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Luc XXIII, 50-56. L'ensevelissement.
Que veut dire encore que le Christ est enseveli non par les Apôtres, mais par Joseph et Nicodème ? L'un était juste et constant ; en l'autre il n'y avait pas de fraude [82]. Telle est en effet la sépulture du Christ : elle ne connaît ni fraude ni iniquité. C'est là couper court à tous faux-fuyants, et triompher des Juifs par un témoignage de chez eux ; car si c'étaient les Apôtres qui l'avaient enseveli, ils diraient sûrement qu'il n'a pas été enseveli, puisqu'ils ont dit qu'on l'avait enlevé. Or le juste recouvre le corps du Christ d'un suaire, l'innocent l'enduit de parfum ; ce n'est pas sans raison que nous rencontrons cette distinction, car la justice est le vêtement de l'Église, l'innocence lui procure sa beauté. Revêtez donc vous aussi le corps du Seigneur de sa gloire, afin d'être vous-même juste ; même croyant à sa mort, recouvrez-le pourtant de la plénitude de sa divinité. Oignez-le de myrrhe et d'aloès, pour être la bonne odeur du Christ (II Cor., II, 15). C'est un bon linceul qu'a mis Joseph, ce juste : peut-être celui que Pierre a vu descendre du ciel vers lui, où se trouvaient divers quadrupèdes, bêtes et oiseaux, ressemblance et figure de la Gentilité (Act., X, 11 ssq.). L'Église est donc ensevelie avec ce parfum mystérieux et précieux, ayant associé les peuples divers dans la communauté de sa foi. À propos de Joseph, je trouve chez Jean seulement qu'il est venu en cachette trouver Pilate, par crainte des Juifs. Comment un juste a-t-il cherché le secret par crainte du danger ? Pour moi, je crois qu'il a demandé en secret afin d'obtenir le corps, non pour éviter le danger. Pourtant quoi d'étonnant si le juste s'est caché, quand se cachaient également les Apôtres, maîtres des justes ? Venez, vous aussi : que vous veniez tard, ou la nuit, ou à n'importe quelle heure, vous trouverez Jésus disposé à vous accueillir, et ne payant pas aux tard-venus un moindre salaire : car celui même qui est venu à la sixième heure n'a pas été privé de salaire, et celui de la onzième a reçu le salaire complet (Matth., XX, 5 ssq.). De plus, Nicodème est venu la nuit (Jn, III, 2) : il faisait nuit, parce que ce n'était pas encore la résurrection ; aussi bien, une fois Jésus ressuscité, le juste dit : « La nuit est venue d'abord, le jour approche » (Rom., XIII, 12). Luc qualifie ce Joseph de juste, Matthieu de riche ; et c'est le cas de l'appeler riche, en ce moment où il a reçu le corps du Christ : car, recevant le riche, il n'a pas connu l'indigence de la foi. On est donc riche quand on est juste. Ainsi il l'enveloppe d'un suaire ; mais l'Israélite mélange les parfums variés des vertus, et y met environ cent livres d'aloès : c'est-à-dire la mesure parfaite de la foi. Et ils lièrent le corps de Jésus, selon la coutume des Juifs — des spirituels : non par les nœuds de l'incrédulité, mais par les bandelettes de la foi. Et ils le déposèrent dans un jardin : à celui-ci l'Église est souvent comparée, comme ayant les fruits des mérites variés et les fleurs des vertus. Ce n'est pas non plus sans raison que tel parle d'un tombeau nouveau, tel autre du tombeau de Joseph. Ainsi le Christ n'avait pas de tombeau à Lui ; c'est qu'on prépare un tombeau à ceux qui sont sujets aux lois de la mort ; le vainqueur de la mort n'a pas de tombeau à Lui : car qu'y a-t-il de commun entre un tombeau et Dieu ? Aussi bien l'Ecclésiaste dit de celui qui médite le bien : « Et il n'y a pas de sépulture pour lui » (VI, 3) [83] . La mort du Christ a donc son caractère propre, différent de la mort commune à tous : aussi n'est-II pas enseveli avec les autres, mais enfermé seul dans le tombeau. Car l'Incarnation du Seigneur a eu toutes les ressemblances avec l'humanité ; mais la ressemblance ne va pas sans différence : il y a ressemblance dans sa naissance d'une vierge, dissemblance en sa conception ; Il guérissait les malades, mais en commandant ; Jean a baptisé dans l'eau, Lui par l'Esprit (Lc, III, 16). De même donc la mort du Christ est commune quant à sa nature corporelle, spéciale quant à sa puissance. Mais qui est ce Joseph dans le tombeau duquel on le dépose ? Evidemment, ce juste. Il est donc bien que le Christ soit confié à la tombe d'un juste, pour que le Fils de l'homme ait où poser sa tête (Lc, IX, 58), et repose en un séjour de justice. Il est également bien que le tombeau soit neuf : au sens littéral, pour que les incrédules ne disent pas qu'un autre est ressuscité ; au sens mystique, que pouvons-nous entendre ? Peut-être ce que nous avons lu : « Leur gorge est un sépulcre béant » (Ps. 5, 11). C'est donc un sépulcre béant que la gorge de l'homme, dans laquelle sont enfouies l'incroyance qui tue et les paroles mortes ; il se crevasse et tombe en ruine de vétusté, visité pour ainsi dire par les bêtes l. Il existe par contre un tombeau, dans l'intime de l'homme, que le Juste s'est creusé par la pénétration de la parole dans les cœurs endurcis de la Gentilité ; il est poli par le travail de la foi et de la doctrine, afin que la puissance du Christ se déploie devant les nations. Et il est parfaitement bien qu'on y ait mis une pierre, pour qu'il ne fût pas béant ; car lorsqu'on a bien enseveli le Christ chez soi, il faut le garder avec soin, pour ne pas le perdre, et pour ne pas laisser entrer la fausse foi. Vous voyez en effet que Pierre et Jean ont mérité d'entrer les premiers ; et d'ailleurs Jean lui-même n'est pas entré avant d'avoir cru (Jn, XX, 6, 8). Et l'on dit bien qu'il était taillé dans le roc, c'est-à-dire dans la fermeté de la foi, d'où les vrais Israélites ont sucé le doux miel et l'huile de l'Esprit (Deut., XXXII, 13). Or le Christ est enseveli par le juste et par celui qui a vu Dieu ; car on ne peut ensevelir le Christ que si on le croit Dieu. Tout le monde ne peut pas ensevelir le Christ : aussi bien les femmes, si pieuses qu'elles soient, demeurent à distance ; mais leur piété fait qu'elles observent l'emplacement avec soin, pour apporter des parfums et les répandre. Dans leur sollicitude cependant elles sont les dernières à s'éloigner du tombeau, les premières à revenir au tombeau. Si la constance manque, l'empressement ne manque pas ; leur sexe est faible, leur dévouement fervent.


Luc XXIV, 1-12. La Résurrection.
Aussi bien, à l'heure de la Résurrection elles sont là ; et tandis que les hommes ont pris la fuite, elles seules sont averties par l'ange de ne pas avoir peur. Elles appellent Pierre ; leur zèle le devance, leur foi le suit. D'ailleurs il arrive sans crainte ; et, venu plus tard, il entre le premier, en homme qui avait reçu les clefs du Royaume pour ouvrir aux autres. Quant au tremblement de terre, c'est pour les croyants la résurrection, pour les insensés la crainte. Pour les uns, c'est le corps appesanti secouant le sommeil de la mort ; les autres, troublés par la crainte charnelle et par l'instabilité terrestre, perdent la foi et croyance en la résurrection.
« Et le matin du sabbat elles vinrent de très bonne heure autombeau. »
Ce texte fait naître chez plusieurs une grande incertitude : car si nous ne voyons pas que les évangélistes se soient contredits, ils ont pourtant parlé diversement. Celui-ci, en effet, dit que « le matin, de très bonne heure », Marc : « De grand matin », Matthieu : « Le soir du sabbat », Jean : « Le lendemain du sabbat, quand il faisait encore nuit », les femmes sont venues au tombeau. Puis celui-ci mentionne que l'on a vu deux hommes, Marc un jeune homme assis, vêtu de blanc, Matthieu un ange, Jean deux anges assis, en vêtements blancs. Enfin, ce qui paraît presque insoluble, Jean écrit qu'il fut dit à Marie Madeleine : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore remonté vers mon Père » ; Matthieu a écrit que le Seigneur s'est présenté à Marie Madeleine et à une autre Marie, et il a décrit dans le plus grand détail comment elles s'approchèrent, Lui prirent les pieds et l'adorèrent. Quelle est donc la solution ? Ne serait-ce pas de penser que les quatre évangélistes ont parlé de quatre moments divers, et de supposer divers personnages féminins et des apparitions diverses ? Aussi bien les unes viennent avec des parfums le lendemain du sabbat, les autres, sans parfums, le soir du sabbat ; on donne les noms des unes, on mentionne que les autres avaient suivi le Seigneur depuis la Galilée.
De crainte que tel ne soit choqué de finir ici par les aspérités d'une exégèse épineuse, alors que peut-être on s'attendait à des choses suaves, figurez-vous que nous carguons les voiles d'un discours près de s'achever ; car nous arrivons au port, et le vaisseau qui a traversé les mers d'une course rapide, dès qu'il commence à approcher du rivage, ralentit sa marche pour esquiver les écueils cachés. Pour éviter donc d'échouer mon discours, comme un pilote maladroit, sur les sables du rivage, glissant en quelque sorte sur les bas-fonds dissimulés, j'aime mieux ralentir la marche que la précipiter, de crainte que notre discours ne se brise et ne s'engloutisse. Il faut donc en premier lieu considérer ce que signifie ce texte, que le Seigneur est ressuscité « le soir du sabbat, alors que pointait le lendemain du sabbat ». Vous lisez en effet que « le soir du sabbat Marie Madeleine et une autre Marie vinrent voir le tombeau ; et voici qu'il se produisît un grand tremblement de terre ». Ce n'est donc pas le jour du sabbat — car elles demeurèrent inactives le jour du sabbat, selon le précepte — mais après le jour du sabbat, dans la nuit, qu'il est ressuscité. Aussi bien, venant le matin, de très bonne heure même, elles apprirent que le Seigneur était déjà ressuscité. 151. Il faut donc, tout bien pesé, croire que la Résurrection n'a eu lieu ni le dimanche matin, qui est le lendemain du sabbat, ni le jour du sabbat (car comment arriverait-on à trois jours ?). Ce n'est donc pas au déclin du jour, mais au déclin de la nuit, qu'il est ressuscité. Aussi bien le grec dit : tard, c'est-à-dire : όψέ; or « tard » signifie également l'heure où le jour décline, et le retard d'une chose quelconque : par exemple si vous dites : on me l'a suggéré tard, c'est-à-dire tardivement ; il est arrivé en retard, c'est-à-dire arrivé après le temps convenu. Même s'il est arrivé au matin du lendemain, c'est tard, puisque le temps d'agir est passé. Tard, c'est aussi l'heure de la nuit profonde, par exemple quand vous dites : je me suis levé tard pour travailler ; cela veut dire : je me suis levé non pas sur le soir, mais en pleine nuit. C'est ce qui donne aux femmes toute facilité d'approcher du tombeau, les gardes se reposant déjà — et pourquoi les gardes eux-mêmes sont davantage effrayés, comme il arrive quand on est réveillé en sursaut. Enfin les princes des prêtres eux-mêmes, dans leur réunion avec les anciens, confirment que l'événement s'est passé la nuit, quand ils disent aux gardes : « Dites que ses disciples sont venus la nuit et l'ont dérobé pendant votre sommeil » ; car c'est l'heure, sur laquelle les gardes les ont renseignés, qui leur a suggéré l'échafaudage de leur supercherie. De même encore Jean marque que Marie Madeleine est venue vers lui et vers Pierre « le matin, quand il faisait encore nuit », et pourtant la montre ignorant que la Résurrection est accomplie : à coup sûr, si celle-ci avait eu lieu au déclin du jour, elle aurait pu la connaître aussitôt. C'est le matin, et Pierre ne sait pas encore ; Jean ne sait pas. Est-ce que le Seigneur aurait souffert que ses disciples fussent plus longtemps torturés par l'incertitude de sa mort, alors que de suite l'ange, de suite le Seigneur leur ont envoyé les femmes pour leur annoncer l'événement accompli ? Et pour vous montrer qu'il est nuit, les unes parmi les femmes ne savent pas, les autres savent. Elles savent, celles qui ont veillé nuit et jour ; elles ne savent pas, celles qui se sont retirées. Une Marie Madeleine ne sait pas, selon Jean ; une autre Marie Madeleine sait, selon Matthieu ; car la même n'a pu savoir, puis ne pas savoir. Donc s'il y a plusieurs Marie, il peut y avoir aussi plusieurs Madeleine : le premier nom est personnel, le second de localité . D'ailleurs apprenez qu'il s'agit d'une autre : l'une est admise à tenir les pieds du Seigneur, l'autre a défense de toucher le Seigneur ; l'une a mérité de voir l'ange, l'autre, venue en premier lieu, n'a vu personne : l'une a annoncé aux disciples que le Seigneur était ressuscité, l'autre leur apprend qu'on l'a enlevé ; l'une est joyeuse, l'autre pleure ; à celle-là le Christ se présente déjà glorifié, celle-ci le cherche encore mort ; l'une a vu le Seigneur et a cru, l'autre n'a pu le reconnaître quand elle le voyait ; l'une adorait dans un sentiment de foi, l'autre se tourmentait dans l'incertitude de son cœur.
C'est bien justement qu'il lui est défendu de toucher le Seigneur : ce n'est point en effet par un contact du corps, mais par la foi, que nous touchons le Christ. « Car, dit-Il, je ne suis pas encore monté vers mon Père » ; ce qui veut dire : je ne suis pas encore monté à vos yeux, puisque vous cherchez le vivant parmi les morts. Aussi est-elle envoyée à de plus forts, dont l'exemple lui apprendra à croire, pour qu'ils lui prêchent la résurrection. De même en effet qu'au début la femme fut l'instigatrice du péché pour l'homme, l'homme consommant l'erreur ; de même à présent celle qui avait goûté la première à la mort a vu la première la résurrection. Selon l'ordre de la faute, elle fut la première au remède ; et pour n'avoir pas à subir sans fin devant les hommes l'opprobre de la culpabilité, ayant transmis la faute à l'homme, elle lui a transmis également la grâce ; elle compense le désastre de l'antique déchéance par l'annonce de la résurrection. Les lèvres de la femme avaient autrefois donné passage à la mort ; les lèvres d'une femme rendent la vie. Mais comme elle a trop peu de constance pour prêcher, comme son sexe est trop faible pour exécuter, c'est aux hommes qu'est remise la fonction d'évangéliser. Car si Jésus, non content de détruire la faute des femmes, multiplie leur action, en sorte que plusieurs soient persuadés par celle qui d'abord en avait trompé un seul, l'homme également, qui d'abord avait étourdiment ajouté foi, a dû recouvrer un don accru, et, s'étant jadis laissé aller à la crédulité, devenir apte à prêcher aux autres. Mais remarquons les termes mêmes du mandat : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père ; mais va vers mes frères, et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu. » Comment n'étiez-vous pas monté, Seigneur Jésus ? Comment étiez-vous absent, vous qui aviez remis votre esprit aux mains du Père ? Quand d'ailleurs pouvez-vous être absent, étant toujours dans le Père, toujours avec le Père ? Aussi bien vous avez dit vous-même : « Si je descends aux enfers, vous y êtes ; si je déploie mes ailes avant le jour pour aller habiter à l'extrémité des mers, même là c'est votre main qui me conduira » (Ps. 138, 8-10). De même, comment montez-vous, étant sans cesse partout ? Vous êtes descendu, il est vrai, comme Fils de l'homme, et descendu sans quitter le Père. Mais vous êtes descendu pour nous, pour que nos yeux et nos âmes vous voient, pour que nous croyions en vous. C'est donc aussi pour nous que vous êtes monté, pour que nous vous suivions en esprit, ne pouvant vous voir de nos yeux. Vous êtes monté pour les Apôtres, à qui vous avez dit : « Qui m'a vu, a également vu le Père » (Jn, XIV, 9). Aussi bien Jean a su où vous chercher : c'est chez le Père qu'il vous a cherché et trouvé ; aussi a-t-il écrit : « Et le Verbe était chez Dieu » (I, 1). Vous êtes monté pour Paul, qui, non content de vous suivre seul, nous a également appris comment vous suivre et où nous pouvions vous trouver : « Si donc, dit-il, vous êtes ressuscites avec le Christ, cherchez les choses d'en haut, où se trouve le Christ assis à la droite de Dieu » (Col., III, 1). Et pour que nous n'en fassions pas la fonction des yeux plutôt que celle des cœurs, il a ajouté : « Goûtez les choses d'en haut, non pas celles de la terre » (Ib., 2). Ce n'est donc pas sur terre ni en terre ni selon la chair que nous devons vous chercher, si nous voulons vous trouver ; car « maintenant nous ne connaissons plus le Christ selon la chair » (II Cor., V, 16). Aussi bien Étienne ne vous a pas cherché sur terre, lui qui vous a vu debout à la droite de Dieu (Act., VII, 55 ssq.), tandis que Marie, qui vous cherchait sur terre, n'a pu vous toucher. Étienne vous a atteint, parce qu'il vous a cherché au ciel. Étienne au milieu des Juifs vous a vu bien qu'absent ; Marie parmi les anges ne vous a pas vu présent. Mais pourquoi n'a-t-elle pas pu vous toucher, l'évangéliste même nous l'a appris en disant qu'elle vous voyait bien, mais sans savoir que c'était vous. Car on lit : « Elle se retourna et vit Jésus debout ; et elle ne savait pas que c'était Jésus. » Il est à propos qu'elle n'ait pu le toucher, n'ayant pu le voir : car voir, c'est toucher. Ainsi le texte évangélique souligne les différences entre l'une et l'autre Marie. Celle-là va au-devant de Jésus pour le voir, celle-ci se retourne en arrière ; celle-là est saluée, celle-ci reprise. Car enfin vous lisez : « Jésus lui dit : Femme. » Celle qui ne croit pas est femme, et désignée encore par la qualité de son sexe selon le corps ; car celle qui croît arrive « à l'homme parfait, à la mesure de l'âge achevé du Christ » (Éphés., IV, 13) ; elle n'a plus son nom du siècle, le sexe de son corps, la mobilité de la jeunesse, le bavardage de la vieillesse. Donc Jésus dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » comme pour dire : ce ne sont pas simplement des larmes que Dieu réclame, mais la foi ; les vraies larmes, c'est reconnaître le Christ. « Qui cherches-tu ? » dit-Il ; car le Seigneur condamne les lenteurs compliquées. Mais Il a justement ajouté : « Qui » : non pas qu'il doute, Lui, qui elle cherche, mais parce qu'elle-même ne sait pas qui elle cherche : car ce n'est pas le Christ qu'elle cherche, puisqu'elle le croit enlevé. Le Christ est là, à quoi bon le chercher ? C'est le méconnaître que le chercher, que ne pas le reconnaître quand on le voit. Aussi bien elle voyait le Christ et le prenait pour un jardinier. C'est en effet ce que vous lisez : « Elle, croyant que c'était le jardinier, lui dit : Seigneur, si c'est vous qui l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis, et je le prendrai. » Si sa foi est hésitante, sa parole ne s'égare pas ; si elle l'a pris pour un jardinier, elle l'a pourtant traité en Fils de Dieu ; si elle ne croit pas encore, elle désire cependant croire : car c'est Lui qui a enlevé le corps, l'ayant ressuscité. Donc l'erreur de cette femme est pardonnable. Evidemment, elle n'aurait pas dû douter que le corps du Christ eût été relevé par la gloire de la Résurrection ; pourtant elle veut être instruite par le Christ, et déjà, dans son dévouement, elle promet la foi : elle l'enlèvera de terre, et le cherchera à la droite de Dieu. Aussi bien, à la suite de ces paroles, n'est-elle plus appelée femme, mais Marie : le premier vocable est commun à la foule, l'autre est spécial à une personne qui suit le Christ. Et elle est envoyée aux disciples, sans être encore en pleine possession de sa foi, du moins comme messagère. Mais il lui est interdit de le toucher, parce qu'elle n'avait pas encore appris avec Paul que la plénitude de la divinité habite dans le corps du Christ ; elle n'avait pas encore dépouillé l'incertitude du siècle, les doutes de la chair ; elle n'avait pas encore vécu la vie du Christ. Aussi bien celle-ci n'adore pas le Seigneur et ne lui prend pas les pieds, comme l'autre Marie : chez cette dernière, ce n'est pas tant l'hommage corporel que le mouvement d'une foi plénière qui se traduit : elle croit le Christ homme et Dieu tout ensemble ; car c'est Dieu qu'on adore, l'homme que l'on étreint. Le Seigneur ne répugne donc pas à être touché par une femme, puisque Marie a frotté ses pieds de parfum. Il ne refuse pas le contact, mais Il enseigne le progrès : car tous ne peuvent pas toucher ressuscité le Christ qu'ils ont touché pendant son séjour en cette vie et dans ce corps. Qui veut toucher le Christ doit mortifier ses membres, et, comme destiné à ressusciter, revêtir des entrailles de miséricorde (Col., III, 12), renoncer sans hésitation au terrestre. Que veut donc dire : « Ne me touche pas ? » Ne mets pas la main aux grandes choses ; mais va vers mes frères, c'est-à-dire les plus parfaits — car « quiconque fera la volonté de mon Père qui est aux cieux, c'est mon frère, ma sœur et ma mère » (Matth., XII, 50) — parce que la Résurrection ne peut être aisément saisie que par les parfaits. La prérogative de cette foi est réservée aux mieux affermis ; « quant aux femmes, je ne leur permets pas d'enseigner dans l'église ; qu'elles interrogent leurs maris à la maison » (I Tim., II, 12). Elle est donc envoyée à ceux de la maison ; et elle a accueilli les ordres qui lui ont été donnés.
Nous n'ignorons pas le sentiment de quelques-uns sur ce passage : le Christ n'aurait pas voulu être touché, parce qu'il n'avait pas encore reçu l'image qu'il avait remise au Père, et qu'elle ne devait pas encore le toucher. « Je monte vers votre Père, mon Dieu et votre Dieu. » Il a fait à propos la distinction, parlant à une femme ; car nous n'avons de commune nature avec le Christ que par sa condition humaine. Le Père est tel pour Lui par véritable génération, pour nous par libre adoption ; pour Lui par nature, pour nous par grâce. Il est Dieu pour Lui dans l'unité du mystère, pour nous par sa puissance céleste.


Luc XXIV, 33-49. Apparitions aux Apôtres.
Quelqu'un dira : Comment donc Thomas, alors qu'il ne croyait pas encore, a-t-il pourtant touché le Christ ? Mais il semble qu'il ait douté non de la Résurrection du Seigneur, mais du mode de la Résurrection. Et il fallait qu'il m'enseignât en le touchant, comme Paul aussi m'a enseigné : « Car il faut que cette corruption revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l'immortalité. » (I Cor., XV, 53), en sorte que l'incrédule croie, et que l'hésitant ne puisse clouter ; car nous croyons plus facilement ce que nous voyons. Or Thomas avait lieu de s'étonner, quand il vit, tout étant fermé, un corps se glisser à travers des barrières impénétrables aux corps, sans dommage pour leur structure. Oui, c'est merveille qu'une nature corporelle ait traversé un corps impénétrable : on ne le vit pas arriver, on vit sa présence ; il fut aisé de le toucher, difficile de le reconnaître. Aussi bien les disciples, troublés, croyaient voir un esprit. C'est pourquoi le Seigneur, pour nous montrer le caractère de la résurrection : « Touchez, dit-Il, et voyez : un esprit n'a ni chair ni os comme vous voyez que je les ai. » Ce n'est donc point une nature incorporelle, mais l'état de son corps ressuscité, qui lui a fait pénétrer des clôtures normalement impénétrables ; car ce qui se touche est corps, ce qui se palpe est corps. Or c'est corporellement que nous ressuscitons : car « la semence est un corps de chair, d'où lève un corps spirituel » (I Cor., XV, 44) ; l'un est subtil, l'autre grossier, étant encore épaissi par les conditions de son infirmité terrestre. Comment en effet n'y eût-il pas eu un corps, alors que demeuraient les marques des blessures, les traces des cicatrices, que le Seigneur a présentées pour être touchées ? Par là non seulement Il affermit la foi, mais Il excite la dévotion : les blessures reçues pour nous, Il a préféré les emporter au ciel, Il n'a pas voulu les effacer, afin de montrer à Dieu le Père le prix de notre libération. C'est en cet état que le Père le place à sa droite, accueillant les trophées de notre salut ; tels sont les témoins que la couronne de ses plaies a produits pour nous.
Et puisque notre discours en est arrivé là, considérons comment il se fait que selon Jean les Apôtres ont cru, puisqu'ils se sont réjouis, que selon Luc ils sont repris comme incrédules ; qu'ici ils ont reçu l'Esprit Saint, que là il leur est prescrit de résider dans la ville jusqu'à ce qu'ils soient revêtus de ce don du ciel. Il me semble que l'un, en qualité d'apôtre, a touché ce qu'il y a de plus grand et de plus élevé, l'autre la suite, plus proche de l'humain ; l'un a suivi les détails de l'histoire, l'autre a résumé. Car on ne saurait douter de celui qui rend témoignage de faits auxquels il a lui-même assisté, « et son témoignage est véritable » ( Jn, XXI, 24) ; quant à celui qui a mérité d'être évangéliste, il sied également d'écarter de lui tout soupçon de négligence ou de mensonge. Ainsi nous pensons que l'un et l'autre est véridique : ils ne sont séparés ni par la différence des pensées ni par la diversité des personnes. Car si Luc dit d'abord qu'ils n'ont pas cru, plus tard cependant il montre qu'ils ont cru. Si nous considérons le début, il y a opposition ; pour la suite, l'accord est assuré. Considérons donc les paroles mêmes du texte. Jean s'exprime ainsi : « Et les disciples se réjouirent à la vue du Seigneur. Il leur dit donc de nouveau : Paix avec vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. Ayant ainsi parlé, Il souffla sur eux et leur dit : Recevez l'Esprit Saint ; ceux à qui vous remettrez leurs péchés, ils leur seront remis ; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn, XX, 20-23). Quant à Luc, il dit : « ...et comment ils le reconnurent à la fraction du pain. Or, tandis qu'ils parlaient de la sorte, Il se trouva au milieu d'eux et leur dit : Paix à vous ! C'est moi, n'ayez pas peur. Troublés et effrayés, ils croyaient voir un esprit. » Il pourrait sembler qu'ici ils étaient plus nombreux [84] . Mais comme c'est ici le soir de la Résurrection (car les deux qui, au déclin du jour, étaient entrés pour demeurer avec le Seigneur, nous sont montrés, une fois qu'il s'est soudain dérobé, revenant sur l'heure vers les disciples), et, comme selon Jean, c'est sur le tard, en ce jour du lendemain du sabbat, qu'on le voit apparaître aux disciples et présenter ses blessures à leur toucher, il nous a semblé que, pour éviter toute incertitude, il y fallait regarder plus attentivement. Il semble en effet s'être montré à part aux Onze, comme Il s'était déjà montré à part à Ammaon [85] et Cléopas sur le soir ; et comme ces deux-là, les Onze ont également pu se réunir pour affermir les autres. Aussi bien « ils furent troublés », comme vous le lisez selon Luc, et c'est pourquoi « Il leur ouvrit l'intelligence pour comprendre ce qui est écrit ». Or il n'est pas douteux que celui-ci a écrit plus au long, l'autre plus succinctement. Comment en effet diraient-ils que seul Pierre l'a vu, s'il était apparu à tous ? Mais de même que parmi les femmes Il n'est apparu qu'à Marie et à l'autre Marie Madeleine, de même parmi les hommes à Pierre, au point du jour. Et Paul s'exprime ainsi : « Je vous ai enseigné d'abord que le Christ est mort, conformément aux Écritures, et qu'il a été enseveli et qu'il est ressuscité le troisième jour, conformément aux Écritures, et qu'il est apparu à Céphas » (I Cor., XV, 3-5). C'est pour cela que Marc nous montre expressément le jeune homme prescrivant aux femmes de dire à Pierre et aux disciples (Mc, XVI, 7) que le Seigneur est ressuscité.
Pierre donc a vu le Seigneur, seul. C'est que sa dévotion était toujours prête et disposée à croire ; aussi s'appliquait-il à recueillir des indices plus nombreux pour sa foi. Tantôt avec Jean, tantôt seul, partout cependant il court avec zèle ; partout il est soit seul, soit le premier. Non content d'avoir vu, il revient regarder ce qu'il a vu, et, enflammé du désir de chercher le Seigneur, il ne se rassasie pas de le voir. Il le voit seul, il le voit avec les Onze, il le voit avec les soixante-dix. Il le voit encore lorsque Thomas a cru. Il le voit quand il était à la pèche ; mais non content de l'avoir vu, dans l'impatience de son désir, négligeant sa prise, oublieux du péril (sans cependant oublier le respect : dès qu'il vit le Seigneur sur le rivage il prit son vêtement), il lui semblait trop long d'arriver avec les autres en naviguant. De même, quand le Seigneur marchait sur la mer, il courut à sa rencontre sur les vagues de la mer, oubliant sa nature ; de même, quand le Seigneur fut arrêté par les Juifs, il fut seul à tirer l'épée contre la troupe. De même, ici encore, quand le Seigneur se tient sur le rivage, par un dangereux raccourci il a hâté l'hommage de sa religion. Il n'est donc pas douteux que Pierre a cru, qu'il a cru parce qu'il aimait, qu'il a aimé parce qu'il croyait. Aussi est-il peiné qu'on lui demande jusqu'à trois fois : « M'aimes-tu ? » car on interroge celui de qui on doute. Mais le Seigneur ne doute pas : Il questionnait, non pour apprendre, mais pour instruire celui qu'au moment de s'élever au ciel Il nous laissait sur terre comme le représentant de son amour. Car vous lisez : « Simon fils de Jean, me chéris-tu ? — Oui, vous savez, Seigneur, que je vous aime. Et Jésus dit : Fais paître mes agneaux. » Ayant bonne conscience de lui-même, Pierre témoigne d'une disposition qu'il n'a pas prise pour la circonstance, mais que Dieu connaît depuis longtemps. Quel autre pourrait aisément l'affirmer de soi-même ? Aussi, étant seul entre tous à se déclarer, il est préféré à tous : car la charité est plus grande que tout (cf. I Cor., XIII, 13). Il faut aussi considérer avec grand soin pourquoi, le Seigneur lui ayant dit : « Me chéris-tu ? », il a répondu : « Vous savez, Seigneur, que je vous aime. » Il me semble ici que chérir comporte la charité de l'esprit, aimer, une sorte de chaleur engendrée par l'ardeur du corps et de l'âme ; et Pierre marque, à mon avis, que non seulement son esprit, mais son corps même, étaient de feu pour le service de Dieu. Aussi bien la troisième fois le Seigneur lui a demandé, non plus : « Me chéris-tu ? », mais : « M'aimes-tu ? » et I lui ordonne de faire paître, non plus, comme la première fois, les agneaux qu'il faut alimenter au lait, ni, comme la seconde fois, les jeunes brebis, mais les brebis, en sorte qu'étant plus parfait il gouvernera les plus parfaits. C'est pour cela qu'étant parfait de tous points, ne pouvant plus être ravi par la chair à la gloire de la passion, on lui décerne la couronne. « Lorsque tu étais jeune, dit-Il, tu mettais ta ceinture et tu allais où tu voulais ; mais devenu vieux tu étendras les mains, et un autre te ceindra pour te conduire où tu ne veux pas. » La bonne vieillesse ! la prolongation de la vie ne l'a pas rendue impuissante à se servir, mais la maturité de la vertu l'a préparée pour le martyre. Elle réprime la poussée des passions du corps, ne cède pas aux convoitises, fuit les douceurs, ne convoite pas la beauté. « Car la chair convoite contre l'esprit » (Gal., V, 17), et trouve, pour aller où elle veut, les sentiers de traverse des plaisirs variés ; mais la bonne vieillesse de l'âme choisit non ce qui est agréable au corps, mais ce qui est utile à l'âme, et ne se laisse pas prendre aux volontés capricieuses du corps, mais est retenue, comme malgré elle, par un frein qui la maîtrise. Donc Pierre, tout en étant prêt dans son cœur à subir le martyre, a pourtant, quand le danger s'est présenté, laissé fléchir la fermeté de son âme. Car l'usage du don céleste nous captive par sa suavité ; qui ne choisirait le martyre, s'il pouvait mourir à son gré ? Donc Pierre lui-même semble ne pas vouloir, mais se prépare à vaincre [86] . Et quelle merveille si Pierre ne veut pas, quand le Seigneur dit : « Père, s'il est possible, écartez de moi ce calice ; cependant que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la vôtre » (Matth., XXVI, 39). Finalement Pierre, après l'expérience de sa présomption, n'ose plus promettre la persévérance de sa volonté, mais, comme pour être soutenu, recherche la compagnie d'un autre [87].
Tant de témoignages de vertu nous amènent donc à croire que Pierre n'a pu douter. Que Jean ait également cru quand il vit le Seigneur, c'est évident, puisqu'il a cru dès qu'il vit le tombeau vide de son corps. Pourquoi donc Luc mentionne-t-il qu'ils furent troublés ? Avant tout, parce que l'avis du plus grand nombre englobe l'opinion de quelques-uns ; puis parce que, même ayant cru à la Résurrection, Pierre a pourtant pu être troublé, en voyant que le Seigneur en son corps pénétrait à l'improviste en un lieu clos de portes verrouillées et de murs solides. Luc a donc suivi chaque détail dans l'ordre historique ; l'autre a considéré la finale, celui-ci la succession ; car en disant : « Alors Il leur ouvrit l'intelligence pour comprendre ce qui est écrit », il admet .bien, lui aussi, que les disciples ont cru.
Quant à l'Esprit Saint, ou bien Il l'a soufflé sur les Onze comme étant plus parfaits, et a promis de le donner plus tard aux autres — ou bien c'est aux mêmes qu'il l'a soufflé ici, là promis. Et il ne semble pas y avoir contradiction, puisque « les dons sont partagés : à l'un est donnée la parole de sagesse, à l'autre le discours de science en vertu du même Esprit, à un autre la foi par le même Esprit, à tel autre le don de guérir, à tel autre la variété des langues » (I Cor., XII, 4, 8-10). Il a donc ici soufflé une activité, ailleurs Il en promet une autre. Car là a été accordée la grâce de remettre les péchés, ce qui semble plus souverain (Jn, XX, 23) ; et elle est soufflée par le Christ, pour vous amener à croire que c'est l'Esprit du Christ, et à croire que l'Esprit vient de Dieu ; car Dieu seul remet les péchés. Quant à Luc, il décrit l'effusion du don des langues. Aussi bien vous lisez en cet endroit : « Recevez l'Esprit Saint ; ceux dont vous remettrez les péchés, ils leur seront remis », tandis que dans les Actes des Apôtres vous lisez : « Et ils furent tous remplis de l'Esprit Saint, et ils se mirent à parler diverses langues, selon que l'Esprit leur donnait de parler » (II, 4). Quant à la variété des apparitions, elle signifie la multitude des anges qui le servent, ainsi que le Seigneur l'avait lui-même promis en ces termes : « Et vous verrez les anges descendre et monter vers le Fils de l'homme » ( Jn, I, 51).
Et plût à Dieu qu'avec la fin de l'Évangile s'achève aussi notre discours !
Pourquoi, selon Matthieu (XXVI, 32) et Marc (XIV, 28), mande-t-il aux disciples : « Je vous précéderai en Galilée : c'est là que vous me verrez » — tandis que, selon Luc et Jean, Il s'est également offert à leurs regards dans le Cénacle ? Et même Il s'est fait voir fréquemment, et « à plus de cinq cents frères » (I Cor., XV, 5-7), et à Pierre et à Jacques, comme nous le prouve le témoignage de l'Apôtre. Et Luc nous a appris, dans les Actes des Apôtres, qu'il s'est manifesté en vie aux disciples « en leur apparaissant après sa Passion à maintes reprises et en s'entretenant du Royaume de Dieu » (Act., I, 3). Donc, s'il est apparu fréquemment, et à plusieurs, si l'Écriture n'assigne à son apparition en Galilée aucun moment précis et défini, tandis qu'elle exprime et le jour et l'heure où Il s'est montré à Jérusalem, ce serait qu'ils étaient craintifs quand Il les a visités au Cénacle ; plus forts, ils se seront réunis sur la montagne. Enfin Jean montre les disciples réunis dans le Cénacle, portes closes. par crainte des Juifs ; Luc a écrit qu'ils étaient non pas onze, mais plus nombreux. Quant à Matthieu, il ne tait pas que seuls les Onze se sont réunis en Galilée ; car enfin vous lisez : « Or les onze disciples se rendirent en Galilée sur la montagne où Jésus leur avait donné rendez-vous et à sa vue ils l'adorèrent ; certains pourtant doutèrent » et Il leur donna le pouvoir d'enseigner et de baptiser. Marc également écrit qu'à la fin Il apparut aux onze disciples attablés ; et c'est alors qu'il leur confie cette même charge de prêcher dans le monde entier. Voici donc ce qui me paraît plus plausible : le Seigneur a bien fait dire aux disciples qu'ils le verraient en Galilée ; mais, comme la crainte les faisait demeurer au Cénacle, Il s'est une première fois présenté à eux ; plus tard, leurs âmes raffermies, les Onze ont gagné la Galilée. Ou encore — je constate que telle est la préférence d'écrivains diligents — rien ne nous empêche de dire qu'ils étaient moins nombreux au Cénacle, plus nombreux sur la montagne [88].
On remarquera que le Livre X ne finit pour ainsi dire pas : aucune conclusion ne souligne que nous avons atteint le terme de cet ouvrage, pourtant un des plus considérables de saint Ambroise.
FIN

[01]  Confusion entre Jacques, frère de Jean, et Jacques premier évêque de Jérusalem, généralement identifié avec l'apôtre Jacques le Mineur. On ne voit guère la possibilité de donner au « trône sacerdotal " le sens du martyre, que saint Jacques le Majeur a été le premier des Apôtres à subir.
[02] Élie représente tous les Prophètes, et paraît à ce titre lorsque se lit un texte tiré d'un Prophète, quel qu'il soit.
[03]  Les deux sages en question sont Ulysse et Nestor : cf. Illiade, I, 249 ; III, 222. Peut-être la source directe de saint Ambroise est-elle CICÉRON, De Senectute, X, 31.
[04]  Entendre ici le repos de la mort.
[05] Des trois personnages visibles à la Transfiguration, la pensée de saint Ambroise passe naturellement et comme spontanément à son sujet préféré : la Trinité ; à moins qu'il ne veuille souligner l'unité parfaite entre la Loi, la Prophétie et l'Évangile.
[06]  Le « postulant » avait dit : Je vous suivrai en tout lieu où vous irez. Saint Ambroise le juge assez sévèrement, et attribue à des dispositions insuffisantes de sa part la réponse du Seigneur.
[07]  Passage utilisé à cinq reprises par saint Augustin, au cours des controverses sur la grâce.
[08]  Le texte cité par saint Ambroise correspond à la version des Septante. On sait que l'hébreu et la Vulgate lisent : « Que ma fin ressemble à la leur ».
[09]  Allusion à la discipline du secret quant au mystère eucharistique ; peut être aussi à sa célébration sur les tombeaux des martyrs.
[10]  La pensée de saint Ambroise semble ici tributaire de celle de PHILON, qu'il a utilisé en maint endroit, et qui, dans son traité Quand Deus sit immutabilis, 18, oppose la pureté, résidant dans la simplicité et l'unité, à tout ce qui est multiple et composé.
[11]  Les hérétiques sont en effet et se disent chrétiens.
[12]  C'est à Pline que saint Ambroise emprunte ce curieux détail : loc. cit., VIII, 80. Cf. VIRGILE, Buc., IX, 54 : lupi Moerim videre priores.
[13]  Emprunt verbal à VIRGILE, En., IX, 60 : les ennemis rôdant autour du camp sont comparés au loup.
[14]  Les quatre évangiles.
[15]  Ministère correspond ici à diaconat.
[16]  De même qu'on transporte la lampe d'une pièce dans une autre : dans le cas présent, du boisseau de la Loi au candélabre de l'Église.
[17]  Mesure de capacité, le boisseau figure pour saint Ambroise les limitations et restrictions de la Loi.
[18]  Par opposition à la cité construite sur la montagne, dont il est question, en même temps que de la lampe, en Matth., V, 15.
[19]  superfluité : n. fém. (Généralement au pl.). Litt. Chose superflue.
[20]  Allusion aux arbres, qui offrent aux oiseaux un régal plus relevé que les insectes ou les ordures.
[21]  Il s'agit du baptême, considéré comme rempart du chrétien. Il semblerait aussi que saint Ambroise pense aux images des empereurs, palladium des légions dans l'enceinte des camps : le chrétien porte en lui l'image de son Seigneur.
[22]  Dans l'opinion à laquelle se réfère ici saint Ambroise, le Christ étant esprit par sa divinité, le blasphème contre l'Esprit consistera à nier cette divinité.
[23]  Ces deux noms se retrouvent dans l'Apologia David altéra, VIII, 43. Rien à dire sur celui de Cléophas, fourni par saint Luc lui-même, XXIV, 18. Comme l'Évangéliste n'a pas nommé le second disciple, on a parfois conclu, par analogie avec la vocation d'André et de Jean (second disciple, qui ne se nomme pas : Jn, I, 37, 40) que Luc lui-même était le compagnon de Cléophas. Par contre, Origène, en deux endroits de son Commentaire sur saint Jean, Livre I, V (7) et VIII (10), le nomme Simon. Saint Ambroise aurait-il eu en mains un exemplaire défectueux d'Origène, portant Amon ou Amaon, au lieu de Siméon ? Par ailleurs, Emmaüs est parfois appelé Ammaon... Plutôt que d'admettre que le saint docteur a pris le Pirée pour un homme, les éditeurs mauristes pensent qu'il a voulu désigner un habitant d'Emmaüs : Ammaon serait, disent-ils, à rapprocher de Magdalena, désignant Marie de Magdala.
[24]  « Foi » est pris ici en différents sens, ou, si l'on préfère, saint Ambroise envisage diverses étapes de la croyance. Fidei disciplina, l'éducation de la foi, gagne l'assentiment de l'esprit, et peu à peu conduit à fide credere, qui est la foi complète, l'adhésion ferme.
[25]  Entendre piété au sens où nous disons : piété filiale. Il s'agit ici de relations entre les hommes, non entre l'homme et Dieu.
[26]  Cf. ρlατον,timée,89 ; ARISTOTE, Magn. Moral., II, 54.
[27]  On remarquera un renversement des rôles dans l'allégorisme d'Ambroise. En maints autres passages relatifs à la chute originelle, la raison correspond à l'homme, à Adam, la sensibilité étant figurée par la femme. C'est ici le corps qui joue, dans la procréation du péché, le rôle de l'élément masculin, l'âme étant le principe féminin.
[28]  La mention des Assyriens a été ajoutée par les Septante au titre du Psaume 79.
[29]  Réminiscence verbale, sinon réelle, du plaidoyer de Cicéron pour Coelius : celui-ci était accusé d'une tentative d'empoisonnement, le poison devant être versé aux bains publics. Cicéron relève l'invraisemblance d'une telle accusation : à moins, dit-il, que l'accusatrice ne fût en rapport avec le personnel des bains quadrantaria illa permutatione. Il semblerait, d'après le texte d'Ambroise, que cette obole jouait le rôle d'un billet ou ticket à notre époque : " On remet une chose en signe de paiement d'une autre. "
[30]  Se représenter l'intérieur d'une grenade, avec ses graines rouges étroitement serrées les unes contre les autres, et renfermées sous une écorce commune.
[31]  Il y a ici allusion aux dix-huit années d'infirmité, qui additionnent les dix préceptes de la Loi et le nombre huit, figure de la résurrection et de la vie future.
[32]  Les deux premiers de ces martyrs figurent au calendrier liturgique le 12 juillet. C'est dans leur basilique à Milan que saint Ambroise découvrit les reliques des saints Gervais et Protais. Saint Victor est moins connu.
[33]  Allusion au sénevé planté au milieu du jardin.
[34]  Le texte visé est Rom., XIV, 2 : "qui autem infirmus est, olera manducet. » La nourriture solide, qui est le Christ, n'a pas été accueillie par les Juifs ; ils se sont contentés des Prophètes.
[35]  Avoir présent à la pensée tout le travail de trituration de la pâte dans le pétrin. Quant à la « balance égale », elle se réfère aux trois mesures de farine.
[36]  Cinq jougs ou paires de bœufs, soit dix bœufs : ce qui amène les deux interprétations proposées. Par ailleurs, saint Ambroise joue sur les deux sens du mot joug.
[37]  On sait, par maints passages des Pères, qu'à la cérémonie de réconciliation des pénitents publics, toute l'assistance intervenait en leur faveur, par sa prière et par ses larmes.
[38]  La chaussure.
[39]  La myrrhe évoque la sépulture du Seigneur, et indirectement sa résurrection.
[40]  À l'époque de la traction animale, on couvrait généralement les yeux des animaux qui avaient à tourner en cercle pour actionner une machine : batteuse, meule, treuil.
[41]  On comprend dans quel sens saint Ambroise emploie une telle formule qui, isolée du contexte, semblerait nier la réalité de la nature humaine dans le Christ. Il veut simplement faire remarquer qu'il n'y a pas de commune mesure entre le Christ et nous, qu'il n'est pas un homme comme les autres.
[42]  Il n'est pas question de transformer Zachée en second aveugle (à moins de l'entendre en ce sens qu'a il ne pouvait voir Jésus » : subtilité à laquelle ne répugnerait pas l'exégèse ambrosienne, mais qui ne paraît pas indiquée par le contexte). Plus probablement : de même qu'en saint Matthieu la vocation des Gentils est figurée par deux aveugles, elle l'est chez saint Luc par deux personnages, l'aveugle et Zachée (cl. 82-84).
[43]  Le nom grec de sycomore est souvent interprété par les anciens : figuier sauvage, vain, c'est-à-dire stérile.
[44]  Il n'est nulle part dans l'Évangile question d'une intervention de Nathanaël en faveur du Seigneur : aussi bien la tradition a depuis longtemps identifié Nathanaël avec Barthélemi, qui, étant disciple et apôtre, ne pouvait défendre le Maître en secret. En réalité, ici comme au Livre X, 136, saint Ambroise a confondu Nathanaël et Nicodème. C'est ce dernier qui, au conseil des pontifes et des pharisiens, demande que Jésus ne soit pas jugé sans être entendu (Jn, VII, 50 ssq.). Au Livre X, Ambroise, en vertu de la même confusion, lui appliquera les paroles : in quo dolus non est, par lesquelles le Seigneur accueillit Nathanaël (Jn, I, 47)
[45]  On peut supposer que saint Ambroise pense aux fondions attribuées aux anges dans l'Apocalypse, et spécialement à ceux des sept églises d'Asie Mineure (I, 20).
[46]  Émeritus est le vétéran qui, au terme de son long service, reçoit la prime. Dans le cas présent, il peut s'agir soit de l'âme parfaite et de son adoration dès ici-bas, soit, mieux encore, des élus et de leur récompense dans la vision.
[47]  Le travail est figuré par les bœufs ; la simplicité, par les brebis.
[48]  À l'épisode de Naboth, saint Ambroise a consacré tout un traité, où il fait surtout le procès des riches accapareurs, personnifiés par Achab. Mais on peut croire que la figure de l'Israélite fidèle à la Loi, s'exposant à la mort plutôt que d'aliéner l'héritage paternel, rappelait à l'évêque de Milan sa défense des basiliques, et que Jézabel avait sa contrepartie dans l'impératrice Justine, mauvais génie d'un autre souverain.
[49]  La tradition du supplice d'Isaïe se rencontre dans l'écrit apocryphe intitulé : Ascension, ou Apocalypse d'Isaïe . On lui a parfois rattaché le texte de l'Epître aux Hébreux qui, parmi les épreuves des Prophètes, mentionne : secti sunt (Hébr., XI, 37). Saint Justin s'y réfère, vers la fin du IIe siècle, dans son Dialogue avec le Juif Tryphon, et depuis lors les Pères l'ont assez généralement adoptée. Cf. in PS. 118, traité III, 144.
[50]  Allusion à l'agencement des sarments, étendus et liés comme sur les bras d'une croix.
[51]  Pour ce dernier acte de la vendange, saint Ambroise imite Virgile invitant Bacchus à se déchausser et à venir fouler le raisin dans le pressoir : veni ; nudataque musto Tinge nova mecuin direptis crura cothurnis (Géorg., II, 7-8).
[52]  « Prudents comme le serpent, simples comme la colombe », celle-ci emblème de l'Esprit.
[53]  Allusion aux renoncements et promesses du Baptême ; saint Ambroise les a commentés dans le De Sacra mentis et le De Mystères, montrant par le choix même des titres l'équivalence des deux termes. Sacramentum a encore, en langage militaire, le sens de serment : on pourrait donc traduire ici : lorsque nous prêtons les serments, prenons les engagements.
[54]  Les Samaritains ne reconnaissaient que le Pentateuque, à l'exclusion de Josué et des Juges.
[55]  “Troupe de Germains fédérés (alliés), venus de Transylvanie.” (Hiernard 1986 : 81)
[56]  Le porc étant déclaré par la Loi juive animal impur, et sa chair interdite, l'introduire dans le Temple était une profanation sacrilège, un défi à la religion juive et une insulte à Dieu même.
[57]  On connaît l'interprétation : Jérusalem = vision de paix.
[58]  Plus d'une fois, dans les pages qui précèdent, nous avons vu le feuillage considéré comme figure des vains ornements de la vanité.
[59]  En lisant ce magnifique panégyrique de l'eau, on pensera aux formules anciennes de bénédiction des fonts baptismaux, et à celle que nous a conservée le Missel romain. Mais ce texte de saint Ambroise a connu une fortune particulière ; non seulement il est entré, ce qui est normal, dans la liturgie milanaise ; mais il est passé, sous une forme un peu différente, dans la liturgie dite mozarabe, et se lit encore au pontifical romain, pour la bénédiction de l'eau « grégorienne », au cours d'une consécration d'église. Texte milanais et texte romano-mozarabe témoignent, par leur utilisation de saint Ambroise, et par la plus grande fidélité tantôt de l'un, tantôt de l'autre, de deux traditions indépendantes. Cf. Dict. d'Arch. et de Liturg., Il, col. 693-694.
[60]  Figurée par la tunique que le Seigneur prescrit de vendre.
[61]  Saint Jean est en effet le seul des quatre évangélistes qui ait relaté la question du Seigneur à ses ennemis, et l'effet de sa parole sur la troupe tombant à la renverse.
[62]  Malchus est ici représenté comme figure d'Adam, ou, plus exactement, de toute l'humanité déchue.
[63]  Le loyer est ici considéré comme un creuset où se traite l'argent des Juifs.
[64]  Il faut laisser a saint Ambroise la responsabilité du développement très ingénieux, trop ingénieux, qui, après avoir admis le reniement de Pierre, tend à en réduire la portée. On en est à se demander s'il n'y a pas là une réminiscence soit des plaidoiries, soit des exercices d'école auxquels n'a pu manquer de s'adonner le futur magistrat, au cours de ses études de droit.
[65]  L'évangile selon saint Marc est considéré par la tradition catholique comme reflétant spécialement la prédication de Pierre ; l'Évangéliste, relève saint Ambroise, ne cherche cependant pas à flatter ni à innocenter celui dont il est comme le secrétaire.
[66]  Matthieu et Marc.
[67]  Après comme avant sa « plaidoirie », Ambroise a donc apprécié sainement, et conformément à la pensée commune, l'acte répréhensible de Pierre.
[68]  Nombre d'expressions de ce passage se retrouvent dans l'hymne des Laudes du Dimanche, Aeterne rerum Conditar, reconnue comme œuvre authentique de saint Ambroise.
[69]  On peut voir ici double allusion : à nos premiers parents se cachant de Dieu après leur faute, et à leur race le fuyant ; ou à des esclaves transfuges qui se vengeraient de leur maître.
[70]  Les œuvres du Christ sont figurées par ses mains, entre lesquelles est placé le roseau.
[71]  Le roseau de notre nature est mis en contact avec Dieu, qui est « la tête du Christ » (I Cor., XI, 3 ; cf. infra, 115).
[72]  Pour ce verset d'Habacuc, l'hébreu et la Vulgate donnent : « Le bois qui est aux joints des édifices ». Les Septante ont lu : le scarabée, et d'autres versions : le ver. Saint Ambroise a tiré parti et du scarabée, et du ver. Saint Jérôme, qui juge impie de comparer le Seigneur au scarabée, mentionne l'image du ver, et l'usage qu'en a fait quidam ex nostris (in Habacuc : P. L., XXV, 1296-1298).
[73]  Illusion au travail de l'espèce de scarabée dite stercoraire ou bousier. Les « traces », vestigia, correspondent aux pieds.
[74]  ORIGENE, In Matth., 126 (P. G., XIII, 1777, texte latin seulement), mentionne cette opinion, sans en indiquer l'origine ; mais des Chaînes grecques, extraites de ses écrits (note, loc. cit.), parlent d'une source juive : « Il est verni à notre connaissance que des Juifs assurent... » Peut-être est-ce là qu'il faut chercher la source de saint Ambroise. On admet aujourd'hui que la localisation au Calvaire de la tombe d'Adam est dénuée de toute attestation historique, et même de toute vraisemblance : les Juifs n'auraient pas choisi un tel lieu pour les exécutions capitales.
[75]  De part et d'autre, double allusion : saint Luc parle de la robe blanche du Christ, et son évangile débute par l'offrande sacerdotale de Zacharie ; saint Marc, mentionnant seulement qu'il fut revêtu de pourpre, semble, aux yeux d'Ambroise, supposer celle-ci à l'état brut de matériaux non tissés, ce qui correspond au style de cet évangéliste, plus simple.
[76]  Le vinaigre fut présenté au Crucifié dans une éponge fichée sur un roseau : or on a vu plus haut que le roseau est pour saint Ambroise figure de la faiblesse humaine.
[77]  À première vue, le texte serait inquiétant pour la doctrine de saint Ambroise, semblant expliquer la mort du Christ par le fait que la divinité se retira de Celui dont elle était la vie. Il n'est cependant pas impossible de donner une interprétation orthodoxe : la divinité retire son action préservatrice, qui maintenait la vie humaine du Christ, et permet ainsi à la mort de faire son œuvre. Cf. P. L., IX, 79-81, la discussion des éditeurs de saint Hilaire, dont Ambroise est ici au moins verbalement tributaire.
[78]  Suspendre des tentures dans un édifice était un signe de prise de possession.
[79]  l'Évangile ne mentionne au Calvaire que la prière du Seigneur pour ses ennemis et bourreaux, celle dont saint Ambroise parlera aussitôt après. On ne saurait douter cependant que cette même prière ait procuré la grâce au bon larron ; si elle est ici qualifiée de sacerdotale, c'est peut-être par allusion au début et au caractère de l'évangile selon saint Luc.
[80]  Roseau taillé en pointe, qui était utilisé dans l'Antiquité pour écrire sur le papyrus ou le parchemin.
[81]  Saint Ambroise, suppose saint Joseph vivant encore au moment de la Passion ; mais, son rôle ayant pris fin avec l'accomplissement des mystères de l'enfance, il rend à Notre Dame sa liberté et laisse à Jean le soin de s'occuper d'elle.
[82]  Nous retrouvons ici la surprenante confusion entre Nicodème et Nathanaël, déjà rencontrée VIII, 90 (cf. p. 138, n. 2), et qui reparaîtra plus bas, 139 (le vrai Israélite, salué par le Seigneur, Jn, I, 47), et 143 (Israël, celui qui voit Dieu).
[83]  L'Ecclésiaste présente comme une simple hypothèse le cas où un juste, heureux par ailleurs en sa vie, n'a même pas de sépulture.
[84]  Le récit de Luc, XXIV, 33, montre en effet d'autres que les Apôtres réunis avec eux dans le Cénacle lorsque surviennent les deux disciples d'Emmaüs.
[85]  Ces deux noms ont déjà été rencontrés plus haut, VII, 132, et se retrouvent dans l'Apologia David altéra, VIII, 43. Rien à dire sur celui de Cléophas, fourni par saint Luc lui-même, XXIV, 18. Comme l'Évangéliste n'a pas nommé le second disciple, on a parfois conclu, par analogie avec la vocation d'André et de Jean (second disciple, qui ne se nomme pas : Jn, I, 37, 40) que Luc lui-même était le compagnon de Cléophas. Par contre, Origène, en deux endroits de son Commentaire sur saint Jean, Livre I, V (7) et VIII (10), le nomme Simon. Saint Ambroise aurait-il eu en mains un exemplaire défectueux d'Origène, portant Amon ou Amaon, au lieu de Siméon ? Par ailleurs, Emraaùs est parfois appelé Ammaon... Plutôt que d'admettre que le saint docteur a pris le Pirée pour un homme, les éditeurs mauristes pensent qu'il a voulu désigner un habitant d'Emmaüs : Ammaon serait, disent-ils, à rapprocher de Magdalena, désignant Marie de Magdala.
[86]  Plutôt que d'envisager une allusion — après tout pas impossible — à la légende du Quo vadis, il est plus simple, et il suffit, de se reporter au texte de l'Évangile : Pierre étendra les mains, comme celui qui se prépare à être crucifié ; et pourtant on le conduira « où il ne veut pas ».
[87]  Tel est le sens que donne saint Ambroise à la question posée par Pierre sur le sort réservé à Jean.
[88]  Le dernier développement, 182-184, fait figure de post-scriptum : saint Ambroise y revient sur une question omise, ou à peine effleurée plus haut, en utilisant Eusèbe, comme dans tout son commentaire de la Résurrection.