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SERMON I.
LE PREMIER DIMANCHE DE L’AVENT : Sur le jugement dernier.
Et videbunt Filium hominis, venientem in nubibus cœli cum virtute magna et majestate. Matth. 24. 30
Et ils verront le Fils de l'homme, venant sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté.
À présent, Dieu n'est point connu ; c'est pourquoi les pécheurs le méprisent, comme s'il ne pouvait se venger quand il le veut, des injures qui lui sont faites. Et quasi nihil posset facere Omnipotens, sestiraabant eum (Job 22, 17). Mais Dieu a destiné un jour, que l'Écriture appelle le Jour du Seigneur, Dies Domini, où il voudra se faire connaître pour ce qu'il est, Cognoscetur Dominus judicia faciens. (Ps. 9. 17), le Juge éternel faisant justice.
Il sera connu, dit saint Bernard, quand il fera justice, lui qui maintenant est ignoré, quand il veut faire miséricorde. Cognoscetur Dominusjudicia faciens.qui nunc ignoratur misericordiam quserens. (De Grad. hum. et sup. c. 6.) Aussi, ce jour-là est appelé un jour de colère et de désolation. Dies irse, dies illa, dies tribulationis et angustise, dies calamitatis et miserise. Soph. 1. 15.
Voici donc trois points que nous allons considérer :
— 1. La différence qui éclatera entre les justes et les pécheurs.
— 2. L'examen des consciences.
— 3. La sentence pour les élus et pour les réprouvés.
1. Différence entre les justes et les pécheurs dans la vallée de Josaphat.
Ce grand jour commencera par le feu, qui viendra du ciel et consumera la terre, avec tous les hommes qui seront alors vivants et toutes les choses de ce monde Terra et quse in ipsa sunt opéra, exurentur. II. Pet. 3. 10.. Tout ne sera plus qu'une masse de cendres.
Les hommes étant morts, la trompette sonnera, et tous ressusciteront, comme l'Apôtre nous l'assure Canet enim tuba, et mortui résurgent. I. Cor. 15. 52..
L'idée de ce grand événement faisait trembler saint Jérôme : Je crois entendre à chaque instant, disait-il, cette trompette formidable qui appelle tous les morts au tribunal de Jésus-Christ : Quoties diem judicii considère, contremisco. Sive comedara, sive bibam, sive aliud faciam, semper insonare videtur auribus raeis illa terribilis tuba : Surgite, mortui, venite ad judicium. Et saint Augustin avouait que rien ne l'éloignait des jouissances terrestres, comme la crainte du jugement.
Au son de cette trompette, les âmes glorieuses des élus descendront du ciel, pour se réunir à leurs corps, avec lesquels elles ont servi Dieu sur la terre ; et en même temps, les âmes malheureuses des damnés sortiront de l'enfer, pour se réunir à leurs corps maudits, avec lesquels elles ont offensé Dieu. Oh ! quelle différence on verra alors entre les uns et les autres ! Les damnés apparaîtront hideux et noirs, comme des tisons d'enfer, tandis que les élus resplendiront comme autant de soleils (Tune justi fuJgebunt sicut sol. Matlh. 13. 43). Combien se trouveront heureux alors ceux qui auront mortifié leurs corps par les pénitences ! Nous pouvons le deviner par ces mots de saint Pierre d'Alcantara, apparaissant après sa mort à sainte Thérèse :  « l'heureuse pénitence, qui m'a valu une telle gloire ! » (O felix pœniteniia, quae lantam mihi promeruit gloriam 1 In ejus Offic. lect. 6)
Dès que les hommes seront ressuscites, ils seront convoqués par les anges dans la vallée de Josaphat, pour y être jugés (Populi, populi, in valle concisionis ; quia juxta est dies Domini. Joël. 3. 14)."' Ensuite, les anges viendront et sépareront les réprouvés des élus, en plaçant ceux-ci à la droite, et les autres à la gauche Exibunt Angeli, et separabunt malos de mediojustorum. Matth. 13. 49.
Oh ! quelle confusion souffriront alors les malheureux damnés, s'écrie l'auteur des Œuvres imparfaites (Quomodo putas impios coniundendos, quaudo, segregatis jusiis, fuerint derelicti !) Cette seule peine, ajoute-t-il, suffirait pour faire leur enfer :Et si nihil ulterius paterentur, ista sola verecundia sufficeret eis ad pœnam. Homil. 54.). Le frère sera séparé de son frère, le mari de sa femme, le fils de son père, etc.
Mais voilà que les cieux s'ouvrent ; les anges viennent assister au jugement, portant l'étendard de la Croix et les autres signes de la Passion du Rédempteur ; c'est l'enseignement de saint Thomas, Veniente Domino ad judicium, signum Crucis et alia Passionis indicia demonstrabuntur. Comp. theol.p. l.c. 244. Cela est fondé sur cette parole du divin Maître lui-même : Alors paraîtra le signe du Fils de l'homme dans le ciel, et toutes les tribus de la terre pleureront, Et tunc apparebit signum Filii horainis in cœlo ; et tunc plangent omnes tribus terras. Matth. 24.30.
Les pécheurs verseront des larmes de désespoir, à la vue de la Croix, car alors se vérifiera cette menace de saint Jean Chrysostome : « Les clous se plaindront de toi, les plaies et la croix de Jésus-Christ plaideront contre toi Clavi de te conquerentur, Cicatrices contra te loquentur, Crux christi contra te perorabit.
On verra venir aussi, pour assister au jugement, la Reine des saints et des anges, la bienheureuse Vierge Marie, et paraître enfin l'éternel Juge sur les nuées, tout resplendissant de gloire et de majesté.' Et videbunt Filium hominis venientem in nubibus cœli, cum virtute raulta et raajestate. Matth. 24. 30 Ah ! quel tourment pour les réprouvés, que la vue d'un tel juge ! A facie ejus cruciabuntur populi. Joël. 2. 6 Selon saint Jérôme, la présence de Jésus-Christ les fera plus souffrir que l'enfer même Damnatis melius esset inferni pœnas, quara Domini prsesentiam, ferre en sorte qu'en ce jour, comme l'a prédit saint Jean, ils supplieront les montagnes de tomber sur eux, pour les cacher à la vue de leur juge irrité. Dicunt montibus et pétris : Cadite super nos, et abscondite nos a facie sedentis super thronum et ab ira Agni. Apoc. 6. 16.
2. Examen des consciences.
Les livres des consciences sont ouverts, et le jugement commence Judicium sedit, et libri aperti sunt. Dan. 7. 10 Alors, rien ne restera caché ; le Seigneur, dit l'Apôtre, éclairera ce qui était tenu dans les ténèbres Illuminabit abscondita tenebrarura. I. Cor. 4. 5 Dieu lui-même dit, par l'organe de son prophète, qu'il portera la lumière des lampes jusque dans les lieux les plus secrets Scrutabor Jérusalem in lucernis. Soph. I. 12 la lumière de la lampe découvre toutes les choses cachées.
Le jugement, dit saint Jean Chrysostome, sera terrible pour les pécheurs ; Terribile judicium, sed peccatoribus ; justis autem optabile et suave. mais il comblera de consolation et de joie les justes, à chacun desquels Dieu donnera alors la louange qu'il aura méritée par ses bonnes œuvres Et tune laus erit unicuique a Deo. I. Cor. 4. 5 L'Apôtre ajoute qu'en ce jour les élus seront élevés dans les airs audessus des nues, pour se joindre aux anges et augmenter le cortège qui doit accompagner le Seigneur Rapiemur cum illis in nubibus obviam Christo in aéra. 1. thess. 4. 16
Ces mondains qui maintenant traitent d'insensés les saints, parce qu'ils vivent mortifiés et humiliés, reconnaîtront alors leur propre folie : Insensés que nous étions, s'écrieront-ils, leur vie nous paraissait une folie, et leur fin sans honneur ; mais voilà qu'ils participent à la dignité des enfants de Dieu et au bonheur des saints Nos insensati, vitam illorum œstimabamus insaniam, et finem illoi'um sine honore ; ecce quomodo computati sunt inter filios Dei, et inter Sanctos sors illorum est. Sap. 5. 4 En ce monde, on proclame heureux ceux qui possèdent les richesses, les honneurs ; mais en réalité ceux-là seuls font fortune qui se font saints. Consolezvous donc, âmes chrétiennes, qui menez ici-bas une vie pleine de tribulations : Fotre affliction se tournera en joie Trisiitia vestra vertetur in gaudium. Jo. 16. 20 dans la vallée de Josaphat vous serez placées sur des trônes de gloire.
Les réprouvés, au contraire, seront placés à gauche, comme autant de chevreaux destinés à la boucherie, en attendant leur dernière condamnation. Au jour du jugement, dit l'auteur de l'Ouvrage imparfait, il n'y a plus aucun espoir de miséricorde pour les malheureux pécheurs Judicii tempus misericordiara non recipit. Homil. 52 Et selon saint Augustin, la plus grande peine du péché, infligée à ceux qui persistent à vivre dans la disgrâce de Dieu, c'est de perdre la crainte et le souvenir du jugement qui les attend Magna jam est peccafi pœna, metum ac memoriam futuri perdidisse judicii. Serm. 154. n. 8. Edit. Bened. app. — Continue donc, malheureux, s'écrie l'Apôtre, obstine-toi de plus en plus à vivre dans le péché ; par là, au jour du jugement, tu auras amassé un trésor de colère que Dieu te réserve Secundum autem duritiain Juam et impœnitens cor, thesaurizas tibi irara in die irse et revelationis justi judicii Dei. Rom. 2. 5
Alors, dit saint Anselme, les pécheurs ne pourront se cacher ; ils seront contraints de comparaître au jugement, et ce sera pour eux un tourment insupportable Latere erit impossibile, apparere intolerabile. Médit, c. 2 Les démons feront leur office d'accusateurs ; ils diront au juge, selon saint Augustin : Judica meum esse, qui tuus esse noluit. De Salut, doc. c. 62. Décide qu'il m'appartient, celui qui n'a pas voulu t'appartenir. — Les témoins contre eux seront : i^ Leur propre conscience Testimonium reddente illis conscientia ipsorum. Rom. 2. i5' 2** Les créatures ; les murs même de la maison où ils ont péché, crieront contre eux Lapis de pariete clamabit. Hàbac. 2. il
3° Le divin juge lui-même se déclarera témoin Ego sum judex et testis, dicit Dominus. Jer. 29. 23 Il sera juge de votre cause, dit saint Augustin, Celui qui maintenant est témoin de votre vie Ipse erit judex causée tuse, qui modo testis est vitœ tuse. Serm. 9. e.B
Le Seigneur adressera spécialement aux chrétiens réprouvés ces reproches qu'il faisait aux Israélites : Malheur à toi, corozain ! malheur à toi, Bethsaïde, parce que, si les villes de Tyr et de Sidon eussent vu les prodiges qui ont été faits en vous, elles eussent fait pénitence clans le cilice et dans la cendre Yae tibi, Corozainl vae tibi, Beihsaida 1 quia, si in Tyro et sidone factae essent virtutes quae factae sunt in vobis, olim in cilicio et cinere pœnitentiam egissent. Malth. 11. 21 Chrétiens infidèles, leur dira-t-il, si j'avais fait aux mahomctans et aux idolâtres les grâces que vous avez reçues de moi, ils auraient fait pénitence de leurs fautes, tandis que, pour vous, la mort seule a pu mettre fin à vos péchés.
— Et alors, il révélera à tous les regards leurs crimes les plus cachés Revelabo pudenda tua, in facie tua. yah. 3. 5. Il découvrira et rendra publiques, pour les confondre, toutes leurs actions honteuses, leurs injustices et leurs cruautés secrètes Ponam contra te omnes abominatioues tuas. Ezech. T. 3 Tous les damnés porteront leurs péchés écrits sur le front.
Quelles excuses raisonnables pourront-ils trouver alors pour se délivrer ? Ah ! des excuses ! Leurs péchés mêmes leur fermeront la bouche, Omnis iniquitas oppilabit os suum. Ps. 106. 42 en sorte que, loin de chercher à s'excuser, ils se condamneront eux-mêmes.
3. La sentence pour les élus et pour les réprouvés.
Selon saint Bernard, le souverain juge prononcera en premier lieu la sentence qui invitera les élus à la gloire du paradis, afin que les réprouvés ressentent une peine plus grande, en voyant ce qu'ils ont perdu Prius benedicti vocabuntur in regnum, quo videlicet (reprobi) acrius doleant, videntes quid amiserint. 7n Ps. 90. s. 8. n. 7 ; -" Jésus-Christ se tournera donc premièrement vers les élus avec un regard doux et serein, et il leur dira : Venez, les bénis de mon père ; entrez en possession du royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. Venite, benedicti Patris mei ; possidete paratum vobis regnum a constitutione mundi. Matth. 25. 34" Il bénira toutes les larmes qu'ils auront versées par repentir de leurs fautes, et toutes leurs bonnes œuvres, oraisons, mortifications, communions ; surtout il bénira les peines qu'il a souffertes pour eux dans sa passion, et le sang qu'il a répandu pour leur salut ; et avec cette bénédiction, en chantant : Alléluia ! alléluia ! les élus entreront en paradis, pour y louer et aimer Dieu éternellement.
Le juge se tournera ensuite vers les réprouvés, et prononcera leur condamnation en ces termes : Retirez-vous de moi, maudits ; allez au feu éternel : Discedite a me, maledicti, in ignem aeternum. Matth. 25. 41. — Ils seront donc maudits, et ainsi, séparés de Dieu, ils iront brûler à jamais dans le feu de l'enfer. Et ils iront au supplice sans fin et les justes à la vie éternelle : Et ibunt hi in supplicium aeternum, justi autem in vitam aeternam. Ihid. 46.
Après cette sentence, selon saint Ephrem, les malheureux damnés seront contraints de faire leurs adieux à leurs parents, au paradis, aux saints et à la divine Mère : Adieu, justes ! adieu croix ! adieu beau ciel ! adieu parents et enfants ! jamais plus nous ne vous reverrons. Adieu, vous aussi, sainte Mère de Dieu, Marie ! Valete, Justi ! vale, Crux ! vale, Paradise ! valete, patres ac filii ! nullum siquidem vestrum visuri sumus ultra. Vale, tu quoque, dei Genitris, Maria ! De Variis Torm. inf' À l'instant, au milieu de la vallée s'ouvrira un profond gouffre, où ils seront tous précipités ; et ils entendront se fermer sur eux ces portes qui ne s'ouvriront plus jamais dans l'éternité. — maudit péché ! à quelle triste fin lu dois un jour conduire tant de pauvres âmes rachetés par le sang de JésusChrist ! âmes malheureuses, à qui est réservée une fin si déplorable !
Mais vous, chrétiens mes frères, consolez-vous : maintenant, Jésus-Christ est un Père, et non un juge ; il est prêt à pardonner au pécheur qui se repent ; hàtons-nous de lui demander pardon...
On fera faire au peuple l'acte de contrition et de bon propos, avec la prière à Jésus et à Marie pour obtenir la sainte persévérance ; on aura soin de terminer ainsi chaque sermon.


SERMON 2
DIMANCHE DE L’AVENT
De l'utilité des souffrances.
Joannes autem cum audisset in vinculis opéra Christi. Matth. 11. 2
Jean était dans les chaînes, lorsqu'il apprit les œuvres de Jésus-Christ.
Dieu, dans les tribulations, enrichit les âmes qu'il aime de ses plus grandes grâces. Voilà St. Jean qui, dans les fers et dans la gêne d'une prison, apprend à connaître les œuvres de J.-C. : Cùm audisset Joannes in vinculis opera Christi. On ne peut trop apprécier l'avantage que nous apportent les tribulations. Le Seigneur nous les envoie non comme des maux qu'il veut nous infliger, mais comme un bien dont il nous gratifie; d'où il suit que nous devons les recevoir, quand elles nous arrivent, avec un sentiment de reconnaissance, non pas seulement en nous résignant à la volonté divine, mais en nous réjouissant de ce que Dieu nous traite comme il a traité Jésus son fils, dont la vie sur la terre fut remplie de peines et de douleurs.
J'entreprendrai donc de vous faire voir :
Dans mon 1er point, combien les tribulations nous sont utiles.
Et dans mon 2ème point, comment nous devons nous comporter dans les tribulations.
PREMIER POINT : Combien les tribulations nous sont utiles.
I. Qui non est tentatus, quid scit? Virum multis expertus, cogitabit multa., et qui multa didicit enarrabit mu lia. (Eccl. xxiv. 6.) Celui qui n'a vécu que dans la prospérité et n'a point l'expérience du malheur, ne sait rien de l'état de son âme. L'adversité, pour premier effet, nous fait ouvrir les yeux que la prospérité nous tenait fermés. St. Paul resta comme aveuglé quand J.-C. lui apparut, et dans ce moment il reconnut l'erreur dans laquelle il vivait. Le roi Manassès, prisonnier à Babylone, recourut à Dieu dans son affliction, rappela ses fautes et en fit pénitence : Postquam coangustatus est, oravit Dominum... et egit pœnitentiam taUècordm Deo. ( 2 Parai, xxxm. 12. ) L'enfant prodigue, se voyant réduit à garder les pourceaux et souffrir de la faim dit : Surgam et ibo ad patrem me uni (Luc. xv. 18.)
La tribulation sert en second lieu à nous détacher des choses terrestres. La mère qui veut sevrer son enfant met du fiel à son sein, afin de dégoûter son fils et de le forcer ainsi à prendre une meilleure nourriture. Dieu nous détache des biens terrestres par un semblable moyen, il les enduit de fiel pour que nous les trouvions amers et que nous les quittions, et reportions nos affections vers les biens célestes.
Troisièmement. Ceux que la prospérité accompagne sont sous le joug de mille tentations, de l'orgueil, de la vanité, du désir immodéré d'augmenter leurs richesses, de se procurer de nouveaux honneurs, de nouveaux plaisirs. La tribulation nous délivre de toutes ces tentations, et nous rend humbles et satisfaits de l'état où nous a placés la volonté du Seigneur.
II. En quatrième lieu, les souffrances qui nous arrivent servent d'expiation pour les péchés commis, encore mieux que les mortifications que nous nous imposons volontairement. Intellige, dit St.-Augustin, medicum se Deum, et tribulationem medicamentum esse in sataient. Oh ! quel puissant remède que les tribulations pour guérir les plaies que nous ont faites nos péchés! Job estime heureux celui qui est repris de Dieu par les tribulations, parce que Dieu guérit et sauve de la même main dont il nous afflige et nous frappe. Beatus homo qui corripitur a Deo, quia ipse vulnerat, et meditur; percutit, et mamis ejus sanabunt. (Job. v. 18.) Aussi St.-Paul se glorifiait-il des souffrances par lesquelles il était éprouvé : Gloriamur in tribulationibus. (Rom. v. 3.)
III. Cinquièmement, les tribulations nous forcent à nous souvenir de Dieu, et à recourir à sa miséricorde en nous faisant comprendre que lui seul peut et veut apporter du soulagement à nos misères. Venite ad me omnes, nous dit-il, pour nous donner du courage . qui laboratis, et onerati estis, et ego reficiam vos. (Matth. xi. 28.) Aussi se fait-il appeler : Adjutor in tribulaiionibus. (Ps. Xl\. 2.') David écrit encore : Cum occideret eos quœrcbant eum et revertebantur. ( Ps. Lxxvii. Bfi.} Les hébreux, vaincus et taillés en pièces par leurs ennemis se ressouvenaient de Dieu et se tournaient vers lui.
IV. Sixièmement. Les souffrances nous font acquérir un grand mérite auprès de Dieu, en nous donnant occasion d'exercer les vertus qui lui sont le plus agréables, l'humilité, la patience et la conformité à sa volonté souveraine. Le H. P. Jean d'Avila disait : « Un Béni soit Dieu, prononcé dans les choses contraires est d'un bien plus grand prix que les plus ferventes actions de grâce rendues pour les choses heureuses. » O quel trésor de mérite acquiert un chrétien qui souffre patiemment les mépris, la pauvreté, les infirmités! Les mépris surtout qui nous viennent des autres sont l'objet des plus ardents désirs des saints, qui n'aspirent qu'à être soumis aux humiliations pour l'amour de Jésus-Christ, à qui elles les rendent en quelque sorte semblables.
V. De plus, combien ne gagne-t-on pas à souffrir la pauvreté ! Deus meus et omnia, disait St.-François d'Assises, et en parlant ainsi, il se trouvait plus riche que tous les rois de la terre. Quelle profonde vérité dans ce mot de Ste.-Thérèse : Moins nous aurons possédé ici bas, plus nous aurons en haut. » Bienheureux qui peut dire dans toute la sincérité de son cœur : « Jésus, ô mon Dieu, vous seul me suffisez. » Si je t'estime malheureux, parce que tu es pauvre, dit St.-Chrysostome, si je te répute malheureux et digne de compassion, ce n'est pas uniquement parce que tu es pauvre mais parce qu'étant pauvre tu n'embrasses, pas avec joie la pauvreté; voilà pourquoi je te trouve malheureux : Sanè dignu.seslaerymis, ob hoc quod miserum te existimas, non ideo quod pauper es. (St.-Chrysos^ Serm. 2. ep. ad Philip.)
VI. Considérez en outre, que supporter patiemment les douleurs et les infirmités, c'est s'emparer à l'avance d'une grande portion de la couronne qui nous est préparée dans le ciel. Un malade se plaint que, dans son état d'infirmité, il ne peut rien faire. Ah ! comme il se trompe : il peut tout faire au contraire, car tout est remplacé par sa résignation et sa patience dans ses douleurs.
VII. St. François de Sales dit : C'est toute la science des saints que de souffrir constamment pour Jésus-Christ, et c'est par là que nous avançons en sainteté. Et l'Apôtre : quem diligit Dominas castigat, flagellai autem omnem filium quem recipit. ( Hébr. xn. 6.) Aussi Jésus-Christ disait un jour à Ste. Thérèse : « Sache que les âmes que mon père aime et favorise sont celles qu'il éprouve par les plus grandes douleurs. » Job s'écrie à cause de cela : Si bona suscipimus de manu Domini, mala quart non suscipiamus ? (Job. n. x.) C'est-à-dire, si nous avons reçu volontiers de Dieu les biens, dont on peut jouir sur cette terre, pourquoi n'accepterions-nous pas avec plus de joie encore les tribulations, bien autrement profitables que la prospérité?
VIII. Les tribulations les plus cruelles pour une âme sainte sont les tentations dont le démon se sert pour nous porter à offenser Dieu ; mais aussi qui les chasse et les souffre avec patience en recourant à l'aide de Dieu, acquiert par elles un bien plus grand mérite :
autem Jesus est qu'unon patietui - vos tentari iuprd id quod pateslii, sed faciet eliam cum tentatione proventum ut possistis sustinere. (l.Cor. x. 13.) C'est pour cela que Dieu permet que nous soyons tourmentés par les tentations, afin qu'en les chassant nous en ayons plein de mérite. Beati qui lugent, dit le Seigneur, quoniam ipsi consolabuntur. ( Matth. v. 5.) Heureux, dit aussi l'Apôtre, puisque nos tribulations sont si courtes, et si légères en comparaison de l'immensité de gloire qu'elles nous font acquérir dans le ciel : Quod in prœsenti est momentaneum et levé tribulationis nostrœ, suprd modum in sublimitate tsternum gloriœ pondus operatar in nobis. (2. Cor, iv. 17.)
IX. Il est donc nécessaire, dit St.-Chrysostome, de souffrir sans murmure les tribulations, car si vous les acceptez avec résignation, magna lucraberis, vous faites un gain inappréciable, tandis que si vous les prenez avec mauvaise volonté, loin de diminuer votre misère, vous l'augmentez : Si autem œgrêferes, neque calamitatem minorem facies et majorem reddes procellam. (Vide Hom. 64- ad Fop.) Nous n'avons pas de meilleur moyen si nous voulons nous sauver : Per multas operationes oportet introtre in regnum Dei. (Act. xiv. 21.) Un grand serviteur de Dieu disait, que le ciel était une demeure destinée aux pauvres, aux persécutés, à ceux qui souffrent l'humiliation et l'affliction ; car tels ont été tous les martyrs et tous les saints. D'où St.-Paul conclut : Patientia enim vebis necessaria est ut voluniatem Dei facientes repoi'tetis remissionem. (Hébr. x. 36.) Mais, dit St.-Cyprien, parlant des souffrances des Saints : Quid hœc ad Dei serves quos paradisus invitai? (Epit. à Démétr ) Que peuvent offrir de difficile à supporter les courtes afflictions de cette vie à ceux qui se confient à la promesse des joies éternelles du paradis?
En somme, les fléaux que Dieu nous envoie ne nous frappent que pour notre bien : Flagella Domini quibui, quasi servi corrigimur, ad emcndationem et non ad perditionem nostram evenisse credamus. (Judith, vni. 27.) St.Augustin, sur le psaume 89, dit : Deus irascitur quem peccantem non flagellai. Quand un pécheur se voit affligé dans cette vie, il doit y voir la volonté de Dieu de lui faire miséricorde dans l'autre, en changeant un châtiment éternel en une peine temporelle qui est par conséquent infiniment moindre. Malheureux au contraire est le pécheur que Dieu ne châtie point ici-bas ! C'est une marque que le Seigneur conserve toute son indignation contre lui et lui réserve le châtiment éternel.
XI. Le prophète Jérémie demande à Dieu : quare via imiiorum prosperatur? (Jér. xu. 1. ) Seignour, pourquoi les pécheurs prospèrent-ils ? Le prophète lui-même répond à cette demande : Congrega eos quasi gregem ad rictimam, et sanctifica eos in die occisionis. (1. b. «. 3.) Ainsi qu'au jour du sacrifice les victimes arrivent assemblées en troupeau, ainsi les impies sont destinés à la mort éternelle, comme victimes de la colère divine. Destina eos est ticlimas furoris lui in diem sacrifiai, ce sont les paroles de Daniel, commentant le texte cité.
XII. Quand donc nous nous voyons éprouvés par les tribulations, disons avec Job : Peccavi et reeliqui et ut eram ilignas nonrrcepi. (Job. xxxm. 27.) Seigneur, mes péchés méritent une punition bien plus sévère que celle que vous m'avez envoyée. Aussi devons-nous prier Dieu avec St.-Augustin : hic are, hic scca, hic non parcas ut in œtemtim parcas. Le plus grand châtiment du pécheur est que le Seigneur dise de lui :
Misereamur impio etnon discetjuititiam. (J. s. 26.) Laissons cet impie dans l'impunité pendant sa vie mortelle; qu'il reste dans les liens du péché et qu'il arrive ainsi au jour où l'attend un châtiment éternel. De là ce que dit St.-Bernard à ce sujet : Misericordiam hanc nota ; super omnem iram miseratlo ista. ( 42. in Cant. ) Seigneur, je ne veux pas d'une telle miséricorde, c'est la peine la plus cruelle sur toutes les peines.
XIII. Ainsi celui qui se voit sur cette terre en proie aux afflictions et à la douleur possède un signe certain de l'amour de Dieu pour lui : Et quia acceptus eras Deo, dit l'ange à Tobie, necesse fuit ut tentatio probarel te. (Tob. Xh. 13.) Aussi St.-Jacques appelle heureux l'homme soumis aux tribulations, car cette épreuve des afflictions lui assure la conquête de la vie éternelle. Beatus vir qui suffert tentationem, quoniam cum probalus fuerit, accipietcoronam rilœ. (Jac. i. 12.)
XIV. Celui qui souhaite entrer dans la gloire avec les Saints doit donc se résigner à souffrir dans cette vie, comme ont souffert les Saints. Il n'en est pas un en effet qui ait vécu dans le monde heureux et bien traité, mais tous ont été repoussés et persécutés et leur exemple a complètement vérifié cette parole du même Apôtre : Omnes qui pie volunt vivere in Chriito Jesu, persecuiionem patientai', (n. Tim. ni. 12.)
DEUXIÈME POINT : Comment nous devons nous comporter dans les tribulations.
XV. Celui qui se trouve dans la tribulation en ce monde doit avant tout se dégager du péché et chercher à rentrer en grâce avec Dieu ; sans quoi toutes ses souffrances, pendant qu'il est en état de péché, sont entièrement perdues pour lui. St.-Paul disait : Si tradidero corpus meum, itd ut ardeam, charitatem autem non habuero, nihil mihiprodest. (i. cor. xm. 3.) Si un homme souffrait tous les tourments du martyr, jusqu'au supplice même du feu, sans être en état de grâce, il n'en retirerait aucun profit pour le salut.
XVI. Tout au contraire celui qui souffre, et qui souffre avec Dieu et pour Dieu, avec une entière résignation, voit ses afflictions se tourner en consolations et en joie. Tristitia vestra vertetur in gaudium. ( Jean. xvi. 20.) C'est ainsi que les Apôtres, après avoir été bafoués et maltraités par les Juifs, s'éloignèrent pleins de joie d'avoir souffert pour l'amour de Jésus-Christ.
Ibant gaudenles à conspectu concilii quoniam digni habid tant pro nomineJe.iu.contumeliam paii. ( Actes. v. 11.) Il faut donc, quand Dieu nous éprouve par la douleur, dire avec Jésus-Christ : Calicem, quem dedit mihi pate r, non bibam illum? (Joan. xvtn. 11.) Nous avertissant que les tribulations qui nous viennent par le moyen des hommes nous viennent pourtant de la part de Dieu, qui est celui qui nous les envoie.
XVII. De plus, quand nous nous voyons dans la détresse, affligés et tourmentés de tous les côtés, nous ne devons avoir de recours qu'à Dieu. Voilà pourquoi le roi Josaphat parlait ainsi au Seigneur : Cum ignoremus quid agere debeamus, hoc solum habemus residai, ut oculos nostros dirigamus ad te. (2. Par. xx. 12.) Ainsi faisait David dans ses peines ; il recourait à Dieu et Dieu le consolait : Domini cum tribularer clamavi, et exaudnit me. ( Ps. xix. 1. ) Nous devons donc recourir à Dieu, le prier et le prier sans cesse, jusqu'à ce que nous soyons exaucés : Sicut oculi ancillœ ( dit le même prophète ) in manibus Dominee suœ, ita oculi niitri ad ûominum Deum nostrum, donec misei eatur nostri. ( Pfc. cxxn. 2. ) Il ne faut détourner les yeux de Dieu ni cesser de le prier, qu'il n'ait eu enfin pitié de nous.
II faut avoir une confiance entière dans le cœur de Jésus-Christ, pour nous tout plein de miséricorde, et ne pas imiter ceux qui ayant à peine commencé à prier, et ne se voyant point exaucés encore, perdent le courage et l'espoir. A eux convient cette parole du Sauveur, adressée à St.-Pierre : Modicœ fidei, quare dubitasti? (Malth. xiv. 31.) Pourvu que les grâces que nous demandons soient spirituelles, ou tendent au bien et à la perfection de nos âmes, nous sommes sûrs de les obtenir de Dieu, en priant avec persévérance et pleins de confiance : Omnia quœcumque petieritis, credite quia accipietis, et erenient vcbis. ( Marc. xi. 24. ) Ainsi donc au milieu de nos souffrances, il est essentiel de ne jamais désespérer du secours de la divine bonté, et si nos tribulations continuent, répétons : Etiamsi occident me, in ipso sperubo. (Job. xm. 15. )
XVIII. Les âmes de peu de foi, au lieu d'avoir recours à Dieu dans leurs afflictions ne cherchent du soulagement que dans les moyens humains, et ainsi, méprisant Dieu, elles restent en proie à leurs misères. Nisi Dominas œdificaterit domum, in vanum laboraverunt quiœdificant eam. (Ps. cxxvi. 1.) St.-Augustin écrivant sur ce texte dit : Ipse œdificat, ipse intellectum nperit, ipse ad (Idem applicat sensum vestrum ; et tamen laboramns et nos ta.nqu.am nperarii; sed nisi Dnminus custoilierit civitatem, etc. Tout bien, tout secours, doit nous venir de Dieu, autrement les créatures ne peuvent rien pour notre soulagement.
XIX. De là ces plaintes du Seigneur contre son peuple : Numquid Dominas non est in Sion ?.... Quare ergo me ad iracundiam concitaverunt in sculptilibus suit ?.., num quid resina non est in Galaad ? aut medïcus non esi ibl ? quare igitur non est obducta cicatriœ fil'ue populi mtit ( Jér. vni. 19. 22. ) Ne suis-je donc plus dans Sion dit le Seigneur, que ces hommes m'irritent en recourant aux créatures, en adorant leurs idoles en qui ils mettent toute leur espérance ? Ils cherchent un remède à leurs maux ! et pourquoi ne le cherchent-ils pas dans Galaad (montagne d'Arabie, pleine de parfums et d’aromates et qui est prise ici pour le symbole de la miséricorde divine ) où ils trouveront et le médecin et le remède à tous leurs maux ? Pourquoi donc, ajoute le Seigneur, vos plaies demeurent-elles sans guérison ? parce que vous voulez recourir aux créatures et non à moi.
XX. Dans un autre endroit le Seigneur dit :Numquid solitude factus sum Ismëli, aut terra serolina ? quare ergo diccit populas meui, : Recessimus, non veniemus ultra ad te?.... poîmlus cero meus oblitus est meldiebus innumeris. (Jer n. 31, 32) Dieu se plaint et dit : Pourquoi dites-vous, vous mes fils, que vous ne voulez-plus recourir à moi ? Quoi ! suis-je devenu pour vous une terre stérile, qui ne donne plus de fruit ou le donne trop tard ? est-ce pour cela que vous m'avez oublié si longtemps ? Par ces paroles Dieu nous fait entendre que son désir est que nous ayons recours à lui, afin qu'il puisse nous verser le trésor de ses grâces. Et en même temps il nous apprend que quand nous le prions, il ne retarde pas son secours, mais commence à nous l'accorder aussitôt.
XXI. Non, le Seigneur ne dort pas, s'écrie David, lorsque nous recourons à sa bonté pour obtenir des grâces nécessaires au salut de nos âmes. Alors il nous écoute, voulant très ardemment notre bonheur : Non dormitabit, ruque dormiet, quicustodit Israël. (Ps. cxx. 4.) Et quand ce sont des grâces temporelles que nous lui demandons, alors dit St.-Bernard : Aut dabit quod petimus, aut utilius. Ou il nous accordera la grâce demandée, toutes les fois qu'elle sera profitable à notre âme, ou il nous donnera une grâce plus utile, comme serait celle de la résignation à sa divine volonté, et de la patience à souffrir les tribulations, ce qui augmentera de beaucoup nos mérites pour le paradis.
(Acte de pénitence, de bonne résolution et prière à Jésus et à Marie. )


SERMON III.
POUR LE TROISIÈME DIMANCHE DE L’AVENT
Des moyens nécessaires au salut.
Ego vox clamantis in deserta : Dirigite viam Domini. Jo. 1. 23.
"Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur"
Tout le monde désire être sauvé et jouir du paradis; mais pour y parvenir il faut suivre la voie droite qui y conduit. Cette voie droite est l'exacte observation des préceptes divins. De là la prédication de St -Jean Baptiste : Dirigite viam Domini. Afin que nous puissions suivre cette voie sans nous détourner à droite ou à gauche, il faut que nous employions les moyens nécessaires pour cela. Ces moyens sont :
I. Défiance de nous-mêmes.
II. Confiance en Dieu.
III. Résistance aux tentations.
PREMIER MOYEN.
Défiance de nous-mêmes.
I. L'Apôtre dit : Cum meta et tremore vesiram satu itm operamini. (Phil. 1i. 12.)
Peur éternelle, nous devons toujours être en crainte et en appréhension de nous-mêmes (cum meta et tremore) nous défiant de nos propres forces, sachant que sans la grâce divine nous ne pouvons rien faire : Sine me, dit J.-C., nihil potestis facere. Nous ne pouvons rien faire de bon pour nos âmes. St.-Paul dit que par nous-mêmes nous ne sommes pas capables même d'une bonne pensée : Non quod sufficientes simus cogitare aliquid à nobis, quasi ex nostris, sed sufficientia nostra ex Deo est. (2. Cor. m. 5.) Nous ne pouvons pas même prononcer avec humilité le nom de Jésus, sans l'assistance de l'Esprit-Saint : Et nemo potest dicere, Domine Jesu, nisi in Spiritu Sancto. (1. Cor. 12. 3.)
II. Malheur à celui qui, dans le chemin du salut, se confie à lui-même. Ce malheur, St.-Pierre le sentit vivement, lorsque J.-C. lui prédisait que dans la nuit même il le renierait : In hâc nocte, priusquam gallus cantet, ter me negabis. (Matlh. xxvi. 34.) Lui se confiant en ses forces et dans ses intentions, répondit : Etiamsi opportuerii me mori tecum, non te negabo. (Ibid. v. 35.) Mais qu'advint-il ? que se trouvant la nuit même de la prise de J.-C. dans la maison de Caïphe, à peine lui eut-on reproché d'être un des disciples du Sauveur, pressé par la crainte, il renia trois fois son maître, attestant en outre qu'il ne l'avait jamais connu. Grand exemple! Ainsi pour nous apprendre à être humbles, Dieu quelquefois permet que nous tombions dans le péché, afin de nous faire sentir la nécessité de l'humilité, par la considération de notre faiblesse. La même disgrâce arriva à David, qui, après son péché, s'écria : Priusquam humiliarer, ego deliqui. (Ps. cxviu. 67.)
III. Aussi le Saint-Esprit appelle-t-il heureux l’homme qui craint toujours de tomber en faute : Beatus homo qui semper est pavidus. (Prov. xxvm. 14) Celui qui craint de tomber, se défie de ses propre forces, fuit les tentations, a souvent recours à Dieu et se maintient ainsi dans l'éloignement du péché. Mais celui qui ne craint pas est confiant en lui-même s'expose à la tentation, se recommande rarement à Dieu et tombe facilement. Figurons-nous un homme au sommet d'une montagne, suspendu à une corde au-dessus d'un affreux précipice : à la vue de ce péril imminent ferait-il autre chose que prier celui qui tiendrait la corde par l'autre bout? ne lui crierait-t-il pas : «Tenez, tenez bien, par charité, et ne m'abandonnez point ? » Nous sommes tous dans cette position exposés à tomber dans l'abîme du péché, si Dieu ne nous soutient de sa main puissante. C'est pourquoi nous devons sans cesse le prier de ne pas retirer sa main protectrice, et de nous secourir dans tous nos périls.
IV. St.-Philippe de Néri, chaque matin en se levant, disait à Dieu : «Seigneur, tiens toujours ta main sur Philippe, pour que Philippe ne te trahisse pas. Et un jour (comme ou le lit dans sa vie) le saint marchant dans une rue de Rome, et tout à l'idée de sa misère spirituelle se prit à crier : « Désespoir ! Désespoir! » Il fut entendu par un certain religieux qui pensant qu'il fût véritablement livré au désespoir, accourut à lui, et l'exhorta à espérer dans la bonté divine. Mais le saint lui répondit : « Je suis en désespoir de moi-même, mais plein de confiance en Dieu »  Il est donc nécessaire qu'en traversant cette vie où nous courons tant de dangers de perdre Dieu, nous vivions dans une perpétuelle défiance de nous-mêmes, mais pleins de confiance en Dieu.
 
DEUXIÈME MOYEN.
Confiance en Dieu.
V. Nous lisons dans St.-François de Sales, que si nous nous bornons à la défiance de nous-mêmes, ne gardant que le sentiment de notre faiblesse, cela ne peut nous servir qu'à nous rendre pusillanimes, et nous mettre en grand danger ou de nous relâcher dans la vie spirituelle, ou de désespérer totalement. Plus donc nous nous défions de nous-mêmes, plus nous devons avoir confiance en la divine miséricorde. C'est, dit le même saint, une balance telle que plus le plateau de la confiance en Dieu s'élève, plus s'abaisse celui de la défiance de nous-mêmes.
VI. Écoutez-moi, pécheurs, qui par malheur avez offensé Dieu dans le passé par vos péchés, et vous êtes rendus dignes de l'enfer ; si le démon vous dit pour vous décourager que peu d'espoir vous reste pour votre salut éternel, répondez lui avec l'Écriture : Nullus speravit in Domino et confiant est. ( Eccl.. 11. ) Aucun pécheur qui s'est confié au Seigneur n'a été perdu. Et ainsi formez une ferme résolution de ne plus pécher : abandonnez-vous dans les bras de la divine miséricorde, et ne doutez pas que Dieu prendra pitié de vous et vous sauvera de l'enfer. Le Seigneur dit un jour à Ste.-Gertrude, comme nous l'apprend St.-Blaise : « Qui se confie à moi, me fait une telle violence que je ne puis m'empêcher de l'exaucer en tout ce qu'il me demande. »
VII. Écoutons le prophète Isaïe : Qui autem sperant in Domino, mutabunt fortitudinem, assument penna sicut aquilœ, carrent, et non laborabunt, ambulabunt et non déficient. (Is. Xl. 31.) Ceux qui placent leur confiance en Dieu, changent leur faiblesse en force, ils perdent leur débilité propre pour revêtir la force divine, ils voleront dans la voie du Seigneur comme des aigles; sans se fatiguer et sans faire de chute. David dit encore : Sperantem antem in Domino misericordia circumdabit. (Ps. xxxi. 10.) Celui qui espère dans le Seigneur sera tellement rempli de sa grâce qu'elle ne l'abandonnera plus.
VIII. St.-Cyprien nous apprend que la miséricorde divine est une fontaine d'une abondance intarissable: qui y porte un plus grand vase en recueille plus de grâces. De là cette parole du prophète-roi : Fiat misericordia tua super nos, quemadmodum speravistis in le. (Ps. xxxn. 22.) Quand donc le démon cherche à nous épouvanter en remettant sous nos yeux combien il est difficile de persévérer dans la grâce de Dieu au milieu des tentations et des dangers si nombreux de cette vie; sans lui répondre, levons nos yeux vers le ciel et espérons que Dieu dans sa bonté nous aidera à surmonter tous les assauts auxquels nous sommes exposés. Levati oculos meos in montes, undè veniet auxilium mihi. ( Ps. cxx. 1.) Et quand l'ennemi nous représentera notre faiblesse, disons avec l'Apôtre : Omnia possum in eo qui me confortat (Phil. iv. 13.) Par moi-même je ne peux rien, mais je me confie en Dieu, et avec sa grâce je peux tout.
IX. Ainsi, au-milieu des dangers que peut courir notre salut, nous devons tenir nos yeux tournés vers Jésus-Christ, en nous abandonnant entre les mains de celui qui nous a rachetés par sa mort et lui disant : In manus tuas commendo spiritum meum : redemisti me, Domine, Deus veritatis. (Ps. xxx. 6.) Et en priant ainsi nous devons conserver une entière assurance de parvenir à la vie éternelle, ajoutant ensuite : In te, Domine, speravi; non confundar in aesternum. ( Ibid. v. 1.)
    
TROISIÈME MOYEN.
De la résistance aux tentations.
X. C'est une chose bien certaine que lorsque, dans les occasions périlleuses, nous recourons à Dieu avec confiance, il vient à notre secours; mais quelquefois aussi, dans des moments plus imminents, le Seigneur exige que, de notre côté, nous fassions tous nos efforts pour repousser la tentation. Il ne suffit point alors d'avoir recours une ou deux fois à Dieu, mais il faut redoubler de prières, aller souvent se prosterner et gémir devant les images de la B. Vierge et aux pieds du crucifix, s'écriant avec larmes : « Marie, ma mère, secourez-moi; Jésus, mon Sauveur, sauvez-moi; par pitié ne m'abandonnez pas, ne souffrez pas que j'aie le malheur de vous perdre. »
XI. Rappelons-nous les paroles de l'Evangile : Quam angusta porta, et arcta via est quœ ducit ad ritam! et pauci sunt qui inveniant eam. (Matth. vu. 14-) Le chemin qui mène au paradis est étroit, comme on a coutume de le dire, il ne peut point contenir de carrosse; ceux qui veulent y aller en carrosse n'y pourront point entrer. Bien peu y arrivent, parce que bien peu se font violence pour résister aux tentations; Regnum cœlornm cum patitur, et violenti rapiunt illud. (Matth. xi. 12.) Le royaume de cieux cum patitur, remarque un auteur, m quœritur et invaditur, occupa'tur ; il faut le chercher et le conquérir en se faisant violence; celui qui pense le gagner sans se gêner, en menant une vie libre et indolente, ne l'obtiendra point et en sera exclu.
XII. Les Saints, pour se sauver, sont allés, ceux-ci vivre dans un cloître, ceux-là s'enfermer dans une grotte ; d'autres ont embrassé les tourments et la mort, comme l'ont fait les martyrs. Violenti rapiunt illud. Quelques-uns se plaignent de ce qu'ils n'ont pas confiance en Dieu; mais ils ne s'aperçoivent point que leur peu de confiance naît du peu de résolution qu'ils ont de le servir. Ste .-Thérèse dit : Ce ne sont point les âmes faibles et irrésolues que craint le démon. Et on lit dans le Sage : Desideria occident pigrum. (Prov. xxi. 25.) Il en est qui désiraient se sauver et devenir saints, mais ils ne peuvent se résoudre à mettre en œuvre les moyens qui y conduisent, la méditation, la fréquentation des Sacrements, le détachement des créatures; ou bien s'ils les pratiquent ils les abandonnent bientôt. En somme, ils se repaissent de désirs inutiles, et vivent, en attendant, dans la disgrâce de Dieu, que leur tiédeur finit par leur faire perdre, ce qui vérifie le proverbe : desideria occident pigrum.
XIII. Si nous désirons nous sauver et devenir saints, il est indispensable que nous formions une ferme résolution, non seulement, en général, de nous donner à Dieu, mais encore, en particulier, de prendre tous les moyens nécessaires ; puis après les avoir embrassés de ne plus les abandonner. Pour cela, ne cesser d'intercéder auprès de Jésus-Christ et de sa sainte mère, pour en obtenir la grâce de la persévérance.

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