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L'ANNONCE DE LA TRAHISON DE JUDAS

 

En vérité, en vérité, je vous le dis, un serviteur n'est pas plus grand que son Seigneur, ni un apôtre plus grand que celui qui l'a envoyé. Si vous savez cela, vous êtes bienheureux, pourvu que vous le mettiez en pratique. Je ne parle pas de vous tous : moi, je sais qui j'ai choisi ; mais afin que soit accomplie l'Écriture : Celui qui mange (mon) pain a levé le talon contre moi.

 

Qui est bienheureux ?

 

Ces lignes me paraissent encore se rattacher à la nécessite d'interpréter par figures le récit du lavement des pieds en effet la parole “ Si vous savez cela, vous êtes bienheureux, pourvu que vous le mettiez en pratique ” s'y rapporte, puisqu'elle n'est pas précédée d'un autre ordre à exécuter, mais seulement du lavement des pieds. Comprendre, en effet, comme l'entend le Logos les enseignements de ce passage, la manière dont les pieds des disciples se souillent, alors qu'ils ont déjà pris un bain, et celle dont ils sont lavés, et mettre ces enseignements en pratique comme le veut Jésus cela, c'est vraiment une œuvre de bienheureux. Il ne serait, en effet, pas raisonnable de dire qu'un terme aussi chargé de sens que “ bienheureux ” revient au premier venu dans ce cas, un domestique, même flatteur et hypocrite, lavant les pieds de son maître, passerait de ce fait pour bienheureux , car ce que nous entendons par “ laver les pieds des disciples de Jésus ” est l'affaire de quelqu'un de grand, qui possède Jésus dans son cœur, en un mot, quelqu'un de bienheureux. Il faut savoir qu'à côte de ce passage il y en a d'autres semblables, dans l'Évangile selon Matthieu, ceci “ Un disciple n'est pas au-dessus de son Maître, ni un serviteur au-dessus de son Seigneur, il suffit au disciple d'être comme son Maître et au serviteur comme son Seigneur ” dans celui selon Luc cela “ Un disciple n'est pas au-dessus de son Maître que tout disciple formé soit comme son Maître ”

 

Tous ne sont pas serviteurs du Logos

 

Apres quoi il s'agit de rechercher à quelles paroles rapporter la déclaration “ Je ne parle pas de vous tous ”. L'un proposera le verset “ Bienheureux êtes vous si vous le mettez en pratique ”, car Judas n'était pas bienheureux. Mais je ne pense pas qu'il soit raisonnable de rapporter cette déclaration à ce verset là. Ces mots Tu es bienheureux, un tel, si tu fais cela sont en effet absolument vrais à la fois de Judas et de n'importe qui fut-il le pire de tous c'est comme si je disais au débauché, quand bien même il ne va ni écouter mes paroles ni se ranger 'Tu es bienheureux si tu te ranges et, à celui qui ne fait aucun cas de la sagesse, même s'il s'en prend à cette manière de penser Bienheureux es-tu si tu acquiers la sagesse et l'instruction.

N'allons-nous donc pas rapporter la déclaration : “ Je ne parle pas de vous tous ” à ces mots “ Un serviteur n'est pas plus grand que son Seigneur ”. En effet puisque “ quiconque commet le péché est serviteur du péché ” et puisque Judas commettait le péché surtout depuis que le diable avait jeté dans son cœur le dessein de livrer le Sauveur Judas était serviteur du péché. Étant serviteur du péché, il n'était pas serviteur du Logos de Dieu. Ainsi, il avait également cesse d être apôtre de Jésus, car il était devenu désormais celui du diable qui avait jeté dans son cœur le dessein de livrer le Sauveur. C'est pourquoi le Sauveur le récusant à la fois comme serviteur et comme apôtre, ajouta a ces mots “ Un serviteur n'est pas plus grand que son Seigneur ni un apôtre plus grand que celui qui l'a envoyé ” ceux-là “ Je ne parle pas de vous tous. ”

 

Le Seigneur ne connaît que les siens

 

Voyons après cela la déclaration “ Moi, je sais qui j'ai choisi ”, ce qui, au sens le plus banal, signifie a peu près ceci je sais quel est chacun de ceux que j'ai choisis, je sais donc aussi quel est Judas et je n'ignore pas que le diable a déjà jeté en son cœur son dessein contre moi. Mais cela a aussi un autre sens, d'après l'usage que l'Écriture fait de “ savoir ” ( ? ? ? ?) et des mots qui lui ressemblent, tels que “ connaître ” ( ? ? ? ? ?). Le Sauveur déclare quelque part qu'à ceux qui lui diront ' En ton nom nous avons mangé, bu et chassé des démons il répondra “ Je ne vous ai jamais connus ” et “ Je ne sais pas d'où vous êtes ”, si nous entendons cela au sens le plus banal, nous paraîtrons avoir du Sauveur une opinion contraire à sa dignité. Mais, puisque “ le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent ” et ne connaît pas ceux qui ne lui appartiennent pas, ce qu'il dit de certains, à savoir “ Je ne vous ai jamais connus ”, peut-être le dirait-il aussi de Judas — s'il ne lui a jamais appartenu — “ Je ne t'ai jamais connu ” et, s'il est tombé après lui avoir appartenu “ Je ne sais pas d'où tu es ”. Maintenant donc que le diable avait déjà jeté en son cœur le dessein hostile à Jésus, Jésus ne le connaissait pas. C'est pourquoi il ne dit pas ' Maintenant je connais tous ceux qui sont ici ', mais “ Moi, je sais qui j'ai choisi ”, comme s'il avait dit “ mes élus ”. Ce n'est pas de tous ceux qui sont ici que je dis “ Moi, je sais qui j'ai choisi ” et l'événement qui va se produire est dû à l'un d'entre vous qui va me livrer pour que soit accomplie l'Écriture qui dit “ Celui qui mange mon pain a levé le talon contre moi ”

 

“ Dresser ” ou “ lever ” le talon contre Jésus

 

Ce texte est paraphrasé par le Psaume 40 en ces termes “ Car l'homme de ma paix en qui j'avais mis mon espoir lui qui mangeait mon pain a dressé (son pied pour) me faire un croche pied ”. Le Sauveur affirme donc que cette parole a été dite de Judas et de lui même. Tu chercheras à ce sujet comment Judas avait été un homme de paix et comment le Seigneur avait mis son espoir en lui. Je pense que ces textes manifestent qu'il y eut un temps ou Jésus avait pleine confiance en lui s'il n'avait en effet jamais été un fils de paix, Jésus ne l'aurait pas envoyé avec les autres apôtres et ne lui aurait pas dit à lui aussi — car c'est aux douze qu'il dit, d'après l'Écriture — “ Dites Paix à cette maison ' Et, s'il se trouve un fils de paix votre paix reposera sur lui sinon votre paix reviendra sur vous ' ” . Considère donc après quelle grande mission le diable a jeté en son cœur le dessein hostile au Sauveur, même s'il est attesté voleur un peu plus haut. S'il avait été voleur des le début la bourse ne lui aurait pas été confiée à mon avis c'est donc alors qu'il était digne de confiance qu'elle lui fut confiée même si Jésus savait d'avance qu'il tomberait. Il était à tel point l'homme de la paix du Christ que Jésus avait placé jadis de grands espoirs en lui comme en un excellent apôtre entends en effet, ces mots “ en qui j'avais mis mon espoir ”. Quant à moi, je pense qu'il avait même eu part à des paroles ineffables, très nourrissantes, reçues de Jésus, qui dit de lui “ Celui qui mangeait mon pain ”.

L'expression “ Il a dressé (son pied pour) me faire un croche-pied ” est traduite par “ Il a levé le talon contre moi ”, parce que “ dressé ” et “ levé ” reviennent au même. Et s'il faut préciser le sens des expressions “ Il a levé son talon contre moi ” et “ Il a dressé (son pied pour) me faire un croche-pied ”, nous dirons que c'est l'action faite par celui qui tend des crocs en jambe à quelqu'un tel était aussi Judas, piétinant le Fils de Dieu. Il mangeait le pain de Jésus avec lui, lorsque Jésus prit la bouchée et, après l'avoir trempée, la donna a Judas, fils de Simon, l'Iscariote. Et Judas leva le talon contre son Maître lorsque, après la bouchée, Satan entra en Judas.

Quant à la possibilité de comparer au verset “ Il a levé le talon contre moi ” cet autre verset “ l'iniquité de mon talon va m'envelopper ” pour le rapporter a Judas, qui avait été dans la part de Jésus, s'était intitulé sa propriété et son apôtre, et qui est appelé fîgurement son talon, parce qu'il est devenu dernier, examine-la toi-même en même temps

 

Je vous le dis dès maintenant, avant que cela n'arrive, pour que, lorsque cela arrivera, vous croyiez (ce) que je suis.

 

Des progrès dans la foi son possibles

 

Ce texte se rapporte à ce qui vient d'être dit à savoir “ Je ne parle pas de vous tous moi je sais qui j'ai choisi mais afin que soit accomplie l'Écriture, Celui qui mange le pain avec moi a levé son talon contre moi ” cet événement, qui aura lieu pour que soit accompli le passage de l'Écriture concernant relui qui levé son talon contre moi et qui est en train de manger le pain avec moi je vous l'annonce des maintenant et je l'annonce avant qu'il n'arrive afin que, lorsque viendra l'accomplissement de la prophétie de l'Écriture vous croyiez ; que c'est contre moi que, d'après la prophétie lève son talon celui qui mange le pain avec moi.

On va peut-être chercher comment Jésus qui venait de laver les pieds des disciples, a pu leur dire comme s'ils ne croyaient pas encore qu'il est le Christ “ Je vous le dis des maintenant avant que cela n'arrive ” et je vous le dis pour ce motif, “ afin que, lorsque cela arrivera, vous croyiez que je suis ” le Christ prophétise. Vois si, sans accuser les disciples de Jésus qui sont si grands, de n'avoir pas encore cru, nous pouvons maintenir le sens voulu par celui qui a dit “ afin que lorsque cela arrivera vous croyiez (ce) que je suis ”. Celui qui accueille des principes de sagesse, parfois en plus de premiers principes grâce auxquels il est déjà sage, reçoit les suivants, dont il n'avait pas encore la sagesse, et devient plus sage, comme il est également dit “ Car, si le sage entend cela, il devient plus sage ”. De même donc si, après avoir dit telle ou telle chose au sage, on ajoutait 'Cela te rend sage', nous ne penserions certes pas que de non sage qu'il était il devient sage, mais de sage, plus sage, car un progrès est survenu et le mené à la perfection, c'est ainsi, comprends-moi, que le croyant peut aussi devenir plus croyant Un jour, en effet, les apôtres s'approchèrent du Seigneur et lui dirent ceci — sans s'accuser d'incrédulité — “ Seigneur, augmente-nous la foi ”, avec le mot “ augmente ”, il est, en effet, clairement démontre qu'ils avaient une foi capable d'accroissement. Si donc nous avons compris cela, songe que, a la suite de premiers motifs de croire, des motifs de croire supplémentaires s'adjoignent a la foi, les disciples eux-mêmes, par conséquent, après les motifs de croire qu'ils avaient déjà, reçurent en outre celui-ci ils virent accomplie la parole de l'Écriture qui dit “ Celui qui mange mon pain a levé le talon contre moi ”, car la prophétie montrait que c'était à son sujet que cette prédiction avait été faite. Entends ces mots “ afin que vous croyiez ” au même sens que ' agissez de manière à croire , demeurant dans la foi, sans aucun motif de changer '.

En vérité, si la foi n'était ni vaste par ses dimensions, ni riche de par sa plénitude, Paul ne dirait pas “ Même si j'ai toute la foi ”. En effet, tout comme le parfait, qui a toutes les vertus, ayant reçu chacune d'elles dans sa perfection, a une parfaite sagesse, une parfaite tempérance, et de même aussi la piété et les autres vertus, ainsi, dirait-on, celui qui est parfait dans la vertu de foi possède la foi tout entière. Je dis cela dans l'idée que ce n'est pas au sens propre que seront nommées la sagesse, la tempérance, la piété ou les autres vertus imparfaites, mais par catachrese, les progrès dans chaque vertu recevant le même nom que la vertu parfaite. C'est ainsi, en effet, qu'on appelle sage celui qui commet certaines fautes, de sorte qu'il a besoin d'être repris, mais qui, loin de haïr ceux qui le reprennent, les aime davantage, selon qu'il est écrit “ Reprends le sage, il t'aimera ”. Et c'est encore ainsi qu'on appelle sage celui qui est ouvert a de nouveaux principes de sagesse, bien qu'il ne possède pas encore ceux qui viennent en second heu, selon qu'il est également dit “ Donne une occasion au sage, il deviendra plus sage ”. Mais nous en sommes venus a ces considérations afin de montrer que celui qui croît déjà peut acquérir d'autres connaissances — de sorte que sa foi en est renouvelée — et développer sa foi en développant ses connaissances

 

Contenu et fermeté de la foi ne sont pas toujours les mêmes

 

Si nous voulons savoir quel est l'homme qui possède la foi tout entière, prenons sommairement comme exemple les éléments qui, dans la foi, sauvent le croyant — supposons au nombre de cent —, et disons que celui qui adhère sans hésitation aux cent éléments évoqués et qui croît avec certitude chacun d'eux, possède la foi tout entière, mais celui à qui manque un certain nombre de ces éléments salutaires de la foi ou qui est privé de certitude à l'égard de ceux qu'il croît, est aussi éloigne d'avoir toute la foi qu'il y a d'articles de foi qui lui font défaut ou qu'il est loin de la certitude a l'égard de ceux qu'il croît, que ce soit a l'égard de l'ensemble ou d'une partie , par conséquent, il faut admettre pour le moment que quelqu'un peut croire certaines choses avec certitude et en croire d'autres, mais sans certitude, on peut cependant concéder d'un commun accord qu'il est impossible de prouver que celui qui est imparfait sur un point n'a de certitude sur aucun, car tous ceux que j'appellerai, selon l'Écriture, “ de peu de foi ” et qui n'ont pas encore reçu la certitude à l'égard de ce qu'ils croient ne sont pas à égale distance de la certitude au sujet de ce qu'ils croient. Il s'ensuit que, d'après cette parole-ci “ Qu'il te soit fait selon ta foi ” et celle-là “ La foi t'a sauve ”, chacun trouvera, selon la rétribution de Dieu dans son juste jugement, un salut proportionné à l'ampleur et à la qualité de sa foi, si toutefois il existe également parmi les sauvés une différence due à la foi, de sorte que la déclaration “ C'est de la mesure dont vous mesurez qu'on se servira pour vous ” s'applique aussi à la mesure de la foi et à la mesure de la rémunération de Dieu et du salut. Celui qui saisit la raison d'être de ce que je viens d'évoquer observera à quel point il était juste de dire aux hommes, parce qu'ils ne sont pas capables de juger “ Ne jugez pas afin de n'être pas juges ” et “ Ne jugez pas avant le temps, avant que ne vienne le Seigneur ”

 

L'essentiel de la foi

 

Apres avoir dit, pour prendre un exemple, que, s'il y a dans la foi cent articles salutaires, tel fidèle, croyant tous les cent avec certitude, possède la foi tout entière, tandis que tel autre, manquant de foi a l'égard de certains de ces cent articles ou de certitude a l'égard de ceux qu'il croît, n'a au contraire pas toute la foi, je vais en outre et pour plus de clarté exposer ce qui suit.

“ Avant toutes choses, croîs qu'il n'y a qu'un seul Dieu qui a tout crée, ordonné et fait passer toutes choses du non-être à l'être ”. Il faut aussi croire que Jésus-Christ est Seigneur, et toute la vérité qui le concerne dans sa divinité et son humanité. On doit croire également au Saint-Esprit et que, étant doués de libre arbitre, nous sommes châtiés pour nos péchés et récompensés pour nos bonnes actions.

Alors si, par hypothèse, quelqu'un, s'imaginant croire en Jésus, ne croyait pas qu'il n'y a qu'un seul Dieu, celui de la Loi et de l'Évangile, dont les Cieux racontent la gloire, parce que crées par lui, et dont le firmament annonce l'œuvre de ses mains, car il est leur ouvrage, il lui manquerait un article de foi fondamental. D'autre part, si quelqu'un croyait que celui qui a été crucifié sous Ponce Pilate est venu en ce monde comme un être saint et secourable, mais qu'il doit sa naissance non a la Vierge Marie et au Saint-Esprit, mais à Joseph et à Marie, à lui aussi manqueraient des éléments essentiels pour qu'il ait toute la foi. Ou encore, si quelqu'un admettait la divinité de Jésus, mais si, choqué par son humanité, il ne croyait pas qu'il y ait eu quelque chose d'humain en lui ou qu'il ait assumé une hypostase humaine, a lui aussi manqueraient, pour une foi complète, des éléments qui n'ont rien d'accessoire. Si quelqu'un tenait, au contraire, pour véritable ce que Jésus a d'humain, mais rejetait l'hypostase du Fils unique, premier-né de toute création, il ne pourrait pas non plus prétendre avoir ainsi toute la foi.

 

Puissance et rareté d'une foi totale

 

Poursuis avec moi cette réflexion point par point, afin que nous voyions combien c'est une grande chose que d'avoir, sans lacunes et avec certitude, toute la foi, si puissante, lorsqu'elle se trouve tout entière dans une âme d'homme, qu'elle peut déplacer n'importe quelles montagnes ; si tous les hommes sont capables de déplacer la montagne désignée par Jésus et celles qui sont montrées à chacun, s'il manque quelque chose à une foi entière ?, cela manque à la capacité de déplacer des montagnes. A ce sujet, je recourrai encore à l'exemple suivant : de même qu'un certain nombre d'hommes, dotés d'une capacité déterminée, procèdent au premier lancement d'un navire à la mer, mais s'il leur manque fût-ce même un seul des coéquipiers ou si l'un d'eux manque de force, le navire n'est pas mis à flot ; de même, la foi totale est semblable à un grand nombre d'hommes déplaçant les montagnes ; mais celui qui est encore imparfait dans la foi est aussi éloigné d'avoir la capacité de déplacer les montagnes qu'il est éloigné d'avoir toute la foi.

Vois s'il n'était pas utile d'examiner tout cela à cause des disciples dont Jésus lava les pieds et à qui il dit : “ Je vous le dis dès maintenant, avant que cela n'arrive, pour que, lorsque cela arrivera, vous croyiez, (ce) que je suis ”, ce qui, de l'avis de quiconque ne s'est pas livré à cet examen, signifierait qu'ils ne croyaient pas encore. L'explication développée de ce passage montre, en même temps, à quel point est grande la vertu qu'impliqué une foi totale et qu'on la trouve rarement, combien enfin chacun d'entre nous est éloigne d avoir une foi entière, qui le rende capable de déplacer les montagnes. D'après le texte qui nous est proposé cependant, il n'est pas de peu d'importance pour l'éveil de la foi que les prophètes aient annoncé d'avance ce qui concerne Jésus et que ce qu'ils avaient prédit soit arrivé au Sauveur selon leurs dires.

 

En vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque reçoit celui que j'envoie, me reçoit, et qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé.

 

L'apôtre est un envoyé

 

Jésus n'envoie pas seulement des saints, mais des saints et des anges, et il envoie ceux qui, parce qu'il les charge de mission sont appelés missionnaires. Dés lors, parmi eux, les uns sont des hommes, les autres des puissances supérieures Car nous n'aurons pas tort d'attribuer le nom d'apôtres à ceux également dont il est écrit “ Ils sont tous des esprits charges d'un ministère, envoyés pour un service à cause de ceux qui doivent hériter le salut ”. En effet, si l'on est apôtre parce que “ envoyé ” et si “ celui qui fait de ses messagers un souffle et de ses serviteurs une flamme de feu ” les a tous envoyés pour un service, ceux-ci, étant des esprits chargés d'un ministère, seraient eux aussi les apôtres de celui qui les envoie. Et quiconque est envoyé par quelqu'un est apôtre de celui qui l'envoie. C'est d'après cela que, plus haut, après “ Un serviteur n'est pas plus grand que son Seigneur ”, il a été dit également : “ ni un apôtre plus grand que celui qui l'a envoyé ”. Par conséquent, tu n'auras pas tort de qualifier Jean (Baptiste) également d'apôtre de Dieu, à cause de ce texte : “ Il y eut un homme envoyé de Dieu ; son nom était Jean ”, et Isaïe de même à cause de celui-là : “ Qui enverrai-je et qui ira vers ce peuple ? ” quand Isaïe répondit : “ Me voici, envoie-moi. ” Mais à quoi bon parler de ceux-là, alors que, dans l'Epître aux Hébreux, notre Sauveur, qui est si grand, est appelé l'apôtre du Père ? Il est écrit, en effet : “ Ayant donc un grand prêtre éminents ” et un apôtre, Jésus-Christ. Maintenant encore, par conséquent, chaque fois que le Sauveur envoie quelqu'un au service du salut de certains, l'envoyé est apôtre de Jésus-Christ.

Mais de même que l'apôtre est apôtre de celui qui l'envoie, de même n'est-il apôtre que pour ceux auprès desquels il est envoyé. C'est en songeant à cela que Paul a dit : “ Même si pour d'autres je ne suis pas un apôtre, pour vous, du moins, je le suis : le sceau de mon apostolat, en effet, vous l'êtes dans le Seigneur. ” Il est donc possible à quelqu'un d'être apôtre de Jésus-Christ envoyé à un seul homme, si, par la providence de Dieu, il a été pour un seul le serviteur du Logos. Nous disons cela afin de considérer à nouveau la supériorité de ceux qui portent le titre d'apôtres de Jésus-Christ ; Paul dit, en effet : “ Ils nous donnèrent la main, à moi-même et à Barnabé, en signe de communion, afin que nous allions, nous, vers les païens, eux, vers les circoncis. ” Paul n'était donc apôtre que pour les païens, et Pierre pour tous les circoncis. Si, comme l'a montre l'Apôtre, l'un de nous est jugé digne de devenir apôtre pour un seul ou pour un petit nombre, il le devient S'il le devient, cependant, qu'il ne s'en glorifie pas, se souvenant de cette parole “ Du reste, ce qui est cherche chez les intendants, c'est qu'ils soient trouvés fidèles ”, car, si l'on cherche, on ne trouve pas forcement ce que l'on cherche

Tout ceci a cause de cette parole “ Quiconque reçoit qui j'envoie ” à propos de tous ceux qui peuvent être envoyés par Jésus, même sans être semblables à ceux que nous avons coutume d'appeler apôtres, et sur la possibilité, même pour des êtres supérieurs à la nature humaine, d'être envoyés par Jésus. Quiconque, par conséquent, reçoit celui que Jésus envoie, reçoit Jésus en son envoyé, et quiconque reçoit Jésus, reçoit le Père , donc quiconque reçoit celui que Jésus envoie, reçoit le Père qui à envoyé Jésus. Mais le sens peut aussi être le suivant quiconque reçoit celui que j'envoie me reçoit et il parvient jusqu'à m'accueillir, mais celui qui me reçoit sans l'intermédiaire de l'un de mes apôtres et qui me fait place sans que je lui sois présent de la part des hommes ou par l'intermédiaire des hommes, mais tel que je séjourne dans les âmes de ceux qui se sont prépares a m'accueillir, celui-là reçoit le Père qui m'a envoyé, de sorte que moi, le Christ, je ne suis pas seul à demeurer en lui, mais que le Père demeure aussi en lui.

D'après cela, il faut aussi comprendre ce qui concerne la situation contraire quiconque, en effet, reçoit celui qu'envoie le fils du malin, celui-là reçoit l'antichrist, et quiconque reçoit le fils du malin et accueille l'antichrist, ce logos qui fait semblant d'être la vente et proclame mensongèrement être la justice, celui-là reçoit le malin lui-même. Appliquons-nous donc, comme de bons changeurs, à éprouver le serviteur de la vérité et à rejeter celui du mensonge.

Il dit donc ici : “ Quiconque reçoit celui que j'envoie, me reçoit et qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé ”, (il dit) aussi : “ Qui me voit, voit celui qui m'a envoyé ” ; mais il n'est pas dit : ' Celui qui croit en vous, croit en moi ' ni : ' Qui vous voit, me voit. ' Il veut, en effet, que nous recevions ses apôtres, non que nous croyions en eux. Recevons donc ceux que le Logos a envoyés auprès de nous et le Logos de Dieu lui-même ; n'accueillons jamais ni l'apôtre de l'antichrist, ni le logos de mensonge.

 

Ceci dit, Jésus fut troublé en esprit ; U en rendit témoignage et dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, l'un d'entre vous me livrera.

 

Ame et esprit de Jésus

 

Plus haut, il a dit : “ Maintenant mon âme est troublée ” ; ici, il est affirmé que, “ ceci dit, Jésus fut troublé en esprit ”. Voici la question que je me pose à ce sujet : pourquoi par analogie avec “ Maintenant mon âme est troublée ”, n'est-il pas dit : ' L'esprit de Jésus est troublé ' ? ou pourquoi n'y a-t-il pas d'analogie entre “ Il fut troublé en esprit ” et “ Maintenant mon âme est troublée ”. J'ai osé me livrer à cette recherche, mais avec discrétion, parce que j'ai remarqué, dans toute l'Écriture, une différence entre l'âme et l'esprit, et que je constate que l'âme est quelque chose d'intermédiaire, capable de vertu et de vice, alors que “ l'esprit de l'homme qui est en lui ” est incapable de mal. Car les plus grands biens sont appelés fruits de l'esprit, non pas, comme on pourrait le penser, de l'Esprit-Saint, mais de l'esprit de l'homme. A l'opposé de cet esprit, en effet, “ les œuvres de la chair sont manifestes ”, d'après Paul, méritant toutes le blâme, puisqu'aucune œuvre de la chair n'est digne d'éloge. Je n'ai trouvé jusqu'à présent qu'un seul texte affirmant que l'esprit d'un méchant ait été endurci par le Seigneur Dieu. Voici, en effet, ce qui est écrit dans le Deutéronome : “ Et Sehon, roi de Hesbon, refusa de nous laisser traverser son pays, parce que le Seigneur Dieu avait endurci son esprit et rendu son cœur inflexible, afin qu'il fût livré entre tes mains, comme (c'est arrivé) en ce jour. ” Mais il serait plus indiqué d'examiner ce qui le concerne dans le " Commentaire du Deutéronome ".

Maintenant il s'agit de dire comment, d'après ce qui précède, “ ceci dit, Jésus fut troublé ” non selon son âme, ni par son âme, ni par son esprit, mais “e n esprit ”. Donc, de peur de laisser tomber l'observation que nous avons faite au sujet de l'esprit, il faut dire que, d'après cette parole-ci : “ Maintenant mon âme est troublées ”, le sentiment de trouble était le fait de l'âme et que, d'après cette parole-là : “ Jésus fut troublé en esprit ” — c'est-à-dire en son esprit humain —, ce sentiment provenait de la suprématie de l'esprit. Car, tout comme le saint vit en l'esprit qui, dans sa vie, est à l'origine de toutes choses, de toute action et prière, et de la louange adressée à Dieu, ainsi tout ce qu'il fait, il le fait en esprit. Mais aussi, s'il subit quelque chose, il le subit en esprit. S'il en est ainsi du saint, à combien plus forte raison faut-il le dire du chef des saints, Jésus, dont l'esprit de l'homme qui était en lui, puisqu'il avait assumé l'homme tout entier, ébranla en lui les autres éléments humains ! . C'est ainsi qu'il “ fut troublé en esprit ”, afin de rendre témoignage et de dire avec cet amen qui est en quelque sorte un serment divin : “ Je vous le dis, l'un d'entre vous me livrera. ” . Son esprit ayant, en effet, observé le dessein de livrer le Maître, dessein que le diable avait déjà jeté dans le cœur de Judas, fils de Simon l'Iscariote, Jésus, éclairé, à mon avis, sur ce qui allait arriver, fut troublé et, puisque ce trouble venait de la connaissance qu'il avait en l'esprit — qui était, lui aussi, saisi par le trouble —, il est dit : “Jésus fut troublé en esprit.”. Peut-être aussi, en un certain sens, selon que “ la chair est faible ”, sa chair fut aussi troublée : car Jésus était cela (chair et esprit), lui dont Gabriel avait dit à Marie : “ Voici que tu concevras dans ton sein et tu lui donneras le nom de Jésus ; il sera grand et sera appelé fils du Très-Haut.”

 

 Jésus livré par un disciple

 

Prends note également de la manière dont, dans le passage examiné, l'expression “ Il rendit témoignage ” se rapporte à cette phrase : “ L'un d'entre vous me livrera. ”

Ce que Jésus disait et annonçait d'avance à ses disciples au sujet de Judas, l'un d'entre eux, était un témoignage, qualifie du même nom, je présume, que le fait de rendre témoignage et de mourir pour le service de Dieu. A mon avis, en effet, la signification de l'expression “ Il rendit témoignage ” n'est pas la même lorsqu'on l'emploie pour designer le témoin (martyr) de Dieu et de son Christ, et maintenant ou elle se rapporte a “ L'un d'entre vous me livrera ”

De plus, je considère également avec le plus d'attention possible cette expression “ l'un d'entre vous ”, qui se rapporte à Judas ne manifeste-t-elle pas qu'il est tombé de la dignité d'apôtre, à laquelle il avait, lui aussi, été élevé, parce qu'il avait eu précédemment des dispositions comparables à celles des autres apôtres. C'est de cette manière, en effet, que j'ai aussi compris ce verset “ Voici qu'Adam est devenu comme l'un d entre nous ”, car il n'est dit ici ni ' comme nous ' ni ' comme moi ', mais, parce que lui seul est tombé de la béatitude, “ comme l'un d'entre nous ”, l'expression “ comme l'un ” me paraît concorder avec celle-là “ Vous, vous mourez comme des hommes et vous tombez aussi comme l'un des princes ”. Car, alors qu'il y avait plusieurs princes, un seul est tombé, et c'est comme lui et à l'imitation de sa chute que tombent les pécheurs. Car tout comme ce prince est tombé, alors qu'il était dans la divinité, de même aussi ceux à qui le Logos fait cette déclaration “ Moi, j'ai dit Vous êtes des dieux, des fils du Très-Haut, vous tous ”, alors qu'a l'origine ils ne sont pas des hommes, ils meurent comme des hommes et tombent comme l'un des princes, après être déchus de la béatitude.

Je pense aussi que c'est avec étonnement que ces mots (“ l'un d'entre vous ”) ont été prononcés en un sens tel que celui qui va me livrer n'est pas étranger à mes disciples, ni même un individu parmi la foule des disciples, c'est au contraire, un des apôtres que j'ai honorés de mon choix. Sans doute sont-ils nombreux à condamner Jésus en disant “ Crucifie-le, crucifie ” et “ Débarrasse la terre de cet homme ”. Mais le livrer était l'œuvre de quelqu'un qui l'avait vu et reconnu sachant qu'il était le Maître qui avait dispensé tant d'enseignements si importants, qu'il avait entendus en privé avec les (autres) apôtres , et le connaissant comme Seigneur, il livra, en le livrant, la grandeur qu'il connaissait en lui, ce que n'aurait pu faire quiconque n'aurait pas contemplé sa grandeur. Il aurait, en effet, livré le grand, mais non en tant qu'il est grand, puisqu'il n'aurait pas su en quoi il est grand. Mais celui qui, après avoir appris combien il était grand et avoir entendu la grandeur de la sagesse, du Logos et de la grâce qui était en lui, le trahissait, trahissait toute sa grandeur, en tant qu'il l'avait vue. C'est pourquoi il aurait mieux valu pour lui ne pas être né, soit de la naissance de la palingénésie, comme on pourrait l'entendre en un sens plus profond, soit de la naissance commune. Si quelqu'un, voulant s éviter des embarras à ce sujet, demande que ce qui vaut pour quelqu'un vaille pour quelqu'un d'existant et suppose que, s'il n'avait pas été, il ne lui aurait pas mieux valu, il recourra à la seconde interprétation et l'adoptera de préférence.

 

Les disciples se regardaient les uns les autres, sans savoir de qui il parlait.

 

 Judas n'était au début ni bon ni mauvais

 

Si, lorsque le Sauveur dit “ L'un d'entre vous me livrera ”, la perversité de Judas avait été manifeste aux yeux des disciples de Jésus, ils auraient su quel était celui qui allait livrer le Maître. De fait les disciples se regardent “ les uns les autres, sans savoir de qui il parle ”. Par une excellente conduite antérieure, en effet, Judas a peut-être déconcerte les apôtres, de sorte qu'ils n'ont rien soupçonné de mauvais en lui, peut-être aussi n'appartenait-il pas entièrement au mal, alors même que “ le diable avait déjà jeté dans le cœur de Judas, fils de Simon, l'Iscariote, le dessein de livrer ” Jésus, c'est en effet, parce que des résidus de bonnes intentions subsistaient en lui, que, voyant Jésus condamné, lorsque, “ après l'avoir ligoté, on l'emmena et le livra au gouverneur Pilate ” Judas, “ saisi de remords, rendit les trente pièces d'argent aux grands prêtres et aux anciens en disant : J'ai pèche en livrant un sang innocent ”, c'est alors que, à la suite de leur réponse “ Que nous importe ? A toi de voir ”, 1l'avare Judas “ après avoir jeté l'argent, alla se pendre ”, sans attendre de voir le dénouement du procès de Jésus devant Pilate. Son remords ne fut pas pur de tout péché, ni sa perversité sans mélange de quelque bien Car si son remords avait été pur, à l'imitation de celui du brigand qui dit “ Souviens-toi de moi, Jésus, quand tu viendras dans ton règne ”, il aurait fait, en s'approchant du Sauveur, ce qui dépendait de lui afin d'en obtenir le pardon pour la trahison déjà perpétrée. Si, d'autre part, il avait banni de son âme toute notion de bien, il n'aurait pas eu de remords en voyant Jésus condamne, il aurait, au contraire, renchéri sur sa trahison par des accusations du même genre, mais il aurait aussi joui en avare des trente pièces d'argent qu'il avait reçues, “ le prix de celui qui avait été évalue a prix d'argent ”, il n'aurait pas songé à repousser cet argent, ne l'aurait pas restitué aux grands prêtres et aux anciens et n'aurait pas confessé devant eux “J 'ai pèche en livrant un sang justes ”, par quoi il s'accusait lui-même et faisait l'éloge du Maître. Quant à se pendre, nul autre ne l'y poussa, si ce n'est celui qui avait jeté en son cœur le dessein de livrer le Sauveur dans ces deux occasions, il donna prise au diable.

Nous nous sommes livré selon nos possibilités à ces investigations pour prouver, d'une part, à ceux qui s'imaginent que Judas était par nature incapable de salut, qu'il n'en était pas ainsi, et pour expliquer, en même temps, qu'à la suite de la parole du Seigneur les disciples ont bien fait de “ se regarder les uns les autres, sans savoir de qui il parlait ”. Il suffit de citer encore, empruntée au Psaume 40, la parole prophétique qui montre que Judas est tombé alors qu'il était saint, puisqu'il est écrit “ Car même l'homme de ma paix, en qui j'avais mis mon espoir, lui qui mangeait mon pain, a dressé le talon contre moi ”. Mais aussi ces mots “ Si un ennemi m'avait insulté, je l'aurais enduré ”, rapportés à Judas, montrent qu'il n'était pas un ennemi dés le début. De plus, ce verset “Si celui qui me hait avait tenu de grands discours contre moi, je me serais caché loin de lui ” prouve qu'il y eut un temps ou Judas aimait Jésus, étant parvenu même jusqu'à être un autre lui-même, puisqu'il est écrit “ Toi qui étais un autre moi même, mon guide, mon intime ”

 

Les disciples ont bien fait de douter d'eux-mêmes

 

Tu pourrais trouver des milliers d'autres exemples qui te feront comprendre que les disciples avaient raison de “ se regarder les uns les autres sans savoir de qui il parlait ” Luc a rapporté qu'à la suite de la parole du Sauveur “ Or voici que la main de celui qui me livre est avec moi à cette table, le Fils de l'homme s'en va selon ce qui est fixé pour lui mais malheur à l'homme par qui il est livré ” les disciples se mirent à discuter entre eux “ quel était parmi eux celui qui allait faire cela ”, ils discutaient, en effet “ sans savoir de qui Jésus parlait ”. Mais d'après Luc il ne paraît pas que chacun se soit aussi soupçonné lui même d'après Matthieu et Marc, c'est évident. Matthieu dit, en effet “ Très affligés, ils se mirent à dire : Serait-ce moi Seigneur ? ”. Et Marc “ Ils commencèrent à s'affliger et à lui dire à tour de rôle ;  Serait-ce moi et un autre : Serait-ce moi ? ”. Étant hommes, en effet ils se souvenaient à mon avis que les intentions de ceux qui sont encore en progrès sont inconstantes, capables de vouloir le contraire des résolutions prises auparavant. Peut être aussi avant appris contre quels adversaires nous avons à lutter, étaient ils sur leurs gardes à cause de l'incertitude (qui pèse) sur les hommes n'allaient-ils pas, vaincus, accepter même de trahir le Maître ?. Car lorsque Pierre affirma avec assurance “ Même si tous sont scandalisés à ton sujet, moi, je ne serai pas scandalisé ”, il avait l'intention de ne pas renier Jésus, mais vaincu par l'esprit de lâcheté, il le renia trois fois avant le chant du coq. Par de tels récits nous apprenons également “ Que celui qui est debout prenne garde qu'il ne tombé ” et “ Ne te vante pas du lendemain, car tu ne sais pas ce qu'enfantera le jour qui vient ”

Le passage “ Les disciples se regardaient les uns les autres ” manifeste peut-être également, en plus du sens le plus banal, a peu près ceci selon les possibilités de la nature humaine, chacun considérait la ligne de conduite de l'autre, en se demandant si la personne qui avait accompli de telles œuvres et qui avait éprouve de tels sentiments a 1 égard du Maître pouvait dévier et oublier les enseignements du Maître au point d'en arriver même à le livrer, lui qui ne ment pas et qui rendait un témoignage véritable en disant “ En vérité, en vérité, je vous le dis, l'un d'entre vous me livrera ”. Elle est significative, l'expression employée pour les disciples “ sans moyen de savoir de qui il parlait ”. Ils n'avaient, en effet, aucun moyen de comprendre qui était concerné par cette prophétie, ils étaient, au contraire, dépourvus de moyens à ce sujet, sans rien trouver de sûr à penser ou à dire.

Un des disciples, celui que Jésus aimait, était couché (à table) contre le sein de Jésus. Simon Pierre lui fait donc signe et lui dit : Demande quel est celui dont il parle. Se renversant contre la poitrine de Jésus, l'autre lui dit : Seigneur, qui est-ce ? Jésus lui répond donc : C'est celui pour qui je vais tremper la bouchée. Après avoir donc trempé la bouchée, il la prend et la donne à Judas, fils de Simon l'Iscariote. Alors, après cette bouchée, Satan entra en lui. Jésus lui dit : Ce que tu fais, fais-le vite. Mais aucun des convives ne comprit dans quel but il lui disait cela. Comme Judas détenait la bourse, certains pensèrent, en effet, que Jésus lui disait : Achète ce dont nous avons besoin pour la fête, ou de donner quelque chose aux pauvres.

 

Le disciple que Jésus aimait, c'est Jean

 

Celui qui était couché contre le sein de Jésus, l'un des disciples, celui que Jésus aimait, paraît être Jean, l'auteur de l'évangile, car à la fin de l'évangile il est écrit que “ en se retournant, Pierre aperçoit, marchant à leur suite, le disciple que Jésus aimait, celui-là même qui, au cours du dîner, s'était renversé sur sa poitrine et lui avait demandé Seigneur, quel est celui qui te livre. Le voyant donc, Pierre dit à Jésus Seigneur, et lui ? Jésus lui dit Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? Toi, suis-moi. La rumeur se répandit donc parmi les frères que ce disciple ne mourrait pas. Cependant Jésus n'avait pas dit à Pierre qu'il ne mourrait pas, mais Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? ”. Ce disciple est Jean, l'auteur de l'évangile, c'est évident de par la suite du texte, conçue en ces termes : “ C'est aussi ce disciple qui rend témoignage de ces événements et qui les a notés. ”

Remarque donc comment, dans les deux passages de l'évangile, Pierre, comme s'il lui faisait particulièrement confiance et avait pour lui une préférence, tantôt “ lui fait signe et lui dit : Demande quel est celui dont Jésus affirme ” qu'il va le trahir, tantôt, le voyant marcher à leur suite, interroge Jésus à son sujet, comme s'il se souciait de lui plus que des autres : “ Seigneur, et lui ? ” car il voulait apprendre quelle serait la fin de Jean, de même qu'il savait ce qui le concernait, lui : “ Lorsqu'il vieillirait, il étendrait les bras, un autre lui nouerait sa ceinture et le mènerait là où il ne voudrait pas aller. ”

 

Le sein de Jésus

 

S'il est vrai que les paroles prononcées par Jésus sont esprit, et non lettre, totalement vie et nullement mort, et si, étant son imitateurs, le disciple qu'il aimait note de l'esprit et de la vie, il faut entendre cette expression : “ Un des disciples était couché (= reposait) contre le sein de Jésus ” d'une manière digne de l'honneur qu'il convient au Fils de Dieu d'accorder, et à celui qu'il aime de recevoir de sa part. Si le fait que Jean reposait alors sur le sein de Jésus a aussi un sens symbolique — il était honoré de ce privilège parce que jugé digne d'un amour préférentiel de la part du Maître —, ce symbole prouve, je pense, que, reposant dans le Logos et trouvant sa détente dans les plus grands mystères, Jean reposait dans le sein du Logos d'une manière analogue a celle dont le Logos est dans le sein du Père, selon le verset “ Le Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est lui qui l'a fait connaître ”

Si nous n'entendons pas d'une manière trop basse ce passage également “ Il arriva que le pauvre mourut et fut emporte par les anges dans le sein d'Abraham ”, nous concevrons le sein d'Abraham de la même manière. S'il en est ainsi, nous aurons réfuté le doute que soulevé, par ignorance de l'Écriture, celui qui prétend rejeter la parabole du riche et du pauvre d'après lui, en effet, si Lazare a repose dans le sein d'Abraham, un autre était dans le sein d'Abraham avant que Lazare ne quitte la vie, et un autre avant lui. Mais aussi, à ce qu'il prétend, si un autre juste meurt, le pauvre lui cédera la place quiconque émet des doutes à ce sujet n'a, en effet, rien compris au sein d'Abraham et que des hommes innombrables pourront reposer en même temps dans le sein d'Abraham, en ayant part aux révélations qui lui furent accordées.

S'il faut alléguer encore un autre passage de l'Écriture au sujet du terme de “ sein ”, examinons donc comment “ le Seigneur dit encore a Moïse Mets ta main dans ton sein Il mit sa main dans son sein Puis il la retira de son sein et sa main était devenue blanche de lèpre, semblable a de la neige Et il lui dit Mets ta main dans ton sein Il mit sa main dans son sein, puis il la retira de son sein et elle avait repris la couleur de la chair ” Il est certes difficile de voir de quoi ce signe peut être le symbole et cela nous dépasse. Cependant, puisque nous ne devons pas nous lasser de chercher et de livrer au jugement du lecteur ce qui nous vient a l'esprit, nous dirons que la main est souvent un symbole d'actions et que le sein de Moïse a deux propriétés la première, suivant les intentions de la lettre, rend l'activité de celui qui agit semblable à de la neige, d'après le langage des Hébreux, ou aussi blanche de lèpre, la seconde, suivant la loi spirituelle, manifeste une manière de vivre pure, rétablie dans l'état voulu par sa nature, la raison (logos). Remarque que ces événements sont suivis de la déclaration “ S'ils ne te croient pas et s'ils n'écoutent pas la voix de ce premier signe, ils te croiront à la voix du second signe ”. En effet, celui qui ne croît pas l'interprétation littérale, croît l'explication spirituelle de la Loi à cause de l'élévation de ce qui est signifie. Si quelqu'un ne croît pas ces deux signes, dont le premier transforme l'action en lèpre, et le second la rétablit dans son état naturel, l'eau se transforme pour lui en sang. Il est écrit, en effet “ Il arrivera que, s'ils ne te croient pas à la suite de ces deux signes et s'ils n'écoutent pas ta voix, tu prendras de l'eau du fleuve et tu la verseras sur le sol, et l'eau que tu auras prise du fleuve deviendra du sang sur le sol ”. Note bien qu'a propos de ce signe-là il n'est plus dit ni “ Ils te croiront” ni “ Ils ne croiront pas ”. Car il est (simplement) révèle que l'eau prise au fleuve se transforme en sang pour celui qui n'aura pas cru les deux (premiers) signes par son incrédulité, en effet, il s'est rendu incapable de jouir d'un logos bon a boire.

Mais, après avoir pris, pour expliquer le sein de Jésus, plus d'exemples que ne le requérait ce passage, revenons a notre sujet et, après avoir compris que celui que Jésus aimait reposait sur le sein de Jésus, faisons tout afin d'être admis a cet amour exceptionnel ainsi, en effet, nous reposerons, nous aussi, sur le sein de Jésus.

 

Pierre fait signe à Jean qui se renverse sur la poitrine de Jésus

 

Or, Simon Pierre fait signe au disciple bien-aimé et, parce que le signe ne lui suffit pas, il lui dit “ Demande quel est celui dont il parle ”. Puisque dans les Proverbes le fait de faire signe est pris en mauvaise part — car le méchant “ fait signe de l'œil, transmet des signaux avec le pied, des renseignements par les mouvements de ses doigts, il forge le mal d'un cœur déprave ” et aussi “ Celui qui fait signe de l'œil avec ruse amoncelle des malheurs pour les hommes ” —, il faut dire que ce qui est mauvais, ce n'est pas de faire signe, mais de faire signe de l'œil, c'est-à-dire de lancer des clins d'œil furtifs et de ne pas regarder droit devant soi, c'est de faire signe avec ruse qui mérite le blâme. Il revenait, au contraire, à Pierre de faire signe par désir de s'instruire et, a la suite d'un tel signe, de dire a son condisciple, dans l'idée qu'il jouissait d'une plus grande liberté à l'égard du Maître “ Demande quel est celui dont il parle. ” Peut-être en effet voulait-il considérer le mystère de la trahison que Judas perpétrait contre Jésus : pour que Pierre l'apprît, Jean, qui auparavant reposait sur le sein de Jésus, se redressa pour se renverser sur sa poitrine.

S'il ne s'était pas renversé sur sa poitrine, mais avait continué de reposer sur son sein, peut-être Jésus ne lui aurait-il pas confié la parole que Jean ou Pierre désirait entendre. C'est pourquoi, bien qu'il ait d'abord reposé sur le sein de Jésus et qu'ensuite il se soit renversé sur la poitrine de Jésus, l'authentique disciple de Jésus est caractérisé à la fin de l'évangile par la seconde attitude, parce qu'elle est meilleure et plus excellente. Il est écrit, en effet : “ S'étant retourné, Pierre aperçoit, marchant à leur suite, le disciple que Jésus aimait, qui, au cours du dîner, s'était renversé sur sa poitrine et lui avait dit : Seigneur, quel est celui qui te livre ? ” il n'est, en effet, pas écrit : 'celui qui reposait sur le sein de Jésus'.

 

En lui donnant la bouchée Jésus reprend à Judas un bien dont il était indigne

 

Mais voyons aussi quelle réponse le Seigneur a donnée. “ C'est, dit-il, celui pour qui je vais tremper la bouchée ” et à qui je vais la donner. Ceci dit, Jésus, “ après avoir trempé la bouchée, la prit et la donna à Judas, fils de Simon l'Iscariote ”. Après la bouchée, à ce moment-là, Satan entra en lui, alors qu'il n'avait pas pu y pénétrer auparavant, même pas dès l'instant où il avait jeté dans le cœur de Judas, fils de Simon, l'Iscariote, l'intention de livrer Jésus. A mon avis, en effet, il fallait, en échange du don de cette bouchée, reprendre à celui qui était indigne de le posséder le don supérieur qu'il croyait avoir, car “ a celui qui n'a pas, on enlèvera même ce qu'il croît avoir ”. Donc, une fois dépouille, parce qu'il en était indigne, du bien supérieur (qui était) celui-là même qui venait de parler, Judas fut capable d'accueillir l'entrée de Satan en lui. Afin de faire comprendre comment le Seigneur donna une bouchée a Judas et comment celui-ci se défît alors d'un bien supérieur qui était en lui, peut-être aussi de la paix qui revient de l'auditeur qui la refuse a celui qui la proclame, selon qu'il est dit “ S'il y a la un fils de paix, votre paix reposera sur lui, s'il n'y a pas la de fils de paix, votre paix retournera sur vous ”, (afin de le faire comprendre), nous citerons, en guise d'exemple, le verset de la Seconde épître aux Corinthiens conçu en ces termes “ votre superflu au secours de leur indigence, afin qu'aussi leur superflu vienne au secours de votre indigence ”. Car, après avoir compris ici l'échange de biens matériels contre des spirituels, on pourra voir comment Jésus donna une bouchée a celui qui n'était pas digne de pain afin de lui enlever la paix en échange de cette bouchée, car il n'était plus digne de s'entendre dire “ car l'homme de ma paix ” — en effet “ Que le souille se souille encore ”, une fois celle-ci ôtée, celui qui était a l'affût et du moment d'entrer dans son âme et de l'homme qui lui donnerait l'occasion d'entrer, entra en Judas. Remarque en même temps qu'auparavant Satan n'était pas entre en Judas, mais qu'il avait seulement “ jeté dans le cœur de Judas, fils de Simon, l'Iscariote, le dessein de livrer ” le Maître, d'après le texte que nous examinons maintenant, c'est après qu'il eut reçu la bouchée que Satan entra en lui. Soyons, par conséquent, nous aussi, sur nos gardes, de peur que le diable ne jette en notre cœur l'un quelconque de ses traits enflammés. Car s'il en jette un, il est ensuite à l'affût afin de pénétrer aussi lui-même.

On peut se demander pourquoi il n'est pas écrit : ' C'est celui à qui je donnerai la bouchée ', mais pourquoi il est ajouté : “ Je la tremperai ”. “ Je tremperai la bouchée ”, dit-il en effet, et je la donnerai, et “ après avoir trempé la bouchée, il la prend et la donne à Judas, fils de Simon, l'Iscariote ”. A l'occasion de tels passages, examine si tu peux dire que le pur pain de froment n'est pas trempé et qu'il est nourrissant par lui-même. Mais la bouchée donnée à Judas n'était ni du pain de froment ni une bouchée non trempée ; elle était trempée, au contraire, pour celui qui serait capable d'arracher de son âme la trempe qu'il avait reçue jusqu'à un certain point du Logos, de sorte qu'après la bouchée Satan entra en lui.

 

Impertinence de Judas

 

Pour ma part, j'aurais envie d'étudier, comme apparenté à ce passage-là, celui de l'Évangile selon Matthieu : “ Celui qui plonge (= trempe) avec moi la main dans le plat, c'est lui qui me livrera ”, celui de l'Évangile selon Marc : “ Celui qui plonge avec moi dans le plat ” et celui de l'Évangile selon Luc, même s'il n'emploie pas le terme de “ plonger ”, selon qu'il est dit : “ Or, voici que la main de celui qui me livre est à cette table avec moi. ” Sans doute la véritable explication de tout cela devrait-elle se trouver chez des gens beaucoup plus avisés que moi. Pour ma part, je suppose qu'ici se manifeste aussi l'impudence de Judas, qui partageait le repas du Maître sans lui rendre honneur et qui ne s'effaçait pas devant lui, comme le faisaient les autres au moment de tremper leur bouchée dans le plat. C'est pourquoi, aucun d'entre eux ne plongea la main dans le plat en même temps que Jésus ; Judas, lui, ne daignant pas la plonger en même temps qu'eux, la plongea en même temps que Jésus, car il revendiquait l'égalité avec lui, alors qu'il aurait dû lui céder la prééminence. Peut-être la déclaration “Voici que la main de celui qui me livre est a cette table avec moi ” se rattache-t-elle a la même idée. En guise de plaisanterie, on utilisera, à l'occasion, cette parole pour exhorter les jeunes à témoigner de la déférence aux anciens au cours des repas, pour qu'ils évitent de leur heurter la main. En effet, il est également écrit ceci “ Ne te heurte pas contre lui dans le plat ”. Sans ignorer que ces explications seront taxées par leurs auditeurs d'investigations superflues et de réponse incapable de persuader qui les entend, nous avons ose les donner, en pensant que mieux valait tout examiner que de laisser une partie du texte sans examen.

 

Jésus donne-t-il un ordre à Judas ou à Satan ?

 

Or, une fois Satan entre en Judas, “ Jésus lui dit d'après l'Écriture Ce que tu fais, fais-le vite ”. A qui, lui ? C'est ambigu, puisque le Seigneur peut avoir dit a Judas lui-même ou a Satan “ Ce que tu fais, fais-le vite ”, qu'il ait provoqué l'adversaire à la lutte ou le traître à servir l'économie qui devait être salutaire au monde et qu'il voulait ne plus voir tarder ni traîner, mais accélérer, au contraire, le plus possible, car il n'éprouvait aucune frayeur — comme l'imaginent certains de ceux qui n'ont pas compris en quel sens il a dit “ Père, si c'est possible, que ce calice passe loin de moi ” —, mais il ôtait ses vêtements, si je puis dire, avec la plus grande hardiesse en vue du combat. Je pense aussi que le Psaume 26 est une prophétie mise en la bouche du Sauveur au moment de sa passion et quand le malin lutte contre lui avec toutes ses troupes , les voyant d'avance armés contre lui et prêts au combat, lorsque “ les rois de la terre se sont avancés et les princes se sont rassemblés contre le Seigneur et contre son Christ ”, il dit “ Le Seigneur est ma lumière, le Seigneur est mon Sauveur, qui craindrais-je ? Le Seigneur protège ma vie de son bouclier, devant qui tremblerais-je ? Quand des malfaiteurs se sont approchés de moi pour dévorer ma chair, ce sont mes oppresseurs et mes ennemis qui ont chancelé et qui sont tombés. Si un camp doit être dressé contre moi, mon cœur sera sans crainte, si une guerre s'élève contre moi, au milieu d'elle, moi, j'espère ”.

Cependant ces mots, adressés par Jésus à Satan ou à Judas “ Ce que tu fais, fais-le vite ”, aucun des convives ne comprit dans quel but il les avait prononcés. Car eux pensaient que, puisque la fête de Pâques était proche, il disait à celui qui détenait la bourse pour les dépenses courantes et pour les dons en faveur des pauvres ' Achète, toi, ce dont nous avons besoin pour la fête ' ou ' Donne aux pauvres une partie de l'argent rassemble '. Ce n'est pas cela que Jésus voulait dire, en effet voyant, au contraire, celui qui était entre et celui qui l'avait accueilli et tout le complot ourdi contre lui, Jésus était en train d'ôter ses vêtements en vue du combat et en vue de remporter, pour le salut des hommes, la victoire sur le malin, lorsqu'il dit “ Ce que tu fais, fais-le vite ”

 

Il sortit donc aussitôt après avoir pris la bouchée ; il faisait nuit.

 

Judas a-t-il absorbé la bouchée ?

 

Le Sauveur avait dit a Judas “ Ce que tu fais, fais-le vite ” En cela seulement le traître obéit maintenant au Maître. En effet, après avoir pris la bouchée, il ne tarda ni ne traîna, au contraire, ainsi qu'il est écrit, “ il sortit aussitôt ”, afin d'accomplir au plus vite, selon l'ordre de Jésus, l'œuvre de la trahison. Et il “ sortit ” vraiment, car il ne quitta pas simplement, au sens le plus banal, la maison ou se donnait le repas, mais il quitta Jésus définitivement, à la manière dont certains “ nous ont quittés ”. Je pense, quant a moi, que Satan, entre en Judas après la bouchée, n'était pas non plus capable de supporter d'être dans le même lieu que Jésus, car il n'y a aucun accord entre le Christ et Behar.

S'il n'est pas superflu que je cherche pourquoi, à la suite de “ après avoir pris la bouchée ”, il n'est pas ajouté ' et l'ayant mangée ', a toi de le voir. Lorsqu'elle le veut, la Parole ajoute, en effet, le fait de manger à celui de prendre, ainsi qu'il est écrit au sujet du pain de bénédiction Jésus dit à ses disciples “ Prenez, mangez ”. Serait-ce qu'après avoir pris la bouchée, Judas ne l'aurait pas mangée. Alors, même si ce que nous allons dire paraît contredire partiellement ce que nous avons déjà dit, retournons en tous sens les problèmes qui se posent a propos de ce passage, laissant le lecteur juger laquelle de nos interprétations il faut admettre. “ Apres avoir trempe la bouchée ”, est-il dit, évidemment aussi après l'avoir laissée dans le plat, Jésus “ la prend ” — car c'est de cette manière que l'on comprendra ces mots “ après avoir trempe la bouchées ”, de sorte que le fait de prendre ne soit pas superflu. Ensuite il est dit qu'“ il la donne a Judas, fils de Simon l'Iscariote Et après la bouchée, à ce moment-là, Satan entra en lui ” “ après la bouchée ” donc, que Judas n'avait peut-être pas mangée, car Satan, entre en lui, avait prévenu l'usage de cette bouchée, de peur que Judas ne tirât profit du don que Jésus lui avait fait de cette bouchée. Car elle avait une force bienfaisante pour qui en ferait usage, cependant, celui qui avait jeté une fois dans le cœur de Judas le dessein de livrer le Maître, craignant qu'a la suite de l'usage de la bouchée, ce dessein ne se détachât de celui en qui il avait été jeté, prit les devants et pénétra en Judas au moment même ou il prenait la bouchée, c'est alors aussi que, Jésus lui ayant dit “ Ce que tu fais, fais-le vite ”, Judas “ sortit aussitôt après avoir pris la bouchée ”. Aussi pourrait-on dire a ce sujet, non sans vraisemblance de même que celui qui mange le pain du Seigneur et boit sa coupe indignement, mange et boit en vue de sa condamnation — car dans le pain et dans la coupe une même force supérieure procure une amélioration, si les dispositions sont bonnes, et engendre la condamnation, si elles sont mauvaises —, ainsi la bouchée que Jésus donna a Judas était-elle de même nature que celle qu'il donna aux autres apôtres, en leur disant : “ Prenez, mangez ”, mais pour eux en vue de leur salut, pour Judas, en vue de sa condamnation, de sorte qu'après la bouchée, Satan entra en lui.

Que le pain et la coupe soient compris par les plus simples selon l'interprétation commune, qui concerne l'eucharistie, et, par ceux qui ont appris à écouter en profondeur, selon la promesse plus divine, qui concerne le Logos de vérité, qui est nourrissant — c'est comme si je disais, pour prendre un exemple, que le pain le plus nourrissant pour le corps fait monter une fièvre sous-jacente, mais fait aussi parvenir une bonne constitution à la santé. C'est pourquoi il arrive souvent qu'une parole véridique donnée à une âme malade, qui n'a pas besoin d'une telle nourriture, l'écrase et devient pour elle l'occasion d'une aggravation : ainsi est-il dangereux même de dire la vérité. J'ai dit cela à propos de la bouchée que Jésus donna, une fois trempée, à Judas, fils de Simon, l'Iscariote ; nous avons débattu la question dans les deux sens : qu'il faille dire qu'après avoir reçu la bouchée, il l'a mangée, ou qu'il en fut empêché par l'entrée de Satan en lui.

 

Nuit du péché

 

S'il faut également examiner ces mots : “ Il faisait nuit ”, puisque l'évangéliste ne les a pas jetés là par hasard, il convient de dire que la nuit visible régnait à cette heure d'une manière symbolique, nuit qui était l'image de celle qui était entrée dans l'âme de Judas lorsque Satan, les ténèbres qui planaient au-dessus de l'abîme, était entré en lui “ Car Dieu avait appelé les ténèbres nuit ”, nuit dont nous ne sommes pas les enfants, pas plus que des ténèbres, d'après Paul qui dit “ Or, frères, nous ne sommes ni de la nuit ni des ténèbres ” et aussi “ Nous qui sommes du jour, soyons sobres ? ”. Il ne faisait donc pas nuit pour ceux qui avaient eu les pieds lavés par Jésus, mais un jour éclatant, car ils avaient été purifiés, nettoyés de toutes les souillures contractées par les pieds de leurs âmes, il ne faisait pas nuit, en particulier, pour celui qui reposait sur le sein de Jésus, car Jésus l'aimait et, par son amour, dissipait toute ténèbre. Pour Pierre non plus il n avait pas fait nuit lorsqu'il avait confessé “ Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ”, car le Père céleste le lui avait révélé. Mais il fit nuit pour lui a l'instant du reniement. A ce moment donc, lorsque Judas sortit aussitôt après avoir pris la bouchée, il faisait nuit pour lui qui sortait, car l'homme dont le nom est Orient n'était pas avec lui, puisque par ce départ Judas abandonnait le soleil de justice. Empli de ténèbres, il poursuivait Jésus, mais ni les ténèbres, ni celui qui les avait accueillies en lui ne put saisir la lumière qu'ils poursuivaient. C'est pourquoi aussi, lorsqu'il eut prononce comme une sentence de justice ces mots “ J'ai péché en livrant un sang juste ”, “ il alla se pendre ”, car Satan, présent en lui, l'a mené jusqu'à la corde et l'y a pendu en cet instant-là le diable toucha aussi à sa vie, car Judas n était pas tel que le Seigneur ait dit à son sujet ce qu'il dit au diable a propos de Job. Mais ne touche pas à sa vie.

 

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