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CHAPITRE IX. De l'Épiphanie ou manifestation du Seigneur.
Le treizième jour, l'Enfant- Jésus se manifesta aux nations, c'est-à-dire aux Mages qui étaient gentils. Remarquez, touchant ce jour, que c'est à peine si vous trouverez une fête qui soit autant solennisée par l'Eglise et dont le nom revienne aussi souvent dans les antiennes, les répons, les leçons et tout ce qui tient à cette solennité ; non qu'elle soit plus grande que les autres, mais parce qu'en ce jour le Seigneur Jésus a fait de belles et grandes choses, surtout en faveur de son Eglise D'abord, c'est aujourd'hui qu'il l'a reçue en la personne des Mages, car l'Eglise a été assemblée d'entre les nations. En effet, au jour de sa naissance, il s'est montré aux Juifs en la personne des bergers, et ils n'ont point reçu le Verbe à l'exception d'un petit nombre; mais en ce jour il apparaît aux nations, et c'est parmi elles, que se recrute l'Eglise des élus. Aussi la fête d'aujourd'hui est-elle proprement la fête de l'Eglise et des fidèles chrétiens.
En second lieu, c'est aujourd'hui que l'Eglise a été prise par Jésus pour épouse, et lui a été véritablement unie par le Baptême qu'il a voulu recevoir après avoir accompli sa vingt-neuvième année. C'est pourquoi on chante avec allégresse : Aujourd'hui l'église a été unie à l'Époux céleste, etc. (Antienne de Laudes). En effet, c'est dans le Baptême, que l'âme devient l'épouse de Jésus-Christ, baptême qui tire sa vertu de celui du Sauveur, et l'assemblée des âmes ainsi régénérée, s'appelle l'Eglise.
En troisième lieu, c'est aujourd'hui qu'un an après son baptême, le Seigneur fit son premier miracle aux noces de Cana (Jean., 2), ce que l'on peut adapter également à l'Eglise et aux noces spirituelles. Il semble que c'est encore en ce jour qu'il fit le miracle de la multiplication des pains et des poissons ; mais l'Eglise ne s'occupe que des trois premiers faits que nous venons d'indiquer, et non de ce dernier. Vous voyez donc combien est vénérable ce jour que le Seigneur a choisi pour des œuvres si magnifiques et si dignes d'admiration. Aussi l'Eglise, considérant tous les bienfaits prodigieux que son Epoux répand sur elle aujourd'hui, et voulant se montrer reconnaissante, fait éclater sa joie, se livre à l'allégresse et à la jubilation, et déploie toute sa magnificence afin de célébrer un tel jour.
Parlons donc du premier sujet de cette fête, car les autres viendront à leur tour, selon l'ordre de la vie de Jésus-Christ. Et même sur ce point, je veux dire sur l'arrivée des Mages vers le Sauveur, mon intention n'est pas de vous rappeler les explications et les enseignements divers que les Saints nous ont donnés avec tant de soin. Ainsi, comment ces sages vinrent-ils d'Orient à Jérusalem? Que se passa-t-il entre eux et Hérode? Comment furent-ils conduits par l'étoile? Pourquoi firent-ils de semblables présents? Vous pouvez lire tout cela dans l'Evangile et dans les explications des Saints. Pour moi, je me propose ici, comme dans les autres actes de la vie de Jésus, selon que je vous l'ai dit en commençant, de toucher seulement quelques points en nous aidant des images offertes par l'imagination, et que l'âme perçoit diversement selon que les faits se sont réellement accomplis, ou que nous pouvons croire qu'ils ont dît s'accomplir. Quant aux explications, j'ai résolu de m'y livrer rarement, tant à cause de mon insuffisance, qu'à cause des longueurs qu'une semblable méthode entraînerait. Tenez-vous donc présente au mystère qui nous occupe, et considérez-en bien toutes les circonstances, car ainsi que je vous l'ai dit ailleurs, c'est en cela que consiste tout le secret de ces méditations.
Ces trois rois vinrent donc accompagnés d'une grande multitude et d'une suite honorable. Les voilà en présence de l'étable où est né le Seigneur Jésus. Sa mère entend du bruit et du mouvement, et elle prend l'enfant dans ses bras. Les Mages entrent dans la petite demeure, se mettent à genoux, et adorent avec respect l'Enfant-Jésus, leur Seigneur. Ils lui rendent leurs hommages comme à un roi ; ils l'adorent comme leur Maître suprême. Voyez combien grande fût leur foi. Qu'y avait-il qui les portât à croire que ce petit enfant, si pauvrement vêtu, trouvé avec une mère si pauvre, dans un lieu si abject, sans société, sans entourage, sans rien qui sentît sa splendeur; qu'y avait-il, dis je, qui les portât à croire qu'un tel enfant fût roi, qu'il fût le vrai Dieu? Et cependant ils ont cru l'un et l'autre. Il fallait que nous eussions de tels chefs et de tels commencements. Ils se tiennent donc à genoux en présence de Jésus, s'entretiennent avec sa Mère, soit par interprète, soit par eux-mêmes, car c'étaient des sages et peut-être connaissaient-ils la langue hébraïque. Ils s'informent de tout ce qui a rapport à cet enfant. La Vierge le leur raconte, et ils ajoutent une foi entière à ses paroles. Remarquez bien comme ils parlent et écoutent avec respect et attention. Considérez aussi notre Souveraine : elle est émue dans ses paroles, ses yeux sont abaissés vers la terre, et elle n'ouvre la bouche qu'avec confusion, car elle ne trouve aucune joie dans les conversations ; elle n'aime point à être exposée aux regards des hommes. Le Seigneur cependant, lui donna le courage nécessaire en cette grande occasion ; car ces rois représentaient l'Eglise universelle qui devait être formée des nations. Contemplez aussi l'Enfant-Jésus : il ne parle pas encore, mais il montre une maturité et une gravité qui annoncent qu'il comprend ; il regarde avec bénignité ces rois, et eux trouvent en lui un bonheur ineffable, bonheur causé tant par la lumière qui remplit leur esprit, car il les instruit intérieurement et les illumine, que par le spectacle qu'ils ont sous les yeux, spectacle du plus beau des enfants des hommes (Ps.44). Enfin, après avoir goûté une profonde consolation, ils lui offrent à lui-même de l'or, de l'encens et de la myrrhe (Mat.,2). Ils ouvrent leurs trésors, en tirent quelque étoffe ou quelque tapis, l'étendent à ses pieds, et chacun d'eux verse dessus ces trois présents en grande quantité, mais surtout de l'or. En effet, il ne leur eût pas été nécessaire d'ouvrir leurs trésors, s'il ne se fût agi que d'une légère offrande ; ils auraient pu facilement la prendre des mains de leurs chambellans. Ensuite ils baisèrent les pieds de l'enfant avec respect et dévotion. Qui sait si cet enfant, plein de sagesse, afin de les consoler davantage et de les affermir dans son amour, ne leur offrit pas sa main même à baiser? Toujours est-il qu'il imprima sur eux son signe et qu'il les bénit. S'inclinant donc et lui faisant leurs adieux, ils se retirèrent comblés d'une grande joie, et s'en retournèrent en leur pays par un autre chemin.
Que pensez-vous que l'on fit de cet or, qui était d'un prix si considérable ? Notre Souveraine le garda-t-elle par devers soi, ou le mit-elle en dépôt? S'en servit-elle pour acheter des maisons, des champs et des vignes ? Loin de nous une telle pensée : celle qui aime la pauvreté ne s'inquiète pas de pareilles choses. Pleine d'un zèle ardent et courageux pour cette vertu, comprenant la volonté de son fils qui l'instruisait intérieurement et lui manifestait sa pensée par des signes gnes extérieurs, car il détournait peut-être les yeux de cet or et semblait le traiter avec mépris, Marie distribua en peu de jours le tout aux pauvres, et se délivra de l'embarras, soit de garder ce fardeau, soit de le porter où elle allait. Aussi elle avait si bien dépensé tout ce qu'elle avait reçu, que lorsqu'elle se présenta au temple, elle n'eut pas même de quoi acheter un agneau, afin de l'offrir pour son fils, et qu'elle dût se borner à présenter deux colombes. Ainsi, il est raisonnable de croire que l'offrande des Mages fut considérable et que Marie, par amour pour la pauvreté, la distribua aux pauvres qu'elle chérissait tendrement.
Vous voyez l'éloge de la pauvreté, et vous pouvez la considérer dans ces deux circonstances. D'abord, l'Enfant-Jésus reçut l'aumône comme un pauvre et sa mère aussi. En second lieu, non-seulement ils ne s'inquiétaient point d'acquérir ou d'amasser, mais ils ne voulaient pas même garder ce qui leur était donné, tant l'amour de la pauvreté effective allait s'augmentant en eux.
Mais n'avez-vous rien remarqué touchant l'humilité ? Si nous y faisons bien attention, nous découvrons ici toute la profondeur d e cette vertu. Il y en a qui se réputent vils et abjects dans leur âme et ne s'élèvent pas à leurs propres yeux ; mais ils ne veulent point paraître tels aux yeux des autres ; ils ne souffrent point d'être vilipendés ou tournés en dérision par eux, et ils verraient avec peine que leur bassesse et leurs défauts fussent connus et devinssent l'objet des mépris de leurs frères. Ce n'est pas ainsi qu'agit en ce jour l'Enfant-Jésus, le Seigneur de toutes choses : il a voulu que sa bassesse fût connue des siens et des autres, et non pas d'un petit nombre, ni de personnages d'un faible rang ; mais des grands et de la multitude, c'est-à-dire des rois et de ceux qui les accompagnaient. Et cela dans un temps et des circonstances où il y avait beaucoup à craindre; car les Mages, étant venus pour reconnaître le roi des Juifs, qu'ils pensaient bien aussi être un Dieu, pouvaient douter en le voyant dans une telle abjection, s'ils ne se retireraient pas sans foi et sans dévotion, se regardant comme des insensés qu'une illusion avait séduits. Mais cet amant de l'humilité ne laissa point échapper l'occasion de nous en donner l'exemple, de peur que, sous prétexte de quelque bien apparent, nous ne fissions défaut à cette vertu, et aussi afin igue nous apprissions à paraître volontiers vils et abjects aux yeux des autres.
 
CHAPITRE X. Du séjour de Marie auprès de la Crèche.
Les Mages étant donc partis pour retourner en leur pays, et, toutes leurs offrandes étant distribuées, la Reine du monde se tient encore auprès de la crèche avec l'Enfant-Jésus et son père nourricier, le saint vieillard Joseph, et elle demeure patiemment en ce lieu, attendant le quarantième jour, comme si elle eût été une femme ordinaire et l'Enfant-Jésus un homme commun, qui fût astreint à l'observation de la loi; mais, ne voulant d'aucune prérogative qui les distinguât, ils observaient la loi comme le reste des hommes. Ce n'est pas ainsi qu'agissent plusieurs qui, vivant en communauté, exigent pour eux des distinctions, veulent par ce moyen se faire remarquer et être considérés comme étant d'un rang plus honorable : une vraie humilité ne s'accommode point de tout cela. Marie demeurait donc là, attendant le jour où il lui serait permis d'entrer dans le temple. Elle y demeurait pleine de vigilance et toute dévouée à la garde de son Fils bien-aimé. O Dieu ! avec quelle sollicitude et quel empressement elle s'occupait de tout ce qui le concernait, afin qu'il ne manquât de rien dans les plus petites choses ! Avec quelle révérence, quelle précaution, quelle crainte elle le touchait et fléchissait les genoux quand elle le prenait dans sa couche et l'y replaçait, à la pensée qu'il était son Dieu et son Seigneur! Mais aussi, avec quelle joie, quelle confiance, quelle autorité maternelle elle le serrait dans ses bras, le couvrait de baisers, l'étreignait doucement contre son coeur, prenait en lui son bonheur en se souvenant qu'il était son fils ! Combien de fois considérait-elle, avec attention et amour, son visage et chaque partie de son corps sacré ! Avec quel soin, quelle attention elle enveloppait de langes ses membres délicats ! Car si elle était la plus humble, elle était aussi la plus prudente des créatures. Aussi, dans tous les devoirs et dans tous les services qu'elle lui rendait, qu'il fut éveillé ou qu'il sommeillât,déployait-elle le plus grand soin, et non-seulement dans son enfance, mais alors même qu'il fût devenu plus grand. Oh ! avec quel bonheur elle le nourrissait de son lait ! Il est impossible qu'elle n'ait pas ressenti en allaitant un tel fils, une félicité inconnue aux autres mères. Quant à saint Joseph, saint Bernard dit qu'il croit que l'Enfant-Jésus lui souriait fréquemment, alors qu'il le tenait sur ses genoux.
Marie demeure donc auprès de la crèche; demeurez-y avec elle, et réjouissez-vous souvent avec le divin Enfant, car une vertu sort de lui. Toute âme fidèle, et surtout toute personne consacrée à Dieu, devrait, depuis la naissance du Seigneur jusqu'à sa présentation, visiter au moins une fois par jour la Reine des cieux auprès de la crèche, rendre ses hommages à l'enfant et à sa mère, et méditer amoureusement leur pauvreté, leur humilité et leur bénignité.


CHAPITRE XI. De la purification de la bienheureuse Vierge.
Le quarantième jour étant arrivé, selon qu'il était marqué dans la loi (Levit. 12), Marie sortit avec l'enfant et Joseph, et ils allèrent de Bethléem à Jérusalem, qui en est à cinq ou six milles, afin de paraître devant le Seigneur et de se conformer aux prescriptions de Moïse (Luc., 2). Allez, vous aussi, avec eux ; aidez-les à porter l'enfant, et regardez attentivement tout ce qui se dit et se fait; car tout respire la dévotion la plus tendre. — Ils conduisent donc au temple du Seigneur, celui qui est le Seigneur du temple. Lorsqu'ils furent entrés, ils achetèrent deux tourterelles, ou deux petits de colombes, afin de les offrir pour lui en sacrifice, ainsi qu'il se pratiquait pour les pauvres. Comme leur indigence était grande, nous devons croire qu'ils choisirent deux petits de colombes, car le prix en était moins élevé, et c'est pour cela que la loi les mentionne en dernier lieu. L'Évangéliste ne parle point de l'agneau, parce que c'était l'offrande des riches.
Ce fut alors que le juste Siméon vint dans le temple, conduit par l'Esprit-Saint, afin d'y voir le Christ du Seigneur, selon qu'il lui avait été promis. Il arrive à la hâte, et dès qu'il est en sa présence, l'Esprit prophétique le lui fait connaître ; il se jette aussitôt à genoux et l'adore dans les bras de sa mère. L'enfant bénit le vieillard, et, regardant sa mère, il s'incline, contrant ainsi qu'il veut aller à lui, ce que Marie comprit, bien que surprise, et elle le présenta à Siméon. Celui-ci, le recevant dans ses bras avec transport et respect, se leva en bénissant Dieu et s'écriant : « C'est maintenant, Seigneur, que vous laisserez mourir en paix votre serviteur, selon la parole que vous lui en avez donnée (Luc., 2)». Ensuite il prophétisa la passion du Sauveur.
Anne la prophétesse survint aussi, et, ayant adoré l'Enfant, elle parlait de lui comme le vieillard. Pour Marie, admirant toutes ces choses, elle les conservait précieusement dans son coeur. Alors l'Enfant-Jésus tendant les bras vers sa mère, lui est rendu, et ensuite tous s'avancent vers l'autel, en l'ordre que l'on voit représenté aujourd'hui par la procession qui se fait dans le monde entier. Ces deux vieillards vénérables, Joseph et Siméon, marchent les premiers se tenant par la main et tressaillant d'une joie et d'un bonheur inénarrables. Ils chantent : « Louez le Seigneur parce qu'il est bon, parce que sa miséricorde s'étend dans tous les siècles (Ps. 117) Le Seigneur est fidèle en toutes ces paroles (Ps. 144). C'est ici qu'est notre Dieu, c'est ici qu'il est pour l'éternité ; c'est lui qui régnera sur nous dans tous les siècles. — O Dieu ! nous avons reçu votre miséricorde au milieu de votre temple (Ps. 47) . » Marie suit, portant Jésus, notre Roi, et Anne l'accompagne, se tenant à côté d'elle, pleine d'une joie respectueuse, et louant le Seigneur avec une allégresse indicible.
C'est donc de ces personnes que se compose cette procession. Ils sont en petit nombre, mais ils représentent de grandes choses ; car il y a parmi eux toutes les conditions de la vie : des hommes, des femmes, des vieillards, des enfants, des vierges et des veuves. Lorsqu'ils furent arrivés à l'autel, la mère de Jésus se mit à genoux avec respect, et offrit son Fils bien-aimé à Dieu, son père, en disant : « Recevez, ô Père très-bon ! votre Fils unique, que je vous offre selon le commandement de votre loi, parce qu'il est le premier-né de sa Mère. Mais je vous prie, ô Père excellent, de vouloir bien me le rendre. » Et se levant, elle le déposa sur l'autel.
O Dieu ! quelle offrande est celle-ci ! Il n'y en a pas eu de semblable depuis le commencement des siècles ; il n'y en aura jamais. Considérez bien chaque chose : l'Enfant-Jésus demeure couché sur l'autel comme un enfant ordinaire; il jette un regard tranquille sur sa mère et les autres, et attend avec humilité et patience ce qui doit avoir lieu. Les prêtres s'approchent, et le Seigneur de toutes choses est racheté comme un esclave au prix de cinq sicles, qui était le prix commun. Le sicle était une monnaie du temps. Joseph les ayant payés au Grand-Prêtre, la Mère reprit avec joie son Fils. Elle reçut aussi des mains de Joseph, les oiseaux dont nous avons parlé, afin de les offrir ; alors, se mettant à genoux et les tenant dans sa main, les yeux élevés et attachés au ciel, elle dit : « Recevez, ô Père très-clément, cette offrande, ce faible présent, ce premier don que votre petit Enfant vous offre aujourd'hui de sa pauvreté. » L'Enfant-Jésus, étendant ses mains vers les oiseaux, levait aussi les yeux au ciel, et, bien qu'il ne parlât pas encore, il les offrait avec sa mère par ses mouvements ; et ensuite on les déposa sur l'autel.
Vous avez vu quels sont ceux qui offrent; la Mère et le Fils. Un tel sacrifice, bien que chétif en apparence, a-t-il pu être repoussé? Non sans doute ; mais il fut porté par la main des Anges dans la cour céleste, accepté avec amour, et toute l'assemblée bienheureuse en tressaillit de joie. La Vierge sainte partit ensuite de Jérusalem et alla visiter Élisabeth, désirant voir Jean encore une fois, avant que de s'éloigner de ces contrées. Allez aussi avec elle, sans jamais l'abandonner, partout où elle ira, et aidez-la à porter l'Enfant-Jésus. Lors donc qu'elle fut arrivée vers sa cousine, ce fut une grande fête surtout à cause de leurs enfants. Ces enfants étaient aussi l'un pour l'autre l'objet d'une joie mutuelle, et Jean, comme s'il eût été déjà doué d'intelligence, témoignait de son respect pour Jésus. Recevez aussi dans vos bras Jean-Baptiste, car cet enfant est grand en présence du Seigneur, et demandez qu'il vous bénisse. — Après être demeurés quelques jours, ils se retirèrent dans l'intention de se diriger sur Nazareth. Maintenant, si vous voulez, d'après ce que nous avons dit, vous instruire dans l'humilité et la pauvreté, vous le pouvez facilement en considérant, et cette oblation, et ce rachat, et cette soumission à la loi.
 
TROISIÈME FÉRIE.


CHAPITRE XII. De la fuite du Seigneur en Égypte.
Lors donc qu'ils s'avançaient vers Nazareth, ne sachant rien des desseins de Dieu sur ce retour, et ignorant qu'Hérode se préparait à faire mourir l'Enfant, l'Ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et lui dit de fuir en Egypte avec l'Enfant et sa mère, parce qu'Hérode voulait enlever la vie à l'Enfant (Mat., 2). Joseph se réveillant, et éveillant ensuite Marie, lui raconta ce qu'il venait d'apprendre. Se levant; aussitôt, elle voulut partir sans retard, car ses entrailles avaient été ébranlées à cette nouvelle, et elle craignait de se rendre coupable de la moindre négligence en ce qui concernait la vie de son fils. Ils se mirent donc aussitôt en route au milieu de la nuit, et se dirigèrent du côté de l'Egypte. Considérez et méditez ce qui vient d'être dit et ce que nous allons dire tout à l'heure. Voyez comment ils emportent l'Enfant-Jésus au milieu de son sommeil; témoignez-leur votre compassion et apportez ici toute l'attention dont vous êtes capable, car vous trouverez à considérer beaucoup d'excellentes choses. — D'abord, remarquez comment Notre Seigneur reçoit en sa personne, tantôt ce qui peut réjouir, tantôt ce qui est un sujet d'affliction ; et lorsqu'il vous arrivera quelque chose de semblable, ne vous montrez point impatiente ; car à côté de la montagne, vous rencontrerez la vallée. Voilà que dans sa nativité, Jésus-Christ est glorifié comme un pieu par les bergers, et peu de jours après, il est circoncis comme un pécheur. Les Mages viennent ensuite et lui rendent les plus grands hommages ; et néanmoins il demeure dans l'étable au milieu des animaux; il pleure comme ferait l'enfant d'un homme ordinaire. Il est présenté au temple ; Siméon et Anne l'exaltent avec éclat; et maintenant l'Ange lui annonce qu'il faut fuir en Egypte. Vous pourrez encore tirer le même enseignement de beaucoup d'autres endroits de sa vie, et les rapporter à notre instruction. Lors donc que vous éprouvez la consolation, attendez la tribulation ; et lorsque vous avez la tribulation, croyez que la consolation est peu éloignée. Ainsi nous ne devons ni nous laisser élever par l'une, ni nous laisser abattre par l'autre; car le Seigneur nous donne des consolations, afin de ranimer notre espérance et nous empêcher de nous éloigner de la voie ; il nous donne des tribulations pour nous conserver dans l'humilité, afin que, connaissant notre misère, nous demeurions toujours dans la crainte. Pensons donc qu'en ces circonstances, notre Sauveur a agi ainsi pour notre instruction, et en même temps pour n'être pas reconnu par le démon.
Considérez ensuite, par rapport aux bienfaits et aux consolations de Dieu, que celui qui en est favorisé, ne doit point se préférer à celui qui en est privé, et que celui qui en est privé, ne doit point laisser son âme s'abattre, ni porter envie à celui qui en est comblé. Je parle ainsi, parce que les entretiens de l'Ange avaient lieu avec Joseph et non avec Marie, quoiqu'il fût de beaucoup inférieur à elle. Sachez aussi, que celui qui reçoit ces faveurs, bien qu'il ne les reçoive pas suivant ses désirs, ne doit point se montrer ingrat ni murmurer, puisque Joseph, qui était si grand aux yeux de Dieu, ne jouit des entretiens de l'Ange qu'en songe, et non dans la plénitude de sa raison.
Remarquez, en troisième lieu, comment le Seigneur permet que les siens soient soumis aux persécutions et aux tribulations. C'était alors une tribulation bien grande pour Marie et Joseph, de voir qu'on cherchât l'Enfant pour le mettre à mort. Que pouvaient-ils apprendre de plus triste? C'était aussi pour eux une peine bien vive que cette fuite : car, bien qu'ils sussent que Jésus était le Fils de Dieu, leur sensibilité pouvait cependant être ébranlée, et ils pouvaient dire : « Seigneur Dieu tout-puissant, qu'est-il besoin que votre Fils prenne la fuite? Ne pouvez-vous le défendre en ces lieux? » C'était encore pour eux un sujet d'affliction, d'être obligés d'aller dans un pays éloigné et inconnu, par des chemins difficiles, pour eux surtout qui étaient si peu propres à voyager : Marie à cause de sa jeunesse, Joseph à cause de son âge avancé; et l'Enfant lui-même qu'ils devaient emporter, n'avait que deux mois. Il fallait demeurer dans une terre étrangère ; ils étaient pauvres et ne possédaient rien. Ce sont autant de sujets de douleur. Vous donc, lorsque vous êtes dans la tribulation, prenez patience, et ne vous attendez pas que Jésus vous fera une grâce qu'il s'est refusée à lui-même, et qu'il a refusée à sa Mère.
Quatrièmement, méditez sur la bénignité du Seigneur. Vous voyez combien promptement il est en butte à la persécution et forcé de fuir la terre où il a reçu le jour, et comme il cède à la fureur de celui qu'il est en sa puissance de perdre en un instant. C'est là une humilité profonde et une patience insigne; car il ne voulût ni rendre à son persécuteur le mal qu'il en recevait, ni lui faire de la peine, mais seulement se soustraire à ses embûches par la fuite. Ainsi sommes-nous tenus de ne point opposer de résistance à ceux qui nous font des reproches, nous reprennent, nous persécutent, mais de les supporter avec patience, de céder à leurs emportements, et, qui plus est, de prier pour eux, comme le Seigneur nous l'enseigne ailleurs en son Évangile (Matt., 5). — Le maître fuyait donc devant le serviteur, et, qui plus est, devant le serviteur du démon ; sa mère, jeune et d'une délicatesse extrême, le portait en la société de saint Joseph, vieillard fort avancé en âge. Ils se dirigeaient vers l'Egypte par un chemin sauvage, obscur, rempli de branchages, rude et désert, par un chemin d'une longueur considérable. On dit que les courriers mettent de douze à quinze jours à le parcourir ; pour Marie et Joseph, il fallut peut-être deux mois et plus; car ils allèrent; dit-on, par le désert que les enfants d'Israël traversèrent, ét où ils demeurèrent durant quarante ans. Mais comment faisaient-ils pour porter de quoi vivre avec eux Où trouvaient-ils à se retirer durant la nuit? Comment prenaient-ils leur repos? les habitations sont rares en ce désert. Montrez-leur donc votre compassion, car ils endurent une fatigue longue, pénible et difficile, tant pour eux que pour l'Enfant. Accompagnez-les et aidez-les à porter Jésus, et rendez-lui tous les services qu'il est en votre pouvoir de lui rendre. Nous ne devrions pas regarder comme une peine de faire pénitence pour nous-mêmes, quand nous voyons de tels personnages se soumettre si souvent pour nous à des fatigues aussi considérables.
Quant à ce qui se passa dans le désert et durant le voyage, je ne m'y arrêté pas; parce que nous n'avons aucun récit authentique sur ce sujet. Lors donc qu'ils entrèrent en Egypte; toutes les idoles de cette contrée tombèrent à la renverse, selon qu'il avait été prédit par Isaïe (Ps. 19). Arrivés à une ville appelée Héliopolis, ils y louèrent une maison, et y demeurèrent pendant sept ans, comme des étrangers et des voyageurs, dans la pauvreté et la gêne.
Mais ici se présente un sujet de réflexion tout-à-fait fait beau, pieux et propre à porter à la compassion. Remarquez bien ce qui suit. Pendant un si long temps, où trouvaient-ils de quoi soutenir leur vie? Comment vivaient-ils? Était-ce en mendiant? On lit de Marie qu'elle gagnait ce qui était nécessaire à son entretien et à celui de son fils, à l'aide de son fuseau et de son aiguille. Ainsi la reine du monde, véritable amante de la pauvreté, s'occupait à filer et à coudre. Jésus et Marie aimèrent la pauvreté avec passion et sous tous les aspects, ils lui gardèrent jusqu'à la mort une fidélité inviolable. Mais la Vierge allait-elle elle-même par les maisons demandant du travail et de quoi gagner sa vie? Sans doute, car il fallait bien que l'on sût dans le voisinage, qu'elle s'employait à de tels travaux; autrement, elle eût manqué d'ouvrage, et les femmes de l'endroit ne pouvaient le deviner. Mais lorsque Jésus arriva à l'âge d'environ cinq ans, se chargeait-il lui-même des commissions de sa mère? Allait-il demander pour elle l'ouvrage qu'elle devait confectionner? Il devait en être ainsi, car elle n'avait pas d'antre serviteur. Reportait-il l'ouvrage une fois terminé, et en demandait-il le prix de la part de sa mère? L'enfant-Jésus, le Fils du Dieu très-haut, ne rougissait-il pas de pareilles choses, et sa mère n'était-elle point confuse de l'envoyer ainsi ? Mais qu'était-ce, lorsque reportant l'ouvrage et en demandant le prix, quelque femme superbe, querelleuse et emportée, lui répondait par des injures, prenait l'ouvrage, mettait l'enfant à la porte sans le payer, et qu'ainsi il s'en revenait à la maison les mains vides? Oh! combien d'outrages cuisants les étrangers ont à dévorer! Et le Seigneur n'était pas venu pour s'y . soustraire, mais bien pour s'y soumettre. Qu'était-ce donc encore, si, rentrant à la maison et souffrant de la faim, comme il arrive aux enfants, il demandait du pain alors que sa mère n'avait pas de quoi lui en donner? Ces choses et autres semblables ne déchirèrent-elles pas profondément les entrailles de Marie? Elle consolait son Fils par ses paroles et cherchait à satisfaire ses besoins, selon qu'elle le pouvait ; elle retranchait même ce qui était nécessaire à sa nourriture, afin de le conserver pour lui.
Vous pouvez méditer ce que je viens de vous exposer et autres sujets semblables, touchant l'enfance de Jésus; je n'ai fait que vous les indiquer. Pour vous, étendez-les et attachez-vous-y selon que vous le jugerez à propos. Soyez petite avec le petit Enfant-Jésus, et. ne dédaignez pas de faire sur lui des considérations si humbles et qui peuvent sembler puériles. Car toutes ces choses donnent de la dévotion, augmentent l'amour, allument la ferveur, excitent la compassion, confèrent la pureté et la simplicité, alimentent la force de l'humilité et de la pauvreté, entretiennent la familiarité avec Jésus, établissent la conformité entre nous et lui, et élèvent notre espérance.
Nous sommes impuissants, il est vrai, à atteindre ce qui est sublime; mais ce qui est insensé en Dieu est plus sage que toute la sagesse des hommes, ce qui est faible en lui l'emporte en puissance sur toutes les forces de la terre. La méditation de pareils sujets semble aussi être de nature à abaisser notre orgueil, à affaiblir notre cupidité, à confondre notre curiosité. Voyez-vous que de biens en découlent? Soyez donc, comme je vous. l'ai dit, petite enfant avec ce petit enfant; croissez à mesure que vous le verrez croître, mais pourtant en vous conservant toujours dans l'humilité ; suivez-le partout où il ira, et contemplez sa face en tout temps.
Mais n'avez-vous pas remarqué aussi dans ce qui a été dit, combien fut laborieuse la pauvreté de ces saints personnages? Combien elle était de nature à leur causer de la confusion? S'il leur fallait chercher leur vie dans le travail de leurs mains, que dirons-nous de leurs vêtements? Que dirons-nous des objets de leur ménage, des lits et autres choses qui sont nécessaires dans une maison? Avaient-ils deux fois le même objet? Possédaient-ils quelque chose de superflu, quelque chose de remarquable? Tout cela est contraire à la pauvreté, et quand même il eût été en son pouvoir de le posséder, la Vierge, cette vraie amante de la pauvreté, n'en eût point voulu. Mais au moins notre Souveraine, en travaillant de son aiguille ou autrement, ne confectionnait-elle point par charité pour les autres, quelque objet rare et curieux? Loin d'elle une pareille occupation ; qu'ils s'emploient à des travaux semblables, ceux qui ne s'inquiètent nullement de perdre leur temps ! Elle ne pouvait dans une pauvreté aussi extrême consumer le sien en frivolités, et l'eût-elle pu, qu'elle ne l'eût point fait. C'est là un vice très-dangereux, et surtout de nos jours. Voulez-vous savoir comment? Remarquez premièrement que le temps qui est accordé pour louer le Seigneur, est employé contre lui-même en des futilités ; car un travail rare, prend beaucoup plus de temps qu'il ne convient, et c'est déjà un grand mal. En second lieu, une pareille occupation devient un motif de vaine gloire pour celui qui s'y consacre. Oh ! combien de fois il regarde, passe et repasse en son esprit, alors même qu'il est loin de son travail, alors qu'il devrait être appliqué à louer Dieu, quelle belle oeuvre il est en train d'exécuter ; et par là, il se répute quelque chose, il veut être considéré de même. C'est, en troisième lieu, une cause d'orgueil, car c'est par un aliment semblable que le feu de la superbe se nourrit et s'embrase de plus en plus. De même que ce qui est ordinaire et grossier entretient l'humilité, ainsi des travaux recherchés entretiennent l'orgueil. Quatrièmement, c'est une occasion à l'âme de s'éloigner de Dieu, « car, dit saint Grégoire, le coeur se détache d'autant plus de l'amour supérieur qu'il se délecte en l'amour inférieur » Cinquièmement, c'est une nourriture pour la concupiscence des yeux, une des trois auxquelles se rattachent tous les péchés qui sont dans le monde. Car les curiosités ne servent à rien autre chose qu'à repaître dans la suite vainement les regards. Or, autant de fois l'oeil se nourrit vainement et se délecte en de semblables objets, autant de fois celui qui en est l'auteur et celui qui en fait usage se rendent coupables. Sixièmement, c'est un piège et une ruine pour beaucoup ; car ceux qui regardent de telles choses peuvent pécher de plusieurs manières, soit en ayant un mauvais exemple qui les conduise au mal, soit en les contemplant avec plaisir, soit en désirant quelque chose de semblable, soit en jugeant ceux qui en font usage, soit en murmurant, soit en se livrant à la médisance. Pensez donc combien de fois Dieu peut être offensé avant que cette curiosité soit détruite ; or, celui qui a prêté ses mains à un tel ouvrage est la cause de tout cela. C'est pourquoi, si je vous priais de faire pour moi de pareils objets, ou si vous saviez certainement que je dusse en faire usage, vous devriez me refuser votre coopération; car on ne doit consentir au péché en aucune façon, et il faut s'abstenir en toute manière de ce qui peut offenser Dieu. Mais combien donc vous rendez-vous plus coupable si vous agissez ainsi de vous-même, par pure complaisance, plus désireuse de plaire à la créature qu'au Créateur! C'est ainsi que font ceux qui vivent selon le siècle, car de tels objets sont les ornements du monde, et un blasphème contre Dieu. Mais ce qui m'étonne, c'est que celui qui se propose de vivre avec une conscience pure, ose se prêter aussi à de semblables occupations et se couvrir d'une pareille souillure. Vous voyez combien de maux proviennent d'une telle recherche. Il y a encore quelque chose de pire en une pareille affectation, c'est qu'elle est directement opposée à la pauvreté, et que pardessus tout, elle est l'indice d'une âme légère, vaine et inconstante. — Je me suis étendu longuement sur ces ornements recherchés, mais c'est afin que vous les évitiez. Ayez donc soin de ne vous livrer jamais à de tels travaux, de ne jamais faire usage de semblables objets : de la sorte, vous vous préserverez du contact d'un serpent qui vous donnerait la mort. Cela ne veut pas dire pourtant, qu'il ne soit jamais permis d'exécuter quelque bel ouvrage surtout en ce qui peut servir au culte divin, mais cependant il faut toujours se tenir souverainement en garde contre toute attache désordonnée, contre toute complaisance intempestive, et en conserver son âme fortement éloignée. Touchant cette recherche, saint Bernard s'exprime ainsi : « Quels profits, je vous demande, rapportent au corps de vains spectacles? Quel avantage confèrent-ils à l'âme? Assurément, vous ne trouverez rien en l'homme qui en retire quelque utilité. C'est une consolation tout-à-fait frivole, vaine et futile, et je ne sais si je pourrais souhaiter quelque chose de plus affligeant que d'avoir toujours selon ses désirs, à celui qui, fuyant la paix d'un repos délectable, trouve son bonheur dans une recherche pleine d'inquiétude »
Mais revenons à notre Souveraine, que nous avons laissée en Égypte. Nous nous sommes éloignés d'elle, afin de flétrir ce vice maudit de la curiosité. Considérez-la dans ses occupations, travaillant de l'aiguille, filant, tissant; et néanmoins elle a le soin le plus vigilant de son fils et du maintien de sa maison; elle est toujours appliquée, autant qu'elle le peut, aux veilles et à la prière. Vous donc, compatissez-lui de tout votre coeur, et remarquez que ce n'est pas du tout; gratuitement, que la Reine des cieux en a obtenu l'empire. Il arrivait aussi peut-être que quelques femmes riches et bonnes, voyant sa pauvreté, lui faisaient quelques dons, qu'elle recevait avec humilité et actions de grâces.
En même temps, le saint vieillard Joseph s'emploie de son côté aux travaux de son état. Vous avez donc de toute part matière à une grande compassion. Laissez-vous y aller pendant quelque temps; ensuite demandez la permission de vous retirer après avoir reçu à genoux la bénédiction d'abord de l'Enfant-Jésus, puis de sa mère et de Joseph, et dites-leur adieu en versant des larmes et en leur témoignant la part que vous prenez à leurs peines : ils sont bannis et ils demeurent, sans l'avoir mérité, exilés loin de leur patrie ; et c'est pendant sept ans qu'il leur faudra résider en ce lieu, et y gagner leur vie à la sueur de leur front.

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