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SERMON XLVII.
POUR LE DIX-HUITIÈME DIMANCHE APRES LA PENTECOTE.
Des mauvaises pensées.
Cum vidisset cogitationes eorum dixit: « Ut quid cogitatis mala in cordibus vestris ? » Matth. 9. 4.
Jésus, ayant connaissance de leurs pensées, leur dit : « Pourquoi pensez-vous à mal dans vos cœurs ? »
Dans l'Évangile de ce jour, on lit qu'un paralytique fut présenté à Jésus-Christ, pour qu'il le guérît. Notre-Seigneur lui accorda la grâce demandée ; mais, avant de guérir son corps, il voulut guérir aussi son âme en lui pardonnant ses péchés ; c'est pourquoi il lui dit que ses péchés lui étaient remis : Confide, fili, remittuntiir tibi peccata tua. Des scribes qui étaient présents, ayant entendu cela, dirent en leur cœur : Cet homme blasphème : Hic blasphémât. Mais le divin Sauveur leur fit aussitôt connaître qu'il voyait leurs mauvaises pensées, en leur disant : Pourquoi pensez-vous mal dans vos cœurs ? Dieu voit donc nos pensées les plus secrètes ; il les voit, et il les punit Homo enim videt ea quae parent ; Dominus autem intuetur cor, /, Reç. 16. 7 Les juges humains ne défendent et ne punissent que les délits extérieurs, parce que les hommes voient seulement ce qui paraît au dehors ; mais Dieu, qui voit jusqu'au fond de nos cœurs, défend et punit même les mauvaises pensées.
Par conséquent, dans ce sermon, nous examinerons :
— premièrement, quand la mauvaise pensée est un péché ;
— secondement, combien les mauvaises pensées sont dangereuses ;
— et troisièmement, quels sont les remèdes contre les mauvaises pensées.
1. Quand la mauvaise pensée est un péché.
Les hommes se trompent de deux manières sur les mauvaises pensées.
I, — Des personnes qui ont la crainte de Dieu, mais qui ont peu d'entendement et sont scrupuleuses, se figurent que toute mauvaise pensée qui leur vient à l'esprit, est un péché. c'est une erreur ; ce n'est pas la mauvaise pensée qui est un péché, mais le consentement coupable qu'on y donne. Toute la malice du péché mortel consiste dans la mauvaise volonté, en ce qu'on veut acquiescer au péché avec une pleine connaissance de sa malice et avec un parfait consentement. C'est pourquoi saint Augustin enseigne que, où il n'y a pas de consentement de la volonté, il ne peut y avoir de péché Nullo modo sit peccatum , si non sit voluntarium. De Veva rel. c. i4. ainsi, quelque tourmenté qu'on soit par la tentation, la révolte des sens, ou les mouvements désordonnés de la partie inférieure, quand il n'y a pas de consentement, il n'y a pas de péché, selon ce que dit également saint Bernard Non nocet sensus, ubi non est consensus. De Inter. Domo. c. 8.
Les saints eux-mêmes sont tourmentés par les tentations : le démon se donne beaucoup plus de peines pour amener la chute d'une personne vertueuse, que pour faire tomber un pécheur ; car, alors, il compte obtenir une proie plus importante. Le prophète Habacuc dit que les âmes saintes sont la nourriture choisie de notre ennemi. Et il ajoute que cet esprit malin leur tend des pièges à toutes, sans en épargner aucune, afin de leur ôter la vie de la grâce In ipsis incrassata est pars ejus, et cibus ejus electus. — Prop ter hoc ergo expandit sagenam suam, et semper interficere gentes non parcet. Hah. 1. 16. C'est ainsi que saint Paul, dont le Seigneur s'était fait un vase d'élection, gémissait de se voir affligé par des tentations impures, comme il le dit lui-même. En sorte que trois fois il pria Dieu de l'en délivrer ; mais le Seigneur lui répondit : Ma grâce vous suffit Datus est mihi stimulus carnis mese, angélus Satanse, qui me colaphizet, — Propter quod ter Dominum rogavi ut discederet a me ; et dixit mihi : Sufïicit tibi gratia mea ; nam virtus in infirmitate perficitur. II. Cor, 12. 7. Dieu permet que ses fidèles serviteurs subissent des tentations, soit pour les éprouver, soit pour les purger de leurs imperfections.
A ce propos, pour la consolation des âmes timorées ou scrupuleuses, voici une bonne règle de conduite que les théologiens enseignent communément : lorsqu'une âme qui craint Dieu et abhorre le péché, est dans le doute si elle a consenti ou non à une mauvaise pensée, n'étant pas certaine du consentement, elle n'est pas obligée à s'en confesser ; alors, il est moralement certain qu'elle n'y a pas consenti ; car, si elle était vraiment tombée dans un péché grave, elle ne douterait point, le péché mortel étant un monstre si horrible aux yeux d'une âme qui a la crainte de Dieu, qu'il ne lui est pas possible de le laisser entrer dans son cœur sans le savoir.
II. — D'autres, qui ne sont pas scrupuleux, mais larges de conscience et ignorants, s'imaginent que la mauvaise pensée, même avec consentement, n'est pas un péché grave, quand on n'en vient pas à l'action consommée ; erreur beaucoup pire que la première. Ce qu'on ne peut faire, on ne peut non plus le désirer ; c'est pourquoi la mauvaise pensée à laquelle on consent, a la même malice que la mauvaise action ; comme les mauvaises actions séparent de Dieu, il en est de même des mauvaises pensées Perversae enim cogitationes séparant a Deo. Sap. i. 3. Et comme Dieu voit à découvert toutes les mauvaises actions, de même son regard pénètre toutes les mauvaises pensées, pour les condamner et les punir Deus scientiarum Dominus est, et ipsi prseparantur cogitationes. 7. Reg. 2. 3.
Cependant les mauvaises pensées ne sont pas toujours coupables, et celles qui sont coupables, ne le sont pas toutes au même degré. Trois causes peuvent concourir à former un péché de pensée, savoir : la Suggestion, la Délectation et le consentement, que nous allons expliquer.
1. La SUGGESTION cst la première idée du mal qui se présente à l'esprit. Ce n'est pas un péché ; c'est plutôt une occasion de mérite : Chaque résistance à la tentation, dit saint Bernard, nous vaut une couronne de plus Quoties restiteris, toties coronaberis. Tn Quadr. s. 5.
2. La DÉLECTATION a lieu ensuite, quand on s'arrête à regarder cette mauvaise pensée dont l'image séduisante plaît. Tant que la volonté n'y consent pas, on ne pèche pas mortellement, mais on pèche déjà véniellement, et, en ne résistant pas à cette délectation, on se met en danger d'y consentir ; cependant, quand ce danger n'est pas prochain, le péché n'est pas mortel. Mais il faut noter ici que, quand la pensée qui délecte, est en matière d'impureté, les docteurs enseignent communément qu'on est tenu, sous peine de faute grave, de résister positivement à la délectation ; car, alors, si l'on ne résiste pas, la délectation attire facilement le consentement de la volonté, comme le dit saint Anselme Nisi quis repulerit delectationera, delectatio in consensum iran ait, et animam occidit. De Similit. c. 40. Ainsi, quand même on ne consentirait pas au péché, dès qu'on prend plaisir à la pensée obscène, sans avoir soin d'y résister, on pèche mortellement, à cause du danger prochain où l'on se met d'y consentir. Pourquoi, demande Jérémie, pourquoi retenir en vous cette pensée pernicieuse, au lieu de vous efforcer de la bannir de votre cœur ? Usquequo morabuutur in te cogitationes noxise ? Jer. 4. 14 Dieu veut que nous gardions notre cœur avec le plus grand soin, parce que c'est du cœur, ou de la volonté, que dépend notre vie Omni custodia serva cor tuum, quia ex ipso vita procedit. prov. 4. 23.
3. Le CONSENTEMENT, enfin, qui fait le péché mortel, existe, quand la personne, connaissant clairement que telle chose est une faute grave, l'embrasse par une entière adhésion de sa volonté.
Ensuite, on pèche grièvement en pensée de deux manières : par le désir et par la complaisance.
1. On pèche par le désir, quand on veut faire le mal qu'on désire, ou quand on voudrait le faire, si l'on en avait l'occasion ; et alors, le désir est grièvement ou légèrement coupable, selon l'acte désiré. Cependant il est vrai que le péché extérieurement consommé accroît toujours en pratique la malice de la volonté, à cause de la plus grande complaisance qui intervient ordinairement avec l'acte extérieur consommé, ou du moins à cause de la plus longue durée de cette complaisance ; en sorte qu'on doit toujours déclarer, en confession, si l'acte a suivi le désir.
2. On pèche par la complaisance, quand, sans vouloir commettre actuellement le péché, on s'y complaît comme si on le commettait actuellement. C'est ce qu'on appelle la délectation MOROSE, laquelle est dite « Morose, » non en raison du temps que dure la complaisance dans l'acte impudique, mais en raison de la volonté qui s'arrête avec plaisir à cette pensée, de sorte que ce péché de complaisance peut se commettre en un instant ; ainsi l'enseigne saint Thomas Dicitur morosa, non ex mora temporis, sed ex eo quod ratio deliberans circa eam immoratur, volvens libenter quae statim respui debuerunt. 1. 2. q. 14. a. 6. Le mot Libenter, « avec plaisir, » doit ôter le scrupule aux personnes timorées, qui ont parfois à souffrir certains mouvements, certaines délectations charnelles, quelque violence qu'elles se fassent pour les repousser. Ainsi, quoique la partie inférieure y trouve un certain plaisir, tant que la volonté n'y consent pas, il n'y a pas de péché, au moins de péché grave ; je le répète avec saint Augustin Nulle modo sit peccatum, si non sit voluntarium. Dans ce cas, les maîtres de la vie spirituelle conseillent, au lieu de chercher à raisonner contre la mauvaise pensée, d'en détourner plutôt son esprit, en l'appliquant à un autre objet, soit spirituel, soit au moins indifférent. Pour les autres mauvaises pensées, il est bon de les combattre en face, mais non pour les pensées d'impureté.
2. Combien les mauvaises pensées sont dangereuses.
Du reste, il faut se garder, avec tout le soin possible, des mauvaises pensées, qui sont appelées l'abomination de Dieu Abominatio Domini, cogitaliones malte. Prov. 15. 56 Elles sont appelées « l'abomination de Dieu, » parce que, comme le dit le saint concile de Trente, les mauvaises pensées, surtout celles qui sont contre le neuvième et le dixième commandement, font parfois plus de mal à notre âme par leurs blessures, et sont plus dangereuses que les actes extérieurs Nonnunquam animum gravius sauciant, et periculosiora sunt ils quae in manilesto admiltuntur. Sess. 14. cap. 5. Elles sont plus dangereuses pour plusieurs raisons :
D'abord, c'est parce que les péchés de pensée sont plus faciles à commettre, que les péchés d'action : pour ceux-ci, souvent l'occasion manque ; mais les mauvaises pensées ne dépendent pas de l'occasion ; quand le cœur s'est détourné de Dieu, il est continuellement occupé à vouloir le mal qui le flatte, et il commet ainsi des péchés sans nombre.*
En second lieu, au moment de la mort, on ne peut plus faire des péchés d'action, mais on peut encore commettre des péchés de pensée, et l'on y tombe facilement, quand on a vécu dans l'habitude de ces péchés ; le danger est alors d'autant plus grand, que les tentations du démon sont plus violentes ; car cet ennemi, voyant qu'il lui reste peu de temps pour conquérir l'âme arrivée au bout de sa carrière, la tente avec plus de force, Cuncta cogitatio cordis intenta esset ad malum omni tempore. aen. 6.5. — Saint Elzéur, comme le rapporte Surius Descendit diabolus ad vos, habens iram magnam, sciens quod raodicum tempus liabet. Apoc. 12. 19. (3) Vit. c. 33. se trouvant en danger de mort, fut tellement tenté de mauvaises pensées, qu'il dit après sa guérison :
« Oh ! que la puissance du démon est grande au moment de la mort ! » Le saint triompha des efforts du démon, parce qu'il s'était habitué à chasser de son esprit les mauvaises pensées ; mais malheur à ceux qui ont l'habitude d'y consentir I — Le père Segneri raconte la fin d'un pécheur qui, pendant sa vie, consentait souvent à de mauvaises pensées. Sur le point de mourir, il se confessa avec une si grande douleur de ses péchés, qu'on croyait son salut assuré ; mais il apparut après sa mort, et annonça qu'il était damné, en expliquant ainsi la cause de son malheur : sa confession avait été bonne, et Dieu lui avait pardonné ; mais, peu de temps avant sa mort, le démon lui représenta que, s'il guérissait, ce serait de sa part une ingratitude d'abandonner la femme dont il était tant aimé ; il repoussa cette première tentation, et même une seconde, à laquelle il s'arrêta un peu ; mais à la troisième, il consentit, et il mourut ensuite dans son péché.
3. Quels sont les remèdes contre les mauvaises pensées.
Le prophète Isaïe dit que, pour nous délivrer des mauvaises pensées, nous devons ôter le mal des pensées Auferte malum cogitationum vestrarum. Ts. 1. IG. Qu'est-ce qu'ôter le mal des pensées ? Cela signifie : Oter LES OCCASIONS des mauvaises pensées, fuir les conversations dangereuses , s'éloigner des mauvaises compagnies. J'ai connu un jeune homme qui était un ange de pureté ; ayant un jour entendu certaine parole dite par un mauvais compagnon, il eut une pensée impure, et il y consentit ; mais ce fut le seul péché grave qu'il commit dans sa vie ; car il embrassa l'état religieux, et, quelques années après, il fit une sainte mort. — Il faut aussi s'abstenir de lire des livres obscènes, ou infectés d'autres erreurs. — De plus, il faut éviter les bals et les spectacles profanes, au moins les bals et les spectacles qui ne sont pas entièrement honnêtes.
Je suppose ici qu'on me fait cette question : Mon Père, est-ce un péché de courtiser ? — Je réponds : En soi, je ne puis affirmer d'une manière absolue que c'est un péché mortel. Du reste, ceux qui courtisent, se trouvent facilement dans l'occasion prochaine de pécher mortellement ; et l'expérience fait voir que ceux d'entre eux qui se trouvent sans fautes graves, sont rares. Inutile de dire qu'on n'y a pas de mauvais dessein, ni même de mauvaises pensées ; voici comment le démon séduit les imprudents : au commencement, il ne leur suggère pas de mauvaises pensées ; mais ensuite, quand les fréquentes entrevues et les entretiens amoureux ont développé et fortifié l'affection, elle ne leur laisse plus voir ce qu'ils font, et ils en viennent, sans presque savoir comment, à perdre leur âme et Dieu par de nombreux péchés d'impureté et de scandale. Oh ! que de malheureux jeunes gens et de malheureuses jeunes filles le démon attire à lui par ce moyen ! Et tous ces péchés, tous ces scandales, ce sont spécialement les pères et les mères qui ont à en rendre compte, eux qui devraient empêcher des entretiens si dangereux, et qui négligent de le faire ; de là vient qu'ils sont cause de tous ces maux, et qu'ils en doivent être sévèrement punis de Dieu.
Surtout, si l'on veut éviter les mauvaises pensées, il faut que les hommes s'abstiennent de regarder les femmes, et les femmes de regarder les hommes. Je répète ici les paroles de Job, que j'ai déjà citées plusieurs fois : il disait qu'il avait fait un pacte avec ses yeux, pour ne point penser aux femmes Pepigi fœdus cum oculis meis, ut no cogitarem quidem de virgine. Job. 31.1 Or, qu'y a-t-il de commun entre les yeux et la pensée ? Les yeux ne pensent point ; c'est l'esprit seul qui pense. Cependant le saint homme Job avait raison déparier ainsi ; car, dit saint Bernard, c'est par les yeux que les traits de l'amour impudique pénètrent dans l'esprit, et y font naître les mauvaises pensées qui donnent la mort à l'âme Per oculos intrat in mentem sagitta impuri amoris. De Modo bene viv. c. 23. Aussi, l'Esprit-Saint nous avertit de détourner nos yeux d'une femme parée Averte faeiem tuam a muliere compta. Eccli. 9. S. Il est toujours dangereux de regarder une jeune personne élégante ; et la regarder à dessein, sans une juste cause, ne peut être excusé au moins de péché véniel.
Ensuite, quand viennent les mauvaises pensées, qui souvent viennent même sans être excitées par une occasion présente, si c'est en matière obscène, il faut, comme je l'ai dit, les repousser aussitôt, sans se mettre à raisonner avec la tentation. Dès qu'on aperçoit la face noire que porte une telle pensée, on doit la rejeter sans lui donner audience, et sans chercher à savoir ce qu'elle dit ou représente. — on lit dans les sentences des Pères (Vit. Patr. l. 3. n.35) que saint Pacôme entendit un jour un démon se vanter d'avoir souvent fait tomber un religieux dans le péché, parce qu'il donnait audience à la tentation et négligeait de recourir à Dieu. Le saint entendit ensuite un autre démon qui, au contraire, se plaignait de ne pouvoir rien contre le religieux qu'il tentait, parce que celui-ci recourait aussitôt à Dieu, et restait ainsi toujours vainqueur. — De là ce conseil que donnait saint Jérôme : Dès qu'une idée impure fait impression sur les sens, il faut s'écrier à l'instant : Seigneur ! secourez-moi Stalira ut libido titillaverit sensum, erumpamu^ in vocem : dominus auxiliator meusl Epist. ad Eitstoch
Et quand la tentation persiste, il est très utile de la découvrir au confesseur ; saint Philippe de Neri disait :
« Une tentation découverte est à moitié vaincue. » Plusieurs saints, dans les assauts de l'impureté, ont voulu s'imposer des mortifications très dures : saint Benoît se roula nu parmi les épines, et saint Pierre d'Alcantara se jeta dans un étang glacé. Mais le meilleur moyen pour vaincre les tentations, je pense que c'est le recours à Dieu, qui nous fera sûrement obtenir la victoire, selon ce que disait David : je louerai et invoquerai le Seigneur , et je serai délivre de mes ennemis Laudans invocabo Domiuum, et ab inimicis meis salvus ero. ps. 11.4. Et si, même en recourant à Dieu, on ne parvient pas à faire cesser immédiatement la tentation, il faut alors, non pas abandonner la prière, mais prier avec plus d'ardeur, soupirer et gémir aux pieds du saint Sacrement dans l'église, ou aux pieds du Crucifix dans sa demeure, ou devant une image de la bienheureuse Vierge Marie, qui est la Mère de la pureté. Il est vrai que tous nos soins et toutes nos industries sont inutiles, si Dieu ne nous soutient de sa main ; mais parfois il veut ces efforts de notre part, pour venir à notre aide et nous procurer la victoire. Il est bon, dans ces combats, de commencer par renouveler le bon propos de ne pas offenser Dieu, et de perdre plutôt la vie que sa grâce ; ensuite, il faut incontinent répéter les prières : Seigneur ! donnez-moi la force de résister ; ne permettez pas qu'il m'arrive de me séparer de vous. Faites que je meure plutôt que de vous perdre.


SERMON XLVIII.
PODR LE D1X-NEDVIÈME DIMANCHE APRES tA PENTECOTE.
Du supplice de la privation de Dieu dans l'enfer.
Mittite eum in tenebras exteriores : ibi erit fletus Matth. 22. 13.
Jetez-le dans les ténèbres extérieures : là, il y aura des pleurs.
Selon toutes les lois, divines et humaines, la peine doit être proportionnée à la gravité du délit Pro mensura peccati erit et plagarum modus. Deut. 25. 2. Or, la principale injure que le pécheur fait à Dieu en commettant un péché mortel, c'est de tourner le dos à son Créateur et à son souverain Bien, ainsi que saint Thomas définit le péché mortel Aversio ab incommutabili bono. /. ?. q. SI. a. 4. et c'est là précisément l'injure dont le Seigneur se plaint, en la reprochant au pécheur Tu reliquisti me, dicit Dominas, retrorsum abiisti. Jer. 15. 6. Puisque le plus grand tort du pécheur est de vouloir spontanément perdre Dieu, il est juste que, dans l'enfer, sa plus grande peine soit la perle de dieu : Ibi erit fletus : Dans l'enfer, on pleure toujours ; et quel est le sujet le plus amer des pleurs des malheureux damnés ? C'est de penser que, par leur faute, ils ont perdu dieu. Ce sujet sera l'unique matière du présent sermon. soyez attentifs.
Non, chrétiens mes frères, Dieu ne nous a pas mis en ce monde pour y jouir des biens terrestres ; la fin pour laquelle il nous a crées, c'est de nous faire acquérir la vie éternelle Finem vero, vitam reternam. Rom. 6. ?-2. Or, la vie éternelle consiste à aimer Dieu et à le posséder éternellement ; celui qui obtient cette fin, pour laquelle il est créé, sera toujours heureux ; celui qui par sa faute ne l'obtient pas, perd Dieu, et il sera pour toujours malheureux, pleurant sans cesse et s'écriant : J'ai manqué ma fin ; tout est perdu pour moi ! Periit finis meus, Tren 3. 18.
La douleur que cause la perte d'un objet, correspond à la valeur de la chose perdue : si, par exemple, on perd une pierre précieuse valant cent écus, on en ressent une grande peine ; si elle valait deux cents écus, la peine serait double, et ainsi de suite. Or je demande : Quel est le bien qu'a perdu le damné ? Il a perdu Dieu, un bien infini ; la peine qu'il ressent d'une telle perte, est donc, comme l'assure saint Thomas, une peine infinie Pœna damnati est infinita, quia est amissio boni infiniti. /. ?. q. 87. a. 4. Avant lui, saint Bernard a dit pareillement que la grandeur de cette perte se mesure à l'infinité du souverain bien, qui est Dieu. Ainsi, le supplice de l'enfer ne consiste pas dans le feu qui dévore, ni dans la puanteur qui empeste, ni dans les cris et les hurlements continuels des damnés, ni dans l'aspect effroyable des démons, ni dans la gêne de ce gouffre horrible où l'on est entassé les uns sur les autres ; ce qui fait l'enfer, c'est la douleur d'avoir perdu Dieu ; toutes les autres peines sont peu de chose auprès de ce tourment. La récompense des serviteurs fidèles en paradis, c'est Dieu même, selon ce qu'il a dit à Abraham : Je serai ta récompense immensément grande Ego... merccs tua magna nimis. Gen. 15. 1. Comme la possession de Dieu est la récompense du bienheureux, ainsi la perte de Dieu est le châtiment du damné.
Saint Bruno a donc eu raison de dire que, quelques tourments qu'on ajoutât à ceux que souffrent les damnés, tous ces tourments ensemble n'égaleraient jamais leur grande peine d'être privés de Dieu Addantur tormenta toimentis, at Deo non priventur. C'est ce qu'a dit aussi saint Jean Chrysostome : Mille enfers n'égaleraient pas cette douleur Si mille dixeris gehennas, nihil pai- dices iliiis dolori. Ad pop. ant, hum. 48. Dieu a tant de belles qualités pour être aimé, qu'il mérite un amour infini. Par son amabilité, il tient dans le ciel les bienheureux tellement remplis de joie et absorbés dans son amour, qu'ils n'ont d'autre désir ni d'autre pensée que de l'aimer de toutes leurs forces. Sur la terre, les pécheurs, par attachement à leurs indignes plaisirs, ferment les yeux, pour ne pas connaître Dieu et l'amour qu'il mérite ; mais dans l'enfer, pour leur châtiment, Dieu se fera connaître à eux tel qu'il est, un bien infiniment aimable Cognoscetur Dominus judicia laciens. Ps. 9. 11. Sur la terre, dominé par l'amour des plaisirs sensuels, le pécheur connaît à peine Dieu, il ne le connaît que d'une manière obscure ; c'est pourquoi il compte pour peu de le perdre ; mais dans l'enfer, il le connaîtra bien, il pensera sans cesse à lui, et cette seule pensée, d'avoir perdu volontairement le souverain Bien, fera son tourment durant toute l'éternité. un docteur en théologie de Paris apparut après sa mort à son évêque, et lui révéla qu'il était damné. L'évêque lui demanda si, dans l'enfer, il se souvenait des sciences qu'il possédait avec distinction durant sa vie ; il répondit qu'en enfer on ne pense à autre chose qu'au malheur d'avoir perdu dieu.
Le divin Juge dira aux réprouvés : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel Discedite a me, maledicti, in ignem aeternum. Matlh. 25. 41. L'enfer est dans cette parole :
Retirez-vous de moi ; » c'est-à-dire : Soyez séparés de moi ; vous ne serez plus à moi, et je ne serai plus à vous Vos non populus meus, et ego non ero vester. Os. i. 9. Sur la terre, remarque saint Augustin, il n'y a que les amis de Dieu qui appréhendent ce malheur Hœc araantibus pœna est, non contemnentibus. In Ps. 49. C'est de tous les tourments de l'enfer celui que redoutent le plus les âmes qui aiment Dieu. Cette peine n'effraie point les pécheurs, qui veulent vivre plongés dans les ténèbres du péché ; mais à la mort, pour leur plus grand châtiment, ils comprendront quel est le prix inestimable du bien dont ils se sont privés par leur faute Separata autem anima a corporis gravamine, intelligit Deum summum bonum, et quia ad illum adipiscendum est creata. P4. m. 14. c. 5. § 10.
Il faut entendre que l'homme est créé pour Dieu, et qu'il est naturellement porté à l'aimer. En cette vie, les ténèbres du péché et les affections terrestres qui règnent en lui, tiennent assoupies sa tendance et son inclination naturelles à s'unir à Dieu comme à son souverain bien, en sorte que la peine d'en être séparé ne l'afflige pas beaucoup ; mais, quand l'âme quitte le corps, et qu'elle se trouve délivrée des sens, qui l'enveloppaient de ténèbres, elle voit clairement qu'elle est créée pour Dieu, et que Dieu seul est le bien qui peut la rendre contente, comme le dit saint Antonin.' Aussi, quand elle est dégagée des liens du corps, elle s'élance aussitôt pour aller s'unir à son souverain Bien ; mais, si elle est en état de péché, Dieu la repousse comme une ennemie. Néanmoins, quoique ainsi repoussée et bannie de la présence de dieu, elle ne perd pas la suprême inclination qui la porte à s'unir à lui ; ce qui fait et fera éternellement son enfer : se sentir toujours attirée vers Dieu, et toujours rejetée loin de Dieu.
Quand un lévrier, tenu en laisse, aperçoit le gibier, quels efforts ne fait-il pas pour rompre son lien et courir sur la proie ! Telle est l’âme au sortir du corps : d'un côté, elle est allée vers Dieu ; mais de l'autre, le péché la sépare De dieu et l'entraîne en enfer. Le péché, dit le prophète, est comme un mur immense élevé entre l'âme et Dieu Iniquitates vestrae diviserunt inter vos et Deum vestrnm. Alors, la malheureuse, se voyant tenue dans cette prison, à jamais éloignée de Dieu, se mettra à pleurer : Ibi erit fletus ; elle dira : Ainsi, mon Dieu, je ne serai plus à vous, et vous ne serez plus à moi ! je ne vous aimerai plus, et vous ne m'aimerez plus !
L'idée de cette séparation de Dieu épouvantait David : quel malheur pour moi, s'écriait-il, si Dieu venait à me rejeter pour toujours, et s'il ne devait plus jamais s'apaiser à mon égard ! Numquid in aeternum projiciet Deus ? aut non apponet, ut complacitior sit adhuc ? Ps. 76. 8. — Or, ce malheur, tout réprouvé le souffre déjà, et il le souffrira éternellement ! David, en état de péché, entendait les reproches de sa conscience, qui lui disait : Ibi est Deus tuus ? David ! où est ton Dieu, dont tu étais tant aimé ? Maintenant, tu l'as perdu, et il n'est plus à toi. — Et David avoue que, tourmenté par cette douleur, il ne faisait que pleurer jour et nuit Fuerunt mihi lacrymœ meae panes die ac nocte, dura dicitur mihi quotidie : Ubi est Deus tuus ? Ps. 41. 4. C'est ainsi que le damné entendra les démons lui dire : Malheureux, où est désormais ton Dieu ? — Cependant David, par ses larmes, put apaiser son Dieu, et le recouvrer ; mais le damné répandra un immense océan de larmes, et il ne pourra jamais apaiser son Dieu, jamais le recouvrer.
Saint Augustin dit que, si les damnés voyaient la beauté de Dieu, ils ne souffriraient plus, et l'enfer se changerait à l'instant pour eux en un paradis Nullam pœnam sentirent, et continue inflernus in amaenum converteretur paradisum. De Tvtpl. Habit, c. 4. Mais le damné ne peut plus voir Dieu. Quand David condamna son fils Absalon à ne plus paraître devant lui, la douleur d'Absalon fut telle, qu'il pria Joab de dire à son père que, s'il ne lui permettait plus de voir sa face, il le fît plutôt mourir Obsecro ergo ut videam faciem régis ; quod si memor est iniquitatis mese, interficiat me. II. Reg. 14. 32. Philippe II, roi d'Espagne, ayant vu un grand de sa cour se comporter avec peu de respect dans l'église, lui dit d'un ton sévère : « Je vous défends de paraître à l'avenir devant moi. » Le courtisan se retira chez lui si consterné, qu'il en mourut de chagrin. Que sera-ce donc, quand le Seigneur, à la mort du réprouvé, lui dira, selon la menace qu'il en a faite : Va-t'en ; je ne veux plus te voir, et tu ne verras plus ma face Abscondam faciem meam ab eo, et... invenient eum omnia mala. deut.31. il. Quel sujet de compassion d'entendre un fils, qui était toujours uni à son père, mangeant et dormant avec lui, s'écrier à la mort de ce père si chéri, en pleurant, sans trouver de consolation : mon père ! je vous ai perdu, je ne pourrai plus vous voir ! — Ah ! si maintenant, en présence d'une âme damnée qui pleure amèrement, nous lui demandions pourquoi elle pleure ainsi, cette malheureuse répondrait : Je pleure, parce que j'ai perdu Dieu, et que je ne le verrai plus !
Ce qui augmentera la peine du réprouvé, ce sera la connaissance qu'il aura de la gloire du paradis, dont jouissent les bienheureux, et dont il se voit et se verra pour toujours exclu. Quelle ne serait pas la douleur de quelqu'un, si, après avoir été invité à une fêle donnée par le prince dans son palais, il s'en trouvait exclu pour quelque manquement, et qu'il entendît du dehors les cris de joie et les applaudissements de ceux qui ont été admis ! Maintenant, les pécheurs méprisent le paradis, ils consentent à le perdre pour des riens, après que Jésus-Christ a sacrifié tout son sang pour nous rendre dignes d'y entrer ; mais, quand ces malheureux seront jetés dans l'enfer, la connaissance du paradis sera pour eux une peine plus grande que toutes les autres peines. Saint Jean Chrysostome assure que les damnés en se voyant bannis de cette heureuse patrie, sentiront une douleur mille fois plus grande que celle de l'enfer où ils se trouveront engloutis Si mille quis ponat gehennas, nihil taie dicit, quale est a beata gloria excidere. Ad pop. Ant. hoin. 41. — Si j'avais au moins l'espoir, dira le damné, que, après mille siècles et même un million de siècles passés dans ces tourments, je pourrai recouvrer la grâce de Dieu, et me rendre digne d'aller le voir dans le ciel ! — Mais il s'entendra répondre qu'il ne lui reste aucune espérance Mortuo homine impio, nulla erit ultra spes. Prov. il. 7. Tant qu'il était en vie, il pouvait se sauver, mais il est mort dans le péché, sa perte est irréparable ; c'est pourquoi le malheureux ne cessera de pleurer et de s'écrier en désespéré : Je ne verrai jamais mon Dieu dans la terre des vivants ! Non videbo Domiimra Deura in terra viventium. Is. 38. H.
Ce qui augmentera encore la peine des réprouvés, ce sera de penser qu'ils ont perdu Dieu et le paradis uniquement par leur faute. Chacun de ces misérables se dira : Je pouvais, en aimant Dieu, avoir une vie heureuse sur la terre, et je me serais acquis un bonheur immense dans l'éternité ; mais, pour avoir aimé mes vices, je devrai demeurer dans ce lieu de tourments, tant que Dieu sera Dieu ! — Il ajoutera, en s'appliqua nt les paroles de Job : Ah ! que ne puis-je retourner au temps de ma vie où Dieu veillait sur moi, Quis mibi tribuat ut sim juxta menses pristinos, secundum dies quibus Deus custodiebat me ? Job. 29. 2. pour me préserver de tomber dans ce feu ! Je n'étais point parmi les barbares, les Indiens, les Chinois, où j'aurais été privé des sacrements, de sermons et de maîtres pour m'instruire ; je suis né dans le sein de la vraie Église, j'ai été instruit et averti par les prédicateurs et les confesseurs. Ce ne sont point les démons qui m'ont entraîne dans cette prison, j'y suis venu volontairement ; ces chaînes qui me lient et me tiennent éloigné de Dieu, je me les suis forgées moi-même par ma mauvaise volonté. Que de fois Dieu m'a parlé au cœur, et m'a dit : « Change de conduite, et reviens à moi ; prends garde que n'arrive le temps où tu ne pourras plus remédier à ta perte ! » Hélas ! ce temps est arrivé, ma sentence est prononcée : je suis damné, et, à ma damnation, il n'y a et il n'y aura plus de remède durant toute l'éternité !
Mais, si ce malheureux a perdu Dieu, en sorte qu'il ne peut plus le voir, ne pourrait-il pas au moins l'aimer ! Non, parce que la grâce l'a abandonné, et qu'ainsi, devenu esclave de son péché, il est contraint de haïr Dieu. Ce qui fait le désespoir du réprouvé, c'est de se voir rendu contraire à dieu, pour l'avoir méprisé pendant sa vie ; il s'en plaint, et il y trouve son supplice Quare posuisti me contrarium tibi, et factus sum mihimetipsi gravis ? Joh. 1. 20. Se voyant devenu contraire à Dieu et son ennemi, tout en le reconnaissant digne d'un amour infini, il ne trouve aucun objet plus horrible à ses yeux, que lui-même. Tel sera donc le châtiment que Dieu fera subir au damné : il verra combien Dieu est aimable, et combien lui-même est abominable, se trouvant ennemi de ce Dieu Arguam te, et statuam contra faciem tuam. Ps. 49. 21.
Ce qui mettra le comble à la peine du damné, ce sera la vue de tout ce que Dieu a fait pour le sauver Poccator videbit, et irascetur. Ps. 111. 10. Il verra toutes les faveurs, toutes les lumières, toutes les invitations, qu'il a reçues du Seigneur ; il verra la patience avec laquelle Dieu l'a supporté ; il verra surtout combien Jésus-Christ l’a aimé, combien il a souffert pour son amour ; et puis il verra qu'il est, par sa faute, non plus aimé, mais haï de Jésus-Christ ; peine qui surpasse les tourments de mille enfers, dit saint Jean Chrysostome : Mille enfers n'égalent pas la peine de se voir haï de Jésus-Christ Si mille quis ponal gehennas, nihil taie diclurus est, quale exosum esse Christo. In Maith. hom. 24. Ainsi, dira le damné, mon divin Rédempteur, qui, par compassion pour moi, a sué du sang, a souffert l'agonie, et a voulu mourir privé de toute consolation, maintenant n'a plus pitié de moi ! je pleure, je crie, et il ne m'écoute plus, il ne me regarde plus, il m'a entièrement oublié ! Auparavant il m'aimait, et maintenant il me hait ; il me hait, et c'est avec raison, puisque j'ai eu l'ingratitude de ne pas vouloir l'aimer ! — David dit que les damnés sont jetés dans le puits de la mort Deduces eos in puteum interitus. Ps. 54. 24. et là, explique saint Augustin, au fond de cet abîme fermé sur eux, ne seront plus connus de Dieu ceux qui n'auront pas voulu le connaître Puteus claudetur sursum, aperietur deorsum, ac dilatabitur in profuiidum. Ultra nescientur a Deo, qui Deum scire noluerunt. serm. 251. E. B. app.
Le damné voit donc que Dieu mérite un amour infini, et qu'il ne peut l'aimer. Sainte Catherine de Gênes, obsédée un jour par un démon, lui demanda qui il était ; l'esprit infernal répondit avec douleur : Ego sum ille nequam privatus amore Dei : Je suis ce malheureux qui ne peut plus aimer Dieu. — non seulement le damné ne peut aimer Dieu, mais, abandonné dans son péché, il est contraint de le haïr ; et c'est là ce qui fait son enfer : haïr son Dieu, tout en reconnaissant qu'il est infiniment aimable. Il l'aime ardemment comme son souverain bien, et il le hait comme le vengeur de son péché ; rien ne peut être plus malheureux, dit un savant auteur : Res mistrrima amare tehementer, et amatum simulodisse. (Magnotius, médit.) l'amour naturel le tire continuellement vers Dieu, mais la haine l'en éloigne avec violence ; ces deux passions contraires sont comme deux bêtes féroces qui déchirent sans cesse le cœur du réprouvé, en sorte qu'elles le font et le feront vivre dans une mort continuelle durant toute l'éternité.
Ainsi, le réprouvé haïra et maudira toujours Dieu, et, haïssant Dieu, il haïra et maudira tous les bienfaits qu'il a reçus de Dieu, la création, la rédemption, les sacrements, entre autres spécialement : d'abord, le sacrement de baptême, en vertu duquel il est devenu plus coupable devant dieu par ses péchés ; puis, le sacrement de pénitence, par lequel il pouvait se sauver facilement, s'il l'eût voulu ; et surtout, le très saint Sacrement de l'autel, dans lequel Dieu s'était donné tout entier à lui. Il haïra conséquemment tous les autres moyens qui lui ont été donnés pour l'aider à se sauver r il haïra donc et maudira tous les anges et tous les saints, spécialement son ange gardien, ses saints patrons, et surtout la Mère de Dieu, Marie ; mais il maudira principalement les trois Personnes divines, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, entre lesquelles il maudira d'une manière particulière Jésus-Christ, le Verbe incarné, qui un jour a tant souffert, jusqu'à mourir, pour son salut ; il maudira les plaies de Jésus-Christ, le sang de Jésus-Christ, et la mort de Jésus-Christ ! Voilà à quelle extrémité le maudit péché conduit les âmes rachetées par notre Sauveur à un si haut prix !

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