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174ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(la mort de Saint Jean-Baptiste)
 Les mets ensanglantés du festin d’Hérodiade, un banquet si sauvage, la terre et le ciel l’ont alors eu en horreur et en ont épouvantés; aujourd’hui, c’est vous et moi qui le sommes. Hérode commanda un banquet d’anniversaire. Il choisit bien à propos un banquet nocturne, car ce jour de naissance n’est pas sous le signe de la lumière, mais des ténèbres. En ce jour, ce n’est pas un fils du jour qui est né, mais de la nuit. Il commanda un banquet d’anniversaire pour les princes, les tribuns et les principaux de la Galilée. L’impiété, qui est toujours imprudente et aveugle, que projette-elle donc ? Elle convoque tous les puissants non pas tant pour se donner un grand nombre de convives, mais des témoins innombrables de son crime; et il y a aura autant de juges de son forfait qu’il y aura de personnes chargées, dans son royaume, de faire respecter la loi et l’ordre.
 La fille d’Hérodiade entra, dansa, et plut à Hérode. Elle est digne de ses parents cette fille impudique qui cherche à complaire à un père encore plus lubrique qu’elle; car un adultère ne peut procréer que la turpitude. Ses pas étouffés, sa démarche traînante et indolente et son déhanchement, ses larmes de crocodile, toute cette difformité la rendait encore plus belle aux yeux de son père. Et en toute vérité, quand il la vit telle, Hérode la crut sienne; car il aurait cru qu’elle était une imposteur si, en l’inspectant, il l’avait trouvée pudique. Le serpent se cachait alors dans la femme, qui en rampant avec des pas sinueux, injectait dans tout le corps un venin mortel, pour que sa rage affole les esprits des convives, pour que son venin empoisonne les corps, et pour qu’il transforme les hommes en bêtes. Pour que devenus tels, ils ne s’abreuvent plus de vin mais de sang; et pour que, dans leur fureur, ils ne se nourrissent pas de pain mais de chairs humaines.
Ils ont rendu les convives tels qu’ils étaient eux-mêmes, quand la tête de Jean encore dégoulinante de sang leur fut apportée. Pour donner raison à ce psaume : Ils ont donné les chairs de tes saints aux bêtes de la terre. Ils ont répandu leur sang comme de l’eau. Voilà ce que produisent, toutes les nuits, les banquets qui se poursuivent jusqu’à l’aube. Voilà ce qu’engendre le vin quand il est acheté avec mesure mais est bu sans mesure. Voilà où est précipitée la chair quand les incendies de la volupté enflamment les actes luxurieux. Je demande : pourquoi être oppressé par de tels coins ? Pour amener la ruine de la malheureuse chair, la morsure des chiens suffit (?) Le prophète l’attestait quand il dit : Pourquoi vous ruez-vous contre l’homme, et l’abattez-vous, vous tous, comme une muraille qui penche, une clôture qui croule ? En Hérode, gisait la chair opprimée par des ivrognes, et captive de l’ébriété. C’est quand la luxure titillait, et quand la lascivité se jouait de lui plutôt qu’elle jouait avec lui, qu’il a promis de donner ce que la turpitude demanderait. Demande-moi ce que tu veux et je te le donnerai. Il jure le misérable, en abjurant toute honnêteté et toute vertu. Demande-moi ce que tu veux. Que peut bien demander la luxure si ce n’est la mort de la chasteté, le meurtre de la pudicité, le trépas de la sainteté, qui lui est toujours contraire ? Je veux que tu me donnes sur un plat la tête de Jean. Si le Christ est la tête de l’homme, selon l’Apôtre, l’antique serpent tendait déjà vers la mort du Seigneur Christ. Je veux que tu me donnes sur un plat la tête de Jean. Alors déjà, dans la tête du serviteur, le dragon avide dégustait la passion du Seigneur, pour étancher sa soif. Je veux que tu me la donnes sur un plat. Pourquoi sur un plateau ? Pourquoi portes-tu respect à celui que tu as tué vilainement, si ce n’est parce que la mort des saints est précieuse aux yeux de Dieu ? Tu ne fais pas ce que tu veux comme tu veux le faire, parce qu’ en toi, une raison surnaturelle agit autrement que tu ne veux. Dans cet antre de bêtes féroces,--qui n’est plus une salle de banquet--, la rage sauvage crut qu’on lui présentait son repas quand elle vit la tête du martyr. Elle comprit que c’était vraiment le sien, quand, assoiffée comme elle était, elle aperçut la liqueur du sacré sang. Les mets de sa cruauté, elle s’efforça de les empiffrer à pleines dents et à pleine gorge.
 Mais Jean vint, porté dans les airs, comme un cierge sur un candélabre, pour mettre en fuite les ténèbres, au dire du Seigneur : Il était une lumière ardente et brillante. Il vint Jean, resplendissant comme un juge à son tribunal, pour condamner l’adultère, réfuter et condamner l’homicide. Et celui qui de son vivant, avait appelé miséricordieusement un inceste à la pénitence, et se réservait de lui accorder le pardon, condamnerait l’homicide après sa mort. Comment méritait-elle le pardon celle qui, dans la mort de Jean, a cruellement assassiné la pénitence elle-même ? Vous avec couru pour rien, Hérode et Hérodiade, -- que le nom mais non l’affection réunit--, car vous avez stupidement cru faire taire la voix par un crime. Je suis la voix qui crie dans le désert. La voix ne peut pas être tuée; elle crie davantage quand elle est délivrée des liens du corps. Ainsi, la voix d’Abel, après avoir été noyée dans son sang, résonne davantage, porte plus loin, et se rend jusqu’au ciel. De la même façon Jean clame par toute la terre, rapporte à tous les siècles votre crime crapuleux, et le fait voir ostensiblement aux Gentils.
 Aujourd’hui, Jean se glorifie du Christ qui est la tête, parce qu’il a été estimé digne de la Tête. Aujourd’hui, tu as célébré la fin de ton jour de naissance, et lui s’est conquis le jour de la naissance au ciel. Le jour de ta naissance débouche sur la fin, et le jour de sa fin débouche sur sa naissance au ciel. Car le juste commence à vivre quand il mérite d’être tué pour le Christ. Par cette mort, la vie du martyr est transférée, elle n’est pas supprimée. . Il brille davantage par la mort celui qui est mort pour vivre éternellement. C’est toi qui gis dans la mort; Jean vit après avoir été tué. Toi, tu as perdu le faux vêtement de pourpre hérissé de pointes; mais saint Jean se glorifie d’être toujours revêtu d’un vêtement de pourpre éclatant rougi de son sang. Les participants à ton festin sont punis; Jean, lui, se nourrit à la table céleste avec les chœurs des anges. Lui entend toujours la symphonie céleste; toi, tu entends toujours le gémissement et le grincement de dents de l’enfer. Hérode a reçu la récompense que pouvait octroyer une débauchée et une danseuse. Saint Jean, lui, est honoré par son entrée dans le royaume, et les récompenses célestes. Toi tu as reçu la récompense de ta sentence de mort avec ta fille dans le tartare. Joseph a abandonné son vêtement en fuyant l’adultère; mais pour ne pas voir l’adultère, Jean s’est jeté en avant avec son corps. Pour ne pas commettre l’adultère, Joseph a subi volontairement l’emprisonnement; pour criminaliser l’adultère, Jean a échangé son désert pour une prison. En révélant des songes, Joseph s’est évadé de la mort; pour révéler le Fils de Dieu, Jean a reçu même la mort. En préparant un pain temporel, Joseph mérita un collier d’or et des honneurs; pour montrer le pain du ciel aux croyants, Jean, en versant son sang, a mérité le collier du martyr.
 C’est avec raison que Jean est le plus grand de tous ceux qui sont nés des femmes. Il n’a pas seulement vitupéré contre l’adultère, mais il a foulé aux pieds aussi, par l’amour de la virginité, les relations conjugales licites. Et si un si grand Jean, un Jean si illustre, qui était séparé des femmes par un vaste désert, n’a pas échappé aux leurres des femmes, qui est celui qui, vivant au milieu des femmes, pourra, par un extrême labeur, leur filer entre les doigts, s’il n’est pas alimenté par le Saint Esprit ? Liu qui ensemble avec le Géniteur et le Né dispose tous les siècles, pour des durées d’espace de temps éternelles.
Note du traducteur : « Je demande : pourquoi être oppressé par de tels coins ? Pour amener la ruine de la malheureuse chair, la morsure des chiens suffit.Mots illisibles.Vous constaterez facilement que ces phrases ne prennent pas naturellement la suite de ce qui précède et de ce qui suit. Mais, dans l’état actuel du texte, je ne peux pas aller plus loin.


175ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(consécration épiscopale de Marcellin par saint Pierre Chrysologue à Ravenne).
 Tous les débuts sont durs. Mais les premiers enfantements sont les plus durs de tous. Pour enfanter une première fois, l’église de Ravenne a du ouvrir la voie, éprouver des angoisses, endurer des souffrances. Et elle a agi ainsi, mes frères, pour conserver l’ordre de l’enfantement divin dans tout le chemin de la vérité. Car, après que la vierge mère ait parcouru le chemin qui traverse toute sa patrie, pour enfanter le Premier-né de toute créature, la fête de la nativité de Jésus est dédiée aux enfantements virginaux et aux premiers nés. Et, de toute nécessité, mes frères, le Chemin est engendré en chemin, pour interdire toute entrée à l’erreur, et pour que le voyageur ne demande que le ciel, lui qui, en suant et en clopinant, a longtemps supporté la fatigue d’un voyage terrestre.
 Et il arriva en ces jours que parut un édit de César Auguste pour le recensement de toute la planète. Joseph monta, lui aussi, de la Galilée, de la cité de Nazareth en Judée à la ville de David, qui s’appelle Bethléem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David, pour s’inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Et il arriva en ces jours que furent terminés les mois de la grossesse, et elle enfanta son fils premier-né. J’ai le goût, ici, de parler de souffrance. A l’édit d’un César païen, le Seigneur de l’univers s’est mis en branle pour s’y conformer; et devant le décret du bienheureux Pierre, et d’un empereur chrétien, le serviteur regimbe irrévérencieusement ! Mais puisqu’il ne faut pas mêler les adversités aux prospérités, les tristesses aux joies, passons cela sous silence, et proclamons la joie que nous apporte une nouvelle naissance.
 Que celui qui vient de naître, qui est le premier à naître, commande le respect qu’on porte à un premier-né, et qu’il en reçoive les honneurs. Marcellin, aujourd’hui, a ravi et conquis toute l’affection qu’on donne à un enfant qui naît dans la maison. Les fils l’entourent, les proches sont présents, toute la parenté est accourue, la famille au complet exulte, et les parties les plus secrètes de la maison jubilent et sont en liesse, parce qu’ils ont mérité de voir de leurs yeux, de toucher de leurs mains aujourd’hui le premier enfantement d’une sainte mère, et un premier-né. Elle qui est mère et épouse, mère et vierge, s’étonne, en rendant de nouvelles actions de grâce, d’avoir engendré dans son lit d’hyménée. Mais que l’épouse ait enfanté sur sa couche nuptiale n’émeut ni ne trouble personne. Ce n’est pas le crime qui conçoit mais la virginité, quand d’un tel germe l’enfantement est céleste, non humain. Mais il n’y a pas motif à une suspicion sinistre, là où l’époux lui-même est le témoin et le gardien de son épouse. Qui que tu sois qui es inquiet du fait, sois rassuré par cet exemple suprême, et que la rapidité de celui qui a précédé t’invite à plus de prudence et de soin.
 Joseph, mari de nom seulement, époux en conscience, regarde sa femme enceinte avec inquiétude et anxiété, parce qu’il ne pouvait accuser ni une innocente, ni une femme enceinte. Se taire n’était pas sur, et il y avait du danger à parler. Il admet ce qu’il ne peut pas nier, mais il n’accuse pas de crime une innocente. Il était lui-même le témoin de sa chasteté, le gardien de sa pudeur. Les yeux troublaient celui que ne troublait pas la confiance qu’il avait dans la vierge. Les actes et la vie traçaient deux chemins différents. Son esprit juste et son âme sainte étaient torturés par un fantôme à deux têtes. Il comprend sans pouvoir être capable de pénétrer le sacrement, car il ne pouvait ni l’accuser, ni la répudier à la vue de tous. L’ange est accouru à point, une réponse divine est survenue au bon moment, car si le jugement humain se trouve en défaut, la Justice, elle, ne défaille pas. Et que dit l’ange ? Joseph, fils de David, ne crains pas. Que pouvait-il craindre celui qui n’avait rien fait ? Il craignait, car même s’il n’avait aucun acte à se reprocher, la situation lui inspirait une peur extrême. Tout ce qu’elle ne peut pas comprendre inspire de la crainte à une âme sainte.
 Garde-toi donc, o homme, de critiquer l’enfantement de notre mère, quand suffit la réponse de l’ange : Ne crains pas de recevoir Marie pour ton épouse, car ce qui est né d’elle est du Saint Esprit. Elle a enfanté dans la joie celle qui, au fur et à mesure qu’elle enfantait, a conquis la couronne et la gloire de la virginité. Celui qui nous est né aujourd’hui tendait toujours les filets dans la mer. Que personne ne s’étonne donc si Pierre jubile d’avoir un collègue pêcheur.
 Priez donc, mes frères, pour qu’il mérite de pêcher des hommes celui qui a jusqu’ici attrapé des poissons, pour pourvoir à la vie des hommes.
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Note : Ce texte est un peu difficile à comprendre. Voici quelques explications qui pourront aider. Saint Pierre Chrysologue sacre Marcellin évêque à Ravenne. C’est la première fois qu’un évêque de Ravenne consacrait un évêque. C’est donc une première naissance et un premier nouveau-né. Il le fait le jour de Noël, ce qui lui permet de comparer les deux évènements par touches allusives.
A la fin du règne de son prédécesseur, l’évêque de Ravenne avait été nommé métropolitain par le Pape et l’empereur; ses nouveaux évêques suffragants relevaient auparavant de l’archevêque de Milan.
Mais quand il a voulu exercer ce droit, il a fait face à l’opposition de certains évêques, car tous les évêques situés sur la voie Emilienne, relevaient dorénavant de lui. Il lui a fallu plusieurs démarches pour faire prévaloir son droit. Ce fut un enfantement douloureux.
Le seigneur de l’univers, lui, a obéi à l’Empereur, et il s’est déplacé pour aller naître à Bethléem. Mais le serviteur (l’évêque Marcellin) ne voulait pas obéir à l’empereur chrétien et parcourir la voie émilienne pour se rendre jusqu’à Ravenne, alors que la Voie est née sur la voie .
Quand saint Joseph était dans une angoisse extrême, il a obéi a l’ange, alors que Marcellin n’obéit qu’à contre cœur au Pape qui lui dit comme l’ange : ne crains pas ! « Garde-toi donc, o homme, de critiquer l’enfantement de notre mère ! » etc. etc. etc.
Marcellin était un laïque qui exerçait un métier pour vivre.


176ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(explication mystique de la guérison d’un aveugle)
 A toutes les fois que Dieu guérit les infirmités et les maladies désespérées des corps humains, Il manifeste la puissance de Sa déité. Mais quand, pour une seule et même infirmité, Il modifie Sa façon de guérir, Il nous invite à investiguer avec soin les raisons pour lesquelles Il agit ainsi. Car, par une seule parole, Il a restitué la vue à l’aveugle assis sur le bord du chemin. Mais à celui qui était aveugle depuis sa naissance, qui était né non de la lumière mais des ténèbres, à qui la nature avait envié la vue, et donc les yeux avaient été scellés et déniés par celle-là même qui les prépare et les ouvre, Il mit de la boue, et en fit un cataplasme. Il lui fit, Il lui procura des yeux, Il ne les guérit pas. Pour que Celui qui avait fait l’homme au complet accorde à l’homme la lumière avec une main médicale. Mais cet aveugle dont l’évangéliste Marc nous rapporte la guérison, est guéri d’une façon si nouvelle qu’il oblige tout le monde à se demander pourquoi la cécité rébarbative ose imposer un retard à l’Auteur, par la volonté, le regard, la parole Duquel les infirmités périssent, les santés se revigorent, la vie commence, la mort finit, tout demeure ou se dissipe.
 Jésus vint à Bethsaïde, et on lui amena un aveugle. Et on lui demandait de le toucher. Et prenant l’aveugle par la main, il le mena dehors, à l’extérieur de la propriété. Comme s’Il ne pouvait pas le guérir dans le lieu où Il était; comme s’Il avait besoin de l’ambiance d’un lieu Celui qui a donné la vue à tout ce qui vit. La voilà la Bethsaïde dont le Seigneur a réprouvé l’infidélité en disant : Malheur à toi Chorozaim, malheur à toi Bethsaïde, car si les miracles qui ont été faits chez vous avaient été faits à Tyr et à Sidon, ils auraient fait pénitence dans le cilice et la cendre ! Donc, après l’avoir pris par la main, Il le fait sortir de la maison de l’infidélité ; Il l’arrache à la demeure de la perfidie, pour lui donner la foi avant de lui donner des yeux; pour rendre la santé à l’esprit avant de la rendre au corps; pour lui accorder la capacité de se guider lui-même dans les choses humaines, avant de lui donner le signe de la divine vertu. On demandait au Christ de le toucher. Or, le Christ qui ne sait pas ce que c’est que le dégoût du pauvre, qui sait aimer le pauvre, le prend par la main; et Dieu se comporte aux yeux de tous comme le serviteur de la débilité humaine, pour que l’homme n’ait pas horreur de l’homme, pour que celui qui voit voie celui qui ne voit pas, et qu’en le conduisant par la main, il lui fasse oublier la perte de la lumière. Pour que l’homme ne dise pas : Ma main n’a rien à donner au pauvre. Qu’il donne sa main elle-même au pauvre, et il aura donné davantage que s il avait donné de l’argent. En le guidant sur le chemin, il lui aura donné beaucoup plus que s’il lui avait donné une croute de pain.
 Et il l’amena dehors à l’extérieur de la propriété, et il cracha dans ses yeux. Par Son crachat, le Seigneur remplit les cavités vides de ses yeux, Sa bouche divine donne une salive productrice de lumière, pour qu’une goutte de la sainte rosée baptise les yeux du pécheur; pour que le pardon ouvre ce qu’avait fermé la faute. Que personne ne doute donc que l’ondée divine ne puisse reverdir les membres mortels rabougris, quand il voit des yeux d’aveugles desséchés subitement rendus à la lumière par une petite goutte de la salive du Seigneur. Ils se lèveront les morts, dit Isaïe, et ressusciteront ceux qui sont dans les monuments, et ils se réjouiront ceux qui sont sur la terre. Comment ? Car la rosée qui est de toi est santé pour eux. Ce que la pluie est à la semence, l’ondée du Seigneur l’est pour ceux qui sont en attente de résurrection. Et il lui imposa la main. En faisant l’homme, en le réparant, et en le façonnant, les mains curatrices du Seigneur sont toujours présentes aux hommes. Tes mains m’ont fait et formé,
 Et il lui demanda s’il voyait quelque chose. Il interroge en tant qu’homme, Il agit en tant que Dieu. Celui qui sonde les abymes, qui pénètre les secrets des cœurs, à qui est à découvert tout ce qui est caché aux autres, chercherait à voir dans Son œuvre, avec Ses yeux, peinerait pour voir, connaîtrait d’après le rapport d’autrui ? Loin de nous cette pensée ! Mais Il interroge pour que ceux qui sont présents sachent, pour que ceux qui viendront après connaissent que la cure de cette cécité n’est pas simple, mais a une valeur mystique. A l’interrogation du Seigneur, celui qui est guéri répond que ce n’est pas encore la lumière qui lui est donnée, mais une aurore, une lumière naissante. Je vois des hommes comme des arbres ambulants. Aux yeux imparfaits, les formes sont disproporrtionnées, les lignes sont floues, les apparences sont trompeuses. Ils ne jouissent pas encore de la vision, mais n’en ont que l’ombre. Et pourquoi les hommes ressemblent-ils à des arbres et non à des colonnes ou à toute autre chose ? Et pourquoi ne sont-ils pas immobiles au lieu d’être en marche ? Parce qu’après la cure du Christ, il a vu que les hommes, comme les arbres, ne faisaient que passer dans ce monde, qu’ils n’y étaient pas à demeure. Celui que le Christ avait guéri a vu que l’implantation de la race humaine dans cette vie était temporaire. La cure de Jésus doit donc être réitérée pour que les yeux devenus parfaits voient les choses futures qui sont certaines, stables et éternelles. Il posa de nouveau la main sur ses yeux et il commença à voir, et la vue lui fut entièrement restituée, de sorte qu’il voyait complètement tout. Et il l’envoya dans sa maison en lui disant : Va dans ta maison, et su tu entres dans un village, ne le dis à personne.
 Que s’ouvre la compréhension spirituelle du texte, pour que nous sachions qui est cet aveugle, pourquoi il n’est pas venu spontanément, mais est amené par d’autres ; pourquoi il est conduit par la main du Christ et est dirigé à l’extérieur de la propriété, pourquoi il reçoit la vue ailleurs, celui qui avait, auprès des siens, subi une longue privation de lui-même. Mes frères, cet aveugle est le Juif qui, étant dans la Synagogue, i.e., dans la maison de la perfidie, et dans une propriété, i.e. dans l’assemblée des méchants, était retenu par la cécité de l’ignorance, et était assis, opprimé. Voilà pourquoi il ne venait pas au Christ. C’est le Christ qui est venu vers lui et l’a pris par la main, pour qu’il attribue sa guérison au don de Celui qui l’a appelé, et ne se glorifie pas de l’avoir reçu de la loi ou de son libre arbitre. Il l’a amené à l’extérieur pour que celui qui, sous le voile de la loi, ne voyait rien, voie dans l’église la lumière de la foi, par la liberté de la grâce. Le Christ lui impose une première fois la main pour qu’il voie passer l’ombre de la loi; pour qu’il voie les prêtres, les scribes et les pharisiens et toute la figure de l’observance judaïque passer comme des arbres, qui dans le temps et avec le temps vieillissent, naissent, verdissent, fleurissent, fructifient, périssent et disparaissent. Il lui impose la main de nouveau pour qu’en ressuscitant, il ne voit pas les choses obsolètes mais éternelles, et voie ce qui se rapporte à la divine lumière, à l’honneur et à la gloire. Comme ce grand Paul, qui était l’un d’entre eux, qui est tombé à l’extérieur de la ville et sur la route pour resurgir chrétien, et pour que celui qui est aveugle dans la loi voie dans la grâce, comme il l’affirme lui-même : Nous voyons maintenant comme dans un miroir et en énigme  . Mais alors, nous verrons face à face. Alors, c’est-à-dire quand ce qui a été enseveli dans la mort surgira dans la vie, et quand ce qui a été semé dans le mépris surgira dans la gloire.