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Homélie 29
Prononcée devant le peuple
dans la basilique du bienheureux Pierre, apôtre,
le jour de l’Ascension
24 mai 591

L’Ascension
L’Homélie du jour de l’Ascension tire son originalité du fait qu’elle constitue une petite anthologie biblique sur le mystère célébré : saint Grégoire y a rassemblé, en un discours pastoral très accessible, les textes que l’Écriture et la liturgie proposent en ce jour à notre piété.
I- (1-8) Le pape commente d’abord l’évangile. Il remarque que le retard qu’ont mis les disciples à accepter la Résurrection donne plus d’assurance à notre foi. Jésus leur montre la vérité de son corps en mangeant avec eux, avant de monter au ciel. L’orateur explique en quel sens c’est « à toute créature » que les disciples sont envoyés prêcher l’Évangile. Il donne à cette occasion un bel aperçu de la notion antique de l’homme, considéré comme un microcosme de toute la création. Il expose ensuite de quelle façon il faut entendre que ceux qui croiront seront sauvés, pourquoi les miracles promis aux croyants étaient réservés aux débuts de l’Église, et comment ils continuent sur un plan spirituel, qui n’en a que plus de valeur. Grégoire résout enfin l’apparente contradiction entre le texte de saint Marc, qui présente Jésus assis au Ciel, et le témoignage de saint Étienne, qui le voit debout à la droite du Père.
II- (9-11) Méditant le mystère de l’Ascension, le pape y voit avant tout un mystère de joie : joie de l’élévation de notre nature humaine, de l’effacement du décret qui nous condamnait à la mort, et de notre délivrance de la captivité.
L’Homélie s’achève par un vibrant appel à jeter dans le Ciel l’ancre de notre espérance : Dieu ne décevra pas le désir que lui-même nous inspire.
Mc 16, 14-20
En ce temps-là, Jésus apparut aux Onze pendant qu’ils étaient à table ; et il leur reprocha leur incrédulité et leur dureté de cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité. Et il leur dit : « Allez dans le monde entier ; prêchez l’Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné. Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons, ils parleront de nouvelles langues, ils prendront en main des serpents, et s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera aucun mal. Ils imposeront les mains sur les malades, et ceux-ci seront guéris. »
Après leur avoir ainsi parlé, le Seigneur Jésus s’éleva au ciel ; et il siège à la droite de Dieu. Pour eux, ils s’en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur travaillant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient.
Le retard qu’ont mis les disciples à croire en la Résurrection du Seigneur n’a pas tant été de leur part une infirmité que pour nous, si j’ose dire, le gage de notre future fermeté. En effet, à cause de leur doute, cette Résurrection a été démontrée par des preuves nombreuses ; et découvrant ces preuves à la lecture, c’est par les doutes mêmes des disciples que nous sommes affermis. Marie-Madeleine, qui a cru plus vite, m’a été moins utile que Thomas, qui a douté longtemps. Car lui, dans son doute, a touché les cicatrices des plaies, ôtant ainsi de notre cœur la plaie du doute.
Pour mieux nous persuader que le Seigneur est vraiment ressuscité, il nous faut noter ce que Luc rapporte : « Comme il était à table avec eux, il leur recommanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem. » (Ac 1, 4). Et un peu après : « Tandis qu’ils le regardaient, il fut élevé, et une nuée le déroba à leurs yeux. » (Ac 1, 9). Observez ces paroles, remarquez bien le mystère : « Comme il était à table avec eux… il fut élevé. » Il mange et il monte : il se nourrit pour faire connaître qu’il a une chair véritable.
Quant à Marc, il rappelle qu’avant de monter au ciel, le Seigneur a repris ses disciples pour leur dureté de cœur et leur incrédulité. Nous devons considérer ici que si le Seigneur a choisi, pour réprimander ses disciples, le moment où il les quittait corporellement, c’est afin de graver plus profondément dans le cœur de ses auditeurs les paroles qu’il prononçait en partant.
Écoutons ce qu’il demande aux disciples après leur avoir reproché leur dureté : « Allez dans le monde entier ; prêchez l’Évangile à toute créature. »
2. Fallait-il donc, mes frères, prêcher le Saint Évangile à des objets inanimés, ou à des animaux sans raison, pour que le Seigneur dise ainsi à ses disciples : « Prêchez à toute créature. » Non, bien sûr ! C’est l’homme qu’on désigne par l’expression « toute créature ». Car si les pierres existent, elles ne vivent pourtant pas, et elles n’ont pas de sensations. Si les herbes et les arbres existent, s’ils vivent même, ils n’ont cependant pas de sensations ; ils vivent, dis-je, non par un souffle animal, mais par une force végétale, puisque Paul affirme : « Insensé ! Ce que tu sèmes ne reprend pas vie s’il ne meurt auparavant. » (1 Co 15, 36). Ce qui meurt pour reprendre vie, vit donc. Ainsi, les pierres existent, mais elles ne vivent pas. Les arbres existent, ils vivent, mais ils n’ont pas de sensations ; les animaux sans raison existent, ils vivent, ils ont des sensations, mais ils ne peuvent juger. Les anges, eux, existent, ils vivent, ils ont des sensations et ils peuvent juger. Or l’homme possède en lui quelque chose de chacune de ces créatures : être lui est commun avec les pierres, vivre avec les arbres, avoir des sensations avec les animaux, comprendre avec les anges. Si donc l’homme a quelque chose de commun avec toute créature, il est en quelque manière toute créature. Par conséquent, prêcher l’Évangile au seul homme, c’est le prêcher à toute créature, puisque c’est l’enseigner à celui pour qui tout sur terre a été créé, et à qui rien de ce qui existe n’est étranger, du fait qu’il présente quelque similitude avec tout le reste.
L’expression « toute créature » peut aussi désigner toutes les nations païennes. En effet, si le Seigneur avait commencé par dire : « N’allez pas vers les païens » (Mt 10, 5), il ordonne maintenant : « Prêchez à toute créature. » La prédication des apôtres, que les Juifs avaient d’abord repoussée, nous est ainsi venue en aide, dès lors que ces orgueilleux, en la rejetant, ont témoigné de leur damnation. Et quand le Christ, qui est la Vérité, envoie les disciples prêcher, il ne fait rien d’autre que d’y répandre la semence dans le monde. Il n’envoie que quelques graines en semences, pour recueillir en retour les fruits de moissons abondantes issus de notre foi. Car une si grande moisson de fidèles n’aurait pu lever sur le monde entier, si la main du Seigneur n’avait fait venir, sur la terre des intelligences, ces graines de choix que sèment les prédicateurs.
3. Le texte poursuit : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné. » Peut-être chacun se dit-il en lui-même : « Moi, maintenant, j’ai cru, et donc je serai sauvé. » Il dit vrai, si sa foi inclut les œuvres. Car une foi véritable exige qu’on ne contredise pas dans sa conduite ce qu’on affirme par ses paroles. C’est pourquoi Paul déclare à propos de certains faux fidèles : « Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le renient par leurs actes. » (Tt 1, 16). Et Jean : « Celui qui dit connaître Dieu, mais ne garde pas ses commandements, est un menteur. » (1 Jn 2, 4). Puisqu’il en est ainsi, c’est en examinant notre vie que nous devons vérifier la vérité de notre foi. En effet, nous ne sommes vraiment croyants que si nous accomplissons en nos œuvres ce que nous promettons en nos paroles. Le jour de notre baptême, nous avons promis de renoncer à toutes les œuvres et à toutes les séductions de l’antique ennemi. Que chacun d’entre vous se considère donc lui-même avec les yeux de l’esprit : si après le baptême, il garde ce qu’il avait promis avant le baptême, qu’il soit certain d’être un [vrai] croyant, et qu’il se réjouisse. Mais s’il est tombé en commettant de mauvaises actions ou en désirant les séductions de ce monde, il n’a pas gardé ce qu’il avait promis. Voyons s’il sait pleurer maintenant ses égarements. Car devant le Juge miséricordieux, celui qui revient à la vérité ne passe pas pour un menteur, même après avoir menti : le Dieu tout-puissant, en recevant volontiers notre pénitence, couvre lui-même nos égarements par sa sentence.
4.  Le texte poursuit : « Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons, ils parleront de nouvelles langues, ils prendront en main des serpents, et s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera aucun mal. Ils imposeront les mains sur les malades, et ceux-ci seront guéris. » Cela, mes frères, vous ne le faites pas ; est-ce à dire que vous ne croyez pas ? Non, bien sûr ! Ces signes ont été nécessaires au début de l’Église. La foi, pour croître, devait alors en être nourrie. Nous aussi, quand nous plantons des arbres, nous leur versons de l’eau jusqu’à ce que nous ayons constaté qu’ils ont repris ; mais une fois leurs racines fixées en terre, nous cessons de les arroser. D’où le mot de Paul : « Les langues sont un signe, non pour les croyants, mais pour les incroyants. » (1 Co 14, 22)
À propos de ces signes et de ces manifestations, il nous reste quelque chose à considérer de plus près : c’est que la sainte Église opère spirituellement chaque jour ce qu’elle opérait corporellement par les apôtres en leur temps. En effet, que font les prêtres de l’Église quand ils exorcisent les fidèles en leur imposant les mains, et qu’ils interdisent aux esprits malins d’habiter dans leur âme ? Que font-ils, sinon chasser les démons ? Et que font les fidèles lorsque délaissant les paroles mondaines de leur vie passée, ils proclament les saints mystères et chantent tant qu’ils peuvent les louanges et la puissance de leur Créateur ? Que font-ils, sinon parler de nouvelles langues ? Et ne prennent-ils pas en main des serpents quand ils enlèvent le mal du cœur des autres en les exhortant au bien ? Et lorsqu’ils entendent des conseils empoisonnés sans se laisser pourtant entraîner à de mauvaises actions, n’est-ce pas là boire un breuvage mortel, mais sans qu’il leur fasse de mal ? Et que font les hommes qui, dès qu’ils voient leur prochain faiblir dans l’accomplissement des bonnes actions, volent à son secours de toutes leurs forces, et raffermissent par l’exemple de leurs œuvres la vie de ceux dont le comportement devenait chancelant ? Que font-ils, sinon imposer les mains sur les malades pour qu’ils soient guéris ?
Ces miracles sont d’ailleurs d’autant plus grands qu’ils sont spirituels, d’autant plus grands que ce ne sont pas des corps, mais des âmes qu’ils régénèrent. Et ces signes-là, frères très chers, vous-mêmes, en vous plaçant sous la gouverne de Dieu, vous pouvez les accomplir si vous le voulez. Les signes extérieurs ne peuvent obtenir la vie à ceux qui les opèrent. Car si ces miracles corporels manifestent parfois la sainteté, ils ne la font pas exister. Au contraire, les miracles spirituels, qui se réalisent dans l’âme, ne manifestent pas au-dehors la vertu de notre vie, mais ils font exister cette vertu. Si même des gens mauvais sont capables des premiers, seuls les bons peuvent jouir du fruit des seconds. D’où ce mot de la Vérité à propos de certains hommes : « Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en votre nom que nous avons prophétisé, en votre nom que nous avons chassé les démons, et en votre nom que nous avons fait beaucoup de miracles ? Alors je leur affirmerai avec assurance : Je ne vous connais pas ; éloignez-vous de moi, artisans d’iniquité. » (Mt 7, 22-23). N’aimez donc pas, frères très chers, ces signes que les réprouvés peuvent eux aussi réaliser. Mais aimez ceux dont nous venons de parler, les miracles de charité et de piété, qui sont d’autant plus sûrs qu’ils sont cachés, et d’autant mieux récompensés du Seigneur qu’ils sont moins glorifiés des hommes.
5. Le texte poursuit : « Après leur avoir ainsi parlé, le Seigneur Jésus s’éleva au ciel ; et il siège à la droite de Dieu. » Nous savons par l’Ancien Testament qu’Élie a été ravi au ciel (cf. 2 R 2, 11). Mais outre le ciel aérien, il y a le ciel éthéré [01]. Le ciel aérien est proche de la terre : ainsi, nous parlons des oiseaux du ciel, parce que nous les voyons voler dans les airs. Or c’est dans ce ciel aérien qu’Élie a été élevé pour être conduit soudainement dans une région secrète de la terre, où il vit dans un grand repos de la chair et de l’esprit jusqu’à ce qu’il revienne à la fin du monde et acquitte sa dette envers la mort. S’il a en effet remis sa mort à plus tard, il n’y a pas échappé. Notre Rédempteur, au contraire, n’ayant pas remis sa mort à plus tard, en a été vainqueur ; il a détruit la mort en ressuscitant, et manifesté la gloire de sa Résurrection en montant au ciel. Il faut encore noter qu’Élie, d’après ce que nous lisons, est monté au ciel dans un char : cela montrait bien que n’étant qu’un homme [02], il avait besoin d’une aide extérieure. Ces secours et les signes qui nous les révèlent sont le fait des anges : Élie, appesanti qu’il était par la faiblesse de sa nature, ne pouvait monter par lui-même au ciel, fût-ce le ciel aérien. Quant à notre Rédempteur, on ne lit pas qu’il fut élevé par un char ou par les anges : celui qui avait tout créé n’avait besoin que de sa propre puissance pour se voir porté au-dessus de tout. Il s’en retournait là où il était déjà ; il s’en revenait de là où il demeurait, puisque lors même qu’il montait au ciel par son humanité, il contenait à la fois la terre et le ciel par sa divinité.
6. De même que Joseph, vendu par ses frères, a figuré la vente de notre Rédempteur, Enoch, transporté (cf. Gn 5, 24), et Élie, élevé au ciel aérien, ont symbolisé l’Ascension du Seigneur. Ainsi, le Seigneur eut des précurseurs et des témoins de son Ascension, l’un avant la Loi, l’autre sous la Loi, pour que vînt un jour celui qui serait capable de pénétrer vraiment dans les cieux. D’où l’ordre qui existe entre l’élévation du premier et celle du second, lesquelles se distinguent par une certaine gradation. Car on nous rapporte qu’Enoch fut transporté, et Élie élevé au ciel, pour que vînt ensuite celui qui, sans être ni transporté ni élevé, pénétrerait dans le ciel éthéré par sa propre puissance. Par le transfert de ces deux serviteurs qui symbolisaient son Ascension, puis en montant lui-même au ciel, le Seigneur a voulu aussi manifester qu’il allait nous accorder, à nous qui croyons en lui, la pureté de la chair, et faire croître par son aide la vertu de chasteté à mesure que les temps se développeraient. Enoch eut en effet une épouse et des fils. Par contre, on ne lit nulle part qu’Élie ait eu une épouse et des fils. Mesurez donc par quels degrés la sainte pureté s’est accrue, d’après ce que ces serviteurs transportés et le Seigneur en personne dans son Ascension nous font voir clairement : Enoch, qui fut engendré par une union charnelle, et qui engendra de la même manière, fut transporté ; Élie, qui fut engendré par une union charnelle, mais qui n’engendra pas lui-même de cette façon, fut enlevé ; quant au Seigneur, qui n’engendra pas ni ne fut engendré par une union charnelle, il s’éleva au ciel [par sa propre puissance].
7. Il nous faut aussi considérer pourquoi Marc affirme : « Il siège à la droite de Dieu », alors qu’Étienne dit : « Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » (Ac 7, 56). Pourquoi Étienne assure-t-il le voir debout, alors que Marc le voit assis ? Mais vous le savez, mes frères : siéger convient à celui qui juge, se tenir debout, à celui qui combat ou qui vient au secours. Puisque notre Rédempteur, élevé au ciel, juge dès à présent toutes choses, et qu’à la fin des temps il viendra en Juge universel, Marc nous le représente siégeant après son élévation, puisqu’au terme, après avoir été glorifié en son Ascension, il apparaîtra en Juge. Étienne, lui, en proie aux souffrances du combat, vit debout celui qui le soutenait : pour qu’il pût triompher de l’incroyance de ses persécuteurs sur la terre, Dieu combattit pour lui du haut du Ciel en le secondant de sa grâce.
8. Le texte poursuit : « Pour eux, ils s’en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur travaillant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient. » Que devons-nous considérer en cela, que devons-nous en confier à notre mémoire, sinon que l’ordre du Seigneur fut suivi d’obéissance, et l’obéissance de miracles ?
Mais puisque Dieu nous a guidé pour parcourir avec vous ce passage d’Évangile en l’expliquant brièvement, il ne nous reste plus qu’à vous faire part de quelques considérations sur la grande solennité [d’aujourd’hui].
9. Il faut d’abord nous demander pourquoi nous ne lisons pas [dans l’Évangile] que les anges apparus après la naissance du Seigneur se fussent montrés vêtus de blanc, alors que nous le lisons de ceux envoyés lors de son Ascension, comme le dit l’Écriture : « Tandis qu’ils le regardaient, il fut élevé, et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils avaient leurs regards fixés vers le ciel pendant qu’il s’éloignait, voici que deux hommes parurent auprès d’eux, vêtus de blanc. » (Ac 1, 9-10). Les vêtements blancs manifestent au-dehors la joie et la fête de l’esprit. Pourquoi donc les anges n’apparurent-ils pas vêtus de blanc après la naissance du Seigneur, mais vêtus de blanc lors de son Ascension, sinon parce que l’entrée au Ciel du Dieu fait homme a constitué pour les anges une grande fête ? Si par la naissance du Seigneur, la divinité semblait abaissée, par son Ascension, l’humanité a été glorifiée. Or des vêtements blancs conviennent mieux à une glorification qu’à un abaissement. Les anges devaient donc se montrer vêtus de blanc au moment où le Seigneur montait [au ciel], puisque celui qui dans sa naissance était apparu comme un Dieu abaissé se manifestait dans son Ascension comme un homme glorieusement élevé.
10. Mais en cette solennité, frères très chers, il nous faut considérer avant tout que le décret qui nous condamnait a été aujourd’hui abrogé, et abolie la sentence qui nous vouait à la corruption. Car cette même nature à qui il avait été dit : « Tu es terre, et dans la terre tu iras » (Gn 3, 19), est aujourd’hui montée au ciel. C’est en vue de cette élévation de notre chair que le bienheureux Job, parlant du Seigneur d’une manière figurée, le nomme un oiseau. Considérant que le peuple juif ne comprendrait pas le mystère de l’Ascension, Job déclare à propos du manque de foi de ce peuple : « Il n’a pas reconnu la route de l’oiseau. » (Jb 28, 7). C’est à juste titre que le Seigneur a été appelé « oiseau », puisque son corps de chair s’est élancé vers l’éther. Celui qui n’a pas cru à l’Ascension du Seigneur au ciel n’a pas reconnu la route de cet oiseau.
C’est de la fête d’aujourd’hui que le psalmiste affirme : « Ta magnificence s’est élevée au-dessus des cieux. » (Ps 8, 2). Et encore : « Dieu est monté au milieu d’une grande joie, le Seigneur au son de la trompette. » (Ps 47, 6). Et enfin : « Montant sur les hauteurs, il a emmené en captivité notre nature captive ; il a offert des dons aux hommes. » (Ps 68, 19). Oui, montant sur les hauteurs, il a emmené en captivité notre nature captive, puisqu’il a détruit notre corruption par la puissance de son incorruptibilité. Il a également offert des dons aux hommes : ayant envoyé du Ciel l’Esprit, il a accordé à l’un une parole de sagesse, à un autre une parole de science, à un autre le pouvoir d’opérer des miracles, à un autre le don des guérisons, à un autre la diversité des langues, à un autre l’interprétation de la parole (cf. 1 Co 12, 8-10). Il a donc bien offert des dons aux hommes.
C’est aussi de cette glorieuse Ascension que [le prophète] Habacuc a dit : « Le soleil s’est élevé, et la lune s’est maintenue à sa place. » (Ha 3, 11, d’après les Septante). En effet, que désigne le prophète par le terme de soleil, sinon le Seigneur, et par le terme de lune, sinon l’Église ? Tant que le Seigneur ne s’était pas encore élevé dans les cieux, sa sainte Église était paralysée par la crainte des oppositions du monde, tandis qu’après avoir été fortifiée par son Ascension, elle s’est mise à prêcher ouvertement ce qu’elle avait cru en secret. Le soleil s’est donc élevé, et la lune s’est maintenue à sa place, puisque le Seigneur ayant atteint le Ciel, l’autorité de la prédication de sa sainte Église s’en est accrue d’autant.
Au sujet encore de l’Ascension, Salomon prête à cette Église la parole suivante : « Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes et franchissant les collines. » (Ct 2, 8). Considérant les points saillants des grandes œuvres du Seigneur, l’Église dit : « Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes. » Car le Seigneur, en venant pour nous racheter, a exécuté, si je puis dire, des bonds. Voulez-vous les connaître, ces bonds, frères très chers ? Du Ciel il est venu dans le sein [de la Vierge], du sein [de la Vierge] dans la crèche, de la crèche sur la croix, de la croix au sépulcre, et du sépulcre il est retourné au Ciel. Voilà les bonds que la Vérité manifestée dans la chair a accomplis en notre faveur, pour nous faire courir à sa suite, car « le Seigneur s’est élancé joyeux comme un géant pour parcourir sa voie » (Ps 19, 6), afin que nous puissions lui dire de tout notre cœur : « Entraîne-nous après toi, et nous courrons à l’odeur de tes parfums. » (Ct 1, 4)
11. Il nous faut donc, frères très chers, suivre le Seigneur par le cœur là où nous croyons qu’il est monté par le corps. Fuyons les désirs terrestres, et que rien parmi les choses d’ici-bas ne puisse désormais nous séduire, nous qui avons un Père dans les cieux. Considérons bien que celui qui s’est élevé au ciel tout pacifique sera terrible lors de son retour, et que tout ce qu’il nous a commandé avec douceur, il l’exigera alors avec rigueur. Faisons donc tous grand cas du temps qui nous est accordé pour faire pénitence ; prenons soin de notre âme tant que c’est possible. Car notre Rédempteur reviendra nous juger d’autant plus sévèrement qu’il se sera montré plus patient avant le jugement.
Souciez-vous donc de ces choses, mes frères, et ressassez-les en toute sincérité. Bien que votre âme soit encore ballottée par le remous des affaires, jetez pourtant dès maintenant l’ancre de votre espérance dans la patrie éternelle [03] ; affermissez l’orientation de votre esprit dans la vraie lumière. Le Seigneur est monté au ciel, ainsi que nous venons de l’entendre ; méditons donc sans cesse ce que nous croyons. Et si nous sommes encore retenus ici-bas par l’infirmité de notre corps, suivons cependant notre Dieu à pas d’amour. Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui nous a donné un tel désir, ne le laissera pas sans réponse, lui qui, étant Dieu, vit et règne avec Dieu le Père dans l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
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[01] Le ciel aérien, qui entoure la terre (l’atmosphère), est lui-même enveloppé par le ciel éthéré (l’éther). Selon saint Basile (IVe siècle), le ciel éthéré est un lieu créé bien avant le monde visible, et donc entièrement distinct du ciel aérien que nous voyons (cf. Hom. 1 in Hexæmeron, n. 5, PG 29, 13).
[02] Homo purus : un homme qui n’est qu’homme, qui n’est pas à la fois homme et Dieu comme le Christ.
[03] « Nous la gardons comme une ancre de l’âme, sûre et ferme, cette espérance qui pénètre jusqu’au-delà du voile, dans le sanctuaire où Jésus est entré pour nous comme un précurseur. » (He 6, 19-20)


Homélie 30
Prononcée devant le peuple
dans la basilique du bienheureux Pierre, apôtre,
le jour de la Pentecôte
3 juin 591

La Pentecôte
Cette Homélie est construite selon le plan en deux parties qu’affectionne particulièrement saint Grégoire :
I- (1-3) Commentaire de l’évangile, permettant au prédicateur d’appliquer aux besoins de ses fidèles les paroles qu’ils viennent d’entendre. Quelle fête de loger Dieu en notre cœur ! Encore faut-il, pour qu’il y demeure, que nous ayons soin d’éviter tout péché et que nous le laissions opérer en nous, supplier en nous, et nous enseigner intérieurement par son onction. Le pape nous montre comment on doit s’ouvrir à l’action de l’Esprit-Saint.
II- (4-10) Méditation du mystère de la fête :
En utilisant le passage des Actes (2, 1-11) qui relate l’événement de la Pentecôte (épître de la messe du jour), et en le mettant en parallèle avec l’autre descente du Saint-Esprit, lors du baptême du Christ dans le Jourdain, Grégoire se pose plusieurs questions au sujet des apparences sous lesquelles l’Esprit s’est manifesté en ces deux occasions :
— pourquoi du feu ?
— pourquoi des langues de feu ?
— pourquoi tantôt sous la forme d’une colombe, tantôt sous forme de feu ?
— pourquoi sur Jésus sous la forme d’une colombe, et sur les apôtres sous forme de feu ?
La réponse à ces quatre questions ébauche un petit traité de théologie spirituelle sur le Saint-Esprit, qu’on lit avec grand profit.
Le prédicateur utilise ensuite divers textes traitant de l’action de l’Esprit dans l’âme des apôtres : trouvés faibles et craintifs, les disciples ont été, après la Pentecôte, remplis d’ardeur pour prêcher et pour souffrir pour le nom du Christ.
Sans doute, remarque enfin l’orateur, notre intelligence ne peut-elle connaître directement l’Esprit de Dieu, qui est invisible, mais nous pouvons le contempler dans l’âme des saints qu’il remplit, comme on voit le soleil par le sommet des montagnes qu’il éclaire. Le pape conclut en prêchant l’amour du prochain, sans lequel notre amour de Dieu est mensonger, et en nous invitant à tendre de toutes nos forces vers le Ciel.
Jn 14, 23-31
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Et la parole que vous avez entendue n’est pas de moi, mais du Père qui m’a envoyé.
« Je vous ai dit ces choses, tant que je demeure avec vous. Mais le Paraclet, l’Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, lui vous enseignera toutes choses, et il vous rappellera tout ce que je vous ai dit. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble pas ; qu’il ne s’effraye pas. Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m’en vais, et je viens à vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je m’en vais au Père, car le Père est plus grand que moi. Et maintenant je vous ai dit ces choses, avant qu’elles n’arrivent, afin que lorsqu’elles seront arrivées, vous croyiez. Je ne m’entretiendrai plus beaucoup avec vous, car voici venir le prince de ce monde, et il n’a rien en moi [qui lui appartienne]. Mais c’est afin que le monde sache que j’aime le Père, et que j’agis selon le commandement que le Père m’a donné. »
Il nous plaît, frères très chers, de passer rapidement sur les paroles de l’évangile qu’on nous a lu, afin de pouvoir donner plus de temps ensuite à la considération d’une si grande solennité. C’est aujourd’hui, en effet, que le Saint-Esprit est venu tout à coup avec bruit sur les disciples, et qu’il a changé les esprits de ces êtres charnels, les rendant tout amour pour lui. Et tandis que des langues de feu paraissaient au-dehors, leurs cœurs au-dedans devenaient de flamme, car recevant Dieu sous la forme de ce feu apparent, ils se mirent à brûler d’un amour très doux (cf. Ac 2, 1-4). C’est que le Saint-Esprit lui-même est amour. Aussi Jean déclare-t-il : « Dieu est charité. » (1 Jn 4, 16). Celui qui désire Dieu de tout son esprit possède donc déjà, sans nul doute, celui qu’il aime ; en effet, personne ne pourrait aimer Dieu s’il ne possédait en lui celui qu’il aime.
Mais voici que si l’on interroge chacun de vous pour savoir s’il aime Dieu, vous répondez, pleins de confiance et d’assurance : « Je l’aime. » Or, au début même de cette lecture, vous avez entendu ce qu’affirme la Vérité : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole. » L’amour se prouve donc par les œuvres qui le manifestent. D’où la parole de Jean dans son Epître : « Celui qui dit : J’aime Dieu, mais ne garde pas ses commandements, est un menteur. » (cf. 1 Jn 2, 4). Car nous n’aimons vraiment Dieu que si nous nous efforçons de suivre ses commandements en nous restreignant dans nos plaisirs. Il est en effet bien évident que celui qui se perd encore en des désirs défendus n’aime pas Dieu, puisque sa volonté s’oppose à lui.
2. « Et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure. » Mesurez, frères très chers, quelle fête c’est de loger Dieu en son cœur ! Si un ami riche et puissant entrait dans votre maison, vous la nettoieriez tout entière en grande hâte, pour que rien ne puisse heurter le regard de l’ami qui entre. Ainsi, que celui qui prépare à Dieu une demeure en son âme efface les souillures de ses œuvres mauvaises.
Mais voyez ce que déclare la Vérité : « Nous viendrons, et nous ferons en lui notre demeure. » Il arrive en effet que Dieu vienne dans les cœurs de certains sans y faire sa demeure, lorsque ces personnes, touchées de componction [01], sont visitées par la pensée de Dieu, mais oublient au temps de la tentation qu’elles avaient d’abord été touchées de componction, et retournent à leurs fautes anciennes comme si elles ne les avaient pas pleurées. Mais celui qui aime vraiment Dieu et qui garde ses commandements, le Seigneur vient dans son cœur et y fait aussi sa demeure, car l’amour de Dieu le pénètre tellement qu’il ne s’en éloigne pas au temps de la tentation. Celui-là aime donc vraiment, qui ne se laisse pas dominer par la délectation du péché au point d’y consentir. En effet, plus on se complaît dans ce qui est bas, et plus on s’éloigne de l’amour d’en haut. D’où la suite du texte : « Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. »
Rentrez donc en vous-mêmes, frères très chers, et recherchez si vous aimez vraiment Dieu ; que personne, cependant, n’accepte la réponse de son âme s’il ne peut y joindre le témoignage de ses œuvres. Pour vérifier qu’on aime son Créateur, c’est sa langue, sa pensée et sa vie qu’il faut interroger. L’amour de Dieu n’est jamais oisif. S’il existe, il opère de grandes choses ; mais s’il ne veut rien faire, ce n’est pas de l’amour.
« Et la parole que vous avez entendue n’est pas de moi, mais du Père qui m’a envoyé. » Vous savez, frères très chers, que celui qui parle, le Fils unique de Dieu, est lui-même Parole du Père, et que pour cette raison, les mots prononcés par le Fils ne sont pas du Fils, mais du Père, parce que le Fils est lui-même Parole du Père.
« Je vous ai dit ces choses, tant que je demeure avec vous. » Quand cesserait-il donc de demeurer avec eux, lui qui, sur le point de monter au Ciel, a fait cette promesse : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles. » (Mt 28, 20). Mais le Verbe incarné demeure et s’en va tout à la fois ; il s’en va par son corps, il demeure par sa divinité. Il déclare donc être demeuré jusque-là avec les disciples, puisque s’il était toujours présent par sa puissance invisible, il allait désormais s’éloigner de leurs yeux de chair.
3. « Mais le Paraclet, l’Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, lui vous enseignera toutes choses, et il vous rappellera tout ce que je vous ai dit. » Vous êtes très nombreux à savoir, mes frères, que le mot grec « Paraclet » veut dire en latin « Défenseur » ou « Consolateur ».
Si on l’appelle Défenseur, c’est du fait qu’il intercède auprès de la justice du Père pour les pécheurs égarés. On dit que cet Esprit consubstantiel au Père et au Fils prie pour les pécheurs, parce qu’il fait prier ceux qu’il a envahis. D’où le mot de Paul : « L’Esprit lui-même supplie pour nous en des gémissements ineffables. » (Rm 8, 26). Or celui qui supplie est inférieur à
celui qui est supplié ; comment donc peut-on dire que l’Esprit supplie, alors qu’il n’est pas inférieur ? Eh bien, l’Esprit supplie en ce sens que ceux qu’il a envahis, il les incite ardemment à supplier.
Cet Esprit est aussi appelé Consolateur, parce qu’en disposant à l’espérance du pardon ceux qui se désolent d’avoir péché, il soulage leur âme d’une tristesse accablante.
On nous promet de lui à juste titre : « Il vous enseignera toutes choses. » Car si cet Esprit n’est présent au cœur de l’auditeur, la parole du docteur ne sert à rien. Que nul n’attribue à l’homme qui l’enseigne ce que la bouche de cet enseignant lui fait comprendre : s’il n’y a quelqu’un pour nous enseigner au-dedans, c’est bien en vain que la langue du docteur travaille au-dehors. Voyez : vous entendez tous de la même manière une unique voix qui vous parle, et vous ne saisissez pourtant pas de la même manière le sens de cette voix que vous entendez. Puisque la voix est la même pour tous, comment expliquer que l’intelligence de cette voix ne soit pas la même dans le cœur de chacun d’entre vous, sinon du fait de l’existence de ce Maître intérieur qui enseigne certains d’une manière toute personnelle, afin de leur donner l’intelligence des paroles d’exhortation qui s’adressent à tous d’une manière générale ? De cette onction de l’Esprit, Jean dit encore : « De même que son onction vous enseigne sur toutes choses. » (1 Jn 2, 27). C’est donc que la voix n’instruit pas si l’âme ne reçoit pas l’onction de l’Esprit. Mais pourquoi parler de l’enseignement des hommes, quand le Créateur lui-même ne peut instruire l’homme par des paroles sans lui parler aussi par l’onction de l’Esprit ? Avant de commettre son fratricide, Caïn a entendu : « Tu as péché, arrête. » (Gn 4, 7, d’après les Septante). Mais parce qu’en raison de ses fautes, l’onction de l’Esprit n’accompagnait pas la voix qui l’avertissait, il put bien entendre les paroles de Dieu, mais il ne se soucia pas de les mettre en pratique.
Il faut encore nous demander pourquoi l’on nous dit de cet Esprit : « Il vous rappellera tout », alors que rappeler [suggerere : subgerere] est d’ordinaire propre à un inférieur. Mais du fait que nous employons parfois subministrare [apporter par en dessous ou en secret] pour suggérée, lorsqu’on dit que l’Esprit invisible nous rappelle [tout], on ne veut pas dire qu’il nous apporte la science d’en bas, mais la science de ce qui est caché.
« Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix. » Ici-bas, je la laisse ; à ceux qui parviennent [là-haut], je la donne.
4. Voilà, frères très chers, que nous avons expliqué rapidement les paroles du texte sacré ; passons maintenant à la contemplation d’une si grande fête. Et puisqu’avec la lecture de l’évangile, vous a aussi été faite celle des Actes des apôtres, tirons-en quelque chose pour nourrir notre contemplation.
Vous avez entendu, en effet, que l’Esprit-Saint apparut au-dessus des disciples sous forme de langues de feu et leur donna la connaissance de toutes les langues. Que signifiait donc ce miracle, sinon que la sainte Église, remplie de cet Esprit, allait parler la langue de tous les peuples ? Ceux qui essayèrent de construire une tour pour s’opposer à Dieu perdirent la communauté et l’unité de langue [02], tandis que [à la Pentecôte] c’est en faveur de ceux qu’animait une humble crainte de Dieu que se faisait l’unité de toutes les langues ; ici, l’humilité a donc obtenu le prodige ; là, l’orgueil a produit la confusion.
5. Il nous faut rechercher pourquoi le Saint-Esprit, coéternel au Père et au Fils, est apparu sous forme de feu (a) ; pourquoi à la fois sous forme de feu et de langues (b) ; pourquoi il s’est montré tantôt sous la forme d’une colombe (cf. Lc 3, 21-22), et tantôt sous forme de feu (c) ; pourquoi il est apparu sur le Fils unique sous l’aspect d’une colombe, et sur les disciples sous forme de feu, de telle sorte qu’il ne vint pas sur le Seigneur sous forme de feu, ni sur les disciples sous la forme d’une colombe (d). Revenons donc, pour y répondre, à ces quatre questions que nous venons de poser.
a) Si l’Esprit coéternel au Père et au Fils s’est montré sous forme de feu, c’est parce que Dieu est un feu incorporel, ineffable et invisible, comme l’atteste Paul : « Notre Dieu est un feu consumant. » (He 12, 29). Dieu est appelé feu, car par lui la rouille des péchés est consumée. C’est de ce feu que la Vérité déclare : « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et que désiré-je, sinon qu’il s’allume ? » (Lc 12, 49). Ce sont les cœurs terrestres qui sont désignés par la terre, parce qu’amoncelant toujours en eux des pensées très basses, ils sont piétinés par les esprits malins. Mais le Seigneur jette le feu sur la terre quand, par le souffle du Saint-Esprit, il enflamme le cœur des hommes charnels. Et la terre s’allume lorsqu’un cœur charnel, tout refroidi en ses mauvais plaisirs, abandonne les concupiscences de ce siècle et s’enflamme d’amour pour Dieu. C’est donc bien à propos que l’Esprit est apparu sous forme de feu, puisqu’il chasse le froid engourdissement de tous les cœurs qu’il envahit, et qu’il allume en eux le désir de son éternité.
b) C’est sous forme de langues de feu que l’Esprit s’est montré, parce que cet Esprit est coéternel au Fils, que rien n’est plus proche de la parole que la langue, et que le Fils est la Parole du Père. Ainsi, la substance de l’Esprit et de la Parole [le Verbe] étant une, cet Esprit a dû se rendre visible sous forme de langues. Ou encore, comme c’est par la langue que se forme la parole, l’Esprit est apparu sous forme de langues du fait que quiconque est touché par l’Esprit-Saint confesse celui qui est la Parole de Dieu, c’est-à-dire le Fils unique ; et il ne peut nier la Parole de Dieu quand déjà il possède la langue du Saint-Esprit. Ou bien encore, l’Esprit est apparu sous forme de langues de feu parce qu’il fait à la fois brûler et parler tous ceux qu’il a envahis.
Les docteurs ont des langues de feu, car lorsqu’ils prêchent qu’il faut aimer Dieu, ils enflamment les cœurs de leurs auditeurs. Vaine, en effet, est la parole de celui qui enseigne, si elle ne peut provoquer l’embrasement de l’amour. Cet embrasement de doctrine, ils l’avaient vu s’écouler en eux de la bouche même de la Vérité, les disciples qui disaient : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, pendant qu’il nous parlait en chemin et qu’il nous expliquait les Écritures ? » (Lc 24, 32). L’âme s’enflamme de la parole qu’elle entend, sa froide torpeur la quitte ; dans son désir du Ciel, l’esprit ne connaît plus de repos, et il se rend étranger aux concupiscences terrestres. L’amour véritable qui a rempli cette âme la tourmente jusqu’aux larmes ; mais celle-ci, tourmentée d’une telle ardeur, se nourrit de ses propres tourments. Elle se plaît à écouter les enseignements du Ciel, et les commandements dont elle est instruite sont comme autant de torches qui l’enflamment. Elle, tout apathique autrefois en ses désirs, brûle maintenant des paroles [entendues]. D’où le mot de Moïse, bien à propos ici : « Dans sa droite est une loi de feu. » (Dt 33, 2). Si la gauche désigne les réprouvés, qui doivent un jour être placés à gauche, la droite de Dieu, elle, est l’appellation des élus. Dans la droite de Dieu est donc une loi de feu, puisque les élus n’entendent pas les commandements du Ciel d’un cœur froid, mais qu’ils s’enflamment pour eux aux torches de l’amour intérieur. La parole parvient à leur oreille, et leur esprit irrité contre lui-même se consume d’une douce flamme intérieure.
c) L’Esprit-Saint s’est montré tantôt sous la forme d’une colombe, tantôt sous forme de feu, parce qu’il rend simples et ardents tous ceux qu’il a envahis : simples par l’innocence, ardents par la ferveur. Car ni la simplicité sans le zèle, ni le zèle sans la simplicité ne peuvent plaire à Dieu. La Vérité en personne dit à ce sujet : « Soyez prudents comme des serpents et simples comme des colombes. » (Mt 10, 16). Il faut noter ici que le Seigneur n’a pas voulu proposer en modèle à ses disciples la colombe sans le serpent, ni le serpent sans la colombe, voulant à la fois que la ruse du serpent éclaire la simplicité de la colombe, et que la simplicité de la colombe modère la ruse du serpent. Paul dit à ce propos : « Ne soyez pas des enfants sous le rapport du jugement… » Voici que nous venons d’entendre la prudence du serpent ; laissons-nous maintenant exhorter à la simplicité de la colombe : « …mais pour la malice, soyez comme de petits enfants. » (1 Co 14, 20). Dans le même sens, il est écrit au sujet du bienheureux Job : « C’était un homme simple et droit. » (Jb 1, 1). Qu’est-ce que la droiture sans la simplicité, ou la simplicité sans la droiture ? Puisque l’Esprit nous enseigne à la fois la droiture et la simplicité, il devait donc lui-même apparaître, et sous forme de feu, et sous la forme d’une colombe, de sorte que tout cœur touché par sa grâce fût en même temps pacifié par la douceur de sa bonté et embrasé par le zèle de sa justice.
6. d) Il faut en dernier lieu se demander pourquoi c’est sous la forme d’une colombe que l’Esprit est apparu sur notre Rédempteur, Médiateur entre Dieu et les hommes, et sous forme de feu sur les disciples.
Le Fils unique de Dieu est le Juge du genre humain. Mais qui pourrait supporter sa justice s’il voulait mettre toute la rigueur de son zèle à examiner nos fautes, avant de nous avoir ramenés à lui par sa douceur ? Fait homme pour les hommes, il se montra donc doux avec les hommes. Il ne voulut pas frapper les pécheurs, mais les ramener à lui. Il voulut commencer par les corriger avec bonté, pour en avoir ensuite à sauver lors du jugement. C’est donc sous la forme d’une colombe que l’Esprit devait apparaître sur celui qui ne venait pas alors pour frapper les péchés avec rigueur, mais pour les supporter encore avec douceur. Sur les disciples, au contraire, l’Esprit-Saint devait se montrer sous forme de feu, afin que ceux qui étaient de simples hommes, et par conséquent des pécheurs, soient enflammés contre eux-mêmes de l’ardeur de l’Esprit et se punissent eux-mêmes par la pénitence des péchés que Dieu, dans sa bonté, leur pardonnait. Même ceux qui adhéraient à l’enseignement divin ne pouvaient être sans péché, comme l’atteste Jean en affirmant : « Si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous. » (1 Jn 1, 8). Il vint donc sur les hommes sous forme de feu, tandis qu’il apparaissait sur le Seigneur sous la forme d’une colombe, parce que nos péchés, que dans sa douceur le Seigneur supporte avec bonté, nous devons, nous, les considérer attentivement avec un zèle rigoureux et les consumer sans cesse par l’ardeur de notre pénitence. Ainsi, l’Esprit s’est montré sur le Rédempteur sous la forme d’une colombe, mais sur les hommes sous forme de feu, puisque plus la sévérité de notre Juge s’adoucit à notre égard, et plus notre faiblesse doit pour sa part s’enflammer contre elle-même.
Voilà donc achevée l’explication des quatre propositions ; passons à la contemplation des dons de cet Esprit.
7. Il est écrit à son sujet : « Son Esprit a orné les cieux. » (Jb 26, 13). En effet, les ornements des cieux sont les vertus des prédicateurs. Ce sont ces ornements qu’énumère Paul quand il dit : « À l’un a été accordée par l’Esprit une parole de sagesse, à un autre une parole de science en vertu du même Esprit, à un autre la foi dans le même Esprit, à un autre le don des guérisons dans un seul et même Esprit, à un autre le pouvoir d’opérer des miracles, à un autre la prophétie, à un autre le discernement des esprits, à un autre la diversité des langues, à un autre l’interprétation de la parole. Mais c’est un seul et même Esprit qui opère tout cela, distribuant ses dons à chacun comme il lui plaît. » (1 Co 12, 8-11). Tous ces dons des prédicateurs sont donc autant d’ornements des cieux.
Il est encore écrit à ce propos : « C’est par la Parole du Seigneur que les cieux sont affermis. » (Ps 33, 6). En effet, la Parole du Seigneur, c’est le Fils du Père. Mais pour bien montrer que ces mêmes cieux, c’est-à-dire les saints apôtres, sont l’œuvre de toute la Sainte Trinité ensemble, on ajoute immédiatement, au sujet de la divinité de l’Esprit-Saint : « Et toute leur vertu vient de l’Esprit de sa bouche. » Ainsi, la vertu des cieux vient de l’Esprit : jamais les apôtres n’auraient osé s’opposer aux puissances de ce monde, si la force de l’Esprit-Saint ne les avait affermis. Car ce qu’étaient les docteurs de la sainte Église avant la venue de l’Esprit, nous le savons bien ; et la force d’âme en laquelle ils furent établis après sa venue, nous l’avons sous les yeux.
8. Ce Pasteur de l’Église, dont le corps très saint est tout proche du lieu où nous sommes assis [03], il suffira d’interroger la servante qui était à la porte, pour qu’elle nous dise quelles furent sa faiblesse et sa terreur avant la venue de l’Esprit (cf. Jn 18, 17). Une seule parole de femme suffit en effet à l’ébranler : craignant la mort, il renia la Vie. Et Pierre renia sur la terre au moment même où le larron affirmait sa foi sur la croix. Mais cet homme qui s’était abandonné à une telle terreur, écoutons comment il se comporte après la venue de l’Esprit. Une assemblée de magistrats et d’anciens se réunit ; elle enjoint aux apôtres, qu’elle a fait rouer de coups, de ne plus parler au nom de Jésus. Pierre répond avec une grande autorité : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. » (Ac 5, 29). Et encore : « Jugez s’il est juste devant Dieu de vous écouter, vous, plutôt que Dieu. Car pour nous, nous ne pouvons pas ne pas dire ce que nous avons vu et entendu. » (Ac 4, 19-20). « Quant à eux, ils se retirèrent de devant le Conseil, tout joyeux d’avoir été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus. » (Ac 5, 41). Voici que Pierre se réjouit pour des coups, lui qui auparavant prenait peur pour des paroles. Et si la question d’une servante suffit d’abord à l’effrayer, il résiste, après la venue du Saint-Esprit, à toute la force des princes, même une fois battu.
Il nous plaît de jeter un regard de foi sur la puissance de cet Artisan, et de considérer çà et là les Pères de l’Ancien et du Nouveau Testaments. Voici qu’ayant ouvert les yeux de la foi, je contemple David, Amos, Daniel, Pierre, Paul et Matthieu, et que je veux m’arrêter à examiner quel artisan est l’Esprit, mais je reste court en un tel examen. Car il envahit un jeune joueur de cithare, et il en fait un psalmiste (cf. 1 S 16, 18). Il remplit un bouvier occupé à tailler les sycomores, et il en fait un prophète (cf. Am 7, 14). Il remplit un sobre jeune homme, et il en fait le juge des vieillards (cf. Dn 13, 45-64). Il remplit un pêcheur, et il en fait le prédicateur des nations (cf. Mt 4, 19). Il remplit un persécuteur, et il en fait le Docteur des nations (cf. Ac 9, 1-15). Il remplit un publicain, et il en fait un évangéliste (cf. Lc 5, 27-28).
Oh ! quel merveilleux artisan que cet Esprit ! On apprend de lui, sans délai, tout ce qu’il a voulu. À peine a-t-il touché l’esprit qu’il l’enseigne ; et pour lui, avoir seulement touché, c’est avoir enseigné. En effet, sitôt qu’il illumine l’esprit humain, il le change : il le fait renoncer en un moment à ce qu’il était, pour qu’en un moment il apparaisse ce qu’il n’était pas.
9. Considérons en quel état l’Esprit a trouvé aujourd’hui nos saints prédicateurs, et en quel état il les a transformés. Eux qui se tenaient dans une même salle par crainte des Juifs, ils connaissaient assurément tous leur langue maternelle, et pourtant, même en cette langue qu’ils connaissaient, ils n’osaient pas parler du Christ ouvertement. L’Esprit alors survint ; il enseigna à leur bouche une multitude de langues, affermissant leur esprit par la garantie de son autorité. Ils se mirent alors à parler du Christ dans des langues étrangères, eux qui auparavant craignaient d’en parler même dans la leur. Car leurs cœurs tout embrasés méprisèrent les tortures qu’ils craignaient jusque-là. L’amour du Créateur y triompha de l’emprise de la crainte charnelle. Et ceux qui avaient d’abord succombé par crainte de leurs adversaires commandèrent désormais à ces derniers avec autorité. Que dire, par conséquent, de celui qui les a élevés à de tels sommets, sinon qu’il a transformé en cieux les esprits de ces hommes terrestres ?
Mesurez, frères très chers, si après l’Incarnation du Fils unique de Dieu, il y a une solennité de l’importance de celle de ce jour où nous fêtons la venue du Saint-Esprit. Cette seconde fête est bien digne d’être honorée à l’égal de la première. Car si dans la première, Dieu, sans cesser d’être ce qu’il était, a assumé l’humanité, dans la seconde, les hommes ont reçu la divinité venant du Ciel. Dans la première, Dieu s’est fait homme selon la nature ; dans la seconde, les hommes ont été faits dieux par adoption. Si donc nous ne voulons pas rester des êtres charnels soumis à la mort, aimons, frères très chers, cet Esprit qui donne la vie.
10. Mais puisque la chair n’entend rien à l’esprit, l’un ou l’autre, pensant selon la chair, risque peut-être de se dire en lui-même : « Comment puis-je aimer quelqu’un que je ne connais pas ? » Nous sommes bien d’accord sur ce point : l’esprit occupé des choses visibles ne sait pas voir l’invisible. Il ne pense, en effet, qu’à ce qui peut se voir ; même au repos, il en traîne en lui les images. Et tant qu’il gît ainsi parmi les images corporelles, il ne peut s’élever aux réalités incorporelles. De là vient que l’esprit connaît d’autant moins bien son Créateur qu’il entretient en sa pensée plus de familiarité avec les créatures corporelles.
Si nous ne pouvons pas voir Dieu, nous avons pourtant d’autres moyens pour porter jusqu’à lui l’œil de notre intelligence. S’il ne nous est aucunement possible de le voir en lui-même, nous pouvons dès maintenant le voir dans ses serviteurs. En constatant qu’ils accomplissent des merveilles, nous devenons certains que Dieu habite dans leur esprit. Il nous faut savoir tirer parti, dans ces réalités incorporelles, de l’expérience que nous donnent celles qui sont corporelles : nul d’entre nous ne peut regarder directement le soleil en portant le regard sur son disque au moment où il se lève dans tout son éclat, car les yeux fixés sur ses rayons en sont éblouis ; mais nous regardons les montagnes que le soleil illumine, et nous voyons par là qu’il s’est levé. Ainsi, puisque nous ne pouvons voir en lui-même le Soleil de justice, regardons les montagnes que sa clarté illumine, c’est-à-dire les saints apôtres, qui brillent par leurs vertus, resplendissent par leurs miracles et sont inondés de la clarté répandue par ce Soleil levant, lequel, bien qu’invisible en lui-même, s’est rendu visible à nos yeux par leur intermédiaire comme par autant de montagnes illuminées. En effet, la puissance de la divinité en elle-même, c’est le soleil [vu] dans le ciel ; la puissance de la divinité [répandue] sur les hommes, c’est le soleil [répandu] sur la terre. Regardons-le donc sur la terre, ce Soleil de justice que nous ne pouvons encore voir dans le ciel, en sorte que marchant grâce à lui sur la terre sans trébucher en nos œuvres, il nous soit donné un jour de lever les yeux pour le contempler dans le ciel.
Mais nous ne faisons route sur la terre sans trébucher que si nous aimons Dieu et le prochain de tout notre esprit. Car on ne peut aimer vraiment Dieu sans aimer le prochain, ni aimer vraiment son prochain sans aimer Dieu. Et c’est pour cela, comme nous l’avons déjà dit dans un autre sermon, que l’Esprit a été donné aux disciples à deux reprises : d’abord par le Seigneur quand il vivait sur la terre, puis par le Seigneur quand il régnait au Ciel. Il nous est donné sur la terre pour aimer le prochain, du Ciel pour aimer Dieu. Mais pourquoi d’abord sur la terre et ensuite du Ciel, sinon pour nous donner clairement à entendre cette parole de Jean : « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ? » (1 Jn 4, 20)
Ainsi, mes frères, chérissons bien notre prochain ; aimons celui qui est proche de nous, pour qu’il nous devienne possible d’aimer celui qui est au-dessus de nous. Que notre esprit s’exerce à rendre au prochain ce qu’il doit à son Dieu, afin de mériter de jouir en Dieu d’une joie parfaite avec ce même prochain. C’est alors que nous parviendrons à cette joie des habitants du Ciel, dont nous avons déjà reçu le gage par le don du Saint-Esprit. Tendons de tout notre amour vers cette fin où nous nous réjouirons sans fin. Là se trouve la sainte société des citoyens du Ciel ; là, une fête certaine ; là, un repos assuré ; là, une paix véritable, qui désormais ne nous sera plus seulement laissée, mais donnée par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, étant Dieu, vit et règne avec le Père dans l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
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[01] Sur le mot « componction », cf. l’introduction à l’Homélie 15.
[02] Allusion à la tour que les hommes voulurent construire à Babel, « dont le sommet soit dans le ciel ». Et Yahveh dit : « Ils sont un seul peuple et ils ont pour eux tous une seule langue […]. Descendons et confondons leur langage, de sorte qu’ils n’entendent plus le langage les uns des autres. » (Gn 11, 6-7)
[03] La station du jour est à Saint-Pierre, basilique construite sur le tombeau du premier pape. Grégoire y prêche assis, comme c’est la coutume pour les évêques.


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