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SOIXANTE-SEPTIÈME TRAITÉ.
SUR CE QUE DIT NOTRE-SEIGNEUR, DEPUIS CES MOTS : « QUE, VOTRE COEUR NE SOIT PAS TROUBLÉ », JUSQU'A CES AUTRES : « JE VIENS DE NOUVEAU ET JE VOUS PRENDRAI AVEC MOI ». (Ch. XIV, 1-3)
TRANQUILLITÉ.
Les Apôtres étaient troublés a la pensée de la mort de leur Maître et du sort qui leur était réservé. Tranquillisez-vous, leur dit Jésus, car si je meurs comme homme, comme Dieu je ne puis mourir; sachez aussi que je vous préparerai une place dans la maison de mon Père, où se trouvent plusieurs demeures, conformes aux mérites de chacun des élus.
1. Il faut élever, mes frères, notre esprit vers Dieu avec une plus grande attention, afin que nous puissions en quelque manière faire pénétrer jusqu'à nos âmes les paroles du saint Évangile, qui viennent de retentir à nos oreilles. Car le Seigneur Jésus dit : « Que votre coeur, ne soit pas troublé; croyez en Dieu, « croyez aussi en moi n : il voulait par là empêcher ses disciples, qui étaient des hommes, de craindre la mort et de se troubler ; il les console donc en leur faisant connaître qu'il est Dieu. « Croyez » , dit-il, « en Dieu; croyez « aussi en moi ». En effet, si vous croyez en Dieu, vous devez aussi croire en moi : cette conséquence ne serait pas juste si Jésus-Christ n'était pas Dieu. « Croyez en Dieu » , croyez aussi en celui pour qui ce n'est pas une usurpation, mais un droit naturel, d'être égal à Dieu. Il s'est anéanti lui-même, il est vrai ; mais tout en prenant la forme d'esclave, il n'a point perdu la forme de Dieu. Vous craignez la mort pour cette forme d'esclave (Philipp, II, 6, 7) : « Que votre coeur ne se trouble point »; la forme de Dieu la ressuscitera.
2. Mais que signifient les paroles suivantes « Dans la maison de mon Père, il y a plusieurs demeures », sinon que les disciples craignaient pour eux-mêmes ? C'est ce qui avait obligé le Seigneur à leur dire : « Que votre coeur ne soit point troublé ». Et en effet, lequel d'entre eux aurait pu ne pas craindre, quand il avait dit à Pierre, le plus hardi et le plus zélé de tous : « Le coq ne a chantera pas que tu ne m'aies renié trois fois (Jean, XIII, 38) ? » Ce n'était donc pas sans fondement qu'ils étaient troublés, puisqu'ils croyaient qu'ils le perdraient pour toujours. Mais quand ils entendent : « Dans la maison de mon Père il y a plusieurs demeures. Si cela n'était pas, je vous l'aurais dit : car je vais vous préparer une place », leur trouble s'apaise ; ils se confient en sa parole et sont assurés qu'après les dangers des tentations ils demeureront chez Dieu avec Jésus-Christ. Bien que l'un soit plus fort que l'autre, l'un plus sage que l'autre, l'un plus juste que l'autre, l'un plus saint que l'autre : « dans la maison du Père il y a plusieurs demeures » ; par conséquent aucun d'eux ne sera rejeté de cette maison où chacun recevra la demeure due à son mérite. Sans doute le denier que le Père de famille fait donner à ceux qui ont travaillé à sa vigne est égal pour tous; car ce père de famille ne s'inquiète nullement de savoir s'ils ont plus ou moins travaillé (Matth. XX, 9). Ce denier représente la vie éternelle, où personne ne vit plus longtemps qu'un autre, puisque la mesure de la vie étant l'éternité , se trouve être la même pour tous. Mais la diversité des demeures indique, dans une même vie éternelle, la diversité des mérites et des récompenses. Autre est la gloire du soleil, autre est la gloire de la lune; autre est celle des étoiles; telle étoile diffère de telle autre par son éclat. Ainsi en sera-t-il de la résurrection des morts. Comme les étoiles dans le ciel, les saints occuperont dans le royaume de Dieu des demeures différentes par le nombre et l'éclat. Mais comme le même denier est donné à tous, aucun ne sera exclu et ainsi Dieu sera tout en tous (I Cor. XV, 41, 42, 28). Et comme Dieu est charité (I Jean, IV, 8), la charité opérera cet effet, que ce que chacun des saints possédera, tous le posséderont pareillement. En effet, n'est-ce pas posséder soi-même que d'aimer dans les autres ce qu'on n'a pas en réalité ? L'inégalité de la clarté ne fera donc naître aucune jalousie, parce qu'entre tous régnera l'union de la charité.
3. Un coeur chrétien doit donc rejeter bien loin de lui ceux qui de ces paroles : « il y plusieurs demeures » , veulent conclure qu'en dehors du royaume des cieux il y aura un lieu où seront heureux les enfants qui meurent sans baptême, parce que sans le baptême ils ne peuvent entrer dans le royaume des cieux. Cette croyance n'est pas la foi, parce qu'elle n'est pas la foi véritable et catholique. O hommes insensés et aveuglés par vos imaginations charnelles ! vous seriez blâmables si vous sépariez du royaume des cieux la demeure, je ne dis pas de Pierre et de Paul, ou de quelque autre Apôtre, mais du moindre enfant baptisé, et vous penseriez n'être pas coupables si vous séparez la maison de Dieu le Père ? Le Seigneur ne dit pas : dans le monde entier, dans toute la création, ou bien dans la vie et le bonheur éternel il y a plusieurs demeures ; mais il dit . « Dans la maison de mon Père il y a plusieurs demeures ». N'est-ce pas cette maison que Dieu nous a construite lui-même, qui n'a pas été faite de la main des hommes et qui durera éternellement dans le ciel (II Cor. V, 1)? N'est-ce pas cette maison dont nous parlons à Dieu quand nous chantons : «Bienheureux ceux qui habitent a dans votre maison; ils vous loueront dans a les siècles des siècles (Ps. LXXXIII, 5)? » Je ne dirai pas que cette maison est celle du moindre de nos frères baptisés; je dirai qu'elle est la maison même de Dieu le Père, car nous sommes tous frères et nous disons à Dieu : « Notre Père, qui êtes a dans le ciel (Matth. VI, 9) ». Or, oserez-vous bien la séparer du royaume des cieux ? oserez-vous la partager de telle façon que quelques-unes de ses demeures se trouvent dans le royaume des cieux, et que quelques autres en soient exclues ? Non, oh non ! ceux qui veulent habiter dans le royaume des cieux ne consentiront jamais à habiter avec vous dans cette extravagance. Non, quand la maison tout entière des enfants de Dieu qui doivent régner avec lui, ne se trouve que dans son royaume, nous ne croirons jamais qu'une partie quelconque de la maison du roi lui-même ne se trouve pas dans son royaume.
4. « Et si je m'en vais », dit-il, « et si je vous prépare une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que vous soyez où je serai. Vous savez où je vais, et vous en connaissez le chemin ». O Seigneur Jésus, comment allez-vous préparer la place, si déjà il y a plusieurs demeures dans la maison de votre Père, où les vôtres habiteront avec vous ? Et si vous les prenez avec vous, comment pourrez-vous revenir, puisque vous ne vous éloignez pas d'eux ? Mes très-chers frères, comme le discours d'aujourd'hui me paraît déjà assez long, si j'essaie de vous expliquer en peu de mots ces paroles, je me verrai obligé d'abréger; par cela même elles ne deviendront pas plus claires, et la brièveté y ajoutera une nouvelle obscurité. Renvoyons donc à un autre jour l'accomplissement de ce devoir ; nous nous en acquitterons en temps plus opportun, avec la grâce du commun Père de famille.


SOIXANTE-HUITIÈME TRAITÉ
SUR LA MÊME LEÇON.
LES DEMEURES DE LA MAISON DE DIEU.
Il y a plusieurs demeures dans la maison de Dieu : préparées en droit par la prédestination, elles nous sont préparées de fait par Jésus-Christ, puisque la maison de Dieu est son royaume, que nous sommes nous-mêmes ce royaume, et que, par la grâce du Sauveur, nous nous préparons à en faire partie ; mais nous ne pouvons y parvenir effectivement qu'autant que Jésus-Christ n'est pas visible au milieu de nous, c'est-à-dire, qu'autant que nous vivons de la foi.
1 . Je me reconnais votre débiteur, mes très chers frères, et le temps est venu de m'acquitter de ce que je vous ai promis. Je tâcherai donc de vous montrer qu'il n'y a pas contradiction entre les deux paroles de Notre-Seigneur que nous allons citer. Il dit d'abord « Dans la maison de mon Père, il y a plusieurs demeures ; s’il en était ainsi, je vous aurais dit : Je vais vous préparer une place » ; par là, il montre suffisamment qu'il leur a parlé ainsi parce qu'il y a déjà plusieurs demeures, et qu'il n'a pas besoin d'en préparer. Puis il ajoute : « Et quand je m'en serai allé, et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai et je vous prendrai auprès de moi, afin que vous soyez où je serai ». Comment s'en va-t-il, et prépare-t-il une place, si déjà il y a plusieurs demeures ? Si cela n'était pas, il aurait dit : « Je vais préparer une place » ; ou bien, si cette place devait être préparée, pourquoi n'aurait-il pas eu raison de dire : Je dois la préparer ? Ces demeures existent-elles déjà, et, malgré cela, ont-elles besoin d'être préparées ? Car, si elles n'existaient point, Jésus aurait dit : « Je vais préparer une place ». Cependant, quoique ces demeures existent déjà, et qu'elles exigent d'être préparées, il ne va pas les préparer telles qu'elles sont. Néanmoins, s'il s'en va et qu'il les prépare comme elles doivent être, il reviendra, il prendra ses disciples auprès de lui et ils seront eux-mêmes où il sera. Ces demeures qui sont dans la maison du Père (pas d'autres, mais celles-là), comment existent-elles, sans être comme elles doivent être préparées, et comment n'existent-elles pas encore comme elles doivent être préparées ? Comment le comprendre, sinon en la même manière que le Prophète ? Ne dit-il pas, en effet, que Dieu a fait les choses qui doivent se faire ? Le Prophète ne dit pas : Dieu fera ce qui doit se faire ; mais : « Il a fait ce qui doit se faire (Isa. XLV, 11, selon les Septante) ». Donc il a fait ces choses, il doit les faire ; car elles ne sont pas faites, s'il ne les a pas faites; et elles ne seront pas faites, s'il ne les fait pas plus tard. Il les a donc faites par sa prédestination, et il les fera par son opération ; ainsi en est-il des disciples du Sauveur : l'Évangile nous indique suffisamment à quelle époque Notre-Seigneur les choisit; ce fut évidemment lorsqu'il les appela (Luc, VI, 13) ; et cependant, dit l'Apôtre, « il nous a choisis avant la création du monde (Ephés. I, 4) ». En les prédestinant, mais non en les appelant. « Ceux qu'il a prédestinés, il les a appelés (Rom. VIII, 30) » ; il les a choisis en les prédestinant avant la création du monde; il les a choisis en les appelant avant la fin du monde. C'est ainsi qu'il a préparé ces demeures, et qu'il les prépare; ce ne sont pas d'autres demeures, ce sont celles qu'il a préparées, qu'il prépare; car il a fait les choses qui doivent se faire, il a préparé ces demeures par sa prédestination, il les prépare par son opération. Elles existent donc déjà comme prédestinées; autrement, il aurait dit : J'irai et je les préparerai, c'est-à-dire, je les prédestinerai. Mais comme elles n'existent pas encore en tant qu'exécutées, il dit : « Et quand je m'en serai allé, et que je vous aurai préparé une place, de nouveau je viendrai et vous prendrai avec moi ».
2. Mais ces demeures, il les prépare en quelque sorte par cela même qu'il prépare ceux qui doivent les habiter. En effet, quand il dit : « Dans la maison de mon Père il y a plusieurs demeures », quelle idée nous faisons-nous de cette maison de Dieu ? ne la regardons-nous pas comme le temple de Dieu ? Pour savoir ce qu'est ce temple, interrogez l'Apôtre, et il vous répondra : « Le temple de Dieu est saint, et vous êtes ce temple (I Cor. III, 17) ». C'est encore le royaume de Dieu que le Fils doit donner au Père. Aussi le même Apôtre dit-il encore : « Jésus-Christ d'abord, comme les prémices ; puis ceux qui appartiennent à Jésus-Christ, et qui ont cru à son avènement : ensuite viendra la fin de toutes choses, lorsqu'il aura remis son royaume à Dieu son Père (Id. XV, 23, 24) »; c'est-à-dire, quand il aura remis à son Père, pour le contempler, ceux qu'il aura rachetés de son sang. C'est de ce royaume des cieux qu'il est dit : « Le « royaume des cieux est semblable à un homme qui sème du bon grain dans son champ. Or, ce bon grain, ce sont les enfants du royaume ». Aujourd'hui l'ivraie se trouve mêlée au bon grain; mais à la fin le roi lui-même enverra ses anges, « et ils enlèveront de son royaume tous les scandales. Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père (Matth. XIII, 24, 38-43) ». Le royaume brillera dans le royaume, lorsque, pour nous qui sommes ce royaume, viendra le royaume que nous demandons maintenant par ces paroles : « Que votre règne arrive (Id. VI, 10) ». Dès cette vie déjà nous sommes appelés le royaume de Dieu; mais ce royaume ne fait encore que se former; car si nous ne portions pas ce nom, il ne serait pas dit de nous: « On enlèvera de son royaume tous les scandales ». Mais ce royaume ne règne pas encore; c'est un royaume, en ce sens que lorsque tous les scandales en auront été enlevés, il possédera la royauté ; de la sorte, il en aura non pas seulement le nom, mais encore la puissance. C'est en effet à ce royaume placé à droite, qu'il sera dit à la fin : « Venez, bénis de mon Père, recevez le royaume (Matth. XXV, 31) »; c'est-à-dire, vous qui étiez un royaume, et qui ne régniez pas encore, venez et régnez. Ce que vous n'étiez qu'en espérance, soyez-le en réalité. Mais cette maison de Dieu, ce temple de Dieu, ce royaume de Dieu, ce royaume des cieux, est encore en construction; il se bâtit, il se prépare, on ne fait qu'en rassembler les éléments. En lui seront les demeures, comme les prépare encore le Seigneur; en lui sont déjà les demeures, telles que le Seigneur les a prédestinées.
3. Mais qu'est-ce que Notre-Seigneur est allé préparer, puisque c'est nous-mêmes qu'il prépare et puisque, d'ailleurs, il ne nous préparerait pas s'il nous quittait ? Je comprends, Seigneur, autant que je le puis, ce que vous nous indiquez par là: pour que ces demeures soient préparées, le juste doit vivre de la foi (Rom. I, 17). Celui, en effet, qui marche loin du Seigneur, a besoin de vivre de la foi, parce que la foi le prépare à contempler Dieu face à face (II Cor. V, 6-8). « Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, parce qu'ils verront Dieu (Matth. V, 8) »; et: « La foi purifie leurs coeurs (Act. XV, 9)». Cette première parole se trouve dans l'Évangile, et la seconde, dans les Actes des Apôtres. Or, la foi qui purifie, pendant leur pèlerinage, les cœurs de ceux qui doivent contempler Dieu, cette foi croit ce qu'elle ne voit pas; dès lors que tu vois, tu n'as plus la foi. Le croyant arasasse des mérites; celui qui voit en reçoit la récompense. Que, le Seigneur aille donc nous préparer une place; qu'il s'en aille, afin que nous ne le voyions pas ; qu'il se cache, afin que nous croyions en lui. Car une place se prépare pour nous quand nous vivons de la foi. Que la foi nous le fasse désirer, et que nos désirs nous mènent à le posséder; les désirs de la charité sont la préparation de cette demeure. Ainsi, Seigneur, préparez ce que vous préparez: vous nous préparez pour vous et vous vous préparez pour nous; vous préparez une demeure pour vous dans nous-mêmes, et pour nous, au dedans de vous. Vous nous avez dit, en effet : « Demeurez en moi, et moi en vous (Jean, XV, 4) ». Selon que chacun sera entré en participation de vous-même, les uns plus, les autres moins, la diversité des mérites fera la diversité des récompenses: le nombre des demeures se comptera d'après la diversité de ceux qui les habiteront; mais tous vivront éternellement et tous seront éternellement heureux. Qu'est-ce à dire, que vous vous en allez, et que vous venez ? Si je vous comprends bien, vous ne vous éloignez ni de l'endroit d'où vous partez, ni de celui d'où vous venez; vous vous en allez quand vous vous cachez; vous venez quand vous vous montrez. Mais si vous ne restez point pour nous guider afin que nous nous avancions de plus en plus. par une vie sainte, comment se préparera la place où nous pourrons rester toujours et jouir de vous ? En voilà assez sur ce passage de l'Évangile qui nous a été lu et qui va jusqu'à ces paroles de Notre-Seigneur: « Je reviendrai et vous prendrai avec moi »: Pour ce qui suit: « Afin que vous soyez vous-mêmes où je serai, vous savez où je vais et vous en connaissez le chemin », il sera plus opportun de l'expliquer quand nous aurons examiné la question que lui fait immédiatement après un des disciples, et que nous nous serons joints à lui pour interroger le Seigneur.


SOIXANTE-NEUVIÈME TRAITÉ.
SUR CES PAROLES DE NOTRE-SEIGNEUR : « ET VOUS SAVEZ OU JE VAIS, ET VOUS EN SAVEZ LA VOIE », JUSQU'A CES AUTRES : « PERSONNE NE VIENT AU PÈRE QUE PAR MOI ». (Ch. XIV, 4-6)
LE CHRIST, VOIE, VÉRITÉ ET VIE.
Jésus-Christ la Voie, la Vérité et la Vie ; c'est donc par lui que nous irons occuper la place qu'il nous prépare au ciel, et c'est à lui que nous irons : de même son humanité sainte a été élevée au ciel par là puissance du Verbe, et s'est trouvée unie à lui dans le séjour de la gloire.
1. Maintenant, mes très-chers frères, il faut, autant que possible, arriver à comprendre les premières paroles de Notre-Seigneur au moyen des dernières, et celles qu'il a dites auparavant par celles qu'il a prononcées ensuite; pour cela, nous nous appuierons sur la réponse qui a été faite à l'apôtre Thomas. Un peu auparavant, en parlant des demeures qu'il disait être dans la maison de son Père, le Christ avait affirmé qu'il allait les préparer; de là, nous avons conclu et que ces demeures existent déjà par la prédestination, et qu'elles se préparent quand la foi purifie les tueurs de ceux qui doivent y habiter; la raison en est que ces sortes de personnes sont la maison même de Dieu. Et encore, demeurer dans fa maison de Dieu, qu'est-ce autre chose, que faire partie du peuple de Dieu, puisque: ce peuple est en Dieu et que Dieu est en lui ? Pour préparer ces demeures, le Seigneur s'en alla donc, et ainsi, en croyant en lui puisqu'on ne le voyait plus, on pouvait préparer par la foi cette demeure où l'on verra éternellement Dieu face à face. C'est pourquoi il avait dit : « Et quand je m'en serai allé et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que vous soyez vous-mêmes où je serai. Vous savez où je vais, et vous en connaissez la voie. Sur cela, Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons où vous allez, et comment pouvons-nous en connaître la voie ? » Le Seigneur avait dit qu'ils savaient l'un et l'autre, et Thomas répond qu'ils ignorent, et le lieu où il va, et la voie qui y conduit. Mais le Seigneur ne sait pas mentir: ils savaient donc ces choses ; mais ils ignoraient qu'ils les savaient. « Jésus lui dit: Je suis la voie, et la vérité, et la vie ». Eh quoi, mes frères ? nous avons entendu la question du disciple, nous avons aussi entendu l'enseignement du Maître et nous n'en comprenons pas encore le sens caché, même après avoir entendu ses paroles retentir à nos oreilles ? Mais qu'est-ce donc que nous ne pouvons comprendre ? Est-ce que ses Apôtres, avec lesquels il parlait, pouvaient lui dire : Nous ne vous connaissons pas ? Si donc ils le connaissaient, puisqu'il est lui-même la voie, ils connaissaient la voie ; s'ils le connaissaient, puisqu'il est lui-même la vérité, ils connaissaient la vérité; s'ils le connaissaient, puisqu'il est la vie, ils connaissaient la vie. Les voilà donc convaincus de savoir ce qu'ils ignoraient savoir.
2. Pour nous, mes frères, y a-t-il, à votre avis, dans ce discours quelque chose que nous n'ayons pas compris ? N'est-ce pas ce qu'il leur dit : « Et vous savez où je vais, et vous en connaissez la voie ? » Et nous venons de voir qu'ils connaissaient la voie, parce qu'ils le connaissaient lui-même, et qu'il est la voie. Mais si la voie est le chemin par lequel on marche, est-elle aussi le lieu où l'on va ? Or, il avait dit qu'ils connaissaient ces deux choses: et où il va, et la voie qui y conduit ; il lui fallait donc dire : « Je suis la voie », pour leur montrer que, puisqu'ils le connaissaient, ils connaissaient la voie qu'ils croyaient ignorer; mais pourquoi dire: « Je suis la voie, et la vérité et la vie », puisque, étant connu le chemin par lequel il marchait, il ne restait à connaître que l'endroit où il allait, sinon parce qu'il allait à la vérité, à la vie ? Il allait donc à lui-même, par lui-même, et nous, où allons-nous, si ce n'est à lui-même ? et par où y allons-nous, si ce n'est par lui-même ? Il va donc à lui-même par lui-même ; et nous, nous allons à lui-même par lui-même, et c'est aussi par lui-même que, lui et nous, nous allons au Père. Ailleurs en effet il dit de lui-même : « Je vais au Père (Jean, XVI, 10) » ; et ici il dit en parlant de nous : « Personne ne vient au Père, si ce n'est par moi ». Ainsi c'est par lui-même qu'il va à lui-même et au Père, et nous, c'est par lui-même que nous allons à lui-même et au Père. Mais ces choses, qui les comprend ? Celui-là seul qui a le sentiment des choses spirituelles; et encore, qu'est-ce que comprend à cela, celui-là même qui a le sentiment des choses spirituelles ? Mes frères, pourquoi voulez-vous que je vous explique ces choses ? considérez combien elles sont élevées. Vous voyez ce que je suis ; je vois ce que vous êtes. En nous tous, ce corps de corruption appesantit l'âme, et cette habitation de boue abat l'esprit capable des plus hautes pensées (Sag. IX, 15). Croyons-nous pouvoir dire : « J'ai élevé mon âme vers vous, qui habitez dans le ciel (Ps. CXXII, 1) ? » Mais accablé par ce pesant fardeau sous lequel nous gémissons, comment élèverai-je mon âme, si celui qui a donné son âme pour moi n'élève la mienne avec moi ? Je dirai donc ce que je pourrai ; que parmi vous comprenne qui pourra. C'est celui par la grâce de qui je parle, qui, par sa grâce, donne l'intelligence à celui qui comprend, et la foi à celui qui ne comprend pas. Car, « si vous ne croyez », dit un Prophète, « vous ne comprendrez pas (Isa. VII, 9, selon les Septante) ».
3. Dites-moi, mon Dieu, ce que je dois dire à vos serviteurs avec lesquels je vous sers moi-même. L'apôtre Thomas, pour vous interroger, vous avait devant lui, et cependant il ne vous aurait pas compris, s'il ne vous avait pas eu au dedans de lui-même. Pour moi, je vous interroge, parce que je sais que vous êtes au-dessus de moi; je vous interroge, je m'efforce autant qu'il est en moi d'élever mon âme au-dessus de moi, et de pouvoir ainsi entendre, sinon votre parole, du moins vos instructions. Dites-moi, je vous en supplie, comment vous allez à vous-même ? Est-ce que, pour venir à nous, vous vous êtes quitté vous-même; surtout que vous n'êtes pas venu de vous-même, mais que le Père vous a envoyé ? Je sais que vous vous êtes anéanti; parce que vous avez pris la forme d'esclave (Philipp. II, 7), mais non parce que vous vous seriez dépouillé de la forme de Dieu pour avoir besoin d'y revenir, ou que vous l'auriez perdue pour avoir à la reprendre. Vous êtes néanmoins venu: non-seulement vous vous êtes montré à des yeux de chair, mais vous vous êtes laissé toucher par des mains d'hommes. Comment cela, sinon par votre chair ? C'est par elle que vous êtes venu, tout en restant où vous étiez; c'est par elle que, sans nous quitter, vous êtes retourné à l'endroit d'où vous étiez venu. Si donc c'est par votre chair que vous êtes venu et que vous êtes retourné, c'est par elle, assurément, non-seulement que vous êtes pour nous la voie par laquelle nous viendrons à vous, mais que pour vous-même vous avez été la voie par laquelle vous êtes venu et retourné. Mais comme vous êtes allé à la vie, que vous êtes vous-même la vie, vous avez conduit de la mort à la vie cette même chair qui était la vôtre. En effet, autre chose est le Verbe de Dieu, autre chose est l'homme. Mais le Verbe s'est fait chair, c'est-à-dire homme. C'est pourquoi autre n'est pas la personne du Verbe, autre la personne de l'homme ; car l'un et l'autre forment Jésus-Christ, qui est une seule personne; par là, de même que quand en lui la chair est morte, Jésus-Christ est mort, et que quand la chair a été ensevelie, Jésus-Christ a été enseveli (c'est ainsi, en effet, que nous le croyons de coeur pour être justifiés, et que nous le confessons de bouche pour être sauvés (Rom. X, 10) ) ; de même, quand la chair est passée de la mort à la vie, Jésus-Christ est revenu à la vie. Comme d'ailleurs Jésus-Christ est le Verbe de Dieu, il est la vie. Ainsi est revenu à lui-même, d'une façon admirable et incompréhensible, celui qui ne s'était ni quitté ni perdu lui-même. Par sa chair, comme il a été dit, Dieu était venu vers les hommes, et la vérité vers les menteurs: car Dieu est vérité, et tout homme est menteur (Id. III, 4). Lors donc qu'il enleva du milieu des hommes et qu'il éleva sa chair jusqu'au séjour où personne ne ment; lui-même, puisque le Verbe s'est fait chair par lui-même, c'est-à-dire par sa chair, il est revenu vers la vérité qui est lui-même. Toutefois se trouvant au milieu des menteurs, il garda cette vérité jusque dans les bras de la mort: Jésus-Christ a été en effet mort pendant quelque temps, mais il n'a jamais été séparé de la vérité.
4. Écoutez une comparaison bien éloignée et bien disproportionnée ; mais telle qu'elle est elle servira à vous faire comprendre Dieu, bien qu'elle soit tirée des choses placées immédiatement au-dessous de Dieu. Me voici moi-même, quant à ce qui regarde mon esprit, je suis ce que vous êtes vous-mêmes. Si je me tais, je suis en moi-même: si je vous dis une chose que vous comprenez, je m'avance en quelque sorte vers vous, et je ne me quitte pas moi-même; mais je m'approche de vous et je ne m'éloigne pas du lieu d'où je viens. Que si ensuite je garde le silence, je reviens d'une certaine façon à moi-même, et en quelque manière je reste avec vous, si vous retenez ce que vous m'avez entendu dire. Mais s'il peut en être ainsi de l'image que Dieu a faite, pourquoi n'en serait-il pas de même de cette image qui n'a pas été faite par Dieu, mais qui, étant l'image de Dieu et Dieu elle-même, est née de Dieu, de cette image dont le corps, par le moyen duquel il est venu à nous, et dans lequel il s'est éloigné de nous, n'est pas comme le son passager sorti de ma bouche, mais demeure où il ne mourra plus, et où la mort n'aura plus d'empire sur lui (Rom. VI, 9) ? On pourrait et l'on devrait peut-être dire bien d'autres choses sur ces paroles de l'Évangile. Mais il ne faut pas surcharger vos coeurs d'aliments spirituels, si agréables qu'ils vous paraissent; car si l'esprit est prompt, la chair est faible (Matth. XXVI, 41).


SOIXANTE-DIXIÈME TRAITÉ.
SUR CES PAROLES DE NOTRE-SEIGNEUR : « SI VOUS M'AVIEZ CONNU, VOUS AURIEZ AUSSI CONNU MON PÈRE », JUSQU'A CES AUTRES : « NE CROYEZ-VOUS PAS QUE JE SUIS DANS LE PÈRE, ET QUE LE PÈRE EST EN MOI ? » (Chap. XIV, 7-10)
LE FILS SEMBLABLE AU PÈRE.
Il est la voie qui conduit au Père, et comme il lui est en tout semblable, puisqu'il a la même nature divine, celui qui le connaît connaît aussi le Père sans l'avoir vu.
1. Les paroles du saint Évangile, mes frères , ne sont bien comprises qu'autant qu'entre celles qui précèdent et celles qui suivent il y a parfait accord. Quand la vérité parle, il doit y avoir accord entre ce qui précède et ce qui suit. Plus haut, Notre-Seigneur avait dit : « Après que je m'en serai allé, et vous aurai préparé une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que vous soyez vous-mêmes où je serai ». Ensuite il avait ajouté : « Et vous savez où je vais, et vous en connaissez la voie ». Ces paroles ne signifiaient rien autre chose, comme il le montra, que ceci : Ils le connaissaient lui-même. Ce que c'était qu'aller à lui-même par lui-même (et voilà ce qu'il accorde à ses disciples; il les fait aller à lui-même par lui-même), nous vous l'avons expliqué comme nous avons pu dans le précédent discours. Remarquez le sens de ces mots : « Afin que où je suis moi-même, vous soyez vous aussi » ; où devaient-ils se trouver, sinon en lui-même ? lui-même est en lui-même; et dès lors qu'ils seront, eux aussi, où il est lui-même, ils seront en lui. Il est donc lui-même la vie éternelle, dans laquelle nous nous trouverons, quand il nous aura reçus auprès de lui. Or, cette vie éternelle, qui est lui-même, est en lui, afin que où il est lui-même, nous soyons nous aussi, c’est-à-dire en lui. « Et comme le Père a la vie en lui-même (Jean, V, 26) », et que la vie qu'il a n'est autre chose que lui-même puisqu'il la possède, « de même il a donné au Fils d'avoir en lui-même la vie », puisqu'il est lui-même la vie qu'il a en lui-même. Mais est-ce que nous-mêmes nous serons cette vie qu'il est lui-même, quand nous commencerons à être dans cette vie, c'est-à-dire en lui-même ? Non, certes , parce que lui-même, étant la vie, possède en lui la vie, et il est lui-même ce qu'il a, et ce que la vie est en lui, il l'est lui-même en lui-même. Mais nous, nous ne sommes pas la vie elle-même, nous ne sommes que participants de sa propre vie à lui, et là nous serons de telle sorte, non pas que nous puissions être en nous-mêmes ce qu'il est lui-même, mais que n'étant pas nous-mêmes la vie, nous ayons pour vie Celui qui possède en lui la vie qui est lui-même, parce qu'il est lui-même la vie. Enfin il est dans lui-même sans pouvoir changer, et dans le Père sans pouvoir s'en séparer. Mais nous, si nous voulions être en nous-mêmes, nous nous troublerions en nous-mêmes ; de là cette parole : « Mon âme a été troublée en moi-même (Ps. XLI, 7) », et changés en quelque chose de pire, nous ne pourrions pas rester ce que nous sommes. plais quand par lui-même nous serons venus au Père, ainsi qu'il le dit : « Personne ne vient au Père, si ce n'est par moi »; dès lors que nous resterons en lui, personne ne pourra nous séparer ni du Père, ni de Lui.
2. Unissant donc les paroles suivantes à ce qui précède, Notre-Seigneur ajoute : « Si vous m'avez connu, assurément vous avez aussi connu mon Père ». C'est la même chose que ce qu'il a dit : « Personne ne vient au Père, sinon par moi ». Il ajoute ensuite : « Et bientôt vous le connaissez et vous l'avez vu ». Mais Philippe, un des Apôtres, ne comprenant pas ce qu'il venait d'entendre, lui dit : « Seigneur, montrez-nous le Père, et il nous suffit ». A quoi le Seigneur répond : « Depuis si longtemps je suis avec vous, et vous ne m'avez pas connu, Philippe ? Qui me voit, voit aussi le Père ». Il leur reproche qu'après avoir été si longtemps avec lui, ils ne le connaissaient pas ; mais ne venait-il pas de leur dire : « Et vous savez où je vais, et vous en connaissez la voie » ; et comme ils disaient ignorer ces choses, ne les avait-il pas convaincus qu'ils les savaient, en ajoutant ces mots: « C'est moi qui suis la voie, la vérité et la vie ? » Comment maintenant dit-il : « Depuis si longtemps je suis avec vous, et vous ne m'avez pas connu ? » Car s'ils savaient où il allait, s'ils connaissaient la voie, n'était-ce point parce qu'ils le connaissaient lui-même ? Mais cette difficulté se résout facilement, si l'on dit que certains de ses disciples le connaissaient, que d'autres ne le connaissaient pas, et que parmi ceux-ci se trouvait Philippe. Comprenez-le donc, il adressait ces mots: « Et vous savez où je vais, et vous savez la voie », à ceux qui le connaissaient, et non à Philippe, puisqu'il lui disait : « Depuis si longtemps je suis avec vous, et vous ne m'avez pas connu, Philippe ? » Pour ceux qui connaissaient déjà le Fils, il leur adressa cette parole relative au Père : « Et bientôt vous le connaîtrez, et vous l'avez vu ». Notre-Seigneur parlait ainsi, à cause de la ressemblance si parfaite qui existe entre le Père et lui ; et cette ressemblance était si grande , qu'à vrai dire ils connaissaient le Père, puisqu'ils connaissaient le Fils qui est son image parfaite. Si tous ne connaissaient pas le Fils, ceux-là, du moins, le connaissaient, auxquels il dit : « Et vous savez où je « vais, et vous savez la voie u, puisqu'il est lui-même la voie. Mais ils ne connaissaient pas le Père; c'est pourquoi il leur dit: « Si vous m'avez connu, vous avez aussi connu mon Père ». C'est par moi que vous l'avez connu lui-même. Car autre je suis moi-même, autre est le Père. Mais, pour les empêcher de le croire dissemblable au Père, il ajoute : « Et bientôt vous le connaîtrez, et vous l'avez a vu ». Ils avaient vu en effet son Fils qui lui est entièrement semblable; mais il fallait les avertir que le Père, qu'ils ne voyaient pas encore, était semblable au Fils qu'ils voyaient. Et c'est ce que signifie ce que Jésus dit ensuite à Philippe . « Qui me voit, voit aussi le Père ». Non pas qu'il fût tout à la fois le Père et le Fils, erreur que la foi catholique condamne dans les Sabelliens, qu'on appelle aussi Patripassiens, mais parce que le Père et le Fils sont à tel point semblables, que qui connaît l'un, les connaît tous les deux. En parlant de deux personnes absolument semblables, voici ce que nous disons à ceux qui voient l'une et veulent savoir quelle est l'autre: En voyant l'une, vous voyez l'autre. C'est en ce sens que Jésus dit: « Qui me voit, voit aussi le Père » ; cela veut dire, non pas, que celui qui est le Fils soit aussi le Père, mais que le Fils ne diffère en rien du Père. Car si le Père et le Fils ne faisaient pas deux, il ne serait pas dit : « Si vous m'avez connu vous avez connu aussi mon Père ». Aussitôt, en. effet, après avoir dit : « Personne ne vient au Père, sinon par moi », il ajoute: « Si vous m'avez connu, vous avez connu aussi mon Père »: parce que moi, par qui on vient au Père, je vous conduirai à lui, afin que vous le connaissiez lui-même. Mais parce que je lui suis tout à fait semblable, « bientôt vous le connaîtrez », puisque vous me connaissez: « et vous l'avez vu », si vous m'avez vu des yeux du coeur.
3. Pourquoi me dis-tu donc, Philippe: « Montrez-nous le Père, et il nous suffit ? Depuis si longtemps je suis avec vous, et vous ne m'avez pas connu, Philippe ? Qui me voit, voit aussi le Père ». Si c'est encore beaucoup pour toi de comprendre pareille chose, crois, du moins, ce que tu ne comprends pas. Comment me dis-tu : « Montrez-nous le Père ? » Si tu m'as vu, moi qui lui suis parfaitement semblable, tu as vu Celui auquel je ressemble; et si tu ne peux comprendre encore, « ne crois-tu pas », du moins, « que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? » Ici Philippe aurait pu répondre : Je vous vois, à la vérité, et je vous crois parfaitement semblable au Père ; mais est-il blâmable et mérite-t-il des reproches celui qui de deux personnes semblables aperçoit l'une, et désire aussi voir l'autre ? Je connais l'un des semblables, mais je ne connais encore que l'un sans l'autre; il ne me suffit pas de connaître l'un, si je ne connais pas l'autre. C'est pourquoi a montrez-nous le « Père, et il nous suffit u. Mais le Maître ne reprenait son disciple, que parce qu'il voyait le coeur de son interlocuteur. Philippe désirait connaître le Père, parce qu'il croyait le Père meilleur que le Fils; il ne connaissait donc pas même le Fils, puisqu'il s'imaginait qu'il y avait quelque chose de supérieur à lui. C'est pour redresser ses idées à ce sujet que Jésus lui dit : « Qui me voit, voit aussi le Père. Comment dis-tu : montrez-nous le Père ? » Je vois bien comment tu le dis; tu demandes à voir, non pas une personne qui soit semblable au Fils, mais une personne meilleure que le Fils. « Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? » Pourquoi veux-tu voir de la différence dans deux sujets en tout semblables ? pourquoi veux-tu connaître séparément ceux qui sont inséparables ? Ensuite, s'adressant non plus à Philippe, mais à tous les disciples, Notre-Seigneur leur dit des choses qu'il ne faut pas discuter dans le peu de temps qui nous reste; nous voulons les expliquer avec plus de soin, s'il veut bien nous accorder son secours.

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