SERMON LXXVII. LA CHANANÉENNE OU L'HUMILITÉ (Matt. XV, 21-28).
ANALYSE. — Si Notre-Seigneur a différé d'exaucer l'ardente prière de cette femme qui n'était pas d'Israël, c'est qu'il voulait nous donner en elle un beau modèle d'humilité. — Mais avant de contempler cette humilité, examinons dans quel sens le Sauveur dit qu'il n'est envoyé que vers les brebis perdues de la maison d'Israël. Evidemment c'est en ce sens, que personnellement il voulait évangéliser les Juifs afin de sauver par eux les Gentils, du nombre desquels était la Chananéenne. — Foi merveilleuse que celle de cette femme ! C'est surtout l'humilité qui en fait le mérite, comme ce fut l'humilité du Centurion qui attira sur lui les louanges et les bénédictions du Sauveur. — Ne vous représentez pas comme un festin matériel le banquet promis par le Sauveur aux élus qui partageront la foi du Centurion. Nos aliments et nos richesses ne sont que des moyens de retarder notre inévitable mort. Mais au ciel plus de mort à craindre. C'est le bonheur parfait. — Pour le mériter prenons modèle sur l'humilité de la Chananéenne et gardons-nous de l'orgueil qui perdit les Juifs incrédules.
1. Cette femme Chananéenne dont l'Évangile vient de nous faire l'éloge, est pour nous un exemple d'humilité et un modèle de piété ; elle nous apprend à nous élancer de bas en haut. Elle était, comme on voit, non pas du peuple d'Israël, dont faisaient partie les patriarches, les prophètes, les ancêtres de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont faisait partie la Vierge Marie elle-même, la mère du Christ. Cette femme n'appartenait donc pas à ce peuple mais aux gentils. En effet, comme nous venons de l'entendre, le Seigneur s'étant retiré du côté de Tyr et de Sidon, une femme sortit de ces contrées et lui demandait avec les plus (344) vives instances une grâce ; la guérison de sa fille cruellement tourmentée par le démon. Tyr et Sidon n'étaient pas des villes d'Israël, mais de la gentilité, quoique fort rapprochées du peuple juif. Cette femme criait donc avec un ardent désir d'obtenir la grâce qu'elle demandait. Le Seigneur feignait de ne pas l'entendre, mais ce n'était point pour lui refuser sa miséricorde, c'était pour enflammer encore son désir ; et non-seulement pour enflammer son désir, mais encore, je l'ai déjà dit, pour mettre en relief son humilité. Elle criait donc comme si le Seigneur ne l'eût pas entendue ; mais le Seigneur préparait en silence ce qu'il allait faire. Les disciples mêmes intercédèrent pour elle auprès de lui. « Renvoyez-la, dirent-ils, car elle crie derrière nous. » Mais lui : « Je ne suis envoyé que vers les brebis perdues de la maison d'Israël. »
2. Ici, à, propos de ces paroles, s'élève une question : Si le Christ n'a été envoyé que vers les brebis perdues de la maison d'Israël, comment sommes-nous entrés de la gentilité dans son bercail ? Que signifie un si profond mystère ? Le Seigneur savait pour quel motif il venait, c'était pour établir son Église parmi tous les gentils ; et il dit n'être envoyé que pour les brebis perdues de la maison d'Israël !
Ceci nous fait comprendre qu'il devait montrer à ce peuple sa présence corporelle, sa naissance, ses miracles et la puissance qu'il fit éclater à sa résurrection ; ainsi le voulaient les dispositions antérieures, l'arrêt éternel, les anciennes prophéties. C'est aussi ce qui se réalisa, car Jésus-Christ Notre-Seigneur vint au milieu du peuplé juif, pour s'y faire voir, être mis à mort et gagner les âmes connues de sa prescience : Cette nation ne fut point réprouvée, mais secouée. Il y avait là beaucoup de paille, mais aussi de précieux grains méconnus ; il y avait de quoi brûler, mais aussi de quoi remplir le grenier. Eh ! d'où viennent les Apôtres, sinon de là ? D'où vient pierre ? D'où viennent les autres ?
3. D'où vient aussi Paul ; Paul, c'est-à-dire l’humble, car auparavant il se nommait Saül, ou le superbe ? Ce nom de Saul en effet lui venait de Saül, roi orgueilleux qui persécutait l'humble David dans ses États (Rois, XVIII-XXIV). Lors donc que Paul portait le nom de Saul ; lui aussi était arrogant, persécutait les innocents et dévastait l'Église. Enflammé de zèle pour la synagogue et de haine contre 1e nom Chrétien, il avait reçu des prêtres l'autorisation écrite de livrer aux supplices tous les Chrétiens qu'il pourrait rencontrer. Il court, il respire la mort, il a soif de sang ; mais du haut du ciel la voix du Christ abat ce persécuteur qui se relève Apôtre (Act. IX). Ainsi se vérifie cette prédiction : « Je frapperai et je guérirai (Deut. XXXII, 39). » Dieu frappe dans l'homme ce qui s'élève en lui contre la majesté suprême. Un médecin est-il dur quand il porte dans un abcès ou le fer ou le feu ? Il fait souffrir, oui ; mais c'est pour rendre la santé. Il est importun ; mais s'il ne l'était, quel service rendrait-il ?
D'un mot donc ; le Christ renversa Saul et releva Paul, en d'autres termes, renversa l'orgueilleux et releva l'humble. Quel autre motif avait celui-ci de vouloir changer de nom et substituer le nom de Paul à celui de Saul, si ce n'est la connaissance que ce nom de Saul porté par lui à l'époque où il était persécuteur, était un nom d'orgueil ? Il préféra pour cela prendre un nom d'humilité et s'appeler Paul, c'est-à-dire petit ; car Paul vient de parvus, petit. Aussi, heureux de ce nom, il nous donnait un bel exemple d'humilité en disant : « Je suis le plus petit des Apôtres (I Cor. XV, 9). »
Mais d'où est sorti cet Apôtre, sinon du sein du peuple juif ? C'est de là aussi qu'avec Paul sont issus les autres Apôtres et ceux dont Paul assiste qu'ils ont vu le Seigneur après sa résurrection. Il dit en effet qu' « environ cinq cents frères le virent ensemble, dont beaucoup vivent encore aujourd'hui et dont quelques-uns se sont endormis (I Cor. XV, 6). »
4. De ce peuple étaient issus encore ceux qui entendant Pierre, tout rempli de l'Esprit-Saint, prêcher la passion, la résurrection et fa divinité du Christ, au moment même où après avoir reçu l'Esprit de Dieu, les disciples parlaient les langues de tous les peuples, se sentirent touchés de componction et cherchèrent des moyens de salut. Ils comprenaient qu’ils étaient coupables du sang du Christ ; coupables pour avoir crucifié 'et mis à mort Celui au nom duquel ils voyaient s'accomplir de tels prodiges et descendre visiblement le Saint-Esprit.
5. Ils cherchaient donc des moyens de salut et il leur fut répondu : « Faites pénitence et que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et vos péchés vous seront remis. » Qui désespérerait du pardon quand le pardon est accordé aux meurtriers mêmes du Christ ? Ces Juifs se convertirent donc, ils se convertirent et furent baptisés. Ils s'approchèrent de la table sainte et burent avec foi le sang qu'ils avaient répandu avec fureur. Combien d'ailleurs leur conversion rie fut-elle pas sincère et parfaite ? On peut s'en l'aire une idée par le livre des Actes. On y voit qu'ils vendirent tous leurs biens et en apportèrent la valeur aux pieds des Apôtres. On distribuait à chacun suivant les besoins de chacun ; personne ne réclamait rien en propre et tout était commun entre eux. « Et ils n'avaient, est-il écrit, qu'une âme et qu'un cœur en Dieu (Act, II, IV). »
Voilà les ouailles dont le Sauveur disait : « Je ne suis envoyé que vers les brebis perdues de la maison d'Israël. » C'est à eux qu'il se montra, pour eux qu'il pria du haut de la croix où on l'outrageait. « Mon Père, disait-il, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font (Luc, XXIII, 34). » Médecin généreux, il avait en vue ces frénétiques qui dans leur aveuglement tuaient leur médecin et qui sans le savoir se préparaient un remède dans la mort qu'ils lui faisaient subir. C'est à la mort du Seigneur que nous sommes tous redevables de notre guérison, nous sommes rachetés par son sang et l'aliment de son corps sacré apaise notre faim.
Le Christ donc se montra visiblement aux Juifs, et en disant : « Je ne suis envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël ; » il faisait entendre qu'il leur devait sa présence corporelle, sans mépriser toutefois et sans délaisser les brebis qu'il possédait parmi les gentils.
5. Il ne visita pas lui-même les gentils, mais, il leur envoya ses disciples ; et ce fut l'accomplissement de cette prophétie : « Le Peuple que je n'ai pas connu m'a servi (Ps. XVII, 46). » Remarquez combien cette prédiction est profonde, évidente et expresse. « Le peuple que je n'ai pas connu ; » c'est-à-dire que je n'ai pas visité corporellement, « m'a servi. » Comment ? Le voici : « Il m'a prêté une oreille docile (Ibid.) : » en d'autres termes : ils ont cru, non pas en voyant mais en entendant. C'est la grande gloire des gentils. Les Juifs ont vu le Christ et l'ont mis à mort : les gentils ont entendu parler de lui et y ont cru.
Or, ce fut pour répondre à ces paroles que nous venons de chanter : « Rassemblez-nous du milieu des gentils, afin que nous célébrions votre nom et que nous mettions notre bonheur à publier vos louanges (Ps. CV, 47) ; » pour appeler et rassembler les gentils, que le même Apôtre Paul fut envoyé. Ce petit devenu grand, non par sa propre puissance, mais par la grâce de Celui qu'il avait persécuté, fut envoyé vers les gentils, et de larron il devint pasteur, brebis, de loup qu'il était. Ce dernier des Apôtres fut adressé aux gentils, il travailla immensément parmi eux et les amena à la foi, comme l'attestent ses Epîtres.
6. Il y a de ceci une figure auguste dans l'Évangile même. La fille d'un chef de Synagogue était morte ; son père suppliait le Seigneur de venir près d'elle, car il l'avait laissée malade et en danger. Le Seigneur allait donc visiter et guérir cette malade. Pendant ce temps on annonce sa mort et on dit à son père : « Cette enfant est morte, ne tourmentez plus le Maître. » Le Seigneur se sentait capable de ressusciter les morts, et rassurant ce père désespéré : « Ne crains pas, lui dit-il, crois seulement ; » et il poursuivit sa route. Mais voilà que sur le chemin une femme se glissa comme elle put au milieu des foules. Elle souffrait d'une perte de sang et durant cette longue maladie elle avait dépensé vainement tout son bien pour les médecins. Or, dès qu'elle eut touché la frange de la robe du Sauveur, elle fut guérie. « Qui m'a touché ? » demanda le Seigneur. Les disciples surpris, ignorant ce qui venait d'arriver, voyant d'ailleurs que leur Maître était pressé par la foule et qu'il s'occupait d'une femme qui l'avait touché légèrement, répondirent : « La foule vous presse, et vous demandez : Qui m'a touché ? — Quelqu'un m'a touché, » reprit-il. C'est qu'en effet les uns le pressent et une autre le touche. Beaucoup pressent importunément le corps du Christ et peu le touchent utilement. « Quelqu'un m'a touché ; car j'ai connu qu'une vertu était sortie de moi. » — Reconnaissant alors qu'elle était découverte, cette femme tomba à ses pieds et avoua ce qui s'était fait. Jésus poursuivit ensuite sa route, arriva où il allait et trouvent morte la fille du Chef de Synagogue, il la ressuscita (Luc, VIII, 41-56).
7. Ce faitout lieu tel qu'il est rapporté. Cependant les actions mêmes du Seigneur sont comme clés paroles qui se voient et signifient quelque chose. Ce qui te montré surtout, c'est qu'un joui-, quand ce n'en était pas la saison, il alla chercher des fruits sur un arbre, et n'en trouvant point il jeta sur lui une malédiction qui le fit sécher (Marc, XI, 13, 14). Si ce trait ne renfermait pas quelque signification mystérieuse, n'y aurait-il pas eu folie, premièrement, à chercher des fruits sur un arbre lorsque ce n'en était pas la saison ? Et d'ailleurs, quand même t'eût été le temps des fruits, comment reprocher à un arbre de n'en avoir pas produits ? Mais le Seigneur, voulait faire sentir qu'il demandait, non-seulement des feuilles, mais encore des fruits, non-seulement des paroles, mais encore des actes, et en desséchant l'arbre où il ne rencontre que des feuilles, il indique à quels châtiments sont réservés ceux qui peuvent bien dire sans vouloir bien faire.
Ainsi en est-il ici ; car ici encore il y a un mystère. Celui qui sait tout d'avance demande « Qui m'a touché ? » Le Créateur n'a-t-il pas l'air d'un ignorant ? Il questionne quand il sait ce qu'il demande et que d'avance il connaît même tout le reste ? Le Christ veut assurément nous apprendre quelque chose par ce mystère.
8. Cette fille du Prince de Synagogue représentait donc le peuple juif pour qui était venu le Christ, lui qui a dit : « Je ne suis envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. » Et la femme qui souffrait d'une perte de sang figurait l'Église des gentils, que le Christ ne devait pont faire jouir de sa présence corporelle. Il allait vers la première, avait en vue son salut ; la seconde intervient, elle touche la frange de son vêtement sans qu'il paraisse s'en apercevoir ; elle est donc guérie comme par un absent. « Qui m'a touché ? » demande le Seigneur. C'est comme s'il eût dit : Je ne connais pas ce peuple. « Un peuple que je n'ai pas connu m'a servi. — Qui m'a touché ? Car j'ai senti qu'une vertu s'échappait de moi, » c'est-à-dire que l'Évangile allait au loin et remplissait tout l'univers.
La frange touchée est le bord et une mince partie du vêtement. Faites des Apôtres comme le vêtement du Christ. Paul en était la frange ; il était le dernier et le moindre d'entre eux, comme il le confesse lui-même : « Je suis, dit-il, le dernier des Apôtres ? » Effectivement, il fut appelé et il crut après tous les autres et néanmoins travailla plus qu'aucun d'eux.
Le Seigneur n'était donc envoyé que vers les brebis égarées de la maison d'Israël. Mais comme il devait être servi par un peuple qu'il n'avait pas connu, comme ce peuple devait lui prêter une oreille docile, il ne l'oublia pas non plus au milieu des Juifs, car il dit quelque part J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de ce bercail ; il faut que je les amène aussi, afin qu'il n'y ait qu'un seul troupeau et qu'un seul pasteur (Jean, X, 16). »
9. De ce nombre était la Chananéenne ; aussi Jésus ne la dédaignait pas, mais il différait de l'exaucer. « Je ne suis envoyé, disait-il, qu'aux brebis égarées de la maison d'Israël. » Et elle insistait par ses cris, elle continuait et elle frappait comme si déjà il lui eût été dit : Demande et reçois ; cherche et tu trouveras ; frappe et il te sera ouvert. Elle insista, elle frappa.
Avant de dire : « Demandez et vous recevrez ; frappez et il vous sera ouvert ; » le Seigneur avait dit : « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, dans la crainte qu'ils ne les foulent aux pieds et que se retournant ils ne vous déchirent (Matt. III, 7, 6) ; » dans la crainte qu'après avoir méprisé vos perles ils ne vous tourmentent vous-mêmes. — Gardez-vous, donc de jeter devant eux ce qu'ils n'apprécient pas.
10. Mais comment distinguer, dira-t-on, les pourceaux et les chiens ? Nous le voyons dans l'histoire de la Chananéenne. Comme elle insistait, le Seigneur lui répondit : « Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens. » Tu es une chienne, tu es du nombre des gentils, tu adores les idoles. Or l'habitude des chiens n'est-elle pas de lécher les pierres ? « Il n'est donc pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens. » Si elle s'était éloignée, après ces paroles, elle se serait retirée chienne comme elle était venue ; mais en frappant elle cessa d'être un chien pour devenir un homme, Car elle redoubla ses demandes et l'humiliation même qu'elle endura fit éclater son humilité et lui obtint miséricorde. Elle ne s'émut point, elle ne se fâcha point d'avoir été traitée de chienne quand elle demandait une grâce, quand elle implorait la miséricorde. « C'est vrai, Seigneur, » répondit-elle ; vous m'avez traitée de chienne ; je le suis réellement, je reconnais mon nom, c'est la vérité même qui parle ; je ne dois pas pour cela être exclue de vos faveurs. Hélas ! oui, je suis une chienne ; « mais les chiens eux-mêmes mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Je ne désire qu'une faveur bien petite et bien mince, je ne me jette pas sur la table, je cherche seulement des miettes.
11. Voyez combien cette humilité ressort. Le Seigneur l'avait traitée de chienne ; elle ne renie pas ce titre, elle dit : c'est vrai. Et pour cet aveu « Ô femme ! dit aussitôt le Seigneur, ta foi est grande ! Qu'il te soit fait comme tu as demandé. » Tu reconnais que tu es urne chienne, et moi je déclare que tu es un homme. « Ô femme ! que ta foi est grande ! » Tu as demandé, tu as cherché, tu as frappé ; reçois, trouve, qu'il te soit ouvert.
Remarquez bien, mes frères, comment dans cette femme qui était Chananéenne, c'est-à-dire issue de la gentilité et qui était un type ou une figure de l’Église, ressort surtout l'humilité. Si le peuple juif a été exclu de l'Évangile, c'est qu'il était enflé d'orgueil, pour avoir mérité de recevoir la loi, d'être la souche des patriarches, des prophètes, de Moïse même, ce grand serviteur de. Dieu qui fit en Égypte les prodiges éclatants dont nous parlent les psaumes, qui conduisit le peuple à travers la mer Rouge après en avoir fait retirer les eaux, et qui enfin reçut de Dieu même la loi qu'il donna à sa nation (Ps. CV.). Voilà de quoi s'enorgueillissait le peuple juif, et ce fut cet orgueil qui l'empêcha de se soumettre au Christ, l'auteur de l'humilité et l'ennemi de la fierté, le médecin divin qui s'est fait homme, tout Dieu qu'i était, afin d'amener l'homme à s'avouer homme. Quel remède ! Ah ! si ce remède ne guérit pas l'orgueil, je ne sais qui pourra y mettre lin terme. Jésus est Dieu et il se fait homme ! Il écarte sa divinité, c'est-à-dire il met de côté, il cache sa propre nature pour montrer sa nature empruntée. Tout Dieu qu'il est il se fait homme, et l'homme ne se reconnaît pas homme, c'est-à-dire ne se reconnaît pas mortel, ne se reconnaît pas fragile, ne se reconnaît pas pécheur, ne se reconnaît pas malade pour recourir au moins comme tel à son médecin, mais ce qui est fort dangereux, il croit jouir de la santé !
12. Voilà donc le motif, motif d'orgueil, pour lequel ce peuple ne s'est point attaché au Sauveur, et pour lequel les rameaux naturels, c'est-à-dire les Juifs que rendait stériles l’esprit d'orgueil, ont été retranchés du tronc de l’olivier ou du peuple des gentils. L'Apôtre enseigne effectivement que l'olivier sauvage a été enté sur l'olivier véritable, d'où les rameaux naturels ont été abattus. L'orgueil a fait abattre ceux-ci et l'humilité a fait enter celui-là (Rom. XI, 17-21).
Cette humilité éclatait dans la Chananéenne quand elle disait : Oui, Seigneur, je suis une chienne, et je cherche à ramasser des miettes. Cette humilité encore fit le mérite du Centurion. Il désirait que le Seigneur guérit son valet, et le Seigneur répondant : « J'irai et je le guérirai ; Seigneur ; répliqua-t-il, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma demeure, mais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. » Je ne suis pas digne de vous recevoir dans ma demeure, et déjà il l'avait reçu dans son cœur. Plus il était humble, plus aussi il avait de capacité et plus il était rempli. L'eau tombe des collines et remplit les vallées. Mais après que le Centurion eût dit : « Je ne suis pas digne que vous entriez dans ma demeure, » qu'est-ce que le Seigneur adressa à ceux qui le suivaient ? « En vérité je vous le déclare, je n'ai pas trouvé tant de foi dans Israël. » Tant de foi, c'est-à-dire une foi si grande. Et qui la rendait si grande ? La petitesse, c'est-à-dire l'humilité. « Je n'ai pas trouvé tant de foi ; » elle ressemble au grain de sénevé, d'autant plus actif qu'il est plus petit.
Déjà donc alors le Seigneur greffait le sauvageon sur l’olivier véritable ; il le faisait au moment où il disait : « En vérité je vous le déclare, je n'ai pas trouvé tant de foi dans Israël. »
13. Voyez enfin ce qui suit. « Aussi, » parce que « Je n'ai pas trouvé dans Israël ; » tant d'humilité dans la foi, « pour cela donc je vous le déclare, beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident et auront place avec Abraham, Isaac et Jacob au festin du royaume des cieux (Matt. VIII, 5, II). — Ils auront place au festin, » ils reposeront. Car nous ne devons point nous figurer, dans ce royaume, de banquets charnels ni y désirer rien de semblable ; ce serait, non pas changer nos vices en vertus, mais nous appuyer sur eux. Autre chose est de désirer le royaume des cieux en vue de là sagesse et de l'éternelle vie ; et autre chose d'y aspirer en vue de la félicité terrestre qu'on y attendrait plus abondante et plus grande. Compter sur l'opulence dans ce royaume, ce n'est pas détruire la cupidité, c'est lui donner un autre objet.
On y sera riche, toutefois, on ne sera même riche que là : N'est-ce pas l'indigence qui mendie tant ici ? Pourquoi les riches possèdent-ils beaucoup ? Parce que leurs besoins sont nombreux. Plus la pauvreté est grande, plus elle cherche. Là au contraire il n'y aura plus de pauvreté ; on y sera vraiment niché parce qu'on n'y aura besoin de rien. Parce que l'ange ne possède ni montures, ni équipages, ni domestiques, ne le crois pas pauvre en comparaison de toi. Pourquoi ? C'est qu'il n'a aucun besoin, c'est qu'il manque d'autant moins qu'il est plus fort. Là donc sont les richesses et les richesses véritables. N'y transporte par les festins de la terre. Ces festins en effet ne sont que des remèdes à prendre chaque jour et indispensablement nécessaires à une sorte de maladie que nous apportons en naissant, et que chacun sent s'il vient à laisser passer l'heure de son repas. Veux-tu savoir combien cette maladie est sérieuse ? Considère que comme une fièvre aigüe elle donne la mort dans l'espace de sept jours : Ne crois pas que tu jouisses de la santé. La santé véritable c'est l'immortalité, et la santé actuelle n'est qu'une longue maladie. Parce que tu luttes contre cette infirmité par des remèdes de chaque jour, tu n'y crois pas : mets de côté ces remèdes et tu sauras ce dont tu es capable.
14. Dès notre naissance il est nécessaire que nous mourions. C'est une maladie qui conduit fatalement à la mort. En examinant l'état des malades, il arrive souvent aux médecins de dire, par exemple : C'est un hydropique, il est condamné à mort, ce mal est incurable. C'est un lépreux ; incurable également ; un phtisique, qui entreprendra de le guérir ? Il est nécessaire qu'il succombe, il mourra inévitablement. Mais lors même que le médecin à dit : C'est un phtisique, il ne peut que mourir, il arrive quelquefois que la phtisie, que l'hydropisie même et que la lèpre ne sont pas suivies de la mort ; au lieu que la naissance y mène nécessairement. C'est donc une maladie dont on meurt et dont on meurt inévitablement. L'ignorant le prédit comme le médecin ; et lors même que la mort se ferait attendre, s'ensuit-il qu'elle ne viendra point ?
Où donc se trouve la vraie santé, sinon où se rencontre l'immortalité véritable ? Mais l'immortalité véritable est exempte d'altération et de défaillance. Qu'a-t-elle alors besoin d'aliments ? C'est pourquoi, lorsque tu entends : « Ils auront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob, » ne pense pas à ton corps, mais à ton âme. Tu seras rassasié, car l'âme aussi a sa nourriture, et c'est de l'âme qu'il est dit : « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés (Matt. V, 6) ; » si bien rassasiés que jamais plus ils ne ressentiront la faim.
15. Déjà donc le Seigneur entait-le sauvageon quand il disait : « Beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident et prendront place avec Abraham Isaac et Jacob ait festin du royaume des cieux ; » c'est-à-dire qu'ils seront entés sur l'olivier véritable, dont les racines sont Abraham, Isaac et Jacob ; tandis que « les enfants du royaume, » ou les Juifs incrédules, « iront dans les ténèbres extérieures (Matt, VIII, 12). » Rameaux naturels ils seront coupés afin de faire place à l'olivier sauvage.
Comment ont-ils mérité d'être ainsi abattus ? Par leur orgueil. Et n'est-ce pas l'humilité qui leur a substitué le sauvageon ? Aussi la Chananéenne disait-elle : « Oui, Seigneur, car les chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Ce qui lui mérite cet éloge : « Ô femme ! ta foi est grande ! » Le Centurion disait aussi : « Je ne suis pas digne que vous entriez dans ma demeure, » et il lui fut également répondu : « Je vous le déclare en vérité, je n'ai pas rencontré tant de foi dans Israël. »
Formons-nous donc ou conservons-nous dans l'humilité. Si nous ne l'avons pas encore, acquérons-la, et ne la perdons point si nous l'avons, Acquérons-la, si nous ne l'avons pas, afin d'être greffés ; et pour n'être pas retranchés, conservons-la si nous l'avons.
SERMON LXXVIII. LA TRANSFIGURATION (Matt. XVII, 1-8).
ANALYSE. —Jésus-Christ a voulu nous donner dans cet évènement une idée de son royaume. Ses vêtements, transfigurés comme lui, désignent son Église qu'il doit associer à sa gloire et où règne l'unité représentée par Moïse et Élie. Aussi ne faut-il qu'une tente sur la sainte montagne ; Jésus seul est appelé le Fils unique de Dieu et il indique en relevant ses Apôtres qu'il ressuscitera ses fidèles pour leur faire partager sa félicité suprême. Mais ils doivent d'abord travailler à la mériter.
1. Il nous faut contempler, mes bien-aimés, et expliquer le spectacle saint due le Seigneur présenta sur la sainte montagne. C'est de cet évènement qu'il avait dit : « , 1e vous le déclare « en vérité, il y en a quelques-uns ici présents qui ne goûteront pas la mort qu'ils n'aient vu le Fils de l'homme dans son royaume (Ibid. XVI, 28). »
Voici le commencement de la lecture qui vient de nous être faite. « Six jours après avoir prononcé ces paroles, il prit avec lui trois disciples, Pierre, Jean et Jacques, et alla sur la montagne. » Ces disciples étaient ceux dont il avait dit : « Il y en a ici quelques-uns qui ne goûteront point la mort qu'ils n'aient vu le Fils de l'homme dans son royaume. » Qu'est-ce que ce royaume ? Question assez importante. Car l'occupation de cette montagne n'était pas la prise de possession de ce royaume. Qu'est-ce en effet qu'une montagne pour qui possède le ciel ? Non-seulement les Écritures nous enseignent cette différence, mais nous la voyons en quelque sorte des yeux de notre cœur.
Or Jésus appelle son royaume ce que souvent il nomme le royaume des cieux. Mais le royaume des cieux est le royaume des saints ; car il est dit : « Les cieux racontent la gloire de Dieu ; » et aussitôt après : « Il n'y a point de langues ni d'idiomes qui n'entendent leurs voix ; » les voix de ces mêmes cieux. « L'éclat s'en est répandu sur toute la terre, et leurs paroles ont retenti jusqu'aux extrémités de l’univers (Ps. XVIII, 4-5). » N'est-ce donc pas des Apôtres et de tous les prédicateurs fidèles de la parole de Dieu qu'il est fait ici mention ? Ces mêmes cieux régneront avec le Créateur du ciel, et voici ce qui s'est fait pour le démontrer.
2. Le Seigneur Jésus en personne devint resplendissant comme le soleil, ses vêtements blancs comme la neige, et avec lui s'entretenaient Moïse et Élie. Jésus toi-même, Jésus en personne parut resplendissant comme le soleil, marquant ainsi qu'il était la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde (Jean, I, 9). Ce qu'est ce soleil pour les yeux de la chair, Jésus l'est pour les yeux du cœur ; l'un est pour les âmes ce que l'autre est pour les corps.
Ses vêtements représentent ici son Église ; car ils tombent s'ils ne sont portés et maintenus. Paul était dans ces vêtements comme l'extrémité de la frange ; aussi dit-il. « Je suis le moindre des Apôtres (I Cor. XV, 9) ; » et ailleurs : « Je suis le dernier des Apôtres (Ibid. IV, 19). » Or la frange est ce qu'il y a de moindre et d'extrême dans le vêtement. Aussi, comme cette femme qui souffrait d'une perte de sang fut guérie en touchant la frange de la robe du Seigneur (Luc, VII, 44) ; ainsi l'Église des gentils se convertit à la prédication de Paul. Eh ! qu'y a-t-il d'étonnant que l'Église soit figurée par de blancs vêtements, puisque nous entendons le prophète Isaïe s'écrier : « Vos péchés fussent-ils rouges comme l'écarlate, je vous blanchirai comme la neige (Isaïe I,18) ? »
Que peuvent Moïse et Élie, la loi et les prophètes, s'ils ne communiquent avec le Seigneur ? Qui lira la loi ? qui lira les prophètes, s'ils ne rendent témoignage au Fils de Dieu ? C'est ce que l'Apôtre exprime en peu de mots. « La loi dit-il, fait seulement connaître le péché, tandis qu'aujourd’hui, saris la loi, la justice de Dieu a été manifestée : » voilà le soleil ; « annoncée par la loi et les prophètes : » voilà l'aurore.
3. Pierre est, témoin de ce spectacle, et goûtant les choses humaines à la manière des hommes : « Seigneur, dit-il, il nous est bon d'être ici. » Il s'ennuyait de vivre au milieu de la foule, il avait trouvé la solitude sur une montagne où le Christ servait d'aliment à son âme. Pourquoi en descendre afin de courir aux travaux et aux douleurs, puisqu'il se sentait envers Dieu un saint amour et conséquemment des mœurs saintes ? Il cherchait son propre bien ; aussi ajouta-t-il. « Si vous voulez, dressons ici trois tentes : une pour vous, une pour Moïse et une autre pour Élie. » Le Seigneur ne répondit rien à cette demande, et toutefois il y fut répondu, en effet, comme il parlait encore, une nuée lumineuse descendit et les couvrit de son ombre. Pierre demandait trois tentes ; et la réponse du ciel témoigna que nous n'en avons qu'une, celle que le sens humain voulait partager. Le Christ est la parole de Dieu, la Parole de Dieu dans la loi, la Parole de Dieu dans les prophètes. Pourquoi, Pierre, chercher à la diviser ? Cherche plutôt à t'unir à elle. Tu demandes trois tentes comprends qu'il n'y en a qu'une.
4. Pendant que la nuée les couvrait et formait comme une seule tente au dessus d'eux, une voix sortit de son sein et fit entendre ces paroles « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. » Là se trouvaient Moïse et Élie. La voix ne dit pas : Ceux-ci sont mes Fils bien-aimés. Autre chose est d'être le Fils unique, et autre chose, des enfants adoptifs. Celui qui se trouve aujourd'hui signalé est Celui dont se glorifient la loi et les prophètes : « Voici, est-il dit, mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes douces complaisances ; écoutez-le ; » car c'est lui que vous avez entendu dans les prophètes, lui aussi que vous avez entendu dans la loi, et où ne l'avez-vous pas entendu ? Ils tombèrent à ces mots la face contre terre.
Voilà donc dans l'Église le royaume de Dieu. Là en effet nous apparaissent le Seigneur, la loi et les prophètes : le Seigneur dans la personne du Seigneur même, la loi dans la personne de Moïse et les prophètes dans celle d'Élie. Ces deux derniers figurent ici comme serviteurs et comme ministres, comme des vaisseaux que remplissait une source divine ; car si Moïse et les prophètes parlaient et écrivaient, c'est qu'ils recevaient du Seigneur ce qu'ils répandaient dans autrui.
5. Le Seigneur ensuite étendit la main et releva ses disciples prosternés. « Ils ne virent plus alors que Jésus resté seul. » Que signifie cette circonstance ?
Vous avez entendu, pendant la lecture de l'Apôtre, que « nous voyons maintenant à travers un miroir, en énigme, mais que nous verrons alors face à face, » et que les langues cesseront lorsque nous posséderons l'objet même de notre espoir et de notre foi (I Cor. XIII, 12, 8, 9). Les Apôtres en tombant symbolisent donc notre mort, car il a été dit à la chair : « Tu es terre et tu retourneras en terre (Gen. III, 19) ; » et notre résurrection quand le Seigneur les relève. Mais après la résurrection, à quoi bon la loi ? à quoi bon les, prophètes ? Aussi ne voit-on plus ni Élie ni Moïse. Il ne reste que Celui dont il est écrit : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu (Jean, I, 1). » Il rie reste plus que Dieu, pour être tout en tous (I Cor. XV, 28). Là sera Moïse, mais non plus la loi. Nous y verrons aussi Élie, mais non plus comme prophète. Car la loi et les prophètes devaient seulement rendre témoignage au Christ, annoncer qu'il devrait souffrir, ressusciter d'entre les morts le troisième jour et entrer ainsi dans sa gloire (Luc, XXIV, 44-47) ; dans cette gloire où se voit l'accomplissement de cette promesse adressée à ceux qui l'aiment : « Celui qui m'aime, dit-il, sera aimé de mon Père, et moi aussi je l'aimerai. » Et comme si on lui eût demandé : Que lui donnerez-vous en témoignage de votre amour ? « Et je me montrerai à lui, » poursuit-il (Jean, XIV, 21). Quelle faveur ! Quelle magnifique promesse ! Dieu te réserve pour récompensé, non pas quelque don particulier, mais lui-même., Comment, ô avare, ne pas te contenter des promesses du Christ ? Tu te crois riche, mais qu'as-tu si tu n'as pas Dieu, et si ce pauvre l'a, que ne possède-t-il point ?
6. Descends, Pierre, tu voulais te reposer sur la montagne, descends, annonce la parole, insiste à temps, à contre-temps, reprends, exhorte, menace, en toute patience et doctrine (II Tim. IV, 2) ; travaille, sue, souffre des supplices afin de parvenir par la candeur et la beauté des bonnes œuvres accomplies avec charité, à posséder ce que figurent les blancs vêtements du Seigneur. L'Apôtre ne vient-il pas de nous dire, à la gloire de la charité : « Elle ne cherche point son propre intérêt (I Cor. XIII, 6) ? »
Il s'exprime ailleurs autrement, et il est fort dangereux de ne pas le comprendre. Expliquant donc les devoirs de la charité aux membres fidèles du Christ : « Que personne, dit-il, ne cherche son bien propre, mais le bien d'autrui. » Or en entendant ces mots, l'avare prépare ses artifices ; il veut dans les affaires, pour rechercher le bien d'autrui, tromper le prochain, et ne pas chercher son bien propre, mais celui des étrangers. Arrête, ô avarice, justice, montre-toi : écoutons et comprenons. C'est la charité qu'il a été dit : « Que personne ne cherche son bien propre, mais le bien d'autrui. » Toi donc, ô avare, si tu résistes à ce conseil, si tu veux y trouver l'autorisation de convoiter le bien d'autrui, sacrifie d'abord le tien. Mais je te connais, tu veux à la fois et ton bien et le bien étranger. Tu emploies l'artifice pour t'approprier ce qui n'est pas à toi ; souffre donc que le vol te dépouille de ce qui t'appartient. Tu ne veux pas ? chercher ton bien, mais tu prends le bien d'autrui. Cette conduite est inique Écoute, ô avare, prête l'oreille. Ces mots : « Que personne ne cherche son bien propre, mais le bien d'autrui, » te sont expliqués ailleurs plus clairement par le même Apôtre. Il dit de lui-même : « Pour moi je cherche, non pas ce qui m'est avantageux, mais ce qui l'est au grand nombre, afin de les sauver (I Cor. X, 24, 33). »
C'est ce que ne comprenait pas encore Pierre, lorsqu'il désirait rester avec le Christ sur la montagne. Le Christ, ô Pierre, te réservait ce bonheur après la mort. Pour le moment il te dit : Descends travailler sur la terre, servir sur 1a terre, et sur la terre être livré aux mépris et à la croix. La Vie même n'y est elle pas descendue pour subir la mort, le Pain, pour endurer la faim, la Voie, pour se fatiguer dans la marche, la Fontaine éternelle pour souffrir la soif ? Et tu refuses le travail ? Ne cherche pas ton intérêt propre. Aies la charité, annonce la vérité, ainsi tu parviendras à l'inaltérable paix de l'éternité.