Après son départ donc, Jésus dit : Maintenant le Fils de l'homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui. Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu le glorifiera en lui-même et il le glorifiera bientôt.
En Jésus c'est l'homme qui a été glorifié
Après les gloires dues aux signes et aux prodiges et après celle de la transfiguration, le départ, loin du lieu ou se tenait Jésus, de Judas avec Satan, entre en lui, fut le début de la glorification du Fils de l'homme. C'est pourquoi le Seigneur dit “ Maintenant le Fils de l'homme a été glorifie ”. De plus, ces mots “ Lorsque j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi ” ont été prononcés par le Sauveur pour faire comprendre “ par quelle mort il glorifierait Dieu ”, car, par sa mort même, il glorifia Dieu. C'est, par conséquent, au moment ou commença la réalisation de l'économie selon laquelle Jésus allait mourir et quand, après la bouchée, Judas fut sorti comploter contre Jésus, c'est à ce moment-là qu'il est dit “ Maintenant le Fils de l'homme a été glorifie ”. En outre, parce qu'il n'est pas possible que le Christ soit glorifié sans que le Père soit glorifié en lui, pour ce motif, ces mots “ Maintenant le Fils de l'homme a été glorifié ” sont suivis de ceux-là “ Et Dieu a été glorifie en lui.”
Cependant la gloire due à la mort en faveur des hommes ne revenait pas au Logos, Fils unique, qui n'est pas de nature à mourir, ni à la sagesse, ni à la vérité, ni à tout ce qu'on peut nommer de divin en Jésus, mais a l'homme, qui est aussi fils de l'homme, ne de la race de David selon la chair. C'est pourquoi il a dit plus haut “ Maintenant vous cherchez à me faire mourir, moi, un homme qui vous a dit la vérité ” et, dans le passage que nous examinons, il dit “ Maintenant le Fils de l'homme a été glorifie ”. C'est lui, je pense, que Dieu a également exalté, “ lui qui s'est rendu obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la croix ”, car le Logos qui était dans le principe auprès de Dieu, le Logos Dieu, ne pouvait pas être exalté.
Voici en quoi consistait l'exaltation du Fils de l'homme, qui lui advint parce qu'il avait glorifie Dieu dans sa mort ne plus différer du Logos, mais lui être identique.
En effet, “ si celui qui s'unit au Seigneur est un seul esprit avec lui ”, de sorte que l'on ne peut plus dire de lui et de l'Esprit ' Ils sont deux ', à combien plus forte raison dînons-nous que ce que Jésus a d'humain est devenu un avec le Logos celui qui n'a pas considère comme un butin le fait d'être égal à Dieu a été exalté, tandis que le Logos est demeuré ou a été rétabli au sommet qui lui est propre, lorsqu'il fut de nouveau auprès de Dieu, le Logos Dieu devenu homme. En la mort de Jésus qui a glorifié Dieu, ces paroles (se sont accomplies) “ Ayant dépouillé les principautés et les puissances, il les a publiquement données en spectacle, après avoir triomphe d'elles sur le bois ”, ainsi que celles-là “ ayant réconcilié par le sang de sa croix tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les Cieux ”, en tout cela, en effet, le Fils de l'homme a été glorifié, Dieu lui-même étant glorifié en lui.
Puisque quiconque est glorifié par quelqu'un, tu chercheras, à propos de ces mots “ Le Fils de l'homme a été glorifié ”, par qui il l'a été, et de même pour ceux-là “ Dieu a été glorifié en lui ”. Pour la clarté du texte, soyons très attentifs à la première affirmation “ Maintenant le Fils de l'homme a été glorifie ”, puis à la seconde “ Et Dieu a été glorifié en lui ”, à la troisième ensuite, le raisonnement hypothétique que voici “ Si Dieu a été glorifie en lui. Dieu le glorifiera aussi en lui-même ”, enfin à la quatrième, à savoir “ Et il le glorifiera bientôt ”. A moins que l'on ne dise qu'il faudrait reprendre cette proposition en la combinant avec la conclusion du raisonnement hypothétique, de sorte que ce raisonnement commencerait par “ Dieu a été glorifié en lui ” et se conclurait par “ Dieu le glorifiera en lui-même et il le glorifiera bientôt ”
Manifestations de la gloire de Dieu
Nous devons absolument prendre garde au mot “ gloire ”, qui n'est pas mis ici pour l'objet neutre (qu'il est) chez certains Grecs, ce qui les fait définir la gloire comme la louange décernée par la masse il est clair que ce mot désigne bien autre chose que cela, d'après le passage de l'Exode ainsi conçu. “ La tente fut remplie de la gloire du Seigneur et Moïse ne put pénétrer sous la tente du témoignage a cause de la nuée qui la recouvrait de son ombre et de la gloire du Seigneur qui remplissait la tente ”. Au Troisième livre des Regnes, cela est décrit de la manière suivante “ Il arriva que, lorsque les prêtres sortirent du sanctuaire, la nuée remplit la demeure du Seigneur. Et les prêtres ne pouvaient assumer leur service face 0 la nuée, parce que la gloire du Seigneur emplissait la demeure ”. Et voici ce qui est dit de la gloire de Moïse dans l'Exode “ Lorsque Moïse descendit de la montagne avec les deux tables de l'alliance dans les mains — Moïse ignorait, lorsqu'il redescendit de la montagne, que la peau de son visage avait pris un aspect glorieux pendant qu'il parlait a Dieu —, Aaron et tous les fils d'Israël virent Moïse la peau de son visage avait pris un aspect glorieux et ils craignirent de s'approcher de lui ” Ce sens du mot gloire est aussi manifeste dans l'Évangile selon Luc en ces termes “Tandis qu'il priait, il arriva que l'aspect de son visage changea, son vêtement fut transforme et devint d'une blancheur fulgurante. Et voici que deux hommes s'entretenaient avec lui c'étaient Moïse et Élie, lui apparaissant dans la gloire, ils parlaient du départ qu'il allait effectuer a Jérusalem ”. Observe aussi à quel propos Paul utilise le terme de gloire, la ou il dit, par exemple “ Si le ministère de la mort, grave en lettres dans la pierre, s'accomplit dans la gloire, au point que les fils d'Israël n'osaient pas fixer leurs regards sur le visage de Moïse a cause de la gloire désormais éteinte de son visage, comment le ministère de l'Esprit ne s'accomplirait-il pas davantage dans la gloire ? Car, s'il y eut une gloire pour le ministère de la condamnation, combien le ministère de la justification ne déborde-t-il pas davantage de gloire. Car ce qui a été glorifié alors n'a pas été glorifie en regard de la gloire supérieure, en effet, si ce qui fut passager (s'est manifeste) par la gloire, à combien plus forte raison ce qui demeure (demeure-t-il) dans la gloire ” Et la ou Paul dit aussi “ Nous tous qui, le visage découvert, reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par l'Esprit du Seigneur ”. Et un peu plus loin “ Si donc notre évangile est voilé, c'est pour ceux qui se perdent qu'il est voilé, ces incrédules en qui le dieu de ce siècle a aveuglé l'intelligence de peur que ne resplendisse sur eux l'éclat de l'évangile de la gloire du Christ, lui qui est l'image de Dieu ”. Et encore peu après “ Car Dieu qui a dit Une lumière brillera du sein des ténèbres c'est lui qui a resplendi dans nos cœurs, afin que les illumine la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Jésus Christ ”
La proximité de Dieu déifie
L'explication du texte de l'évangile qui nous est proposé n'exige pas, pour le moment, une interprétation détaillée de chacun de ces exemples Voici cependant, en peu de mots, ce qu'il faut dire autant concrètement (d'après le sens littéral) une manifestation divine se produisit sous la tente et dans le temples à leur achèvement, et sur le visage de Moïse après qu'il se fut entretenu avec la nature divine, autant spirituellement (selon le sens spirituel) pourrait-on appeler ' vision de la gloire de Dieu ce qui de Dieu est connu et contemplé avec certitude par l'intelligence qu'une extrême pureté en a rendue capable. Puisque l'intelligence purifiée, qui a dépassé toutes les réalités matérielles afin de parvenir avec le plus de certitude possible à la contemplation de Dieu, est déifiée par ce qu'elle contemple Il faut dire que c'est en cela que consiste la glorification du visage de celui qui a contemplé Dieu, s'est entretenu avec lui et s'est attardé à cette vision et que, par conséquent, c'est cela qu'exprimé en figure le visage glorifié de Moïse, car son intelligence a été déifiée. C'est aussi en ce sens que l'Apôtre a dit ces mots “ Nous tous qui, le visage découvert, reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image ” De même que la lumière nocturne perd son éclat au lever du soleil, de même la gloire qui était sur Moïse devant celle qui était dans le Christ. Car la supériorité qui était dans le Christ et dont la connaissance le faisait glorifier le Père en lui-même ne souffrait aucune comparaison avec les réalités connues de Moïse et qui rendaient glorieux le visage de son âme. C'est pourquoi on a dit que la gloire qui était sur Moïse perd son éclat devant la gloire surabondante qui réside dans le Christ.
Glorification du Père et du Fils
Ceci dit, aussi brièvement que possible, au sujet des passages évêques, revenons donc au verset “ Maintenant le Fils de l'homme a été glorifie et Dieu a été glorifié en lui ”. Connaissant donc le Père, le Fils a été glorifié par cette connaissance même, qui est le plus grand des biens et tel qu'il mène à une connaissance parfaite, celle dont le Fils connaît le Père. Mais, à mon avis, parce qu'il se connaissait lui-même, ce qui n'est pas de beaucoup inférieur à la connaissance précédente, il a aussi été glorifié par cette connaissance de lui-même. Si la connaissance de l'univers contribue à la grandeur de sa gloire, puisqu'il connaît ce qui est caché et ce qui est à découvert, tu le chercheras, et, de même, si c'est en cela que consiste le fait d'être la sagesse même ou si, pour celui qui est appelé ' le fils même ' de l'homme, sa glorification provient de son union a la sagesse. Toute cette gloire, cependant, dont le Fils de l'homme a été glorifie, c'est par le don du Père qu'il en a été glorifié. Alors que nombreux sont les éléments qui contribuent à toute la gloire de l'homme, le motif par excellence entre tous, c'est Dieu qui n'est pas simplement glorifié du fait qu'il est connu de son Fils, mais glorifie en son Fils.
A ce propos, même s'il est audacieux et au-dessus de nos forces de nous livrer à l'étude d'une pareille hypothèse, il faut cependant oser suggérer celle qui peut être examinée ici. Je cherche donc si Dieu peut être glorifié d'une gloire indépendante de celle qu'il trouve en son Fils, comme nous l'avons exposé, étant davantage glorifié en lui-même lorsque, demeurant dans la contemplation de lui-même, il se réjouit avec une satisfaction, un plaisir, une joie indicible de sa propre connaissance et vision, vision supérieure a celle qu'il a en son Fils — selon la manière dont nous devons, pour Dieu, penser et exprimer de telles notions — car il trouve en lui-même sa satisfaction et sa joie. J'emploie ces termes sans qu'ils puissent proprement s'appliquer a Dieu, mais parce que je manque des mots ineffables — si je puis les appeler ainsi — que lui seul peut employer au sens propre pour parler de lui ou penser à lui, et son Fils unique après lui.
Puisque nous voici sur le thème de la glorification de Dieu dans le Christ, nous pourrions chercher parallèlement de quelle manière il est aussi glorifie dans le Saint-Esprit et dans tous les êtres a qui la gloire du Seigneur a paru ou paraîtra. D'après cette parole de Paul “ Lui qui est le rayonnement de sa gloire ”, je pense donc que le Fils est le rayonnement de toute la gloire de Dieu et que pourtant des rayonnements partiels de ce rayonnement de toute la gloire parviennent au reste de la création raisonnable, a mon avis, en effet, nul autre que son Fils n'est capable d'embrasser dans sa totalité le rayonnement de toute la gloire de Dieu.
Maintenant donc que se produit, non sans Dieu, l'économie de la passion du Fils de l'homme en faveur de tous — “ c'est pour cela que Dieu l'a exalté ” —, il dit : “ Le Fils de l'homme a été glorifié ”, non pas seul, car “ Dieu a aussi été glorifié en lui ” ; et c'est ainsi qu'on pourrait expliquer les affirmations de notre texte.
Si Dieu n'est pas glorifié, c'est au seul détriment de celui qui ne le glorifie pas
Il est écrit : “ Nul n'a connu le Fils, si ce n'est le Père ” et il est dit : “ Bienheureux es-tu, Simon, fils de Jonas, car la chair et le sang ne t'ont pas révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. ”. Par conséquent, tant que le Fils n'était pas connu du monde — “ il était dans le monde, en effet, et le monde a été fait par lui et le monde ne l'a pas connu ” —, il n'était pas encore glorifié dans le monde, et ce manque de glorification dans le monde était au détriment non de celui qui n'était pas glorifié, mais du monde qui ne le glorifiait pas. Lorsque le Père céleste révéla la connaissance de Jésus à ceux à qui il fit cette révélation et qui étaient du monde, alors le Fils de l'homme fut glorifié en ceux qui le reconnaissaient et, par cette gloire qu'il recevait en eux, il leur procura de la gloire : ceux-ci, en effet, “reflétant, le visage découvert, la gloire du Seigneur, sont transformés en cette même image ”.
Regarde “de quelle gloire en quelle gloire (ils sont transformés) ” d'après Paul : de la gloire de celui qui est glorifié en la gloire de ceux qui le glorifient. C'est pourquoi, lorsque Jésus approcha de l'économie à la suite de laquelle il allait se lever sur le monde et, une fois reconnu, être glorifié pour la gloire de ceux qui le glorifieraient, il dit ces mots : “ Maintenant le Fils de l'homme a été glorifié ” ; et, puisque “ nul ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils le révèle ” et puisque le Fils allait par l'économie révéler le Père, pour ce motif, “ Dieu a aussi été glorifié en lui ”. Sans doute compareras-tu cette affirmation : “ Dieu a aussi été glorifié en lui ” à celle-là : “ Qui m'a vu a vu le Père qui m'a envoyé ” ; le Père qui l'a engendré est, en effet, contemplé dans son Logos, qui est Dieu et image du Dieu invisible, car qui considère l'image du Dieu invisible devient rapidement capable de considérer aussi le modèle de l'image, le Père.
Par ce qui va suivre on comprendra encore plus clairement ce qui est exprimé en ce texte : de même que certains blasphèment le nom de Dieu au milieu des païens, ainsi les saints, dont les hommes voient les bonnes œuvres dans toute leur splendeur, glorifient-ils le nom du Père qui est aux cieux. En qui donc ce nom fut-il glorifié autant qu'en Jésus, puisqu'il n'a pas commis de péché, qu'il ne s'est pas trouvé de fraude en sa bouche et qu'il n'a même pas connu le péché ?. C'est donc parce que le Fils est ainsi qu'il a été glorifié et que Dieu a été glorifié en lui. Et si Dieu a été glorifié en lui, le Père lui accorde en retour quelque chose de plus grand que ce qu'a réalisé le Fils de l'homme : car elle est plus grande la glorification pour celui qui a glorifié Dieu, pour l'inférieur (qui a glorifié) le supérieur — d'après ce verset : “ Le Père qui m'a envoyé est plus grand que moi ” —, glorification du Fils de l'homme en Dieu, de l'inférieur dans le meilleur Car la gloire qui est dans le Fils lorsque le Père le glorifie surpasse de beaucoup celle qui est dans le Père lorsque le Père est glorifié dans le Fils. Il convenait assurément que le plus grand, répondant à la gloire dont le Fils le glorifie, accorde au Fils de le glorifier en lui, afin que le Fils soit glorifié en Dieu. En outre, pour autant que cela n'allait plus tarder — je veux dire la glorification du Fils en Dieu —, pour ce motif, il ajoute ces mots “ Et il le glorifiera bientôt ”
Nous n'ignorons pas que ces explications sont de beaucoup inférieures a ce qu'impliquent et le sujet examine — si Dieu le révèle et si son Logos se rend présent pour manifester la gloire de Dieu — et le Père qui accorde de connaître toute la gloire de Dieu a qui il peut l'accorder. C'est pourquoi, étant a court de moyens et beaucoup trop médiocres face a l'élévation de ces paroles, nous rendons grâces a Dieu, même pour cet expose qui est de beaucoup supérieur à notre propre mérite.
Mes petits enfants, je suis encore pour peu de temps avec vous ; vous me chercherez et, comme je l'ai dit aux Juifs : Là où je suis, vous ne pouvez venir, à vous aussi je le dis pour l'instant.
Les “ enfants ” de Jésus
Après avoir rassemble dans les évangiles les paroles dites par le Sauveur comme par un père a ses enfants, ne crains pas de dire que, pour certains, le Sauveur est un père. Il dit, en effet, au paralytique : “ Prends courage, mon enfant, tes péchés te sont pardonnes ” et à l'hémorroïsse : “ Ma fille, ta foi t'a sauvée .” Maintenant il dit aux disciples : “ Mes petits enfants ”, à la fois pour manifester une certaine tendresse, à mon avis, et pour démontrer la médiocrité qui caractérisait encore à ce moment-là l'âme des apôtres. Mais si quelqu'un demande : Est-ce que, par conséquent, le paralytique, qui s'entendit appeler “ Mon enfant ”, était plus parfait que ceux qui furent interpellés par “ Mes petits enfants ” ? on lui répondra que, si quelqu'un est un petit enfant, il est assurément un enfant. C'est pourquoi, rien n'empêche le paralytique, traité d'enfant, d'avoir été également un petit enfant : ainsi le paralytique, bien que nommé “ Mon enfant ”, n'était-il pas forcément plus parfait que ceux qui furent appelés “ Mes petits enfants ”.
Il faut savoir que, contrairement à (ce qui se passe) chez les hommes, où l'enfant ne peut pas devenir par la suite le frère de celui dont il était auparavant l'enfant, il n'est pas impossible de passer de l'état d'enfant de Jésus à celui de frère de Jésus. Ceux qu'il a appelés “es petits enfants deviennent, du moins après la résurrection du Sauveur, les frères de celui qui les appelait auparavant “ Mes petits enfants ”, car ils ont été remodelés, en quelque sorte, par la résurrection de Jésus. C'est pourquoi il est écrit : “Va vers mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu . ” Et s'il est possible d'être transformé à partir de l'état de serviteur de Jésus — car les disciples étaient des serviteurs avant d'être de petits enfants, comme il ressort nettement de ceci : “Vous m'appelez Maître et Seigneur et vous dites bien, car je le suis ” et de cela : “ Un serviteur n'est pas plus grand que son Seigneur ” qui précèdent la déclaration “ Mes petits enfants, je suis encore pour peu de temps avec vous ” —, tu examineras si le serviteur devient d'abord disciple, puis petit enfant ensuite frère du Christ et fils de Dieu. Il faut appeler ici “ disciple ” celui qui, en se montrant disponible à recevoir la science du Logos, apprend d'un tel Maître la sagesse de Dieu
La présence de Jésus
Quant a ces mots “ Je suis encore pour peu de temps avec vous ”, ils sont clairs au sens le plus simple c'est-à-dire selon la lettre, pour autant que n allait plus tarder le moment ou Jésus allait cesser de demeurer avec ses disciples arrête d abord par la cohorte le tribun et les gardes des Juifs, qui, après l'avoir ligoté, le mèneraient en premier lieu chez Anne, puis livré à Pilate et condamné au supplice de la croix, il passerait enfin trois jours et trois nuits au cœur de la terre. Au sens plus profond tu chercheras s'il n était plus avec eux après ce “ peu de temps ”, non parce qu'il ne leur était pas présent selon la chair, ni parce que son âme était descendue en Hades — cela n'empêchait pas d être avec ses disciples celui qui avait dit “ La ou deux ou trois sont rassembles en mon nom, je suis au milieu d'eux ” et “ Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation du siècle ” —, mais parce que lui, qui ne demeure qu'avec ceux qui en sont dignes, n'était plus avec eux après l'accomplissement de la prophétie “ Cette nuit même, vous serez tous scandalisés à cause de moi Il est écrit en effet Je frapperai le berger et les brebis du troupeau seront dispersées ”. A quoi on pourrait objecter la déclaration “ Au milieu de vous se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas ”, en disant qu'il se trouve même avec ceux qui ne le connaissent pas. Mais vois s'il y a une différence entre le fait qu'il soit avec quelqu'un — ce qui est accorde comme une promesse a ceux qui en sont dignes — et le fait qu'il se tienne, même incognito, au milieu de ceux qui ne le connaissent pas. C'est, en effet, sous la forme d'une promesse qu'il a dit “ La ou deux ou trois sont rassembles en mon nom, je suis moi-même au milieu d'eux ” et “ Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation du siècle ” , telle n'est pas la nature de la phrase “ Au milieu de vous se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas ”. Or, dans le texte qui nous est proposé, celui qui déclare “ Voici que je suis avec vous ” précise “ Je suis encore pour peu de temps avec vous ”. Si Judas avait été physiquement présent, après que le diable eut jeté dans son cœur le dessein de livrer le Sauveur, celui qui dit “ Je suis encore pour peu de temps avec vous ” ne lui aurait pas dit, à lui “ Je suis avec toi ” — car il n'était plus avec lui — pas plus que lorsque, ayant trempe la bouchée, il la lui eut donnée. Mais lorsque, après la bouchée, Satan entra en Judas, à combien plus forte raison le Christ n'était-il pas avec lui qui s'éloignait du Sauveur “ Quel accord y a-t-il, en effet, entre le Christ et Beliar ”
Différentes manières de chercher Jésus
Bien que Jésus, leur père, dût demeurer encore peu de temps avec ses petits enfants, il faut avoir conscience de ce qui allait suivre ce “peu de temps”, à savoir : quand bien même Jésus ne serait pas avec eux, ils n'en allaient pas moins le chercher, comme Pierre, qui pleura amèrement après son reniement, parce qu'il cherchait Jésus, je pense. Maintenant donc il a affirmé ceci : “ Je suis encore pour peu de temps avec vous ”, et un peu plus tard il dit cela : “ Un peu de temps et vous ne me verrez plus et encore un peu et vous me reverrez ” ; alors, comme les disciples se demandaient : “ Qu'est-ce que ce peu dont il parle ? Nous ne savons pas ce qu'il veut dire, Jésus, comprenant qu'ils voulaient l'interroger, leur dit : Vous vous demandez entre vous ce que j'ai voulu dire par ces mots : Un peu de temps et vous ne me verrez plus et encore un peu et vous me reverrez. En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez ; le monde se réjouira et vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie.” Car, pendant ce “ peu de temps ” où ils ne virent pas Jésus, ils le cherchaient : c'est pourquoi ils pleuraient et se lamentaient ; mais leur tristesse se changea en joie lorsque fut accomplie la promesse : “ Et encore un peu et vous me reverrez .”
A ce propos, tu approfondiras cette question : si celui qui. sous peu, ne le verra pas doit le revoir plus tard, le reverra-t-il forcément après un bref intervalle ? Nous avons, en effet, présents à l'esprit ces mots : “Encore un peu et vous me reverrez. ”. Or chercher Jésus, c'est chercher le Logos, la sagesse, la justice, la vérité et la puissance de Dieu, toutes choses qu'est le Christ. Cependant, parmi les hommes qui le cherchent, certains sont du nombre de ceux qui ont vu des signes et qui non seulement ont vu, mais ont reçu de lui du pain et l'ont mangé et pour qui le fait d'avoir été nourris par le Logos est devenu le motif de leur recherche “Vous me cherchez, dit-il en effet, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé des pains dont vous avez été rassasiés ”.
Ensuite, puisqu'il avait dit aux Juifs auparavant “ Moi, je m'en vais et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché, là ou je vais, vous ne pouvez venir ”, il fait allusion à cela en prononçant les paroles qui font l'objet de notre étude “ Comme je l'ai dit aux Juifs là ou je vais, vous ne pouvez venir, à vous aussi je le dis pour l'instant ”. Car, de même que je le leur ai dit, de même à vous aussi je le dis, déclare-t-il, mais à vous je le dis pour une brève durée. Car c'est ainsi que j entends ces mots “ A vous aussi je le dis, pour l'instant ”, qui ne sont pas identiques à ceux-là “ A vous aussi je le dis ”, sans l'adjonction de “ pour l'instant ”. Les Juifs, en effet, dont il prévoyait la mort dans leur péché, ne pourraient de longtemps venir là ou allait Jésus. Les disciples (y viendraient), au contraire, après le peu de temps ou il ne serait plus avec eux selon ce que nous avons dit plus haut, ils ne pouvaient suivre le Logos au moment ou il s'en allait vers la réalisation de son économie.
L'impossibilité de suivre Jésus peut n'être que momentanée
Si ces mots “ La ou je vais, vous ne pouvez venir ” n'étaient précédés de ceux-là “ comme je l'ai dit aux Juifs ”, nous penserions qu'ils ont été prononcés au sens le plus simple et se rapportent à la sortie de l'âme de Jésus hors de cette vie : mais, puisque les Juifs allaient mourir et Jésus, en mourant, descendre en Hadès, comment, eux, ne pouvaient-ils venir là où Jésus allait ? Mais, dira-t-on, c'est parce que Jésus devait aussi se rendre au paradis de Dieu, où ceux qui mourraient dans leur péché n'allaient pas se rendre et où les disciples de Jésus ne pouvaient pas se rendre à ce moment-là, mais plus tard. C'est pourquoi, aux Juifs qui mourraient dans leurs péchés, il est dit ceci : “ Là où je vais, vous ne pouvez venir ”, et aux disciples cela : “ Là où je vais, vous ne pouvez venir pour l'instant.” Voici, en effet, quelle est la suite du texte : “ Comme je l'ai dit aux Juifs, à vous aussi je le dis : Là où je vais, vous ne pouvez venir pour l'instant. ”
Même ainsi le texte requiert une recherche approfondie à cause de l'annonce : “Le fils de l'homme passera trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre. ”
Comment, en effet, passerait-il trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre, lui qui allait se trouver dès son départ (d'ici-bas) au paradis de Dieu, selon la promesse : “ En ce jour, tu seras avec moi au paradis de Dieu ” ? Ces paroles, apparemment contradictoires, ont tellement troublé certains qu'ils ont osé supposer que des gens sans scrupules avaient ajouté à l'évangile ces mots : “ En ce jour, tu seras avec moi dans le paradis de Dieu.”
Quant à nous, nous expliquons, au sens le plus simple, qu'avant de descendre dans ce qu'on appelle “le cœur de la terre”, Jésus a peut-être rétabli au paradis de Dieu l'homme qui lui avait dit : “ Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume ” et, en un sens plus profond, que, dans de nombreux passages de l'Écriture, la désignation “ ce jour ” s'étend à tout le siècle présent ; ainsi dans ces versets : “ Cette parole s'est répandue chez les Juifs jusqu'à ce jour ”, “ C'est jusqu'à ce jour le père des Moabites ”, “ En ce jour, si vous entendez sa voix ” et “ Ne vous détournez pas du Seigneur en ce jour. ” A l'homme qui l'a prié de se souvenir de lui dans le royaume de Dieu. Jésus promet donc de lui accorder, dès le siècle présent et avant le siècle à venir, de demeurer avec lui dans le royaume de Dieu. Ces remarques, cependant, doivent être mises entre parenthèses, comme une digression sur ce qui précède.
Quant aux disciples qui veulent accompagner Jésus — non point corporellement, comme l'imagineraient les naïfs mais de la manière que manifestent ces mots : “ Quiconque ne prend pas sa croix pour venir à ma suite n'est pas digne d'être mon disciple ” —, le Seigneur leur dit maintenant : “ Là où je vais, vous ne pouvez venir pour l'instant.” Car, même s'ils avaient l'intention de suivre le Logos et de le confesser sans être scandalisés à son sujet, ils n'avaient cependant pas encore la possibilité de le faire, “car il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié ” et “nul ne peut dire : Seigneur Jésus, si ce n'est dans l'Esprit-Saint ”.
Or le Logos s'en va selon sa propre voie ; il est suivi de qui s'attache à lui ; mais on ne peut le suivre sans s'être préparé à marcher vaillamment dans les traces du Logos, qui guide vers son propre Père ceux qui font tout afin de pouvoir s'attacher à lui et le suivre jusqu'au moment où ils diront au Christ : “ Mon âme se presse à ta suite.”
Le tome XXXII du Commentaire sur l'Évangile selon Jean ayant atteint une ampleur suffisante, nous arrêterons ici même notre exposé.