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HOMÉLIE XXXIX. Au sujet de la question que les Sadducéens posèrent au Seigneur concernant la femme qui eut sept maris, et également à propos du denier que le Seigneur se fit montrer.

 

Il y a une secte juive qu'on appelle la secte des Sadducéens : ils nient “ la résurrection des morts ” et ils pensent que l'âme meurt avec le corps et qu'après la mort nos facultés spirituelles disparaissent. Les Sadducéens posèrent une question au Seigneur et inventèrent l'histoire d'une femme qui avait eu sept maris. Après la mort de son premier mari, afin de lui susciter une postérité, elle en épousa un second ; à la mort de celui-ci, elle en épousa un troisième, puis un quatrième et ainsi de suite jusqu'au septième. La question se pose donc : “ À la résurrection des morts ”, qui des sept frères doit la réclamer pour femme ? Pour prendre en défaut l'enseignement du Sauveur, les Sadducéens soulevèrent ce problème quand ils le virent instruire les disciples au sujet de la résurrection.

Le Sauveur leur répond en disant : “ Vous êtes dans l'erreur, vous ne comprenez ni les Écritures ni la puissance de Dieu. Car, à la résurrection des morts, on ne prendra ni femme ni mari mais on sera comme les anges dans les cieux. ” Ceux qui seront comme des anges seront certainement des anges. Et il faut savoir aussi que les anges ne se marient pas. Ici-bas, à cause de la mort, il faut des mariages et des enfants, mais, où règne l'immortalité, point n'est besoin de mariage ni de fils. Je vais me poser une question bien ennuyeuse et qui n'est pas résolue facilement au dire de ceux qui, très versés dans l'étude de l'Écriture, “ méditent jour et nuit la loi du Seigneur. ” Où, disent-ils, est-il écrit : “ On ne prendra ni femme ni mari ” ? En repassant en mémoire et en pensée, aussi bien l'Ancien que le Nouveau Testament, je ne me souviens pas y avoir trouvé quelque part un passage semblable. Si ce passage m'échappe, qu'une personne plus savante m'en instruise, j'apprends volontiers ce que j'ignore, mais, à mon sens, on ne trouvera rien de tel ni dans l'Ancien ni dans le Nouveau Testament.

Toute l'erreur des Sadducéens vient de ce qu'ils ne comprennent pas les textes des Prophètes. Quand ils lisent, dans Isaïe, “ Mes élus n'auront pas d'enfants destinés à leur perte ” et dans le Deutéronome, au chapitre des bénédictions : “ Bénis soient les fils de ton sein ”, ils pensent que cela s'accomplira “ lors de la résurrection ”, sans comprendre qu'il s'agit de prophéties concernant des bénédictions spirituelles. Paul, “ vase d'élection ”, qui savait que toutes les bénédictions citées dans la Loi ne sont pas à entendre au sens charnel, les interprétait d'une façon spirituelle et il dit aux Éphésiens : “ Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles. ” Toutes ces bénédictions seront donc des bénédictions spirituelles quand, à la résurrection des morts, nous obtiendrons la béatitude éternelle. Trouvant un texte semblable dans les Psaumes, les Sadducéens tombent dans la même erreur : “ Ton épouse est comme une vigne féconde à l'intérieur de ta maison, tes fils comme des plants d'oliviers autour de ta table ”, jusqu'au passage : “ Que Dieu te bénisse de Sion et puisses-tu voir les biens de Jérusalem. ” Quand Jérusalem sera bâtie et rétablie dans son ancienne condition, le saint verra les biens mentionnés par l'Écriture. Ceux qui conçoivent une Jérusalem spirituelle et savent “ qu'elle est céleste, qu'elle est d'en-haut, qu'elle est notre mère ”, verront ces biens dont nous avons souvent parlé et la réalisation de ce passage du psaume que nous avons cité : “ Ton épouse est comme une vigne féconde à l'intérieur de ta maison ; tes fils comme des plants d'olivier autour de ta table. ” C'est aux Sadducéens, une fraction du peuple juif, qui comprenaient tout selon le sens charnel, que s'adresse le Sauveur quand il dit : “ Vous ne comprenez ni les Écritures ni la puissance de Dieu ”. Voilà ce qu'il faut dire, en peu de mots, sur la question que les Sadducéens posèrent au Seigneur.

D'autre part, puisqu'on parle encore de l'effigie de César, nous devons aussi effleurer quelque peu ce sujet. Suivant certains, les paroles du Sauveur n'ont qu'un sens littéral pur et simple : “ Rendez à César ce qui appartient à César ” revient à dire : payez l'impôt que vous devez. Mais qui parmi nous élève une objection au paiement de l'impôt dû à César ? Ce passage contient donc un mystère et un sens caché.

Il y a deux images dans l'homme : une qu'il a reçue de Dieu au temps de la création, comme le dit la Genèse : “ À l'image et à la ressemblance de Dieu ”, l'autre, l'image de l'homme “ terrestre ” qu'il reçut ensuite à cause de sa désobéissance et de son péché, quand il fut chassé du paradis, séduit par les attraits du “ prince de ce monde ”. De même qu'une pièce de monnaie ou un denier porte l'effigie des empereurs du monde, ainsi celui qui accomplit les œuvres du “ prince des ténèbres ” porte l'image de ce prince. Jésus ordonne ici de rendre cette image et de l'arracher de notre visage pour prendre celle selon laquelle, à l'origine, nous avons été créés, à la ressemblance de Dieu. C'est ainsi que nous rendons “ à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui est à Dieu ”. “ Montrez-moi, dit Jésus, la pièce de monnaie ”, ou “ le denier ” comme écrit Matthieu. L'ayant prise, il ajoute : “ De qui est l'inscription ? ” Ils répondirent : “ De César. ” Il reprit : “ Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui est à Dieu. ” Et Paul dans le même sens a dit : “ De même que nous avons porté l'image du terrestre, portons aussi l'image du céleste. ” Les mots : “ Rendez à César ce qui est à César ” signifient donc : abandonnez la figure de “l'homme terrestre ”, rejetez l'image terrestre pour prendre la figure de “ l'homme céleste ” et rendre “ à Dieu ce qui est à Dieu ”.

Dieu fait une demande. Que nous demande-t-il ? Lisez dans Moïse : “ Et maintenant que réclame de toi le Seigneur ton Dieu ”, et la suite. Dieu nous adresse une demande et nous sollicite, non pas qu'il ait besoin de nos dons, mais pour nous rendre, en vue de notre salut, ce que nous lui aurons donné. Pour expliquer cela plus clairement, je citerai la parabole des mines. Un homme avait reçu une seule mine, il en avait gagné dix, il offrit cette somme au Seigneur qui lui avait confié la première mine et il en reçut une nouvelle qu'il ne possédait pas. Car le Seigneur ordonne d'enlever la mine à celui qui l'avait reçue sans la faire fructifier et de la donner à celui qui en avait gagné d'autres : “ Enlevez-lui la mine, dit Jésus, et donnez-la à celui qui en a dix. ” Ainsi, ce que nous aurons donné à Dieu, il nous le rendra et il y ajoutera autre chose que nous ne possédions pas auparavant. Dieu exige, Dieu demande, pour avoir l'occasion de nous donner, pour distribuer lui-même ses dons. Car c'est grâce à lui que la mine s'est multipliée et que ceux qui le méritent ont reçu plus qu'ils espéraient. Aussi levons-nous et prions Dieu d'être dignes de lui offrir ses dons, il nous les restituera et, à la place des biens de la terre, il nous accordera ceux du ciel, dans le Christ Jésus, “ à qui appartiennent la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen ”.

 

Fin des trente-neuf homélies d'Origène Adamante sur l'évangile de Luc, traduites du grec en latin par le bienheureux Jérôme, prêtre.

 

 

LES FRAGMENTS GRECS

 

 

Fr. 1 — Lc, 1, 1 Hom. 1, 3

a) Parce que la tentative de consigner par écrit l'enseignement et les paroles d'un Dieu était pour un homme une entreprise démesurée, il est normal que Luc, dans son prologue, se justifie.

b) Luc n'a pas dit simplement “ ce qui est cru ” mais “ ce qui est manifestement connu ”, rendant ainsi témoignage au caractère inviolable de ce qui est dit.

c) Luc dit “ réalités ”, parce que précisément Jésus n'a pas joué le drame de son Incarnation comme une fiction, selon les affirmations des hérétiques, mais, étant “ Vérité ”, il a accompli ses œuvres en vérité.

 

Fr. 2 — Lc, 1, 2 Hom. 1, 5

Luc avoue clairement qu'il a recueilli comme documents des faits vraiment vus et des récits vraiment entendus : “ Comme nous l'ont transmis, dit-il, ceux qui, dès le début, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole. ” Il faut lui faire confiance ainsi qu'à Marc et croire qu'ils ont rédigé exactement ce qu'ils ont entendu dire ; il faut croire aussi que Jean et Matthieu ont décrit ce qu'ils ont vu. Il faut donc accorder la même valeur aux évangiles légalement reconnus, car, pour fonder cette valeur, a force de loi aussi bien le témoignage de ceux qui ont vu que celui de ceux qui ont entendu. Vrais héritiers des vraies réalités, ils nous transmettent la lumière qui leur fut communiquée, méritant ainsi de notre part un juste éloge.

 

Fr. 3 — Lc, 1, 1 Hom. 1, 4

(Luc s'est appuyé) sur les témoins oculaires et les serviteurs de la Parole, afin que, n'étant pas ballotté ça et là, tu ne te détournes pas de la voie droite, car tu n'as pas reçu un enseignement différent de celui que te donnera maintenant ce texte, mais tu recevras “ une certitude ” plus parfaite sur ce dont tu avais pris connaissance.

 

Fr. 4 — Lc, 1, 2

Il faut mentionner également que Jean, vivant encore à l'époque de Néron, a rassemblé les écrits évangéliques ; après réflexion, il a retenu ceux qui étaient entièrement exempts de l'emprise du diable, tandis qu'il a refusé et laissé de côté tout ce qu'il reconnut hors de la vérité.

 

Fr. 5 — Lc, i, 6 Hom. 2, 3-5

a) Oui, être juste “ aux yeux de Dieu ” constitue un éloge parfait, car Il est vraiment “ le seul à connaître les cœurs des hommes. ”

b) Les hommes ne savent pas louer selon le mérite, parce qu'ils ne voient que les apparences et ignorent ce qui est caché ; auprès d'eux, une opinion erronée a souvent autant de succès que la vérité. Les hommes apprécient les vies d'une façon, la divinité les juge autrement, les hommes, d'après ce qui se voit, la divinité, d'après les pensées invisibles du fond de l'âme.

c) Dieu seul sait louer d'une manière juste ce qui est louable et condamner justement ce qui est blâmable, puisqu'il “ voit dans le secret ” non seulement les actes mais les pensées. La nature des œuvres apparaît au regard divin sans aucun voile et les intentions sont clairement connues.

 

Fr. 6 —Lc, 1,11 Hom. 3,1-2

a) C'est par condescendance que “ l'ange a été vu ” par Zacharie, car avec les yeux du corps corruptible on ne peut pas voir un corps incorruptible.

b) “ C'est à droite de l'autel de l'encens ” que l'ange est apparu, parce qu'il allait annoncer d'heureuses nouvelles.

c) “ De l'autel de l'encens ” précise l'Écriture, puisqu'il y avait un second autel en airain, celui des holocaustes. ”

 

Fr. 7 — Lc, i, 13-15 Hom. 4, 1 et 5

a) Tous ceux qui voyaient des anges avaient peur qu'ils ne viennent leur ôter la vie, comme le dit aussi Manohé ; c'est pourquoi, pour mettre fin à son angoisse, l'ange dit à Zacharie : “ Ne crains point ”, non seulement tu ne vas pas mourir, ce qui te causerait tristesse et larmes, mais tu vas vivre, tu auras un fils et “ tu connaîtras une grande joie, Élisabeth t'enfantera un fils, et il n'y en a pas eu de plus grand parmi les enfants des femmes. ”

b) Il dit ensuite : “ Un grand nombre se réjouiront de cette naissance. ” De fait, ce ne sont pas tous les Juifs, mais “ un grand nombre ” qui se sont réjouis de l'avènement du précurseur annonçant la venue du Sauveur, venue qui nous a apporté tous les biens.

 

Fr. 8 — Lc, 1, 16

L'Écriture fait allusion aux Juifs qui, pour ainsi dire, erraient tous hors du chemin de la Loi et tournaient ça et là, “ autour de préceptes et d'enseignements humains ”. Parmi eux, “ beaucoup ”, grâce à l'enseignement de Jean, se sont tournés vers le Christ, “ Seigneur et Dieu ” de toutes créatures, qui est “ le Chemin ” véritable.

 

 

Fr. 9 — Lc, 1, 17 Hom. 4, 5

a) Il est dit de Jean qu'il est un Élie “ par la puissance ”, parce qu'il fut le précurseur du premier avènement du Christ, tout comme le Thesbite le sera du second. ”

b) Il est dit de Jean qu'il était “ dans la puissance d'Élie ” également parce qu'il était ascète et vierge, parce qu'il vivait la plupart du temps au désert et reprenait avec assurance les pécheurs, fussent-ils rois ou simples particuliers.

c) C'est donc à bon droit qu'il est appelé un Élie “ par la puissance ”, car Jean, de toute évidence, n'était pas Élie, comme le prétendent les partisans de la métempsychose lorsqu'ils affirment que l'âme d'Élie est venue en Jean.

d) D'autre part, Élie n'est pas encore mort, et il n'est pas possible, même d'après le raisonnement de ces gens-là, qu'une seule âme, au même instant, puisse animer deux corps.

e) Le récit ne permet pas davantage aux partisans de la métempsychose de violenter le sens des mots, car beaucoup ont eu l'audace de lancer cette théorie en s'appuyant sur la parole du Seigneur. Si Élie était mort, il leur serait permis d'en venir là ;

f) mais s'il fut enlevé avec son corps, comment une âme qui est dans un corps peut-elle passer dans un autre corps ? L'expression “ en esprit ”, suivant notre explication, indique un charisme prophétique.

 

Fr. 10 — Lc 1, 20 Hom. 5,1

Au moment où Zacharie n'a pas cru à l'ange lui annonçant la naissance de la voix qui devait montrer la Parole, il perd la voix ; il la retrouve et ce silence pénible cesse quand naît le précurseur, voix de la Parole, et quand il écrit : “ Jean est son nom ”. Il faut donc entendre une voix afin que l'intelligence reçoive la Parole manifestée par la voix.

 

Fr. 11 — Lc, 1, 26-27 Hom. 6, 3-4

a) L'adresse de l'ange ne suit pas l'ordre normal : “ L'ange fut envoyé auprès d'une Vierge de la maison de David et le nom de la Vierge est Marie, fiancée à un homme du nom de Joseph. ” L'ange ne fut pas envoyé auprès de Joseph, parce que Joseph n'avait aucune part dans la naissance du Seigneur.

b) Ce n'est pas parce qu'il était fiancé à la Vierge que Joseph fut appelé son époux, mais parce que Dieu en a ainsi disposé pour plusieurs raisons : d'abord pour que certains puissent croire Marie enceinte des œuvres de Joseph et qu'elle ne soit pas lapidée comme ayant perdu sa virginité ; ce fut ensuite à cause du prince de ce monde, afin que, s'y étant trompé, lui aussi crût que Jésus était le fils de Joseph, qu'il s'attaquât à Lui comme à un homme ordinaire, qu'une fois vaincu, le diable tombât et que dans le Christ l'humanité fût relevée de sa chute et le diable abattu.

 

Fr. 12 — Lc, 1, 28

a) Dieu avait dit à Eve : “ Tu enfanteras dans la douleur ”, c'est pourquoi l'ange dit : “ Réjouis-toi, pleine de grâces ” ; cette joie-ci en effet abolit l'ancienne douleur.

b) Si en effet, à cause de la malédiction d'Eve, la malédiction s'est transmise à toutes les femmes, il faut donc conjecturer qu'à cause de la bénédiction accordée à Marie la joie s'étend à toute âme vierge.

c) “ Le Seigneur est avec toi. ” En effet il était avec la Vierge, celui qui peu après se formait à partir d'elle.

d) “ Le Seigneur est avec toi. ” Il faut savoir qu'à l'instant même de l'annonce de la bonne nouvelle, la Vierge conçut d'une façon miraculeuse.

 

Fr. 13 — Lc, 1, 30 Hom. 6, 1

a) Comme “ elle fut troublée ” en voyant que la vision de l'ange était étrange, il la détourne de son trouble et la réconforte par ces mots : “ Ne crains pas, Marie, tu as trouvé grâce auprès de Dieu. ”

b) L'expression “ tu as trouvé grâce ” s'appliquait à d'autres personnes, car, avant Marie, d'autres femmes ont trouvé grâce, tandis que les mots “ tu concevras ” ne s'adressaient plus à plusieurs mais concernaient uniquement la Vierge, en vue de réaliser une promesse.

 

Fr. 14 — Lc, 1, 30 Hom. 6, 7

“ Car tu as trouvé grâce auprès de Dieu ”, aussi “ ne crains point. ” La venue du Sauveur, en effet, fait disparaître toute crainte.

 

Fr. 15 — Lc, 1, 32 Hom. 6, 8

“ Il sera grand ”, non à la manière de Jean, mais parce qu'il est Maître, Créateur et Seigneur de toutes choses ; grand, parce qu'il pénètre toutes choses, grand, parce que selon la parole de David : “ Notre Seigneur est grand et sa force immense ” ; oui, il est vraiment grand.

 

Fr. 16 — Lc, 1, 38 Hom. 7, 2

a) Marie avec toute sa générosité dit à l'ange : “ Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole. ”

b) L'ange, ayant reçu la profession de foi de la Vierge, la quitta.

c) Elle partit chez sa cousine montant “ en toute hâte dans la région des montagnes ”, forcée par l'Esprit qui était venu sur elle avec la puissance du Très-Haut.

d) Puisque l'ange lui avait dit : “ Voici que ta cousine a conçu ”, elle partit se réjouir avec elle puisqu'elle aussi avait conçu contre toute attente.

e) C'est pourquoi, comme si elle était convaincue de ce qu'elle avait appris au sujet d'Élisabeth, elle dit : “ Voici la servante du Seigneur. ”

 

Fr. 17 — Lc, 1, 38

“ Voici, dit-elle, la servante du Seigneur ”, c'est comme si elle disait : “ Je suis une tablette pour écrire, que l'écrivain écrive ce qu'il veut ; qu'il fasse ce qu'il veut, le Seigneur de l'univers. ”

 

Fr. 18 — Lc, 1, 40 Hom. 7, 1

Comme la Vierge était pleine de délicatesse, non seulement elle se rendit chez Élisabeth sans s'enorgueillir des paroles de l'ange, mais elle prit les devants pour saluer sa cousine, lui accordant le respect dû à son âge plus avancé et à sa dignité de mère. Ce ne fut pas Élisabeth qui salua Marie la première, mais Marie qui salua Élisabeth.

 

Fr. 19 — Lc, 1, 41 Hom. 7, 4

a) Il arriva à Jean ce qui n'était arrivé à aucun prophète, parce qu'il était proche de la venue du Christ et qu'il en était le précurseur.

b) Il ne fut pas “ rempli de l'Esprit-Saint ” avant que ne se tînt devant lui celle qui portait le Christ en son sein.

c) D'abord l'enfant “ était rempli de l'Esprit ”, il tressaillait et communiquait le Saint-Esprit à sa mère et, à cause de l'enfant qu'elle portait en elle, Élisabeth criait des paroles prophétiques et disait à la Vierge : “ tu es bénie entre les femmes. ”

 

Fr. 20 — Lc, 1, 43 Hom. 7, 5

a) Élisabeth s'adresse à la Vierge à peu près en ces termes : “ Pourquoi viens-tu me saluer la première ? Est-ce moi la mère du Sauveur ? C'est moi qui aurais dû aller te trouver.

b) Aucune femme en effet n'a jamais eu part ni ne peut avoir part à une si grande grâce.

c) L'enfantement rendait Élisabeth elle aussi vraiment respectable, comme l'enfantement divin a rendu Marie vénérable et, par elle, tout le sexe féminin ; Paul le dit en parlant des femmes en général : “ La femme sera sauvée en devenant mère ”, ce qui veut dire qu'une femme a enfanté le Christ.

 

Fr. 21 — Lc, 1, 42

a) Élisabeth dit “ le fruit de tes entrailles ”, selon la promesse que Dieu avait faite à David : “ C'est le fruit de tes entrailles que je placerai sur ton trône. ”

b) Élisabeth use d'une expression très heureuse quand elle appelle l'enfant que la Vierge porte en elle, “ le fruit de tes entrailles ”, puisqu'aucun homme n'est intervenu dans cette conception, qui vient de la Vierge seule, habitée par l'Esprit-Saint et recouverte de l'ombre de la puissance du Très-Haut. Les hommes, nés d'une semence paternelle, sont les fruits de leurs pères.

c) Selon ce qui fut dit à David : “ Du fruit de tes entrailles. ” Ces mots désignent les ancêtres de la Vierge et la Vierge elle-même parce qu'ils sont nés de la semence des hommes de ta race.

 

Fr. 22 — Lc, 1, 43 Hom, 7, 5

Les paroles d'Élisabeth sont en parfait accord avec celles de son fils. Celui-ci en effet se disait indigne de se tenir aux côtés du Christ, tout comme Élisabeth s'était déclarée indigne de la venue de la Vierge.

 

Fr. 23 — Lc, 1, 43

a) Élisabeth appelle du nom de mère, celle qui est encore Vierge, devançant par ce mot prophétique l'accomplissement du mystère.

b) Le dessein de Dieu conduisit Marie chez Élisabeth afin que, dès le sein maternel, le témoignage de Jean à l'égard du Seigneur s'accomplît par l'intermédiaire de sa propre mère.

 

Fr. 24 — Lc, 1, 39 et 45

a) La Vierge accomplissait son voyage avec la hâte qui lui est particulière. Elle est venue voir Élisabeth, voir le fruit miraculeux de sa conception et y croire, selon la voix de l'ange, afin que par là elle-même crût aussi à l'enfant plus grand qu'elle portait en elle (je veux parler de l'enfant qui naîtrait de la Vierge). Et les paroles d'Élisabeth tendent à confirmer cette foi : “ Bienheureuse celle qui a cru à l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur. ”

b) Plu ? assurée dans sa foi à la suite de ces paroles, la Vierge fut proclamée bienheureuse parce qu'elle avait cru à l'annonce de l'ange et aux prophéties à peu près semblables prononcées par sa cousine.

 

Fr. 25 — Lc, 1, 46 Hom. 8, 1

a) “ Mon esprit tressaille de joie en Dieu, mon Sauveur. ” En effet, Dieu est mon Sauveur, puisque, par moi, il donne un Sauveur au monde.

b) Selon certains, “ esprit ”, et “ âme ” désignent la même réalité.

 

Fr. 26 — Lc, 1, 48 Hom. 8, 4

Elle dit ensuite pourquoi il faut “ magnifier le Seigneur ” et “ tressaillir de joie ” en Lui, quand elle ajoute : “ Il a regardé l'humilité de sa servante. ”

Qui suis-je en effet pour une œuvre pareille ? C'est lui qui “ m'a regardée ”, moi, je ne m'y serais pas attendue, car j'étais humble et on m'avait rejetée. Maintenant je passe de la terre au ciel et je suis attirée vers un dessein ineffable.

 

Fr. 27 — Lc, 1, 51

“ Il a déployé la force... ” et la suite, parce que c'est l'œuvre de la main de Dieu et non l'œuvre d'un homme. Le Fils est le bras du Père, selon ce verset : “ Tu as racheté ton peuple par ton bras. ”

 

Fr. 28 — Lc, i, 54

a) Ce passage convient aussi à “ Israël selon la chair ”, car des milliers de Juifs furent sauvés pour avoir cru au Seigneur.

b) Mais on peut le comprendre comme désignant également l'Israël spirituel, c'est-à-dire celui qui dans l'intelligence voit Dieu (telle est en effet la signification du mot Israël) et c'est nous qui sommes Israël, nous qui avons cru, venant du monde païen.

 

Fr. 29 — Lc, i, 56

Je pense que, selon l'évangéliste, “ quand fut accompli le temps d'enfanter pour Élisabeth ”, Marie “ s'en retourna chez elle ”. De fait, si c'est au “ sixième mois ” de la grossesse d'Élisabeth que Gabriel “ fut envoyé auprès de la Vierge, à Nazareth ”, pour lui annoncer la bonne nouvelle, si la Vierge courut alors “ vers le pays des montagnes ”, chez sa cousine, et “ demeura là environ trois mois ”, il est évident qu'elle est retournée chez elle “ quand fut accompli le temps ” de la grossesse d'Élisabeth.

 

Fr. 30 — Lc, 1, 56-57

a) Pourquoi Marie est-elle “ demeurée ” ? C'est peut-être pour contempler là aussi l'accomplissement du miracle, car elle est dans l'incertitude en ce qui la concerne elle-même, elle est frappée de stupeur et se demande ce qui doit arriver.

b) C'est une coutume que les jeunes filles vierges se retirent quand une mère va accoucher.

c) C'est pour cela que Marie se retira, quand, pour Élisabeth, vinrent les jours “ d'enfanter ”, parce qu'elle était vierge, bien qu'elle fût enceinte. Ceux qui ignoraient le mystère la soupçonnaient d'être enceinte des œuvres d'un homme, mais en réalité elle était vierge et pure de tout contact avec un homme ; elle était enceinte réellement, comme le veut la nature, mais d'une manière toute nouvelle, au-delà de la nature.

 

Fr. 31 — Lc, 1, 59

Jean signifie “ grâce de Dieu ”, Zacharie, “ mémoire de Dieu ” et Élisabeth, “ serment de mon Dieu. ”

 

Fr. 32 — Lc, 1, 59

Parce que Zacharie signifie “ mémoire de Dieu ” et Jean “ celui qui montre ”, parce qu'on se souvient d'une personne absente et qu'on montre une personne présente, pour ces motifs, les parents de cet enfant ne consentirent pas à l'appeler Zacharie, mais ils voulaient lui donner le nom de Jean ; car il n'avait pas à rappeler le souvenir d'un Dieu absent mais à le montrer comme du doigt, présent, et dire : “ Voici l'Agneau de Dieu. ”

 

Fr. 33 — Lc, 1, 72

a) De quelle alliance s'est-il souvenu, de quel serment adressé à Abraham ? N'est-ce pas certainement le souvenir de la phrase : “ Toutes les nations seront bénies en ta descendance ”.

b) Même si (la venue du Christ) n'a eu lieu que maintenant, elle avait été annoncée depuis longtemps car c'est là “ se souvenir de l'alliance ° ” et il était impossible à ces paroles de ne pas se réaliser effectivement ; Dieu, en effet, avait confirmé les promesses par un serment inviolable selon lequel tout s'accomplirait certainement, et maintenant les croyants sont délivrés “ sans crainte de la main ” de leurs ennemis spirituels.

 

Fr. 34 — Lc 1, 76

Que veut-il dire par “ préparer les voies du Seigneur ” ? Cela veut dire : faire connaître aux hommes qu'est venu celui qui remet les péchés à ceux qui croient.

Ce sont les croyants qu'il appelle “ son peuple ”, c'est à eux en effet qu'il a accordé la connaissance du salut lorsqu'ils consentent à la connaître, non pas “ à cause des œuvres de la loi ”, mais à cause de sa miséricorde ineffable.

 

Fr.35 — Lc, 1, 80

Sa mère était “ stérile ” et les parents étaient “ tous les deux ” des vieillards. L'Apôtre dit qu'une pareille naissance est une naissance selon l'Esprit, à propos du cas analogue de la naissance d'Isaac qui est né selon l'Esprit, c'est-à-dire selon la puissance et la grâce de l'Esprit. Ce qui est né “ dans l'Esprit ”, a grandi aussi “ dans l'Esprit ”. Il fallait qu'il en soit ainsi également pour le serviteur du Seigneur, qui dépassait tous les prophètes.

 

Fr. 36 — Lc, 2, 6-7 Hom. 9, 3

Il faut savoir aussi qu'au sujet de Jean il est écrit : “ Pour Élisabeth le temps d'enfanter fut accompli ”, tandis que, pour Marie, “ les jours furent accomplis ”. Ce n'est en effet pas du tout la même chose “ d'accomplir les jours ” ou “ d'accomplir le temps ”. Le temps comprend aussi des nuits et quand il s'agit du Christ, il n'y a absolument pas de nuits, seuls les jours sont accomplis pour cet enfantement.

D'autre part Élisabeth enfante “ un ” fils, Marie, “ le ” Fils, avec l'article, afin de signifier d'une façon plus nette qu'Élisabeth a donné naissance à un fils, à un homme tout simplement, tandis que la Vierge n'a pas enfanté simplement un homme, mais le Fils de Dieu fait chair. C'est pour cela que dans un cas l'article était nécessaire pour signifier quelqu'un de remarquable, distingué du reste des hommes, dans l'autre cas il n'y en avait pas besoin.

 

Fr. 37 — Lc, 2, 8

C'est que les premiers (les Juifs) étaient corrompus et la jalousie allait les faire frémir de rage, tandis que les autres (les bergers) étaient simples, cherchant à imiter le genre de vie des anciens patriarches et de Moïse lui-même, puisque ces derniers étaient aussi des pasteurs.

 

Fr. 38 — Lc, 2, 8-14 Hom. 12, 1-2

a) C'est à des bergers qu'est d'abord révélé le mystère célébré par le cantique des anges, parce que ces gens-là sont une figure de ceux qui devaient être les pasteurs des églises ; et tout cela est très normal.

b) Ils devaient être les premiers à entendre : “ Paix sur la terre ”, parce qu'ils allaient annoncer la paix au plérôme de l'Église. Le rôle des pasteurs et la joie que leur a apportée cette révélation indiquent clairement que “ le Bon Pasteur ” est venu “ pour la brebis égarée. ”

c) Rien en effet ne réjouit autant des pasteurs que de retrouver la brebis perdue ; la retrouver n'appartenait à personne d'autre qu'au “ Christ, le Chef des pasteurs ”.

 

Fr. 39. — Lc, 2, 13 et ss. Hom. 13, 1-3

a) Grâce à ces mots prononcés avec force : “ Au plus haut des cieux ”, les anges ont manifesté que c'est la gloire la plus élevée de toutes que l'on doit faire remonter aux cieux en l'honneur du Christ.

b) Il n'est en effet possible à personne “ sur terre ” de faire monter l'hymne de gloire pour honorer la descente du Très-Haut ; c'est difficile pour les puissances “ dans les hauteurs ”, qui précisément s'élèvent davantage parce qu'elles chantent un hymne au Très-Haut. Quant à celles des puissances qui sont “ dans les cieux le plus haut ” qu'il est possible, elles peuvent d'une certaine façon chanter un hymne au Christ.

c) Lorsque les puissances d'en haut célébraient Jésus, devenu petit enfant, comme étant “ dans le sein du Père ”, cela s'est produit aussi “ sur terre ”. Et il est dit : “ Paix aussi sur terre aux hommes, objets de la bienveillance divine ”, parce que le ciel et la terre allaient s'unir entre eux et les hommes étaient sur le point de rendre grâces à celui qui leur envoyait la paix et les délivrait de l'inimitié à l'égard de Dieu.

 

Fr. 40 — Lc, 2, 15

a) Ô symbole d'un mystère digne de Dieu ! Bethléem, en effet, signifie “ maison du pain ”. Vers quel lieu les bergers pouvaient-ils bien se hâter après l'annonce de la paix, sinon dans la maison spirituelle du pain du ciel qu'est le Christ, c'est-à-dire dans l'Église ?

b) N'est-ce pas là que mystiquement chaque jour est distribué en sacrifice “ le pain descendu du ciel ” qui donne la vie au monde ? Le Christ est “ le pain vivant, descendu du ciel et donné pour la vie du monde ”, comme il le dit lui-même dans les évangiles.

 

Fr. 41 — Lc, 2, 21

Pourquoi le signe ne se trouve-t-il pas ailleurs que dans la circoncision de l'organe sexuel ? Puisqu'il devait être l'instrument d'une belle descendance, il fallait que fût montrée par lui une marque visible de cette belle descendance.

 

Fr. 42 — Lc, 2, 26 et ss Hom. 15

a) Siméon “ avait eu révélation de l'Esprit-Saint ” qu'il ne terminerait pas sa vie “ avant d'avoir vu le Christ ” ; il s'attendait donc à voir le Christ du Seigneur avant de mourir, il attendait l'accomplissement de la promesse et restait à l'intérieur du temple se disant en lui-même : “ Quand cela se produira, c'est certainement en ce lieu que l'événement arrivera. ”

b) Et ayant reçu “ dans ses bras ” Jésus, “il bénit Dieu” et dit : “ Maintenant tu délivres ton serviteur, ô Maître ” ; tu le délivres de quoi ? Tu le délivres de cette arène qu'est la vie, car la vie est une rançon à payer et une prison.

c) Était présent celui qui devait pacifier le monde, celui qui unit le ciel à la terre et prépare la terre à devenir ciel, grâce à l'enseignement de l'Évangile.

d) “ Parce que mes yeux ont vu ton salut ”. Avant, en effet, dit-il, je croyais grâce à l'intelligence, je connaissais par la pensée, mais maintenant je contemple avec mes yeux de chair parce que j'ai atteint la perfection.

“ J'ai vu ton salut ”, c'est-à-dire le Christ ; ce que j'ai vu n'est pas seulement le salut des Juifs, mais celui du monde entier.

e) Qu'ai-je vu ? “ Ton salut ”, dit Siméon, que tu as préparé à la face non d'un seul peuple ni d'Israël ni des Juifs seulement, mais “ à la face de tous les peuples ”.

f) “ Une lumière pour éclairer les nations. ” Le Christ est lumière des nations, puisque les nations, plongées dans les ténèbres, devaient recevoir la lumière grâce à son enseignement. Car le Père a accueilli les païens en leur accordant un traité de paix : le salut par la foi au Christ.

g) “ Et gloire de ton peuple Israël. ” (Pour Israël), c'est la gloire, (pour les païens), la révélation, car pour eux c'est un début d'enseignement tandis que pour Israël c'est la suite de leur instruction. Si donc quelqu'un connaît le Christ, c'est un Israélite ; s'il ne le connaît pas, ce n'est pas un Israélite, puisque “ Israël ” signifie : l'intelligence qui voit Dieu .

h) “ Et gloire de ton peuple. ” La gloire des Juifs, c'est de croire au Christ annoncé par les prophètes ; la gloire de ceux qui attendent est de rencontrer l'objet de leur attente.

 

Fr. 43 — Lc, 2, 35 Hom. 17, 6

Le glaive désigne la parole qui éprouve et pénètre “ jusqu'à diviser l'âme et l'esprit, les articulations et les moelles, qui juge les pensées ”.

 

Fr. 44 — Lv, 2, 36-38 Hom. 17, 9

Comme l'évangéliste a promis de tout dire, sans rien omettre, il n'a pas passé sous silence la personne d'Anne, établissant ainsi par deux prophètes la vérité de ce qui fut dit alors au sujet du Christ. En effet, Anne également, en tant que “ prophétesse ”, disait à tous qu'il était le Christ, celui qui devait racheter Jérusalem, c'est-à-dire la cité de ceux qui vivent dans la piété et la connaissance des Écritures. Jérusalem, de fait, signifie “ vision du Très-Haut ”.

 

Fr. 45 — Lc, 2, 48 Hom. 19, 4 et 20, 3

a) La Vierge savait que l'enfant n'était pas celui de Joseph, mais elle admet que son fiancé passe pour le père de Jésus à cause du soupçon des Juifs qui croyaient que cette naissance était le fruit de relations impures. C'est pour cela que le Christ également dit : “ Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la demeure de mon Père ? ”

b) Après que la Vierge eut dit : “ Ton père et moi, nous te cherchions dans la douleur ”, le Sauveur répondit : “ Ne saviez-vous pas que je dois être dans la demeure de mon Père ? et ils ne comprirent pas le sens des paroles qu'il leur avait adressées ”, paroles qui concernaient le temple.

 

Fr. 46 — Lc, 2, 46

Ce n'est ni le premier ni le second jour “ qu'ils le trouvèrent ” mais le troisième, quand il consentit à se montrer à ceux qui le cherchaient. Ces mots sont symboliques. À douze ans, Jésus se cache pendant trois jours : avant la Passion, il prophétisait la Passion telle qu'elle sera vécue par les douze disciples quand précisément il disparut à leurs yeux et, une fois ressuscité, leur apparut ; il annonçait ainsi, avant le temps, le laps de temps des trois jours.

 

Fr. 47 — Lc, 2, 48-49 Hom. 20, 3

La Vierge avait nommé Joseph comme s'il était père de Jésus à cause des Juifs ; mais le Christ, détruisant cette fiction, répétait : “ Ne saviez-vous pas que je dois être dans la demeure de mon Père ? ”, manifestant que Dieu était son père, et non pas Joseph. Il dit “ dans la demeure du Père ”, à cause du temple où il se tenait et où également on l'a trouvé, quand on l'a cherché,

 

Fr. 48 — Lc, 2, 51 Hom. 20, 5

(Que les enfants accomplissent tout ce que leurs parents leur ordonnent), sauf en ce qui nuit à la piété envers Dieu. Car c'est pour cela qu'il “ demeura ” dans le temple, pour mettre au premier plan, avant les parents selon la chair, la piété, son véritable père et Dieu.

 

Fr. 49 — Lc, 2, 51 Hom. 20, 6

Quelles sont les paroles que la Vierge “ conservait ” ? celles que l'ange lui avait adressées, celles des bergers, celles de Siméon et d'Anne, ce que maintenant le Christ leur disait. Bien que Joseph et Marie n'aient pas parfaitement compris les paroles de Jésus, la Mère de Dieu, cependant, a compris qu'elles étaient divines et dépassaient l'humain.

 

Fr. 50 — Le, 2, 51

La Vierge n'accueillait rien tel quel de ce qui se disait ou s'accomplissait, mais elle conservait tout en elle-même ; elle en comprenait spirituellement une partie, elle recherchait le sens du reste, parce qu'elle savait que viendra un temps où ce qui est caché, sera manifesté dans le Christ.

 

Fr. 51 — Lc, 3, 3 Hom. 21, 3-4

Où le Baptiste devait-il faire sa proclamation, sinon dans “ la région voisine du Jourdain ”, afin que celui qui voudrait se convertir pût aussitôt s'approcher du fleuve pour recevoir le baptême ? Surtout que Jourdain veut dire “ descente ”, et c'est là qu'est descendu le fleuve de Dieu, la véritable boisson, l'eau de la vie, le Christ. Jean annonce “ un baptême pour la rémission des péchés ”, à qui, sinon à celui qui ne pèche plus. En effet, le baptême du Christ contenait en perfection la rémission des péchés, du seul fait de le recevoir ; tandis que celui de Jean contenait bien la rémission des péchés mais grâce à la conversion, car il était imparfait, tout en étant plus parfait que les baptêmes des Juifs. Parce que Jean était précurseur d'une autre Parole, il est tout naturellement appelé “ voix ” et non “ parole ”. Il introduit Isaïe pour attester la Parole et dit, comme il est écrit : “ Voix de celui qui crie dans le désert. ”

 

Fr. 52 — Lc, 3, 7 Hom. 22, 6

C'est avec raison qu'il appelle “ races de vipères ” tous les infidèles. En effet, celui qui ne renonce pas aux habitudes qu'il porte en lui, non seulement ne reçoit pas bien le baptême, mais il est de la race de la vipère, conservant en lui le venin du mal.

 

Fr. 53 — Lc, 3, 8 Hom. 22, 8

Ceux qui font le bien en proportion de la multitude et de la grandeur de leurs fautes passées, produisent “ des fruits ” de l'Esprit, “ qui sont dignes de la conversion ” et grâce auxquels ceux qui étaient auparavant “ races de vipères ” se transforment et deviennent “ fils du Père qui est dans les Cieux ”.

 

Fr. 54 — Lc, 3, 12 Hom. 23, 5

Comprends que le mot “ publicains ” désigne les puissances adverses qui siègent au terme de nos vies : si elles découvrent qu'un homme possède quelque chose qui leur appartient, c'est-à-dire du péché, elles le retiennent complètement afin de le faire expier pour tout ce qu'il a fait.

 

Fr. 55 — Le, 3, 16 Hom. 24, 1

“ C'est lui qui vous baptisera. ” Le témoignage de Jean attribue au Christ une prérogative qui convient à Dieu Qui est celui qui baptise les hommes dans l'Esprit-Saint ? Qui baptisera, comme juge, “ dans le feu ” de la géhenne ceux qui auront refusé de croire à l'Évangile ? N'est-ce pas le Christ, en tant que Dieu ?

 

Fr. 56 — Lc, 4, 4 Hom. 29, 2-3

Marc et Luc disent qu'il “ fut tenté pendant quarante jours ”, ce qui indique clairement que pendant cette période le diable, d'abord de loin, faisait éprouver au Christ diverses tentations : sommeil, découragement, pusillanimité et autres épreuves analogues. Puis, quand il se fut rendu compte que Jésus avait faim, il s'approcha désormais tout près de lui et l'attaqua ouvertement. Regarde ce qu'il fait : il avait entendu affirmer de la bouche de Jean et par une voix venue d'en haut que “ c'est le Fils de Dieu ”, et ignorant que le Fils de Dieu s'était incarné — le mystère ineffable de l'Incarnation est resté caché au démon — le diable supposa que, étant homme, Jésus avait plu à Dieu à cause de ses vertus ; dès lors, il porta envie à cet homme à cause d'un pareil honneur, comme il l'avait déjà fait à l'égard de l'ancien Adam et il s'efforça, comme pour le premier homme, de le faire déchoir de cet honneur. C'est pourquoi, s'étant approché de Jésus, il lui présente la première tentation, celle de la gourmandise, qui avait séduit le premier Adam.

Comme il n'y avait nulle part de quoi manger, puisque c'était le désert complet et que le diable savait que, pour apaiser la faim, le pain est une nourriture bien choisie, il ne va pas certes en apporter lui-même au Christ, puisque Jésus ne pouvait rien accepter de son adversaire, mais il lui ordonne de transformer en pains les pierres qu'il lui montre. Et pour que le Christ ne reconnaisse pas ce dessein insidieux, voici la ruse employée et le comble de la perversité : il ne dit pas simplement : “ Fais de ces pierres des pains ”, mais il ajoute : “ Si tu es le Fils de Dieu ”, pour indiquer que chercher l'accomplissement de ce prodige a pour but de prouver qu'il est Fils de Dieu. Il croyait donc que Jésus allait être piqué par ces paroles qui lui faisaient l'injure de mettre en doute sa qualité de Fils de Dieu, il croyait que le Christ, ignorant la ruse, allait changer les pierres en pains, puisqu'il possédait une puissance venant de Dieu et qu'alors, à la vue des pains, très affamé, il serait vaincu par son appétit.

Mais tout cela n'échappa point “ à celui qui prend les sages à leur propre astuce ”. Le Christ répondit par ces mots : “ Il est écrit, l'homme ne vivra pas seulement de pain ” et la suite, parce qu'il avait compris l'astuce du diable. Il n'accomplit pas le miracle recherché parce qu'il avait l'habitude de faire des miracles pour l'utilité des gens qui les voyaient et le diable, lui, ne pouvait en retirer aucun avantage. De fait, dans la suite, après avoir vu tout ce qu'avait fait le Christ, il ne fut en rien transformé. Le Christ se défend contre le dessein secret du diable et, à partir du texte du Deutéronome, il lui ferme la bouche, disant en quelque sorte : “ Pourquoi m'ordonnes-tu de transformer des pierres en pain ? ” C'est certainement à cause de la faim qui me presse, pour que je sois séduit par le sensible, “ mais l'homme ne vivra pas seulement de pain ”, il existe une nourriture d'un autre ordre, “ toute parole qui sort de la bouche de Dieu ”, va vers celui qui a faim, soutient sa vie à la manière d'une nourriture et lui suffit. Ainsi, avec patience, le Christ repoussa la ruse de la gourmandise.

 

Fr. 57 — Lc, 4, 5 Hom. 30, 2

a) L'évangéliste dit : “ Il lui montra tous les royaumes de la terre en un instant ”, pour signifier : il fit oralement une description de la terre et d'une certaine façon la montra à l'intelligence du Christ, comme il la concevait. Mais celui qui a tout créé n'ignorait rien.

b) De fait, s'il n'en est pas ainsi, comment le diable pouvait-il réunir en un lieu unique les lieux situés aux extrémités de la terre pour les faire contempler à des yeux corporels ?

 

Fr. 58 — Lc, 4, 10 et ss. Hom. 31, 4

Je pense, d'après ce texte, que c'est supprimer la gloire de Jésus plutôt qu'affirmer sa divinité que de croire qu'il a besoin des anges de Dieu pour le porter “ sur leurs mains afin que son pied ne heurte pas de pierre ”.

 

Fr. 59 — Lc, 4, 10

À l'heure voisine du coucher du soleil ou après la journée, ils amenaient (les malades). En effet, ils avaient honte ou bien ils avaient peur des Pharisiens, ou encore étaient-ils occupés à d'autres tâches, ou peut-être pensaient-ils qu'il n'est pas permis de guérir pendant le sabbat. L'évangéliste avait indiqué “ qu'il les enseignait pendant le sabbat ”, aussi, aux environs du coucher du soleil, les parents amenaient les malades et “ il les guérissait ”.

 

Fr.60 — Lc, 7,37

L'âme plus parfaite, après avoir bien servi le Verbe de Dieu, a l'assurance de s'approcher de la tête même du Christ — “ et la tête du Christ, c'est Dieu ” —, si bien qu'elle peut y répandre un parfum et procurer une bonne odeur à la gloire de Dieu. Dieu, en effet, est glorifié par la bonne odeur de la vie des justes. Au contraire, la femme et l'âme imparfaites demeurent aux pieds du Christ et auprès des membres plus humbles. Nous sommes proches de cette seconde attitude, nous qui ne nous sommes même pas repentis de nos fautes ; où sont nos larmes, où sont nos gémissements pour pouvoir au moins nous approcher des pieds de Jésus ? Nous ne pouvons pas encore nous approcher de la tête du Christ. Après tous nos péchés, il faut nous estimer heureux d'apporter un parfum de conversion pour pouvoir prendre la seconde attitude, celle de l'onction des pieds et non de la tête, c'est-à-dire celle qui n'atteint pas le sommet de la perfection mais prend la dernière place, à l'endroit le plus éloigné.

 

Fr. 6l — Lc, 8, 16

Le Christ ne parle pas ici d'une lampe matérielle mais spirituelle. En effet, “ après avoir allumé ” cette lampe, quelqu'un n'irait pas la cacher en la déposant “ dans un vase ou sous un lit ” mais la mettrait “ sur le chandelier ” qui est en lui. Les vases d'une maison symbolisent les puissances de l'âme, le lit représente le corps ; ceux qui entendent celui qui se communique à eux, sont “ ceux qui entrent ” ; le chandelier étant le siège du Verbe serait l'hégémonikon ou bien la bouche, quand on l'ouvre pour la Parole de Dieu ; en effet, dans les deux cas, les hommes qui sont entrés auprès de Dieu verront “ la lumière ”, lumière qui représente la connaissance dont on s'est éclairé soi-même.

 

Fr. 62 — Lc, 8, 39 et ss.

Il le renvoie “ dans sa maison ” ; cet homme en effet n'avait pas assez de force pour aller jusqu'à s'asseoir “ vêtu, aux pieds de Jésus et demeurer avec lui ”. Ceux qui venaient de la région environnante ne pouvaient pas saisir la présence de Jésus ; le Christ cependant se préoccupa tout autant du salut de ceux qui pouvaient là-bas écouter, puisqu'il a renvoyé l'homme qui s'était suffisamment assis à ses pieds, pour lui faire enseigner “ ce que Dieu avait fait pour lui ”. Il y aurait des auditeurs et des disciples de cet homme qui, tout en n'ayant pas compris beaucoup de choses, annonçait le peu qu'il avait saisi.

On pourrait appliquer le sens de ce passage également à la nature de l'homme de l'Israël du dehors pour qui le Christ est descendu jusque chez les Gergéséniens, Israël vers qui il est sorti en venant sur la terre. L'homme, dit l'Écriture, “ ne portait pas de vêtement ”, car il n'avait pas revêtu de quoi cacher sa laideur. “ Et il ne restait pas dans une maison ”, il n'était pas comme Jacob, “ homme simple, demeurant dans une maison ” ; c'est aussi pour cela “ qu'il l'a renvoyé avec ces mots : retourne dans ta maison ”. Et “ il demeurait dans les tombeaux ”, non avec les vivants mais avec les morts. “ Et il y avait, dit l'Écriture, un troupeau considérable de porcs, en train de paître dans la montagne. ” Des porcs ne vont jamais paître sur la montagne, dès lors comment “ le troupeau s'est-il élancé du haut de l'escarpement ” ? Les amis du plaisir, qui chérissent leur ventre et ce qui est au-dessous, ne seraient-ils pas en train de paître, là où se trouvent les tombeaux, tout près de “ la légion ” des démons ? Mais par bonté Jésus détruit la vie des porcs en les précipitant dans l'eau et les vices, amis des plaisirs et des corps, il leur ôte la respiration que leur procurent les démons. Ainsi le pécheur est-il vite devenu sobre. Si quelqu'un est sobre, il est près de Jésus, mais s'il commence seulement à être sobre, il se trouve “ à ses pieds. ”

 

Fr. 63 — Lc, 8, 41 et ss.

Bref, voilà l'histoire du miracle, mais il faut peut-être la contempler d'une façon plus dépouillée et plus élevée. Que les gens plus simples, dans leur candeur, admirent les hauts faits de Dieu tels qu'ils sont ; ils édifient, même quand on les comprend selon le sens corporel. Mais il y a ceux qui peuvent aller jusqu'à voir que “ tout cela aussi leur est arrivé comme des figures et fut écrit pour nous ”. Par notre prière, demandons à Dieu de trouver un sens spirituel qui éclaire aussi ce mystère : comment Jésus était-il allé, pour commencer, trouver la fille du chef de la synagogue, non l'hémorroïse venue à sa rencontre sur la route, et pourquoi, alors qu'il se rendait pour commencer chez la fille de Jaïre, est-ce l'autre femme qui est guérie la première ? Le Fils de Dieu alla donc pour commencer auprès de la fille du chef de la synagogue, c'est-à-dire auprès de la synagogue juive, et il l'a trouvée malade et mourante : les transgressions d'Israël l'avaient fait mourir. L'hémorroïsse qui était sur la route, remplie d'impureté, qui perdait du sang “ non seulement au temps de ses règles ”, mais à tout instant et qui était malade de son péché “ écarlate ”, c'est l'Église des Gentils. Elle croit au Fils de Dieu avant la synagogue et, tandis que le Christ s'avance, elle le suit et cherche à toucher au moins “ la frange de son manteau ”.

Et Luc a ajouté un détail que Matthieu n'a pas rapporté : la fille du chef de la synagogue avait douze ans et il y avait aussi douze ans que l'hémorroïsse avait un écoulement de sang. Le début de sa maladie coïncide donc avec la naissance de l'enfant. Elle demeure dans l'incrédulité tant que la synagogue est vivante et le même moment voit la fin du salut pour l'une, le début pour l'autre. L'une meurt à douze ans ; l'autre, après douze ans de souffrances, ayant eu la foi, est guérie de l'infirmité ce qu'aucun médecin n'avait pu guérir ”. Il y avait, en effet, chez les païens beaucoup de médecins qui promettaient la guérison ; si l'on considère les philosophes, ils font profession de vérité, ce sont des médecins qui essayent de guérir les hommes, mais cette femme, après avoir dépensé tout son avoir personnel, “ ne put être guérie par aucun des médecins ”. Or à peine a-t-elle touché la frange du manteau de Jésus, l'unique médecin des âmes et des corps, qu'elle fut guérie à cause de sa foi enflammée et ardente. Si nous considérons notre foi dans le Christ-Jésus, si nous pensons à la grandeur du Fils de Dieu et à la personne que nous avons touchée, nous verrons que, par rapport aux franges de son vêtement, nous n'en avons touché qu'une seule, mais c'est pourtant cette frange qui nous guérit et nous permet d'entendre ces mots de la bouche du Christ : “ Ma fille, ta foi t'a sauvée. ” Et quand nous serons guéris, la fille du chef de la synagogue ressuscitera également, “ quand la totalité des païens sera entrée, tout Israël sera alors sauvé ”.

 

Fr. 64 — Lc, 9, 25

Il y a un péché qui est mort de l'âme, c'est celui que Jean appelle “ péché pour la mort ” ; il y a aussi un péché qui est faiblesse de l'âme et un autre qui est dommage pour l'âme, puisque c'est le mot “ dommage ” qui est ici employé. On trouve cette expression également chez l'Apôtre : “ Si l'œuvre de quelqu'un est consumée, il subira un dommage. ”

 

Fr. 65 — Lc, 9, 28

Les six jours sont le symbole de la création, c'est dire que (la Transfiguration figure ce qui se passe) après ce monde-ci. Jésus en effet fait alors monter “ sur la montagne élevée ” quiconque est Pierre, Jacques ou Jean ; aucun autre ne monte excepté les trois Apôtres pour voir la Transfiguration de Jésus et la glorification de Moïse et d'Élie.

 

Fr. 66 — Lc, 9, 58

Si tu es prêt à vivre comme moi qui n'ai pas “ où reposer la tête ”, tu choisiras, à cause de mon enseignement, l'insécurité ici-bas, avec l'espérance du Royaume des Cieux, sans attendre aucun repos ici-bas mais seulement dans le siècle à venir. Mes disciples, en effet, parce qu'ils pratiquent la justice, “ auront à souffrir dans le monde ” ; “ les méchants et les charlatans ” que l'on peut comparer aux renards et aux oiseaux du ciel, dans cette vie, “ seront de plus en plus à la fois trompeurs et trompés ”. Ce verset : “ Le Fils de l'Homme n'a pas où reposer la tête ” est parfaitement en harmonie avec ce mot rapporté par Paul, que le Christ prononçait en lui : “ Nous errons ça et là. ”

 

Fr. 67 — Lc, 9, 59-60

Il existe une signification plus élevée : c'est après la mort de son père, quand celui-ci était un cadavre, que le jeune homme fut appelé par le Sauveur, et je pense ceci : de même que pour Paul le monde était crucifié et était un cadavre puisque pour lui les réalités du monde étaient mortes et qu'il ne les considérait plus que comme “ des choses visibles qui n'ont qu'un temps ”, ainsi, pour tout homme juste, le diable est mort, tandis que le diable était vivant quand l'homme était pécheur. Quiconque en effet “ commet le péché est né du diable ” ; car ce mauvais père vit en tout homme , lorsqu'il pèche et arrête son regard aux choses d'ici-bas. Mais celui en qui est mort le malin peut entendre le Sauveur lui dire : “ Suis-moi ”. Et c'est sans doute le diable, le père que, selon cette interprétation spirituelle, nous devons haïr, si nous voulons devenir dignes de Jésus. L'expression “ les morts ensevelir leurs morts ” n'a qu'un sens allégorique : les morts, d'une certaine façon, ensevelissent leurs morts en eux-mêmes, puisqu'ils sont devenus leurs propres sépulcres et leurs propres tombeaux. Celui qui obéit à Jésus abandonne parfaitement le mort et n'y touche plus désormais, car il sait que toucher un cadavre, c'est se souiller.

 

Fr. 68 — Lc, 9, 62

Chacun de nous est son propre laboureur puisqu'il possède comme terre son âme, qu'il doit rajeunir en la labourant avec une charrue raisonnable et en y conduisant les bœufs qui travaillent à partir de l'Écriture parfaitement pure. Il rajeunira alors son âme vieillie à cause de beaucoup de paresse dans le passé et qui produit quantité de mal et d'œuvres stériles ; une fois retranché tout cela avec la charrue du Verbe et après avoir laissé son âme en jachère, il sèmera en prenant dans l'enseignement divin des semences de la Loi, des Prophètes, de l'Évangile, ce qui a lieu quand on repasse l'Écriture en sa mémoire et qu'on essaye de la mettre en pratique. C'est pour cela que le Dieu de toutes choses dit également par la bouche de Jérémie : “ Rajeunissez votre terre avec de nouveaux sillons et ne semez pas dans les épines c. ” Il ne suffit pas de recevoir une semence divine pour produire du fruit, mais il faut auparavant purifier entièrement son âme, la débarrasser de toute passion, des soucis concernant la vie terrestre et des plaisirs (c'est ce que représentent les épines). Aussi est-il dit : “ Évite le mal et fais le bien. ”

 

Fr. 69 — Lc, 10, 1

Voilà ce que dit Luc des soixante-dix disciples, tandis que Marc dit : “ Il appela les douze et les envoya en mission, deux par deux, en leur donnant autorité sur les esprits impurs. ” Le fait d'être “ par groupes de deux ” pour servir la Parole, selon la volonté de Dieu, semble une ancienne disposition qui remonte à Moïse et à Aaron, au temps “ de l'Exode du peuple, hors de la terre d'Égypte ” ; Dieu fit alors sortir Israël “ sous la conduite de Moïse et d'Aaron ”. Et “ Jésus, fils de Navé et Caleb, fils de Iephunné ”, tous les deux en parfait accord, apaisèrent l'excitation du peuple soulevé par les dix ; de même Eldad et Medad, tous les deux en parfait accord, prophétisaient dans la tente. Plus tard aussi Paul et Barnabé furent envoyés en mission auprès des païens et ils étaient bien un exemple de ceux qui unissent leurs voix, “ par groupe de deux, sur la terre. ” Il y a une harmonie entre tout cela et le verset : “ Un frère aidé par son frère est une place forte ”, et cet autre : “ Deux hommes ensemble sont meilleurs qu'un seul. ” Cette répartition des Douze par groupes de deux est visible enfin dans la liste de Matthieu, qui les a classés par couples.

 

Fr. 70 — Lc, 10, 27 Hom. 34, 1

Ces mots (“ tu as bien répondu ”) vont contre les disciples de Valentin et de Basilide et contre ceux de Marcion, car eux aussi possèdent ces textes dans leur évangile. Nous leur dirons : si Jésus a approuvé l'homme qui lui a répondu : “ Tu aimeras le Seigneur ton Dieu ”, et qui a exprimé ce commandement énoncé dans la Loi ne concernant que le Créateur du monde, si à ces mots Jésus a dit : “ Tu as bien répondu ”, que veut-il que nous fassions pour vivre de la vie éternelle, sinon aimer de “ tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces et de toute notre intelligence ” le Dieu dont parlent la Loi et les Prophètes.

 

Fr. 71 — Lc, 10, 30 et ss. Hom. 34, 3

Nous allons donner en peu de mots la signification de la parabole. Cet homme, on peut l'entendre d'Adam ou bien de la doctrine qui concerne l'homme, la vie qu'il menait dans le principe et la chute causée par la désobéissance. Jérusalem signifie le Paradis ou la Jérusalem d'en-haut. Jéricho, c'est le monde. Les brigands sont les puissances adverses, soit les démons, soit les faux maîtres qui se présentent avant le Christ. Les blessures sont la désobéissance et les péchés. L'homme est dépouillé de ses vêtements, c'est-à-dire qu'il perd l'incorruptibilité et l'immortalité et qu'il est privé de toute vertu. Il est laissé à demi-mort parce que la mort a atteint la moitié de la nature humaine, car son âme demeure immortelle. Le prêtre, c'est la Loi ; le lévite, ce sont les Prophètes. Le Samaritain, c'est le Christ qui a revêtu la chair par Marie ; la bête de somme, c'est le corps du Christ. Le vin, c'est sa parole qui instruit et qui corrige. L'huile, c'est la doctrine de la chanté et celle de la pitié ou miséricorde. L'hôtellerie représente l'Église et l'hôtelier, l'ensemble des Apôtres et de leurs successeurs, évêques et didascales des églises, ou encore les Anges préposés à la garde de l'Église. Les deux deniers sont les deux Testaments, l'Ancien et le Nouveau, ou la chanté envers Dieu et envers le prochain, ou bien encore la connaissance du Père et du Fils. Le retour du Samaritain enfin, c'est le second avènement du Christ.

 

Fr. 72 — Lc, 10, 38

On pourrait admettre avec vraisemblance que Marthe symbolise l'action, Marie la contemplation. Le mystère de la charité est ôté à la vie active si l'enseignement et l'exhortation morale n'ont pas pour but la contemplation : car l'action et la contemplation n'existent pas l'une sans l'autre. Il faut dire en outre que Marthe a reçu d'une manière plus corporelle le Logos (la Parole) dans sa propre maison, en son âme, tandis que Marie l'écoutait de façon spirituelle en se tenant “ à ses pieds ” ; ainsi (dans le cas de Marie), on n'a plus affaire à l'enseignement d'introduction, qui est donné par pédagogie et que reçoit celui qui a détruit “ ce qu'il avait de puéril ”, mais ce n'est pas encore (le moment) de l'enseignement parfait.

Marthe peut aussi représenter la Synagogue qui vient de la circoncision et a reçu Jésus dans ses propres frontières, accaparée par les nombreuses cérémonies qu'exigé la lettre de la Loi ; Marthe est l'Église venue des nations, qui a choisi “ la bonne part ” de la “ loi spirituelle ”, celle qui ne lui sera pas “ ôtée ”, “ qui ne sera pas détruite ” comme la gloire qui éclairait la face de Moïse ; elle a choisi dans la Loi les quelques points qui sont utiles et elle rapporte tout à l'unique commandement : “ Tu aimeras. ” Il faut interpréter les mots : “ Une seule chose est nécessaire ”, par : “ Tu aimeras ton prochain comme toi-même ”, et ceux-ci : “ Il est besoin de peu ”, par : “ Tu connais les commandements : tu ne feras pas d'adultère, tu ne tueras pas ”, et la suite.

Marthe peut encore représenter les fidèles venus de la circoncision qui pratiquent les coutumes juives, observant à la juive les préceptes de la Loi, Marie, ceux qui y ont renoncé, les “ Juifs dans le secret ”, assis seulement aux pieds de Jésus, “ cherchant les réalités d'en haut, non celles de la terre ” ; en effet, en réfléchissant de différents points de vue, on trouvera Marthe trop corporelle, impliquée “dans beaucoup d'affaires”, tandis que Marie s'a donne seulement à la contemplation et aux choses spirituelles.

 

Fr. 73 — Lc, 11, 2

Personne, à mon avis, ne peut appeler Dieu “ Père ”, s'il n'est rempli de l'“ esprit d'adoption ” ; un fils peut donner ce titre à Dieu en le glorifiant et en observant le commandement : “ Aimez vos ennemis, priez pour vos persécuteurs, afin de devenir les fils de votre Père qui est aux cieux, qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et pleuvoir sur les justes et les injustes. ” On est encore né de Dieu, quand “ on pratique la justice ” ; ou peut alors prononcer ce mot : “ Père ”, après avoir reçu en soi-même, parce qu'on ne peut plus pécher, “ la semence ” de Dieu. On est encore né de Dieu, “ non d'une semence périssable, mais grâce au Verbe du Dieu vivant qui demeure à jamais ”, selon ce qui est écrit par Jean : “ À tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, qui sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de celle de l'homme, mais de Dieu. ” Ces paroles ne signifient pas que le Christ nous élève à la nature de Dieu, mais qu'il nous communique sa grâce et nous confère sa propre dignité. En effet, il nous demande d'appeler Dieu : Père. Aux mots : “ Notre Père ”, Matthieu ajoute : “ Qui êtes aux cieux s ” : car il parle du Royaume des cieux et il décrit le Sauveur lorsqu'il révèle à tous les assistants les Béatitudes et leur apprend à prier. Luc, qui parle du Royaume de Dieu dans tout son évangile, a omis ce membre de phrase, pour montrer que le divin est une réalité au-delà de toute expression locale. Selon Luc, le passage sur la prière est adressé par le Christ aux Apôtres en particulier, car ils sont plus avancés que la foule ; et il n'ajoute pas la demande : “ Délivrez-nous du malin ”, comme le fait Matthieu.

 

Fr. 74 — Lc, 11, 2

“ Que ton règne arrive ”, pour voir la destruction “ de toute principauté, domination et puissance ”, et même de toute royauté du monde, ainsi que celle du péché qui domine sur nos corps mortels, et que Dieu règne sur tout cela.

 

Fr. 75 — Lc, 11, 3

Les disciples de Marcion retiennent le texte suivant : “ Donne-nous ton pain super-substantiel , celui de chaque jour. ” Nous leur demanderons donc, puisqu'ils refusent les sens allégoriques et spirituels : quel est le pain de Dieu ? S'ils expliquent le texte comme nous l'avons interprété, ils allégorisent sans aucun doute. Mais s'ils entendent par là le pain corporel, comment vient-il alors du Dieu qu'ils considèrent comme bon ? Il est nécessaire dans ce cas d'ajouter l'expression : “ Celui de chaque jour. ” Car notre vraie vie doit être restaurée, pour que vive, selon Dieu, “ l'homme intérieur. ”

 

Fr. 76 — Lc, 11, 5

Les mots : “ Qui de vous ”, s'adressent aux disciples et la formule : “ aura un ami ”, veut dire que Dieu est l'ami des saints, comme il l'a été de Moïse et d'Abraham. “ Minuit ” désigne peut-être “ le temps de cette vie, qui est abrégé ”, lorsque l'exterminateur pénètre dans toute maison de l'Égypte, (l'Égypte qu'est ce monde) dont le linteau des portes n'est pas marqué du sang du Christ. Le disciple demande à son ami “ trois pains ” : il veut nourrir de la science de la Trinité le voyageur qui vient chez lui, puisque le Christ a dit : “ Sans moi vous ne pouvez rien faire. ” Mais comment l'ami peut-il répondre de l'intérieur : “ Ne me donne pas de peine. ” On peut se demander si nous, qui “ peinons et ployons sous le fardeau ”, nous ne communiquons pas nos peines au Seigneur : et c'est pourquoi “ il porte nos infirmités et il est affligé à cause de nous. ” Tout comme en celui-ci on dit que Dieu sommeille ou qu'il est irrité en cet autre qui pèche, de même il peine à cause de l'homme qui lui communique ses peines.

 

Fr. 77 — Lc, 11, 24

Comment comprendre “ cet esprit mauvais qui circule dans des lieux arides, cherchant son repos et ne le trouvant pas ” ? Ces lieux arides, c'était autrefois les Gentils, mais maintenant ils sont arrosés par l'eau divine et ne permettent plus à l'esprit mauvais de se reposer en eux. Satan revient alors à son premier domicile, les Israélites : en effet, au temps de leur séjour en Égypte, l'esprit pervers habitait en eux, parce qu'ils vivaient selon les mœurs et les lois des Égyptiens, mais lorsque la miséricorde de Dieu les eut rachetés par la main de Moïse, il les quitta. Mais maintenant ils n'ont pas cru au Christ, ils ont repoussé le Rédempteur : c'est pourquoi “ l'esprit impur ” a fait irruption en eux. Il les a trouvés privés de toute présence divine, déserts et vacants, prêts à être habités par lui : il s'y est manifestement installé avec toute sa puissance. Ce dernier trait est montré, semble-t-il, par “ les sept autres esprits ” qu'il prend avec lui. La sainte Écriture a en effet la coutume de désigner par ce chiffre une multitude ; par exemple lorsqu'elle dit : “ La stérile a engendré sept fois et celle qui avait beaucoup d'enfants a été sans force. ” Ceux qui n'ont pas cru dans mon Fils n'ont pas seulement l'esprit impur qu'ils possédaient en Égypte mais ils sont remplis d'autres esprits mauvais ; “ pour eux la fin est pire que le début ”. En effet ils souffrent maintenant plus qu'en Égypte, puisqu'ils n'ont pas cru en Jésus-Christ, mais qu'ils “ ont mis à mort le prince de la vie ” ; c'est pourquoi ils ont été privés de la vie. Il n'y a plus chez eux de prophète pour dire : “ Voici ce que dit le Seigneur ” ; ils ne voient plus ni miracle ni prodige ni signe de la manifestation et de la visite de Dieu : les biens célestes ont émigré chez nous, qui venons des Gentils, selon la parole de Jésus : “ Le royaume de Dieu leur sera ôté et donné à une nation capable de porter ses fruits. ” Nous sommes la nation à qui a été donné le Royaume de Dieu, le christianisme.

 

Fr. 78 — Lc, 11, 34

Voici ce que me semble signifier la phrase : “ La lampe du corps est l'œil. ” Pour l'âme tout entière, pour l'homme tout entier, l'intelligence est la faculté de vision. Afin que nous prenions soin d'elle, Jésus ajoute : “ Que vos lampes soient allumées ” ; nous allumons pour ainsi dire la lampe qui est en nous en prenant soin de notre faculté de compréhension. Dans le même sens il dit : “ Personne n'allume une lampe pour la placer dans la cachette, mais pour la mettre sur le chandelier ” ; on allume une lampe en se préoccupant de sagesse et de raison, en s'exerçant à comprendre les réalités divines, pour devenir parfait ; la perfection ne s'obtient en effet qu'en exerçant les sens divins et intelligibles, ce que Paul exprimait clairement par ces mots : “ Aux parfaits convient la nourriture solide, à ceux qui par l'habitude ont les sens exercés au discernement du bien et du mal. ” On peut leur révéler la sagesse dont on parle aux parfaits, selon ces paroles de l'Apôtre : “ Nous parlons de la sagesse parmi les parfaits. ” L'œil désigne très exactement l'intelligence qui est en nous : c'est en elle que se trouve chez l'homme vertueux le principe de sa simplicité, car il n'a en soi ni duplicité, ni ruse, ni brisure, ni division, ni séparation, mais, pour l'homme mauvais, elle est le principe de la perversité et de toute sorte de fautes.

Ne pourrait-on pas, comme on l'a fait pour “ l'œil ”, donner “ au corps ” une signification allégorique et voir en lui l'âme tout entière, bien qu'elle ne soit pas corporelle, car Dieu a placé l'intelligence dans l'âme de l'homme. Ou bien le corps désignerait le reste de l'homme, en dehors de l'intelligence, c'est-à-dire le composé formé du reste de l'âme et du corps. Car l'âme tout entière est vraiment éclairée par l'intelligence et l'on pourrait dire que le corps se ressent de la simplicité de l'intelligence, quand il est mû par elle, ou de sa perversité, quand elle se sert de lui comme instrument de péché. Rien d'étonnant à voir allégoriquement l'âme dans le corps, à propos de la phrase : “ L'œil est la lampe du corps ”, bien que l'âme soit de nature invisible et incorporelle, puisqu'elle a été créée à l'image du Dieu invisible : en effet les facultés de l'âme sont désignées allégoriquement par les mêmes noms que les membres du corps, alors qu'elles ne sont pas corporelles. Dans la phrase : “ Éclaire mes yeux ”, il ne s'agit pas des yeux corporels ; dans cette autre : “ Il m'a donné une oreille ”, il n'est pas question de corps, et non plus lorsqu'il est dit : “ Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. ” Dans le Cantique, les membres du corps de l'Épouse, qu'il s'agisse de l'âme humaine en communion avec l'Époux, le Christ, ou de l'Église, sont loués l'un après l'autre par l'Époux : ses cheveux, ses dents, ses lèvres, sa joue, son cou, ses seins ; si on les rapporte à l'âme, il faut les entendre de ses facultés. “ Que mon pied ne heurte point ” doit s'interpréter de la faculté qu'a l'âme d'aller d'objet en objet. En réfléchissant, on peut trouver dans les Écritures beaucoup de passages semblables et ils permettent de comprendre sans se tromper dans quel sens le corps est désigné par la phrase : “ La lampe du corps est l'œil ”, et par les textes analogues. Les Proverbes promettent une “ sensibilité divine ”, distinguée de celle qui n'est pas divine. La sensibilité qui n'est pas divine nous est commune avec les animaux sans raison, qui jouissent de la vue, de l'ouïe, du goût, de l'odorat et du toucher ; quant aux sens divins, tous les hommes n'y participent pas, il faut, pour cela, faire ce qui est requis pour “ trouver une sensibilité divine ”. Il n'y a donc rien d'étonnant, puisque les noms des parties du corps sont rapportés aux puissances de l'âme, à voir le mot corps pris pour l'âme tout entière dans le texte “ la lampe du corps est l'œil ”. Nous ne voulons pas dire par là qu'il faille partout allégoriser l'appellation de corps : car nous savons qu'elle s'applique aussi à d'autres réalités. Ainsi : “ Ne craignez pas ceux qui tuent le corps ” et : “ Vous êtes le Corps du Christ. ”

 

Fr. 79 — Lc, 11, 34

Voici à mon avis le sens de l'expression qui vient ensuite : “ Puisque ton corps est devenu lumineux ”, éclairé que tu es par la lampe du corps, il n'y a plus rien en toi d'obscur, parce que tu ne pèches plus. La façon dont le corps est tout entier lumineux permet de comparer ses rayons à une lampe au milieu de la clarté qui rayonne : même si elle éclaire, elle ne détruit pas les ténèbres. En effet, l'illumination qui vient de l'intelligence ressemble à une clarté très brillante ; quant à la lumière qui luit dans le corps — il est ténèbres par nature — elle est semblable à la lampe placée au milieu de la clarté qui rayonne quand le corps est conduit où l'intelligence le veut. Si donc chez les êtres ignorants et incultes l'esprit, qui est par nature lumière, se trouve être ténèbres, certainement leur corps tout entier — il faut entendre par là la partie passible de l'âme, c'est-à-dire l'irascible et le concupiscible — sera encore bien plus ténèbres.

 

Fr. 80 — Lc, 12, 35-37

Ceux qui vivent dans la chasteté ont “ les reins ceints ”. Puisque notre vie est une nuit, nous avons besoin d'une lampe, c'est l'intelligence, l'œil de l'âme. Si l'“ homme intérieur ” doit être en état de veille, il nous faut vraiment, dans la plupart des circonstances de notre vie ou même dans toutes, être en état de veille, à cause “ des principautés et des puissances ” qui nous dressent des pièges : contre elles nous devons lutter, “ pour trouver au Seigneur une place, une demeure au Dieu de Jacob ”, et, le moment venu, pour ouvrir au Maître qui frappe. Remarque qu'à la vigilance est accordée une récompense. “ Il se ceindra ”, est-il dit, car “ il a les reins ceints ”. En effet “ le Seigneur revêtit sa puissance et se ceignit ”. En même temps il fera asseoir chacun à table selon son mérite et il servira chacun selon son mérite, rendant “ à chacun selon ses œuvres ”.

 

Fr. 81 — Lc, 12, 52

Dans ce récit évangélique il y a six rôles, mais une seule personne, la belle-fille, en joue deux, celui de belle-fille et celui de fille, selon qu'elle s'oppose à sa belle-mère ou à sa mère : et ainsi peut-il se faire que trois luttent contre deux et deux contre trois. Accédons au sens spirituel. Dans cette maison unique qu'est l'homme, les cinq sens, avant la venue du Logos, s'accordent pour vivre dans les plaisirs, mais, quand il est là, ils se séparent : d'un côté les deux sens plus philosophiques : la vue, qui nous permet de voir l'ordre du monde et d'admirer le Créateur, l'ouïe, par où nous vient l'enseignement du Verbe de Dieu ; de l'autre, les trois sens qui restent : le goût, l'odorat, le toucher, sens serviles, qui ne sont pas doués pour la philosophie. Ce sont ces trois sens qui s'opposent aux deux premiers.

La phrase : “ Le père sera divisé contre le fils ”, doit être lue à partir d'un autre principe, sans lien avec ce qui précède : elle désigne littéralement la séparation des fidèles et des infidèles. Au sens symbolique “ le père ”, l'intelligence, “ s'oppose au fils ”, le raisonnement pervers en désaccord avec lui ; “ et le fils contre le père ”, c'est le fils qui n'enterre pas son père mort ; “ la mère contre la fille ”, c'est l'âme qui n'accepte pas son fruit mauvais ; “ la fille contre la mère ” : la mère est la matière, la fille, l'âme qui ne s'est pas encore unie à elle ; “ la belle-mère contre la bru ” : la mère de la loi, mari de l'âme qui lui est soumise, c'est le Saint-Esprit et elle abandonne le peuple de la circoncision ; “ la bru contre la belle-mère ”, c'est le peuple qui s'est séparé de l'Esprit-Saint par son péché.

 

Fr. 82 — Lc, 13, 21

D'une autre façon, on peut prendre la femme pour l'Église, le levain pour l'Esprit-Saint, les trois mesures pour le corps, l'esprit et l'âme. Ils sont sanctifiés par le levain du Saint-Esprit, jusqu'à devenir avec lui une seule pâte, afin que “ tout votre corps, votre esprit et votre âme soient conservés sans reproche au jour de l'Avènement de notre Seigneur Jésus-Christ ”, comme le dit le divin Paul.

 

Fr. 83 — Lc, 14, 12

Ce texte nous exhorte, au sens littéral, à ne pas inviter des amis et des voisins, mais “ des pauvres, des estropiés, des boiteux et des aveugles ”. Mais si ce n'est pas de façon pédagogique qu'il dit cela et par manière de parabole, pour aider les plus simples dans la mesure du possible, il détourne des convenances : ce n'est pas l'œuvre d'un sage d'inviter des pauvres qui ne sont pas croyants ou de ne pas inviter des croyants amis qui sont pauvres. Au sens mystique, les amis sont peut-être ceux qui jouissent raisonnablement des doctrines de la vérité ; les frères, ceux qui possèdent des doctrines sœurs et les parents, ceux qui se tiennent plus loin, mais veulent se rapprocher de nous du point de vue des doctrines, tandis que les voisins représentent ceux qui ne sont pas tout à fait éloignés des demeures de nos propres doctrines. Le mot “ riches ” s'applique à tous les termes précédents : le riche dans les doctrines qu'il croit vraies, invité à adhérer à celle qui est réellement vraie, lorsqu'il s'oppose à la vérité paraît inviter en retour celui qui l'enseigne. Puisque chez nous il n'y a pas “ beaucoup de sages ”, mais quelques-uns seulement, on peut se demander s'il faut les inviter. Ceux qui annoncent des conférences publiques invitent les riches et non les pauvres : mais celui qui est au service des croyances vraies est débarrassé des discours inspirés par la vaine gloire. “ Invite les pauvres ”, dit-il, c'est-à-dire ceux qui sont dépourvus de doctrine, pour les enrichir, “ les estropiés ”, c'est-à-dire les esprits faussés, pour les guérir, “ les boiteux ”, à la doctrine chancelante, “ pour redresser leurs pas ”, “ les aveugles ”, qui n'ont pas la faculté contemplative, pour qu'ils voient la vraie lumière. La phrase : “ Ils ne peuvent pas te le rendre ”, signifie : ils ne savent pas mener un raisonnement par demande et réponse et de manière dialectique. Le déjeuner, ce sont les doctrines d'introduction, la morale, les textes de l'Ancien Testament ; le dîner, ce sont les doctrines mystiques des progressants ou celles du Nouveau Testament. “ La résurrection des justes ” est celle que Jean dans l'Apocalypse appelle la première.

 

Fr. 84 — Lc, 14, 18 et ss.

Celui qui a acquis les cinq paires de bœufs et n'a pas mis à l'épreuve dès le début ce qu'il a acheté, c'est celui qui méprise la nature intelligible et philosophe au sujet du sensible, comme les Juifs ébionites. Ne les prenant pas sept par sept comme des animaux purs, mais deux par deux comme des animaux impurs, il est entré dans l'arche, alors que le Sauveur fond “ les deux en un seul homme nouveau ” et dit : “ Mon père et moi nous sommes un. ” Si deux est le chiffre de la matière, cet homme honore le sensible et le matériel. C'est pourquoi il refuse d'assister au dîner intelligible : de là vient que certains manuscrits, au lieu de : “ Je t'en prie ”, portent : “ À cause de cela je ne peux pas venir. ” Ceux qui choisissent le sensible prétendent être incapables de concevoir l'incorporel. L'autre dit : “ J'ai pris femme ” : c'est celui qui croit avoir trouvé une sagesse et, parce qu'il participe à elle, refuse la vraie sagesse, ou celui qui s'est uni à la chair, ami du plaisir plus que de Dieu ; “ ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu . ”

 

Fr. 85 — Lc, 15, 16

Il faut comprendre ainsi le désir qu'a le débauché d'être rassasié des caroubes. La nature raisonnable, lorsqu'elle tombe dans la déraison, désire parvenir, sinon aux doctrines les meilleures, du moins à quelque doctrine. Les caroubes ont un goût sucré et gonflent le corps, mais ne produisent pas d'excrément : ce sont, semble-t-il, les doctrines spécieuses des matérialistes et des partisans du corps, qui font du plaisir un bien, “ qui chatouillent les oreilles et dévient les esprits vers les fables ”. “ Personne ne lui en donnait ” : aux bonnes natures, les méchants ne livrent pas leurs enseignements pervers de peur d'être réfutés. Ou bien, peut-on dire, les doctrines du dehors, n'étant pas nourrissantes, ne peuvent pas remplir l'estomac et ne sont pas digestibles, comme les nourritures spirituelles.

 

Fr. 86 — Lc, 19, 24 Hom. 39, 7

“ Enlevez-lui la mine ”, dit-il aux assistants, c'est-à-dire la grâce de l'Esprit-Saint, parce qu'il ne peut pas, la possédant, être châtié ; il doit en être d'abord dépouillé. “ Donnez-la à qui en a dix. ” Dieu nous donne en retour ses dons en y ajoutant quelque chose : à celui qui a fait fructifier la mine et en a gagné dix, Dieu a rendu “ les dix mines ”, avec une en plus, la mine du serviteur qui n'a pas travaillé.

 

Fr. 87 — Lc, 19, 26

Celui qui possède, dit Jésus, une vertu, acquise par ses travaux et ses sueurs, reçoit de Dieu quelque chose en plus : ainsi, à celui qui a la foi, pour autant que cela est en notre pouvoir, sera accordée la grâce de foi. Plus simplement, celui qui a par nature une qualité innée et l'a améliorée par son application et ses soins, obtiendra de Dieu ce qui lui manque. Mais le méchant, qui n'a pas communiqué à la foule la doctrine, sera privé de ce qu'il avait et sera puni.

 

Fr. 88 — Lc, 19, 30 Hom. 37, 4

C'est l'œuvre des disciples qui ont détaché l'ânon de le conduire délié à Jésus et de jeter sur lui une bonne partie des vêtements dont ils se parent, c'est-à-dire leurs actions et leurs paroles, puis d'y faire monter Jésus, de l'y faire asseoir, et d'étendre ensuite leurs vêtements sur le chemin, afin que sur les vêtements des disciples marche l'ânon détaché, monté par Jésus.

 

Fr. 89 — Lc, 19, 37,40 Hom. 37, 5

Lorsque la foule “ des disciples loue Dieu d'une voix forte ”, les pierres se taisent, mais si la foule des disciples se tait, ce qui arrivera “ quand viendra l'apostasie ”, “ les pierres ” crieront.

 

Fr. 90 — Lc, 20, 36 Hom. 39, 2

L'expression “ comme les anges de Dieu dans le ciel ” ne signifie pas que les hommes seront au ciel, mais qu'ils seront comme les anges célestes. Marc dit de même : “ Mais ils sont comme des anges dans les cieux. ” La multiplicité des anges ne vient pas d'un accroissement par génération, mais de leur création, ainsi en sera-t-il de la foule des ressuscites.

 

Fr. 91 — Lc, 20, 38

Nous savons que les Marcionites et les Valentiniens attaquent encore ce texte en appliquant cette parole aux âmes : il s'agirait de leur survie et le Seigneur aurait dit que Dieu est leur Dieu. L'opposition des Sadducéens ne visait pas les âmes, mais les corps : c'est donc à leur sujet que Jésus répond. Le mort ressuscitera lorsque l'âme sera réunie au corps : dans le temps intermédiaire, elle n'est pas dissoute, mais comme oisive et privée de tout ce qui est propre à la vie, dont elle jouissait lorsqu'elle était unie au corps : les deux ensemble ne forment qu'un, l'homme et la vie commune, et il faut les deux pour que la vie issue de la mort réapparaisse.

 

 

 

 

 

 

 

ORIGENE

 

COMMENTAIRE SUR SAINT JEAN

 

LIVRE XXVIII

COMMENTAIRESURL'EVANGILE SELON JEAN

INTRODUCTION

SYMBOLISME DU NOMBRE VINGT-HUIT

 

 

Ceux qui ont scruté les natures des nombres ont affirmé que le premier nombre parfait, c'est le six, car il est (égal) à ses propres parties, constitue par l'addition de la monade et de son double, un et deux, c'est-à-dire trois, un nombre premier, et du résultat du redoublement, je veux dire deux , car deux fois trois font six. Ils disent que le second nombre parfait, c'est le vingt-huit, car il est constitue par la somme de la monade et de ses doubles jusqu'à ce qu'apparaisse un nombre premier, et par le redoublement du nombre premier auquel on a abouti Quatre est, en effet, le redoublement de la monade dans le calcul un, deux, quatre, sept, le résultat de leur addition, lui-même un nombre premier qui n'est mesure que par la monade.

Or quatre fois sept donne vingt-huit, qui est, lui aussi, égal à ses propres parties. C'est pourquoi, je pense, Moïse, instruit de toute la sagesse des Égyptiens, l'a facilement pris pour la construction de la tente du témoignage les tentures ont, en effet, vingt-huit coudées de long. Il fallait certes que la tente du témoignage, construite à la gloire de Dieu, eût, parmi ses nombres choisis, également le vingt-huit.

Arrivés à ce nombre, saint frère Ambroise, dans notre Commentaire sur l'Évangile selon Jean — car ce tome sera, avec la grâce de Dieu, le vingt-huitième sur cet évangile —, poursuivons sans autre notre route vers la suite également, après avoir invoque le Dieu parfait, donateur de toute perfection, par l'intermédiaire de notre parfait grand prêtre Jésus-Christ, afin qu'il accorde à notre intelligence de trouver la vérité des textes que nous examinerons et ce qui les constitue.

 

 

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