Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

HOMÉLIE V
FONCTIONS DES LÉVITES DANS LA TENTE DU TÉMOIGNAGE
À Moïse et Aaron qui le consultent, le Seigneur répond : “ Ne faites pas retrancher da sa tribu, du milieu des fils de Lévi, le clan de Caath, mais faites cela pour eux, et ils vivront, et ils ne mourront pas quand ils s'approchent du Saint des Saints, etc... ” Comprenons d'abord la lettre du récit et, avec l'aide du Seigneur, montons du sens littéral au sens spirituel.
Comprends donc d'abord l'installation de la Tente du Témoignage, représente-toi aussi le Saint des Saints, séparé du Saint par un voile et qu'il n'est permis à aucun homme de regarder, si ce n'est aux prêtres seuls. Comprends ensuite comment la Tente est pliée au départ du camp et comment les prêtres, Aaron et ses fils, à l'intérieur du Saint des Saints, couvrent chaque objet de ses housses et de ses couvertures, puis, les laissant sur place, font entrer les fils de Caath préposés à cet office et leur font porter “ sur les épaules ” tous les objets que leurs mains sacerdotales avaient enveloppés. C'est pourquoi il est dit par le Seigneur : “ Ne faites pas retrancher de sa tribu le clan de Caath ”, car ils devraient en être retranchés s'ils avaient touché nus et découverts les objets du Saint des Saints qu'il n'est pas permis, je ne dis pas seulement de toucher, mais même de regarder autrement que voilés.
Si tu as compris la suite de l'histoire, monte maintenant vers la splendeur du mystère ; contemple la lumière de la Loi spirituelle, si l'œil de ton intelligence est pur. Quiconque parmi les ministres de Dieu est digne de s'ouvrir au divin et de voir les mystères que les autres sont moins capables de contempler, est pour nous Aaron ou un fils d'Aaron qui peut entrer là où les autres n'ont pas accès. À un tel homme seul, l' “ Arche d'Alliance ” est découverte sans voiles, il voit “ l'urne ” qui contient la manne, contemple et comprend le “ propitiatoire ”, il considère les deux “ Chérubins ”, la “ table sacrée ”, le “ chandelier ” lumineux et l'autel de l'encens. Il contemple et comprend tout cela en esprit — nous voulons dire celui qui s'applique à la parole de Dieu et aux mystères de la Sagesse et ne s'occupe que de Dieu et de ses objets saints. Qu'il le sache, celui à qui ces vérités sont dévoilées et confiées pour être regardées d'un regard spirituel, il n'est pas sans danger de les découvrir et de les publier à ceux à qui il n'est pas permis de le faire ; il doit au contraire envelopper toutes ces vérités et, dans cet état, les donner aux autres, qui sont moins capables, à porter sur les épaules et à placer sur l'échine. Lorsque en effet des docteurs instruits des paroles mystérieuses et même arrivés à la perfection commandent des œuvres au peuple et que le peuple agit et exécute les ordres, il ne comprend pas pour autant la raison de ce qui se fait ; n'est-ce pas là porter sur les épaules le Saint des Saints recouvert du voile ?
Pour faire saisir cela plus clairement, nous emprunterons des exemples aux divins livres. Moïse assurément comprenait quelle était la vraie circoncision, il comprenait quelle était la vraie Pâque, il savait quelles étaient les vraies Néoménies et les vrais Sabbats ; et bien qu'il comprît tout cela en esprit, il le voilait sous l'apparence et l'ombre des objets corporels ; et bien qu'il sût que “ la vraie Pâque ” qui devait “ être immolée était le Christ ”, il ordonnait d'immoler un agneau pascal corporel. Bien qu'il sût que la fête des Azymes “ devait être célébrée dans les azymes de la sincérité et de la vérité ”, il prescrivait cependant des azymes de farine. De même le Saint des Saints : Moïse le donnait aux autres à porter, c'est-à-dire leur donnait les devoirs de la pratique et des œuvres, mais il le livrait couvert et voilé sous une manière commune de s'exprimer. Quant aux épaules, nous avons souvent montré qu'elles sont, en beaucoup de passages de l'Écriture, le symbole des œuvres. De même parmi les observances de l'Église, y en a-t-il que tous doivent accomplir sans que tous en connaissent la raison. Par exemple dans la prière la flexion des genoux, l'orientation vers le Levant à l'exclusion de tout autre point du ciel, ce n'est guère facile, je crois, à connaître par raison. De même pour ce qui est de comprendre l'Eucharistie, d'expliquer les rites de son administration, ou ceux de l'administration du baptême, avec ses formules, ses gestes, ses cérémonies, ses questions et ses réponses : qui pourrait en rendre compte sans difficulté ?
Mais bien que nous portions tout ce fardeau sur nos épaules couvert et voilé, lorsque nous suivons ces prescriptions telles qu'elles nous ont été livrées et confiées par le Grand Prêtre et ses fils, lors donc que nous nous conformons à toutes les prescriptions de ce genre sans en percevoir le sens, nous soulevons sur nos épaules et nous portons les divins mystères recouverts et enveloppés, à moins qu'il n'y ait parmi nous Aaron ou un fils d'Aaron, à qui il est réservé de les voir à nu et à découvert. Cependant cela ne leur est permis qu'à cette condition, qu'ils connaissent leur devoir de les voiler et les couvrir, quand la raison voudra qu'ils soient donnés aux autres et livrés en vue de l'œuvre à accomplir.
Ensuite il est dit aux Lévites qu'ils sont en fonction à partir de vingt-cinq jusqu'à cinquante ans : “ Tout Lévite ”, dit l'Écriture, “ qui s'avance pour l'œuvre des œuvres et pour les œuvres qui sont portées de la Tente du Témoignage ”. Admire ici la précision des termes de la divine Écriture. Quand il est question des œuvres des fils d'Israël, elle ne dit pas les œuvres des œuvres, mais simplement les œuvres. Quand il est question des fonctions des Lévites, elle ne dit pas simplement les œuvres, mais les œuvres des œuvres. De même en effet qu'à côté des objets saints, il y a le Saint des Saints ; de même à coté des œuvres, il y a les “ œuvres des œuvres ”. D'où je conclus que Moïse comprenant qu'il y a des œuvres visibles, mais pleines d'un autre sens mystérieux et caché, les a appelées non seulement œuvres mais “ œuvres des œuvres ” ; et celles dont il a compris qu'elles sont communes et limitées au temps présent, il les a appelées œuvres tout simplement. Il y a donc des “ œuvres des œuvres ”, c'est-à-dire, selon moi, toutes celles qui sont prescrites soit dans la présente lecture, soit dans l'Exode ou d'autres livres, en vertu de mystères cachés, et dont l'accomplissement est réservé en partie à l'ère présente, en partie à l'ère future. Cependant, avons-nous dit, les “ œuvres des œuvres ” ne sont pas ordonnées à tout le monde, mais seulement aux Lévites.
Et chez les Lévites eux-mêmes on n'est appelé à ces œuvres que depuis vingt-cinq ans jusqu'à cinquante. Dans les chiffres de vingt-cinq et de cinquante, les symboles sacrés ne sont pas absents. Dans le nombre vingt-cinq est signifiée la perfection des cinq sens, par cinq fois cinq. Ce qui prouve que l'homme appelé à accomplir l'œuvre des œuvres dans le mystère est l'homme trouvé parfait de tout point, par la multiplication et la purification des sens. Quant au nombre cinquante, il renferme un symbole sacré de rémission et d'indulgence ; en bien des passages des Écritures nous en avons souvent donné des preuves abondantes : c'est la cinquantième année qui est appelée l'année jubilaire chez les Hébreux, année où il se fait une rémission des propriétés, de la servitude et des dettes, et le cinquantième jour après la Pâque est donné comme jour de fête dans la Loi. Quand le Seigneur, dans l'Évangile, enseigne une parabole de rémission et d'indulgence, il met en scène des débiteurs dont l'un devait cinquante et l'autre cinq cents deniers. Or cinquante et cinq cents sont des nombres apparentés, car cinquante dizaines font cinq cents. Mais ce nombre est sacré pour une autre raison. Si à sept septaines on ajoute la perfection du nombre un, on obtient cinquante. De même si à soixante-dix septaines on ajoute le complément d'une dizaine, on obtient cinq cents. Et si l'on veut réunir encore plus d'exemples du mystère contenu dans les nombres cinquante et cinq cents, nous en avons dans ce livre même des Nombres qui est entre nos mains : certains offrent à Dieu le cinquantième du butin, à savoir ceux qui ne sont pas allés à la guerre, certains le cinq-centième ; ce n'est pas vainement ici non plus qu'on a les nombres cinquante et cinq cents. Dans la Genèse, quand Dieu soulevait la question de savoir s'il fallait pardonner à Sodome, le patriarche Abraham, initié à ces mystères, commence par le nombre cinquante à supplier le Seigneur en faveur de Sodome, et dit : “ Si l'on en trouve cinquante dans la cité, tu ne sauveras pas la cité pour cinquante ? ”
Mais revenons à notre propos. Les Lévites doivent s'occuper des objets saints “ jusqu'à cinquante ans ”, ceux du degré inférieur par les “ œuvres ”, les meilleurs par les “ œuvres des œuvres ” ; quant à ceux qui sont plus élevés encore ils doivent servir aux fonctions spirituelles, entrer au Saint des Saints et là, recouvrir ce qui doit l'être et le donner aux enfants de Caath à porter sur leurs épaules et à prendre dans leurs mains. Quant aux autres, ils sont rangés chacun dans son ordre, comme cela a été expliqué plusieurs fois déjà. Mais pour que cette précaution excessive des housses et des voiles ne provoque pas de désespoir et de tristesse chez les auditeurs, nous essayerons de découvrir quelques points que nous pouvons publier sans danger et que vous pouvez contempler sans sacrilège, puisque nous avons été appelés comme nous l'avons déjà dit : “ Une race et un sacerdoce royaux, une nation sainte, un peuple que Dieu s'est acquis. ”
Comprenons-le donc : la Tente du Témoignage est l'ensemble des saints qui sont compris dans l'alliance de Dieu ; il y a dans cette Tente des personnages plus élevés en mérite et supérieurs en grâce ; certains sont appelés le “ chandelier ”, sans doute les apôtres eux-mêmes, car ils illuminent ceux qui s'approchent de Dieu, mais d'autres aussi, qui dans cette Tente de Dieu montrent à tous ceux qui entrent la lumière de la science et de la doctrine, porteront le nom de chandelier mystique. D'autres seront la “ table sacrée ”, ce sont tous ceux qui détiennent les pains de Dieu, qui restaurent et nourrissent les âmes “ affamées de justice ”. D'autres seront “ l'autel de l'encens ” ; ce sont tous ceux qui “ vaquent jour et nuit dans le temple de Dieu aux jeûnes et aux prières ” et qui ne prient pas pour eux seulement mais aussi pour tout le peuple. Ceux à qui Dieu a confié ces mystères sont appelés l' “ Arche d'Alliance ” de Dieu. Ceux qui en pleine confiance, par l'offrande des prières et l'immolation des supplications, réconcilient Dieu avec les hommes et intercèdent pour les péchés du peuple, seront appelés “ propitiatoire ”. Ceux qui ont mérité l'abondance de la science et la profusion des richesses de la connaissance de Dieu peuvent être tenus pour des “ Chérubins ”. Car Chérubin se traduit en notre langue : quantité de science.
Mais tous ceux qui sont représentés par les symboles ci-dessus énumérés doivent être portés, et portés sur les épaules. Aussi les anges “ qui ont été envoyés à cause des héritiers du salut ” sont-ils selon moi les porteurs de tous ceux que nous avons nommés. En effet, lorsque cette Tente sera repliée et que nous commencerons à entrer là-bas dans le Saint et à faire route vers le pays de la promesse, ceux qui sont vraiment saints et qui vivent dans le Saint des Saints s'avanceront soutenus par les anges et, jusqu'à ce que repose la Tente de Dieu, ils seront portés sur leurs épaules et élevés sur leurs mains. C'est devant cette perspective que le Prophète disait en esprit : “ Parce qu'il a donné à ses anges de le porter dans leurs mains, pour que tu ne heurtes pas ton pied contre la pierre ”.
Le Diable a cru qu'il fallait l'entendre du Sauveur. mais, aveuglé par sa méchanceté, il n'avait pas compris les paroles mystérieuses. Car mon Sauveur n'avait que faire des anges pour qu'il ne heurtât pas son pied contre la pierre. Le Diable calomnie la divine Écriture en appliquant ces mots au Sauveur ; ce n'est pas de Lui, mais de tous les saints, qu'il est dit que “ Dieu a donné ordre à ses anges ” en faveur de son peuple “ pour qu'il ne heurtât pas son pied contre la pierre ”. Tout ce psaume s'applique aux justes plus qu'au Sauveur. Celui que le Seigneur protège de “ la ruine et du démon de midi ”, ce n'est pas le Sauveur, loin de nous cette idée, c'est tout homme juste. Ce sont les justes qui ont besoin d'être aidés par les anges de Dieu, pour qu'ils ne soient pas écrasés par les démons, et pour que leur cœur ne soit pas percé par “ la flèche qui vole dans les ténèbres ”.
Paul, par le même mystère, confirme que certains devront être portés par les anges sur les nuées : “ Mais nous qui vivons, qui sommes de reste, nous serons ravis avec eux sur les nuées pour aller dans l'air au-devant du Christ ”. Ceux qui ont subi une profonde purification et ont été allégés du poids des péchés sont ravis par les anges ; ceux qui sont encore alourdis par quelques restes de souillures sont portés. Les poteaux de la Tente, le portique et tous les objets énumérés par l'Écriture sont donc portés par les Lévites et non pas les Israélites pour une raison que nous avons, je crois, touchée en passant seulement, afin de laisser aux pensées des auditeurs que brûle un plus vif désir le soin de s'allumer à eux-mêmes la lumière de la science et de découvrir de plus grandes vérités par un regard pénétrant. Pour nous, puisse le Seigneur nous accorder, portés, soulevés par de tels porteurs, d'être défendus de “ la flèche qui vole dans les ténèbres, de la ruine et du démon de midi, pour que nous ne heurtions pas notre pied contre la pierre ”, jusqu'à ce que nous arrivions au lieu de la promesse grâce au Christ Notre Seigneur, “ à qui est honneur et puissance dans les siècles des siècles.
Amen. ”

HOMÉLIE VI
MOÏSE ET LES SOIXANTE-DIX VIEILLARDS - LE MARIAGE DE MOÏSE ET DE L'ÉTHIOPIENNE
Plusieurs passages ont été lus à la fois ; ni le peu de temps dont nous disposons, ni la grandeur des mystères ne permettent de parler de tout. On pourra cependant dans ces vastes plaines cueillir quelques fleurs, non pas toutes celles que le terrain peut offrir, mais assez pour en goûter le parfum. De même, quand on va à la fontaine, il ne faut pas y puiser toute l'eau que déverse une source abondante, mais seulement ce qu'il en faut pour apaiser la soif d'un gosier desséché ; il ne faut pas qu'une eau saine, bue en excès, ne devienne nuisible.
“ Et Moïse ”, dit l'Écriture, “ sortit vers le peuple et lui fit entendre les paroles du Seigneur. ”
Tant que Moïse écoute les paroles du Seigneur et reçoit Ses enseignements, il est au dedans, il se tient à l'intérieur et demeure dans les retraites les plus secrètes. Mais quand il “ parle aux foules ” et au peuple, quand il exerce son ministère envers l'homme qui ne peut se tenir au dedans, l'Écriture dit qu'il sort au dehors. Quelle idée renferme cette parole ? Celle-ci : si un docteur, un maître de l'Église remue des mystères un peu profonds, s'il tient quelque discours secret et caché de la sagesse de Dieu “ au milieu des parfaits ”, tant qu'il reste dans les pensées profondes, on doit dire qu'il est au dedans et qu'il se tient à l'intérieur. Mais quand “ il parle aux foules ” et proclame ce qui suffit aux hommes du dehors et ce que le vulgaire peut entendre, on dit qu'il est sorti au dehors et qu'il a fait entendre au peuple les paroles du Seigneur.
Paul, à ce que je vois, l'a fait aussi. Il était au dedans quand il disait : “ Nous enseignons une sagesse au milieu des parfaits, sagesse qui n'est pas de ce monde, ni des princes de ce monde, qui seront abattus. Nous prêchons une sagesse de Dieu, cachée en mystère, qu'aucun prince de ce monde n'a connue ”. Vois comme Paul est au dedans, comme il pénètre les secrets intérieurs de la divine Sagesse, lorsqu'il donne ces enseignements. Mais lorsqu'il “ va au peuple ”, écoute ce qu'il enseigne : “ Qu'il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise ” ; “ Que celui qui volait ne vole plus ” ; “ Que chaque homme ait sa femme ” ; “ Que chaque femme ait son mari ”. Ces paroles et toutes les autres de même sorte sont les enseignements que Paul “ sortant au dehors ” fait entendre au peuple suivant l'exemple de Moïse.
Mais voyons un autre chapitre : il y est raconté que : “ Moïse choisit soixante-dix hommes parmi les anciens du peuple et les plaça devant la Tente du Témoignage ”, et Dieu prenant de l'Esprit de Moïse en donna aux soixante-dix vieillards et “ l'Esprit s'étant reposé sur eux ”, dit l'Écriture, “ tous prophétisèrent ”. L'Écriture dit que Dieu, prenant de l'Esprit de Moïse, en donna aux soixante-dix vieillards : n'entends pas que Dieu, prenant à Moïse une substance matérielle et corporelle, l'ait découpée en soixante-dix parts et ainsi en ait donné une petite fraction à chacun des vieillards. Il est impie de concevoir de cette manière la nature de l'Esprit Saint. Mais comprends ainsi la figure inscrite dans ce texte mystérieux : Moïse, et l'Esprit qui est en lui, sont comme une lampe très brillante, à laquelle Dieu en a allumé soixante-dix autres ; l'éclat de la première lumière s'est étendu à elles, sans que la source ait été appauvrie par cette communication. De cette manière, on attribue un sens pieux au texte : “ Le Seigneur prit de l'Esprit de Moïse et en donna aux soixante-dix vieillards ”.
Mais voyons la suite : “ Et l'Esprit se reposa sur eux et tous prophétisèrent ”. L'Esprit dans l'Écriture, ne se repose pas sur n'importe quel homme, mais seulement sur les saints et bienheureux. L'Esprit de Dieu s'est reposé sur “ ceux qui ont le cœur pur ” et sur ceux qui purifient leurs âmes du péché ; au contraire Il n'habite pas un corps livré au péché, même s'il y a habité un moment donné. L'Esprit Saint ne peut souffrir ni communauté ni partage avec l'Esprit du Mal. Il est certain qu'au moment du péché, c'est l'Esprit du Mal qui est dans l'âme du pécheur et qu'il y joue son rôle. Aussitôt qu'on le laisse entrer et que nous l'accueillons en nous par de mauvaises pensées et par de mauvais désirs, l'Esprit Saint, plein de tristesse et se trouvant à l'étroit, si j'ose ainsi m'exprimer, est chassé de chez nous. C'est pourquoi l'Apôtre, sachant que les choses se passent ainsi, donnait le conseil : “ N'attristez pas l'Esprit Saint dans lequel vous avez été marqués au jour de la rédemption ”. Donc par le péché, nous attristons l'Esprit Saint ; au contraire par une vie juste et sainte, nous lui préparons en nous un repos. Aussi ce qui est raconté maintenant, que l'Esprit se repose sur les soixante-dix vieillards, fait-il l'éloge de leur vie et prouve-t-il leurs vertus. Et comme l'Esprit Saint s'est posé sur eux à cause de la pureté de leur cœur, de la sincérité de leur âme et de leur aptitude à comprendre, il agit en eux aussitôt, il n'admet point de retard, trouvant là un terrain digne de son action. L'Écriture dit en effet : “ Et l'Esprit se reposa sur eux et ils prophétisèrent ”.
Donc l'Esprit Saint s'est reposé en ceux qui ont prophétisé, mais en personne Il ne s'est reposé comme dans le Sauveur. C'est pourquoi il est écrit en Lui : “ Une Tige sortira de la souche de Jessé, un Fleuron montera de sa racine et l'Esprit de Dieu reposera sur Lui, Esprit de Sagesse et d'Intelligence, Esprit de Conseil et de Force, Esprit de Science et de Piété, et l'Esprit Le remplira de la crainte du Seigneur ”. Mais peut-être dira-t-on : Tu ne nous as rien cité qui dise du Christ plus que des autres hommes ; car il a été dit des autres que l'Esprit s'est reposé sur eux, tout comme il a été dit du Sauveur : “ L'Esprit de Dieu reposera sur Lui ”. Mais remarque bien : nulle part il n'est écrit que l'Esprit de Dieu s'est reposé sur un autre avec ces sept puissances ; ce que marque cette prophétie, c'est assurément que la substance même de l'Esprit de Dieu qui, ne pouvant tenir dans un nom unique, est représenté par plusieurs mots, s'est posée sur la Tige issue de la souche de Jessé.
J'ai encore un autre témoin qui me permet d'affirmer que l'Esprit s'est reposé en mon Seigneur et Sauveur d'une manière extraordinaire et tout autre que dans les autres personnages ; c'est Jean le Baptiste, qui dit de Lui : “ Celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau m'a dit : Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est Lui ”. Si Dieu avait dit : “ Tu verras l'Esprit descendre ”, sans ajouter : “ et demeurer en Lui ”, le Christ ne paraîtrait rien avoir de plus remarquable que les autres. Mais il a ajouté : “ Et demeurer en Lui ”, afin que le Sauveur se distinguât par ce signe qu'on ne peut montrer de nul autre. De personne en effet il n'a été écrit que l'Esprit Saint est demeuré en lui.
Qu'on ne croie pas que je rabaisse par là les prophètes ; ils savent eux-mêmes que je ne les rabaisse pas en plaçant au-dessus d'eux mon Seigneur Jésus-Christ. Chacun se rappelle ses paroles et ne trouve aucun autre personnage dont il ait été dit : “ Il n'a pas commis de péché et la ruse n'a pas été trouvée dans Sa bouche ”. Parce qu'il est le seul qui n'a pas commis de péché, l'Esprit a demeuré en Lui et est resté en Lui. Si en effet c'est de Lui qu'est prononcée cette parole unique et étonnante que nous avons citée plus haut : “ Il n'a pas commis de péché ”, il est évident que tous les autres ont été sujets au péché. S'ils le sont tous, nécessairement les prophètes le sont aussi. Et comment pourrons-nous dire qu'au moment du péché, l'Esprit Saint demeurait en eux ?
Il te paraît incroyable que les prophètes aient pu pécher après avoir reçu l'Esprit ? Revenons à Moïse lui-même que nous avons en mains et qui est bien le plus grand et le plus étonnant des prophètes. Il écrit de lui-même, il rend sur lui-même ce témoignage qu'il a péché en disant : “ Écoutez-moi incrédules. Pourrons-nous vous faire sortir de l'eau de cette pierre ? ”. Par ces paroles, il ne sanctifie pas le Seigneur “ aux eaux de la Contestation ”, autrement dit il n'eut pas confiance dans la Force de Dieu, et au lieu de dire : Dieu peut vous faire sortir de l'eau de cette pierre, il répondit avec l'incertitude du doute : “ Pourrons-nous vous faire sortir de l'eau de cette pierre ? ” Puisque Dieu lui impute à péché ces paroles, il est certain qu'elles ne venaient pas de l'Esprit Saint mais de l'esprit du péché. Or si l'Écriture montre un si grand prophète que Moïse tantôt possédant l'Esprit, tantôt, au moment du péché, ne le possédant pas, il est certain qu'il faut penser de même des autres prophètes.
Que dire de David ? Il considère que l'Esprit Saint pourrait lui être retiré et prie pour qu'il ne le soit pas en disant : “ Ne me rejette pas loin de Ta face, et ne me retire pas Ton Esprit Saint ”. Et au verset suivant, il redemande le don qui lui avait été retiré à cause du péché et dit : “ Rends-moi la joie de Ton salut, et soutiens-moi par un Esprit souverain ”.
Pourquoi rappeler Salomon ? personne ne dira qu'il a rendu ses jugements ou construit un temple du Seigneur, sans assistance de l'Esprit Saint ; ni inversement que c'est dans l'Esprit Saint qu'il a élevé des temples aux démons et ouvert ses bras à des femmes impies.
Et le prophète qui, au troisième livre des Rois, était envoyé à Béthel par le Seigneur, c'est par l'Esprit de Dieu qu'il prononça les paroles de Dieu ; mais il ne faut pas croire que ce fut par l'Esprit de Dieu qu'il manqua à l'ordre du Seigneur, de ne pas manger du pain à Béthel ; et à cause de ce péché il fut tué par un lion. Mais il serait trop long de les passer tous en revue.
Sans l'affirmer absolument, je crois quant à moi qu'en certaines actions des hommes du commun, il y a des choses qui, pour être exemptes de péché, semblent pourtant indignes de la présence de l'Esprit Saint. Par exemple les mariages légitimes sont exempts de péché et cependant au moment où s'accomplissent les actes conjugaux, la présence du Saint Esprit ne sera pas donnée, même s'il semble que ce soit un prophète qui s'acquitte de l'œuvre de la génération. Il y en a d'autres où la force humaine se suffit a elle-même et il n'est ni nécessaire ni convenable que l'Esprit Saint y soit présent. Mais c'est par une sorte de digression que nous traitons ce point ; nous voulons seulement montrer que c'est en mon seul Seigneur et Sauveur Jésus-Christ que demeure toujours l'Esprit de Dieu, que sur tous les saints et les soixante-dix vieillards, desquels nous sommes partis, l'Esprit de Dieu n'a fait que se reposer et a opéré à un moment donné ce qui convenait aux instruments de Son action, et ce qui était utile à ceux qu'elle servait.
La leçon qui a été lue nous montre ensuite Moïse épousant une Éthiopienne, et Marie et Aaron reprochant à Moïse d'avoir épousé cette Éthiopienne et disant : “ Est-ce à Moïse seul que Dieu a parlé ? Ne nous a-t-il pas parlé aussi ? ” “ Et le Seigneur ”, dit l'Écriture, “ les entendit ” Il leur ordonne alors de “ sortir vers la Tente du Témoignage ” ; un jugement y est rendu ; Marie, devient “ lépreuse ” jusqu'à un moment donné ; et ensuite elle est rappelée au camp. Pour expliquer ceci brièvement, disons que Marie est le symbole du peuple primitif ; Moïse, c'est-à-dire la Loi de Dieu, a épousé l'Éthiopienne formée par le rassemblement des peuples. Moïse, c'est-à-dire la Loi spirituelle, la prend donc pour femme, et Marie, qui est la Synagogue actuelle s'en indigne et fait des reproches en même temps que Aaron, autrement dit que les prêtres et les Pharisiens. L'ancien peuple manque donc encore aujourd'hui de respect envers Moïse, qui est avec nous, et il lui semble honteux qu'il n'enseigne pas chez nous la “ circoncision de la chair ”, ni l'observation du “ Sabbat ”, les “ Néoménies ” et les sacrifices sanglants, mais nous prescrit la “ circoncision du cœur ”, le chômage du péché, les fêtes célébrées “ avec les azymes de la sincérité et de la vérité ”, les “ sacrifices de louange ”, et l'immolation non du bétail, mais des vices. Dieu les juge donc, Il confirme le mariage de l'Éthiopienne et Il permet à Moïse d'habiter librement avec elle et de s'y reposer ; mais Il “ fait sortir ” Marie “ du camp ”, il la fait en outre sortir de la Tente du Témoignage ; et Aaron est chassé avec elle. Par surcroît Marie devient lépreuse ”. Regarde maintenant ce peuple, vois quelle lèpre le péché a déposé en lui, quel brouillard obscurcit son intelligence, quel culte hideux, quel aspect affreux il présente. Et pourtant cette lèpre ne demeure pas toujours, mais quand la semaine du monde approchera de sa fin, il sera rappelé au camp. En effet, à la fin du monde, “ quand sera entrée la plénitude des Nations ”, alors, “ tout Israël sera sauvé ”, et c'est le moment où la lèpre quittera le visage de Marie ; il recevra la gloire de la foi et la splendeur de la connaissance du Christ, et son visage reprendra son éclat, quand, les deux troupeaux réunis en un, “ il n'y aura plus qu'un seul troupeau et un seul Pasteur ”. C'est alors qu'il faudra dire vraiment : “ Ô abîme de richesses de la sagesse et de la science de Dieu ” qui “ n'a enfermé tout le monde sous le péché que pour étendre à tous sa miséricorde ” dans le Christ Jésus, Notre Seigneur, à qui est “ la gloire dans les siècles des siècles.
Amen ”.

HOMÉLIE VII
CHATIMENT DE MARIE ET GLOIRE 0E MOÏSE - LES ESPIONS EN CHANAAN
L'Apôtre dit : “ Tout cela leur arriva en figure et fut écrit pour notre instruction ”. Je cherche donc quelle instruction tirer de la leçon qui nous a été lue. “ Aaron et Marie ont dénigré Moïse ”, et pour ce fait ont été châtiés ; Marie a même été “ frappée de la lèpre ”. Ce châtiment prend tant d'importance que pendant la semaine que dure la lèpre de Marie, le peuple de Dieu ne poursuit pas son voyage vers la Terre Promise et la Tente du Témoignage n'est pas déplacée.
La première instruction que j'en tire, utile et nécessaire instruction, est que je ne dois pas “ dénigrer mon frère ”, médire de mon prochain, ni ouvrir la bouche pour outrager, je ne dis pas seulement les saints, mais n'importe quel prochain, quand je vois quelle irritation Dieu en a conçue, quelle vengeance Il en a tirée. Dans les Psaumes, nous voyons que Dieu s'irrite de la même manière contre ce péché quand Il dit : “ Tu t'asseyais et tu dénigrais ton frère, et contre le fils de ta mère tu posais le scandale ”. De même dans un autre psaume, le juste, qui sait que cela déplaît à Dieu pardessus tout, s'exprime ainsi : “ Celui qui dénigre en secret son prochain, Je le poursuivrai ”. À l'aide de toutes ces condamnations de la divine Écriture, “ comme par des épées à double tranchant ”, retranchons ce vice, évitons de médire de nos frères et d'outrager les saints, car une lèpre frappe les détracteurs et les médisants.
Passons ensuite de l'instruction morale au sens mystique. Il en a été dit quelques mots dans notre précédente homélie, complétons-les aujourd'hui. Voyons qui “ outrage Moïse ”, qui médit de lui.
Ce n'est pas seulement le Juif qui dénigre Moïse, ce sont aussi les hérétiques, ceux qui ne reçoivent pas la Loi et les Prophètes. Ils ont l'habitude de l'accuser, de dire que Moïse fut homicide parce qu'il a “ tué l'Égyptien ”, et de lancer bien d'autres brillants blasphèmes tant contre lui que contre les Prophètes. À cause de ces critiques, ils ont une lèpre dans leur âme, ils sont lépreux dans “ l'homme intérieur ” et pour cette raison “ sont exclus du camp ” de l'Église. Ainsi donc hérétiques qui insultent Moïse ou membres de l'Église qui dénigrent leurs frères et médisent de leur prochain, ont également, à n'en pas douter, une âme lépreuse.
Grâce à l'intervention du grand prêtre Aaron, Marie est guérie le septième jour ; mais nous, si nous sommes atteints, pour cause de médisance, de la lèpre de l'âme, nous garderons cette lèpre et resterons impurs jusqu'à la fin de la semaine de ce monde, c'est-à-dire jusqu'à la résurrection ; à moins que nous ne nous corrigions au temps de la pénitence, que nous nous tournions vers le Seigneur Jésus, que nous le supplions et ne soyons par notre pénitence purifiés de la lèpre.
Mais à mon avis, ce n'est pas seulement le peuple de l'Ancienne Loi ni les hérétiques qui dénigrent Moïse ; tout interprète qui comprend mal ses écrits et qui prend charnellement la Loi spirituelle outrage Moïse, en tirant des paroles de l'Esprit un enseignement charnel.
Vous avez entendu quel jugement, quelle condamnation frappe les médisants et les détracteurs ? Écoutez maintenant quels avantages ils procurent à ceux dont ils médisent. Jamais nous n'avons trouvé que Dieu ait prononcé de Moïse son serviteur de tels éloges que maintenant qu'on l'a outragé.
Écoute donc la suite : quelle louange l'Esprit Saint décerne à Moïse ! “ Et le Seigneur ”, dit l'Écriture, “ descendit dans la colonne de nuée et se dressa à l'entrée de la Tente du Témoignage. Aaron et Marie furent appelés et se présentèrent tous deux, et Il leur dit : Écoutez mes paroles ! Si l'un de vous est un prophète du Seigneur, je me manifesterai à lui en visions, je lui parlerai en songes. Mais il n'en va pas ainsi de mon serviteur Moïse, qui est fidèle dans toute sa maison. Je lui parle bouche à bouche, en réalité, et non en énigmes, et il a vu la gloire du Seigneur. Comment n'avez-vous pas hésité à dénigrer Mon serviteur Moïse ? La colère du Seigneur s'abattit sur eux, ils se retirèrent, la nuée s'éloigna de la Tente, et voici que Marie devint lépreuse, blanche comme neige ”. Voyez : quel châtiment se sont attiré les détracteurs et quel éloge ils ont valu à celui qu'ils critiquaient ! À eux la honte, à lui l'honneur ; à eux la lèpre, à lui la gloire ; à eux l'opprobre, à lui la grandeur : voilà ce qu'ils ont obtenu.
Cependant, avant qu'il ait épousé l'Éthiopienne, il n'est pas écrit que Dieu ait parlé à Moïse “ en réalité, et non en énigmes ” mais quand il l'a épousée, alors Dieu dit : “ Je lui parlerai bouche à bouche et non en énigmes ”. C'est dernièrement en effet, quand Moïse est venu à nous et s'est uni à notre Éthiopienne, c'est alors que la Loi de Dieu cesse de se faire connaître sous forme de figures et d'images, mais dans la réalisation de la vérité ; ce qui était d'abord signifié “ en énigmes ” est maintenant accompli en réalité et en vérité. C'est pourquoi l'interprète de la réalité cachée sous les figures et les énigmes dit : “ Nous savons que nos pères ont tous été sous la nuée, et tous en Moïse ont été baptisés dans la nuée et dans la mer ; tous ont mangé la même nourriture spirituelle et tous ont bu la même boisson spirituelle. Ils buvaient au Rocher spirituel qui les suivait ; or le Rocher, c'était le Christ ”. Tu vois comment Paul résout les énigmes de la Loi et enseigne les réalités qu'elles renferment ; il dit que “ le Rocher ” était “ en énigme ” chez Moïse avant qu'il se fût uni à l'Éthiopienne qui nous représente ; et que maintenant “ le Rocher ”, c'est “ en réalité ” le Christ, car maintenant Dieu, dans la Loi, parle “ bouche à bouche ”. Autrefois le baptême était “ en énigme ” dans la nuée et la mer ; maintenant la régénération s'opère “ en réalité ” “ dans l'eau et dans l'Esprit Saint ”. Autrefois la manne était une nourriture “ en énigme ”, maintenant la chair du verbe de Dieu est la vraie nourriture “ en réalité ”, comme le prouve Sa parole : “ Ma chair est vraiment une nourriture et Mon sang est vraiment un breuvage ”. Ainsi donc, maintenant Moïse, passé chez nous et marié à l'Éthiopienne, ne nous parle plus, et Dieu ne lui parle plus “ en énigme ”, mais “ en réalité ”.
Dieu ajoute encore : “ Et il a vu la gloire du Seigneur ”. Quand Moïse a-t-il vu la gloire du Seigneur ? Je dis que c'est lors de la transfiguration du Seigneur sur la montagne : Moïse “ se tenait près de Lui ” avec Elie, “ et ils s'entretenaient avec Lui ”. C'est pourquoi Dieu peut ajouter ensuite : “ Et comment n'avez-vous pas hésité à dénigrer Mon serviteur Moïse ? ” Ceci s'adresse évidemment à ceux qui semblent recevoir l'Évangile, mais outragent Moïse ; et ils méritent bien ces reproches : alors qu'ils ont appris par l'Évangile que Moïse a vu avec Élie la gloire du Seigneur, leur audace outrage la Loi et les Prophètes. Ne dénigrons donc pas Moïse, n'outrageons pas la Loi, sachons non seulement “ écouter la Loi, mais encore la mettre en pratique ”, afin de mériter de “ participer à la glorification ” de Moïse.
Mais à mon avis on donne aussi matière à outrager Moïse quand, par exemple, lors de la lecture du Lévitique ou des Nombres, on ne montre pas comment on doit comprendre “ en réalité ” ce qui a été écrit “ en énigmes ”, c'est-à-dire quand on n'explique pas spirituellement les leçons de la Loi. Car il est fatal que ceux qui entendent lire dans l'Église le rituel des sacrifices, les lois du Sabbat, etc., risquent d'être scandalisés et de dire : Quel besoin de lire cela dans l'Église ? À quoi nous servent les préceptes judaïques et les observances d'un peuple méprisé ? C'est l'affaire des Juifs, que les Juifs s'en occupent ! Pour éviter aux auditeurs de pareils scandales, il faut s'adonner à la science de la Loi, partir de cette idée que “ la Loi est spirituelle ” pour comprendre et expliquer toutes les leçons, de peur que par la faute des maîtres, par leur paresse et leur négligence, les inhabiles et les ignorants n'outragent Moïse.
Au contraire, “ tournons-nous vers le Seigneur, : qu'il nous ôte le voile ” de la lettre, que le visage de Moïse, au lieu d'apparaître laid, paraisse glorieux et beau, et que, loin de le dénigrer, nous lui rendions honneur et gloire pour la grandeur de ses pensées.
“ Et la colère du Seigneur s'abattit sur eux, ils se retirèrent, la nuée s'éloigna de la Tente et voici que Marie devint lépreuse, blanche comme neige ”. La colère du Seigneur s'abat sur les blasphémateurs et les détracteurs. Mais l'Écriture dit : “ La nuée s'éloigna de la Tente et voici que Marie devint lépreuse, blanche comme neige ”. Il faut prendre garde à ce fait que la nuée s'est retirée d'abord, et qu'ensuite Marie est envahie par la lèpre ; c'est afin de montrer que si quelqu'un, ayant été l'objet de la grâce du Saint Esprit, dénigre et médit, l'Esprit se retire de lui après sa médisance et la lèpre envahit alors son âme. L'ancien peuple a possédé la grâce de Dieu, mais après qu'il eût blasphémé le véritable Moïse, Notre Seigneur Jésus-Christ, la nuée s'est éloignée d'eux, elle est passée chez nous lorsque sur une montagne élevée Notre Seigneur “ s'est transfiguré ”, qu'une “ nuée lumineuse enveloppa ” Ses disciples et qu' “ une voix sortie de la nuée dit : Voici Mon Fils bien-aimé en qui Je me suis complu ”. C'est après cela que Marie “ devint lépreuse, blanche comme neige ”. Tant que la nuée était présente, Marie n'était pas lépreuse, mais elle le devint quand la nuée se fut éloignée. Tant que le peuple eut la présence de Dieu, il n'était pas lépreux, mais quand elle se fut éloignée, la honte de son visage le recouvrit. Craignons nous aussi de chasser de nous cette nuée par nos mauvaises paroles, nos mauvaises actions, nos mauvaises pensées : car la lèpre du péché apparaîtra en nous quand la grâce de Dieu nous aura quittés.
“ Et Aaron regarda Marie et voici qu'elle était lépreuse. Et Aaron dit à Moïse : Je t'en prie, Seigneur, ne nous impute pas le péché, parce que nous avons ignoré la faute que nous avons commise. Qu'elle ne devienne pas semblable à la mort et pareille à l'avorton expulsé du sein maternel, et il dévore la moitié de sa chair ”. L'Écriture veut ici montrer que l'ancien peuple a été formé dans le sein de sa mère la Synagogue, mais n'a pas pu arriver à un résultat parfait et achevé. De même en effet qu'un avorton est un produit inachevé et informe, de même ce peuple est demeuré un certain temps dans le sein de sa mère, c'est-à-dire à l'école de la Synagogue ; mais par suite de ses péchés, il n'a pas pu recevoir sa forme achevée et entrer dans la vie ; c'est pourquoi il est rejeté comme un avorton imparfait, né avant terme, tandis que le péché “ dévore ”, comme dit l'Écriture, “ la moitié de sa chair ”.
Il arrive cependant parfois que le mot avorton soit pris en bonne part ; il est bon par comparaison avec d'autres choses. Ainsi l'Ecclésiaste : “ Et j'ai dit : Mieux vaut un avorton que lui ”. Que qui ? que “ celui qui s'avance dans la vanité et marche dans les ténèbres ”. L'Ecclésiaste ne prétend pas que l'avorton soit bon absolument parlant, mais qu'il est meilleur qu'une vie passée “ dans la vanité ” et “ dans les ténèbres ” de l'ignorance ; il institue une comparaison entre les deux choses.
En effet l'Ecclésiaste dit encore ailleurs que “ les morts valent mieux que les vivants ”. Si l'on compare à son tour l'avorton à ceux-ci, on dira qu'il vaut mieux que les uns et que les autres. Si donc on considère qui sont les vivants et qui sont les morts, si l'on comprend que l'avorton leur est supérieur en ce qu'il n'a même pas goûté aux prémices de la vie de ce monde, on retrouvera les degrés marqués par cette comparaison. Considère que l'Ecclésiaste appelle “ vivants ” ceux-là dont il est dit dans les Psaumes : “ Mais tout homme vivant est vanité ”. C'est donc à “ tout homme qui vit dans la vanité ” que l'avorton est “ supérieur ”. Car toute vie n'est pas enfoncée dans la vanité ; mais la vie selon la chair, selon les erreurs et les voluptés du monde est une vie de vanité ; au-dessus d'elle est le degré de celui qui est mort à cette vie, qui dit : “ Le monde a été crucifié pour moi et je le suis au monde ”, et de qui il est dit : “ Vous êtes morts avec le Christ ”. Ces morts-là valent mieux que les vivants. Mais au-dessus d'eux se place l'avorton venu en apparence dans la chair, mais qui n'a point commencé à s'attacher aux vanités de cette vie. L'Ecclésiaste cependant parle d'un autre encore meilleur que l'avorton, semble-t-il, dont il dit : “ Et meilleur que ces deux-là, celui qui n'est pas encore né ”, c'est-à-dire qui n'a pas même subi l'avatar de la prison utérine et de la naissance corporelle.
Quant à la parole même de l'Ecclésiaste : “ J'ai loué les morts plus que les vivants, plus que ceux qui vivent jusqu'à présent ”, ne montre-t-elle pas à l'évidence qu'il trouve meilleurs ceux qui sont morts au monde, et déclare inférieurs ceux qui vivent pour le monde ? Car au sens littéral, comment les morts seraient-ils à louer plus que les vivants ? On loue quelqu'un généralement pour sa volonté bonne. Or la mort, au sens banal, ne vient pas de la volonté ni d'un choix délibéré. Comment paraîtrait-on digne de louange pour un accident que l'on subit contre sa volonté ? Alors il faudra louer Pharaon roi d'Égypte qui fut englouti par la mer, plus que Moïse qui en est sorti vivant, et les Égyptiens qui sont morts noyés, plus que le peuple de Dieu qui a passé à pied sec au milieu de la mer ? Ne le comprends pas ainsi ; sache qu'on devra te louer d'être mort quand tu pourras dire : “ J'ai été crucifié avec le Christ. Je vis, non plus moi, mais le Christ vit en moi ”. Si tu as renoncé au monde, rejeté les vices, si, au lieu de te porter vers le péché, tu lui es mort, tu vaux mieux que celui qui vit pour le péché et ta mort sera digne d'éloges. Car nul n'en reçoit pour la mort commune que l'on subit par la loi de la nature.
Cette digression était nécessaire à propos du passage où la parole de Dieu dit que Marie à cause de sa coupable médisance et par manière de châtiment est devenue “ un avorton ”. Il fallait montrer qu'il y a une mauvaise et une bonne espèce d'avorton. Car enfin l'Apôtre, sachant que dans les ordres que nous avons dit il y a un ordre louable d'avortons, dit de lui-même : “ En dernier lieu, comme à l'avorton, Il m'est apparu à moi aussi ”.
Ainsi donc Marie “ devient comme un avorton ”. En effet ce peuple n'a pas pu atteindre à sa perfection par la Loi comme le prouve l'affirmation de Paul : “ La Loi n'a mené personne à la perfection ”. Car enfin l'Apôtre dit encore de certains, déchus de la foi et transformés en quelque sorte en avortons qu'il instruisait pour les ramener à une naissance complète : “ Mes petits enfants, que j'enfante de nouveau jusqu'à ce que le Christ soit formé en vous ”.
“ Et Moïse s'écria vers le Seigneur, disant : “ Ô Dieu, je t'en prie, guéris-la! ” À qui convenait-il de prier le Seigneur pour la guérison de ce peuple, sinon à Moïse ? Moïse prie pour lui. C'était peut-être de cela qu'il s'entretenait avec le Seigneur Jésus-Christ lors de Sa transfiguration, peut-être Lui demandait-il que “ lorsque la plénitude des Nations serait entrée ”, alors “ tout Israël fût sauvé ”.
“ Et le Seigneur dit à Moïse : Si son père lui avait craché au visage, ne serait-elle pas couverte de honte pendant sept jours ? Qu'elle soit exclue du camp pendant sept jours ; après quoi elle y rentrera ”. Qu'est-ce à dire : “ Si son père lui avait craché au visage, elle serait couverte de honte pendant sept jours ” ? Nous avons établi que Marie représente la Synagogue. “ Son père lui a craché au visage ”. Cracher au visage est le signe de la répudiation. Car il est écrit dans la Loi, à propos de l'obligation pour le plus proche parent d'épouser la veuve de son parent, que, si le plus proche parent veut dénoncer le mariage, il doit, “ déchaussé ”, se laisser “ cracher au visage ”.
Nous avons encore un sens attribué au crachat dans le passage d'Isaïe : “ Toutes les Nations ont été réputées comme les gouttes d'un seau, comme un crachat ”. Ceci montre que ce peuple a été rejeté, comme les autres Nations, qui ont été réputées comme un crachat. Et en vérité, si l'on considère ses anciens honneurs, lorsque resplendissait chez lui l'ordre du grand prêtre, les insignes du sacerdoce, le ministère des Lévites, la majesté du temple, la dignité prophétique, quand sur cette terre ils jouissaient de privilèges célestes, quel honneur ! quelle gloire ! Et si on le regarde maintenant dans toute l'horreur de son abjection, privé de temple, d'autel, de sacrifices, de prophètes, de sacerdoce, de toute présence divine, dispersé par toute la terre, et vivant en exil, comment ne pas reconnaître que “ son père lui a craché au visage ” et a couvert sa face de honte ?.
Marie est exclue du camp pendant sept jours. Nous avons déjà dit que ces sept jours représentent la semaine de ce monde. C'est en sept jours que toutes les espèces de la création visible ont été produites. Ce qui n'était pas a été fait alors. Mais dans la semaine du monde, Dieu, par une économie secrète et connue de Lui seul, développe le contenu de la création primitive. En attendant, pendant la semaine de l'exclusion de Marie, les fils d'Israël ne déplacent pas leur camp, ils demeurent enfermés dans un même lieu, et il ne se fait point de progrès chez eux “ jusqu'à ce que Marie soit purifiée ” de la lèpre.
“ Après cela, le peuple partit de Aséroth et s'établit dans le désert de Pharan ”. Aséroth signifie : demeures parfaites. Le peuple part donc une fois que Marie a été purifiée de sa lèpre et il vient à Pharan qui signifie : bouche visible. On peut comprendre, il me semble, cette bouche visible par le fait que “ le Verbe s'est fait chair ”, et d'invisible est devenu visible ; cela veut dire qu'une fois venus la fin et l'achèvement de tout ce qui devait être fait pour ce peuple, il se “ déplace ” et vient au “ Verbe fait chair ” qu'il n'avait pas reconnu auparavant.
“ Et le Seigneur parla à Moïse, disant : Envoie des hommes pour explorer le pays de Chanaan que Je donne aux enfants d'Israël en héritage ”, et la suite, où est racontée l'histoire des espions qui, au retour de leur mission, rapportent que “ la Terre est bonne ” et admirable, mais que les habitants sont des “ Fils de Géants, en face desquels ” le peuple de Dieu apparaît “ comme des sauterelles ”. Beaucoup désespèrent d'échapper aux “ Fils des Géants ” ; mais Josué (Jésus) n'en désespère pas ; il fortifie la foi du peuple, de concert “ avec Caleb qui est de la tribu de Juda ” ; ils disent : “ Si Dieu nous aime, qu'il nous fasse entrer dans cette terre ”.
Au sens spirituel quel est ce pays, cette Terre Sainte et bonne, mais habitée par des impies ? quels sont ces ennemis qui occupent le pays des Saints ? En quel sens faut-il les chasser pour que les Saints leur succèdent ? Revenons aux Évangiles, revenons à l'Apôtre. Les Évangiles promettent aux Saints le “ Royaume des Cieux ”. L'Apôtre dit : “ Notre cité est dans les Cieux ”. C'est donc dans les Cieux que se trouve l'héritage promis aux Saints. Et pourquoi ce pays qui nous est promis n'aurait-il pas maintenant d'habitants qu'on en doive chasser ? Comment alors le Seigneur peut-il dire que “ depuis les jours de Jean, le Royaume des Cieux doit être forcé ” et que “ les violents l'emportent ” ? Si en effet il n'y avait personne à qui faire violence, personne a déloger ni à chasser, serait-il dit que “ le Royaume des Cieux doit être emporté de force ” ? Et s'il n'y avait pas des adversaires à combattre et à vaincre, l'Apôtre ne dirait pas : “ Nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les Principautés et les Puissances, contre les Princes de ce monde de ténèbres, contre les Esprits du Mal qui errent dans les régions célestes ”. C'est à eux aussi qu'il faut appliquer la parole inspirée du prophète : “ Mon épée s'est enivrée dans le Ciel ”. Il faut donc que : “ les Esprits du Mal ”, qui, d'après l'Apôtre, “ errent dans les régions célestes ”, et qui sont les véritables Chananéens, soient vaincus par toi et chassés des régions célestes, pour que tu y habites à leur place.
Sache que ce sont des “ Géants ”. Géants, dans l'Écriture, c'est tout ce qui résiste à Dieu. Donc quiconque s'oppose à Dieu et contrarie la vérité, ce qui est l'activité principale des Géants, porte à bon droit le nom de Géant. Ce qui t'est offert, c'est d'entrer, après les avoir vaincus, dans le Royaume. N'est-ce pas de l'un d'eux qu'il est écrit : “ Qui prendra la dépouille du Géant ? ” C'est aussi ce qui explique la parole du Seigneur dans l'Évangile : “ Nul ne peut entrer dans la demeure du Fort et piller ses biens s'il n'a d'abord enchaîné le Fort ”. Bien que son orgueil l'ait déjà chassé de la demeure céleste, ce n'est qu'a la condition de le vaincre que tu entreras dans la demeure du Fort. Et il ne suffit pas de le vaincre, il faut encore l'“ enchaîner ”. S'il n'est pas “ enchaîné ”, notre voyage ne pourra se faire en pleine sécurité. Pour le moment, si l'on compare la nature humaine avec celle des démons, nous sommes des “ sauterelles ” et eux des “ Géants ” ; surtout si notre foi est hésitante, si l'infidélité nous fait reculer, ils seront vraiment des “ Géants ” et nous des “ sauterelles ”. Mais si nous suivons Jésus (Josué), si nous croyons à Ses paroles, si nous sommes emplis de Sa foi, ils seront comme rien devant nous. Écoute en effet comment Il les réconforte : “ Si Dieu nous aime, qu'il nous introduise dans cette Terre ”, parce qu'elle est bonne et ses fruits admirables.
Le type, la figure ont précédé chez nos pères ; mais c'est chez nous qu'ils sont accomplis. Eux, ils ont chassé les Nations et conquis leur héritage ; ils ont conquis toute la Judée, la cité de Jérusalem et la Montagne de Sion : voilà ce qu'ils ont fait. Et à toi, qu'est-il dit ? “ Vous vous êtes approchés ”, dit l'Écriture, “ de la Montagne du Dieu Vivant, de la Jérusalem céleste, des myriades des anges ”. Et ailleurs l'Apôtre dit encore : “ Jérusalem d'en haut, qui est notre mère à tous ”.
Si l'on ne prête pas foi à l'Apôtre quand il parle de la Jérusalem céleste, alors on peut rejeter nos paroles ; mais s'il faut en croire Paul, et il le faut, nous croyons qu'il y a une “ Jérusalem céleste ”, sur le type de la cité terrestre, et nous attribuerons avec plus de vérité à la cité céleste ce qui paraît écrit de la Jérusalem terrestre. “ Nous nous sommes donc approchés ”, selon Paul, “ de la Jérusalem céleste ”, et sans aucun doute aussi de la Judée céleste. Les Hébreux ont chassé de la Judée terrestre les Chananéens, les Phérézéens, les Hévéens et les autres Nations ; nous, qui “ nous sommes approchés de la montagne de Dieu ” et du Royaume des Cieux, devons en chasser les Puissances adverses, nous devons chasser “ les Esprits du Mal des régions célestes ”. Les Hébreux ont chassé les Jébuséens de Jérusalem, et la ville qui s'appelait Jébus, s'appela ensuite Jérusalem ; nous de même, nous devons chasser de quelque manière le Jébuséen de Jérusalem, et conquérir son héritage. Mais les Hébreux se servaient d'armes visibles et nous d'invisibles. Ils remportaient la victoire en des batailles corporelles et nous triomphons dans le combat spirituel.
Veux-tu apprendre comment Paul, qui n'est pas seulement “ le docteur des Nations ”, mais aussi le capitaine de cette expédition, nous précède sur la brèche ? Écoute ce qu'il écrivait de lui-même, — nous avons déjà cité ce passage — : “ Nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les Principautés et les Puissances, contre les Princes de ce monde de ténèbres, contre les Esprits du Mal qui errent dans les régions célestes ”. C'est pourquoi il rassemble pour les combattants de ce combat spirituel et invisible des armes spirituelles et des traits invisibles, et dit : “ Revêtez la cuirasse de la charité et le glaive du salut, prenez le bouclier de la foi grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Malin. Mais prenez aussi l'épée de l'Esprit, qui est la Parole de Dieu ”.
Avec ces armes, et avec Jésus (Josué) pour chef, ne crains plus les Géants : tu verras comment le Seigneur Jésus te les soumettra ; comme nos pères ont foulé la nuque des Nations, tu fouleras la nuque des démons. Jésus Lui-même dit en effet à ceux qui Le suivent fidèlement : “ Voici que Je vous ai donné de fouler aux pieds les serpents et les scorpions et toute puissance de l'Ennemi ”. Jésus veut à toutes les fois faire des miracles. Il veut avec des “ sauterelles ” vaincre des “ Géants ”, avec les habitants de la terre triompher des “ Mauvais Esprits qui sont dans le ciel ”. Peut-être est-ce là ce qu'il voulait dire dans les Évangiles quand Il disait que celui qui croit en Lui non seulement fera ce qu'il a fait Lui-même, mais, dit-Il, “ fera encore de plus grandes choses ”. Cela me parait une plus grande chose, en effet, que l'homme, prisonnier de la chair, fragile et chancelant, armé seulement de la foi au Christ et de Sa parole, triomphe des Géants, des “ légions ” de démons ; bien que ce soit Lui qui triomphe en nous, Il dit que c'est faire plus de vaincre par nous que de vaincre à Lui tout seul.
Mais alors, soyons toujours munis de ces armes et que notre vie “ soit toujours dans les Cieux ”. Que tous nos sentiments, tous nos actes, toutes nos pensées, toutes nos paroles soient célestes. Plus nous montons aux Cieux avec ardeur, plus ils en sont précipités ; plus nous croissons, plus ils diminuent. Si notre vie est sainte, si elle est selon Dieu, elle leur donnera la mort. Si elle est lâche et molle, elle les rendra puissants contre nous, elle en fera des Géants. Plus nous grandissons en vertus, plus ils diminuent et deviennent fragiles. Au contraire, si nous nous affaiblissons et recherchons les biens de la terre, ils se fortifient ; plus nous nous étendons sur terre, plus nous leur laissons de place dans les régions célestes. Travaillons donc plutôt à nous grandir pour qu'ils diminuent, à entrer pour qu'ils soient chassés, à monter pour qu'ils tombent, comme celui dont le Seigneur dit dans l'Évangile : “ Voici que j'ai vu Satan tomber du ciel comme la foudre ” ; à les refouler pour que Nôtre-Seigneur Jésus nous introduise là-haut et nous accorde de recevoir Son Royaume au Ciel. À Lui “ la gloire dans les siècles éternels des siècles.
Amen ”.
suivant