7e dimanche du temps ordinaire C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 6,27-38
Jésus déclarait à la foule : "Je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent."
Homélie
Agir dans l’amour et la vérité
Homélie de saint Augustin († 430) sur le psaume 60
Homélies sur les psaumes, Ps 60, 9 ; CCL 39, 771.
Toutes les voies du Seigneur sont amour et vérité pour qui veille à son alliance et à ses lois (Ps 24,10). Ce que le psaume dit de l’amour et de la vérité est de première importance. <> Il parle de l’amour, car Dieu ne regarde pas nos mérites mais sa bonté, en vue de nous pardonner nos péchés et de nous promettre la vie éternelle. Il parle aussi de la vérité, parce que Dieu ne manque jamais de tenir ses promesses.
Conformons-nous donc à ce divin modèle et imitons Dieu qui nous a manifesté son amour et sa vérité : son amour en nous remettant nos péchés, sa vérité en réalisant ses promesses. Comme lui, accomplissons en ce monde des œuvres pleines d’amour et de vérité. Soyons bons envers les malades, les pauvres et même envers nos ennemis.
Vivons dans la vérité en évitant de faire le mal. Ne multiplions pas les péchés, car celui qui présume de la bonté de Dieu, laisse s’introduire en lui la volonté de rendre Dieu injuste. Il se figure que, même s’il s’obstine dans ses péchés et refuse de s’en repentir, Dieu viendra quand même lui donner une place parmi ses fidèles serviteurs.
Mais serait-il juste que Dieu te mette à la même place que ceux qui ont renoncé à leurs péchés, alors que tu persévères dans les tiens ? Veux-tu être injuste au point de rendre Dieu injuste ? Pourquoi donc veux-tu le plier à ta volonté ? Soumets-toi plutôt à la sienne.
Qui donc met en pratique ce que je viens de dire, sinon un petit nombre d’hommes, dont il est dit : Celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé (Mt 24,13) ? Le psalmiste dit justement à ce propos : Qui recherchera l’amour et la vérité du Seigneur pour sa gloire (Ps 60,8 latin) ? Que signifie : pour sa gloire ! Il suffisait de dire : Qui recherchera l’amour et la vérité du Seigneur ! Pourquoi ajoute-t-il : pour sa gloire ! En voici la raison. Beaucoup cherchent à s’instruire de l’amour du Seigneur et de sa vérité dans les Livres saints. Mais une fois qu’ils y sont parvenus, ils vivent pour eux, non pour lui. Ils recherchent leurs propres intérêts, non ceux de Jésus Christ. Ils prêchent l’amour et la vérité et ne les pratiquent pas. Ils les connaissent pourtant, puisqu’ils les prêchent ; ils ne pourraient d’ailleurs pas les enseigner sans les connaître.
Quant à celui qui aime Dieu et le Christ, lorsqu’il prêche la vérité et l’amour divins, il les recherche pour Dieu et non dans son propre intérêt. Il ne prêche pas pour en retirer des avantages matériels, mais pour le bien des membres du Christ, c’est-à-dire de ceux qui mettent leur foi en lui. Il leur dispense ses connaissances en esprit de vérité, de sorte que le vivant n’ait plus sa vie centrée sur lui-même, mais sur celui qui est mort pour tous (cf. 2 Co 5,15).
Prière
Accorde-nous, Dieu tout-puissant, de conformer à ta volonté nos paroles et nos actes dans une inlassable recherche des biens spirituels. Par Jésus Christ.
ou bien
Seigneur notre Père, quand nous étions tes ennemis, tu as envoyé ton Fils pour réconcilier avec toi toute l’humanité. Accorde-nous, à son exemple, d’aimer ceux qui ne nous aiment pas, de faire du bien à ceux qui nous font du tort et d’être miséricordieux comme tu l’es toi-même. Par Jésus Christ.
8e dimanche du temps ordinaire C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 6,39-45
Jésus s’adressait à la foule en paraboles : "Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans un trou ? Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais celui qui est bien formé sera comme son maître."
Homélie
Être lucide à l’égard de soi-même
Homélie de saint Cyrille d’Alexandrie († 444)
Commentaire sur l’évangile de Luc, 6 ; PG 72, 601-604
Les bienheureux disciples étaient destinés à devenir les guides et les maîtres spirituels de la terre entière. Ils devaient donc faire preuve, plus que les autres, d’une éminente piété, être familiarisés avec la manière de vivre évangélique et entraînés à pratiquer toute œuvre bonne. Ils auraient à transmettre à ceux qu’ils instruiraient la doctrine exacte, salutaire et strictement conforme à la vérité, après l’avoir d’abord contemplée eux-mêmes, et avoir laissé la lumière divine éclairer leur intelligence.
Sans quoi, ils seraient des aveugles conduisant d’autres aveugles. Car ceux qui sont plongés dans les ténèbres de l’ignorance ne peuvent pas conduire à la connaissance de la vérité les hommes souffrant de cette même ignorance. Le voudraient-ils d’ailleurs, qu’ils rouleraient tous ensemble dans l’abîme de leurs passions.
Aussi le Seigneur a-t-il voulu éteindre la passion ostentatoire de la vantardise que l’on trouve chez tant de gens, et les dissuader de rivaliser avec leurs maîtres pour les dépasser en estime. Il leur a dit : Le disciple n’est pas au-dessus de son maître (Lc 6,39). Même s’il arrive à certains d’atteindre un degré de vertu égal à celui de leurs maîtres, ils se conformeront à la modestie dont ceux-ci font preuve, et ils les imiteront. Paul, à son tour, nous en donne la certitude quand il dit : Montrez-vous mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ (1 Co 11,1).
Eh bien, pourquoi juges-tu, alors que le Maître ne juge pas encore ? Car il n’est pas venu juger le monde, mais lui faire grâce. Entendue dans le sens que je viens précisément d’indiquer, la parole du Christ devient : "Si je ne juge pas, ne juge pas non plus, toi qui es mon disciple. Il se peut que tu sois coupable de fautes plus graves que celui que tu juges. Quelle ne sera pas ta honte quand tu en prendras conscience ! "
Le Seigneur nous donne le même enseignement dans une autre parabole où il dit : Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère (Lc 6,41) ? Il nous convainc par des arguments irréfutables de ne pas vouloir juger les autres, et de scruter plutôt nos cœurs. Ensuite il nous demande de chercher à nous libérer des passions qui y sont installées, en demandant cette grâce à Dieu. C’est lui, en effet, qui guérit ceux qui ont le cœur brisé et nous délivre de nos maladies spirituelles. Car si les péchés qui t’accablent sont plus grands et plus graves que ceux des autres, pourquoi leur fais-tu des reproches sans te soucier des tiens ?
Tous ceux qui veulent vivre avec piété, et surtout ceux qui ont charge d’instruire les autres, tireront donc nécessairement profit de ce précepte. S’ils sont vertueux et tempérants, donnant précisément par leurs actions l’exemple de la vie évangélique, ils reprendront avec douceur ceux qui ne se sont pas résolus à agir de même, leur remontrant qu’ils ne prennent pas pour modèles les manières de vivre conformes à la vertu des maîtres.
Prière
Fais que les événements du monde, Seigneur, se déroulent dans la paix, selon ton dessein, et que ton peuple connaisse la joie de te servir sans inquiétude. Par Jésus Christ.
ou bien
Aide-nous, Seigneur, à découvrir la poutre qui est dans notre œil. Alors, lucides envers nous-mêmes, nous pourrons guider nos frères sur le chemin qui mène jusqu’à toi. Par Jésus Christ.
9e dimanche du temps ordinaire C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 7,1-10
Lorsque Jésus eut achevé de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm. Un centurion de l’armée romaine avait un esclave auquel il tenait beaucoup ; celui-ci était malade, sur le point de mourir. Le centurion avait entendu parler de Jésus ; alors il lui envoya quelques notables juifs pour le prier de venir sauver son esclave.
Homélie
La foi du centurion
Homélie de saint Augustin († 430)
Sermon 62, 1.3-4, PL 38, 414-416.
Dans l’évangile qui vient d’être lu, nous avons entendu Jésus faire l’éloge de notre foi vécue dans l’humilité. Quand le Seigneur lui eut promis de se rendre chez lui pour y guérir son serviteur, le centurion répondit : Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri (Mt 8,8). En faisant l’aveu de son indignité, il s’est rendu digne de la visite du Christ dans son cœur plutôt que dans sa demeure.
Ces paroles, si pleines de foi et d’humilité, le centurion ne les aurait pas prononcées s’il n’avait pas déjà accueilli dans son cœur celui qu’il craignait de laisser entrer dans sa maison. D’ailleurs, aurait-il été tellement heureux d’accueillir le Seigneur dans son habitation, sans l’avoir en même temps dans son cœur ? Celui qui nous a enseigné l’humilité par sa parole et son exemple est allé manger, il est vrai, chez un pharisien orgueilleux appelé Simon. Le Fils de l’homme s’est bien attablé chez lui, mais il n’a trouvé dans son cœur aucune place où reposer la tête (cf. Lc 7,36).
Pourtant, sans entrer dans la maison du centurion, il a pris possession de son cœur. À celui qui a dit : Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, le Seigneur a répondu : Amen, je vous le déclare, je n’ai trouvé une telle foi chez personne en Israël (Mt 8,10), c’est-à-dire dans l’Israël terrestre ; cet homme, en effet, appartenait déjà à l’Israël spirituel. Le Seigneur était venu chez les Juifs, l’Israël selon la chair, pour chercher d’abord les brebis perdues de ce peuple, dans lequel et duquel il avait pris corps. Or, il dit lui-même : Je n’y ai pas trouvé une telle foi.
Nous pouvons évaluer la foi des hommes dans la mesure du possible. Mais celui qui voit le fond des cœurs et que personne ne peut tromper, a rendu témoignage aux dispositions intérieures d’un homme qui lui avait manifesté son humilité, et il a prononcé une sentence de guérison.
Comment donc cette confiance est-elle venue au centurion ? "Ainsi, dit-il, moi qui suis soumis à une autorité, j’ai des soldats sous mes ordres. Je dis à l’un : ‘Va’, et il va. À un autre ‘Viens’, et il vient, et à mon esclave : ‘Fais ceci’, et il le fait (Mt 8,9). J’exerce un pouvoir sur mes subordonnés et je suis moi-même soumis à une autorité supérieure. Si donc moi, un subordonné, j’ai le pouvoir de donner des ordres, que ne pourras-tu pas faire, toi, de qui dépendent toutes les puissances ?"
Cet homme, venu de chez les païens, était centurion. Ce soldat de métier réglait sa conduite dans les limites de son pouvoir de centurion. Soumis à une autorité, il exerçait également l’autorité. Il obéissait en tant que subordonné et il commandait à ses subordonnés. Le Seigneur, lui, <> appartenait au peuple juif. Mais il proclamait déjà qu’il enverrait ses Apôtres dans le monde entier pour y établir l’Église. Sans le voir, les païens ont cru en lui, tandis que les Juifs, qui l’avaient vu, l’ont mis à mort.
Le Seigneur n’est donc pas allé chez le centurion, mais il a fortifié sa foi. Sans y entrer, il a fait sentir sa divine présence dans cette maison et lui a apporté la guérison. De la même manière, le Seigneur n’est apparu visiblement que dans le peuple juif. Aucun autre peuple ne l’a vu naître d’une vierge, souffrir, marcher, supporter toutes les vicissitudes de l’existence humaine, ni accomplir des merveilles divines. Il n’a fait aucune de ces choses parmi les autres peuples, et pourtant ce qui avait été prophétisé de lui s’est accompli : Un peuple d’inconnus m’est asservi.Comment était-ce possible, puisque ces hommes ne l’ont pas connu ? Au premier mot ils m’obéissent (Ps 17,44-45). C’est le monde entier qui a entendu et qui a cru.
Prière
Seigneur notre Père, nous en appelons à ta providence qui jamais ne se trompe en ses desseins : tout ce qui fait du mal, écarte-le, et donne-nous ce qui peut nous aider. Par Jésus Christ.
ou bien
Seigneur notre Dieu, nous nous sommes engagés envers toi depuis longtemps, mais notre foi n’est pas aussi grande que celle du centurion. Malgré notre indignité, entre dans notre cœur et rends plus ferme notre foi, pour qu’elle puisse faire l’admiration de Jésus Christ, notre Seigneur. Lui qui règne.
10e dimanche du temps ordinaire C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 7,11-17
Jésus se rendait dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule. Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on transportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve.
Homélie
Il y a mieux que les miracles visibles
Homélie de saint Augustin († 430)
Sermon 98, 1-3 ; PL 38, 591-592.
Les miracles de notre Seigneur et Sauveur, Jésus Christ, font certainement impression sur tous les croyants qui les entendent raconter. Mais cette impression n’est pas la même pour tous. Les uns s’extasient devant ses miracles matériels, mais n’ont pas l’intelligence d’autres miracles plus grands encore. Les autres s’émerveillent bien davantage de voir s’accomplir aujourd’hui dans les âmes les miracles que le Christ a opérés dans les corps.
Que personne donc, s’il est chrétien, ne doute qu’aujourd’hui encore des morts ressuscitent. Tout homme, il est vrai, a des yeux qui lui permettent de voir un mort ressusciter, comme le fils de la veuve, dont parle l’évangile qui vient d’être lu. Quant à voir ressusciter des hommes morts spirituellement, tous n’en sont pas capables. Seuls le peuvent ceux qui sont déjà eux-mêmes ressuscites spirituellement. Ressusciter quelqu’un pour la vie éternelle est un miracle plus grand que de ressusciter quelqu’un qui est destiné à mourir une seconde fois.
La veuve, mère de ce jeune homme, s’est réjouie de sa résurrection. L’Église, notre mère, se réjouit de voir chaque jour des hommes ressusciter spirituellement. Lui, il était mort de la mort du corps ; eux, de la mort de l’âme. Sa mort visible avait donné lieu à des lamentations publiques, puisque leur mort invisible n’a attiré ni l’attention ni les regards des hommes. Le seul à se soucier d’eux était celui qui les savait morts, et le seul qui les savait morts était celui qui pouvait leur rendre la vie.
Oui, vraiment, si le Seigneur n’était pas venu ressusciter les morts, l’Apôtre n’aurait pas pu dire : Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera (Ép 5,14).
Quand tu l’entends dire : Réveille-toi, ô toi qui dors, tu penses que quelqu’un est en train de dormir. Mais les mots suivants : Relève-toi d’entre les morts te font comprendre qu’il s’agit bien d’un mort. Des morts visibles aussi, on dit souvent qu’ils dorment. De toute évidence, ils dorment tous pour celui qui a le pouvoir de les réveiller.
Pour toi, un mort est réellement mort : tu as beau le secouer à ton gré, le pincer, mettre son corps en pièces, il ne se réveillera pas. Mais pour le Christ qui a dit au jeune homme : Lève-toi (Lc 7,17), celui-ci était en train de dormir, et il s’est levé aussitôt. Il est plus facile au Christ de faire lever un mort de sa tombe qu’à quiconque de réveiller un homme dans son lit.
En vérité, notre Seigneur Jésus Christ voulait que ses actions visibles soient également comprises dans leur sens spirituel. Or il n’opérait pas de miracles pour faire des miracles seulement, mais pour que ses œuvres soient un sujet d’admiration pour ceux qui les voyaient, et une source de vérité pour ceux qui les comprenaient. Prenons un exemple. Celui qui voit dans un livre des lettres d’une belle écriture, mais ne sait pas lire, peut bien admirer la beauté des caractères et louer la dextérité du copiste : il ne sait pas ce que ces lettres signifient ni ce qu’elles représentent. Ainsi, il loue ce que voient ses yeux, mais son esprit ne saisit rien. Un autre, en revanche, loue l’habileté du scribe et comprend le sens des mots. Il voit, bien sûr, le texte que tous peuvent voir, mais en outre il peut le lire : ce qui est impossible au premier, qui ne l’a pas appris.
De même, parmi ceux qui ont vu les miracles du Christ, les uns n’ont pas compris ce qu’ils signifiaient, ni ce qu’ils enseignaient, d’une certaine manière, à ceux qui en avaient l’intelligence ; ils n’ont fait qu’admirer de simples faits matériels. Les autres sont tombés en admiration devant ces prodiges et ont compris en outre ce qu’ils signifiaient. À l’école du Christ, nous devons leur ressembler.
Prière
Seigneur, source de tout bien, réponds sans te lasser à notre appel : inspire-nous ce qui est juste, aide-nous à l’accomplir. Par Jésus Christ.
ou bien
Dieu très bon, c’est ta tendresse que Jésus a manifestée quand il a pris en pitié une mère et lui a rendu son fils unique ; c’est ton amour pour tous les hommes qu’il a révélé en partageant leurs souffrances et leur mort. Console ceux qui pleurent, réconforte ceux qui sont dans le deuil et ranime en nous la foi en la victoire sur la mort de ton Fils Jésus Christ, notre Seigneur. Lui qui règne.
11e dimanche du temps ordinaire C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 7,36—8,3
Un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table. Survint une femme de la ville, une pécheresse. Elle avait appris que Jésus mangeait chez le pharisien, et elle apportait un vase précieux plein de parfum.
La miséricorde de Jésus
Homélie d’un auteur syriaque anonyme (6e siècle)
Homélies anonymes sur la pécheresse, 1, 4.5.19 26.28 ; d’après la traduction du syriaque par F. graffin, dans L’Orient syrien, 7, 1962, 179.181 189.193.195.
L’amour de Dieu, sorti à la recherche des pécheurs, nous est proclamé par une femme pécheresse. Car en appelant celle-ci, c’est notre race tout entière que le Christ invitait à l’amour ; et en sa personne, ce sont tous les pécheurs qu’il attirait à son pardon. Il parlait à elle seule ; mais il conviait à sa grâce la création tout entière. Personne d’autre ne l’a persuadé de lui donner la main pour qu’elle vienne au pardon. Seul son amour pour celle qu’il a modelée l’a persuadé, et sa grâce l’a prié pour l’œuvre de ses mains.
Qui ne serait touché par la miséricorde du Christ, lui qui, pour sauver une pécheresse, accepta l’invitation d’un pharisien ? À cause de celle qui est affamée de pardon, il veut lui-même avoir faim de la table de Simon le pharisien, alors que, sous l’apparence d’une table de pain, il avait préparé à la pécheresse une table de repentance.
Le pasteur est descendu du ciel vers la brebis perdue, pour reprendre, dans la maison de Simon, celle qu’avait enlevée le loup rusé. Chez Simon le pharisien, il a trouvé celle qu’il cherchait.
Quand elle voyait les pieds de Jésus, la pécheresse les regardait comme le symbole de son incarnation, et quand elle les saisissait, elle croyait saisir son Dieu pour ainsi dire au niveau de sa nature corporelle. Par ses paroles, elle le priait comme son Créateur. Car il est clair que ses paroles, quoique non écrites, se laissent deviner par ses gestes. Celle qui, de ses larmes, baigne les pieds de Jésus, les essuie avec ses cheveux, verse sur eux un parfum de grand prix, ne peut que dire des paroles correspondant à ses actes. C’est une prière qu’elle présente au Dieu fait chair : en lui apportant son humilité, elle témoigne de sa confiance en lui. Et par le dialogue qu’ils ont entre eux, elle apporte la preuve qu’il est réellement homme.
Telles furent donc les paroles adressées à Jésus par la pécheresse, quand elle se tenait à ses pieds. Lui, dans sa patience, les écoutait, et il proclamait par son silence la constance de la femme. Par sa patience, il proclamait l’endurance de cette femme, et par sa bienveillance il approuvait son audace. Il montrait que c’était justice qu’elle obtienne de lui le pardon devant tous les invités. Il ne parla pas aussitôt, et, quand il parla, il ne dit qu’une parole. Mais, par cette parole, il détruisit les péchés, supprima les fautes, chassa l’iniquité, accorda le pardon, extirpa le péché, fit germer la justice. Son pardon apparut soudainement au-dedans de son âme et en chassa les ténèbres du péché : elle fut guérie, elle reprit sens et, avec la santé, recouvra la force. Car c’est ainsi que Jésus a coutume d’accorder ses dons : en plénitude. Il le fait aisément puisqu’il est le Dieu de l’univers.
Afin qu’il en soit ainsi pour toi, prends conscience que ton péché est grand, mais que désespérer de ton pardon, parce que ton péché te semble trop grand, c’est blasphémer contre Dieu et te faire du tort à toi-même. Car s’il a promis de pardonner tes péchés quel que soit leur nombre, vas-tu lui dire que tu ne peux pas le croire et lui déclarer : "Mon péché est trop grand pour que tu le pardonnes. Tu ne peux pas me guérir de mes maladies" ? Là, arrête-toi et crie avec le prophète : J’ai péché contre toi, Seigneur (2 S 12,13). Aussitôt il te répondra : "Moi, j’ai passé par-dessus ta faute ; tu ne mourras pas." À lui, la gloire par nous tous, dans les siècles. Amen.
Prière
Dieu tout-puissant, force de ceux qui espèrent en toi, sois favorable à nos appels : puisque l’homme est fragile et que sans toi il ne peut rien, donne-nous toujours le secours de ta grâce ; ainsi nous pourrons, en observant tes commandements, vouloir et agir de manière à répondre à ton amour. Par Jésus Christ.
ou bien
Dieu très bon, dans le parfum et les larmes de la pécheresse, ton Fils a reconnu le signe d’un grand amour. Révèle-nous la profondeur de ton pardon. Émerveillés de ta miséricorde, nous serons capables de porter le poids de nos péchés, grâce au soutien de celui qui nous a aimés, Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur. Lui qui règne.
12e dimanche du temps ordinaire C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 9,18-24
Un jour, Jésus priait à l’écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogeait : "Pour la foule, qui suis-je ?" Ils répondirent : "Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un prophète d’autrefois qui serait ressuscité."
Homélie
Qui est Jésus ?
Homélie de saint Cyrille d’Alexandrie († 444)
Commentaire de l’évangile de Luc, 9, 5, 18.21 ; PG 72, 645-652. Ou : 49, éd. R. M. tonneau ; CSCO Syr 70, 110-115.
Un jour, Jésus priait à l’écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : Pour la foule, qui suis-je (Luc 9,18) ? Ainsi, en priant à l’écart, en compagnie des seuls disciples, le Sauveur et Seigneur du monde leur donnait l’exemple d’une vie sainte. Ce qu’il faisait là risquait pourtant de jeter le trouble dans l’esprit des disciples. En effet, ils le voyaient prier à la manière des hommes, alors que la veille il avait accompli sous leurs yeux des prodiges dignes d’un Dieu. Ils pouvaient donc se demander, avec de bonnes raisons : "Que devons-nous croire à son sujet ? Est-il Dieu, ou bien homme ?"
Jésus leur a donc posé cette question pour leur éviter d’être troublés par de semblables pensées. Comme il n’ignorait rien de ce qu’on répétait à son sujet en dehors de leur groupe, il voulait d’autant plus les détourner de l’opinion de la foule et faire naître en eux la foi droite. Il leur dit : Eh bien, pour la foule, qui suis-je ?
Et Pierre encore s’élance le premier. Il se fait l’interprète de tout le groupe et prononce des paroles inspirées par l’amour de Dieu. Il proclame une juste confession de foi en Jésus, en le nommant le Christ de Dieu. Le disciple parle avec circonspection. À la vérité, il ne l’appelle pas seulement Christ, mais bien le Christ de Dieu.
De fait, un très grand nombre d’hommes ont été oints par Dieu, et, pour cette raison même, ont été appelés christs, en des sens différents. Certains, en effet, avaient reçu l’onction des rois, d’autres, l’onction des prophètes, et il en existe encore d’autres : nous-mêmes, qui avons obtenu notre délivrance par le Christ lui-même, notre Sauveur à tous, nous avons aussi reçu l’onction de l’Esprit Saint et nous portons le nom de christ. Il y a donc de très nombreux christs, appelés de ce nom par suite de l’onction, mais il n’y a qu’un seul et unique Christ de Dieu le Père.
Dès que le disciple eut fait cette profession de foi, le Seigneur leur défendit vivement de révéler à personne (qu’il était le Christ). Mais quoi ? Les disciples n’auraient-ils pas dû plutôt aller l’annoncer de tous côtés ? Telle était, en effet, la tâche de ceux qu’il avait désignés pour la mission. Mais, comme le dit la sainte Écriture, il y a un temps pour chaque chose (Qo 3,1). Avant de pouvoir annoncer le Christ, il fallait que surviennent d’autres événements prédits mais pas encore accomplis : c’était la croix, la passion, la mort corporelle, la résurrection d’entre les morts, ce grand miracle, vraiment inouï, attestant que l’Emmanuel est Dieu véritable et Fils de Dieu le Père par nature.
Il leur enjoignit donc d’entourer de silence le mystère, pour un temps, en attendant que tout le plan divin parvienne à son propre achèvement. Car, dès qu’il fut ressuscité d’entre les morts, il ordonna de révéler le mystère aux habitants de la terre entière, en offrant à tous la justification par la foi et la purification par le saint baptême. Il déclare en effet : Tout pouvoir m’a été donnéau ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit : et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 28, 18-20).
Prière
Fais-nous vivre à tout moment, Seigneur, dans l’amour et le respect de ton saint nom, toi qui ne cesses jamais de guider ceux que tu enracines solidement dans ton amour. Par Jésus Christ.
ou bien
Seigneur notre Dieu, toi dont le Fils a choisi d’être un Messie partageant nos souffrances et notre mort pour manifester ton amour sans mesure, fais-nous la grâce de découvrir qui est en vérité le Fils de l’homme et de porter avec lui notre croix sur le chemin qui mène à la vie éternelle. Par Jésus Christ.
13e dimanche du temps ordinaire C
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 9,51-62
Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem.
Homélie
Ce que veut Jésus
Commentaire de saint Hilaire († 367) sur le psaume 139
Commentaire sur les psaumes, ps 139, 12 ; CSEL 22, 784-785.
Sûr d’être protégé au jour du combat, le Christ fait aussi cette prière : Seigneur, n’accorde rien au pécheur à l’encontre de mon désir (cf. ps 139,9). Lui qui a dit : Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé (Jn 6,38), est également pressé de réaliser la tâche entreprise par obéissance, non sans toutefois nous rappeler qu’il peut exercer librement sa volonté.
Il veut, en vérité, ce qu’a voulu le Père. Par ces paroles : Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Jésus montre, en effet, qui est celui qui l’a envoyé et à qui il obéit, sans pourtant supprimer son vouloir propre. Il aspire donc à accomplir toutes les volontés de son Père. Il s’empresse aussi de réaliser tout ce que lui-même désire voir accompli dans sa passion, de peur qu’un pécheur ne prenne les devants pour le déjouer.
Il a ardemment désiré (Lc 22,15) manger la Pâque avec ses disciples. Il a célébré à la hâte le repas de la Pâque. Désirant boire le calice de sa passion, il a dit : Est-ce que je vais refuser la coupe que mon Père m’a donné à boire (Jn 10,11) ? Quand les hommes qui le cherchaient se présentèrent pour se saisir de lui et demandèrent qui était Jésus, il s’avança de lui-même. Sachant qu’il devait boire la coupe de vinaigre, il demanda à la boire et, aussitôt après y avoir bu et après avoir ainsi mené à bonne fin son grand dessein, il dit : Tout est accompli (Jn 19,30), mettant dans ces mots toute sa joie de voir réalisé ce qu’il désirait tellement.
Dans les psaumes, le Christ avait souvent prié pour que sa vie soit préservée du glaive. Il avait annoncé qu’aucun de ses os ne serait brisé. Il avait prédit que sa tunique serait tirée au sort (Ps 21).
Il prie pour que tout cela se réalise selon son désir, afin que l’on croie en l’accomplissement des prophéties. Il ne veut pas que les pécheurs aient la possibilité d’agir sur un de ces événements, ni d’empêcher la célébration de la Pâque si ardemment désirée, ou qu’ils n’osent pas lui présenter la coupe de sa passion. Car la première réponse que le Sauveur avait adressée aux pécheurs venus l’arrêter, les avait tous terrassés.
Il ne faut pas que manque le vinaigre qui doit lui être offert, que le soldat lui perce le côté avant qu’il ne rende l’esprit, ni qu’il trouve dans la lenteur de sa mort un motif pour lui briser les os.
Il veut qu’aucune prophétie ne soit retranchée, et que rien de ce qu’il attend ne soit laissé au bon plaisir du pécheur. Il veut que s’accomplissent en lui tous les événements annoncés dans les prophéties et que lui-même désire. Et il prie pour leur réalisation, non qu’ils puissent ne pas s’accomplir, mais afin que les hommes comprennent que ces prophéties le concernaient.
Prière
Tu as voulu, Seigneur, qu’en recevant ta grâce nous devenions des fils de lumière ; ne permets pas que l’erreur nous plonge dans la nuit, mais accorde-nous d’être toujours rayonnants de ta vérité. Par Jésus Christ.
ou bien
Dieu d’amour et de feu, tu fais miséricorde à ceux qui te repoussent, mais tu exiges de tes disciples un attachement sans partage. Prends-nous à ton service pour l’annonce du Royaume et accorde-nous de suivre, sans regard en arrière, Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur. Lui qui règne.