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Luc IX, 57-58 Candidat écarté (et villes de Samarie, IX, 51-56)
« Les renards ont leurs terriers, et les oiseaux du ciel leurs nids pour reposer ; quant au Fils de l'homme, il n'a pas où appuyer sa tête. »
Il ne semble pas conforme à la raison de considérer comme simple et fidèle celui qui est rejeté de la faveur du Seigneur alors qu'il avait promis obéissance et service inlassable [06] ; mais le Seigneur ne demande pas l'apparence des services, mais la pureté du cœur. Aussi bien dit-Il plus haut (IX, 10) : « Quiconque aura reçu cet enfant en mon nom. » En cet endroit le Seigneur enseigne que la simplicité doit être sans prétention, la charité sans envie, le dévouement sans emportement ; car il conseille de prendre l'esprit de l'enfant dans un cœur adulte, attendu que l'enfant, ne s'attribuant rien, se rend conforme à la vertu, et, s'il ignore la raison, ne connaît pas la faute. Pourtant, puisque beaucoup considèrent non comme vertu, mais comme infirmité la simplicité sans la raison, vous êtes averti de prendre celle qui est véritable, c'est-à-dire de conquérir par votre application ce don de nature. C'est pourquoi Il dit : « Quiconque reçoit cet enfant en mon nom, me reçoit ; et me recevoir, c'est recevoir Celui qui m'a envoyé. » En effet qui reçoit l'imitateur du Christ reçoit le Christ, et qui reçoit l'image de Dieu reçoit Dieu. Mais comme nous ne pouvions voir l'image de Dieu, l'Incarnation nous a rendu le Verbe présent, afin de rapprocher de nous la divinité qui nous surpasse.
Que si, dans un zèle ardent de charité, Jean, qui aimait beaucoup et par suite était beaucoup aimé, croit devoir exclure du bien agir celui qui ne fait point partie de la suite, il est juste qu'il ne soit pas repris, mais enseigné ; il n'est pas repris, car il agissait par amour ; il est enseigné, afin de savoir qu'il y a une différence entre faibles et forts : car si le Seigneur récompense les forts, Il n'exclut pas les faibles. « Laissez-les, et ne les empêchez pas : car qui n'est pas contre vous est pour vous. » C'est vrai, Seigneur ; car Joseph même et Nicodème, disciples qui se cachaient par crainte, ne vous ont pourtant pas refusé leurs offices le moment venu. Cependant, comme vous avez dit ailleurs : « Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui ne récolte pas avec moi, dissipe » (Lc, XI, 23), expliquez-nous cela, pour qu'il n'y ait pas apparence de contradiction. Je pense que, si l'on considère Celui qui sonde les esprits, on ne doit pas douter que l'acte de chacun est distingué suivant son esprit ; aussi bien Il dit à l'un : « Suis-moi », à l'autre : « Les renards ont leurs terriers. » L'un est attiré, l'autre écarté ; vous apprenez ainsi que le dévouement est accueilli, le manque de dévouement exclu. Que s'il a reproché aux disciples de vouloir faire descendre le feu sur ceux qui n'avaient pas reçu le Christ, cela nous montre qu'il ne faut pas toujours châtier ceux qui ont péché ; car parfois la clémence est plus avantageuse, à vous quant à la patience, au coupable pour le relever. D'ailleurs, les Samaritains ont été prompts à croire, eux de qui en cet endroit le feu est écarté. Apprenez du même coup qu'Il n'a pas voulu être reçu par ceux qu'Il savait n'être pas convertis d'une âme simple : s'Il l'eût voulu, Il aurait fait de ces non-dévoués des dévoués. Pourquoi ne l’ont-ils pas accueilli, l'Évangéliste même l'a mentionné quand il dit : « Parce qu'il avait l'apparence de celui qui se rend à Jérusalem. » Pour les disciples, ils désiraient être accueillis en Samarie ; mais Dieu appelle qui il Lui plaît et rend religieux qui Il veut[07]. Les disciples ne sont pas en faute ; ils s'en tiennent à la Loi ; ils savaient que Phinées avait été réputé juste pour avoir mis à mort les sacrilèges (Nombr., XXV, 7 ssq. ; PS.105, 30 ssq.), et qu'à la prière d'Élie le feu était descendu du ciel pour venger l'affront fait au Prophète (I Rois, XVIII, 38). Mais la vengeance est bonne pour celui qui craint ; celui qui n'a point peur ne cherche pas à se venger. Cela nous montre aussi que les Apôtres avaient les privilèges des prophètes, puisqu'ils comptent, comme chose acquise, sur ce même pouvoir que le grand Prophète avait mérité. Et ils ont lieu de compter qu'à leur parole le feu descendra du ciel, puisqu'ils sont les Fils du Tonnerre. Mais le Seigneur fait admirablement toutes choses : Il n'accueille pas celui qui s'offre avec présomption, et Il ne s'émeut pas contre ceux qui, sans égards, écartent leur propre Maître ; Il veut montrer que la vertu parfaite n'a pas de goût pour la vengeance, qu'il n'y a nulle colère où il y a plénitude de charité, et qu'il ne faut pas rejeter la faiblesse, mais l'aider. Loin des âmes religieuses la colère, loin des grandes âmes l'avidité de la vengeance, loin aussi des sages l'amitié inconsidérée et l'imprudente simplicité. Aussi est-il dit à celui-là : « Les renards ont des terriers » ; et ses services ne sont pas acceptés parce que son zèle n'est pas de bon aloi. L'hospitalité de la foi doit être circonspecte, de crainte qu'en ouvrant aux infidèles l'intimité de notre demeure, nous ne tombions, par une imprévoyante crédulité, dans les filets de la mauvaise foi d'autrui. 2Mais n'ayons pas l'air d'avoir étourdiment laissé de côté cette question : pourquoi déclare-t-il ici qu'il ne faut pas contrarier ceux qui peuvent, par l'imposition des mains, commander aux esprits immondes au nom de Jésus, alors qu'en Matthieu Il leur dit : « Je ne vous connais pas, retirez-vous tous de moi, ouvriers d'iniquité » (Matth., VII, 23) ? Nous devons remarquer que la pensée n'est pas différente ni les paroles discordantes ; mais la doctrine est qu'en un clerc sont requis non seulement les ministères, mais les actes de vertu, et que le nom du Christ est tel qu'il sera de peu de secours pour défendre les saints, même s'il leur sert à exercer un don. Ainsi nul ne doit se vanter ni s'attribuer le bienfait d'avoir purifié un homme, puisqu'on lui c'est le pouvoir d'un nom éternel qui a opéré, non pas une capacité quelconque de la faiblesse humaine : le démon n'est pas vaincu par votre mérite, mais par la haine dont il est l'objet. Ce que peut faire l'homme, c'est montrer une foi sincère et garder religieusement l'observance des commandements, pour qu'il ne lui soit pas dit : Les renards ont des terriers. Car cet animal trompeur, toujours occupé d'embûches, exerce la rapine par la ruse ; il ne souffre pas que rien soit à l'abri, rien tranquille, rien assuré, puisque c'est dans les demeures mêmes des hommes qu'il vient chercher sa proie. Or c'est aux hérétiques qu'il compare les renards : aussi bien, tandis qu'il appelle les Gentils, Il exclut les hérétiques. Car le renard est un animal plein de ruse, creusant son terrier et désireux d'être toujours tapi en son terrier. Tels sont les hérétiques : ils ne savent pas se construire une demeure, mais s'efforcent de tromper les autres en les circonvenant. Jacob habite une maison (cf. Gen., XXV. 27) ; l'hérétique est au terrier ; tel un renard astucieux il prépare sans cesse des embûches à la poule de l'Évangile, à celle dont il est écrit : « Que de fois j'ai voulu rassembler tes enfants, comme la poule fait de ses poussins, et tu n'as pas voulu ! Voici que votre demeure va être laissée à l'abandon » (Matth., XXIII, 27 ssq.). Il est donc juste qu'ils aient des terriers, ayant perdu la maison qu'ils avaient. Cet animal ne s'apprivoise jamais, aussi l'Apôtre dit-il : « Après un avertissement, évitez l'hérétique » (Tit., III, 10) ; il n'est d'aucune utilité, et ne peut servir de nourriture, car ce n'est pas de lui que le Christ a dit : « Ma nourriture, c'est de faire la volonté de mon Père qui est au ciel » (Jn, IV, 34). Bien mieux, Il les bannit de ses récoltes : « Prenez-nous, dit-il, les renardeaux qui ravagent les vignes » (Cant., II, 15) : c'est-à-dire qui peuvent ravager la petite vigne, non la grande. Et si Samson leur a attaché des torches à la queue et les a lâchés dans les moissons des Philistins (Jug., XV, 4), c'est que les hérétiques cherchent à incendier les récoltes d'autrui. Ils ont l'aboiement sonore plutôt que le langage châtié — car qui renie la Parole ne saurait avoir un langage — ; ils sont pour le moment démuselés, mais quand la fin viendra ils seront liés, et les torches de leur queues annoncent leur incendie final. De même les oiseaux du ciel, que l'on interprète souvent comme la figure des esprits mauvais, construisent pour ainsi dire leurs nids dans les cœurs des pervers ; aussi le Fils de l'homme, dans ce débordement d'iniquité, n'a pas où reposer sa tête : puisqu'en effet le règne de la fourberie ne laisse aucune place à la simplicité, la divinité ne peut avoir de domaine au cœur de personne. La tête du Christ, c'est Dieu (I Cor., XI, 3) ; et quand Il reconnaît l'innocence d'une âme, Il fait reposer pour ainsi dire sur elle l'action de sa majesté : ce qui semble indiquer qu'une grâce plus abondante se répand au cœur des bons.


Luc IX, 59-62.Candidat appelé.
Donc, pour vous faire remarquer que Dieu ne dédaigne pas les hommages, mais la fraude, ayant écarté le trompeur il choisit l'innocent : « Suis-moi », dit-il. Mais il le dit à celui dont il savait que le père était déjà mort — ce père, sans doute, dont il fut dit à quelqu'un : « Oublie la maison de ton père » (Ps. 44, 11). Voyez donc comment le Seigneur appelle ceux dont Il a pitié, même s'ils manquent de prudence ; à celui qui demandait congé d'ensevelir son père, Il répondit : « Laisse les morts ensevelir leurs morts ; pour toi, va annoncer le Royaume de Dieu. ». Puisque nous savons qu'ensevelir est œuvre de religion, comment donc est-il interdit à celui-ci d'ensevelir même son père ? N'est-ce pas pour vous faire entendre que l'humain passe après le divin ? Ce soin est bon, mais l'inconvénient l'emporte ; partager ses soins, c'est distraire son affection ; diviser ses soucis, c'est retarder ses progrès. Il faut donc aller d'abord au principal : car les Apôtres, pour ne pas gêner l'œuvre de la prédication, établirent des ministres pour les pauvres ; et eux-mêmes, quand le Seigneur les envoya, reçurent l'ordre de ne saluer personne en chemin : non pas que les égards de bienveillance aient déplu, mais parce que l'application à poursuivre leur service plaisait davantage.
Mais comment les morts peuvent-ils ensevelir les morts ? Ne faut-il pas entendre ici une double mort, l'une de nature, l'autre du péché ? Il y a même une troisième mort, par laquelle nous mourons au péché et vivons pour Dieu, comme le Christ, qui est mort au péché : « Car en mourant au péché Il est mort au péché une fois pour toutes, vivant Il vit pour Dieu » (Rom., VI, 10) 1. Il est donc une mort par laquelle est dissoute l'union du corps et de l'âme : il ne faut pas la redouter, pas la craindre, puisqu'elle a pour nous l'aspect d'un départ, non d'un châtiment ; elle n'est pas effrayante pour les forts, elle est désirable pour les sages, souhaitable pour les malheureux, et d'elle il a été dit : « Les hommes chercheront la mort et ne la trouveront pas » (Apoc., IX, 6). Il en est encore une autre, qui met un terme aux voluptés du monde, où ce n'est pas la nature qui meurt, mais les fautes. Cette mort, nous la subissons, lorsqu'au baptême nous sommes ensevelis et morts avec le Christ (Rom., VI, 4 ; Col., II, 12) aux éléments de ce monde, quand nous expérimentons l'oubli de notre activité première. C'est de cette mort que Balaam voulait mourir afin de vivre pour Dieu, quand il prophétisait : « Que mon âme meure parmi les âmes des justes, et que ma descendance soit comme leur descendance » (Nombr., XXIII, 10) [08] !. Il est encore une troisième mort, où l'on ignore le Christ qui est notre vie ; connaître au contraire le Christ, c'est la vie éternelle (cf. Jn, XVII, 3), qui est maintenant à la portée des justes sous les ombres, mais dans l'avenir sera face à face ; car l'esprit devant notre face, c'est le Seigneur Christ, dont il a été dit : « Nous vivrons sous son ombre parmi les nations » (Lam., IV, 20). À l'ombre de ses ailes David a espéré (Ps. 56, 2) ; l'Église a désiré son ombre et s'y est assise (Cant., II, 3). Si votre ombre, Seigneur Jésus, est si profitable, que nous donnera votre réalité ! Comme nous vivrons, quand nous ne serons plus dans l'ombre, mais dans la vie même ! Car à présent « notre vie est cachée avec le Christ en Dieu ; mais lorsque paraîtra le Christ, notre vie, alors, est-il dit, nous aussi apparaîtrons avec Lui dans la gloire » (Col., III, 3 ssq.). Aimable est cette vie-là, qui ne connaît pas la mort ; car cette vie corporelle connaît la mort par destin naturel, et souvent même on la désire. Souvent aussi l'âme même connaît la mort par la souillure du péché — car « l'âme pécheresse mourra » (Ez., XVIII, 4) — ; mais lorsque, fortifiée et affermie par la béatitude, elle commencera de n'être plus sujette au péché, elle ne sera plus mortelle, mais récoltera la vie éternelle. Hâtons-nous donc, mes frères, vers cette vie, tristes en ce siècle, parce qu'exilés de Dieu (II Cor., V, 6) — car qui n'est pas exilé de son corps est exilé de Dieu ; or il est bien meilleur d'être séparé de son corps et d'adhérer à Dieu (Phil., II, 23)—pour être un, nous aussi, chez Dieu tout-puissant et voir le Fils unique de Dieu, introduits par la gloire de la résurrection dans son état de clarté, et, dans une concorde inviolable des âmes, dans une alliance sans fin, imitant l'unité de la paix durable : ainsi s'accomplira ce que le Fils de Dieu a promis pour nous en sa prière à son Père : « Afin qu'eux aussi soient un, comme nous sommes un » (Jn, XVII, 21). Il n'interdit donc pas de pleurer et d'ensevelir un père, mais il fait passer avant les liens de famille la piété religieuse envers Dieu : une chose est laissée à ceux qui ont le même sort, l'autre recommandée aux élus. Ou bien — puisque la gorge des impies est un sépulcre béant (Ps. 5, 10) — on prescrit d'effacer la mémoire de ceux dont la valeur succombe avec leur corps ; et le fils n'est pas détourné d'honorer son père, mais le croyant est séparé de la communion de l'incroyant. Car les justes ont pour ainsi dire une sépulture à eux, comme celle dont il est dit : « En répandant ce parfum sur mon corps, elle l'a fait pour mon ensevelissement » (Matth., XXVI, 12). Dès lors celui qui par une vraie foi ensevelit en lui le Christ pour ressusciter avec Lui, ne doit pas ensevelir en lui la mauvaise foi du diable. Il y a aussi, au sens prophétique, l'ensevelissement qui consiste à déposer sur les tombeaux de nos aînés ce que vous connaissez, lecteur, ce que l'infidèle ne doit pas comprendre ; il ne s'agit pas de prescrire des mets ou un breuvage, mais de révéler la participation vénérable à l'offrande sacrée [09]. Il ne s'agit donc pas d'interdire un présent, mais c'est un mystère religieux, que nous n'aurons pas de communion avec les païens morts ; car si les sacrements ne sont pas pour les morts, ceux-là ne sont pas morts qui ont la vie.


Luc X, 1-24. Mission des soixante-douze disciples
« Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups ». Il dit ceci aux soixante-dix disciples qu’Il a désignés et envoyés deux à deux devant Lui. Pourquoi les a-t-Il envoyés deux à deux ? que les animaux ont été introduits deux à deux dans l'arche, c'est-à-dire le mâle avec la femelle : immondes de par le nombre [10], mais purifiés par le mystère de l'Église ; ce qui eut son complément dans l'oracle que saint Pierre entendit, quand l'Esprit Saint lui dit : « Ce que Dieu a purifié, ne l'appelez pas impur » (Act., X, 5) ; et il remarque qu'il s'agissait des Gentils, plus attachés à l'hérédité et à la filiation suivant la chair qu'à la grâce de l'Esprit ; le Seigneur les a purifiés et faits héritiers de sa Passion. En envoyant donc les disciples à sa moisson, qui avait bien été semée par le Verbe de Dieu, mais demandait à être travaillée, cultivée et soignée avec sollicitude par l'ouvrier, pour que les oiseaux du ciel ne pillent pas la semence répandue, Il dit : « Voici que je vous envoie comme des agneaux parmi les loups ». Voilà des animaux ennemis, les uns dévorant les autres ; mais le bon Pasteur ne saurait redouter les loups pour son troupeau : alors ces disciples sont envoyés non pour être une proie, mais pour répandre la grâce ; car la sollicitude du bon Pasteur fait que les loups ne peuvent rien entreprendre contre les agneaux. Il envoie donc les agneaux parmi les loups, pour que se réalise cette parole : « Alors loups et agneaux seront ensemble au pâturage » (Is., LXV, 27). Et puisque nous venons de traiter du renard d'une manière qui n'a pas déplu, si j'ai obtenu la créance de votre jugement quant au symbole de ce petit animal, j'espère pouvoir, soutenu par votre intérêt, découvrir les profonds mystères que voile l'image des loups. L'emblème des renards, avons-nous dit plus haut, signifie les hérétiques, qui par leur nom [11] promettent de suivre le Christ, mais le renient par leur goût de la tromperie. Le Seigneur ne les accueille pas, mais les écarte et repousse de son nid. Nous devons considérer ce que peuvent signifier les loups. Ce sont des fauves qui s'en prennent aux bergeries, rôdent près des cabanes des pâtres, n'osent pas entrer dans les lieux habités, guettent le sommeil des chiens, l'absence ou la négligence du berger, sautent à la gorge des brebis pour les étrangler net. Sauvages et rapaces, leur corps est raide par nature, si bien qu'ils ne peuvent facilement se retourner ; leur élan les emporte, aussi sont-ils souvent déjoués. De plus, s'ils sont les premiers à voir l'homme, on dit qu'ils ont par nature le pouvoir de lui ôter la voix [12] ; si l'homme au contraire les voit le premier, on rapporte qu'il les met en fuite. Alors il me faut prendre garde : si dans le discours d'aujourd'hui la grâce des mystères célestes ne peut jeter son éclat, on va croire que les loups m'ont vu les premiers et m'ont enlevé la ressource habituelle de la parole. Ne faut-il pas comparer à ces loups les hérétiques, qui guettent les brebis du Christ, qui grondent autour des parcs [13] de nuit plutôt que de jour ? Car il fait toujours nuit pour les perfides qui, par les nuées d'une interprétation erronée, s'efforcent de voiler la lumière du Christ, et, autant qu'il est en eux, de l'obscurcir. Ils rôdent donc autour des parcs, mais n'osent entrer dans les caravansérails du Christ. C'est pour cela qu'ils ne guérissent pas : le Christ ne veut pas les introduire dans son caravansérail, où fut guéri celui qui, descendant de Jérusalem, rencontra des voleurs, celui que le Samaritain, ayant pansé ses blessures, ayant versé sur elles de l'huile et du vin, plaça sur sa monture, conduisit à l'auberge et confia à l'aubergiste pour le guérir.
Ou ne reçoit donc pas le remède quand on ne cherche pas le médecin : s'ils le cherchaient, ils ne le diminueraient pas. Ils guettent l'absence du pasteur : aussi tâchent-ils de mettre à mort ou d'envoyer en exil les pasteurs des églises, parce que, les pasteurs présents, ils ne peuvent attaquer les brebis du Christ. Ces pillards essaient donc de ravager le troupeau du Seigneur ; et leur esprit dur et rigide — tel un corps raidi — ne se détourne jamais de leur égarement. C'est pourquoi l'Apôtre dit : « Après un avertissement, évitez l'hérétique » (Tit., III, 10), sachant que ce genre d'hommes est perdu. Le Christ, véritable interprète de l'Écriture, les déjoue, afin qu'ils dépensent leurs vains élans dans le vide et ne puissent nuire. S'ils devancent et circonviennent quelqu'un par leurs discussions astucieuses, ils le rendent muet : car c'est être muet que ne pas proclamer la gloire du Verbe de Dieu telle qu'il la possède. Prenez donc garde que l'hérétique ne vous ôte la parole si vous ne le découvrez le premier. Il se glisse, tant que sa mauvaise foi est cachée ; mais si vous reconnaissez les inventions de son impiété, vous ne sauriez craindre de perdre la parole pieuse. Prenez donc garde au venin de la discussion astucieuse : ils en veulent à l'âme, ils sautent à la gorge, ils s'accrochent aux parties vitales. Les morsures des hérétiques sont cruelles : plus cruels et plus rapaces que les fauves, leur avidité et leur impiété ne connaissent pas de limites. Et ne soyez pas surpris qu'ils semblent présenter une apparence humaine : extérieurement sans doute on voit un homme, au-dedans gronde la bête. Il n'est donc pas douteux que ce sont des loups, conformément à la parole divine du Seigneur Jésus, qui a dit : « Tenez-vous en garde contre les faux prophètes, qui viennent à vous sous des peaux de brebis, mais au-dedans sont des loups dévorants : vous les reconnaîtrez à leurs fruits » (Matth., VII, 15 ssq.). Si donc on est impressionné par l'apparence, qu'on vérifie le fruit. Vous entendez appeler un tel prêtre, vous connaissez ses rapines : il a la peau d'une brebis, ses actes sont d'un pillard ; brebis au-dehors, au-dedans c'est un loup ; ses rapines sont sans mesure ; il a les membres comme raidis par la gelée d'une nuit de Scythie, il vole ça et là, la gueule ensanglantée, cherchant qui dévorer (I Pierre, V, 8). Ne trouvez-vous pas que c'est un loup ? Il se gave sans être rassasié de tuer des humains ; il voudrait assouvir sa rage par la mort des peuples fidèles. Il hurle, il ne discourt pas, lui qui renie l'Auteur de la parole et entremêle ses propos sacrilèges d'un grognement de bête, lui qui ne rend pas hommage au Seigneur Jésus, le guide vers la vie éternelle. Nous avons entendu ses hurlements lorsque le glaive était lâché sur le monde ; il montrait ses dents féroces, ses lèvres gonflées, et croyait avoir ôté la parole à tous, quand lui seul l'avait perdue.
Afin donc que nous puissions esquiver ces loups, le Seigneur nous enseigne ce que nous devons observer : « N'emportez, dit-Il, ni besace ni chaussures. » Que veut dire : ne pas porter de besace, Il l'a clairement expliqué ailleurs ; car Matthieu a écrit que le Seigneur dit aux disciples : « Ne possédez ni or ni argent » (Matth., X, 9). S'il vous est interdit de posséder de l'or, que sera-ce de le prendre, de le voler ? S'il vous est prescrit de donner ce que vous avez, comment amassez-vous ce que vous n'avez pas ? « Prêchant qu'il ne faut pas voler, vous volez ! disant qu'il ne faut pas commettre l'adultère, vous le commettez ! vous exécrez les idoles et vous faites le sacrilège ! vous êtes fier de la Loi, et en violant la Loi vous déshonorez Dieu ! car le nom de Dieu est blasphémé par votre fait » (Rom., II, 21-23) !. Tel n'a pas été l'apôtre Pierre : le premier à suivre l'avis divin, et voulant montrer que les commandements du Seigneur n'ont pas été donnés en vain, comme un pauvre lui demandait de lui donner quelque argent, « de l'argent et de l'or, dit-il, je n'en ai pas » (Act., III, 6). Il se glorifie de n'avoir ni argent ni or : pour vous c'est une honte de n'avoir pas encore tout ce que vous convoitez. Il y a une pauvreté glorieuse, parce qu'il y a aussi une pauvreté bienheureuse, ainsi qu'il est écrit : « Heureux les pauvres en esprit » (Matth., V, 3). Cependant ce dont Pierre se glorifie, ce n'est pas tant de n'avoir ni argent ni or que d'observer le commandement du Seigneur, qui a prescrit : « Ne possédez pas d'or » (Matth., X, 9). Cela revient à dire : vous voyez que je suis disciple du Christ et vous me demandez de l'or ? Il nous est donné autre chose, bien plus précieux que l'or : opérer en son nom. Ainsi je n'ai pas ce qu'il n'a pas donné ; mais ce qu'il a donné, je l'ai : « Au nom du Seigneur Jésus, levez-vous et marchez. ». De même donc que celui qui veut construire des greniers pour y entasser le blé est repris, en vertu de la sentence du Seigneur (Lc, XII, 16 ssq.), de même celui qui veut apprêter un sac pour y serrer de l'or, encourt souillure et reproche.
« Ni besace ni chaussures. » Les deux choses sont ordinairement façonnées du cuir d'un animal mort : or le Seigneur Jésus ne veut en nous rien de mortel. Au reste Il dit à Moïse : « Enlève la chaussure de tes pieds : car le lieu où tu es est une terre sainte » (Ex., III, 5). Il lui est donc prescrit de détacher une chaussure mortelle et terrestre, au moment où il était envoyé pour délivrer le peuple : car le ministre d'une telle fonction ne doit rien craindre, et n'être pas arrêté dans la mission reçue par le risque de la mort. En effet ce même Moïse, lorsqu'il s'était spontanément chargé de défendre ses frères, c'est-à-dire les Juifs, fut détourné de son entreprise par la crainte d'être dénoncé, et s'enfuit d'Égypte. Aussi le Seigneur, qui reconnaissait ses dispositions mais voyait son état de faiblesse, a-t-il jugé qu'il fallait dégager les pas de son âme et de son esprit des attaches mortelles. Si quelqu'un est en peine de la raison pour laquelle en Égypte il est prescrit d'être chaussé pour manger l'agneau, tandis que les Apôtres sont envoyés sans chaussures pour prêcher l'évangile, il lui faut considérer qu'étant en Égypte on doit encore prendre garde aux morsures de serpents — car il y a bien des poisons en Égypte — et qu'en célébrant la Pâque figurative on peut être exposé à une blessure, tandis que le serviteur de la vérité neutralise les poisons, ne les redoute pas. Aussi bien Paul fut mordu par une vipère dans l'île de Malte (Act., XXVIII, 3 ssq.), et les habitants du lieu, voyant la vipère suspendue à sa main, pensaient qu'il allait mourir ; mais quand ils le virent demeurer indemne, ils disaient qu'il était Dieu, puisque le venin ne pouvait lui nuire. Et pour vous faire savoir que c'est la vérité, le Seigneur dit Lui-même : « Voici que je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions, et sur toute force de l'ennemi, et ils ne vous feront aucun mal » (Lc, X, 19).
Les Apôtres ont ordre de n'avoir pas de bâton à la main : car c'est ce que Matthieu a cru devoir écrire (Matth., X, 10). Qu'est le bâton, sinon l'insigne qui traduit le pouvoir, et l'instrument qui venge la douleur ? Donc ce que le Seigneur humble — car dans l'humiliation son jugement a été élevé (Is., LIII, 8) — ce que, dis-je, l'humble Seigneur a prescrit, ses disciples l'accomplissent par la pratique de l'humilité. Car Il les a envoyés semer la foi non par la contrainte, mais par l'enseignement, non pas en déployant la vigueur de leur pouvoir, mais en exaltant la doctrine de l'humilité. En cet endroit Il a jugé bon de joindre à l'humilité la patience ; car Lui aussi, au témoignage de Pierre, « quand on Lui parlait mal, n'a pas répondu en mal, quand on Le frappait, n'a pas rendu les coups » (I Pierre, II, 23). Cela revient donc à dire : soyez mes imitateurs ; laissez tomber le goût de la vengeance, répondez aux coups de l'arrogance non pas en rendant le mauvais procédé, mais par une patience magnanime. Personne ne doit imiter pour son compte ce qu'il reprend en autrui ; la mansuétude porte des coups plus rudes aux insolents. Un tel coup de poing, le Seigneur l'a rendu à celui qui frappe, quand Il dit : « À celui qui vous frappe à la joue, tendez l'autre » (Matth., V, 39). Car il arrive qu'on se condamne par son propre jugement, et que l'on ait le cœur comme piqué d'un aiguillon, quand on constate des attentions en réponse au tort que l'on a fait. Il a cependant aussi des Apôtres qu'il a envoyés avec le bâton, comme en témoigne Paul lorsqu'il dit : « Que voulez-vous ? Dois-je venir à vous avec le bâton, ou avec la charité et l'esprit de mansuétude » (I Cor., IV, 21) ? Ce bâton, il l'a encore donné à Timothée : « Reprends, dit-il, supplie, réprimande » (II Tim., IV, 2). Peut-être aussi qu'avant la Passion du Seigneur, qui a raffermi les cœurs chancelants des peuples, la mansuétude était seule nécessaire, après la Passion la réprimande. Oui, que le Seigneur apaise, que Paul réprimande ; qu'il persuade, Celui qui peut attendrir même les cœurs durs ; qu'il reprenne, celui qui ne peut tout persuader. Le bâton, Paul l'avait emprunté à l'enseignement de la Loi ; car il avait lu : « Qui ménage le bâton n'aime pas son fils » (Prov., XIII, 24). Il avait lu aussi que pour manger l'agneau il était prescrit, par un commandement prophétique, d'avoir le bâton à la main (Ex., XII, 11). Aussi le Seigneur dit-Il, dans l'Ancien Testament : « Je visiterai avec le bâton leurs iniquités » (Ps. 88, 33) ; dans le Nouveau, par contre, Il s'est offert Lui-même, afin d'épargner tout le monde : « Si c'est moi, dit-II, que vous cherchez laissez partir ceux-ci » (Jn, XVIII, 8) ; et vous trouvez ailleurs, lorsque les Apôtres voulaient implorer le feu du ciel pour consumer les Samaritains qui avaient refusé d'accueillir le Seigneur Jésus dans leur cité, qu'il se retourna pour les réprimander : « Vous ne savez pas, dit-II, à quel esprit vous appartenez ; le Fils de l'homme n'est pas venu pour faire périr les vies humaines, mais pour les sauver » (Lc, IX, 54 ssq.).Donc les plus parfaits sont envoyés sans bâton, les plus faibles mangent avec un bâton. Mais Paul lui-même, s'il menace du bâton, visite les pécheurs en esprit de mansuétude ; aussi bien, pour vous faire voir qu'il est un doux docteur, il consulte la volonté de ceux mêmes qu'il reprend : « Que voulez-vous ? dit-il : que je vienne à vous avec le bâton, ou dans la charité et en esprit de mansuétude » (I Cor., IV, 21) ? Il n'a parlé qu'une fois du bâton, il a deux fois ajouté des choses plus aimables, joignant la mansuétude à la charité. Sans doute il a d'abord menacé ; mais il a usé de mansuétude, car, dans la seconde lettre qu'il écrit aux Corinthiens, il dit : « Je prends Dieu à témoin sur mon âme, que pour vous épargner je ne suis pas venu à Corinthe » (II Cor., I, 23) ; écoutez pourquoi il a cru devoir épargner : « Pour ne pas revenir à vous, dit-il, dans la tristesse » (Ib., II, 2). Il a jeté le bâton et pris une disposition de charité. « Et ne saluez personne en chemin. » Peut-être certains trouveront-ils ici raideur et orgueil, peu conformes au précepte d'un Seigneur doux et humble ; Il a prescrit de céder même la place pour se mettre à table (Lc, XIV, 7 ssq.), et voici qu'il ordonne aux disciples : « Ne saluez personne en chemin », alors que c'est un usage général, et aimable, que les inférieurs ont coutume de gagner ainsi la faveur des grands, que les Gentils eux-mêmes ont en commun avec les chrétiens ces échanges de civilités. Comment donc le Seigneur extirpe-t-il cet usage du savoir-vivre ? . Mais considérez qu'il n'y a pas seulement : « Ne saluez personne » ; ce n'est pas en vain qu'il y a l'addition : « en chemin. » Aussi bien Élisée, quand il envoya son serviteur poser son bâton sur le corps du petit mort, lui prescrivit aussi de ne saluer personne en chemin (II Rois, IV, 29) : il lui ordonnait de se presser, de se hâter pour faire son office et procéder à la résurrection, afin que nul entretien avec quelque passant ne retardât la mission qu'il avait reçue. Donc, ici non plus, il ne s'agit pas d'écarter l'empressement à saluer, mais de supprimer l'obstacle qui gênerait le service ; en présence d'ordres divins, l'humain doit être pour un temps mis de côté. C'est beau de saluer ; mais l'accomplissement des œuvres divines est d'autant plus beau qu'il est plus prompt, et son retard souvent encourt le mécontentement. C'est pourquoi les politesses mêmes sont interdites, de peur que la civilité consacrée ne retarde et ne gêne l'accomplissement du devoir, qu'il y a faute à ajourner. Voici maintenant une autre vertu : ne point passer d'une maison à l'autre par humeur vagabonde ; garder la constance dans les affections de l'hospitalité même, et ne pas rompre volontiers les liens d'amitié une fois noués ; porter devant nous une annonce de paix, en sorte que notre toute première entrée soit solennisée par une bénédiction de paix ; nous contenter du manger et du boire qui nous sont offerts ; ne pas abaisser le pavillon de la foi, et prêcher la bonne nouvelle du Royaume des cieux ; secouer la poussière de nos pieds, si l'on ne juge pas à propos de nous accorder l'hospitalité dans une cité. Il enseigne encore qu'on sera passible d'un châtiment plus rigoureux si l'on ne veut pas suivre l'Évangile, que si l'on croit pouvoir violer la Loi, attendu que Tyr et Sidon, si elles avaient vu de pareilles merveilles et œuvres célestes, n'auraient pas méprisé le remède du repentir ; d'autre part que cette prospérité ou ce faste du siècle ne saurait se comparer au don céleste, mais aussi n'est pas abandonné sans remède, puisque chacun a la ressource de se repentir.
Enfin Il découvre le mystère céleste : Dieu s'est plu à révéler sa grâce aux petits plutôt qu'aux sages de ce monde (Matth., XI, 25). C'est ce que l'apôtre Paul a exposé plus en détail : « Dieu, dit-il, n'a-t-il pas rendu folle la sagesse de ce monde ? Car ce monde n'ayant pas, dans la sagesse de Dieu, connu Dieu par la sagesse, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication » (I Cor., I, 20 ssq.). Donc par « petit » entendons celui qui ne sait pas s'exalter ni faire valoir par le clinquant des paroles les ressources de sa sagesse — ce que font beaucoup de philosophes. C'était un petit qui disait : « Seigneur, je n'ai pas exalté mon cœur, et mes yeux ne se sont pas élevés ; je n'ai pas pénétré les grandeurs et les merveilles qui me dépassent » (Ps. 130, 1). Et pour vous faire voir que c'est un petit non par l'âge, non par la raison, mais par son humilité et par une sorte d'éloignement de la jactance, il a ajouté : « Mais j'ai élevé mon âme. » Voyez-vous comme ce petit était grand, sur quels sommets de vertu il était élevé ? C'est petits de cette sorte que l'Apôtre nous veut quand il dit : « Si quelqu'un d'entre vous semble sage en ce monde, qu'il se fasse insensé, pour être sage : car la sagesse de ce monde est folie aux yeux de Dieu » (I Cor., III, 18 ssq.).
Suit un fort beau passage sur la foi, où Il dit que tout Lui a été remis par son Père. En lisant : « Tout », vous reconnaissez qu'il est tout-puissant, qu'il n'est pas d'autre couleur, d'autre race que le Père ; quand vous lisez : « remis », vous confessez qu'il est Fils, que tout lui est propre par nature, par droit d'unité de substance, et non pas accordé comme un don et par grâce. Il ajoute : « Nul ne sait qui est le Fils, sinon ! le Père ; et qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils l'aura voulu révéler. ». Il me souvient de n'avoir pas omis ce passage dans les livres que j'ai écrits sur la foi. Mais pour vous montrer que, si le Fils révèle le Père à qui Il veut, de même le Père révèle le Fils à qui Il veut, écoutez ce que dit le Seigneur Jésus lui-même, quand Il loue Pierre de l'avoir reconnu Fils de Dieu : « Tu es heureux, Simon Bar-Jona, car ce n'est pas la chair ni le sang qui te l'a révélé, mais mon Père qui est aux cieux » (Matth., XVI, 17).
Suit le texte où sont démasqués ceux qui se croient experts en la Loi, qui retiennent les paroles de la Loi, ignorent la portée de la Loi. Par le tout premier chapitre de la Loi Il montre qu'ils ignorent la Loi ; Il prouve que dès le commencement la Loi a prêché le Père et le Fils, et même annoncé le mystère de l'incarnation du Seigneur en ces termes : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu », et : « Vous aimerez votre prochain comme vous-même ». Là-dessus le Seigneur dit au docteur de la Loi : « Faites cela, et vous vivrez. » Mais lui, qui ne connaissait pas son prochain parce qu'il ne croyait pas au Christ, repartit : « Qui est mon prochain ? » Ainsi donc ignorer le Christ, c'est aussi ignorer la Loi. Comment peut-on connaître la Loi quand on ignore la vérité, puisque la Loi annonce la vérité ?

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