II - Les sages-femmes et la naissance de Moïse.
Ce “ roi qui n'a pas connu Joseph ” dresse mille embûches contre le peuple de Dieu et cherche toujours de nouveaux moyens de lui nuire. Mais son ingéniosité dépasse maintenant la mesure : pour éteindre la race, il se sert de sages-femmes, dont le rôle est de veiller à la vie. Que lit-on en effet ? “ Le roi s'adressa aux sages-femmes des Hébreux, qui s'appelaient l'une Séphora et l'autre Phua, et leur dit : Quand vous assisterez les femmes des Hébreux au moment de l'enfantement, si c'est un mâle, tuez-le ; si c'est une fille, laissez-la vivre. ” Mais voici la suite : “ Les sages-femmes craignirent Dieu ; elles n'obéirent pas aux ordres du roi d'Égypte et elles laissaient vivre les enfants mâles. ” À prendre ces mots selon l'histoire, il ne semble pas que se vérifie l'affirmation de l'Écriture, que les sages-femmes désobéirent au roi d'Égypte. On ne trouve pas, en effet, qu'elles aient tué les filles qu'il leur avait ordonné de laisser vivre. Car il avait dit : “ Si c'est un garçon, tuez-le ; si c'est une fille, laissez-lui la vie ”. S'il est vrai qu'elles n'ont pas exécuté ses ordres, comme elles lui désobéissaient en laissant vivre les mâles, elles auraient dû lui désobéir aussi en tuant les filles. Car c'était obéir au Pharaon que de les laisser en vie. Je dis cela en passant, pour les amis de la lettre qui ne croient pas que la loi soit spirituelle et doive être comprise en un sens spirituel. Pour nous, nous savons que l'Écriture n'a pas été rédigée pour nous raconter des histoires anciennes, mais pour notre instruction salutaire ; aussi comprenons-nous que ce qu'on vient de nous lire est toujours actuel, et pas seulement en ce monde, que figure l'Égypte, mais en chacun de nous. Cherchons donc pourquoi le loi d'Égypte, lequel est “ le prince de ce monde ”, ne veut pas laisser vivre les mâles, mais les filles. Si vous vous souvenez, nous avons souvent montré dans nos entretiens que la femme représente la chair et les affections de la chair, tandis que l'homme est le sens raisonnable et l'esprit intelligent. Le Pharaon, roi et seigneur d'Égypte, déteste ce sens raisonnable qui peut goûter les choses célestes, comprendre Dieu et “ chercher ce qui est en haut ” ; il désire le voir mort et anéanti. Il voudrait au contraire que vive tout ce qui touche à la chair, et qui s'apparente au corps matériel ; et non seulement vive, mais s'accroisse et se développe. Il voudrait que tous aient le goût charnel et le désir des choses temporelles, que tous recherchent “ ce qui est sur terre ”, que nul “ ne lève les yeux au ciel ”, ne cherche d'où il est venu ici, et n'ait le souvenir de la patrie céleste. Quand vous voyez des hommes passer leur vie dans le plaisir et la mollesse, baigner dans le luxe, passer leur temps en banquets, dans le vin, les orgies et l'impudicité, sachez qu'en ces hommes le roi d'Égypte tue les mâles et laisse vivre les filles. Mais si vous rencontrez un homme, tel qu'on en voit “ un sur mille ”, qui se tourne vers Dieu, dirige son regard en haut, recherche le durable et l'éternel, s'attache à la contemplation non “ des choses visibles mais des invisibles ”, fuit la mollesse et aime la continence, évite la luxure et pratique la vertu, cet homme, le Pharaon veut sa mort, parce que c'est un mâle, un homme. Il le poursuit, le persécute, emploie mille ruses pour le combattre. Il hait de tels hommes et leur interdit de vivre en Égypte. Voilà pourquoi tous ceux qui servent Dieu en ce monde, tous ceux qui le cherchent, sont en bute à la moquerie et au mépris, exposés aux insutes, saturés d'outrages ; haines et persécutions s'acharnent contre eux, parce que le Pharaon les hait, lui qui déteste de tels mâles et n'aime que les filles. Il essaie de corrompre les sages-femmes et d'arriver par elles à ses fins. L'Esprit Saint a voulu que leurs noms nous fussent conservés. L'une est Séphora, dont le nom signifie passereau, et l'autre Phua, ce qui peut se traduire en notre langue par rougissante ou pudique. Voilà celles par qui le Pharaon voudrait tuer les mâles pour ne laisser en vie que les filles.
Mais que dit l'Écriture ? “ Les sages-femmes craignaient Dieu, et elles n'exécutèrent point l'ordre du roi d'Égypte. ” On a dit avant nous que ces sages-femmes signifient la connaissance raisonnable. Elles sont neutres, favorisant la naissance aussi bien des garçons que des filles. C'est-à-dire que cette connaissance ordinaire de la science raisonnable est le lot quasi de tout homme, elle instruit et nourrit tout le monde. A-t-on l'âme virile, veut-on chercher les choses du ciel et s'adonner aux choses divines, on est comme ranimé et fortifié par ce genre de connaissance pour pénétrer dans l'intelligence des choses divines. Car l'une est comme le passereau, elle apprend à l'esprit à prendre de la hauteur et à voler sur les ailes raisonnables de la doctrine ; l'autre, rougissante ou pudique, est la science qui règle les mœurs, enseigne la pudeur, fonde l'honnêteté.
Cependant, mon opinion personnelle est que, par ces mots de l'Écriture : “ craignant Dieu, elles désobéirent au roi d'Égypte ”, ces sages-femmes sont désignées comme une figure des deux Testaments. Le nom de Séphora, qui veut dire passereau, peut convenir à la loi, qui est spirituelle ; quant à Phua, rougissante et pudique, elle signifie les Évangiles, qui sont vermeils du sang du Christ et font resplendir par le monde entier le sang de sa Passion. Par eux, comme par des sages-femmes, sont soignées les âmes qui naissent dans l'Église, car c'est dans l'Écriture que celles-ci puisent toute la connaissance nécessaire à leur santé. Cependant, le Pharaon essaie de s'en servir pour tuer les enfants mâles de l'Église, en suggérant à certains de ceux qui étudient les divines Écritures des considérations hérétiques et des dogmes pervers. Mais le fondement divin demeure inébranlable. En effet, “ les sages-femmes craignent Dieu ”, ce qui veut dire qu'elles enseignent la crainte de Dieu, car “ la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse ”.
Ce qui suit est susceptible d'une application encore plus exacte : “ Parce qu'elles craignaient Dieu, les sages-femmes se construisirent des maisons. ” Selon la lettre, ces paroles n'ont aucune logique. Quel rapport y a-t-il en effet entre ces deux choses ? Comme si la construction d'une maison suivait la crainte de Dieu ! À prendre la phrase telle quelle, il y a là non seulement un illogisme, mais un non-sens. Mais si l'on observe qu'en enseignant la crainte de Dieu les écrits de l'ancien et du nouveau Testament élèvent des demeures à l'Église et remplissent le monde entier de maisons de prière, le texte de l'Écriture apparaît alors plein de sens.
Ainsi donc, ces sages-femmes qui craignent Dieu et enseignent à le craindre, n'exécutent pas les ordres du roi d'Égypte ; elles laissent vivre les enfants mâles. Il n'est pas dit, cependant, qu'elles obéirent à l'ordre du roi de laisser vivre les filles. Pour moi, suivant en cela le sens de l'Écriture, je crois et j'ose dire qu'elles ne les laissent pas vivre. Car on n'enseigne pas le vice dans les Églises, on n'y prêche pas la débauche, on n'y nourrit pas le péché — voilà ce que veut le Pharaon ordonnant de laisser vivre les filles, — mais on n'y cultive et entretient que la vertu.
Mais appliquons-nous chacun ce texte à nous-mêmes. Si vous craignez Dieu, vous non plus vous n'exécutez pas l'ordre du roi d'Égypte. Il vous commande la mollesse, l'amour du siècle présent, le désir des choses présentes. Si vous craignez Dieu, si vous remplissez à l'égard de votre âme, le rôle de la femme, si vous désirez son salut, vous ne ferez pas ces choses, mais vous laisserez vivre l'enfant mâle qui est en vous, vous aurez soin de votre homme intérieur, vous le nourrirez, et par vos bonnes actions et vos saintes pensées vous lui conquerrez la vie éternelle. Mais quand Pharaon s'aperçut que par le moyen des sages-femmes il ne pouvait tuer les enfants mâles d'Israël, il donna cet ordre à tout le peuple : “ Jetez au fleuve tout enfant mâle né chez les Hébreux et laissez vivre toutes les filles. ” Vous voyez quel ordre donne aux siens “ le prince de ce monde ” : ravir nos enfants, les jeter au fleuve, leur tendre dès leur naissance des pièges continuels, se précipiter sur eux dès qu'il qu'ils commencent à toucher les mamelles de l'Église, les en arracher, les poursuivre, les engloutir dans les flots de ce siècle. “ Faites attention à ce que vous entendez ” ; “ sachez comprendre ”, dit par Salomon, la Sagesse divine, “ ce qui vous est présenté ”. Voyez le danger qui vous menace dès votre naissance, ou plutôt dès votre nouvelle naissance. Vous le lisez dans l'Évangile, quand il est dit que, aussitôt après son baptême, “ l'Esprit conduisit Jésus au désert pour y être tenté par le démon ”.
Tel est donc l'ordre que donne ici Pharaon a son peuple concernant les enfants hébreux se précipiter pour s'emparer d'eux des leur naissance et les noyer. C'est sans doute aussi le sens de ces mots du prophète “ Les eaux sont montées jusqu'à mon âme, je suis enfoncé dans une fange épaisse, il n'y a pas ou poser le pied ” Mais le Christ a vaincu, pour vous ouvrir le chemin de la victoire. Il a vaincu en jeûnant pour que vous sachiez vous aussi “ vaincre ce genre de démons par le jeûne et la prière ” Il a méprisé l'offre qui lui était faite de tous les royaumes du monde avec leur gloire, pour que vous aussi vous triomphiez de la gloire tentatrice du monde en la méprisant. Les Égyptiens, auxquels le Pharaon a donné ces ordres, laissent vivre seulement les filles, ils détestent les mâles, car ils haïssent la vertu et ne nourrissent que les vices et les plaisirs. Maintenant encore, les Égyptiens se mettent donc en embuscade, s'il naît chez les Hébreux un enfant mâle, ils le réclameront aussitôt pour le tuer, a moins qu'on ne le protège en veillant a dissimuler son sexe.
L'Écriture nous dit enfin “ qu'une femme de la tribu de Levi mit au monde un enfant mâle, elle vit que l'enfant était beau, et le cacha pendant trois mois ” Ne nous est-il pas recommandé par la de ne pas faire nos bonnes œuvres en public, de ne pas “ faire montre de notre justice devant les hommes ”, mais de “ prier notre Père, porte fermée, dans le secret ”, et “ que notre main gauche ignore ce que fait notre droite ” ? Car si nous n'agissons pas en secret, les Égyptiens feront irruption, ils raviront nos œuvres, et les jetteront dans le fleuve, ou les flots les submergeront. Si je fais l'aumône, comme c'est une œuvre divine, je mets au monde un enfant mâle, mais si je la fais pour être vu des hommes et m'attirer leurs louanges, si je ne la cache pas, elle devient la proie des Égyptiens, elle est engloutie dans le fleuve, et c'est pour les Égyptiens qu'avec tant de peine j'ai enfanté cet enfant mâle. C'est pourquoi, peuple de Dieu qui m'écoutez, comme je vous l'ai déjà dit souvent, ne croyez pas que ce soient la de vieilles fables. Ces récits vous apprennent à connaître le sens de la vie, les principes de la morale, les combats de la foi et de la vertu
“ Voyant donc la beauté de l'enfant ”, les gens de la tribu de Levi le cachèrent pendant trois mois. Et comme ils ne pouvaient le cacher plus longtemps, “ sa mère prit une corbeille qu'elle enduisit de goudron, y coucha l'enfant, et la déposa sur un étang au bord du fleuve. Sa sœur surveillait de loin, pour voir ce qui arriverait. Or la fille du Pharaon, descendue au fleuve pour se baigner, entendit pleurer l'enfant ; elle l'envoya chercher, le prit et dit c'est un enfant hébreu ” La suite raconte comment la sœur lui conseilla d'appeler comme nourrice la mère de l'enfant “ Et la fille du Pharaon dit a celle-ci “ Prends soin de cet enfant, nourris-le moi, et je te récompenserai ” Elle le nourrit, et, quand il eut grandi, elle l'amena a la fille du Pharaon. Il devint son fils et elle le nomma Moïse, parce que, dit-elle, je l'ai retiré des eaux ”
Chaque mot de ce texte contient un mystère infini, il faudrait pour l'expliquer beaucoup de temps et si nous voulions l'épuiser, tout un jour n'y suffirait pas. Tentons cependant brièvement quelque chose, pour l'édification de l'assemblée. Je pense qu'on peut voir dans la fille du Pharaon la figure de l'Église, qui se rassemble des nations, quoique son père soit inique et impie, il lui est dit par la bouche du prophète “ Écoute, ma fille, vois et prête l'oreille oublie ton peuple et la maison de ton père, car le roi est épris de ta beauté ” Elle sort donc de la maison de son père et vient aux eaux pour se laver des péchés contractés dans la demeure paternelle Aussitôt elle acquiert “ des entrailles de miséricorde et prend l'enfant en pitié. Cette Église qui vient des nations trouve donc sur un étang Moïse, que les siens ont rejeté et exposé, elle le met en nourrice chez les siens, ou il passe son enfance. Quand il est devenu grand, on le lui amène et elle l'adopte comme fils Nous avons déjà souvent explique que Moïse signifie la Loi. En venant aux eaux du baptême, l'Église reçoit aussi la Loi, qui s'y trouvait cachée dans une corbeille enduite de poix et de goudron (sorte d'enveloppe tissée de lianes ou de papyrus, ou encore faite d'écorces d'arbres, c'est la que l'enfant était expose) La Loi gisait dans une enveloppe de ce genre, elle était enduite de poix et de goudron, emprisonnée dans les sens vils et souillés des Juifs, jusqu'à ce que l'Église vînt des nations pour la tirer de la boue de marécages et l'établir dans les cours et les palais royaux de la Sagesse La Loi a cependant passé son enfance parmi les siens. Chez eux, qui ne savent pas l'entendre spirituellement, elle est toute petite, c'est une enfant, et sa nourriture est le lait des enfants. Mais quand elle vient à l'Église et qu'elle entre dans la maison, elle est un Moïse déjà fort et robuste. Une fois rejeté le voile de la lettre, on trouve a la lire “ un aliment parfait et substantiel ”
Cependant, quelle récompense reçoit de la fille du Pharaon la femme de qui naquit la Loi et qui fut sa nourrice. Que reçoit de l'Église la Synagogue ? Je croîs l'entendre dans ces mots du même Moïse “ Et moi j'exciterai votre jalousie pour celui qui n'est pas mon peuple, et je soulèverai votre colère envers une nation insensée ”. La récompense que la Synagogue reçoit de l'Église, c'est de ne plus rendre de culte aux idoles. Voyant en effet ceux qui viennent des nations se tourner si bien vers Dieu qu'ils n'adorent plus que lui seul et ne connaissent plus leurs anciennes idoles, elle se met a rougir de leur rendre encore un culte voila le bienfait qu'elle reçoit de l'Église, pour avoir pris soin de la Loi dans son enfance.
Nous aussi, même si nous avons eu le Pharaon pour père, même si “ le prince de ce monde ” nous a engendrés dans les œuvres du mal, quand nous venons aux eaux, recueillons la Loi divine. Que le revêtement grossier et obscur de la lettre ne nous rebute pas. Laissons ce qui rappelle l'enfance et le lait, mais prenons ce qui est parfait et solide, et mettons-le dans les demeures royales de notre cœur. Ayons un Moïse grand et fort. Ne pensons rien sur lui de bas et de mesquin, mais que tout soit grandeur, élévation et beauté. Car il n'y a rien que de grand dans ce qui est spirituel, dans ce qui procède d'une intelligence élevée. Et prions notre Seigneur Jésus-Christ de nous découvrir et de nous montrer lui-même cette grandeur et cette sublimité de Moïse. Car c'est lui qui révèle à qui il veut, “ par l'Esprit saint ”. À lui gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen.
III - Sur ces mots de l'Écriture : “ Ma voix est faible et ma langue embarrassée. ”
Durant son séjour en Égypte, quand “ il s'instruisait de toute la science égyptienne ”, la voix de Moïse n'était pas faible, ni sa langue embarrassée. Il ne se dit pas lui-même sans éloquence. En effet, pour les Égyptiens, sa voix était sonore et son éloquence incomparable. Mais dès qu'il commence à entendre la voix de Dieu et à recevoir les oracles divins, il sent que sa propre voix est faible et grêle, il s'aperçoit que sa langue est lente et embarrassée. Il s'avoue muet, au moment où il commence à connaître cette Parole véritable “ qui était au commencement auprès de Dieu ”.
Pour une intelligence plus facile de ce que nous disons, usons d'une comparaison. En face d'animaux muets, un homme raisonnable, même sans culture et sans instruction, paraîtra éloquent, car les animaux n'ont ni voix ni raison. Mais confrontons-le avec des hommes savants, éloquents, éprouvés en toute sorte de sagesse : il paraîtra sans faconde et muet. Que si l'on en vient à contempler la Parole divine elle-même, à porter son regard sur la sagesse divine en personne, de quelque science et de quelque sagesse qu'on soit, on s'avouera devant Dieu un animal plus muet que ne le sont devant nous les bestiaux. C'est avec cette conscience et en pesant sa valeur à la balance de la Sagesse divine, que le bienheureux David disait : “ Je suis stupide en ta présence. ” Tel est donc aussi le sens où Moïse, le plus grand des prophètes, nous dit dans le texte d'aujourd'hui que sa voix est faible, sa langue embarrassée, et qu'il ne sait pas parler. Car, en comparaison de la Parole divine, tous les hommes ne sont pas seulement sans éloquence, mais muets.
Parce qu'il a atteint cette profondeur d'intelligence qu'est la connaissance de soi — part la plus haute de la sagesse, — la grâce divine le récompense. De quels dons splendides, écoutez-le : “ C'est moi ”, dit Dieu, “ qui ouvrirai ta bouche et qui t'instruirai de ce que tu dois dire ! ” Bienheureux ceux dont Dieu ouvre la bouche, pour qu'ils parlent ! Dieu ouvre la bouche des prophètes et la remplit de son éloquence, comme le dit le présent passage : “ C'est moi qui ouvrirai ta bouche et qui t'instruirai de ce que tu dois dire ! ” Dieu dit aussi par David : “ Ouvre ta bouche et je la remplirai ”. Même langage chez Paul : “ Que me soit donnée la parole quand j'ouvrirai la bouche ”. Dieu ouvre donc la bouche de ceux qui profèrent les paroles divines.
Je crains, par contre, que pour d'autres, ce ne soit le diable qui leur ouvre la bouche. Qui dit un mensonge, il est certain que le diable lui ouvre la bouche pour le lui faire proférer. Le diable ouvre la bouche de “ ceux qui font de faux témoignages ”, de ceux qui disent des bouffonneries ou des obscénités, et toutes choses de ce genre. Je crains bien que ce ne soit aussi le diable qui ouvre la bouche non seulement “ des médisants et des calomniateurs ”, mais de ceux “ qui profèrent ces paroles inutiles pour lesquelles il faudra rendre compte au jour du jugement ”. Quant à ceux “ qui exaltent l'injustice ”, qui “ nient que mon Seigneur Jésus-Christ soit venu dans la chair ” ou “ qui blasphèment l'Esprit Saint ” et “ à qui il ne sera pardonné ni en ce siècle ni dans le siècle futur ”, qui peut douter que ce soit le diable qui leur ouvre la bouche ? Voyez ce qu'il est écrit de Judas : “ Satan entra en lui ”, “ le diable lui mit dans le cœur ” de livrer son Maître. Il lui a ouvert la bouche pour “ s'entretenir avec les princes des prêtres et les pharisiens de la manière de le leur livrer ” après avoir reçu de l'argent.
Je conclus de là que c'est une grande grâce que de savoir reconnaître une bouche qu'ouvré le diable. Ce n'est pas sans une grâce de l'Esprit-Saint que nous pourrons déceler une telle bouche et de telles paroles. Voilà pourquoi, parmi les grâces que distribue l'Esprit, on trouve celle du “ discernement des esprits ”. C'est donc par une grâce spirituelle que l'on discerne l'esprit, comme le dit ailleurs l'Apôtre : “ Eprouvez les esprits, pour voir s'ils sont de Dieu. ” Mais de même que Dieu ouvre la bouche des saints, je crois qu'il leur ouvre aussi les oreilles pour entendre les paroles divines. Témoin le prophète Isaïe : “ Le Seigneur ouvrira mon oreille pour me faire connaître le moment opportun de parler. ” Le Seigneur ouvre aussi les yeux, comme “ il ouvrit les yeux d'Agar pour lui faire voir le puits d'eau vive ”. Le prophète Elisée dit aussi : “ Ouvrez, Seigneur, les yeux de l'enfant pour qu'il voie que nous sommes plus nombreux que nos ennemis. ” “ Et le Seigneur ouvrit les yeux de l'enfant, et voici que toute la montagne était pleine de cavaliers, de chars et d'auxiliaires célestes.” Car “ l'ange du Seigneur entoure ceux qui Le craignent, et il les sauvera ”. Dieu ouvre donc la bouche, les oreilles et les yeux pour nous faire dire, nous faire voir ou entendre les choses divines.
Plein de sens me paraît aussi cet autre mot du prophète : “ La science du Seigneur a ouvert mon oreille. ” Il me paraît s'appliquer à nous, c'est-à-dire d'une façon commune à toute Église de Dieu. En effet, si nous sommes versés dans la science du Seigneur, la science du Seigneur ouvrira notre oreille. Mais l'oreille qu'ouvré la science du Seigneur n'est pas toujours ouverte ; tantôt elle l'est, et tantôt non. Écoutez ce que dit la Loi : “ Tu n'ouvriras pas ton oreille à un faux bruit. ” Si l'on prononce des paroles vaines, des futilités, des sottises, des obscénités, des discours impies et criminels, celui qui connaît la science du Seigneur ferme ses oreilles ; il détourne son attention et dit : “ J'étais comme le sourd qui n'entend pas, comme le muet qui n'ouvre pas la bouche. ” Mais si ce qui se dit présente quelque utilité pour l'âme, s'il y est question de Dieu, si l'on y enseigne les bonnes mœurs et si l'on y détourne du vice, alors il faut ouvrir les oreilles, et pas seulement les oreilles, mais le cœur et l'esprit ; il faut ouvrir toute grande la porte de l'âme pour écouter. La Loi use cependant d'une expression pleine de sagesse en disant : “ Tu n'accepteras pas un vain bruit. ” Elle ne dit pas : “ Tu ne l'écouteras pas ”, mais : “ tu ne l'accepteras pas. ” Car nous entendons fréquemment de vains discours : les discours de Marcion sont vains, vains aussi les discours de Valentin et de tous ceux qui parlent contre le Dieu créateur. Pour nous, nous les écoutons souvent, pour pouvoir les réfuter et qu'ils n'aillent pas séduire par l'éclat extérieur des mots ceux de nos frères qui sont plus simples. Nous entendons, mais nous n'acceptons pas. Tout cela provient d'une bouche que le diable a ouverte. C'est pourquoi il nous faut prier : que le Seigneur daigne ouvrir notre bouche, pour que nous soyons à même de réfuter ceux qui nous contredisent et de fermer ces bouches que le diable a ouvertes.
Voilà pour ce texte : “ C'est moi qui t'ouvrirai la bouche et t'instruirai de ce que tu dois dire. ” Mais Moïse n'est pas seul à recevoir cette promesse que le Seigneur lui ouvrira la bouche. Aaron en a sa part. Car il est dit ensuite, par allusion à lui : “ J'ouvrirai ta bouche et la sienne, et je vous instruirai de ce que vous aurez à faire. ” De fait, Aaron rejoignit Moïse et sortit d'Égypte. Il le rejoignit : mais où, en quelle sorte d'endroit ? Il importe de savoir où rencontra Moïse celui à qui le Seigneur devait ouvrir la bouche. “ Il le rejoignit, dit l'Écriture, sur la montagne de Dieu. ” Vous voyez que c'est à juste titre qu'est ouverte la bouche d'un homme qui peut se rendre sur la montagne de Dieu. Pierre, Jacques et Jean montèrent sur la montagne de Dieu pour mériter de voir Jésus transfiguré et avec lui Moïse et Élie dans la gloire. Vous donc pareillement, si vous ne montez pas à la montagne de Dieu et n'y rencontrez pas Moïse, c'est-à-dire si vous ne faites pas l'ascension du sens élevé de la Loi, si vous n'atteignez pas à la cime de l'intelligence spirituelle, le Seigneur n'ouvrira pas votre bouche. Si vous vous arrêtez au sens grossier de la lettre et entremêlez le récit historique de développements judaïsants, vous n'êtes pas venus rejoindre Moïse sur la montagne de Dieu ; Dieu n'a pas ouvert votre bouche et ne vous a pas instruits de ce que vous deviez dire. Si Aaron n'avait pas rejoint Moïse sur la montagne, s'il n'avait pas aperçu son sens sublime et abrupt, découvert l'élévation de son intelligence, jamais Moïse ne lui aurait transmis les paroles divines ni communiqué le pouvoir d'accomplir des signes et des prodiges, jamais il n'aurait partagé avec lui la connaissance d'un si grand mystère.
Mais il serait trop long de commenter chaque détail à la suite. Voyons donc ce que disent Moïse et Aaron, une fois introduits auprès du Pharaon. “ Voici ce que dit le Seigneur : renvoie mon peuple pour qu'il me rende un culte dans le désert. ” Moïse ne veut pas que le peuple rende un culte au Seigneur tant qu'il se trouve en Égypte, mais qu'il aille au désert, et que là, il serve le Seigneur. Cela signifie clairement que tant qu'on reste dans la vie ténébreuse du siècle et qu'on est pris dans la nuit des affaires, on ne peut servir le Seigneur. “ Car on ne peut servir deux maîtres, on ne peut servir le Seigneur et Mammon. ” Il nous faut donc sortir d'Égypte, il nous faut quitter le monde l, si nous voulons servir le Seigneur. Il nous faut le quitter, dis-je, non pas localement, mais en pensée ; non pas en partant sur les chemins, mais en avançant par la foi. Écoutez saint Jean sur le même sujet : “ Mes petits enfants, n'aimez pas le monde ni tout ce qui est dans le monde ; car tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair et concupiscence des yeux. ”
Que dit cependant Moïse ? Voyons comment il ordonne de partir d'Égypte, et pour combien de temps. “ Nous ferons trois jours de marche et nous offrirons un sacrifice au Seigneur notre Dieu. ” Quelle est cette route de trois jours qu'il nous faut entreprendre pour sortir d'Égypte et parvenir au lieu où nous devons offrir un sacrifice ? Par la route, j'entends celui qui a dit : “ Je suis la route, la vérité et la vie. ” Il nous faut marcher trois jours sur cette route. Car “ qui confessera de bouche le Seigneur Jésus et croira en son cœur que Dieu l'a ressuscité des morts le troisième jour, sera sauvé. ” Voilà les trois jours de marche par lesquels on arrive au lieu où l'on immole à Dieu et où on lui offre “ un sacrifice de louange ”.
Voilà pour le sens mystique. Cherchons aussi le sens moral, qui nous est des plus utiles. Nous quittons l'Égypte par une marche de trois jours, si nous gardons une telle pureté de corps et d'âme que, selon les paroles de l'Apôtre, “ notre corps et notre âme soient conservés intacts au jour de Jésus Christ ”. Nous quittons l'Égypte par une marche de trois jours en détachant notre raison, notre nature et notre sens moral des choses du monde pour les appliquer aux commandements divins. Nous quittons l'Égypte en trois jours, quand nous purifions nos paroles, nos actions et nos pensées — car ce sont là trois occasions de pécher, — devenant “ purs de cœur pour voir : Dieu”. Voulez-vous voir que c'est bien là ce que nous indique l'Esprit saint dans l'Écriture ? Ce Pharaon, Seigneur de l'Égypte, se voyant fortement pressé de renvoyer le peuple de Dieu, veut ensuite exiger qu'il ne s'éloigne pas trop, qu'il ne marche pas trois jours pleins “ Ne vous éloignez pas trop, ” leur dit-il. Il ne veut pas que le peuple de Dieu s'éloigne, il veut que s'il ne pèche pas en acte, il le fasse en paroles, que si ce n'est en paroles, ce soit du moins en pensée. Il ne veut pas qu'ils s'éloignent de lui trois jours pleins. En nous, il veut avoir au moins son jour, chez certains, il en a deux chez d'autres, il les a tous les trois. Bienheureux ceux qui se séparent de lui les trois jours entiers et en qui il n'est aucun jour qui lui appartienne ! Ne pensez donc pas que c'est seulement alors que Moïse a fait sortir le peuple d'Égypte. Maintenant encore, Moïse, qui est avec nous — car “ nous avons Moïse et les Prophètes ”, c'est-à-dire la Loi de Dieu, — veut nous faire sortir d'Égypte. Si vous l'écoutez il vous éloignera du Pharaon. Il désire vous délivrer de la corvée de la boue et de la paille, à condition toutefois que vous prêtiez l'oreille à la Loi divine et que vous la compreniez spirituellement. Il ne veut pas que vous demeuriez dans les œuvres de la chair et des ténèbres, mais que vous partiez au désert, que vous veniez en un lieu ou ne pénètrent ni troubles ni fluctuations du siècle, que vous veniez au calme et au silence. Car “ les paroles de la sagesse s'apprennent dans le silence et le calme ” Quand donc vous serez arrivés en ce lieu de repos, vous pourrez y offrir un sacrifice au Seigneur, y connaître la Loi de Dieu et la puissance de la voix divine.
C'est pourquoi Moïse veut vous retirer du milieu agité des affaires et du sein des peuples bruyants. C'est pourquoi il désire vous tirer de l'Égypte, c'est-à-dire des ténèbres de l'ignorance, pour vous faire entendre la Loi de Dieu et recevoir la lumière de la connaissance. Mais le Pharaon s'y oppose. Il ne veut pas vous lâcher, lui, “ le Seigneur de ces ténèbres ”, il ne veut pas que vous soyez délivrés des ténèbres et conduits à la lumière de la connaissance. Écoutez ce qu'il dit “ Quel est celui dont j'entendrai la voix ? Je ne connais pas le Seigneur, et je ne renverrai pas Israël ”. Vous entendez la réponse du “ Prince de ce monde ” il dit qu'il ne connaît pas Dieu. Voyez-vous les effets d'un orgueil effronté ? Tant qu'il “ ne partage pas les souffrances des hommes et qu'il n'est pas frappé avec eux ”, l'orgueil le gouverne. Mais vous verrez bientôt combien les châtiments lui sont profitables et combien il devient meilleur quand il est battu. Lui qui vient de dire “ Je ne connais pas le Seigneur ”, après avoir éprouvé la force des verges, il dira “ Priez le Seigneur pour moi ”, il ne s'en tiendra pas la, mais malgré les contestations de ses magiciens, il avouera que dans la puissance de ces signes “ il y a le doigt de Dieu ”. Nul n'est donc si ignorant de la pédagogie divine, qu'il prenne les châtiments divins pour un malheur et les verges du Seigneur pour une vengeance de mort. Voici un Pharaon très endurci le châtiment lui est cependant profitable. Avant les coups, il ne connaît pas le Seigneur, frappé, il demande qu'on prie pour lui le Seigneur. C'est un progrès que de reconnaître, dans la peine, la raison qui nous l'a fait mériter. “ Je ne connais pas, ” dit-il, “ le Seigneur et je ne renverrai pas Israël. ” Mais voyez dans l'Évangile comment, sous les coups, il se corrige. Il est écrit, en effet, que des démons crièrent vers le Seigneur, disant : “ Pourquoi es-tu venu avant le temps nous tourmenter ? Nous savons qui tu es ; tu es le Fils du Dieu vivant. ” Dès qu'ils sont tourmentés, ils connaissent le Seigneur. “ Je ne connais pas le Seigneur et je ne renverrai pas Israël ”, disait-il avant le châtiment ; mais il renverra Israël, et non seulement il le renverra : il le pressera de partir. Car “ il n'y a pas de communauté possible de la lumière avec les ténèbres ”, il n'y a “ point de part du fidèle avec l'infidèle ”.
Mais que contient encore sa réponse ? “ Pourquoi ”, dit-il, “ vous, Moïse et Aaron, avez-vous détourné mon peuple de travailler ? Allez chacun à votre tâche ”. Tant que le peuple est avec lui, “ travaillant la boue et la brique ” et occupé à “ la paille ”, il ne le pense pas perverti, mais le croit au contraire dans le droit chemin. Que si ce peuple vient à dire : je veux faire “ un voyage de trois jours ” et “ servir le Seigneur ”, il se plaint que Moïse et Aaron l'aient dévoyé. Voilà ce qui “ était dit aux anciens ”. Mais aujourd'hui encore, si Moïse et Aaron, c'est-à-dire la Prophétie et le Sacerdoce, attirent une âme au service de Dieu, l'invitent à sortir du siècle, à renoncer à tout ce qu'elle possède pour s'adonner à la Loi divine et suivre la Parole de Dieu, aussitôt vous entendez dire par ceux qui sont les amis intimes du Pharaon : “ Voyez comment des hommes sont séduits et pervertis ; voyez quels adolescents on détourne de travailler, de servir aux armées, de faire œuvre utile : on leur fait délaisser les tâches nécessaires et fécondes pour s'adonner à des inepties et à la paresse. Est-ce là servir Dieu ? Ils refusent de travailler et cherchent les occasions d'un loisir inerte ”. Tels étaient alors les propos du Pharaon ; tels sont ceux que tiennent encore aujourd'hui ses amis et familiers. Or il ne s'agit pas seulement de mots : les coups viennent ensuite ; ordre est donné de flageller des scribes hébreux, de leur refuser la paille et d'exiger d'eux le travail. Telles furent les souffrances de nos pères. À leur image, le peuple de Dieu qui est dans l'Église souffre souvent persécution. Si vous considérez, en effet, ceux qui se sont entièrement livrés au “ Prince de ce monde ”, vous découvrirez qu'ils font des affaires prospères : tout, de leur propre aveu, leur réussit, tandis que les serviteurs de Dieu ne trouvent souvent pas même ces pauvres petites choses nécessaires à la vie que signifie, me semble-t-il, la paille fournie par le Pharaon. Il arrive donc souvent que ceux qui craignent Dieu manquent même de cette subsistance grossière comparable à de la paille ; souvent aussi ils sont en bute aux persécutions des tyrans ; ils endurent des tourments et de cruelles tortures, au point que, lassés, quelques-uns disent au Pharaon : “ Pourquoi affliges-tu ton peuple ? ” Vaincus par les coups, certains abandonnent la foi et se déclarent le peuple du Pharaon. “ Car tous ceux qui sont d'Israël ne sont pas Israélites ; ce n'est point parce qu'ils sont de la race qu'ils sont tous fils. ”
Ceux-là donc qui hésitent, chancelant sous les tribulations, élèvent aussi la voix contre Moïse et Aaron pour dire : “ Du jour où vous avez pénétré auprès du Pharaon, nous sommes devenus en odeur d'exécration devant lui. ” Ils disent vrai, bien qu'ils ne sachent pas ce qu'ils disent, de même que Caïphe, disant : “ Il vous est utile qu'un seul meure pour le peuple ”, disait vrai, tout en ne sachant pas ce qu'il disait. Car, selon la parole de l'Apôtre, “ nous sommes la bonne odeur du Christ ” ; mais “ pour les uns ”, ajoute-t-il, “ c'est une odeur qui conduit de la vie à la vie, pour d'autres, de la mort à la mort ”. De même, la parole prophétique est “ un parfum suave ” pour les croyants, mais à ceux qui doutent, qui refusent de croire et qui se déclarent le peuple du Pharaon, elle devient une odeur insupportable. Mais c'est Moïse lui-même qui dit au Seigneur : “ Depuis que j'ai parlé au Pharaon, il a affligé ton peuple. ” Il est bien sûr en effet que, avant que se fasse entendre la Parole divine, avant que soit connue la prédication divine, il n'y a pas d'épreuve, pas de tentation : avant la sonnerie de la trompette, la guerre n'a pas commencé. Mais une fois que la trompette de la prédication a donné le signal de guerre, alors survient l'affliction, alors se livrent tous les combats des tribulations. Du jour où Moïse et Aaron commencent à parler au Pharaon, le peuple de Dieu est frappé. Du jour où la Parole divine s'est introduite en votre âme, il faut que s'y engage une lutte des vertus contre les vices. Avant que la Parole ne vînt les attaquer, les vices demeuraient en paix chez vous, mais dès qu'elle entreprend de les juger un à un, alors s'élève un grand mouvement et naît une guerre sans merci. “ Quelle entente, en effet, peut-il y avoir entre l'injustice et la justice ”, l'impudicité et la tempérance, la vérité et le mensonge ?
Ne soyons donc pas troublés outre mesure si notre “ odeur ” paraît exécrable au Pharaon. Car la vertu est exécrable au vice. Bien plutôt, nous conformant à la suite du texte qui nous montre Moïse se tenant debout “ en face du Pharaon ”, restons, nous aussi, debout face au Pharaon, sans nous incliner ni fléchir. Tenons-nous droits, “ les reins ceints de la vérité et les pieds chaussés dans la préparation de l'Évangile de la paix ”. C'est ainsi, en effet, que l'Apôtre nous exhorte, disant : “ Restez debout et n'allez pas vous soumettre à nouveau au joug de la servitude. ” Et ailleurs encore : “ (Jésus) en qui nous demeurons fermes et nous glorifions, dans l'espérance de la gloire de Dieu. ” Nous restons debout avec assurance, si nous prions le Seigneur d'“ affermir nos pieds sur le rocher ”, pour qu'il ne nous advienne pas ce que dit le même prophète : “ Il s'en est fallu de peu que mes pieds ne fléchissent et que je ne glisse sur la route ”. Restons donc debout face au Pharaon, c'est-à-dire résistons-lui en combattant, suivant les paroles de l'apôtre Pierre : “ Résistez-lui, forts dans la foi.” Mais Paul ne dit pas moins : “ Tenez bon dans la foi et agissez en hommes. ” Car si nous nous tenons debout avec fermeté, alors se réalisera le vœu de Paul pour ses disciples : “ Dieu écrasera promptement Satan sous vos pieds. ” Plus nous resterons debout avec persévérance et fermeté, plus le Pharaon sera faible et impotent ; mais si nous commençons à faiblir et à douter, il deviendra contre nous fort et opiniâtre. Alors s'accomplira en nous ce dont Moïse nous a donné la figure : “ Quand il levait les mains, ” Amalech était vaincu ; mais s'il les “ laissait retomber ” par lassitude et reposait ses bras fatigués, “ Amalech l'emportait ”. Ainsi donc, nous aussi, élevons nos bras dans la puissance de la croix du Christ et “ faisons monter ” dans la prière “ en tout lieu, sans colère ni discussion, des mains saintes ”, pour mériter le secours du Seigneur. C'est à quoi nous exhorte l'apôtre Jacques : “ Résistez au diable, et il fuira loin de vous. ” Allons-y donc avec toute notre foi ! Que Satan ne “ s'enfuie pas ” seulement “ loin de nous ”, mais qu'il soit “ écrasé sous nos pieds ”, comme le Pharaon fut noyé dans la mer et englouti dans les profondeurs de l'abîme. Quant à nous, si nous quittons l'Égypte des vices, nous traverserons les flots du siècle comme une route solide, par Jésus-Christ notre Seigneur, à qui gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen.