir lorsqu’il se tiendra à la porte et frappera (cf. Ap 3,20). Heureux, dit-il, ces serviteurs, que leur maître, en arrivant, trouvera occupés de la sorte (Lc 12,43) !
Prière
Dieu éternel et tout-puissant, toi que nous pouvons déjà appeler notre Père, fais grandir en nos cœurs l’esprit filial, afin que nous soyons capables d’entrer un jour dans l’héritage qui nous est promis. Par Jésus Christ.
ou bien
Puisses-tu nous trouver vigilants lors de ton retour, Seigneur Jésus. Que notre lampe reste allumée et notre cœur ardent, afin qu’au jour de ta venue nous soyons prêts à t’accueillir et méritions d’être invités à la table éternelle. Toi qui règnes.
20e dimanche du temps ordinaire C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12,49-53
Jésus disait à ses disciples : "Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli !"
Homélie
Une paix qui n’est pas sans rupture
Commentaire de Denys le Chartreux († 1471)
Commentaire sur l’évangile de Luc, Opéra omnia, 12, 72-74.
Je suis venu apporter un feu sur la terre, je suis descendu du haut du ciel et, par le mystère de mon Incarnation, je me suis manifesté aux hommes pour allumer dans les cœurs humains le feu de l’amour divin ; et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé (Lc 12,49), c’est-à-dire qu’il prenne et devienne une flamme activée par l’Esprit Saint, et qu’il fasse jaillir des actes de bonté ! Le Christ annonce ensuite qu’il subira la mort sur la croix avant que le feu de cet amour n’enflamme l’humanité. C’est, en effet, la très sainte passion du Christ qui a valu à l’humanité un don aussi grand, et c’est avant tout le souvenir de sa passion qui allume une flamme dans les cœurs fidèles.
Je dois recevoir un baptême, autrement dit : "Il m’incombe et il m’est réservé par une disposition divine de recevoir un baptême de sang, de me baigner et de me plonger comme dans l’eau, dans mon sang répandu sur la croix pour racheter le monde entier ; et quelle n’est pas mon angoisse <> jusqu’à ce qu’il soit accompli (Lc 12,50), en d’autres termes jusqu’à ce que ma passion soit achevée, et que je puisse dire : Tout est accompli (Jn 19,30) !" Le Christ, en effet, était sans cesse animé par l’amour.
Il expose ensuite le moyen de parvenir à la perfection de l’amour divin : Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde (Lc 12,51) ? C’est comme s’il disait : "Ne pensez pas que je sois venu donner aux hommes la paix selon la chair et le monde, la paix sans aucune règle, qui les ferait vivre en bonne entente dans le vice et leur assurerait la prospérité sur cette terre."
Non, je vous le dis, ce qui signifie : "Je ne suis pas venu apporter une paix de ce genre, mais la division (Lc 12,52), une bonne et très salutaire séparation des esprits et même des corps. Ainsi, parce qu’ils aiment Dieu et recherchent la paix intérieure, ceux qui croient en moi se trouveront naturellement en désaccord avec les méchants ; ils se sépareront de ceux qui tentent de les détourner du progrès spirituel et de la pureté de l’amour divin, ou s’efforcent de leur créer des difficultés".
Donc, la paix spirituelle, intérieure, la bonne paix, c’est la tranquillité de l’âme en Dieu, ou la bonne entente selon l’ordre juste. Le Christ est venu apporter cette paix avant toutes choses. <> La paix intérieure a sa source dans la charité. Elle consiste en une joie inaltérable de l’âme qui est en Dieu. On l’appelle la paix du cœur. Elle est le commencement et un certain avant-goût de la paix des saints qui sont dans la patrie, de la paix de l’éternité.
Prière
Pour ceux qui t’aiment, Seigneur, tu as préparé des biens que l’œil ne peut voir : répands en nos cœurs la ferveur de ta charité, afin que t’aimant en toute chose et par-dessus tout, nous obtenions de toi l’héritage promis qui surpasse tout désir. Par Jésus Christ.
ou bien
Seigneur, Dieu de paix, en venant sur la terre ton Fils s’est heurté à l’opposition de beaucoup, il a été plongé dans la souffrance et dans la mort. Par la grâce de sa passion, accorde à tes fidèles la force de toujours choisir Jésus Christ comme maître de vie, même lorsque les hommes semblent se liguer contre lui. Qui règne.