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HOMÉLIE V
Sur : “ Convertissez-vous, fils, en vous convertissant et je guérirai vos blessures ”, jusqu'à : “ Ceignez-vous de sacs à cause de cela ”.
Il est écrit en clair dans les Actes des apôtres que les apôtres entrèrent d'abord dans la synagogue des Juifs, pour leur annoncer comme à des frères en Abraham, Isaac et Jacob ce qui dans l'Écriture concerne la venue de Jésus Christ. Mais comme les Juifs ne recevaient pas les paroles qu'ils leur disaient, il fallait changer d'auditoire pour ces paroles ; alors les apôtres, après s'être expliqués avec eux, s'en allèrent ; il est écrit en effet : “ C'est à vous que la Parole de Dieu devait être annoncée, mais puisque vous vous juge indignes, eh bien ! nous nous tournons vers les nations ”. Cela, qui est dit en clair dans les Actes des apôtres, l'est virtuellement aussi en maints endroits des prophètes ; et en effet l'Esprit Saint par l'intermédiaire des prophètes parle avant tout aux fils de ce peuple-là, mais s'il arrive qu'après avoir beaucoup parlé il n'a pas été entendu, il prophétise la parole du message aux nations.
C'est ce qui se vérifie aussi au début de la lecture d'aujourd'hui, puisque précisément avant ce même passage il est dit aux fils d'Israël : “ Tu m'appelleras Père et tu ne te détourneras pas de moi ; mais comme une femme trahit son compagnon, ainsi m'a trahi la maison d'Israël, dit le Seigneur ”, et après que ces choses qui concernaient Israël eurent été dites en priorité et que les fils d'Israël se furent entendu dire “ qu'ils avaient été injustes dans leurs voies et avaient oublié leur Dieu saint ”, l'Esprit Saint se tourna aussi vers nous, les fils des nations, et dit : “ Convertissez-vous, fils, en vous convertissant et je guérirai vos blessures ”, car c'est nous ces gens pleins de blessures. Chacun de nous pourrait dire, même si actuellement il est sain et guéri de ses blessures : Nous étions, en effet, nous aussi incrédules, insensés, égarés, esclaves de convoitises et de jouissances nombreuses et variées, vivant dans la méchanceté et l'envie, odieux et nous haïssant les uns les autres. Mais lorsque se manifestèrent la bonté du Sauveur notre Dieu et son amour pour les hommes, il a répandu sa miséricorde sur nous par le bain de la régénération. Cependant, puisque je viens de mentionner ce passage de l'Apôtre, je vais essayer de l'expliquer plus clairement. Il n'a pas dit : “ Car nous étions jadis insensés, incrédules ” : mais Paul, l'Apôtre, le fils d'Israël, l'“ irréprochable selon la justice de la Lot ”, dit : “ Nous étions nous aussi jadis ” — nous les fils d'Israël — “ incrédules, insensés ” ; les fils des nations n'étaient pas les seuls insensés, les fils des nations n'étaient pas les seuls incrédules, ni les seuls pécheurs, mais nous aussi, qui avons reçu l'enseignement de la Loi, nous étions tels avant la venue du Christ.
Après ces paroles adressées à Israël il nous est donc dit à nous les fils des nations : “ Convertissez-vous, fils, en vous convertissant, et je guérirai vos blessures ”. Mais, dira-t-on, ces paroles s'adressent à Israël et c'est toi qui les tire en faveur des fils des nations. Nous allons montrer que, lorsque Dieu a l'intention d'adresser à Israël des paroles concernant la conversion, il n'attend pas longtemps pour ajouter le nom d'Israël, mais le fait tout de suite. Effectivement, il est dit ensuite : “ Si Israël, dit le Seigneur, se convertit à moi, alors il se convertira ; s'il ôte ses abominations de sa bouche, s'il se tient sur ses gardes devant moi et qu'il jure : le Seigneur est vivant ! avec vérité, discernement et justice, alors des nations béniront en lui ” ; le premier passage a donc été adressé aux fils des nations, puis il est question d'Israël, car lorsque la plénitude des nations sera entrée, alors Israël tout entier sera sauvé, selon ce qu'a dit l'Apôtre dans l'Épître aux Romains.
Remarque comment Dieu nous invite, si nous nous convertissons, à nous convertir complètement, quand il nous promet que, si nous nous convertissons à lui en nous convertissant, il guérira par Jésus Christ nos blessures ; et nous, sans attendre ni tarder quand il s'agit du salut, comme a fait Israël, nous disons en réponse : Nous voici, nous serons à toi. Dieu a dit : “ Convertissez-vous, fils, en vous convertissant et je guérirai vos blessures ”, et les fils des nations répondent : “ Nous serons tes serviteurs à toi ”, nous qui ne l'étions pas auparavant, mais qui étions aux dénions, mais qui appartenions aux puissances adverses. En effet, “ quand le Très Haut répartissait les nations ”, nous ne sommes pas devenus ta part, ni ton lot d'héritage avec le peuple de Jacob, mais nous sommes devenus les parts d'autres ; néanmoins, bien que nous soyons devenus jadis les parts d'autres, maintenant que tu nous as dit : “ Convertissez-vous, fils, en vous convertissant et je guérirai vos blessures ”, nous répondons : “ Nous voici ”, car nous n'attendions qu'une chose : ton invitation. À l'inverse de ceux qui ont été invités et qui se sont excusés, nous, invités à notre tour, nous ne nous excusons pas. On trouve en effet dans les paraboles de l'Évangile que certains avaient été invités avant les autres et que parmi eux l'un disait : “ J'ai pris femme, excuse-moi ” ; un autre : “ J'ai acheté cinq paires de bœufs, je vais les essayer, excuse-moi ”. Ce n'est donc pas notre manière à nous, fils des nations, d'avoir été invités et de nous excuser. Pourquoi le ferions-nous ? De quel champ avons-nous à nous occuper ? de quelle femme sage ? Non vraiment, de quoi d'autre nous soucier ?
Dieu nous a donc dit : “ Convertissez-vous, fils, en vous convertissant et je guérirai vos blessures ”. Et nous, en voyant nos blessures et la promesse de la guérison nous répondons aussitôt et disons : “ Nous voici, nous serons à toi, parce que tu es le Seigneur notre Dieu ”. Ayant donc répondu à l'invitation et dit : “ Nous serons à toi ”, rappelons-nous que nous avons fait une promesse à Dieu en lui disant : “ Nous serons à toi ” ; et puisque nous lui avons dit : “ Nous serons à toi ”, ne devenons la propriété de personne d'autre, ni de l'esprit de colère, ni de l'esprit de tristesse, ni de l'esprit de convoitise, ne devenons la propriété ni du diable, ni de ses anges. Au contraire, puisque nous avons été appelés et que nous avons dit : “ Nota voici, nous serons à toi ”, montrons par nos actes qu'ayant promis de lui appartenir nous ne nous sommes offerts à personne d'autre qu'à lui. Et nous ajoutons : “ Parce que tu es le Seigneur notre Dieu ”, car nous ne reconnaissons, nous, personne pour Dieu, ni le ventre comme les gloutons qui ont pour Dieu le ventre, ni l'argent comme les hommes d'argent, ni la cupidité qui est idolâtrie ; nous n'érigeons en Dieu et ne divinisons rien de ce que la foule divinise, mais nous avons pour Dieu le Dieu qui est sur toutes choses, le Dieu qui est “ au-dessus de tout, à travers tout et en tout ”, et puisque notre unique affaire est d'aimer Dieu, — car l'amour nous soude à Dieu, — nous disons : “ Nous voici, nous serons à toi, parce que tu es le Seigneur notre Dieu ”.
Puis, condamnant nos fautes antérieures, — lorsque nous pensions que les idoles étaient grandes et même très hautes, nous les adorions et nous trouvions admirables ces choses auxquelles nous rendions un culte, mais maintenant nous les avons condamnées en disant que ces choses étaient mensongère et pur néant, — nous disons en nous convertissant : “ Vraiment les collines n'étaient que mensonge ”, en condamnant à notre tour ces hauteurs d'autrefois et ces admirations d'autrefois. Et peut-être avec un peu de métier trouverons-nous la différence, chez les nations, entre collines et montagnes qu'ont abandonnées ceux qui disent : “ Nous voici, nous serons à toi, parce que tu es le Seigneur notre Dieu ”, et qu'ils accusent d'être mensongères, les collines aussi bien que les montagnes. Quelle est donc la différence, chez les nations, entre collines et montagnes dont nous disons en les condamnant : “ Vraiment les collines n'étaient que mensonge, ainsi que la puissance des montagnes ” ? Nous le disons pour condamner nos erreurs précédentes. Les êtres adorés chez les nations sont adorés les uns comme dieux, les autres comme héros. Les païens reconnaissent en effet eux-mêmes que certains de ces êtres étaient autrefois des hommes et furent divinisés par la suite. Ils adorent Héraclès non pas comme un dieu de naissance mais comme un homme changé en dieu ; ils adorent Asclépios comme passé de la condition d'homme à celle de dieu à cause de sa vertu. Mais lorsqu'ils adorent les pères de ces héros, — pères qui chez eux sont nommés dieux, — ils les adorent non pas comme des hommes changés en dieux mais comme des dieux qui le sont, à ce qu'ils croient, d'origine. Ceux qui sont considérés chez les nations comme dieux d'origine seront donc les montagnes et “ la puissance des montagnes ”, et ceux qui sont considérés chez elles comme étant actuellement des dieux après avoir été des hommes sont, eux, les “ collines ”.
Connaissant donc les deux catégories d'êtres qu'on adore, ils disent : “ Vraiment les collines n'étaient que mensonge ainsi que la puissance des montagnes ”. Ceux qui leur rendent un culte ne supposent pas en effet qu'elles sont mensongères. Aussi pensent-ils que leurs oracles sont de vrais oracles et leurs guérisons de vraies guérisons sans voir la différence entre toute puissance, tous miracles et tous prodiges de mensonge qui ont lieu avec toutes les séductions de l'injustice pour ceux qui périssent et toute puissance de miracles et de prodiges de vérité. Ce que faisait Jésus-Christ, c'étaient des miracles de vérité, et avant lui ce que faisait Moïse était une puissance de vérité ; mais ce que faisaient les Égyptiens, c'étaient des miracles et des prodiges de mensonge. Pareillement ce que faisait, après Jésus, Simon le magicien, au point de tromper le peuple de Samarie et de passer pour une puissance de Dieu, c'étaient aussi des miracles et des prodiges de mensonge.
Quand donc nous condamnons ces gens-là, nous disons : “ Vraiment les collines n'étaient que mensonge ainsi que la puissance des montagnes ”. Alors, comme nous savons, nous qui sommes issus des nations, que par la chute d'Israël nous avons eu accès au salut et que les Juifs ont été chassés dehors jusqu'à ce que nous soyons entrés en plénitude, et comme nous savons d'autre part que, lorsque la plénitude des nations sera entrée, tout Israël sera sauvé, nous disons en premier lieu : “ Vraiment les collines n'étaient que mensonge ainsi que la puissance des montagnes ”, et en second lieu, à propos d'Israël qui sera sauvé après la plénitude des nations : “ Toutefois par le Seigneur notre Dieu se fera le salut d'Israël ”. Mais puisque nous venons de rappeler la parole de l'Apôtre disant que par la chute qu'a faite Israël le salut est venu aux nations, et que, lorsque la plénitude des nations sera entrée pendant qu'Israël sera resté dehors, alors, après la plénitude des nations qui sera entrée, “ tout Israël sera sauvé ”, eh bien ! expliquons ce qui a trait à ces passages. Il y avait un Israël de sauvé. La plus grande partie d'Israël est tombé, mais “ il y a eu un reste par choix de la grâce ”, reste à propos duquel il est dit figurativement dans Élie : “ Je me suis réservé sept mille hommes qui n'ont pas fléchi le genou devant la Baal ”, et en expliquant ce reste l'Apôtre dit : “ Même dans le temps présent, il y a donc eu un reste par choix de la grâce ”. Donc il y a du moins un reste d'Israël de sauvé, quand Israël a été abandonné. Transpose, si tu en es capable, ces deux catégories sur les gens issus des nations, car il n'a pas dit : Quand toutes les nations seront sauvées, alors tout Israël sera sauvé, mais : “ Quand la plénitude des nations sera entrée, alors tout Israël sera sauvé ”. Il y a un Israël qui sera sauvé non pas après toutes les nations mais après la plénitude des nations. Si quelqu'un en est capable, de même qu'il a compris qu'Israël est sauvé après la plénitude des nations, qu'il franchisse par la raison le temps qui reste et qu'il considère quand est-ce que “ tous serviront Dieu ”, selon ce qui est dit dans Sophonie, “ sous un seul joug, et depuis les confins d'Éthiopie ils lui apporteront leurs offrandes ” : ce sera, comme il est dit dans le psaume LXVII, quand “ l'Éthiopie avancera la main vers Dieu, ” après quoi le Verbe donne cet ordre aux royaumes de la terre : “ Chantez au Seigneur, psalmodiez pour le Dieu de Jacob ”.
Nous disons donc d'une part sur nous-mêmes, nous qui sommes issus des nations, en nous repentant à propos des mensonges que nous tenions pour vérité : “ Vraiment les collines n'étaient que mensonge ainsi que la puissance des montagnes ”, d'autre part sur Israël qui sera sauvé après nous : “ Toutefois par le Seigneur notre Dieu se fera le salut de la maison d'Israël ”. Puis confessant les péchés dans lesquels nous avons vécu, nos pères et nous-mêmes, en adorant les idoles, nous disons : “ La honte a consumé la fatigue de nos pères depuis leur jeunesse, leurs brebis et leurs bœufs, leurs fils et leurs filles ”. “ La honte a consumé la fatigue de nos pères ” et les autres choses qui viennent d'être dites.
Si doivent être consumées la fatigue mauvaise et l'œuvre mensongère de nos pères, il faut donc qu'il y ait de la honte, car ce n'est qu'avec la honte que seront consumées la fatigue de nos pères et les autres choses ajoutées dans le texte. Envisageons à ce propos les différences entre les pécheurs. Il y a des pécheurs qui n'ont ni honte ni vergogne de leurs péchés, ils n'en rougissent pas. Tels sont ceux qui ont perdu tout sentiment et qui se sont livrés à toute espèce de grossièreté et d'impureté. Tu vois en effet comment les gens des nations dressent quelquefois la liste de leurs fornications et de leurs adultères comme si c'étaient des exploits, sans rougir de reconnaître qu'ils ont fait de telles actions et sans les appeler péchés. Tant qu'ils n'ont pas de honte, leurs fatigues ne sont pas consumées, leurs péchés ne sont pas consumés. Le commencement du bien est d'avoir honte de choses dont on n'avait pas honte. C'est pourquoi je ne pense pas que ce soit une malédiction que les prophètes profèrent quand ils disent : “ Qu'ils aient honte et qu'ils soient humiliés tous ceux qui haïssent Sion ”. C'est en fait un vœu pour que ceux qui n'ont pas conscience d'accomplir des actions honteuses en prennent conscience afin que, ayant honte, ils puissent consumer leurs fatigues et leurs péchés.
Ce sont les mouvements dépourvus de raison des pères qu'il a appelés brebis et veaux, car les êtres dépourvus de raison ne sont pas tous louables, mais il y a des êtres dépourvus de raison qui sont blâmables comme ces brebis des pères qui ont péché, et il y a des êtres dépourvus de raison qui sont louables comme dans cette parole : “ Mes brebis entendent ma voix ”. Celles-ci étaient aussi des brebis, et nous avons une ressemblance avec elles quand nous avons le Bon Pasteur en nos âmes. Car lorsque le Sauveur dit : “ Je suis le Bon Pasteur ”, je ne l'entends pas seulement d'une manière générale, comme tous le font, en ce sens qu'il est Pasteur des croyants — encore que ce sens soit sain et vrai — mais je dois avoir aussi dans mon âme à l'intérieur de moi le Christ, à l'intérieur de moi le Bon Pasteur, qui tient sous sa houlette ce qui en moi est mouvements dépourvus de raison, afin qu'ils ne sortent plus n'importe comment pour aller au pâturage, mais que, conduits par le Pasteur, ces mouvements qui lui étaient jadis étrangers deviennent siens. C'est pourquoi maintenant, si le Pasteur est en moi, il commande à mes sens, ils ne sont plus soumis à un esprit étranger, Pharaon ou Nabuchodonosor, mais au Bon Pasteur.
“ La honte donc a consumé les fatigues de nos pères depuis leur enfance, leurs brebis et leurs bœufs. ” Il y a une faculté en nous qui cultive le terrain que nous sommes et qui ou le cultive mal — si du moins l'on peut employer le mot mal dans le cas d'un cultivateur — ou le cultive bien : si elle cultive mal, les fatigues des pères sont consumées par leur honte ; si elle cultive bien, il n'y a plus de fatigues pour les pères ; le veau fait partie, au contraire, des animaux dont on offre les premiers-nés sur l'autel du Seigneur.
“ Leurs fils et leurs filles ”, disent ces gens. Mais à qui renvoie “ leurs ” sinon aux pères dont les fils sont consumés par leur honte, comme aussi leurs filles ? Nous avons dit à plusieurs reprises que, parmi les enfants de l'âme, les pensers sont des fils, les œuvres et les actions corporelles des filles. Puisqu'il y a donc des pensers mauvais, comme ceux qui avaient été conçus par les gens venus des nations, et qu'il y a également des œuvres perverses, à cause de cela il y a des fils et des filles qui sont consumés par leurs auteurs quand vient chez ces derniers la honte de leurs péchés. Quant à nous, puissions-nous ne pas faire de fils et de filles qu'il faudrait consumer par la honte !
Après quoi ces gens qui confessent leurs fautes disent : “ Nous nous sommes couchés dans notre honte ”, et après cela ils disent : “ Notre déshonneur nous a couverts d'un voile ”. Nous avons souvent parlé du voile placé sur le visage de ceux qui ne se convertissent pas au Seigneur. À cause de ce voile, “ quand on lit Moïse ”, le pécheur ne le comprend pas, car un voile est posé sur son cœur. À cause de ce voile, quand on lit l'Ancien Testament, celui qui entend ne comprend pas ; à cause de ce voile l'Évangile lui-même est caché à ceux qui se perdent. Nous disions donc, à propos du voile, que la honte est le voile ; aussi longtemps en effet que nous avons les œuvres de la honte, il est évident que nous avons le voile selon ce qui est dit quelque part au psaume XLIII : “ Et la honte de mon visage m'a couvert d'un voile ”. J'ai dit par analogie que celui qui n'a pas d'œuvres de honte n'a pas de voile. Tel était Paul qui dit : “ Nous tous, le visage dévoilé, nous contemplons comme en un miroir la gloire du Seigneur ”. Paul a donc le visage dévoilé, car il n'a pas d'œuvre de honte. Celui qui n'est pas comme Paul a le visage voilé. De même donc qu'il était dit là, au psaume XLIII : “ La honte de mon visage m'a couvert d'un voile ”, de même il est dit ici : “ Notre déshonneur nous a couverts d'un voile ”. Tant que nous faisons des œuvres déshonorantes, nous avons un voile posé sur le cœur. Si nous voulons ôter le voile provenant du déshonneur, tendons aux œuvres de l'honneur et gardons à l'esprit la parole bien connue du Sauveur : “ Afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père ”, ayons aussi à l'esprit la parole de l'Apôtre : “ En transgressant la Loi tu déshonores Dieu ”, Le juste, comme il honore le Père, honore le Fils ; le déshonneur, quand je déshonore le Fils, ce déshonneur dont je déshonore aussi bien le Père que le Fils, devient un voile sur mon visage, et je dis alors : “ Le déshonneur nous a couverts d'un voile ”. Aussi, comprenant ce qu'est le voile qui vient des œuvres de la honte, des actions déshonorantes, ôtons le voile. Il est en notre pouvoir d'ôter le voile, cela n'appartient à personne d'autre : lorsque Moïse se tournait vers le Seigneur, il enlevait en effet le voile. Tu vois comment Moïse représente parfois le peuple : tant qu'il ne se tournait pas vers le Seigneur, étant la figure du peuple qui ne se tourne pas vers le Seigneur, il avait un voile placé sur le visage, mais quand il se tournait vers le Seigneur, devenant figure de ceux qui se tournent vers le Seigneur, alors “ il enlevait le voile ”. Et ce n'est pas que Dieu lui donnait cet ordre : Enveloppe-toi du voile, — car Dieu n'a pas dit à Moïse : Enveloppe-toi du voile, — mais quand Moïse voyait que le peuple ne pouvait voir sa gloire, alors il mettait le “ voile sur son visage ” ; et il n'attendait pas non plus que Dieu lui dise : Enlève le voile, chaque fois qu'il se tournait vers le Seigneur.
Cela a donc été écrit pour que toi aussi, qui as mis le voile sur ton visage par des œuvres de déshonneur et de honte, tu travailles à ton tour à ôter le voile ; si tu te tournes vers le Seigneur, alors tu ôtes le voile et tu ne diras plus : “ Notre déshonneur nous a couverts d'un voile ”. Par exemple, la colère contre quelqu'un, posée sur notre âme, y est posée comme un voile sur le visage ; c'est pourquoi, si nous voulons dire dans notre prière : “ La lumière de ton visage s'est manifestée sur nous, Seigneur ”, enlevons le voile et mettons en pratique cet ordre de l'Apôtre : “ Je veux que les hommes prient en tous lieux en levant des mains pures, sans colère, ni mauvaises pensées ”. Si nous enlevons la colère, nous enlevons le voile, et de même pour toutes les passions. Mais tant que celles-ci sont dans notre esprit, dans nos pensées, le voile et le déshonneur sont posés sur notre visage intérieur, sur notre faculté directrice, en sorte que nous ne voyons pas briller la gloire de Dieu. Ce n'est pas Dieu qui nous cache sa gloire, mais c'est nous, en mettant sur notre faculté directrice le voile provenant du péché.
“ Car devant notre Dieu nous avons péché, nous et nos pères ”. Puissions-nous dire, nous aussi, comme ces gens que le prophète fait parler : “ Nous avons péché ”. Ce n'est pas la même chose de dire : “ Nous avons péché ”, et : ' nous péchons '. Que celui qui est encore dans le péché n'aille pas dire en effet : “ Nous avons péché ”, mais que celui qui a péché auparavant et qui s'est réellement repenti dise : “ Nous avons péché ”, comme on trouve en Daniel une confession de gens qui ne pèchent plus et qui disent : “ Nous avons péché, nous avons transgressé la Loi ; et le prophète dit dans les psaumes : “ Ne te souviens pas de nos transgressions anciennes ”. Confessons donc, nous aussi, nos péchés ; puissent-ils ne pas être d'hier ni d'avant-hier, mais puissions-nous confesser des péchés remontant à plus de quinze ans sans avoir commis de fautes après cela pendant quinze ans. Si nos péchés sont d'hier, nous ne méritons pas encore d'être crus quand nous confessons nos péchés, et il n'y a pas lieu que ces péchés-là soient effacés.
“ Car nous avons péché, nous et nos pères, depuis notre jeunesse jusqu'à ce jour ” ; le début de la phrase, nous venons de le voir, nous enseigne la meilleure façon de confesser nos fautes, et la suite dénonce le fait de pécher de longue date : “ depuis notre jeunesse jusqu'à ce jour. Et nous n'avons pas écouté la voix du Seigneur notre Dieu ”. Nous avons péché et nous n'avons pas écouté jusqu'à présent ; c'est ensuite, quand ils se sont convertis et qu'ils ont un début de conversion, qu'ils disent : Nous avons péché et nous n'avons pas écouté. Car vouloir écouter et écouter effectivement ne sont pas chez nous exactement simultanés. De même en effet qu'en cas de blessure il faut du temps avant d'être guéri, de même dans le cas de la conversion il en faut avant de s'être converti parfaitement et purement à Dieu.
Là-dessus Dieu dit au sujet d'Israël : “ Si Israël se convertit à moi, dit le Seigneur, alors il se convertira ”, c'est-à-dire que s'il se convertit parfaitement, alors il se convertira d'une authentique conversion comme s'il n'avait fait que commencer à se convertir. Puis Dieu dit : “ Et s'il fait disparaître ses abominations de sa bouche et s'il est pénétré de crainte devant ma face, s'il jure : le Seigneur est vivant ! en toute vérité, avec discernement et justice, alors des nations béniront (Dieu) en lui ”. S'il fait tout cela, des nations béniront (Dieu) en lui. Et quelles sont les choses qu'il doit faire pour que des nations bénissent (Dieu) en lui ? S'il fait disparaître les abominations de sa bouche. Mais que signifie faire disparaître les abominations de sa bouche ? Tout ce que nous disons de mal est abominations dans notre bouche ; faisons donc disparaître de notre bouche les abominations en faisant disparaître médisances, paroles inutiles, paroles stériles qui nous vaudront d'être mis en accusation “ au jour du jugement, car par tes paroles tu seras justifié, par tes paroles tu seras condamné ”. Si nous voulons donc que se réalise pour nous la promesse : “ Alors des nations béniront (Dieu) en lui et en lui elles loueront Dieu à Jérusalem ”, faisons ce qui est dit au début. Quoi d'abord ? Faire disparaître les abominations de notre bouche. Ensuite il y a les mots : “ S'il est pénétré de crainte devant ma face ” ; faisons-le en second lieu, et pas seulement de manière à être pénétré de crainte, car peut-être y a-t-il une crainte qui naît sans que ce soit devant la face de Dieu ; de fait, ceux qui ont peur sans savoir mais parce qu'ils préfèrent avoir peur ne sont pas pénétrés de crainte devant la face de Dieu. Tous ceux au contraire qui sont pénétrés de crainte à bon escient, parce qu'il ne cessent de voir et de se représenter la face de Dieu tournée contre ceux qui font le mal pour faire disparaître leur souvenir sur la terre f, voilà ceux qui sont pénétrés de crainte devant la face de Dieu.
“ S'il fait disparaître les abominations de sa bouche et s'il est pénétré de crainte devant ma face et s'il jure ; le Seigneur est vivant ! en toute vérité, avec discernement et justice ”. Regardons-nous nous-mêmes, nous qui jurons, et voyons comment nous ne jurons pas avec discernement, mais sans discernement, au point que nos serments relèvent plus de l'habitude que du jugement. Le fait est que nous nous laissons emporter et c'est ce que le Verbe critique par les mots : “ Et s'il jure : le Seigneur est vivant ! en toute vérité, avec discernement et justice ”. Nous savons que dans l'Évangile le Seigneur dit aux disciples : “ Et moi je vous dis de ne pas jurer du tout ”. Examinons aussi cette parole et, si Dieu le permet, les deux phrases s'éclaireront mutuellement. Peut-être en effet faut-il commencer par jurer en toute vérité, avec discernement et justice, pour qu'ensuite, ayant progressé, on devienne digne de ne plus jurer du tout, mais d'avoir un “ ouï ” qui n'a plus besoin de témoin pour garantir que les choses sont bien ainsi, et avoir un “ non ” qui n'a pas besoin de témoin pour garantir que vraiment les choses ne sont pas ainsi.
“ Et s'il jure : le Seigneur est vivant ! en toute vérité ”. Chez celui qui jure, j'exige d'abord qu'il n'y ait pas de mensonge mais le vrai, afin qu'il jure avec vérité — et nous malheureux, qui allons jusqu'à faire de faux serments ! — mais supposons que nous jurions avec vérité, même ainsi un serment n'est pas légitime, il reste à le faire avec discernement, car, admettons que je jure par habitude, dans ce cas je ne jure pas avec discernement. Si l'on doit pour un serment de cette sorte prendre à témoin le Dieu de l'univers et son Christ sur telle affaire, de quelle importance doit être cette affaire pour que je fléchisse les genoux et que je jure ! Pour remédier à l'incrédulité que certains opposent à mes paroles, je pourrais éventuellement le faire, mais si c'est au hasard, un tel serment est péché.
“ Si donc il jure : le Seigneur est vivant ! en toute vérité et avec discernement, non pas de manière inconsidérée, et en justice, non pas injustement, alors des nations béniront (Dieu) en lui ”. Il a uni les deux races, les fils des nations et Israël ; il a parlé des nations, il a parlé aussi d'Israël. Il ajoute : “ Alors des nations béniront (Dieu) en lui, en lui elles loueront Dieu à Jérusalem. Car voici ce que dit le Seigneur aux hommes de Juda et aux habitants de Jérusalem ”. Il a parlé aux fils des nations, il a parlé aux fils d'Israël, il parle à ceux de Juda. Je me souviens de ce qui a été dit récemment sur le sens allégorique de Juda et des habitants de Jérusalem : nous sommes, nous, si Dieu nous fait cette grâce, habitants de Jérusalem. Puisque “ là où est le trésor, là aussi est le cœur ”, si nous thésaurisons dans le ciel, nous avons aussi notre cœur dans la Jérusalem d'en-haut, celle dont l'Apôtre dit : “ La Jérusalem d'en-haut est libre, qui est notre mère, ainsi qu'il est écrit ” et la suite.
“ Voici donc ce que dit le Seigneur aux hommes de Juda et aux habitants de Jérusalem : .faites-vous des champs nouveaux et ne semez pas sur des épines ”. Cette parole est dite surtout à ceux qui enseignent, pour qu'ils ne confient pas les paroles de l'Écriture aux auditeurs avant d'avoir fait des champs nouveaux dans leurs âmes. Car lorsqu'ayant mis la main à la charrue ils ont fait des champs nouveaux dans les âmes et que les auditeurs écoutent à la manière d'une terre belle et bonne, alors, en semant, ils ne sèment pas sur des épines. Si c'est au contraire avant la charrue, avant de faire des champs nouveaux dans la raison des auditeurs, qu'on prend et qu'on sème les saintes semences que sont la doctrine sur le Père, celle sur le Fils, celle sur le Saint Esprit, la doctrine sur la résurrection, la doctrine sur le châtiment, la doctrine sur le repos éternel, celle sur la Loi, celle sur les Prophètes, en un mot celle sur chacun des points de l'Écriture, on transgresse le commandement qui dit en premier lieu : “ Faites-vous des champs nouveaux ”, en second lieu : “ et ne semez pas sur des épines ”.
Mais, dira l'un des auditeurs : moi je n'enseigne pas, je ne suis pas soumis à ce commandement. Eh bien ! toi aussi deviens le cultivateur de toi-même et ne sème pas sur des épines, mais fais un champ nouveau du lopin de terre que t'a confié le Dieu de toutes choses. Considère ce lopin, vois où il y a des épines, où des soucis matériels, l'égarement de la richesse et l'amour du plaisir, et une fois considérées les épines qui sont dans ton âme, cherche la charrue spirituelle dont Jésus a dit : “ Quiconque a mis la main à la charrue et se retourne en arrière est impropre au royaume de Dieu ” ; l'ayant cherchée et trouvée, rassemble à partir des Écritures les bœufs qui en seront les travailleurs purs, laboure et renouvelle la terre et, pour qu'elle ne soit plus ancienne, rends-la neuve “ en dépouillant le vieil homme avec ses actions et en revêtant l'homme nouveau, renouvelé en vue de la connaissance ”. Tu te feras un champ nouveau, et quand tu auras fait le champ nouveau, prends des semences auprès de ceux qui enseignent, prends des semences dans la Loi, prends-en dans les Prophètes, dans les écrits évangéliques, dans les paroles des apôtres ; ayant pris ces semences, ensemence ton âme par la mémoire et l'exercice. Elles paraîtront lever d'elles-mêmes, mais en vérité elles ne lèveront pas du simple fait que tu te souviens d'elles, mais Dieu les fera croître : “ Moi j'ai planté, Apollos a arrosé, mais c'est Dieu qui a fait croître ”. En tout cas, si quelqu'un a pu comprendre les Écritures, celui-là a fait un champ nouveau, et ayant fait un champ nouveau il a semé autrement que dans les épines. Il est prévu dans le plan de Dieu que ces semences ne deviennent pas instantanément du blé mais, comme dans l'évangile selon Marc, qu'elles soient d'abord herbe, puis épis, puis prêtes pour la moisson. Quand elles seront prêtes pour la moisson, viendront les envoyés pour la moisson ; quand elles seront prêtes pour la moisson, viendront ceux auxquels le Verbe dit : “ Levez les jeux et voyez les campagnes qui blanchissent déjà pour la moisson ”.
Il nous dit donc : “ Faites-vous des champs nouveaux et ne semez pas sur des épines ” : si avant d'avoir purifié ton âme, tu vas, encore garni d'épines, à celui qui peut enseigner, ou du moins qui est réputé tel ou qui s'en prétend capable, pour lui demander science et semences spirituelles, tu enfreins le précepte qui dit : “ Ne semez pas sur des épines ”. Puis le texte dit : “ Circoncisez-vous pour votre Dieu, et circoncisez le prépuce de votre cœur. ” “ Circoncisez-vous pour votre Dieu ” : il était nécessaire d'ajouter : “Circoncisez-vous pour votre Dieu ”, et tu vas le comprendre par l'exemple de la circoncision corporelle. Sont circoncis, j'entends sur le plan corporel, non seulement les hommes de la circoncision selon la loi de Moïse, mais encore beaucoup d'autres hommes. Les prêtres des idoles des Égyptiens se font circoncire pour elles, mais cette circoncision-là est une circoncision pour les idoles et n'est pas une circoncision faite pour Dieu, tandis que celle des juifs était peut-être pour Dieu, en tout cas à cette époque-là. Si donc la Parole dit : “ Circoncisez-vous pour votre Dieu ”, une fois compris le sens littéral, passe au sens figuré, pour trouver comment, parmi les circoncis au sens figuré, — si bien circoncis que certains d'entre eux auraient peut-être pu dire : “ C'est nous la circoncision ”, — les uns sont circoncis pour Dieu, les autres sont circoncis, oui, mais ne le sont pas pour Dieu. Il y a d'autres doctrines que la doctrine de la vérité, que la doctrine de l'Église : ceux qui s'exercent à la philosophie sont circoncis de mœurs et de cœur et pratiquent peut-on dire la tempérance ; les hérétiques pratiquent la tempérance et ont ainsi une circoncision ; mais si c'est bien là une circoncision, elle n'est pas pour Dieu, car la circoncision se fait chez eux en vertu d'une doctrine mensongère. Mais quand tu participes à la communion en te conformant à la règle de l'Église, à l'esprit de la saine doctrine, tu n'es pas seulement circoncis, mais circoncis pour Dieu,
“ Circoncisez-vous donc pour votre Dieu et circoncise le prépuce de votre cœur. ” Qui ne passe sur ces derniers mots comme n'étant pas clairs ? Donc il y a un prépuce du cœur et il faut le circoncire. Si l'on a de l'acuité dans le raisonnement, voici à peu près ce qu'en cherchant on trouvera sur cette question. Le prépuce est congénital, la circoncision est adventice, et c'est ce qui était venu par la naissance qui est supprimé par la circoncision ; donc si la parole ordonne de supprimer le prépuce du cœur, il faut qu'il y ait dans le cœur quelque chose de congénital, appelé prépuce, que nous devons supprimer pour être circoncis du prépuce du cœur. Si l'on réfléchit à cette parole : “ Nous étions par nature des enfants de la colère comme le sont aussi les autres ”, si l'on réfléchit au corps de misère dans lequel nous sommes nés, si l'on réfléchit que “ nul n'est exempt de souillures, même si sa vie n'était que d'un jour ; or ses mois sont nombreux ”, on verra comment nous sommes nés avec une impureté et un prépuce du cœur.
Pour employer un exemple plus simple qui puisse vous amener à voir ce qu'est le prépuce du cœur, je ferai remarquer que dans le premier âge des opinions fausses naissent forcément dans l'âme, car il n'est pas possible que l'homme reçoive dès le début des doctrines vraies et pures. Mais le Verbe de Dieu a veillé à ce qu'il y ait une histoire et une Écriture à prendre au sens littéral, afin que l'enfant né à Abraham selon la chair soit nourri d'abord de paroles selon la chair, et que naisse d'abord “ le fils de l'esclave ” pour que puisse naître après lui le “ fils de la femme libre ”, le “.fils de la promesse ”. Si l'on comprend pourquoi cela a été dit, on peut comprendre ce qu'est le prépuce du cœur qui a précédé la circoncision.
Il nous faut donc recevoir la Parole qui purifie les doctrines et supprime toutes les fausses opinions nées en nous. C'est donc cela enlever le prépuce de notre cœur. Car si le cœur en nous est ce qui contient la raison, là où résident les pensées, là d'où sortent les mauvaises pensées, celui qui supprime les mauvaises pensées supprime le prépuce du cœur, celui qui se défait des mauvaises doctrines circoncit le prépuce de son cœur et devient homme de Juda et habitant de Jérusalem, circoncis qu'il est dans la pureté. Mais si quelqu'un ne se défait pas du prépuce de son cœur, voyons de quoi la Parole le menace : “ Méfie-toi que ne jaillisse comme un feu ma fureur ; et elle brûlera et il n'y aura personne pour l'éteindre ”. La colère du Seigneur jaillit donc comme un feu contre ceux qui ne sont pas circoncis pour Dieu, contre ceux qui ne se sont pas défaits du prépuce de leur cœur, et “ il n'y aura personne pour l'éteindre en face de la perversité de leurs habitudes. ” Ce feu-là a pour aliment la perversité de nos habitudes ; là où il n'y a pas de perversité des habitudes, le feu ne trouve pas sa pâture. Que l'aliment de ce feu soit la perversité des habitudes, écoute le prophète le dire : “ Et il n'y aura personne pour l'éteindre en face de la perversité de vos habitudes ”,
“ Annoncez-le en Juda et qu'en Jérusalem on l'entende, dites-le, signifiez-le à la trompette sur la terre et criez-le à pleine voix ”. Ce qui est annoncé, dit-il, dites-le en Juda, à ceux de la tribu de Juda le Christ “ car il est notoire que notre Sauveur s'est levé de la tribu de Juda. ” “ Signifiez-le à la trompette sur la terre ”. La Parole sublime qui éveille l'auditeur, qui le prépare à la guerre contre les passions, à la guerre contre les puissances adverses, qui le prépare aux fêtes célestes, — car l'Écriture parle de sonner de la trompette dans l'un et l'autre cas, — est considérée ici comme une trompette. Dans les Nombres c'est une telle Parole qui est trompette, quand par exemple la Parole m'ordonne, à moi et à tous, — car c'est donné à qui le veut et à quiconque cherche l'intelligence de l'Écriture, — de faire des trompettes d'argent étirées. Ainsi la Parole dit : “ Signifiez-le à la trompette sur la terre et criez-le à pleine voix ; dites : rassemblez-vous et entrons dans les villes ceintes de remparts ”. La Parole de Dieu ne veut pas que nous entrions dans une ville sans remparts, mais dans une ville munie de remparts. L'Église du Dieu vivant a été munie de remparts par la vérité du Verbe ; c'est Lui, en effet, le rempart, tout comme on voit au psaume XVII que Dieu aussi est “ rempart ”.
“ Reprenez-vous et fuyez dans Sion ”. Vous tous qui êtes en dehors de Sion, “ reprenez-vous et fuyez dans Sion ; hâtez-vous, ne restez pas sur place ”, vous qui êtes en progrès, hâtez-vous vers l'Observatoire ”, parce que je fais venir de Borée des maux et une grande tribulation ”. Tandis que ces maux arrivent de Borée, — Borée étant, comme il a été dit souvent, l'Adversaire, — quiconque est surpris à ne pas se hâter et à ne pas entrer dans les villes feintes de rempart, à ne pas être dans les églises de Dieu, mais à rester en dehors, celui-là sera pris par les ennemis et massacré. Et qui est l'ennemi ? Voyons-le par la suite où il est dit : “ Un lion est monté de son repaire, il s'est levé pour détruire les nations. ” Voilà l'ennemi qu'il nous faut fuir. Un lion nous poursuit. Qui est-il ? Pierre nous l'enseigne lorsqu'il dit : “ Notre adversaire, le diable, tel un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer ; résistez-lui, fermes dans la foi ” ; et au psaume IX : “ Il s'embusque dans une cachette ”, il s'embusque “ comme un lion dans son repaire ”, et ce lion-ci ne s'embusque pas de jour, mais lorsque vient la nuit, car selon le psaume CIII : “ Tu as mis des ténèbres et ce fut la nuit, alors toutes les bêtes de la forêt sont en mouvement, les lionceaux rugissent après la proie et demandent à Dieu leur nourriture ”.
“ Un lion est donc monté de son repaire ” : où ? quand ? Il est en bas, tombé. Il était descendu au plus profond de la terre : “ Un lion est monté de son repaire ”. Tu es homme, tu es plus haut que le diable, car tu es meilleur que lui, quel que tu sois. Lui, à cause de sa perversité, est en bas.
“ Un lion est donc monté de son repaire ; il s'est levé pour détruire les nations. ” Une fois monté de son repaire, du lieu qui convenait à son châtiment, “ il s'est levé pour détruire les nations, il est sorti de son lieu pour réduire ta terre à un désert ”. Il veut entrer dans ta terre à toi, celle dont nous parlions tout à l'heure ; il veut faire sa pâture de chacun d'entre nous. Le lion vient donc “ pour réduire ta terre à un désert ”, pour fouler aux pieds les semences afin de rendre ta terre désertique, “ et tes villes seront rasées parce qu'elles seront dépeuplées ; à cause de cela, ceignez des cilices ”. Donc, puisque le lion est monté, que le lion te menace et veut anéantir ta terre, ceins un cilice, pleure et gémis, presse Dieu par des prières d'exterminer ce lion, pour t'en débarrasser et que tu ne tombes pas dans sa gueule. Car “ comme lorsque le berger arrache de la gueule du lion deux jambes ou un bout d'oreille ”, ce lion-ci cherche à te prendre par les oreilles, te jetant des paroles mensongères dont tu es friand afin de te faire sortir de la vérité, il veut arracher tes pieds du sol de la vérité et te dévorer. Eh bien ! toi, ceins des cilices, frappe-toi la poitrine, pleure et pousse le cri de guerre à la vue de l'ennemi menaçant pour que le courroux de la colère du Seigneur se détourne de toi et que, ce courroux une fois détourné, tu puisses, en toute quiétude, à l'abri des assauts du lion, parce que tu seras entré dans la ville munie de remparts, louer le Dieu qui te sauve en Christ Jésus, à qui sont la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. AMEN.
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