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SOIXANTE ET ONZIÈME TRAITÉ.
DEPUIS CES PAROLES DE NOTRE-SEIGNEUR: « LES PAROLES. QUE JE VOUS DIS, JE NE LES DIS PAS DE MOI-MÊME », JUSQU'À CES AUTRES : « SI VOUS DEMANDEZ QUELQUE CHOSE AU PÈRE, EN MON NOM, JE LE FERAI ». (Chap. XIV, 10-14.)
LE FILS ENGENDRÉ DU PÈRE.
Le Fils est égal et semblable au Père, c'est pourquoi ils sont inséparables et l'un dans l'autre. Néanmoins, comme le Fils n'est pas de lui-même, puisqu'il a été engendré par le Père, les paroles qu'il dit et les oeuvres qu'il fait viennent du Père : ceux qui ont la foi font des oeuvres en paroles et en actions aussi grandes et même plus grandes que celles du Fils.
1. Écoutez de toutes vos oreilles et recueillez dans vos esprits, mes très-chers frères, ce que je vais vous dire, mais ce que nous enseigne Celui-là même qui ne s'éloigne pas de nous. Notre-Seigneur dit, comme vous l'avez entendu dans la lecture qu'on vient de vous faire: « Les paroles que je vous adresse, je ne les dis pas de moi-même; mais mon Père qui demeure en moi fait les oeuvres que je fais ». Les paroles sont donc des oeuvres ? Oui, il en est ainsi. Car assurément celui qui, en parlant, édifie le prochain, fait une bonne oeuvre. Mais que veulent dire ces mots : « Je ne parle pas de moi-même ?» Le voici: moi qui parle je ne suis pas de moi-même. Il attribue ce qu'il fait à celui dont il est lui-même, lui qui agit. En effet, Dieu le Père n'est d'aucun autre ; Dieu le Fils est, sans doute, égal au Père, mais il est de Dieu le Père. Le Père est Dieu, mais non pas de Dieu; Lumière, mais non pas de lumière; le Fils, au contraire, est Dieu de Dieu, lumière de lumière.
2. Les hérétiques s'attachent à chacune de ces paroles prononcées par Notre-Seigneur; à la première: « Je ne parle pas de moi-même » ; à la seconde : « Mais le Père qui demeure en moi , fait les oeuvres que « je fais »; ils partent de là pour s'élever contre nous, et quoique peu d'accord ensemble, mais bien par des chemins opposés, ils s'éloignent également de la voie de la vérité. Les Ariens disent, en effet: Voici bien que le Fils est inégal au Père; il ne parle pas de lui-même. Les Sabelliens , autrement dit les Patripassiens, disent au contraire : Voici que Celui qui est le Père est aussi le Fils. Car que signifient ces paroles: « Le Père, qui demeure en moi, fait les oeuvres que je fais ? » Je demeure en moi-même, moi qui fais les oeuvres. Vous dites ainsi des choses opposées l'une à l'autre, non pas comme le faux est opposé au vrai, mais comme deux choses fausses sont opposées entre elles. Dans votre erreur vous avez pris des routes opposées ;au milieu d'elles se trouve le chemin que vous avez abandonné. Vous êtes bien plus éloignés les uns des autres, que vous ne l'êtes de la voie que vous avez quittée. Vous qui êtes de ce côté, vous qui êtes de cet autre, venez à nous, ne cherchez pas à aller d'un côté à l'autre, mais de chaque côté venez à nous, et vous vous rejoindrez tous. Sabelliens, reconnaissez Celui que vous supprimez; Ariens, égalez au Père Celui que vous mettez au-dessous de lui, et vous marcherez avec nous dans le vrai chemin. Il y a, en effet, dans les dires de chacun de vous, de quoi vous redresser les uns les autres. Écoute, Sabellien : il est si vrai que le Fils n'est pas le Père, mais bien une autre personne, que les Ariens le proclament inférieur au Père. Écoute, Arien : il est si vrai que le Fils est égal au Père, que les Sabelliens disent qu'il est le même que le Père. Toi, ajoute Celui que tu supprimes; toi, laisse dans son intégralité Celui que tu diminues, et tous les deux vous serez d'accord avec nous, parce que toi tu -ne supprimes pas; et toi tu ne diminues pas Celui qui est une autre personne que le Père, contrairement à l'opinion du Sabellien, et qui est égal au Père, contrairement à l'erreur de l'Arien. Aux uns et aux autres il crie, en effet « Le Père et moi nous sommes un (Jean, X, 30) ». Quand il dit : « un » , que les Ariens l'entendent ; « quand il dit : « Nous sommes », que les Sabelliens l'écoutent, et qu'ils ne tombent pas dans leur vaine erreur, les uns en niant qu'il soit égal au Père, et les autres en niant qu'il soit une personne distincte. Si ces mots de Notre-Seigneur: « Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même », font penser que le Fils n'est pas égal au Père, comme s'il ne faisait pas ce qu'il veut, écoutez ce qu'il dit ailleurs: « Comme le Père ressuscite « les morts et les vivifie, de même aussi le « Fils vivifie ceux qu'il veut ». Si, encore, parce qu'il a dit : « Le Père, qui demeure en « moi, fait les oeuvres que je fais », on s'imagine que autre n'est pas le Père et autre le Fils, on fera bien d'écouter ce qu'il a dit ailleurs : « Toutes les choses que le Père fait , le Fils aussi les fait également (Id. V, 21, 19)». Par là on verra que le même ne fait pas deux fois une chose, mais qu'il y a deux personnes pour faire une seule et même chose. Mais comme l'un est égal à l'autre, de telle sorte pourtant que l'un vient de l'autre, il ne parle pas de lui-même, parce qu'il n'est pas de lui-même, et le Père, qui demeure en lui, fait les oeuvres lui-même, parce que celui par qui et avec qui il les fait, n'est pas d'un autre que de lui. Enfin, Jésus-Christ ajoute : « Ne croyez-vous « pas que je suis dans le Père et que le Père « est en moi ? Au moins, croyez-le à cause « des oeuvres que je fais ». Tout à l'heure, Philippe seul recevait une réprimande; mais il paraît, par ces mots, qu'il ne;devait pas être seul à se voir réprimandé. « A cause des œuvres que je fais », dit Jésus, « croyez que «je suis dans le Père, et que le Père est en moi ». Car, si nous étions séparés l'un de l'autre, nous ne pourrions en aucune façon agir d'une manière inséparable.
3. Mais que veut dire ce qui suit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera les oeuvres que je fais, et il en fera aussi de plus grandes, parce que je vais à mon Père. Et toutes les choses que vous demanderez à mon Père en mon nom, je les ferai. Afin que le Père soit glorifié dans le Fils, si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai ? » Il a donc promis de faire aussi lui-même ces choses plus grandes. Que le serviteur ne s'élève pas au-dessus du Seigneur, et le disciple au-dessus du maître (Jean, XIII, 16). Il dit qu'ils feront des choses plus grandes que celles qu'il fait lui-même. Mais ce sera lui qui les fera en eux ou par eux, et non pas eux qui les feront comme d'eux-mêmes. C'est à lui que s'adresse le Prophète dans ce passage du psaume : « Je vous aimerai, Seigneur, qui êtes ma force (Ps. XVII, 2) ». Mais enfin, quelles sont donc ces « oeuvres plus grandes ? Fait-il allusion aux guérisons de malades qu'opérera plus tard leur ombre quand ils passeront quelque part (Act. V, 15) ? C'est, en effet, un plus grand miracle de les guérir par son ombre que par l'attouchement de sa robe (Matth. XIV, 36). Notre-Seigneur a fait ce dernier miracle par lui-même, et le premier par ses disciples; et cependant c'est lui qui les a faits tous les deux. Mais, en réalité, quand il parlait ainsi, il voulait parler des oeuvres de ses paroles; il dit, en effet : « Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même; mais le Père qui demeure en moi, fait les oeuvres que je fais ». De quelles oeuvres voulait-il parler, si ce n'est des paroles qu'il proférait ? Ils l'entendaient et ils croyaient en lui, et le fruit de ses paroles, c'était leur foi ; mais quand les Apôtres annoncèrent l'Évangile, ce ne fut pas un petit nombre comme le leur, mais l'univers, la gentilité tout entière qui crut en lui. Voilà, évidemment, quelles plus grandes choses ils devaient opérer. Et cependant Notre-Seigneur ne dit pas : Vous ferez encore de plus grandes choses; car il ne voulait pas que nous crussions que les Apôtres seuls devaient les faire; mais il dit « Celui qui croit en moi fera les oeuvres que a je fais, et il en fera de plus grandes ». Est-ce à dire que quiconque croit en Jésus-Christ fait ce qu'a fait Jésus-Christ, et opère même des choses plus grandes que les prodiges opérés par Jésus-Christ ? Ce n'est pas là un sujet à traiter en passant et avec précipitation; la nécessité de finir ce discours nous oblige à remettre la chose à une autre fois.


SOIXANTE-DOUZIÈME TRAITÉ, SUR LA MÊME LEÇON.
GRANDES OEUVRES DES CROYANTS.
D'après la parole infaillible de Jésus-Christ, celui qui croit, fait des oeuvres aussi grandes et même plus grandes que celles qu'opère le Fils de Dieu, puisque ses fidèles ont converti le monde, fait pratiquer des vertus inouïes, et que ceux qui ont cru en lui se sont changés eux-mêmes, mais avec sa grâce.
1. Que signifie, et en quel sens faut-il entendre ce que dit Notre-Seigneur : « Celui qui croit en moi fera les oeuvres que je fais aussi ? » c'est ce qu'il n'est pas facile de comprendre. Comme si ce passage n'était pas déjà suffisamment obscur par lui-même, le Christ y ajoute d'autres paroles encore plus obscures : « Et il fera de plus grandes choses encore ». Qu'est-ce que cela veut dire ? Nous ne trouvions personne capable de faire les oeuvres que Jésus-Christ faisait, trouverons-nous quelqu'un pour en faire de plus grandes ? Nous avions déjà dit dans le discours précédent que c'était un plus grand miracle de guérir les malades par sa seule ombre, en passant, comme font fait les disciples (Act. V, 15), que de les guérir par l'attouchement de sa robe, comme l'a fait Notre-Seigneur (Matth. XIV, 36); et comme il y eut un plus grand nombre d'hommes pour croire à la prédication des Apôtres que pour croire à celle de Notre-Seigneur lui-même, c'était là, avons-nous dit encore, ce qu'il nous fallait entendre par ces oeuvres plus grandes. Il ne faut pas, néanmoins, s'y tromper : ni le disciple n'est plus grand que le maître, ni le serviteur que le Seigneur, ni le fils adopté que le Fils unique, ni l'homme que Dieu lui-même; mais Jésus daignait faire par eux-mêmes de plus grandes choses; car il leur dit, en un autre endroit : « Sans moi vous ne pouvez rien faire (Jean, XV, 5) ». Effectivement, sans parler de choses qui sont en nombre infini, il a fait ses disciples sans leur intermédiaire: saris eux il a fait le monde, et comme il a daigné se faire homme, il s'est encore fait lui-même sans eux. Pour eux, qu'ont-ils fait sans lui, si ce n'est le péché ? Enfin, ce qui dans ce passage aurait pu nous embarrasser à ce sujet, il le fait bientôt disparaître; car, après avoir dit : « Celui qui croit en moi fera les oeuvres que je fais, et il en fera de plus grandes », il ajoute aussitôt « Parce que moi je vais au Père, et toutes les choses que vous demanderez à mon Père en mon nom, je les ferai ». Il avait dit : « Il fera »; il dit ensuite : « Je ferai ». C'est comme s'il disait : Que cela ne vous paraisse pas impossible. Car celui qui croit en moi ne pourra jamais être plus grand que moi ; mais c'est moi qui ferai alors des oeuvres plus grandes que celles que je fais maintenant; je ferai des oeuvres plus grandes par celui qui croit en moi, que je n'en ai fait sans lui et par moi-même. Cependant, c'est toujours moi qui agis sans lui, comme c'est toujours moi qui agis par lui; mais quand j'agirai sans lui, il ne les fera pas lui-même. Quand j'agirai par lui, il ne les fera point par lui-même, mais il les fera lui-même. Or, faire de plus grandes choses par lui que sans lui, ce n'est point de ma part un abaissement, mais une condescendance. Car, qu'est-ce que les serviteurs du Seigneur peuvent lui rendre pour tout le bien qu'il leur a fait (Ps. CXV, 12) ? Entre tous ses dons, le moindre n'est pas d'avoir daigné leur accorder de faire par eux-mêmes des oeuvres plus grandes que celles qu'il avait faites sans eux. Le jeune riche, qui lui demandait le moyen d'acquérir la vie éternelle, ne s'éloigna-t-il pas tout triste après l'avoir entendu (Matth. XIX, 16-22) ? Il l'entendit et s'éloigna. Et cependant, ce qu'un seul n'a pas fait après avoir entendu le Maître lui-même, une foule d'autres l'ont fait, lorsque ce bon maître leur a parlé par ses disciples : méprisé par le riche qu'il avertit lui-même, il a été aimé de ceux qui, étant riches, ont embrassé la pauvreté à la voix de gens pauvres. Ainsi il a fait de plus grandes choses par la prédication de ceux qui ont cru en lui, qu'il n'en a fait par lui-même sur ceux qui l'entendaient.
2. Mais voici encore une difficulté qui m’embarrasse , c'est qu'il a fait ces plus grandes choses par l'entremise de ses Apôtres, et pourtant il ne faisait pas allusion à eux seuls, et n'a pas dit : Vous ferez les oeuvres que je fais, et vous en ferez même de plus grandes. Mais il parlait de tous ceux qui appartiennent à sa famille, et il voulait qu'on le comprit bien ; c'est pourquoi il dit : « Celui qui croit en moi fera les oeuvres que je fais, et il en fera de plus grandes encore ». Si donc quiconque croit, fera ces oeuvres, il va de soi que celui qui ne les fait pas ne croit pas. Ainsi il dit ailleurs : « Celui qui m'aime garde mes commandements (Jean, XIV, 21) », d'où il suit assurément que celui qui ne les garde pas, ne l'aime pas. De même il dit en un autre endroit : « Celui qui écoute les paroles que je dis et les pratique, je le comparerai à l'homme prudent qui bâtit sa maison sur la pierre (Matth. VII, 24) ». Donc celui qui n'est pas semblable à cet homme prudent, ou bien entend ces paroles sans les pratiquer, ou bien ne les entend pas du tout. « Celui qui croit en moi », dit-il, « quand il serait mort, vivra (Jean, XI, 25) ». Celui donc qui ne vivra pas, ne croit pas : c'est évident, il en est de même pour ces paroles: « Celui qui croit en moi, fera les œuvres » ; assurément celui qui ne les fera pas ne croit pas. Mais qu'est-ce que cela veut dire, mes frères ? Faut-il ne point compter au nombre de ceux qui croient en Jésus-Christ celui qui n'a pas fait des oeuvres plus grandes que celles de Jésus-Christ ? Ce serait dur, absurde, intolérable; pour supporter une pareille doctrine, il faut la comprendre. Écoutons donc l'Apôtre : « L'homme qui croit en celui qui justifie le pécheur, sa foi lui est imputée à justice (Rom. IV, 5) ». Dans cette oeuvre, faisons les oeuvres de Jésus-Christ; car croire en Jésus-Christ, c'est faire l'oeuvre de Jésus-Christ. Cette oeuvre, il l'opère en nous, mais non pas sans nous. Maintenant donc, écoute et comprends : « Celui qui croit en moi fera les oeuvres que je fais moi-même ». Je les fais d'abord, ensuite il les fera lui-même, parce que je fais en sorte qu'il les fasse. Et quelles sont ces oeuvres ? N'est-ce pas de pécheur devenir juste ?
3. « Et il en fera de plus grandes » . De quelles oeuvres est-il ici question, je vous le demande ? Est-ce que celui qui opère son salut avec crainte et tremblement fait des oeuvres plus grandes que toutes celles de Jésus-Christ (Philipp. II, 12)? Cette oeuvre du salut, Jésus-Christ la fait lui-même en lui, mais non sans lui. Or, je n'hésite pas à le dire : c'est là une oeuvre plus grande que la création du ciel et de la terre, et de tout ce que nous voyons dans le ciel et sur la terre. En effet, le ciel et la terre passeront (Matth. XXIV, 35), mais le salut et là justification des prédestinés, c'est-à-dire de ceux que Dieu connaît d'avance, demeureront toujours. Dans le ciel et la terre nous voyons l'oeuvre de Dieu, mais dans les élus nous voyons l'image de Dieu. Dans le ciel se trouvent les Trônes, les Dominations, les Principautés, les Puissances; les Archanges et les Anges, qui sont des oeuvres de Jésus-Christ. Fait-il une oeuvre plus grande que la création de ces esprits, celui qui, avec la coopération de Jésus-Christ, assure son salut éternel et sa justification ? Je n'ose pas vous donner une réponse précipitée. Comprenne et décide qui pourra, s'il est plus grand de créer les justes que de justifier les pécheurs. Ce qu'il y a de certain, c'est que si des deux côtés la puissance est égale, dans ce dernier cas la miséricorde l'emporte. « C'est en effet le grand mystère de piété qui a été manifesté dans la chair, justifié dans l'esprit, qui a apparu aux anges, qui a été prêché parmi les nations, cru dans le monde et élevé dans la gloire (I Tim. III, 16) ! » Mais rien ne nous oblige à croire que Jésus-Christ entend parler de toutes ses oeuvres lorsqu'il dit : « Il en fera de plus grandes que celles-ci » : par « celles-ci », il a peut-être voulu nous faire entendre celles qu'il faisait en ce moment. Or, en ce moment il proférait des paroles de foi, et il avait déjà voulu parler de ces oeuvres, lorsqu'il disait : « Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais le Père qui; demeure en moi, fait les oeuvres que je fais ». Alors ses paroles étaient ses oeuvres, et assurément il est moins grand de prêcher les paroles de justice, chose que Jésus-Christ a faite sans nous, que de justifier les pécheurs, chose qu'il fait en nous, mais concurremment avec nous. Il nous reste à examiner comment il faut entendre ces mots : « Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, je le ferai ». Comme les fidèles demandent à Dieu beaucoup de choses qu'ils n'obtiennent pas, il s'élève à ce sujet une difficulté considérable; mais comme aussi il est temps de terminer ce discours, mieux vaut différer un peu pour traiter et examiner cette question plus à loisir.


SOIXANTE-TREIZIÈME TRAITÉ.
ENCORE SUR LA MÊME LEÇON.
CONDITIONS ET EFFETS DE LA PRIÈRE.
Si l'on a la foi, on obtient tôt ou tard ce qu'on demande, parce qu'on le demande pour une bonne fin et au nom de Jésus-Christ.
1. Le Seigneur promit de grandes choses à ceux des siens qui espèrent en lui, lorsqu'il dit : « Parce que je vais vers le l'ère, tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai ». Il est donc allé vers le Père, de manière cependant à ne pas les laisser dans le besoin, mais à exaucer leurs prières. Mais que veut dire, « tout ce que vous demanderez », puisque nous voyons très-souvent les fidèles demander et ne pas obtenir ? Ne serait-ce point parce qu'ils demandent mal ? C'est en effet le reproche que fait l'apôtre Jacques. a Vous demandez et vous ne recevez pas, « parce que vous demandez mal, ne cherchant qu'à satisfaire vos passions (Jacques, IV, 3) ». C'est par un effet de la miséricorde de Dieu qu'on n'obtient pas, si l'on doit mal user de ce qu'on demande. C'est pourquoi, si nous lui demandons des choses qui nous seraient nuisibles, nous devons bien plutôt craindre de voir un effet de sa colère dans l'obtention de ce qu'il nous refuserait dans sa miséricorde. Ne savons-nous pas que les Israélites obtinrent pour leur malheur ce qu'ils demandaient sous l'influence d'une passion coupable ? ils désirèrent manger de la chair (Nombres, XI, 32). Et pourtant la manne tombait du ciel pour eux, ils étaient dégoûtés de ce qu'ils avaient, et ils demandaient impudemment ce qu'ils n'avaient pas : comme s'il n'eût pas mieux valu peureux demander, non pas que la nourriture qui leur manquait fût accordée à leur désir coupable; mais que, guéris de leur dégoût ils pussent prendre celle qu'ils avaient. En effet, quand le mal nous réjouit et que le bien ne nous plaît pas, nous devons plutôt demander à Dieu qu'il nous donne le goût des choses bonnes que de nous en accorder de mauvaises. Sans doute, il n'est pas mauvais de se nourrir de chair, ainsi que l'Apôtre le dit à cette occasion : « Toute créature de Dieu est bonne, et il ne faut rien rejeter de ce qui se mange avec action de grâces (I Tim. IV, 4). Mais, comme dit le même Apôtre : « Il est mal à un homme de manger avec scandale (Rom. XIV, 20) »; et s'il en est ainsi quand il y a scandale pour l'homme, combien plus en est-il ainsi lorsque Dieu lui-même en est offensé ? Et ce n'était pas, de la part des Israélites, une légère offense à l'égard de Dieu, que de repousser ce que leur donnait la sagesse, et de demander ce que désirait leur appétit déréglé ! Cependant ils ne demandaient pas, mais ils murmuraient au sujet de ce qui leur manquait: par là nous devons apprendre que les créatures de Dieu ne sont pas coupables, mais seulement notre désobéissance et nos désirs déréglés; ce n'est pas à cause de la viande de porc, mais à cause d'un fruit, que le premier homme ai trouvé la mort (Gen. III, 6). Et Esaü a perdu son droit d'aînesse, non pas pour une poule, mais pour des lentilles (Id. XXV, 34).
2. Comment donc faut-il entendre ces mots « Tout ce que vous demanderez, je le ferai », si Dieu refuse aux fidèles, même pour leur bien, les choses qu'ils lui demandent ? Devons-nous Croire que cette parole n'a été adressée qu'aux Apôtres ? Loin de nous cette pensée. Ce qui, en effet, a amené le Christ à prononcer cette parole, c'est qu'il avait dit plus haut : « Celui qui croit en moi, fera les oeuvres que je fais, et il en fera de plus grandes ». Ç'a été le sujet du précédent discours. Pour nous empêcher de nous attribuer ces oeuvres plus grandes, et montrer que c'est encore lui qui les faisait, il ajoute : « Parce que je vais à mon Père, et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai ». Est-ce que les Apôtres sont les seuls qui aient cru en lui ? En disant: « Celui qui croit en moi », il s'adressait à tous ceux au nombre desquels, grâce à lui, nous nous trouvons nous-mêmes, et pourtant, nous ne recevons pas tout ce que nous demandons. Mais, à ne considérer que les bienheureux Apôtres , nous voyons que celui; qui a travaillé plus que tous les autres, ou du moins avec qui la grâce de Dieu a le plus travaillé (I Cor. XV, 10), a trois fois demandé au Seigneur que l'ange de Satan s'éloignât de lui; néanmoins il n'a pas obtenu ce qu'il demandait (II Cor.XII, 8). Que dire, mes très-chers frères ? Penserons-nous que cette promesse ainsi exprimée: « Tout ce que vous demanderez, je le ferai », n'a pas été accomplie même pour les Apôtres ? A l'égard de qui tiendra-t-il donc ses promesses, s'il a ainsi trompé ses Apôtres ?
3. Éveille-toi, ô homme fidèle, et remarque attentivement la condition exigée ici : « En mon nom » ; il n'est pas dit : « Tout ce que vous demanderez », de quelque manière que ce soit; mais il est dit : « en mon nom ». Et Celui qui nous a promis un si grand bienfait, comment s'appelle-t-il ? Il s'appelle Jésus-Christ: Christ signifie roi, Jésus signifie Sauveur. Il est sûr que celui qui nous sauvera, ce n’est pas un roi quelconque, ce sera le roi Sauveur. Par conséquent, tout ce que nous demandons contre le bien de notre salut, nous ne le demandons pas au nom du Sauveur. Et cependant il est toujours Sauveur, non-seulement quand il fait ce que nous demandons, mais même quand il ne le fait pas. Car dès lors qu'il nous voit demander des choses opposées à notre salut, il se montre vraiment notre Sauveur en ne nous les accordant pas. Dans les demandes des malades, le médecin distingue ce qui est favorable à leur santé, et ce qui peut lui être contraire; c'est pourquoi, lorsque l'infirme demande ce qui peut lui faire du mal, le médecin le lui refuse dans l'intérêt de sa santé. Ainsi en est-il pour nous: si nous voulons que Notre-Seigneur fasse tout ce que nous demanderons, ne demandons pas d'une manière quelconque, mais demandons en son nom, c'est-à-dire au nom du Sauveur, ne demandons rien qui soit contraire à notre salut : car s'il le faisait, il n'agirait plus comme Sauveur ; et pourtant, voilà ce qu'il est pour ses fidèles. Car, pour les pécheurs, il est leur juge, tandis que pour les fidèles il est assez bon pour être leur Sauveur. Quand donc on croit en lui, tout ce qu'on demandera en ce nom qu'il porte comme Sauveur de ceux qui croient en lui, il le fera parce qu'il le fait comme Sauveur. Mais si celui qui croit en lui demande par ignorance quelque chose qui soit contraire à son salut, il ne demande pas au nom du Sauveur. Car Jésus ne serait pas son Sauveur, s'il faisait ce qui empêcherait le salut de son serviteur. C'est pourquoi il vaut bien mieux qu'il ne fasse pas la chose pour laquelle on l'invoque, et qu'il fasse celle à cause de laquelle il mérite son nom. Aussi Jésus, qui est non-seulement un Sauveur, mais encore un bon maître, veut pouvoir faire tout ce que nous demanderons, et, pour cela, dans la prière qu'il nous a enseignée, il nous a appris ce que nous devons demander, afin de nous faire comprendre que nous ne demandons pas au nom du maître, quand ce que nous demandons est au-delà de la règle qu'il nous a laissée.
4. Sans doute, il ne fait pas toujours sur l'heure tout ce que nous demandons en son nom, c'est-à-dire en tant qu'il est notre Sauveur et notre maître, mais cependant il le fait. En effet, même quand nous lui demandons que le règne de Dieu arrive, on ne peut pas dire qu'il ne fait pas ce que nous demandons, parce que tout aussitôt nous ne régnons pas avec lui dans l'éternité. Ce que nous demandons est différé, mais n'est pas refusé. Toutefois, quand nous prions, ne nous lassons pas plus que ceux qui sèment : au temps convenable nous moissonnerons (Galat. VI, 9). Et en même temps que nous demandons comme il faut, demandons-lui qu'il ne fasse pas ce que nous ne demandons pas comme il faut; c'est à cela que se rapporte ce que nous lui disons dans l'oraison dominicale : « Ne nous induisez point en tentation (Matth. VI, 9-13) ». Car ce n'est point une petite tentation, que de demander ce qui est contre toi. Mais il ne faut pas manquer de faire attention à ce que Notre-Seigneur ajoute, pour nous empêcher de penser que ce qu'il promet de faire à ceux qui le prieront, il doit le faire sans le Père. Après avoir dit : « Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai », il ajoute aussitôt : « Afin que le Père soit glorifié dans le Fils, si vous demandez quelque chose en mon nom, je le fais ». Ce que fait le Fils, il ne le fait donc pas sans le Père, puisqu'il le fait, afin que le Père soit glorifié en lui. Le Père fait donc ces choses dans le Fils, afin que le Fils soit glorifié dans le Père, et le Fils les fait dans le Père, afin que le Père soit glorifié dans le Fils: car le Père et le Fils sont un.


SOIXANTE-QUATORZIÈME TRAITÉ.
DEPUIS CES PAROLES : « SI NOUS M'AIMEZ GARDEZ MES COMMANDEMENTS », JUSQU'À CES AUTRES « IL DEMEURERA CHEZ VOUS ET IL SERA EN VOUS ». (Chap. XIV, 15-17)
LE DON DE L'ESPRIT-SAINT.
Pour accomplir le moindre devoir, il faut l'assistance du Saint-Esprit; mais pour le posséder parfaitement, d'une manière permanente et intime, pour le bien connaître, il est indispensable d'observer les commandements de Jésus-Christ. Nous recevons donc le Saint-Esprit dans une mesure proportionnée à notre fidélité à ses ordres.
1. Nous l'avons entendu, mes frères, dans cette leçon de l'Évangile. Notre-Seigneur nous a dit : « Si vous m'aimez, gardez mes commandements, et je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur, pour qu'il a demeure éternellement avec vous, l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit point et ne le connaît point. Mais vous le connaîtrez, parce qu'il demeurera avec vous et qu'il sera en vous ». Il y a beaucoup de questions à faire sur ce peu de paroles de Notre-Seigneur; mais c'est pour nous une grande entreprise de chercher à découvrir tout ce qui s'y trouve renfermé, et encore plus de trouver tout ce que nous y chercherons. Cependant, autant que le Seigneur voudra bien nous en faire la grâce, selon notre capacité et aussi selon la vôtre, nous serons attentifs, nous à ce que nous devons dire, et vous à ce que vous devez entendre. Recevez donc par nous, très-chers frères, ce que nous pouvons vous donner; et ce qu'il nous est impossible de vous expliquer, demandez-le au Seigneur. Jésus-Christ promet à ses Apôtres l'Esprit consolateur; mais voyons de quelle manière il le leur promet : « Si vous m'aimez », leur dit-il, « gardez mes commandements, et je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur, l'Esprit de vérité, afin qu'il demeure éternellement avec vous ». Cet Esprit est évidemment le Saint-Esprit de la Trinité, que la foi catholique reconnaît comme étant consubstantiel et coéternel au Père et au Fils. C'est de lui que l'Apôtre nous dit . « L'amour de Dieu a été « répandu dans nos coeurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné (Rom. V, 5) ». Comment donc Notre-Seigneur dit-il : « Si vous m'aimez, gardez. mes commandements, et moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur » ; puisque cet Esprit-Saint dont il parle est celui-là même sans lequel nous ne pouvons ni aimer Dieu, ni garder ses commandements ? Comment aimerons-nous pour recevoir Celui sans lequel nous ne pouvons rien aimer ? Ou bien, comment garderons-nous les commandements, pour recevoir celui sans lequel nous ne pouvons les garder ? Ou bien, y aurait-il préalablement en nous un amour qui nous ferait aimer Jésus-Christ, de telle sorte qu'en aimant Jésus-Christ et en observant ses commandements, nous mériterions de recevoir le Saint-Esprit, et que l'amour, non pas de Jésus-Christ, puisque cet amour nous l'aurions d'avance, mais l'amour de Dieu le Père serait répandu dans nos coeurs par l'EspritSaint, qui nous a été donné ? Cette pensée est mauvaise, car celui qui croit aimer le Fils, et n'aime pas le Père, celui-là n'aime pas même le Fils ; il n'aime que le fantôme qu'il s'est forgé à lui-même. D'ailleurs, c'est une parole expresse de l'Apôtre que « personne ne « peut dire : Seigneur Jésus, si ce n'est par le Saint-Esprit (I Cor. XII, 3) ». Et qui peut dire: Seigneur Jésus, de la manière que l'entendait l'Apôtre, sinon celui qui l'aime ? Plusieurs, en effet, le disent de bouche, mais le nient dans leur coeur et par leurs actes. C'est de ceux-là qu'il a dit : « Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le nient par leurs oeuvres (Tit. I, 16) ». Si c'est par les oeuvres qu'on le renonce, assurément c'est aussi par les oeuvres qu'il faut le confesser. « Personne donc ne dit : Seigneur Jésus » d'esprit, de parole, de fait, de coeur, de bouche et d'action, personne ne dit : Seigneur Jésus, sinon par le Saint-Esprit » ; et personne ne le dit ainsi, à moins de l'aimer. Les Apôtres disaient déjà de la sorte : « Seigneur Jésus », et ils le disaient ainsi sans fiction aucune; s'ils le confessaient de bouche sans le nier dans leur coeur et par leurs actes; s'ils le disaient en toute vérité, c'est qu'évidemment ils l'aimaient. Mais comment pouvaient-ils l'aimer, sinon par l'Esprit-Saint ? Pourtant ils doivent d'abord aimer Jésus et garder ses commandements, afin de recevoir le Saint-Esprit, sans lequel ils ne peuvent ni aimer ni garder les commandements.
2. Il faut donc reconnaître que celui qui aime a déjà l'Esprit-Saint, et que l'ayant, il mérite de l'avoir encore à un degré plus éminent et qu'ainsi son amour augmente. Les disciples avaient donc déjà l'Esprit-Saint que le Seigneur leur promettait, et sans lequel ils n'auraient pu l'appeler Seigneur. Mais cependant ils ne l'avaient point encore, dans le sens que le Seigneur le leur promettait. Il est donc vrai de dire qu'ils l'avaient et qu'ils ne l'avaient pas, puisqu'ils ne l'avaient pas encore au degré où ils devaient l'avoir : ils l'avaient bien un peu, mais ils devaient l'avoir davantage. Ils l'avaient d'une manière cachée, ils devaient le recevoir ouvertement. Et ce qui était de nature à augmenter la grandeur du don qui leur était promis, c'est qu'ils devaient savoir pertinemment qu'ils possédaient le Saint-Esprit. C'est de ce don que parle l'Apôtre, lorsqu'il dit: « Pour nous, nous avons reçu, non pas l'esprit de ce monde, mais l'Esprit qui est de Dieu, afin que nous connaissions les dons que Dieu nous a faits (I Cor. 11, 12) ». Car ce n'est pas une seule fois, mais deux fois, que Notre-Seigneur répandit l'Esprit-Saint sur ses Apôtres d'une manière visible. En effet, peu après sa résurrection, il leur dit en soufflant sur eux : « Recevez l'Esprit-Saint (Jean, XX, 22)». Parce qu'il le leur donna en ce moment, est-ce qu'il ne leur envoya point plus tard celui qu'il leur avait promis ? Ou bien, n'était-ce pas le même qu'il répandit sur eux par son souffle et qu'ensuite il leur envoya du haut du ciel (Act. II, 4)? C'est donc une nouvelle question de savoir pourquoi cette donation visible du Saint-Esprit a été renouvelée deux fois : ce fut peut-être à cause du double précepte de l'amour de Dieu et du prochain ; comme il voulait nous montrer que ce double amour est l'effet du Saint-Esprit, l'infusion de cet Esprit a été renouvelée deux fois d'une manière apparente. Il peut y avoir de ce fait d'autres raisons, mais nous ne sommes pas au moment de chercher à les connaître; car nous prolongerions ce discours outre mesure. Tenons seulement pour constant que sans l'Esprit-Saint nous ne pouvons ni aimer Jésus-Christ, ni garder ses commandements, et que nous ferons ces deux choses plus ou moins parfaitement, selon que nous aurons reçu ce même Esprit avec plus ou moins d'abondance. C'est pourquoi ce n'est pas inutilement que l'Esprit-Saint est promis, non-seulement à celui qui ne l'a pas, mais même à celui qui le possède déjà: par là, celui qui ne l'a pas encore commencera à l'avoir, et celui qui l'a déjà, le possédera en de plus larges proportions. En effet, si l'Esprit-Saint ne pouvait s'obtenir à un degré moindre par les uns, et à un degré plus élevé par les autres, le saint prophète Elysée n'aurait pas dit au saint prophète Elie : « Que l'esprit qui est en vous soit doublé en moi (IV Rois, 11, 9)».
3. En prononçant ces mots : a Dieu ne donne « pas son Esprit par mesure (Jean, III, 34) », Jean-Baptiste parlait du Fils même de Dieu, car l'Esprit-Saint ne lui a pas été donné par mesure, puisque la divinité habite en lui dans toute sa plénitude (Coloss. II, 9). En effet, le médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ homme (I Tim. II, 5), n'a jamais été privé de la grâce du Saint-Esprit ; lui-même l'a déclaré; c'est en lui que s'est accomplie cette prophétie : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, c'est pourquoi il m'a rempli de son onction; il m'a envoyé évangéliser les pauvres (Luc, IV, 18-21) ». Qu'il soit le Fils unique de Dieu, égal au Père, c'est sa nature et non pas un effet de la grâce; mais qu'il se soit uni un homme pour ne faire avec lui qu'une seule personne qui est celle du Fils unique de Dieu, ce n'est plus sa nature, mais un don de la grâce ; l'Évangile nous en avertit en ces termes : « Cependant l'enfant croissait et se fortifiait, il était rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était en lui (Id. II, 40) ». Pour les autres hommes, le don de l'Esprit-Saint leur est accordé et augmenté par mesure jusqu'à ce que se comble pour chacun la mesure de la perfection qui lui est propre. C'est pourquoi l'Apôtre nous avertit « de ne pas être plus sages « qu'il ne faut, mais d'être sages avec sobriété selon la mesure de la foi que Dieu a répartie à chacun (Rom. XII, 3) ». Ce n'est pas que l'Esprit-Saint soit partagé; mais il partage ses dons. Il y a diversité de dons spirituels; mais il n'y a qu'un même Esprit (I Cor. XII, 4).
4 Mais quand Jésus dit: « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet », il montre qu'il est lui-même tin Paraclet. Paraclet est un mot qui, en latin, signifie avocat; or, il est dit de Jésus-Christ : « Nous avons pour avocat auprès du Père Jésus-Christ le juste (I Jean, II, 1) Ainsi, quand Jésus-Christ a dit que le monde ne pouvait pas recevoir le Saint-Esprit, il a parlé dans le même sens que l'Apôtre en ce passage : « La prudence de la chair est ennemie de Dieu; car elle n'est pas soumise à la loi et ne peut l'être (Rom. VIII, 7) ». C'est comme si nous disions : L'injustice ne peut être juste. Par le monde, en cet endroit, Jésus entend ceux qui aiment le monde d'un amour qui ne vient pas du Père (I Jean, II, 16). C'est pourquoi à l'amour de ce monde, que nous avons tant de peine à diminuer et à détruire en nous, est opposé l'amour de Dieu qui est répandu dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné. « Le monde ne peut donc recevoir cet Esprit, parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît point ». Car l'amour du monde n'est pas doué de ces yeux invisibles par lesquels on voit le Saint-Esprit, parce qu'il ne peut être vu que d'une manière toute spirituelle.
5. « Mais vous », dit Notre-Seigneur, « vous le connaîtrez, parce qu'il restera avec vous et qu'il sera en vous ». Il sera en eux pour y demeurer; il n'y demeurera pas pour y être; car il faut être en un lieu avant d'y demeurer. Mais afin que les disciples n'entendent pas ces paroles : « Il demeurera avec vous », en ce sens qu'il demeurerait visiblement auprès d'eux, à la façon dont un étranger demeure chez son hôte, il explique ces mêmes paroles en ajoutant: « Il sera en vous ». Il se voit donc d'une manière invisible; s'il n'est pas en, noua, nous ne pouvons le connaître; car ainsi voyons-nous en nous, mêmes notre propre conscience. Nous voyons le visage d'un autre, nous ne voyons pas le nôtre; nous voyons notre conscience, et nous ne voyons pas celle d'autrui. Mais notre conscience ne peut être ailleurs qu'en nous, tandis que l'Esprit-Saint peut très-bien être sans nous; c'est pourquoi il nous est donné, afin d'être aussi en nous. Mais nous ne pouvons le voir et le connaître comme il veut être vu et connu, que s'il est en nous.

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