169ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(la drachme perdue)
Dans tous les textes évangéliques se cachent des sens mystiques, et nichent les secrets de l’intelligence céleste. Le savent ceux-là seulement qui ont reçu la grâce du Saint-Esprit. Après avoir trouvé la brebis du troupeau centenaire qu’Il avait longtemps cherchée, et l’avoir ramenée au bercail céleste à la plus grande joie des anges, Il nous propose, en Son évangile, l’exemple d’une femme. Cette femme allume sa lumière pour chercher une des dix drachmes qu’elle avait perdue. Après l’avoir trouvée, la joie qu’elle en ressent et le gain qu’elle a fait deviennent une cause de joie dans les cieux. Le Seigneur parle ainsi : Quelle femme ayant dix drachmes, si elle perd une drachme, n’allume pas sa lampe et ne met pas sa maison sens dessous dessus, et ne cherche pas avec soin, tant qu’elle ne l’a pas trouvée ? Et quand elle l’a trouvée, elle convoque les amies et les voisines et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, parce que j’ai retrouvé la drachme que j’avais perdue. Je vous le dis : c’est ainsi qu’il y aura de la joie devant les anges de Dieu, pour un seul pécheur qui fait pénitence.
Est-ce que tu penses que cette femme est tout ce qu’il y a de plus ordinaire ? Qu’elle ait eu dix drachmes, faut-il l’entendre à la façon humaine ? Faut-il croire que c’est par hasard qu’elle en a perdu une ? Ou qu’il fallait absolument qu’elle la cherche pendant la nuit ? Ou qu’elle a allumé la lampe comme tout le monde le fait ? Qu’elle l’ait perdue et retrouvée précisément dans sa maison, est-ce une chose normale ? Est-ce quelque chose d’usuel qu’elle ait appelé ses amies et ses voisines pour se réjouir, alors qu’elle ne les avait pas appelées pour pleurer quand elle l’avait perdue ? Autre incongruité : ce n’est pas la perte de la drachme qui est déclarée, mais sa retrouvaille. Autre surprise : elle a été cachée dans les ténèbres d’une maison, au lieu d’avoir été enfouie par la malice d’étrangers. Vous voyez que tout ici est singulier, que cette parabole dépasse et transcende le sens commun. Vous voyez à quel point elle exhale et embaume un sens divin; à quel point elle emporte au ciel la vue de l’esprit ! Comme elle l’installe dans les choses divines, et comme elle nous oblige d’allumer la lanterne de notre cœur spirituel; et, à l’instar de la femme de l’évangile, de chercher la drachme de la science du salut, dans l’obscurité de la parabole du Seigneur.
Avant que le Christ se rende à la brebis errante, et soulève sur Ses épaules jusqu’au ciel la brebis repentante, après avoir marché dans les broussailles et les ronces; et avant que, chargé de l’animal dont Il avait pitié, Il parvienne à des bercails inaccessibles au loup, une femme ayant dix drachmes supportait les longues ténèbres de la nuit. Elle ne pleurait pas seulement la drachme qu’elle avait perdue, puisqu’elle ne voyait pas dans la noirceur les neuf autres qui lui restaient. La nuit était pour elle continuelle; c’était pour elle une noirceur profonde et persévérante. Sans le feu divin, sa lampe ne luisait pas assez pour la consoler pendant la nuit. Mais après que le feu spirituel, dans la pluie de feu du Saint-Esprit, se soit répandu sur les Apôtres, et qu’Il ait embrasé de toute la chaleur de son feu les cœurs froids et léthargiques des mortels, la femme, i.e. l’Église, allume sa lumière, c’est-à-dire le regard intérieur du cœur, comme le dit l’apôtre, les yeux illuminés de votre cœur. Elle allume donc sa lanterne, et après le travail des Apôtres, elle écarte la lampe à l’huile judaïque noircie par les ténèbres de l’ignorance, jusqu’à ce qu’elle retrouve dans le Christ l’une des dix drachmes qu’elle avait perdue, les dix drachmes représentant le décalogue.
Le Christ est la Pièce d’argent remplie de divinité. Il est la Drachme de notre rédemption et de notre rachat. C’est Lui qui était dans le décalogue de la loi, et qui S’y tenait caché. C’est le Christ que possédait elle aussi la Synagogue; mais, envahie par les ténèbres, elle ne Le voyait pas. Nous disons donc que les dix drachmes sont les dix paroles de la loi. De ces paroles, la Synagogue avait perdu un Verbe. Lequel ? Celui que Jean a été le premier à avoir trouvé dans l’église, parce qu’il était une lumière ardente, au dire du Seigneur : Il était une lampe ardente. Et au dire de l’Évangéliste : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il est clair que cela était déjà dans le décalogue : Écoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est le seul Dieu. Ne voyant pas cela dans le Fils, la Synagogue l’a perdu dans le Père. N’ayant pas cru au Christ, elle L’a crucifié à mort. Le décalogue avait eu raison de lui dire : Tu ne tueras pas. En décapitant la série des commandements, la Synagogue a été homicide de la loi avant de l’être du Christ. Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère. La Synagogue est condamnée parce que, en se joignant aux dieux des nations, elle a rejeté le Christ; et après avoir mis de côté la puissance du Dominateur, elle a glissé vers l’affection du conjoint. Tu ne commettras pas de vol. Elle a volé la résurrection du Seigneur en subornant les soldats avec de l’argent, pour qu’ils enterrent la résurrection et occultent la vérité. Tu ne feras pas de faux témoignage. C’est elle qui a convoqué de faux témoins, pour que l’Écriture s’accomplisse : Des témoins iniques se levaient et m’interrogeaient sur des choses que j’ignorais. Et, en toute vérité, elle ne pouvait pas autrement trahir l’Auteur de la vérité, parce que la fausseté combat toujours la vérité. C’est ainsi que perd pied et tombe par degrés celui qui chancelle et s’écroule du haut de l’échelle des commandements. Car si la Synagogue avait cru que le Seigneur Dieu est un Dieu unique, elle ne se serait pas rendue jusqu’à ce gouffre ruineux.
Mais nous, suivons la lampe de notre mère l’Église, et en marchant à la lumière du visage du Seigneur, nous parviendrons à la drachme du Christ; et nous convoquerons les amies et les voisines, c’est-à-dire, les églises des Gentils, de peur qu’ils ne sachent trouver leur drachme qui est notre mère. Et disons avec le Prophète : J’ai préparé une lampe pour mon Christ. Et de quel profit fut cette lampe, écoutons-le : Nous avions entendu parler d’elle en Ephrata. Nous l’avons trouvée dans les champs de la forêt. Nous sommes entrés dans ses tentes. Nous avons adoré dans le lieu où ses pieds s’étaient posés. Voici que ce que nous cherchions dans des champs éloignés et dans des forêts denses, nous l’avons trouvé dans le Seigneur, avec la lanterne de notre mère. De cela se réjouit même le Ciel, parce que dans un seul pécheur qui fait pénitence, c’est toute la plénitude du peuple chrétien qui fait cercle, et toute la forme de la divinité du Christ resplendit dans notre drachme.
170ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(explication symbolique du ministère de Jésus et des Apôtres )
En nous racontant aujourd’hui que Jésus parcourait les villages de la Galilée, le bienheureux Marc nous révèle l’amour respectueux et ineffable qu’il nous porte. Jésus faisait tout le tour des villages en enseignant. Vous avez entendu comment Il circule en rond, comment sa pitié infatigable te recherche, comment Il marche pour toi et à cause de toi. Et Lui qui a tout commencé, qui n’est contenu par aucune créature, entre dans ton corps où Il se sent à l’étroit, se contracte pour se glisser dans ta demeure. Et Celui dont la voix des fidèles atteste tous les jours la Majesté en clamant : Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire, circule, apparaît, se montre, est contenu dans des villages, à cause de toi. Où peut bien se mouvoir la Plénitude immobile ? Où va-t-Il et d’où vient-Il Celui qui remplit toutes choses ? Et pourtant, Il va, revient, descend, monte; et l’Homme Dieu supporte tout cela pour toi, parce qu’Il te chérit extrêmement; parce qu’Il t’aime avec excès.
Il prend diverses apparences, varie les formes, change ses modes d’intervention. . Il resplendit maintenant pour toi dans le buisson de feu, pour que la chaleur de la foi te réchauffe, toi, qui es frigide de perfidie. Aujourd’hui, la flamme brille dans la colonne céleste, pour qu’après avoir chassé les ténèbres de l’ignorance, tu puisses, à travers les déserts de ce monde, parcourir la voie de la science du salut. C’est maintenant pour toi que la nuée prend la forme d’une colonne, pour qu’elle tempère le feu brûlant de tes passions. C’est maintenant que comme l’aigle, Il te couve avec les ailes de la sagesse, et te provoque à t’envoler vers le ciel. C’est Moïse qui le dit : Comme l’aigle protège son nid, et veille avec assurance sur ses petits, étendant ses ailes, il les attrape et les reçoit par-dessous sur ses épaules, seul le Seigneur les éclairait, et il n’y avait pas avec eux de dieux étrangers. Maintenant, comme la poule qui nourrit, guide, appelle, accueille, protège, porte, réchauffe, abrite et entoure ses poussins de son corps; comme la poule qui ne pense pas à s’envoler, qui ne se soucie pas pour un temps de sa propre sécurité, Il est entré dans ta maison, Il a vécu dans ta poussière, pour te nourrir, t’instruire et te fortifier, avec des mets locaux traditionnels qui te sont familiers. C’est maintenant que comme un bon pasteur, Il recherche Seul la brebis errante sur des monts élevés, est le Seul à la trouver et à la mettre sur Ses épaules. Et pour que tu ne vagabondes plus sur des terrains propices aux morsures de loup, Il t’emporte et te conduit vers les bercails célestes.
Ainsi, comme nous l’avons dit, Il prend différentes apparences, et varie les formes. Et pour t’améliorer, à chaque fois qu’il le faut, Il change et rechange ses modes d’intervention. Et parce que depuis longtemps, l’ennemi tournait en rond pout te mettre en pièces et te dévorer, il est maintenant nécessaire que le Christ tourne en rond pour te venger et t’arracher de ses griffes, comme le dit l’Ecriture : Votre adversaire comme un lion rugissant tourne en rond cherchant quelqu’un à dévorer.
Et il convoqua les douze. Après de longs siècles de nuit noire, le Jour éternel, notre Christ, reparut lumineux, avec la splendeur désirée de Son aurore. Il a, à n’en peut douter, reproduit ses douze heures sur Ses douze disciples. Ce jour, le bienheureux psalmiste le vit avec son esprit prophétique quand il chanta : Voici le jour que le Seigneur a fait. Réjouissons-nous et exultons en lui. Voilà pourquoi l’Apôtre appelle les croyants les fils de la lumière et de la foi. Vous êtes les fils de la lumière et du jour. Et Il convoqua les douze. Ce chiffre douze, par un quaternaire, nous montre et forme un quadrige tripartite. Par ce quadrige, toute la Trinité est véhiculée et transportée dans les courses apostoliques, pour que ce doux Soldat fasse la guerre au diable; pour que ce Vainqueur modeste abaisse la superbe du monde; pour que le guerrier élimine les discordes pacifiques des Gentils. Pour que, après avoir décapité l’enfer, i.e., la fosse du péché, l’antique prison des âmes, Il conduise à la gloire de Son triomphe la libre captivité du genre humain. Cette course de la Trinité le bienheureux psalmiste l’a vue avec son esprit prophétique quand il disait : Tu es monté dans les hauteurs, tu as fais captive la captivité, tu as reçu des dons parmi les hommes. Le Seigneur a préparé cette course pour Lui, pour son Père et pour le Saint-Esprit, quand Il a dit : Prenez sur vous mon joug, parce que mon joug est suave et mon fardeau léger. Il ne peut pas se lasser d’être miséricordieux, ce transporteur de la piété. Douze patriarches, répartis en douze tribus distinctes, douze fontaines dans le désert, douze pierres du Jourdain tirées du lit de la rivière, tous ces douze ont-ils été choisis pour être une image et une figure du chiffre apostolique ? Nous le laissons à déterminer à celui qui scrutera la loi plus en profondeur.
Pourquoi le Seigneur a-t-Il envoyé les apôtres prêcher deux par deux? La suite du texte que nous avons lu s’efforcera de le révéler. Et il commença à les envoyer deux par deux. Il les a envoyés deux par deux de peur que la singularité, laissée à elle seule, renie comme Pierre ou fuie comme Jean. La fragilité humaine chute vite quand l’orgueil la rend sure d’elle-même. Elle méprise les compagnons, et ne veut pas avoir de collègues. C’est le Saint-Esprit qui le dit : Malheur à celui qui est seul quand il tombera, s’il n’y en pas un autre pour le relever. A quel point l’un est fortifié par l’aide de l’autre, la même Ecriture l’atteste : Un frère qui est aidé par un frère est comme une ville fortifiée. Et Il commença à les envoyer deux par deux. Il n’y a par à s’étonner, mes frères, si la Trinité a monté dans un quadrige tripartite provenant du chiffre douze, et si maintenant Elle monte dans un char à deux chevaux, pour montrer clairement la vocation des deux peuples dans les deux envoyés, au dire de l’Apôtre : Est-il seulement le dieu des juifs ? Ne l’est-il pas aussi des Gentils ? Très certainement, il l’est aussi des Gentils. Pour que soit accomplie la prophétie d’Isaïe qui affirme avoir vu quelqu’un montant un char à deux chevaux, quand il s’entend dire : Que vois-tu ? Et il répondit : Je vois quelqu’un qui conduit un char à deux chevaux. Et un peu après, il clame que Babylone est tombée avec toutes ses œuvres d’art. Qui doute, mes frères, que le Christ n’ait chevauché sur ces chars à deux chevaux, quand il voit, qu’à la prédication apostolique, les temples se sont écroulés, les idoles sont disparus, le mugissement des taureaux a cessé, les victimes et les autels se sont dissipés pour toujours avec leur encens et leur fumée ? Habacuc a vu ces chars à deux chevaux quand il clama : Qui monte sur tes chevaux, et qui est la santé de ton écurie. Et il leur donna le pouvoir sur les esprits mauvais Voici quelle est la marque de la divine vertu, la preuve d’un triomphe singulier : que le diable Lui-même soit livré comme proie à sa proie; comme captif à ses captifs, comme vaincu à ses vaincus, dans la mesure même où il est soumis au pouvoir de ceux dont la servitude avait fait autrefois sa grandeur. C’est avec raison qu’il se lamente, avec raison qu’il gémit, qu’il grince des dents, car il se voit renversé par la sentence des hommes, par la puissance des êtres humains, celui qui les avait longtemps trompés en les persuadant qu’il était dieu.
Et il leur commanda de ne rien apporter en chemin. Un bâton seulement : pas de besace, pas de pain, pas d’argent. Quand un homme invite des ouvriers à travailler pour lui, il ne leur fournit pas seulement la nourriture nécessaire, mais des banquets somptueux, pour que le festin de la bienveillance déclasse et surpasse le labeur et le poids du travail. Combien Dieu doit considérer inhumain celui, qui invité par Lui à travailler, arrive plein d’anxiété, et la besace remplie de pains et d’argent ? Ou l’ouvrier infidèle qui se rapporte au travail épuisé ou en retard ? Ou qui ne peut pas s’y rendre ? Il a promis des récompenses copieuses par tant d’engagements signés et par tant de témoins, Il a promis une si abondante moisson, et tu penses, toi, dans ton esprit impie, qu’Il ne t’apportera ni pain ni vêtement ? Quant tu n’étais pas, Il t’a donné d’être; et tout ce que tu as, o homme, c’est Lui qui te l’a donné. Même quand tu vivais pour toi et des voluptés, Il ne t’a pas refusé la nourriture nécessaire. Et quand tu le serviras par tes vertus et par tes œuvres, tu t’imagines qu’Il ne te fournira pas le pain et le vêtement ? L’argent qui est dans ta besace et que tu portes à ta ceinture, qui te l’a donné ? Pourquoi accours-tu pour L’insulter dans des choses qui Lui appartiennent ? Il sait que tu es riche. Cesse, homme, ce genre de comportement. La pauvreté divine te suffit; dépose les bagages de tes richesses. Celui qui est chargé ne peut pas parvenir, par la voie étroite, au travail de la moisson divine. Viens désencombré, viens libre de tout travail, avant que nu et dépouillé, infidèle à tous tes engagements, tu ne sois écroué pour subir ta peine. Les richesses ne suivent pas le mourant. Que ta conscience soit pour toi ta besace, que ta vie soit pour toi le pain. pour que le Christ soit dans ta vie le vrai Pain, Lui qui a dit : Je suis le pain. Que ta récolte soit pour toi le prix, car il exige en toute sécurité du Christ une récompense celui qui, pour être fidèle, a méprisé et rejeté ce qu’il avait.
171ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(des Apôtres qui ne se lavaient pas les mains avant de manger)
La foudre ébranle l’esprit et les sens des hommes quand elle met en pièces les rochers, les montagnes, les arbres, et les toitures des maisons. Elle les percute de façon à susciter la terreur. De la même façon, à chaque fois que le Seigneur tonne contre les Pharisiens, Il corrige Ses fidèles en leur inspirant une peur salutaire, comme le rapporte l’évangile d’aujourd’hui : les Pharisiens et les Scribes vitupéraient les disciples, parce qu’ils mangeaient sans s’être lavé les mains. Que personne, en entendant cela, n’aille s’imaginer que les disciples du Seigneur mangeaient, par mépris de l’étiquette, avec des mains crasseuses et boueuses; qu’à la table du Seigneur et aux banquets, ils faisaient fi des règles élémentaires de la politesse et des bienséances. Ce genre de comportement, ni la nature ne le souffre, ni les lois de l’hospitalité ne l’admettent. Qui n’apporte pas de l’eau dans ses mains pour rendre hommage à un visiteur; ou qui attriste celui qui l’offre en la refusant ? Surtout depuis que le Seigneur a blâmé Simon qui L’avait invité à sa table : Tu ne m’as pas donné d’eau pour mes pieds. Il veut donc que nous fassions ce qu’on nous enseigne partout qu’Il exige.
Mais les Pharisiens ne se souciaient pas du soin que les disciples du Seigneur prenaient de leurs corps. Ce qui les préoccupait, c’étaient les baptêmes de leur superstition. Ils ne savaient pas qu’il n’y avait qu’un seul baptême, que le Seigneur avait enseigné non seulement pour laver les esprits et les corps, mais pour les régénérer; qui ne purifie pas le corps pour l’entretien de la vie, mais la conscience pour la sauver. C’est ce que la prière du Prophète demandait quand il disait : Lave-moi encore plus de mon injustice. Ce qui veut dire : Combien de temps me laveras-tu légalement sans me laver ? Lave-moi une fois pour toutes par ta grâce, moi, que les nombreuses ablutions de la loi n’ont su laver. Mais cela, que nous le fassent comprendre les paroles de l’Évangile qui suivent : Les Pharisiens et tous les Juifs ne mangeaient pas à moins de se laver fréquemment les mains, tenant cette tradition de leurs ancêtres. Et quand ils venaient de la place publique, ils ne mangeaient pas sans s’être lavé les mains. Ils faisaient le baptême des coupes, des cruches, des vases en cuivre, et des lits de table.
Pharisien, comment peux-tu te croire pur, quand tout dans ton festin est pollué ! Au marché, tu as négocié froidement le sang d’un innocent; tu as recherché avec soin les moyens de t’emparer de la substance du pauvre; tu as cherché à découvrir comment réduire la liberté en esclavage. Et quand ton intérieur est si chargé de crimes, comment l’eau suffirait-elle à te laver et à te nettoyer de l’extérieur ? L’eau a pu purifier nos cœurs et nos corps quand elle a été elle-même purifiée par le commerce du Saint-Esprit, pour qu’elle puisse accomplir, par un signe visible, le sacrement invisible de notre purification. Mais toi, Juif, tu baptises des coupes, des cruches, des vases d’airain. Toutes ces choses sont privées de sentiment et de mouvement par nature : elles ne connaissent ni ne reconnaissent la culpabilité. Tu honores ces choses, et toi, par qui tout est contaminé, tu ne te purifies pas. Par tes traditions et tes rites, tu purifies des choses qui ont été vendues; et toi qui t’es vendu, tu ne cherches pas à te purifier par des rites et des ministères divins.
Mais écoutons, nous, non ce que le Seigneur a répondu aux Juifs, mais à Ses disciples. Il disait que c’est ce qui sort de l’homme qui contamine l’homme. De l’intérieur, du cœur de l’homme procèdent les mauvaises pensées, les adultères, les fornications, les homicides, les vols, l’avarice, la malice, la ruse l’impudicité, le mauvais œil, les blasphèmes, l’orgueil, la stupidité. Tous ces maux procèdent de l’intérieur et contaminent l’homme. Quelle étendue de terre, quelle grandeur de ville, quelle largeur de pays faut-il pour pouvoir contenir autant d’adversaires, capturer autant d’ennemis, s’emparer d’autant de nations que les vices, les péchés et les crimes ne ravissent d’intelligences humaines, ne s’emparent de cœurs d’hommes. ? Vous avez observé, mes frères, que, pour attraper une seule brebis, toutes les espèces d’animaux de proie accourent. Elles sont d’autant plus acharnées qu’elles ne peuvent pas s’empiffrer, que les prédateurs à la dent vorace ne peuvent pas se rassasier avec la capture d’une seule brebis. Elles écument et se consument d’autant plus qu’elles ont été incapables de l’attraper et de la dévorer. Comment expliquer que pour une seule colombe, se précipitent tant de milans, tant d’aigles, tant de vautours voraces, toute une cascade d’oiseaux sordides ! Le Prophète avait eu vent de ce grand nombre, de cette multitude quand il chantait : Des malheurs m’ont entouré qu’on ne peut compter. Mes iniquités m’ont saisi, et je ne pouvais plus voir.
C’est de l’intérieur de l’homme qu’elles procèdent. Il est tolérable l’ennemi quand, de l’extérieur, il attaque le mur avec le bélier. Quand il est placé à l’extérieur, il arrête parfois le combat. Mais quand l’assiégé voit que l’ennemi est à l’intérieur des murs, que l’adversaire sévit avec violence au cœur même de la ville, son cœur ne bat plus, il prévoit et déplore déjà sa captivité. Il ne peut plus être son propre protecteur; il ne peut plus être le libérateur des siens : il demande l’aide d’un autre, il cherche un autre défenseur. C’est de l’intérieur, c’est du cœur qu’elles sortent. Voilà une toute nouvelle façon de faire la guerre. Les nations sortent à l’appel d’un homme pour aller se battre contre un homme. Elles ne se contentent pas de vaincre en cachette, de terrasser l’ennemi en catimini. Elles cherchent la gloire humaine en détruisant l’homme. Les Juifs, qui sont sur la place publique, se lavent et lavent leurs plats en public. Nous, mes frères, c’est à l’intérieur que nous nous purifions des saletés des vices.
Ces nations d’iniquité, vainquons-les dans nos esprits, avec le Christ qui combat pour nous. Chassons de nos cœurs les bêtes des péchés par la terreur qu’inspire le nom du Seigneur. Les oiseaux rapaces et voraces des crimes repoussons-les violemment loin de nos sens, avec la lance de la croix. Pour que la splendeur de notre cité, la sainteté de notre temple, la beauté singulière de toute notre maison, incitent et invitent notre Auteur à toujours venir habiter en nous. Les vices ne peuvent pas retourner là où le Christ réside à demeure avec Ses vertus.
172ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(« gardez-vous du levain des Pharisiens »)
Vous avez entendu, mes frères, comment le portier s’interdit lui-même l’entrée, quand il laisse les autres à la porte. Malheur à vous, docteurs de la loi, parce que vous avez enlevé la clé de la science. Vous n’y êtes pas entrés vous-mêmes, et ceux qui entraient, vous les en avez empêchés. Vous avez donc entendu comment le portier jaloux s’est exclu lui-même en refoulant les autres. Le Pharisien avait reçu les clefs non pour tenir les portes fermées, mais pour les ouvrir à ceux qui désiraient entrer. Mais pour ne pas laisser entrer autrui, il a préféré ronger son frein à l’extérieur. Tous les vices recherchent ce qui est délectable, mais ils sont dommageables. La jalousie, elle, dévore plus complètement ceux qu’elle a parasités. Elle est toujours une bête fauve pour ses proies. Elle exacerbe les sens, torture les âmes, tourmente les esprits, et corrompt les cœurs. A quoi bon parler davantage ? Celui qui l’accueille en lui s’infligera sans fin à lui-même des supplices, parce qu’il aime toujours avoir en lui un membre de la famille qui le torture. Comment trouver un terme aux malheurs là où le bien de l’un est la peine de l’autre; là où la félicité de l’un est la torture de l’autre ? C’est un mal exponentiel : autant il y a de prospérités chez les hommes, autant les envieux ont de tourments. Une âme chrétienne peut combattre les autres vices, mais celui qui ne fuit pas la jalousie avant de l’avoir rencontrée, ne s’en débarrassera jamais. C’est elle qui a persuadé aux docteurs de la loi de ne pas ouvrir la loi, mais de la cadenasser; de ne pas rendre accessible la doctrine du précepte du salut, mais de la nier; de verrouiller la fontaine de la science, et du flux vital; et d’obstruer en secret les richesses de leur origine. Cette maladie il faut la fuir à grande enjambée, car elle ne permet pas à ceux qu’elle a atteints de recouvrer la santé.
L’envie a tenté le ciel lui-même : c’est là que, d’un ange, elle a fait un démon. Elle a brulé les terres, en nous bannissant, avec un gardien enflammé, des délices du Paradis . Elle harcèle les rois : elle a poussé le roi Hérode à massacrer les bébés qui étaient du même âge que le Christ, de façon à ce que, de leurs membres délicats, le lait a coulé avant le sang, Elle viole la charité : c’est elle qui a fait de Caïn un fratricide, et qui arrosa la terre encore innocente d’un nouveau sang répandu. Elle dévaste les peuples, car, s’il est permis de le dire, si le mot a du sens, elle fit des Juifs des déicides. Nous disons déicides, non parce qu’ils sont parvenus à tuer Dieu, mais parce que c’est à cela que tendait leur acte de scélératesse. Car dans le Christ, les Juifs ne se sont pas efforcés d’opprimer seulement l’Homme, mais Dieu Fils de Dieu; ils ont cherché à détruire son pouvoir. N’ont-ils pas dit : Voici l’héritier, venez, tuons-le, et l’héritage sera à nous. Mais que peut le démon contre Dieu ? Qu’est-ce que l’envie peut opposer à la charité du Seigneur ? Le démon nous a envié la terre, mais Dieu nous a donné le Ciel. Le docteur de la loi a soutiré la clef de la science, mais le Christ, par Pierre, nous a gratifiés des clefs du royaume des cieux. Ainsi, la jalousie est privée de tout ce qui lui était avantageux; et l’homme est enrichi des biens spirituels par ces dommages temporels eux-mêmes que l’envie du démon a rendus nécessaires.
Le Seigneur a donc eu raison d’ajouter un peu plus loin : Gardez-vous du levain des pharisiens. Parce que la masse obtenue par l’action du levain ne provient pas d’un accroissement, mais d’une enflure; et la pâte est boursouflée non dilatée. Plus elle s’échauffe, plus la boule de farine gonfle, et plus elle est pleine de légèreté et de ballonnement. On comprend dès lors pourquoi Jésus a dit : Gardez-vous du levain des pharisiens qui est l’hypocrisie. Qu’est-ce que l’hypocrisie sinon un extérieur composé avec étude, et qui agit dans la réalité autrement que ne le promet le visage. Cette hypocrisie chez les Pharisiens était gonflée par la science : La science enfle. Car la science les enflait de superbe; elle ne les instruisait pas pour la conduite de leur vie. Elle les corrompait en les rendant mauvais; elle ne les améliorait pas en les rendant plus prudents. L’hypocrisie était sur leur visage; l’hydropisie de l’envie était dans leur esprit. Il y avait dans leurs cœurs une fontaine asséchée; et il y avait une eau bouillante qui enflammait de plus en plus par ses flots, qui n’étanchait pas la soif de celui qui en buvait, mais ne faisait qu’aviver l’incendie. C’est ainsi que quand c’est l’hypocrisie qui verse l’eau, la jalousie boit toujours avant les siens. L’Apôtre veut nous éloigner de cette maladie : Car nous, non dans un vieux levain, non dans un levain de malice et de méchanceté, mais dans les azymes de la sincérité et de la vérité. C’est l’azyme de sincérité et de vérité qui nous pousse à célébrer Pâques saintement. La vérité ne connaît pas l’enflure; la simplicité, de toute évidence, ignore l’hypocrisie. Dans les azymes de la sincérité et de la vérité. Voilà les azymes du cœur, voila les pâtes pétries avec la douceur céleste, rendues plus savoureuse par la graisse de la grâce, et cuites avec le feu du Saint Esprit. En les mangeant, nous immolons solennellement notre Pâques, l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde, nous pour qui le Christ est né et s’est transmuté dans la joie totale et la gloire totale.
173ème Sermon de Saint Pierre Chrysologue
(la mort de saint Jean-Baptiste)
Le bon pasteur passe ses jours et ses nuits dans l’anxiété, pour que ni la ruse du voleur ni la férocité astucieuse des loups ne manigancent rien de funeste ni de dommageable au troupeau chéri. Le bon pasteur, comme a dit le Seigneur, dépose sa vie pour ses brebis. Et les bonnes brebis écoutent toujours la voix de leur pasteur d’une oreille attentive; elles s’en tiennent toujours à sa décision; elles font toute la volonté de leur pasteur. Elles escaladent les mamelons, parcourent les terrains arides, changent souvent d’alpages. Et c’est ainsi qu’elles finissent par atteindre les pâturages idoines, bien irrigués par les ruisseaux, ombreux, qui leur conviennent parfaitement : des sous bois qui invitent au repos. Elles retrouvent alors les charmes de l’existence, et jouissent des agréments de la vie.
Et vous, mes petit fils, portion imposante du troupeau du Seigneur, qui est déjà vêtue d’une robe de laine blanche neige et toute divine, qui est fécondée par des semences célestes, et couverte de moissons, vous êtes parvenus, à l’appel de notre voix, aux lieux et aux pâturages salutaires. Vous vous êtes étendus confortablement sur le lit de festin, dans le vêtement de notre doctrine; vous avez prêté attention à ce que nous réglons, écouté ce que nous disons, et approuvé ce que nous faisons. Saisissez le sens de notre prédication non d’après ce que vous aimeriez qu’elle soit, mais d’après l’enchaînement des idées. Que nous parlions de cette marche, ou que nous vous entretenions de la chaire sacerdotale, rassemblez-vous et accourez avec la course de la foi, comme de bonnes brebis, comme des troupeaux chéris, comme des enfants bien-aimés, sans morgue et sans paresse. Que les travaux de rénovation et l’espace réduit ne vous dépriment pas, et ne vous fassent pas maugréer. Car aucune brebis ne parvient au bercail si elle erre ça et là à sa guise. De la même façon, le disciple ne pourra acquérir la science, s’il veut être instruit selon ses goûts et caprices. Nul malade non plus ne pourra recouvrer la santé s’il veut qu’on le soigne selon son humeur et à son gré. Mais parce que la lecture de l’évangile porte aujourd’hui sur un loup féroce, saisissons le bâton du pasteur et passons à l’évangile qui vient d’être lu.
Le roi Hérode avait entendu parler de Jésus, car ce nom était sur toutes les bouches. Il disait : Jean est ressuscité des morts, voilà pourquoi des miracles s’opèrent en lui. Il est assez fou pour vénérer un mort qu’il a persécuté férocement de son vivant. Hérode, qu’a fait ton glaive, ta cruauté qu’a-t-elle obtenu, à quoi a servi ton impiété si, comme tu le dis, il est revenu faire des miracles, s’il est ressuscité pour accomplir des œuvres divines, celui que ta fureur croyait avoir anéanti ? Ici, ce n’est pas la personne qui a péri, mais la faiblesse humaine; ce n’est pas Jean, mais c’est plutôt la mort qui a succombé par une telle mort. La peine est illusoire, dérisoire est le bourreau; la sentence du misérable juge s’est fourvoyée, puisqu’il n’a pas exterminé celui qu’il a assassiné, mais l’a exalté. Jean est ressuscité des morts, voilà pourquoi des miracles s’opèrent en lui. Et s’il s’avait que Jean ressusciterait, pourquoi a-t-il été assez insensé pour le tuer ? S’il savait qu’une telle mort devait l’élever au sommet de la divine vertu, et à tout ce qu’il y a de plus extraordinaire dans la puissance divine, pourquoi s’est-il fait l’auteur d’une telle mort ? L’impiété est toujours atteinte de la fièvre; c’est la frénésie qui maintient la cruauté au pouvoir; la fureur ne manque jamais de démence. Car elle sévit en elle à chaque fois qu’elle assaille autrui. Elle se punit elle-même à chaque fois qu’elle persécute un innocent. Elle s’inflige une blessure mortelle quand elle agit avec cruauté envers le juste. Voici Jean. Comme tu le dis toi-même, il continue à vivre dans le Christ. Il revient pour être ta punition, celui qu’une mission céleste avait fait venir pour être ta guérison.
D’autres disaient que c’était Elie. D’autres disaient la vérité en disant qu’il était un prophète, ou Le prophète. En entendant cela, Hérode dit : C’est Jean que j’ai décapité. Il est ressuscité des morts. Sa conscience mal intentionnée mais véridique est un témoin de son crime, un délateur de son forfait, un accusateur de son péché sordide. C’est Jean que j’ai décapité. Il est ressuscité des morts. Il dit vrai, car comme les Siens ressuscitent dans le Christ, le Christ, Lui aussi, souffre dans les Siens. Et comme l’honneur rendu à la tête déteint sur les membres, les peines infligées aux membres endolorissent la tête, et l’injurient. Voilà Jean que j’ai décapité. Ce roi sage, qui est le juge suprême, le censeur des mœurs, le gardien de la discipline, le vengeur de l’innocence, la punition des criminels, dit qu’il a décapité Jean. Il tait la raison pour laquelle il l’a fait, de peur que la turpitude d’un tel acte ne sape son pouvoir royal. Mais l’évangéliste, lui, nous la révèle, pour que l’ignominie de l’assassin centuple la gloire de l’assassiné.
Car Hérode envoya des soldats pour s’emparer de Jean, et l’incarcéra à cause d’Hérodiade, femme de Philippe, son frère, parce qu’il l’avait épousée. Jean disait à Hérode : il ne t’est pas permis d’avoir la sœur de ton frère. Hérodiade, qu’un amour impie avait rendue l’épouse de deux frères, violait l’amour par l’amour en se joignant à Hérode. Ils ne devaient pas différer par le nom ceux qui étaient semblables par le crime, les mœurs et la vie; ils se devaient d’être unis par le nom ceux que la turpitude des forfaits avait réunis. C’est Hérodiade qui tendait des embûches à Jean. Elle ne réussissait pas encore à dominer l’âme de l’infidèle Hérode. Mais l’adultère ne faisait que différer le mal. Pour ne pas être celle qui inculpe, elle machinait la mort de celui qui avait le pouvoir d’inculper. Lui, pour plaire à une inceste, captif lui-même, il arrêta un juste et l’enferma sous bonne garde, parce qu’il n’est pas facile pour un coupable de dicter la sentence de condamnation d’un innocent.
Quand un jour favorable arriva où Hérode organisa un banquet d’anniversaire pour les princes, les tribuns, et les premiers de Galilée, et quand entra la fille d’Hérodiade, quand elle dansa et plut à Hérode et à tous ceux qui banquetaient avec lu, le roi dit à la fille : demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai, même si c’est la moitié de mon royaume. Et il le lui jura. Roi ingrat et inhumain, qui pour une si grande prouesse, un si glorieux travail, un fait si mémorable ne donne pas tout son règne, mais seulement une moitié ! Et pourquoi s’en est-il conservé une partie pour lui, lui qui, après la si grande gloire de sa maison, après la si grande sainteté de sa famille, après un tel exemple de chasteté, ne devait même pas exister, paraître en public et vivre ! Celle qui est la fille du crime, non de la nature, ne court pas vraiment à sa mère mais à la sentine de son crime, pour que celle qui s’était montrée gracieuse et ingénue se révèle cruelle et farouche; et pour qu’elle se métamorphose en tragédienne criminelle, --je parle ici en connaisseur-- celle qui avait sans pudeur joué la comédie.
Et retournant à sa mère, elle lui dit : Que demanderai-je ? Sa mère lui dit : La tête de Jean-Baptiste. Elle sortit, et se dirigea en toute vitesse vers le roi, et lui fit sa demande en ces mots : Je veux que sur-le-champ tu me donnes sur un plateau la tête de Jean. Le roi en fut contristé. Il envoya immédiatement un garde du corps, et lui ordonna de décapiter saint Jean-Baptiste. Il y alla et décapita le saint dans sa prison, apporta sa tête sur un plat, et la donna à la jeune fille. Et la fille la donna à sa mère. C’est ainsi qu’exerce son métier de juge cette âme étranglée par des crimes crapuleux, détraquée par le vin, et qui a complètement sombrée dans le naufrage de l’ivrognerie. Je veux que sur-le-champ, tu me donnes sur un plat la tête de Jean. Elle demande la tête d’un homme l’engeance de vipères, sur la tête de laquelle pèse une sentence de condamnation pour meurtre au premier degré. Comme a dit le Seigneur : elle t’écrasera la tête, et toi tu guetteras son talon.
Que la prolixité ne nous fasse pas traîner ce sermon en longueur. Les richesses insondables de ce texte nous ont, d’ailleurs, mené assez loin. Remettons le reste à plus tard, de peur que la hâte d’en finir ne nous fasse traiter superficiellement ce qui demande de longs développements. En conclusion de notre sermon, ajoutons qu’elle a couru pour rien; car toute la descendance du serpent antique, c’est notre Jean qui, en étant tué, l’a tuée par l’effusion de son sang.