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HOMÉLIE X. Sur le texte : Rempli du Saint-Esprit il prophétisa, jusqu'au passage : Car tu marcheras devant le Seigneur, pour préparer ses voies.

 

Rempli de l'Esprit-Saint, Zacharie fait deux prophéties assez générales, l'une sur le Christ, l'autre sur Jean-Baptiste. Cela ressort nettement de ses paroles, car il parle d'abord du Sauveur comme d'une personne déjà présente, vivant dans le monde, et de Jean ensuite. “ Rempli du Saint-Esprit, il prophétisa : Béni soit le Seigneur, Dieu d'Israël, parce qu'il a fait visite et accordé délivrance à son peuple. ” Parce que Dieu visitait son peuple pour le racheter, “ Marie resta avec Élisabeth trois mois ” après l'Annonciation de l'ange afin que, par une puissance ineffable, le Sauveur présent préparât non seulement Jean, comme nous le disions la dernière fois, mais encore Zacharie, comme l'évangile aujourd'hui nous le montre. De fait, lui aussi progressait peu à peu, durant ces trois mois, sous l'influence du Saint-Esprit ; sans le savoir, il était formé par Dieu et il fit cette prophétie concernant le Christ : “ Qui a accordé la délivrance à son peuple et nous a suscité le sommet du salut dans la maison de David ”, parce que, “ de la race de David selon la chair ”, est né le Christ.

En vérité, ce fut vraiment “ le sommet du salut dans la “ maison de David ” puisque la prophétie fait écho à ce texte : “ La vigne était plantée sur un sommet. ” Sur quel sommet ? Sur le Christ Jésus, sur celui dont il est écrit maintenant : “ Il a suscité le sommet du salut dans la maison de David, son serviteur, comme il l'avait dit par la bouche de ses saints prophètes. ”

“ Pour nous délivrer de nos ennemis. ” Il n'est pas question ici d'ennemis au sens physique mais d'ennemis spirituels. En effet, le Seigneur Jésus est venu, “ fort dans le combat ”, détruire tous nos ennemis, nous délivrer de leurs pièges “ et nous libérer de la main de tous nos ennemis et de tous ceux qui nous haïssent ”.

“ Pour faire miséricorde à nos pères. ” Je pense qu'à la venue du Seigneur Sauveur, Abraham, Isaac et Jacob ont profité de la miséricorde de Dieu. On ne peut pas croire que ces hommes, qui ont prévu ce jour et s'en sont réjouis, n'aient rien gagné à la venue du Seigneur le jour de sa naissance virginale. Que dire encore au sujet des patriarches ? Docile à l'autorité de l'Écriture, j'aurai l'audace de monter encore plus haut et je dirai que la présence du Seigneur Jésus et son Incarnation ont profité non seulement à la terre mais au ciel. Ainsi parle saint Paul : “ Par le sang de la Croix, faisant la paix sur la terre et dans les cieux. ” Si donc la présence du Seigneur a été utile à la terre et au ciel, pourquoi avoir peur de dire que sa venue a été utile aussi aux patriarches , afin que fût accomplie la parole : “ Pour faire miséricorde à nos pères et se souvenir de son alliance sainte, du serment fait à Abraham notre père ”, de nous accorder “ d'être sans crainte, délivrés de nos ennemis ”.

Souvent les hommes sont libérés de la main de leurs ennemis, mais ils ne le sont pas “ sans avoir éprouvé de la crainte ”. Lorsqu'on a d'abord eu peur, dans une situation critique, et qu'on est délivré de ses ennemis, on est bel et bien libéré mais non sans avoir eu peur. Or la venue du Seigneur Jésus nous a délivrés de “ la main de nos ennemis sans que nous ayons eu peur ”. En effet nous n'avons pas connu nos ennemis et nous ne les avons pas vus nous attaquer, mais, sans le savoir, tout à coup, nous avons été arrachés à leurs pièges et à leurs embûches. “ En une seconde, instantanément ”, nous avons été introduits dans “ l'héritage et le partage des justes ”, nous avons été délivrés de “ la main de nos ennemis sans crainte, pour servir Dieu dans la sainteté et la justice tous les jours de notre vie ”.

“ Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut. ” Je me demande pourquoi Zacharie prophétise, non pas comme s'il parlait de Jean, mais à Jean lui-même : “ Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ”, et la suite. Il semble inutile en effet de s'adresser à qui n'entend pas, d'interpeller un bébé à la mamelle. Je pense cependant avoir trouvé la raison : Jean eut une naissance merveilleuse, il vint au monde, annoncé par un ange, il fut mis au monde après le séjour de trois mois que fit Marie chez Élisabeth, ainsi tout ce qui a été écrit à son sujet rapporte des faits merveilleux. Si on met en doute que dès sa naissance il ait pu entendre les paroles de son père et en comprendre le sens, “ et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ”, que l'on veuille bien considérer que les événements précédents sont plus merveilleux encore : “ Votre voix n'a pas plutôt frappé mon oreille que l'enfant a exulté de joie dans mon sein. ” 6. Si donc, dès le sein de sa mère, Jean entendit Jésus et si, à la voix de Jésus, il exulta de joie, pourquoi refuser de croire qu'après sa naissance il ait pu entendre la prophétie de son père et comprendre ces paroles : “ Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant le Seigneur pour préparer ses voies ” ? Je pense donc que Zacharie se hâta de s'adresser à l'enfant parce qu'il savait que bientôt Jean irait vivre au désert et qu'il ne jouirait plus de sa présence. “ De fait, l'enfant vécut au désert jusqu'au jour de sa manifestation à Israël. ” Moïse, lui aussi, demeura dans le désert, mais ce ne fut qu'après avoir fui l'Égypte, à quarante ans révolus et, pendant quarante ans encore, il garda les troupeaux de Jéthro. Jean, au contraire, dès sa naissance, passa au désert, et lui, qui “ fut le plus grand parmi les enfants des femmes ”, parut digne d'une éducation plus élevée. C'est de lui que parle le prophète : “ Voici que j'envoie mon ange devant ta face. ” On a raison d'appeler “ ange ” celui qui, envoyé devant le Seigneur, entendit et comprit la prophétie de son père, dès sa naissance. C'est pourquoi, nous autres qui avons foi en tant de réalités merveilleuses, croyons de la même façon à la résurrection, croyons aussi aux promesses qui doivent s'accomplir concernant le royaume des cieux, promesses que le Saint-Esprit nous garantit chaque jour. Toute l'Écriture est encore plus admirable que nous ne pouvons le percevoir, nous l'apprendrons dans le Christ Jésus, “ à qui appartiennent la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen ”.

 

 

HOMÉLIE XI. Sur le texte : Or l'enfant croissait et se fortifiait en esprit, jusqu'au passage : C'est le premier recensement qui eut lieu, Cyrinus étant gouverneur de Syrie.

 

Selon l'Écriture sainte, il y a deux sortes de croissances : la croissance physique où le vouloir humain n'intervient pas, et la croissance spirituelle assurée par l'effort humain. C'est la seconde croissance, la croissance spirituelle, que mentionne maintenant l'évangéliste : “ L'enfant croissait et se fortifiait en esprit. ” C'est bien ce qu'il affirme : “ Il croissait en esprit ”, et l'esprit en lui n'en restait jamais à la mesure qu'il venait d'atteindre, mais il croissait sans cesse et, l'esprit s'accroissant à chaque heure et à chaque instant, l'âme aussi progressait ; et non seulement l'âme, mais aussi la pensée et l'intelligence suivaient les progrès de l'esprit. Cet ordre de Dieu : “ Croissez et multipliez-vous ”, ceux qui l'entendent au sens physique et à la lettre, je ne sais pas comment ils peuvent l'expliquer. Admettons que “ multipliez ” se rapporte au nombre et qu'ainsi, lorsque il y a accroissement numérique, il y ait place pour une multiplication ; mais exécuter la suite, “ croissez ”, n'est pas en notre pouvoir. Quel est l'homme en effet qui ne voudrait “ ajouter à sa taille ” afin de devenir plus grand ? Or tout ordre peut être exécuté (un ordre impossible à réaliser n'a aucun sens) ; si donc on nous ordonne de grandir, nous avons à coup sûr la possibilité d'exécuter cet ordre. Voulez-vous savoir comment comprendre “ croissez ” ? Écoutez ce qu'a fait Isaac, dont il est dit : “ Isaac progressait et grandissait jusqu'à devenir grand, extrêmement grand. ” Sans cesse, sa volonté tendue vers le plus parfait faisait des progrès, sans cesse son intelligence contemplait quelque réalité plus divine, sans cesse il s'exerçait à enfouir plus de richesses dans le trésor de sa mémoire et à les y conserver plus fidèlement. Ainsi celui qui a cultivé toutes les vertus dans le champ de son âme accomplit cet ordre : “ Croissez. ”. C'est pourquoi Jean, encore petit enfant, croissait et se multipliait ; il est pourtant très difficile à un petit enfant de croître spirituellement et c'est chose très rare parmi les mortels. “ Or l'enfant croissait et se fortifiait spirituellement. ” Il y a une différence entre “ croître ” et “ se fortifier ”. La nature humaine est faible et, pour devenir plus forte, elle a besoin du secours divin. Nous lisons : “ La chair est faible. ” Qui doit venir à son aide pour la fortifier ? Sans aucun doute, l'esprit ; car “ l'esprit est prompt, mais la chair est faible. ” Celui qui veut devenir plus fort ne peut compter que sur l'esprit pour se fortifier. Beaucoup se fortifient physiquement, leur corps prend des forces ; mais l'athlète de Dieu doit prendre des forces spirituelles et, une fois fortifié, il foulera aux pieds la sagesse de la chair ; devenu spirituel, il soumettra le corps à l'empire de l'esprit. N'allons pas croire que ces mots : “ Il croissait et se fortifiait spirituellement ”, ne contiennent qu'une simple histoire relatée au sujet de Jean, histoire qui ne nous concerne en rien ; non, c'est une histoire proposée à notre imitation pour que, multipliés spirituellement, au sens que nous avons dit, nous réalisions des progrès.

“ Et il était au désert jusqu'au jour de sa manifestation devant Israël. ” J'ai dit dernièrement combien la conception de Jean fut extraordinaire, puisque “ l'enfant exulta de joie dans le sein de sa mère ” et, avant d'être né, reconnut le Seigneur ; j'ai montré aussi le miracle non moins grand que fut sa naissance, lorsque Zacharie prophétise et adresse la parole à l'enfant, comme si celui-ci l'entendait : “ Et toi, dit-il, jeune enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut. ” Après une telle conception et une telle naissance, il était donc normal que Jean n'attendît pas d'être élevé par son père et par sa mère “ jusqu'au jour de sa manifestation à Israël ”, mais il convenait qu'il se retirât, fuyant le tumulte des villes, l'affluence du peuple, les vices des cités et qu'il s'en allât dans le désert, où l'air est plus pur, le ciel plus découvert et Dieu plus familier ; et cela, puisque ni le mystère du baptême n'était révélé ni l'époque de la prédication arrivée, afin de vaquer à la prière et de vivre avec les anges , afin d'appeler le Seigneur et de l'écouter lui répondre : “ Me voici. ” “ Moïse parlait et Dieu lui répondait ”, ainsi, je pense, Jean dans le désert a dû parler et le Seigneur lui aura répondu.

Et cette pensée m'est suggérée pour une raison décisive, tirée de l'Écriture. Si “ personne ne fut plus grand que Jean-Baptiste parmi les enfants des femmes ”, et si Dieu répondit à Moïse, il répondit donc aussi à Jean qui fut plus grand que Moïse, qui fut nourri au désert, dont la naissance a été annoncée par un archange — le même archange qui avait annoncé celle du Sauveur — et dont le père devint muet parce qu'il ne croyait pas à sa naissance. Jean était donc “ dans le désert ” et se nourrissait d'une manière nouvelle et inaccoutumée pour un homme : selon ce que nous rappelle saint Matthieu, “ sa nourriture était faite de sauterelles et de miel sauvage ”. Parce que Jean fut le ministre du premier avènement du Sauveur, parce qu'il parlait uniquement de l'économie de son Incarnation, parce que ses prophéties célébraient celui qui était né d'une vierge, il ne prit pas un miel qui venait d'abeilles et qui avait été purifié par le soin des hommes, mais du miel sauvage. Quant à l'insecte ailé dont il faisait sa nourriture, ce n'était pas un bel oiseau qui s'élève bien haut dans les airs, mais un petit insecte qui se soulève à peine de terre et saute plutôt qu'il ne vole. Que dire de plus ? C'est très clair : les sauterelles, animaux tout-petits et purs, furent sa nourriture. Vous voyez, mes frères bien-aimés, une manière nouvelle de naître entraîne un mode nouveau de se nourrir.

Après cela l'Écriture continue : “ Il arriva en ces jour-là que parut un édit de César Auguste soumettant le monde entier à un recensement. Ce fut le premier recensement, Cyrinus étant gouverneur de Syrie. ” On dira peut-être à l'évangéliste : Mais à quoi me sert ce récit qui raconte à la fois “ le premier recensement ” de l'univers entier au temps de l'empereur César Auguste, le voyage de “ Joseph, accompagné de Marie son épouse enceinte ”, allant, au milieu de tout le monde, se faire inscrire lui aussi sur les listes du cens et la venue au monde de Jésus, avant la fin du recensement ? Pour qui y regarde de plus près, ces événements sont le signe d'un mystère : il a fallu que le Christ aussi fût recensé dans ce dénombrement de l'univers, parce qu'il voulait être inscrit avec tous pour sanctifier tous les hommes, et être mentionné sur le registre avec le monde entier pour offrir à l'univers de vivre en communion avec lui ; il voulait, après ce recensement, recenser tous les hommes avec lui sur “ le livre des vivants ”, et tous ceux qui auront cru en lui les “ inscrire dans les cieux ” avec les saints de Celui “ à qui appartiennent la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen ”.

 

 

HOMÉLIE XII. Sur le texte : Un ange est venu du ciel et a annoncé aux pasteurs la naissance du Seigneur.

 

Mon Seigneur Jésus est né et un ange descendit du ciel pour annoncer sa naissance. Voyons qui l'ange a été chercher pour annoncer l'avènement du Christ. Il n'est pas venu à Jérusalem, il n'a pas été chercher les scribes et les pharisiens, il n'est pas entré dans la synagogue des Juifs, mais il alla trouver “ des pasteurs qui passaient la nuit à garder leurs troupeaux ” et il leur dit : “ Il vous est né aujourd'hui un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. ”

Pensez-vous que la parole de l'Écriture n'a pas un sens plus divin et ne signifie rien de plus que ceci : un ange vint trouver des pasteurs et leur a parlé ? Écoutez, pasteurs des églises, pasteurs de Dieu, son ange continue à descendre du ciel et à vous annoncer “ qu'il vous est né aujourd'hui un Sauveur qui est le Christ Seigneur. ” En effet, si ce Pasteur n'est pas venu, les pasteurs des Églises ne pourront pas, par eux-mêmes, bien protéger leurs troupeaux : défaillante est leur garde, si le Christ ne fait pas paître le troupeau et ne le garde pas avec eux. Nous venons de lire dans l'Apôtre : “ Nous sommes les collaborateurs de Dieu. ” Un bon pasteur qui imite le Bon Pasteur est le collaborateur de Dieu et du Christ ; et, par le fait même, un bon pasteur est celui qui, uni au meilleur des pasteurs, s'associe à lui dans la tâche de faire paître le troupeau. “ Dieu, en effet, a placé dans l'Église, des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs, des docteurs, tout cela en vue du perfectionnement des saints. ” Voilà pour le sens immédiat.

Mais, s'il faut nous élever à un sens plus mystérieux, je dirai qu'il faut voir, dans certains pasteurs, les anges chargés de gouverner les affaires humaines. Chaque ange assurait sa garde et veillait jour et nuit, mais il ne pouvait plus supporter la tâche dont il s'acquittait avec soin, la tâche de gouverner les nations à lui confiées ; aussi, un ange du Seigneur est-il venu, après la naissance du Sauveur, annoncer aux pasteurs que le vrai Pasteur était né. Ainsi, pour donner un exemple, il y avait un pasteur en Macédoine : il avait besoin du secours du Seigneur ; c'est pourquoi un Macédonien est apparu en songe à Paul “ et lui a dit : Passe en Macédoine, aide-nous ”. Mais pourquoi parler de Paul, puisque ces paroles n'étaient pas adressées à Paul, mais à Jésus qui vivait en lui ? Les pasteurs ont donc besoin de la présence du Christ ; c'est pour cela qu'un ange descend du ciel et dit : “ Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une grande joie. ” Grande joie, certes, pour ceux à qui était confiée la charge des hommes et des provinces, que le Christ soit venu dans le monde. Grand avantage aussi, pour l'ange qui gouvernait les affaires d'Égypte : la venue du Seigneur permettrait aux Égyptiens de devenir chrétiens. Profit, enfin, pour tous les autres anges qui s'occupaient des différentes provinces, par exemple pour le gardien de la Macédoine, pour le gardien de l'Achaïe et pour ceux des autres régions. Il n'est pas juste, en effet, de croire que seuls de mauvais anges président aux destinées de chaque province et que ces mêmes provinces et régions n'ont pas aussi de bons anges pour les diriger.

Mais ce qu'on dit de chaque province, il faut, à mon avis, le croire également de tous les hommes sans distinction. Chacun a l'assistance de deux anges, un ange de justice, un ange d'iniquité. Si de bonnes pensées occupent notre cœur et si la justice a produit de nombreux fruits en nous, nul doute que ce soit l'ange du Seigneur qui nous parle ; mais si ce sont de mauvaises pensées qui s'agitent dans notre cœur, c'est l'ange du diable qui nous les suggère. Et si chaque homme a deux anges, de même, à mon avis, y a-t-il dans chaque province des anges différents : il y a les bons et les mauvais. Ainsi, de très mauvais anges étaient gardiens d'Éphèse à cause des pécheurs qui se trouvaient dans cette ville. Mais, parce qu'il s'y trouvait beaucoup de croyants, il y avait aussi un ange de l'église d'Éphèse, vraiment bon. Et ce que nous avons dit d'Éphèse, il faut l'entendre de toutes les provinces. Avant la venue du Seigneur Sauveur, les anges avaient un pouvoir bien restreint pour aider ceux qui leur étaient confiés, leurs efforts n'étaient pas suivis de résultats très brillants. Quel signe donner de ce pouvoir limité des anges à l'égard de ceux qui leur étaient soumis ? Écoutez attentivement ce que nous disons : quand l'ange des Égyptiens aidait les Égyptiens, c'est à peine s'il y avait un prosélyte à croire en Dieu et, pourtant, un ange s'occupait des Égyptiens. Par la suite, la plupart des prosélytes égyptiens et Iduméens accueillirent la foi en Dieu, et c'est pour cela que l'Écriture dit : “ Tu n'auras point en abomination l'Égyptien, car vous avez été étrangers sur la terre d'Égypte ; ni l'Iduméen, car il est ton frère. S'il leur naît des fils, ils entreront dans l'Église de Dieu à la troisième génération. ” Ainsi, toutes les nations donnaient un petit nombre de prosélytes, grâce aux efforts des anges à qui elles étaient soumises. Mais, maintenant, ce sont des peuples de croyants qui accèdent à la foi en Jésus et les anges, à qui les églises avaient été confiées, fortifiés par la présence du Sauveur, conduisent des prosélytes en grand nombre afin de rassembler par toute la terre des communautés chrétiennes. C'est pourquoi levons-nous tous ensemble, pour louer le Seigneur et, à la place de l'Israël charnel, devenons l'Israël spirituel. Bénissons le Dieu tout-puissant, en œuvres, en pensées et en paroles, dans le Christ Jésus, “ à qui appartiennent la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen ”.

 

 

HOMÉLIE XIII. Sur le texte : Et il arriva qu'une troupe de l'armée céleste, jusqu'au passage : Ils trouvèrent Marie et Jésus placé dans une crèche.

 

Notre Seigneur et Sauveur naît à Bethléem, et “ une troupe nombreuse de l'armée céleste ” loue Dieu et dit : “ Gloire à Dieu dans les hauteurs, et paix sur la terre aux hommes, objets de la bienveillance divine. ” La “ multitude de l'armée céleste ” parle ainsi parce qu'elle n'était pas en mesure d'offrir son secours aux hommes et qu'elle voyait son incapacité à s'acquitter de l'œuvre qui lui avait été confiée, sans celui qui pouvait apporter le véritable salut et les aider, eux, les guides des hommes, à sauver ainsi le genre humain. L'Évangile rapporte que des hommes, fatigués d'avoir fendu la mer de leurs rames en s'opposant aux vents contraires, ne pouvaient pas, après avoir peiné vingt-cinq ou trente stades, atteindre le port ; le Seigneur survint alors et, apaisant les flots tumultueux, sauva d'un péril imminent le bateau dont les flancs étaient, de tous côtés, battus par les vagues. Il en va de même, comprenez-le, pour les anges qui voulaient offrir leur secours aux hommes et leur accorder la santé en les guérissant de leurs maladies. “ Ils sont tous des esprits destinés à servir, envoyés en mission auprès de ceux qui doivent parvenir au salut. ” Ils aidaient donc les hommes, dans la mesure de leurs forces, mais ils voyaient leurs remèdes bien inférieurs à ce que la guérison des hommes exigeait. Pour pouvoir comprendre d'après un exemple ce que nous disons, regardez une ville avec un très grand nombre de malades, où est employé un corps médical nombreux ; supposons des blessures de toutes sortes, la gangrène qui s'est infiltrée dans la chair morte gagne de jour en jour tandis que les médecins employés à soigner ces plaies ne peuvent plus trouver de remèdes ni vaincre l'étendue du mal par leurs connaissances médicales ; les choses en sont là, quand arrive un médecin extraordinaire qui possède une très haute connaissance de son métier. Ceux qui auparavant n'avaient pas pu guérir les malades, lorsqu'ils voient sous l'action du maître la gangrène s'arrêter, n'en sont pas envieux ; ils ne sont pas rongés de jalousie, mais ils éclatent en louanges à l'adresse de ce médecin exceptionnel et célèbrent hautement Dieu, qui leur a envoyé, à eux et aux malades, un homme d'une si grande science ? . C'est pour une raison semblable que l'on entend une multitude d'anges dire : “ Gloire à Dieu dans les hauteurs, et paix sur la terre aux hommes, objets de la bienveillance divine. ” Car le Seigneur, une fois venu sur la terre, “ a pacifié par le sang de sa croix les êtres qui étaient sur la terre tout comme ceux qui étaient au ciel ”. Ainsi, les anges voulaient que les hommes se souviennent de leur Créateur : ils ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour guérir les hommes, mais les hommes n'ont pas voulu recevoir la santé, aussi les anges se tournent-ils vers celui qui a pu les guérir et le glorifient-ils en disant : “ Gloire à Dieu dans les hauteurs et paix sur la terre aux hommes objets de la bienveillance divine. ”

Un lecteur attentif de l'Écriture cherchera comment le Sauveur peut dire : “ Je ne suis pas venu apportez la paix sur la terre, mais le glaive ”, alors que maintenant les anges chantent, à sa naissance : “ Paix sur la terre ”, et qu'également, dans un autre passage, au sujet de sa propre personne, il est dit : “ Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix, je ne vous la donne pas comme le monde la donne. ” Voyons si ce que nous avançons permet de résoudre la difficulté. S'il avait été écrit : “ Paix sur la terre ”, et que la phrase se fût arrêtée là, l'objection serait valable ; mais, en réalité, la suite, ce qui est dit après le mot “ paix ” : “ Aux hommes, objets de la bienveillance divine ”, résout la difficulté. De plus, la paix que le Seigneur n'apporte pas “ sur la terre ”, ce n'est pas la “ paix de la bienveillance divine ”. Et il ne dit pas tout simplement : “ Je ne suis pas venu apporter la paix ”, mais il ajoute “ sur la terre ” ; inversement il n'a pas dit : “ Je ne suis pas venu apporter sur la terre la paix de la bienveillance divine. ”

Ces paroles, les anges les ont adressées aux pasteurs, mais ceux qui parlaient ce jour-là, parlent aujourd'hui encore ; si les anges n'ont pas parlé aux pasteurs et n'ont pas collaboré avec eux, les pasteurs s'entendent dire : “ Si le Seigneur n'a pas bâti la maison, ceux qui la bâtissent ont travaillé en vain ; si le Seigneur n'a pas gardé la cité, en vain veille celui qui la garde. ” Si l'on permet une certaine audace de langage à celui qui suit le sens de l'Écriture, je dirai qu'il y a deux évêques par église, l'un visible et l'autre invisible, l'un se manifeste aux yeux de la chair, l'autre à" l'intelligence. Si un homme a bien accompli la tâche qui lui était confiée, il est loué par le Seigneur ; sinon, il tombe sous le coup d'une faute et d'un vice ; il en va de même pour l'ange. Car il est écrit dans l'Apocalypse de Jean : “ Mais tu as ici peu de personnes qui n'aient pas de souillures. ” Ou ceci encore, un peu plus haut : “ Tu en as ici qui enseignent la doctrine des Nicolaïtes ”, et plus loin : “ Tu en as qui font tel ou tel péché. ” Par ces mots, les anges à qui ont été confiées les églises se trouvent mis en accusation.

Si donc les anges éprouvent de l'inquiétude pour la manière dont ils gouvernent les églises, est-il besoin de parler des hommes et de la crainte qui doit être la leur lorsqu'ils doivent atteindre le salut, en travaillant en collaboration avec les anges ? Pour ma part, je pense possible de trouver à la fois un ange et un homme, qui soient de bons évêques de l'Église et qui participent en quelque sorte à eux deux à une œuvre unique. Puisqu'il en est ainsi, demandons au Dieu tout-puissant que les évêques des églises, anges et hommes, nous viennent en aide, et sachons que les uns et les autres seront jugés d'après ce qu'ils auront fait pour nous. Et si, après jugement, on n'a pas trouvé de vices et de péchés dans une mauvaise gestion de leur part, mais si on en trouve dans notre négligence, c'est nous qu'on accusera et qu'on châtiera. Car ceux-ci ont beau faire tous leurs efforts pour nous procurer le salut, nous n'en serons pas, pour autant, exempts de péchés. Néanmoins, il arrive fréquemment que nous nous donnions de la peine tandis qu'eux n'accomplissent pas leur office et sont en faute.

“ Et il arriva, dit l'Écriture, que les pasteurs, lorsque les anges les eurent quittés pour le ciel, se dirent entre eux : passons jusqu'à Bethléem et voyons la réalisation de cette parole que le Seigneur nous a fait connaître. Et ils vinrent en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et l'enfant. ” Parce qu'ils étaient venus en hâte, sans lenteur, ne marchant pas comme des gens fatigués, ils trouvèrent Joseph qui avait tout préparé pour la naissance du Seigneur, Marie qui mit Jésus au monde, et le Sauveur lui-même “ couché dans une crèche ”. C'était cette crèche que le prophète avait annoncée en disant : “ Le bœuf a connu son propriétaire et l'âne la crèche de son maître. ” Le bœuf est un animal pur, l'âne, un animal impur. “ L'âne a connu la crèche de son maître ” ; ce n'est pas le peuple d'Israël qui a connu la crèche de son maître, mais un animal impur venant de chez les païens : “ or Israël ne m'a pas connu, dit l'Écriture, et mon peuple ne m'a pas compris. ” Comprenons le sens de cette crèche, efforçons-nous de découvrir le Seigneur, méritons de le connaître et d'assumer non seulement sa nativité et sa résurrection mais aussi le second avènement glorieux de la majesté de celui “ à qui appartiennent la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen ”.

 

 

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