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HOMÉLIE II
Sur : “ Comment t'es-tu changée en amertume, toi la vigne étrangère ? ” jusqu'à : “ Si tu te laves au nitre et entasses sur toi de l'herbe, tu restes souillée dans tes iniquités devant moi, dit le Seigneur ”.
“ Dieu n'a pas fait la mort et il ne se complaît pas dans la perte des vivants ; car il a créé toutes choses pour qu'elles existent, et saines sont les créatures du monde ; il n'y a pas en elles de poison de mort et l'Hadès n'a pas d'emprise sur terre ” ; puis, sautant un peu de texte, je dirai : d'où est donc venue la mort ? “ C'est par l'envie du diable que la mort est venue dans le monde ”. Tout ce qui pouvait être agréable dans notre condition, Dieu l'avait fait, puis nous avons créé nous-mêmes pour nous-mêmes le mal et les péchés. C'est pourquoi, ici aussi, le début de la leçon, chez le prophète, disait comme pour poser un problème à ceux dont l'âme est pleine d'une amertume contraire à la douceur que Dieu y avait mise : “ Comment t'es-tu changée en amertume, toi la vigne étrangère ? ” C'est comme s'il disait : Dieu n'avait pas fait la claudication, il avait au contraire donné à tous des pieds agiles, puis une cause s'est produite qui a fait que les boiteux boitent ! Et Dieu avait créé sains originellement tous les membres, puis il s'est produit une cause qui a fait que certains d'entre eux souffrent. De même l'âme a été faite à l'image, non seulement chez le premier homme, mais chez tout homme, — car la parole : “ Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance ”, s'étend à tous les hommes — et, tout comme en Adam ce que l'on comprend généralement par à l'image est antérieur à ce qu'il a surajouté lorsqu'il a revêtu par son péché l'image du terrestre, ainsi chez tous les hommes l'image de Dieu est antérieure à l'image mauvaise. “ Nous avons revêtu ” en étant pécheurs “ l'image du terrestre ”, revêtons en nous convertissant “ l'image du céleste ”, en sachant toutefois que la création avait été faite à “ l'image du céleste ”.
C'est donc un problème que la Parole pose ici en disant aux pécheurs sur un ton de reproche : “ Comment t'es-tu changée en amertume, toi la vigne étrangère ? ” car “ moi je t'avais plantée comme une vigne féconde, tout entière vraie ”. Il a été dit à l'instant, et j'y reviens un peu pour vous en convaincre, que Dieu a planté l'âme de l'homme comme une vigne belle, mais que chacun, en changeant, est devenu le contraire de ce que voulait le Créateur : “ Moi je t'avais plantée comme une vigne féconde, tout entière ” et non partiellement “ vraie ”, non pas vraie vigne ici et fausse vigne là, mais “ moi, je t'avais plantée comme une vigne féconde, tout entière vraie ; comment t'es-tu changée ” alors que je t'avais créée comme une vigne tout entière vraie, “ comment, toi, t'es-tu changée en amertume ” et es-tu devenue “ vigne étrangère ” ?
Après cela voyons la phrase : “ Si tu te laves au nitre et entasses sur toi de l'herbe, tu restes souillée dans tes iniquités devant moi, dit le Seigneur ”. Une âme pécheresse croyait-elle donc qu'en prenant du nitre et en se lavant avec du nitre matériel, elle mettait fin à sa souillure et fin à son péché, et quelqu'un supposait-il qu'en prenant cette herbe qui lève de terre, en se lavant et lessivant avec elle, il purifiait son âme, pour que la Parole dise ici à la vigne changée en amertume et devenue étrangère : “ Si tu te laves au nitre et entasses sur toi de l'herbe, tu restes souillée devant moi dans tes iniquités, dit le Seigneur ” ? Non, mais il faut savoir que la Parole a toute vertu : de même que la Parole a vertu d'engendrer toute Écriture, elle a aussi vertu de tout guérir, elle est la vertu de tout ce qui purifie et elle est souverainement détersive, “ car vivante est la Parole de Dieu, efficace, plus tranchante qu'un glaive à deux tranchants ”, et tout ce dont tu diras avoir besoin se trouve dans la vertu de la Parole. Il y a donc une parole qui est nitre et il y a une Parole qui est herbe, Parole dont le seul énoncé purifie les saletés de cette sorte ; mais, comme une Parole qui est nitre et une Parole qui est herbe ne sert pas de remède à tout péché, et qu'il y a des péchés qui réclament un traitement autre que le nitre et l'herbe, il est dit à l'âme qui croyait que ses péchés pouvaient être lavés au nitre et à l'herbe : “ Si tu te laves au nitre et entasses sur toi de l'herbe, tu restes souillée devant moi dans tes iniquités, dit le Seigneur ”. Voyez les blessures : il en est qui se soignent à l'émollient, d'autres se soignent à l'huile, d'autres ont besoin d'un bandage, et ces remèdes suffisent à les guérir, mais il y a d'autres blessures à propos desquelles il est dit : “ Il n'est possible d'appliquer ni émollient ni huile ni bandage, votre pays est désert, vos villes sont consumées par le feu ”. Il en va de même pour les péchés : certains salissent l'âme et pour ces péchés l'homme a besoin d'une parole de nitre, d'une parole d'herbe, mais il est des péchés qui ne se soignent pas de cette façon, car ils ne sont pas comparables à la saleté.
C'est pourquoi regarde comment le Seigneur qui parle en Isaïe, sachant distinguer entre les péchés, déclare : “ Le Seigneur lavera la saleté des fils et des filles de Sion et enlèvera le sang du milieu d'eux par un souffle de jugement et par un souffle de cautérisation ” : saleté et sang ; saleté, “ par un souffle de jugement ” ; sang, “ par un souffle de cautérisation ”. Si, sans avoir commis un “ péché qui conduit à la mort ” tu as tout de même péché, tu es sale : “ le Seigneur lavera ” donc “ la saleté des fils et des filles de Sion et enlèvera le sang du milieu d'eux ”, puis à la saleté correspond “ par un souffle de jugement ”, et au sang “ par un souffle de cautérisation ”. Et ce dont nous avons besoin, nous le commun, quand nous péchons plus gravement, ce n'est pas de nitre ou d'herbe entassée, mais du souffle de la cautérisation.
C'est pourquoi Jésus baptise — j'en trouve peut-être maintenant la raison — “ dans l'Esprit Saint et dans le feu ”. Non pas qu'il baptise le même homme “ dans l'Esprit Saint et dans le feu ”, mais il baptise le saint dans l'Esprit Saint, tandis que l'autre qui, après avoir cru, après avoir été jugé digne de l'Esprit Saint, a péché de nouveau, il le lave dans le feu, en sorte que ce n'est pas le même homme qui est baptisé par Jésus dans l'Esprit Saint et dans le feu.
Bienheureux donc celui qui est baptisé dans l'Esprit Saint et n'a pas besoin du baptême de feu, et trois fois malheureux l'autre qui a besoin d'être baptisé par le feu. Cependant Jésus peut les deux choses. Il est écrit en effet : “ Une verge sortira de la racine de Jessé et une fleur sortira de la racine ” : verge pour les châtiés, fleur pour les justes. De même “ Dieu ” est “ feu destructeur ” et “ Dieu est lumière ” : feu destructeur pour les pécheurs, lumière pour les justes et les saints.
Et bienheureux “ celui qui a part à la première résurrection ”, celui qui a conservé le baptême de l'Esprit Saint. Qui est celui qui n'est sauvé que dans une autre résurrection ? Celui qui a besoin du baptême de feu, quand il vient devant ce feu, que le feu l'éprouve et que ce feu trouve “ bois, foin ” et “ paille ” à brûler.
Aussi après cette allocution, rassemblant autant que nous le pouvons les paroles des Écritures, mettons-les en dépôt dans nos cœurs et essayons d'y conformer nos vies, pour le cas où nous pourrions devenir purs avant notre départ, et qu'ayant préparé nos œuvres en vue de ce départ nous obtenions, lorsque nous partirons, d'être admis parmi les bons eux-mêmes et d'être sauvés en Christ Jésus, à qui sont la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. AMEN.

HOMÉLIE III
Sur : “ Ai-je été un désert pour la maison d'Israël ”, jusqu'à : “ ou une terre d'aridité ? ”
Au début du passage qui a été lu, le Seigneur dit qu'il n'a pas été pour Israël un désert, ni une terre d'aridité. Qui donc, en présence de ce passage, ne se poserait pas des questions en cherchant à discerner l'intention de ce qui est écrit ? Admettons, dira-t-il, que Dieu, en Israël, n'a pas été un désert, qu'il n'a pas été en Israël une terre d'aridité ; est-ce donc que le Seigneur est devenu désert pour Israël aujourd'hui, terre d'aridité pour lui maintenant ? Ou quoi ? Lorsqu'il n'était pour Israël ni désert ni terre d'aridité, était-il désert et terre d'aridité pour les nations ? En effet, si pour tous et toujours Dieu n'est pas un désert, si pour tous et toujours il n'est pas terre d'aridité, quel besoin y avait-il de dire à Israël en particulier, à un titre tout à fait spécial : “ Ai-je été un désert pour la maison d'Israël, ou une terre d'aridité ? ” Eh bien ! il y a lieu de recourir aux bienfaits universels de Dieu, puis, après les bienfaits universels, à ses bienfaits particuliers.
Dieu n'est désert pour personne, lui qui fait lever le soleil sur les méchants et sur les bons, il n'est pour personne terre d'aridité, lui qui fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Comment serait-il un désert, quand il fait lever le jour et donne la nuit comme repos ? Un désert, quand il rend la terre féconde ? Un désert quand il pourvoit tout homme dans son âme, pour qu'il soit doué de raison, reçoive la science et exerce son intelligence, et dans son corps, pour qu'il ait des sens éveillés ? Dieu n'est donc désert pour personne à un point de vue universel. Mais à un point de vue particulier, j'en viens à l'histoire d'Israël et je dis : il n'était ni désert ni terre d'aridité lorsqu'en Égypte il faisait des signes et des prodiges pour le peuple, mais chaque fois que les Israélites furent délaissés, il devint comme un désert pour eux sans être lui-même un désert. Toutefois, quand il n'était pour Israël ni désert ni terre d'aridité, pour les nations, à un point de vue particulier, il était désert et terre d'aridité ; puis, quand il se fut détourné d'Israël et qu'il fut devenu pour cet Israël-là désert et terre d'aridité, alors la grâce fut répandue sur les nations, et Christ Jésus est devenu pour nous aujourd'hui non pas désert mais plénitude, non pas terre d'aridité mais terre de fécondité. Car “ les enfants de la stérile sont plus nombreux que ceux de la femme qui a un mari ”.
Et Dieu adresse des menaces à ceux-là mêmes pour qui il n'était pas devenu un désert ni une terre d'aridité, en ces termes : Moi, je ne suis pas devenu pour vous un désert ou une terre d'aridité, mais c'est vous qui avez dit : “ Nous n'aurons pas de Seigneur, nous n'irons plus à toi ”. Est-ce donc un langage de désespoir qu'ont tenu les fils d'Israël en disant : “ Nous n'aurons plus de Seigneur .. ?

HOMÉLIE IV
Sur : “ Et le Seigneur me dit aux jours de Josias ”, jusqu'à : “ Israël a justifié son âme en comparaison de la perfide Juda ”.
La lettre même du passage qui a été lu présente quelque obscurité, qu'il nous faut d'abord élucider ; et après cela, si Dieu l'accorde, nous saurons son intention mystique.
Le prophète veut donc que nous sachions ici, comme il est écrit dans les Livres des Rois, que le peuple fut divisé au temps de Roboam en un royaume de dix tribus placé sous l'autorité de Jéroboam et en un de deux tribus, sous celle de Roboam. Les sujets de Jéroboam furent appelés Israël, Juda fut le nom de ceux de Roboam. Et cette division du peuple a duré, pour nous en tenir à l'histoire, jusqu'à aujourd'hui : nous ne connaissons en effet aucun événement qui ait réuni Israël et Juda en un même état. Israël donc, l'Israël de Jéroboam et de ses successeurs, pécha le premier et le plus ; et il pécha tellement, en comparaison de Juda, qu'il fut condamné par la Providence à la captivité chez les Assyriens, et cela, au dire de l'Écriture, jusqu'à maintenant. Après quoi les fils de Juda péchèrent également, et ils furent condamnés à la captivité de Babylone, non pas jusqu'à maintenant comme Israël, mais pendant soixante-dix années, prédites par Jérémie et mentionnées aussi par Daniel.
Si nous comprenons ces faits en fonction du peuple d'alors, vois si les expressions du prophète ne signifient pas quelque chose comme ceci : Dieu dénonce les fautes d'Israël dans les termes qu'on peut lire, puis il dit : Après tous ces péchés commis par Israël, l'assemblée de Juda, qui avait pourtant appris les fautes d'Israël et vu de quelle manière je l'avais fait partir en captivité, n'en a pas tiré la leçon ; au contraire, elle a augmenté ses péchés, au point que, par suite de cette augmentation des péchés, si on les compare aux péchés d'Israël, il s'est trouvé plus de justice en Israël qu'en Juda. Là-dessus le prophète reçoit l'ordre de prophétiser parce que Juda est devenu pire qu'Israël, afin qu'ils se convertissent de leurs péchés. Après cette prophétie qui ordonne donc à Israël de se convertir, le prophète prophétise qu'Israël et Juda se rassembleront et qu'un royaume unique les réunira un jour tous les deux.
Que celui qui s'intéresse aux lectures prenne donc les mots de toute la lecture d'aujourd'hui, et alors il verra que le sens en a été tiré au clair : “ Et le Seigneur me dit aux jours du roi Josias : Tu vois ce que m'a fait la maison d'Israël ”, — non pas : de Juda, mais d'Israël d'abord —, “ elle est allée sur toute montagne élevée et sous tout arbre de bois sacré, et elle s'y est prostituée. Et j'ai dit après toutes ses prostitutions : reviens à moi, et elle n'est pas revenue. Et sa perfidie ” — celle de l'assemblée d'Israël — “ a été vue par la perfide Juda. Et ils ont vu ” — ceux de Juda — “ que, en retour de toutes les fautes pour lesquelles la maison d'Israël a été abandonnée, à la suite de ses adultères je l'ai répudiée et lui ai donné un livret de divorce ”. Juda aurait dû en tirer une leçon, — car j'ai répudié Israël, l'assemblée d'Israël, je l'ai chassée chez les Assyriens “ et lui ai donné un livret de divorce dans les mains ”, — “ et la perfide Juda n'a pas eu peur ”. Après tout ce qu'il avait fait à Israël, sa répudiation, la remise du livret de divorce, l'assemblée de Juda aurait dû tirer la leçon des souffrances infligées aux autres, mais eux, non contents de refuser cette leçon, ont ajouté à leurs péchés, au point que les péchés de l'assemblée d'Israël en comparaison des péchés de l'assemblée de Juda avaient l'apparence de la justice. “ Et je lui ai donné un livret de divorce dans les mains ; et la perfide Juda ” — sa sœur — “ n'a pas eu peur : elle est allée se prostituer elle aussi, elle s'est prostituée au néant en commettant l'adultère avec la pierre et le bois. Et au milieu de tout cela la perfide Juda ne s'est pas convertie à moi de tout son cœur, mais ” elle s'est convertie à moi “ faussement ”. Elle ne m'a pas craint après ce que j'avais fait à Israël pour qu'elle-même fasse une conversion parfaite ; au contraire, alors qu'elle aurait dû se convertir véritablement, elle s'est convertie faussement : “ Et au milieu de tout cela, la perfide Juda ne s'est pas convertie à moi de tout son cœur, mais faussement. Et le Seigneur me dit : Israël a justifié son âme en comparaison de la perfide Juda ”, — les péchés d'Israël, comparés aux fautes de Juda, sont devenus justification de l'âme de l'assemblée d'Israël, — “ va donc et proclame ces paroles en direction de Borée ”.
Si la lettre est comprise, voyons ce qu'on veut nous indiquer dans ce passage. L'appel des nations a eu son origine dans la chute d'Israël, et les apôtres, après avoir proclamé le message aux assemblées des Juifs, leur disent : “ C'est à vous qu'avait été envoyée la Parole du salut, mais puisque vous vous jugez vous-mêmes indignes, voici que nous nous tournons vers les nations ”. Et l'Apôtre, bien informé à ce sujet, dit ce qu'il sait : “ Leur chute a été le salus pour les nations de manière à provoquer leur émulation ”. Donc les fautes nombreuses de ce peuple ont fait qu'il a été abandonné et que nous sommes venus à l'espérance du salut, nous les étrangers aux alliances, qui n'avions point part aux promesses. Comment se fait-il, en effet, que moi, né n'importe où, étranger à ce qu'on appelle la terre sainte, aujourd'hui je parle des promesses de Dieu, je croie au Dieu des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, je reçoive par grâce de Dieu le Christ Jésus annoncé à l'avance par les prophètes ? Si tu comprends ces deux peuples : le peuple issu d'Israël et le peuple issu des nations, vois que l'exil d'Israël s'applique aussi à ce peuple issu d'Israël, et comprends que c'est de ce peuple qu'il a été écrit : “ Je l'avais répudié et je lui avais donné un livret de divorce ”. Effectivement, Dieu a répudié ce peuple et il lui a donné un livret de divorce, comme cela se passe pour les gens mariés. Si une femme était désagréable pour son mari, aux termes de la loi de Moïse, un livret de divorce était rédigé à l'initiative du mari, la femme était répudiée et il était permis à qui avait répudié sa première femme parce qu'elle passait pour s'être mal conduite, d'en épouser une autre. De la même façon, vois par le raisonnement que ce peuple-là reçoit un livret de divorce ; et parce qu'il a reçu le livret du divorce il a été complètement délaissé. Où y a-t-il encore des prophètes chez eux ? Où y a-t-il encore des signes chez eux ? Où une manifestation de Dieu ? Où le culte, le temple, les sacrifices ? On les a chassés de leur place.
Il avait donc donné à Israël un livret de divorce ; puis nous, Juda, — Juda à cause du Sauveur qui s'est levé de la tribu de Juda, “ car il est notoire que notre Seigneur s'est levé de Juda ”, — nous nous sommes convertis au Seigneur, et nos derniers jours, plût au Ciel que nous n'y fussions pas déjà ! ont l'air de devenir semblables aux derniers jours de Juda, voire pires encore. Que telle soit en effet notre époque à l'achèvement de ce monde, cela ressort avec évidence des propos tenus dans l'évangile par le Sauveur, lorsqu'il dit : “ Devant le débordement de l'iniquité, la charité du grand nombre se refroidira ; mais celui qui aura tenu jusqu'au bout sera sauvé ” ; et encore : “ Celui qui viendra fera des signes et des prodiges au point d'égarer, si cela était possible, même les élus ”. Et telle est notre époque que le Sauveur peut dire à propos de son retour, à la pensée que dans tant d'églises on ne trouvera bientôt plus un fidèle : “ Mais quand il reviendra, le Fils de l'homme trouvera-t-il la foi sur la terre ? ” Et réellement, si nous jugeons les choses à la réalité et non pas au nombre, si nous jugeons les choses aux dispositions profondes et non pas en considération du nombre des hommes rassemblés, nous verrons que maintenant nous ne sommes pas fidèles. Autrefois il y avait des fidèles, au temps des martyres généreux, quand au retour des convois des martyrs au cimetière nous nous rendions aux assemblées, que l'église tout entière était là, sans la moindre angoisse, et que les catéchumènes étaient catéchisés au milieu des martyres et au milieu des morts de ceux qui confessaient la vérité jusqu'à la mort, sans qu'ils soient eux-mêmes effrayés, ni troublés dans leur foi au Dieu vivant. Alors nous connaissons des gens qui ont même vu des choses extraordinaires et prodigieuses. Alors il y avait des fidèles, peu nombreux, mais de vrais fidèles, qui suivaient la route “ étroite et resserrée qui conduit à la vie ”. Mais maintenant que nous sommes devenus nombreux, comme il n'est pas possible qu'il y ait de nombreux élus, — car Jésus ne ment pas quand il dit : “ Beaucoup d'appelés mais peu d'élus ”, — parmi la foule de ceux qui font profession de convictions religieuses, il en est fort peu qui parviennent à l'élection divine et à la béatitude.
Quand donc Dieu dit : “ J'ai répudié d'abord Israël à cause de ses péchés et l'ai envoyé en exil, et Juda, bien qu'il ait appris ce qui était arrivé à Israël, ne s'est pas converti ”, Dieu parle de nos péchés. À la lecture des malheurs d'Israël et des catastrophes qui se sont abattues sur ce peuple, nous devrions être pris de peur et dire : S'il n'a pas épargné les rameaux naturels, à combien plus forte raison refusera-t-il de nous épargner ! Si eux qui se vantent d'être l'olivier franc, qui sont enracinés sur la racine des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, Dieu les a retranchés sans les épargner, malgré sa bonté et son amour pour les hommes, à combien plus forte raison refusera-t-il de nous épargner !
“ Considère, en effet, la bonté et la sévérité tranchante de Dieu ”. Il n'est pas bon sans être tranchant, ni tranchant sans être bon ; car s'il était seulement bon sans être tranchant, nous n'en aurions eu que plus de mépris pour sa bonté, et s'il était tranchant sans être bon, sans doute aurions-nous désespéré de nos péchés. Mais en réalité, en tant que Dieu, — car c'est nous les hommes qui choisissons, en nous convertissant, sa bonté, et en demeurant dans le péché, sa sévérité tranchante, — Dieu est à la fois bon et tranchant. Et il nous parle par les prophètes pour nous dire : “ Tu as vu ce que m'a fait la maison d'Israël ”, — par Israël, comprends ici le peuple juif, — “ elle est allée sur toute montagne élevée et sous tout arbre de bois ombreux ”. Si tu considères le pharisien qui monte au temple avec arrogance sans se frapper la poitrine ni se soucier de ses fautes, mais disant au contraire : “ Je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain : je jeûne deux fois la semaine, je paye la dîme sur mes biens ”, tu comprendras qu'il est monté sur toute montagne élevée dans des sentiments blâmables, par amour de l'ostentation, dans l'orgueil et l'arrogance ; il est monté aussi sur toute colline élevée, il est venu sous tout arbre, non pas de verger, mais de bois sacré. Car une chose est l'arbre de bois sacré, une autre, l'arbre fruitier. Quand on plante des arbres pour des bois sacrés, on plante des essences non fruitières, ni figuier, ni vigne, mais seulement, pour l'agrément, des essences improductives. Tu trouveras que tels sont les discours des hérétiques et les beautés fallacieuses de leurs arguments, impropres à convertir les auditeurs. Quand on se laisse prendre à de tels discours, on s'est donc rendu sous tout arbre de bois sacré : l'auteur n'a pas dit : tout arbre, sans plus ; il n'a pas ajouté non plus : tout arbre de verger, mais il a dit : sous tout arbre de bois sacré. Aussi comprendras-tu pourquoi, précisément, le législateur déclare : “ Tu ne planteras point d'arbre à côté de l'autel du Seigneur ton Dieu, et tu ne feras pas de bois sacré ” ; tu trouves en effet l'appellation même de bois sacré interdite.
“ Et elle s'y est prostituée ; et j'ai dit, après toutes ses prostitutions ; Convertis-toi à moi ; et elle ne s'est pas convertie.
Et la perfide Juda a vu la perfidie d'Israël ”. Ces reproches nous visent aussi, je veux dire nous qui péchons et ne sommes pas fidèles aux conventions conclues avec Dieu, qui ne voyons pas que ceux-là ont perdu l'alliance, bien qu'ils soient de la race noble, issus d'Abraham, et qu'ils aient reçu la promesse. Nous devrions donc nous tenir ce raisonnement : puisque ceux-là ont été déchus des bénédictions et des promesses, et qu'il ne leur a été d'aucun profit de descendre des patriarches, à combien plus forte raison, nous autres, si nous péchons, serons-nous délaissés. “ Si vous étiez les fils d'Abraham, vous feriez les œuvres d'Abraham ”, leur dit le Sauveur. Et Jean : “ Ne commencez pas à dire en vous-mêmes : nous avons pour père Abraham, car je vous dis que Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham ”. C'est nous qu'il désigne par ces pierres, avec notre “ cœur de pierre ” et notre endurcissement contre la Vérité, et il est bien vrai que Dieu dans sa puissance a fait surgir des enfants à Abraham à partir des pierres, si nous persévérons dans son enfantement et gardons l'esprit de l'adoption.
Donc “ sa perfidie ” — celle de la maison d'Israël — “ a été vue par la perfide Juda ”, qui n'a pas observé les conventions passées avec Dieu ; et elle a “ vu qu'en retour de toutes les fautes pour lesquelles Israël avait été abandonnée ”, — car nous voyons tout cela, nous Juda, quand nous lisons l'Écriture, — en retour de toutes les fautes pour lesquelles la maison d'Israël a été abandonnée à la suite de ses adultères Dieu l'a répudiée et lui a donné un livret de divorce. Nous aurions dû, nous aussi, tirer la leçon de ce que Dieu leur a fait, quand il les a jugés selon leurs péchés, abandonnés, livrés à la captivité, livrés au meurtre et livrés à leurs ennemis ; nous aurions dû à la suite de cela nous convertir et tenir chacun ce raisonnement : Si Dieu n'a pas épargné les rameaux naturels, à combien plus forte raison ne nous épargnera-t-il pas ; s'il a chassé de cette manière les descendants des patriarches parce qu'ils sont devenus pécheurs, que ne souffrirons-nous pas, nous qui avons été appelés d'entre les nations ? Mais nous n'avons pas fait ce raisonnement, nous qui avons pourtant été appelés pour que ce peuple-là ressentît de l'émulation à la vue de l'esclave comblé d'honneurs, au spectacle de l'homme sans race qui a été promu. Si eux déjà ont tant souffert, à combien plus forte raison, si nous péchons, serons-nous délaissés.
“ À la suite de ses adultères j'ai répudié la maison d'Israël et lui ai donné un livret de divorce dans les mains. Et la perfide Juda n'a pas eu peur ” de ce que j'ai fait à la maison d'Israël, de ce que je l'ai répudiée et lui ai donné un livret de divorce ; elle n'a pas eu peur de ce qui est arrivé aux autres. Un esclave vient-il d'entrer au service d'un maître de maison ? Il est nouvellement acheté, il s'informe : parmi les domestiques précédents lequel était bien vu du maître, et pourquoi ? lequel était mal vu, et pourquoi ? Après avoir réfléchi s'il veut rester dans la maison du maître, il se garde de verser dans la conduite des esclaves précédents qui ont été chassés pour leurs fautes et livrés au châtiment. Puis, sachant comment ont agi les esclaves précédents qui se sont faits apprécier, et ce qui leur a valu d'être affranchis, il est pris d' émulation à leur égard. Nous aussi, nous étions des esclaves, non pas de Dieu mais des idoles et des démons ; nous étions des païens et c'est seulement d'hier ou d'avant-hier que nous sommes venus à Dieu : lisons l'Écriture, voyons qui a été justifié, qui a été condamné, imitons ceux qui ont été justifiés, gardons-nous de tomber dans les fautes où sont tombés ceux qui ont été livrés à la captivité, ceux qui ont été rejetés loin de Dieu.
“ Et la perfide Juda n'a pas eu peur, et elle est allée se prostituer, elle aussi ”, — Israël s'était prostituée d'abord et Juda s'est prostituée ensuite, — “ et elle s'est prostituée au néant, en commettant l'adultère avec le bois et la pierre ”. Quand nous péchons, nous ne faisons rien d'autre, devenus cœur de pierre, que commettre l'adultère avec la pierre. Quand nous péchons et que nous nous prostituons sous tout arbre de bois sacré, nous commettons nous aussi l'adultère avec le bois.
“ Et la perfide Juda ne s'est pas convertie à moi de tout son cœur, mais faussement ”. Si, nous étant convertis à Dieu, nous l'avons fait avec des réserves, nous méritons le reproche de ne pas nous être convertis de tout cœur. C'est pourquoi le texte porte : “ La perfide Juda ne s'est pas convertie à moi de tout son cœur ” ; il ne dit pas : la perfide Juda ne s'est pas convertie et elle est restée immobile, mais : “ la perfide Juda ne s'est pas convertie à moi de tout son cœur mais ” elle s'est convertie “faussement ”.
La vraie conversion, c'est donc de lire les choses anciennes, de savoir qui sont les justifiés, de les imiter ; de les lire et de voir qui sont les réprouvés, de se garder de tomber dans la même réprobation ; de lire les livres de la Nouvelle Alliance, les paroles des apôtres ; après la lecture, d'écrire tout cela dans son cœur, d'y conformer sa vie, pour qu'on ne nous donne pas, à nous aussi, un livret de divorce, mais que nous puissions parvenir au saint héritage, et que, la plénitude des nations étant sauvée, Israël puisse alors entrer. Car “ quand la plénitude des nations sera entrée, alors Israël tout entier sera sauvé ”, “ et il n'y aura plus qu'une seul troupeau, un seul pasteur ” nous apprenant à glorifier le Dieu tout-puissant en lui, le Christ Jésus, à qui sont la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. AMEN.
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