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HOMÉLIE XVIII. Sur le texte : L'Enfant grandissait et se fortifiait, jusqu'au passage : Ne savez-vous pas que je dois être dans la demeure de mon Père ?

 

Jésus mon Seigneur est né, ses parents sont montés à Jérusalem pour accomplir les prescriptions de la Loi et offrir pour lui un couple de tourterelles ou deux petites colombes. Siméon l'a tenu dans ses bras, comme on l'a lu auparavant, et a prononcé à son sujet les prophéties que rapporte le récit. Quand tout fut accompli, selon l'usage, les parents reviennent. Quel était alors l'âge de Jésus ? Il était encore petit enfant et pourtant “ il grandissait, se fortifiait et était rempli de sagesse et de grâce ”. Il n'avait pas encore accompli les quarante jours de purification, il n'était pas encore venu à Nazareth, que déjà il recevait la sagesse en plénitude. L'Écriture a pu dire : “ Il grandissait, se fortifiait et recevait l'Esprit. ” Mais parce qu'“ il s'était anéanti en prenant la forme d'esclave ”, dès que fut offert le sacrifice pour sa purification, il recouvra dans sa plénitude ce dont il s'était dépouillé , non qu'il se soit mis à grandir soudainement, mais en ce sens qu'il manifestait une plus grande sainteté selon ces mots de l'Écriture : “ L'enfant grandissait, se fortifiait et était rempli de sagesse. ” Cherchons s'il existe un autre passage de l'Écriture où l'on rapporte à propos d'un enfant qu'il grandissait et se fortifiait, pour que le rapprochement de plusieurs textes nous permette de saisir ce qui est dit de plus dans le cas de notre Seigneur. À propos de Jean, nous lisons : “ L'enfant grandissait et se fortifiait. ” Le texte pourtant n'ajoute pas : “ Il était rempli de sagesse ”, mais “ il se fortifiait en esprit. ” Saint Luc dit ici du Seigneur : “ Il grandissait, se fortifiait, était rempli de sagesse et la grâce de Dieu était sur lui. ” Toutes ces paroles s'appliquent à l'enfant qui n'avait pas encore atteint ses douze ans.

Mais, à l'âge de douze ans, il reste à Jérusalem. Ne le sachant pas, ses parents le cherchent avec inquiétude et ne le trouvent pas. Ils cherchent “ parmi leurs proches parents ”, ils cherchent “ parmi leurs compagnons de route ”, ils cherchent “ parmi leurs connaissances ”, mais, parmi tous ces gens-là, ils ne le trouvent pas. Jésus est donc recherché par ses parents et par son père nourricier qui l'avait accompagné quand il descendait en Égypte ; et pourtant ils ne le trouvent pas immédiatement dès qu'ils le cherchent. C'est qu'on ne trouve pas Jésus parmi ses parents et ses proches selon la chair ; on ne le trouve pas dans sa famille charnelle. Mon Jésus ne veut pas être trouvé dans la foule.

Apprenez donc où l'ont trouvé ceux qui le cherchaient, pour qu'accompagnant Joseph et Marie dans leurs recherches, vous puissiez le découvrir. “ Et, nous dit l'évangéliste, à force de recherches ils le trouvèrent dans le temple. ” Non pas n'importe où, mais “ dans le temple ” ; et pas simplement “ dans le temple ”, mais “ au milieu des docteurs qu'il écoutait et qu'il interrogeait ”. Vous aussi, cherchez donc Jésus “ dans le temple ” de Dieu, cherchez-le dans l'Église, cherchez-le auprès des maîtres qui sont “ dans le temple ” et qui n'en sortent pas. Si vous cherchez de cette façon, vous le trouverez. De plus, si quelqu'un prétend être un maître et ne possède pas Jésus, il ne possède que le titre de maître et c'est pour cela qu'on ne peut pas trouver auprès de lui Jésus, Verbe de Dieu et Sagesse. “ On le trouva, dit Luc, au milieu des docteurs. ” D'après un autre passage de l'Écriture au sujet des prophètes, comprenez ce que veut dire ici : “ Au milieu des docteurs. ” “ Si celui qui est assis, dit l'Apôtre, a une révélation, que le premier se taise. ” Ils le trouvent “ assis au milieu des docteurs ”, et non seulement “ assis ”, mais “ les interrogeant et les écoutant. ” Maintenant encore, Jésus est ici : il nous interroge et nous écoute parler. “ Tous étaient dans l'admiration ”, dit Luc. “ Qu'admiraient-ils ” ? Non pas ses questions qui pourtant étaient admirables, mais “ ses réponses ”. Interroger est une chose, répondre en est une autre.

Jésus questionnait les maîtres, et comme de temps en temps ils ne pouvaient pas répondre, il répondait lui-même à ses propres questions. “ Répondre ” ne veut pas dire simplement que l'on parle après un autre, mais cela signifie, dans l'Écriture sainte, un enseignement, puisse la Loi divine te l'apprendre. “ Moïse parlait et Dieu lui répondait par une voix. ” Par ce genre de réponse le Seigneur apprenait à Moïse ce qu'il ignorait. Tantôt Jésus interroge, tantôt il répond et, comme nous l'avons dit plus haut, si admirables que soient ses questions, ses réponses sont plus admirables encore. Pour que nous puissions l'entendre nous aussi et qu'il nous pose des questions qu'il résoudra lui-même, supplions-le, employons, à le chercher, un effort intense et douloureux et nous pourrons alors trouver celui que nous cherchons. Ce n'est pas sans raison qu'il est dit dans l'Écriture : “ Ton père et moi nous te cherchions dans la douleur. ” Il faut en effet que celui qui cherche Jésus ne le fasse pas avec négligence et mollesse, d'une manière intermittente, comme le font certains qui le cherchent avec tous ces défauts et, pour ce motif, ne le trouvent pas. Pour nous, disons “ Nous te cherchons dans la douleur.”

Et quand nous aurons dit ces mots, il répondra à notre âme, qui peine et cherche dans la douleur : “ Ne savez-vous pas que je dois être dans la demeure de mon père ? ” Où sont les hérétiques, où sont les impies et les insensés qui affirment que la Loi et les Prophètes ne relèvent pas du Père de Jésus-Christ ? Il est certain que Jésus était dans le temple, construit par Salomon, et il affirme que ce temple est la demeure de son Père qu'il nous a révélé et dont il se dit le Fils. Qu'ils nous répondent, comment autre est le Dieu bon et autre le Dieu juste ? Puisque le Sauveur est le fils du Créateur, louons ensemble le Père et le Fils de qui dépendent la Loi et le temple et “ à qui appartiennent la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen ”.

 

 

HOMÉLIE XIX. De nouveau sur le texte : L'enfant croissait et se fortifiait, jusqu'au passage où il interroge les anciens dans le temple.

 

Puisque certains, qui ont l'air de croire à la sainte Écriture, nient la divinité du Sauveur eu égard, disent-ils, à la gloire du Dieu tout-puissant, il me semble juste de leur apprendre, en m'appuyant sur l'autorité de l'Écriture elle-même, que quelque chose de divin est venu dans un corps humain ; et non seulement dans un corps humain, mais aussi dans une âme humaine. Du reste, à considérer avec soin le sens de l'Écriture, nous voyons que cette âme eut quelque chose de plus que les autres, car toute âme humaine, avant de parvenir à la vertu, est recouverte des souillures du vice. Or l'âme de Jésus n'a jamais été souillée par la tache du péché. La preuve en est qu'avant même qu'il eût atteint sa douzième année, le Saint-Esprit écrit à son sujet dans l'évangile de Luc : “ L'enfant grandissait, se fortifiait et était rempli de sagesse. ” Il n'appartient pas à la nature de l'homme d'être rempli de sagesse avant l'âge de douze ans. Autre chose est d'avoir part à la sagesse, autre chose de la posséder en plénitude. Il n'y a aucun doute que dans la chair de Jésus est apparu un élément divin qui surpassait non seulement l'homme, mais aussi toute créature raisonnable.

“ Il croissait ”, dit l'Évangile. “ Il s'était humilié, en effet, en prenant la forme de l'esclave ” et la même puissance qu'il avait employée à s'humilier, il l'employa à grandir. Il était apparu faible, parce qu'il avait pris un corps faible et pour cela même il recouvrait la force. Le Fils de Dieu “ s'était anéanti ”, et pour cette raison il était à nouveau rempli de sagesse. “ Et la grâce de Dieu était sur lui. ” Ce n'est pas quand il parvint à l'adolescence ni quand il enseignait en public, mais c'est quand il était encore enfant qu'il possédait la grâce de Dieu ; et comme tout en lui avait été admirable, aussi admirable fut son enfance au point de posséder en plénitude la sagesse de Dieu.

“ Ses parents allaient donc, suivant la coutume, à Jérusalem pour célébrer la Pâque ; Jésus avait douze ans. ” Remarquez bien qu'avant sa douzième année, il possédait déjà en plénitude la sagesse et les autres dons qui lui sont attribués dans l'Écriture. Il avait donc douze ans, nous l'avons déjà dit, et quand, la fête achevée selon les usages, ses parents étaient sur le chemin du retour, “ l'enfant à leur insu resta à Jérusalem. ” Il y a là, comprenez-le, un événement qui dépasse les limites de la nature humaine. Il ne faut pas dire tout simplement : “ Il resta ”, et ses parents ignoraient où il était, mais de même qu'il échappa aux Juifs et disparut le jour où ils lui tendaient un piège, comme le rapporte l'évangile de Jean a, ainsi aujourd'hui, l'enfant, à mon avis, reste à Jérusalem et ses parents ne savent pas où il est resté. Ne nous étonnons pas de voir appeler “ parents ” ceux qui avaient mérité le titre de père et de mère, l'une par sa maternité, l'autre par les services rendus.

Le texte continue : “ Nous te cherchions dans la douleur. ” Je ne pense pas qu'ils se désolaient parce qu'ils croyaient l'enfant perdu ou mort. Marie ne pouvait pas craindre que son enfant s'égarât et se perdît, elle qui savait avoir conçu par l'opération du Saint-Esprit, qui avait été témoin des paroles de l'ange, de l'empressement des bergers et de la prophétie de Siméon. Écartez l absolument cette interprétation à propos de Joseph qui avait reçu de l'ange le commandement de prendre l'enfant et d'aller en Égypte, qui avait entendu ces paroles : “ Ne crains pas de prendre Marie pour épouse, car celui qui est né en elle est le fruit du Saint-Esprit. ” Il ne pouvait pas craindre de perdre l'enfant, qu'il savait être Dieu. La souffrance des parents et les questions qu'ils se posent nous suggèrent un sens différent de celui que saisit le lecteur ordinaire. Si vous lisez quelquefois l'Écriture, vous peinez et vous souffrez pour en chercher le sens ; vous ne pensez pas pour autant que l'Écriture se soit trompée ou contienne des assertions fausses, mais c'est qu'elle cache en elle une vérité spirituelle et que, vous, vous ne pouvez pas découvrir ce sens qui pourtant est le vrai. Il en va de même pour Marie et Joseph, ils cherchaient Jésus, désolés à l'idée qu'il pouvait s'être éloigné d'eux, que, les ayant quittés, il était peut-être passé en d'autres lieux ou plutôt, selon moi, retourné au ciel pour en descendre à nouveau quand il le jugerait bon. Ils cherchaient “ dans la douleur ” le Fils de Dieu. Et malgré leurs recherches, ils ne le trouvèrent pas “ parmi leurs proches ” : la parenté humaine ne pouvait pas retenir le Fils de Dieu. Ils ne le trouvèrent pas “ parmi leurs connaissances ” : sa puissance divine dépassait la connaissance et la science des hommes. Où donc le trouvent-ils ? “ Dans le temple ” ; c'est là en effet que l'on trouve le Fils de Dieu. Vous également, si vous cherchez un jour le Fils de Dieu, cherchez d'abord le temple, pressez-vous d'y aller et vous y trouverez le Christ, Verbe et Sagesse, c'est-à-dire Fils de Dieu.

Parce qu'il était tout petit, on le trouva “ au milieu des maîtres ”, occupé à les sanctifier, à les former. Parce qu'il était tout petit, on le trouva “ au milieu d'eux ”, il ne les enseignait pas mais “ il les interrogeait. ” En cela, suivant les obligations de son âge, il nous apprenait ce qui convient aux enfants : tout sages et instruits qu'ils soient, qu'ils écoutent leurs maîtres plutôt que de vouloir leur en apprendre et se mettre en avant par une vaine ostentation. Il interrogeait, dis-je, les maîtres, non pour s'instruire mais pour les former par ses questions. Interroger et répondre avec sagesse découlent d'une seule et même source de doctrine ; c'est la marque d'une même science de savoir quelles questions poser et quelles réponses donner. Il a fallu que le Seigneur nous enseignât d'abord à interroger comme il faut, pour qu'ensuite il répondît aux questions posées, selon le Verbe de Dieu, “ à qui appartiennent la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen”.

 

 

HOMÉLIE XX. Sur le texte : Pourquoi donc me cherchiez-vous ? jusqu'au passage : Marie conservait toutes ces paroles dans son cœur

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Marie et Joseph cherchaient Jésus “ parmi leurs proches ” et ils ne le trouvaient pas ; ils le cherchaient “ parmi leurs compagnons de route ” et ils ne pouvaient pas le trouver. Ils allèrent le chercher “ dans le temple ” et pas simplement “ dans le temple ” mais “ auprès des maîtres ” ; de fait, c'est “ au milieu des maîtres ” qu'ils le trouvent. Partout où il y a des maîtres, c'est là, au milieu d'eux, que l'on trouve Jésus, à condition toutefois que le maître soit assis “ dans le temple ” et n'en sorte jamais.

Jésus rendit service à ses maîtres et, ceux qu'il semblait interroger, il les a enseignés en parlant “ au milieu d'eux ”. En un sens, il les stimulait à chercher ce qu'ils ignoraient et à découvrir des vérités dont, jusqu'ici, ils étaient incapables de savoir s'ils les connaissaient ou s'ils les ignoraient.

On trouve donc Jésus “ au milieu des maîtres ” et, une fois découvert, il dit à ceux qui le cherchaient : “ Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu'il faut que je sois dans la demeure de mon Père ? ” Nous en tenant d'abord au sens le plus simple, armons-nous contre l'impiété des hérétiques qui prétendent que ni le Créateur ni le Dieu de la Loi et des Prophètes n'est Père de Jésus-Christ. Or voici affirmé que le Père du Christ est le Dieu du temple. Qu'ils rougissent donc de confusion, les Valentiniens en entendant les paroles de Jésus : “ Il faut que je sois dans la demeure de mon Père. ” Qu'ils rougissent de confusion tous les hérétiques qui admettent l'évangile selon Luc et méprisent ce qu'il contient. Voilà exposé le sens le plus simple de ce passage.

Mais, puisque le texte porte : “ Ils ne comprirent pas ces paroles ”, étudions avec plus de soin le sens de l'Écriture. Ils manquaient d'intelligence et de sagesse au point de ne pas savoir ce que Jésus voulait dire ; car ces paroles “ être dans la demeure de mon Père ” signifiaient-elles “ être dans le temple ”, ou bien ces mots ont-ils un sens plus profond, capable d'édifier davantage les auditeurs. Chacun de nous, s'il est bon et parfait, appartient à Dieu le Père. Et ainsi d'une façon générale, à propos de tous les hommes, le Sauveur nous a appris qu'il ne doit pas se trouver ailleurs qu'en ceux qui appartiennent au Père. Si l'un d'entre vous appartient à Dieu le Père, il possède Jésus en lui. Ayons donc foi en la parole de Jésus : “ Il faut que je sois dans la demeure de mon Père. ” Et je pense qu'il y a là un temple de Dieu plus spirituel, plus vivant et plus vrai que le temple construit à titre de symbole, par la main des hommes. Ainsi, tout comme la présence de Jésus dans le temple, sa sortie également a un sens symbolique. “ Il sortit du temple ” terrestre en disant : “ Voici votre maison abandonnée et déserte ” et, délaissant cette maison, il s'en alla dans le domaine de Dieu le Père, c'est-à-dire dans les églises dispersées sur toute la surface de la terre et dit : “ Il faut que je sois dans la demeure de mon Père. ” “ Ils ne comprirent pas la parole qui leur avait été adressée. ”

Faites donc attention en même temps à ceci : tant qu'il s'est trouvé dans le domaine de son Père, il était sur les hauteurs et Joseph et Marie qui n'avaient pas encore une foi entière ne pouvaient pas, par le fait même, demeurer avec lui sur les hauteurs. Aussi est-il dit qu'il descendit avec eux. Souvent Jésus descend avec ses disciples ; il ne se tient pas toujours sur la montagne et n'occupe pas indéfiniment les sommets. Il est sur la montagne avec Pierre, Jacques et Jean, mais de nouveau il rejoint, dans un autre endroit, le reste des disciples. Et comme ceux qui souffraient de maladies de toutes sortes n'avaient pas la force de gravir la montagne, “ il descendit et vint ” vers ces gens qui demeuraient en bas. Maintenant aussi il est écrit : “ Il descendit avec eux, vint à Nazareth et il leur était soumis. ”

Apprenons, fils, à être soumis à nos parents : le plus grand se soumet au plus petit ; voyant Joseph plus âgé que lui, Jésus pour cela l'honora du respect que l'on doit à un père, donnant à tous les fils un exemple de soumission à leur père ou, s'ils sont orphelins, à ceux qui détiennent l'autorité paternelle. Pourquoi parler des parents et des enfants ? Si Jésus, le Fils de Dieu, est soumis à Joseph et à Marie, moi, je ne serais pas soumis à l'évêque, que Dieu m'a donné pour père ? Je ne serais pas soumis au prêtre préposé par le choix du Seigneur ? Je pense que Joseph comprenait que Jésus lui était supérieur tout en lui étant soumis, et, connaissant la supériorité de son inférieur, Joseph lui commandait avec crainte et mesure. Que chacun y réfléchisse : souvent un homme de moindre valeur est placé au-dessus des gens meilleurs que lui, et il arrive quelquefois que l'inférieur a plus de valeur que celui qui semble lui commander. Lorsque celui qui est élevé en dignité aura compris cela, il ne s'enflera pas d'orgueil à cause de son rang plus élevé mais il saura que son inférieur peut être meilleur que lui, tout comme Jésus fut soumis à Joseph.

Le texte poursuit : “ Marie conservait toutes ces paroles dans son cœur. ” Elle soupçonnait qu'il y avait là quelque chose qui dépassait l'homme. Aussi “ conservait-elle dans son cœur toutes les paroles de son Fils ”, non comme les paroles d'un enfant de douze ans, mais bien comme les paroles de celui qui avait été conçu du Saint-Esprit, de celui qu'elle voyait “ progresser en sagesse et en grâce aux yeux de Dieu et des hommes ”. Jésus “ progressait en sagesse ” et d'année en année il paraissait plus sage. N'était-il donc pas sage pour progresser en sagesse ? Ou bien “ parce qu'il s'était anéanti, prenant la forme de l'esclave ”, recouvrait-il ce qu'il avait perdu ? Retrouvait-il en plénitude les vertus qu'il avait semblé abandonner auparavant, lors de son Incarnation ? “ Il progressait ” donc non seulement “ en sagesse ” mais “ en âge ”. Car il y a aussi un progrès en âge. L'Écriture nous parle de deux sortes d'âges : l'âge physique qui ne dépend pas de nous mais que régit une loi naturelle, l'âge spirituel qui est vraiment en notre pouvoir et selon lequel, si nous le voulons, nous pouvons croître chaque jour et parvenir jusqu'à la perfection, “ au point de ne plus être de petits enfants ballottés et emportés à tout vent de doctrine ” ; cessant d'être “ des enfants ”, commençons à devenir “ des hommes ” : “ Devenu homme, j'ai fait disparaître ce qui appartenait à l'enfance. ” Le progrès de cet âge, c'est-à-dire la croissance spirituelle, dépend de nous. Si ce premier témoignage ne suffit pas, prenons un autre exemple chez Paul : “ Jusqu'à ce que nous soyons parvenus à l'état d'homme parfait, dans la force de l'âge qui réalise la plénitude du corps du Christ. ” Il est donc en notre pouvoir “ de parvenir à la mesure de l'âge du corps du Christ ”, et, si tel est notre pouvoir, travaillons de toutes nos forces à dépouiller et à détruire ce qui en nous appartient à l'enfance pour atteindre les autres étapes de la croissance et pouvoir entendre nous aussi ces paroles : “ Tu iras en paix auprès de tes pères, ayant vécu une heureuse vieillesse ”, vieillesse spirituelle bien sûr, qui est vraiment la bonne vieillesse, vieillesse chenue qui trouve son achèvement dans le Christ Jésus, “ à qui appartiennent la puissance et la gloire dans les siècles des siècles. Amen ”.

 

 

HOMÉLIE XXI. Sur le texte : La quinzième année du règne de Tibère César, jusqu'au passage : Aplanissez ses sentiers.

 

Quand les prophéties ne s'adressaient qu'au peuple juif, seuls les rois de Juda étaient mentionnés dans leur titre, par exemple : “ Vision que vit Isaïe, fils d'Amos, contre la Judée et contre Jérusalem sous les règnes d'Osias et de Jonathan, d'Achaz et d'Ezéchias. ” Et, mis à part les rois de Judée, je ne vois personne autre mentionné au temps d'Isaïe. Dans quelques prophètes, nous lisons aussi les noms des rois d'Israël, comme dans ce passage : “ Et dans les jours de Jéroboam, fils de Joas, roi d'Israël. ” Mais quand il s'est agi de publier le mystère de l'Évangile et de répandre sur toute la terre la bonne nouvelle dont Jean, au désert, fut le premier messager, alors que l'Empire de Tibère gouvernait le monde, “ la quinzième année de son règne, la parole du Seigneur ”, dit l'Écriture, “ fut adressée à Jean. ” Si le salut avait dû être annoncé aux seuls païens qui allaient embrasser la foi et si Israël avait dû en être totalement exclu, il eût suffi de dire : “ La quinzième année de Tibère César, Ponce-Pilate étant gouverneur de la Judée. ”

Mais comme beaucoup de croyants devaient venir aussi de Judée et de Galilée, ces royaumes sont également mentionnés dans le titre : “ Hérode étant tétrarque de Galilée, Philippe, son frère, étant tétrarque de l'Iturée et de la région de la Trachonitide, Lysanias étant tétrarque de l'Abilène, sous les grands prêtres Anne et Caïphe, la parole du Seigneur fut adressée à Jean, fils de Zacharie, au désert. ” Jadis, “ la parole de Dieu s'était fait entendre à Jérémie, fils d'Elchias, membre de la famille sacerdotale ”, au temps de tel ou tel roi de Juda ; maintenant c'est “ à Jean, fils de Zacharie, que s'adresse la parole de Dieu. ” Or jamais elle n'avait été adressée aux prophètes “ dans le désert ”. Mais “ les fils de la femme délaissée ” allaient embrasser la foi “ en plus grand nombre que ceux de la femme mariée. ” Et c'est pour cette raison que “ la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, au désert. ”

Remarquez en même temps que la signification est plus riche si l'on entend “ désert ” au sens spirituel et non selon le sens littéral pur et simple. Car celui qui prêche “ dans le désert ” y dépense sa voix en pure perte, puisqu'il n'y a personne pour l'entendre parler. Le précurseur du Christ, “ la voix de celui qui crie dans le désert ”, prêche donc dans le désert de l'âme, privée de la paix. Aujourd'hui comme alors, “ c'est une lampe ardente et brillante ” qui vient d'abord et “ prêche le baptême de la pénitence pour la rémission des péchés ”. “ La lumière véritable ” vient ensuite quand la lampe elle-même dit : “ Il faut qu'il croisse et que je diminue. ” La parole de Dieu est proférée “ dans le désert ” et “ s'étend à toute la région avoisinant le Jourdain ”. Quels lieux le Baptiste devait-il parcourir, sinon les environs du Jourdain et ainsi tous ceux qui voulaient faire pénitence étaient sur place pour recevoir l'ablution de l'eau.

Jourdain veut dire “ descente. ” Le fleuve de Dieu “ qui descend ” avec la puissance d'un large courant, c'est notre Sauveur et Seigneur en qui nous sommes baptisés dans l'eau véritable, l'eau du salut. C'est aussi “ pour la rémission des péchés ” qu'il prêche le baptême : venez, catéchumènes, faites pénitence afin de recevoir le baptême pour la rémission des péchés. Il reçoit le baptême “ pour la rémission des péchés ”, celui qui cesse de pécher. Mais quelqu'un vient-il au bain du baptême, endurci dans le péché, pour lui il n'y a pas de rémission des péchés. Aussi, je vous en conjure, ne vous approchez pas du baptême sans précaution ni réflexion attentive mais montrez d'abord “ des fruits dignes de la conversion. ” Ayez pendant quelque temps une conduite honnête, gardez-vous purs de toute souillure et de tout vice : la rémission de vos péchés vous sera accordée, lorsque vous vous serez mis vous aussi à mépriser vos propres péchés. “ Quittez vos fautes et on vous en tiendra quittes. ”

Le passage de l'Ancien Testament cité maintenant, nous le lisons dans le prophète Isaïe : “ Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, redressez ses sentiers. ” Le Seigneur veut trouver en vous un chemin pour pouvoir entrer dans vos âmes et y cheminer, préparez-lui le sentier dont il est dit : “ Rendez droits ses sentiers. ” “ Voix de celui qui crie dans le désert. ” Une voix crie : “ Préparez le chemin. ” La voix commence par arriver aux oreilles puis, après la voix, ou mieux, en même temps qu'elle, la parole pénètre l'ouïe. C'est en ce sens que Jean a annoncé le Christ.

Examinons donc ce que la voix annonce au sujet de la Parole. “ Préparez, dit la voix, un chemin au Seigneur. ” Quel chemin allons-nous préparer au Seigneur ? S'agit-il d'un chemin matériel ? La Parole de Dieu peut-elle emprunter pareil chemin ? Ou faut-il préparer au Seigneur une route intérieure et disposer, dans notre cœur, des pistes droites et unies ? C'est là le chemin par lequel est entré le Verbe de Dieu qui s'installe dans le cœur humain, capable de l'accueillir.

Grand est le cœur de l'homme ! Quelle immensité, quelle capacité, pourvu qu'il soit pur. Voulez-vous connaître sa grandeur et sa largeur ? Voyez l'étendue des connaissances divines qu'il comprend. C'est lui qui dit : “ Il m'a donné une connaissance vraie de ce qui est ; il m'a fait connaître la structure du monde, les propriétés des éléments, le commencement, la fin et le milieu des temps, les changements de saisons, la succession des mois, le cycle des années, la position des astres, la nature des animaux et la fureur des fauves, la violence des esprits et les pensées des hommes, les variétés d'arbres et les vertus des racines. ” Voyez qu'il n'est pas petit le cœur de l'homme qui embrasse tant de choses. Entendez cette grandeur non de ses dimensions physiques, mais de la puissance de sa pensée capable d'embrasser la connaissance de tant de vérités. Mais, pour amener tous les gens simples à admettre la grandeur du cœur humain, considérons ces quelques exemples pris dans la vie quotidienne. Toutes les villes que nous avons traversées, nous les gardons dans notre esprit ; leurs caractéristiques, la situation des places, des murailles, des édifices demeurent dans notre cœur. Le chemin que nous avons parcouru, nous le conservons dessiné et inscrit dans notre mémoire ; la mer où nous avons navigué, nous l'enserrons dans notre pensée silencieuse. Comme je viens de le dire, il n'est pas petit le cœur de l'homme qui peut contenir tant de choses et s'il n'est pas petit, puisqu'il contient tant de choses, on peut bien y préparer le chemin du Seigneur, y tracer une piste droite, pour que le Verbe et la Sagesse de Dieu y marchent. Préparez un chemin au Seigneur par une conduite honnête et, avec des œuvres irréprochables, aplanissez le sentier, pour que le Verbe de Dieu marche en vous sans heurts et vous donne la connaissance de ses mystères et de sa venue, lui, “ à qui appartiennent la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen ”.

 

 

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