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Sermon 14

Homo quidem fecit cenam magnam : Un homme fit un grand repas...[7]

Un homme fit un grand repas, auquel il invita beaucoup de monde (Luc 14, 16)

 

Prologue

[L'analogie entre le repas corporel et le repas spirituel]

            Il semble y avoir une différence entre les plaisirs corporels et (les plaisirs) spirituels, car les plaisirs corporels sont manifestes pour les hommes qui s’adonnent aux sens et (les plaisirs) spirituels leur sont cachés, mais ils sont manifestes pour les hommes spirituels. Ainsi, (il est dit) dans l’Apocalypse : Je donnerai de la manne au vainqueur (Apocalypse 2, 17). Et parce que notre sermon porte sur la réfection [spirituelle], demandons à Celui qui octroie cette douceur qu’il m’accorde de dire quelque chose à sa gloire, etc.

 

Première partie

[La nature du repas spirituel]

            Un homme fit un grand repas, etc. De même que le corps ne peut reprendre des forces sans une nourriture corporelle, de même l’âme a besoin d’une nourriture spirituelle pour se refaire. Il est question de cette nourriture spirituelle dans les Psaumes : Il m’a mené vers les eaux du repos, etc. (22[23], 2). Il dit délibérément : Vers les eaux du repos, car, de même qu’une nourriture corporelle est nécessaire contre la déperdition due à la consommation de la chaleur naturelle, de même l’âme a-t-elle besoin d’une nourriture spirituelle en raison de la chaleur nuisible de la concupiscence, qui empêche le salut de nos âmes, et une eau spirituelle est nécessaire pour éteindre ce feu. L’eau corporelle rafraîchit mais ne nourrit pas, mais l’eau spirituelle rafraîchit et nourrit. Jean parle de cette eau : Celui qui boit de cette eau, elle deviendra une source qui jaillira en vie éternelle (4, 14).

            Le Seigneur propose une comparaison pour cette réfection spirituelle dans l’évangile d’aujourd’hui, et nous pouvons observer deux choses : d’abord, la préparation de cette réfection, en cet endroit : Un homme fit un grand repas… ; ensuite, la participation au banquet préparé, en cet endroit : …et il invita beaucoup de monde.

            À propos du premier point, il faut relever trois choses : premièrement, qui est l’homme qui a fait le repas ; deuxièmement, quel est ce repas et, troisièmement, en quoi il est grand.

            Je dis tout d’abord qu’il faut relever qui est cet homme. Je dis que cet homme est le Fils de Dieu qui est vraiment homme par la vérité de la nature qu’il a assumée. C’est ainsi que l’Apôtre [dit] dans [la lettre aux] Philippiens : Alors qu’il était dans la forme de Dieu..., il s’est dépouillé en prenant la forme d’esclave, devenant semblable à l’homme et reconnu à son aspect pour un homme (2, 6‑7) ; et dans Jérémie : Il est un homme, mais qui le reconnaîtra ? (v.g. Isaïe 52, 14). [Le Seigneur] dit : Un homme…, comme s’il disait : certaines particularités se trouvent chez lui qui ne se trouvent pas chez d’autres, en raison desquelles il est un homme particulier, car il possède la plénitude de la divinité, la plénitude de la vérité et la plénitude de la grâce.

            Je dis tout d’abord qu’il possède la plénitude de la divinité. On dit des autres hommes qu’ils sont des dieux, mais par participation ; mais celui-ci est le vrai Dieu. De même, les autres hommes connaissent peu de chose de la vérité, mais cet homme [en] a eu la connaissance la plus entière, non seulement selon sa divinité, mais selon son humanité : En lui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science (Colossiens 2, 3). De même, les autres ont possédé quelque chose de la grâce : certains la grâce de l’éloquence, d’autres la grâce de la sagesse, car il y a diversité des grâces (1 Corinthiens 12, 4), mais le Christ a possédé la plénitude de la grâce. Ainsi, l’Apôtre [dit] dans [la lettre aux] Colossiens : Il lui a plu de faire habiter en lui toute plénitude (Colossiens 1, 19). À propos de la plénitude de la divinité, de la vérité et de la grâce qui se trouvait dans le Christ, Jean dit : Nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient du Père comme Fils unique, pour ce qui est de la plénitude de la divinité, pleine de grâce, pour ce qui est de la plénitude de la grâce, et de vérité, pour ce qui est de la plénitude de la vérité qui se trouvait dans le Christ (Jean 1, 14). Qui est cet homme, cela est maintenant clair.

            En second lieu, il faut voir quel est le repas que fit cet homme. Je dis qu’il a préparé une triple réfection spirituelle : une qui se rapporte au sacrement, une autre qui se rapporte à l’intelligence, et une troisième qui se rapporte à la disposition du cœur. Je dis d’abord que cet homme fit un repas qui se rapporte au sacrement. C’est de cette réfection sacramentelle qu’on entend ce qui est dit dans le Siracide : Viens ici, étranger, mets la table ; ce que tu tiens à la main, donne-le aux autres (Siracide 29, 26[33]). Le Christ est un étranger dans le monde : bien que le monde ait été fait par lui, il ne l’a pas reconnu. Il est venu dans le monde comme un étranger. Il a mis la table sacramentelle et ce qu’il possédait, à savoir, selon le pouvoir qui lui avait été donné par le Père, il l’a donné à manger aux autres, c’est-à-dire aux fidèles. Cette réfection spirituelle, le Christ l’a instituée pour autant qu’il avait la plénitude de la grâce.

            Dans cette réfection, il y a le déjeuner [prandium : repas du midi] et le dîner [cena : repas du soir[8]]. Le déjeuner est la réfection sacramentelle sous l’Ancien Testament ; le dîner, sous le Nouveau Testament. C’est du déjeuner en vue de la réfection spirituelle dans l’Ancien Testament qu’on entend ce qui est dit dans l’évangile : Voici que j’ai apprêté mon banquet ; mes taureaux et mes bêtes grasses ont été tués (Matthieu 22, 4). Dans l’Ancien Testament, des taureaux égorgés étaient offerts à la lettre. Le déjeuner se prend dans la première partie du jour. De même en était-il pour le repas en vue de la réfection sacramentelle dans l’Ancien Testament, alors que des taureaux et des bêtes grasses étaient tués et offerts. Du fait que ce déjeuner eut lieu, il était approprié qu’un dîner eût aussi lieu, dont il est question en Matthieu : Alors que les disciples étaient à table, le Seigneur prit du pain, le rompit et le donna à ses disciples en disant : « Prenez et buvez : ceci est mon corps » (Matthieu 14, 19). Il est normal que des étrangers soient invités à déjeuner, mais, au dîner, seuls viennent les membres de la famille et les gens de la maison. Job [dit] : Et ne disaient-ils pas, les gens de ma tente : « Trouve-t-on quelqu’un qu’il n’ait pas rassasié de viande ? » (31, 31), comme s’il disait : « Seuls les gens de la maison sont admis. »

            Voyez comme ce dîner a été grand et à quel point il l’a été. Je dis que ce dîner a été grand en raison d’une magnifique préparation, de la grandeur du plaisir gustatif, en raison de la grandeur de ses effets. Cela s’est retrouvé dans ce repas. Il fut donc grand.

            Si tu cherches quelle a été sa préparation, tu trouveras une magnifique préparation. Le Psaume [dit] : Il leur a donné un pain venu du ciel, l’homme a mangé le pain des anges (Psaumes 77[78], 25). Celui qui veut faire l’éloge d’une nourriture en fait l’éloge pour deux raisons : en raison du lieu où elle a poussé et de la dignité de ceux qui en font usage. En raison du lieu lorsqu’on dit : « Ce vin provient de tel endroit », à savoir, de cet endroit où l’on a coutume de produire des vins de grande qualité. De même, le vin est objet d’éloge en raison de la dignité de ceux qui en font usage : « Ceci est le vin que le roi boit. » Pour cette raison, en voulant décrire la grandeur de la préparation du dîner, le Psalmiste le décrit d’abord par le lieu [où il se tint], en disant : Il leur donna un pain venu du ciel. Où ce pain a-t-il été produit ? Au ciel. Crois au pain qui dit : Je suis un pain vivant descendu du ciel (Jean 6, 41), à savoir, en assumant notre faiblesse selon [sa] divinité, tout en n’abandonnant pas l’élévation [de celle-ci]. De même, cette nourriture est présentée comme précieuse en raison de la dignité de ceux qui en font usage, car les plus grands s’en nourrissent, à savoir, les anges qui se nourrissent de la parole de Dieu. Cette nourriture t’est offerte dans le dîner. C’est donc un grand dîner en raison de la préparation magnifique.

            Mais si t’étaient présentés des mets précieux mais qui n’étaient pas agréables à manger, ils ne seraient pas considérés comme grands. Pour cette raison, ce dîner est décrit comme grand, en deuxième lieu, en raison de la grandeur du plaisir gustatif. Ainsi, dans le livre de Sagesse [est-il dit] : Tu leur as donné un pain venu du ciel, capable de procurer toutes les délices et de satisfaire tous les goûts (16, 20). Le plaisir vient de trois choses : du souvenir de choses passées, de l’espoir de choses à venir et de la perception de choses présentes. Toutes les délices se trouvent dans ce dîner. Si tu considères le passé, ce qui est rappelé est agréable. Qu’y a-t-il de plus agréable que de se souvenir que l’homme a été racheté par le sang du Christ ? Le Lévitique [dit] : Souviens-toi de ma pauvreté, etc. (Lamentations 3, 19). Et dans l’évangile, [on lit] : Faites ceci en mémoire de moi (Luc 22, 19). Et l’Apôtre [écrit] : Chaque fois que vous ferez ceci, vous annoncerez la mort du Seigneur (1 Corinthiens 11, 26). De même, dans ce dîner, on trouve une grande délectation dans l’espérance de choses à venir, car cette nourriture sacramentelle est un signe annonciateur et elle nous donne l’espérance de la béatitude future. Ainsi, [il est dit] dans l’évangile : Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, etc. (Jean 6, 54). De même, (tu connaîtras) dans ce repas la plus grande délectation si tu te tournes vers ce qui est présent, à savoir, la réalité signifiée qui y est contenue et la réalité signifiée qui n’y est pas contenue. La réalité signifiée et contenue est le corps du Christ, et l’homme doit vraiment se glorifier d’avoir en lui-même le corps du Christ. [On lit] ainsi : Il n’y a aucune autre nation aussi grande qui ait des dieux aussi proches que le Dieu qui s’approche de nous (Deutéronome 4, 7). La réalité présente signifiée et non contenue est tellement délectable, à savoir, l’unité de l’Église. Qu’y a-t-il de plus réjouissant que cette unité ? Le psaume [dit] : Voyez comme il est bon, qu’il est doux [d’habiter ensemble comme des frères] ! (Psaumes 132[133], 1). Ce dîner est donc très délectable, que tu te tournes vers le passé, vers le présent ou vers l’avenir.

            En troisième lieu, il est grand en raison de la puissance de son effet, car il nous unit à Dieu et nous fait habiter en Dieu. C’est pourquoi Jean [dit] : Celui qui mange ma chair et boit mon sang, etc. demeure en moi, à savoir, par la foi et la charité, et moi en lui, à savoir, par la grâce et le sacrement (Jean 6, 55).Car Dieu est en nous et nous (sommes) en lui ; nous ne devons pas avoir de crainte. Job [dit] : Place-moi près de toi, et qui osera s’en prendre à moi ? (Job 17, 3). Et le psaume : Tu m’as préparé une table devant moi (Psaumes 22[23], 5). De même, ce qui est uni provient de deux choses : ce qui est moins digne suit le mouvement de ce qui l’emporte. Il est donc nécessaire que l’âme qui est unie à Dieu suive Dieu. Il ne faut donc pas craindre, étant donné que Dieu est en nous par le sacrement. Par la force de cette nourriture, Élie marcha jusqu’à la montagne de l’Horeb (1 Rois 19, 8). Si nous prenons dignement cette nourriture, elle nous mènera à la vie éternelle. Bienheureux donc sont ceux qui prennent dignement cette nourriture, mais malheur à ceux qui [la] prennent indignement, car ils mangent leur propre jugement (1 Corinthiens 1, 29).

            Telle est donc la nourriture sacramentelle.

            Il y a un autre repas spirituel, qui se rapporte à l’entendement que le Christ nous a préparé du fait qu’il est plein de vérité. C’est ainsi que la Sagesse incréée dit dans les Proverbes : La sagesse a coupé le vin, elle a préparé la table, puis elle a invité en disant : Venez manger mon pain et boire le vin que je vous ai préparé (Proverbes 9, 2). La sagesse de Dieu est le Christ. Il a coupé le vin, à savoir, l’enseignement de la sagesse spirituelle. Ce vin était tellement fort que l’homme ne pouvait le porter s’il n’était pas coupé ; c’est pourquoi il le réduisit lorsqu’il proposa des enseignements spirituels. Il a préparé la table, c’est-à-dire toutes les créatures. L’enseignement de la sagesse est appelé pain et vin, un pain qui sustente et un vin qui réjouit et réchauffe.

            Dans cette réfection, il y a un déjeuner et un dîner Le déjeuner consiste dans l’enseignement des philosophes, dont parle Habacuc lorsqu’il dit qu’on apportait de la nourriture aux moissonneurs dans le champ (Daniel 14, 32). Les moissonneurs sont les philosophes qui cueillent les tiges dans le champ, c’est-à-dire les vérités tirées des créatures. Ainsi, [il est dit] dans [la lettre aux] Romains : Ce qui est invisible en Dieu, etc. (Romains 1, 20). Le dîner est le repas de la Sainte Écriture. L’Apocalypse dit ainsi : Si quelqu’un m’ouvre, j’entrerai chez lui et je dînerai avec lui (Apocalypse 3, 20). La différence entre l’enseignement de la Sainte Écriture et celui de la philosophie est que l’enseignement des philosophes vient des créatures, alors que l’enseignement de la Sainte Écriture vient de l’inspiration. À cause de cela, elle dit : Si quelqu’un m’ouvre, j’entrerai chez lui, à savoir, par l’inspiration du Saint-Esprit. (On lit) ainsi dans [l’évangile selon] Jean : Lorsque l’Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité (Jean 16, 13).

            On dit de la Sainte Écriture qu’elle est un dîner parce qu’elle est donnée aux gens de la maison et aux proches. Les Proverbes disent ainsi de la femme : Elle donna à manger aux gens de sa maison et de quoi se nourrir à ses servantes (Proverbes 31, 15). Il s’agit d’un grand dîner, car il possède les trois conditions déjà mentionnées. Tout d’abord, il est grand par la magnifique grandeur de sa préparation, puisqu’il [propose] les choses les plus grandes. La Sagesse dit ainsi : Écoutez-moi, car je vais parler de grandes choses. Elles sont grandes parce qu’elles dépassent tout entendement. L’Ecclésiastique [dit] ainsi : Bien des choses qui dépassent l’entendement de l’homme t’ont été montrées. Ces choses sont utiles. C’est pourquoi le Seigneur [dit] dans l’Exode : Moi, le Seigneur, je t’enseigne des choses utiles, en te dirigeant vers les chemins où tu dois marcher (Isaïe 48, 17). Les autres sciences ne te dirigent pas en cours de route. Ce dîner est encore grand en raison de la grandeur de la délectation qu’il donne lorsqu’on y goûte. En effet, dans les paroles de la Sainte Écriture, se trouve une douceur qui dépasse tout. Le psaume [dit] : Que tes paroles sont douces à mon palais, etc. (Psaumes 118[119], 103). Sa douceur dépasse la douceur de toute autre science. En effet, on dit qu’une exploration est agréable de deux façons : en raison de la réalité explorée ou en raison de l’exploration elle-même. Une démonstration portant sur le triangle n’est pas agréable en elle-même, car on ne porte pas un grand intérêt au triangle, mais elle est agréable en raison de l’exploration elle-même, qui est propre à l’intelligence. Mais lorsque l’exploration porte sur une chose aimée et lorsque l’exploration elle-même est délectable, alors elle est parfaitement délectable. Ainsi en est-il de la Sainte Écriture : non seulement y trouve-t-on du plaisir à connaître la vérité, mais surtout aux choses aimées. Augustin dit ainsi, dans le livre des Confessions : « Les autres textes n’apportent pas l’apparence d’une telle piété, les larmes de la confession, les arrhes de l’Esprit Saint », et d’autres choses qu’il écrit en cet endroit. La nourriture de la Sainte Écriture est donc grande en raison de l’abondance dans sa préparation et de l’intensité de la délectation qu’on a à la goûter. En troisième lieu, (ce repas est grand) en raison de son effet. Quel est son effet ? Je dis qu’il donne la vie. Ainsi, le bienheureux Pierre [dit] : Seigneur, a qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle (Jean 6, 69). Les hommes sont conduits par (ces) paroles à la foi par laquelle ils ont la vie et sont enflammés par la charité. C’est pourquoi le Siracide [dit] : Il les a nourris du pain de la vie et de l’entendement, etc. (Siracide 15, 3).

            Troisièmement, le Christ nous a préparé une nourriture se rapportant aux dispositions du cœur. Aussi (lit-on) dans le Cantique : Mangez, mes amis, à savoir, maintenant par la grâce, et enivrez-vous, mes bien-aimés, à savoir, dans l’avenir par la gloire. Le Christ nous donne cette nourriture en tant qu’il a la plénitude de la divinité. Le psaume [dit] : Le Seigneur donnera la grâce et la gloire (Psaumes 83[84] 12).

            Pour cette nourriture, il y a le déjeuner de la grâce, à savoir, dans le présent. Le Seigneur invite à ce déjeuner lorsqu’il dit en Jean : Venez déjeuner (Matthieu 22, 4). Nous attendons le dîner de cette nourriture dans l’avenir : il se réalisera dans la gloire. L’Apocalypse [dit] ainsi : Bienheureux ceux qui ont été invités aux noces de l’Agneau (Apocalypse 19, 9). C’est le dîner auquel n’est invité que celui qui est un digne proche et membre la maison. Ainsi, Isaïe [dit] : Mes serviteurs mangeront et vous aurez faim (Isaïe 65, 13).

            Ce dîner est plus grand que les autres en raison des trois conditions déjà mentionnées. [D’abord] en raison de la magnificence de la préparation. La grandeur de la préparation tient à ce que l’homme s’assoit à la table de Dieu. Celui qui s’assoit à la table du roi est magnifiquement habillé, et il est dit en Luc : J’ai fait en sorte, etc., que vous mangiez et buviez à ma table, etc. (Luc 22, 29). [Ce dîner] comporte-t-il une table corporelle ? Assurément non, mais le repas de Dieu est joie. Mais de quoi se réjouit le Christ ? À coup sûr, de lui-même, et s’il ne se réjouissait pas de lui-même, il ne serait pas heureux. Et alors, il se laissera voir dans son essence, et ainsi se réjouiront [ceux qui mangeront à sa table]. Job [dit] : Alors, débordant des délices venues du Tout-puissant, etc. [Ensuite], y a-t-il une nourriture plus précieuse que Dieu ? Il n’en existe sûrement aucune. Si tu cherches à connaître la grandeur de la délectation lorsque tu le goûtes, il est superflu de chercher. En effet, tout ce qui est délectable est délectable en tant que cela est bon ou en tant que cela a l’apparence du bien. Mais si les petits biens ou ceux qui participent au bien sont délectables, quelle délectation donnera ce qui est d’une bonté infinie ! Le psaume [dit] : Les délectations qui viennent de ta droite sont éternelles (Psaumes 15[16], 11). Et encore le psaume : Qu’elle est grande l’abondance de tes délices, Seigneur ! (Psaumes 30[31], 20). Troisièmement, ce dîner est grand en raison de la grandeur de l’effet qu’il a sur les dispositions du cœur, car il possède en lui la vie éternelle. Les saints qui se réjouissent en lui ne manqueront jamais de rien. Le psaume [dit] : Les pauvres mangeront et seront rassasiés, etc. (Psaumes 21[22], 27). Les pauvres mangeront, mais quels pauvres ? Assurément, les pauvres en esprit, comme [le dit] Matthieu : Bienheureux les pauvres en esprit, etc. (Matthieu 5, 3). Ou les pauvres, c’est-à-dire les humbles, ou ceux qui sont volontairement pauvres, à savoir qu’ils ont des richesses mais les méprisent. Ceux-ci ont accès au dîner, mais ceux qui ont l’âme impliquée dans les choses temporelles n’y ont pas accès. L’évangile [dit] ainsi : Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés (Matthieu 5, 6). Et ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent (Psaumes 21[22], 27). Augustin [écrit] : « Nous verrons, nous aimerons et nous louerons. » Leurs cœurs vivront pour les siècles des siècles (Sagesse 5, 16), non seulement d’une vie corporelle, mais de la vie de l’âme unie à Dieu. Que celui qui (règne) avec le Père daigne nous l’accorder, etc.

 

Conférence du soir

Deuxième partie

[Les invités du repas spirituel]

            Un homme fit un grand repas… (Luc 14, 16)

            Nous avons parlé aujourd’hui de la préparation de ce dîner. Il faut maintenant parler de son partage. En effet, l’homme n’a pas préparé ce dîner pour qu’il n’y ait personne, mais pour le faire partager à d’autres.

[Les invités de ce repas]

            Remarquez que ce dîner n’est partagé avec personne qui n’y ait été invité. L’homme peut aller sans y être invité vers ce qu’il connaît et désire, mais il ne peut aller vers ce qui dépasse notre désir que s’il y est invité. Tel est ce dîner. C’est pourquoi l’Apôtre, 1 Corinthiens 2, 9, et Isaïe 64, 3 [disent] : L’œil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu, n’est pas monté dans le cœur de l’homme [ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment]. Ainsi, n’accède à ce dîner que celui qui y a été invité. C’est pourquoi [on lit] en Romains 8, 30 : Ceux qu’il a appelés, il les a justifiés, etc.

            Il faut remarquer qu’il existe un double appel : l’un intérieur, l’autre extérieur. L’appel intérieur [est celui] par lequel le Seigneur parle à l’homme de l’intérieur, et [cet appel] ne reste jamais vain, car l’homme ne lui résiste pas. Job 14, 15 [dit] : Tu m’appelleras et je te répondrai. Augustin dit, dans le livre Sur la prédestination : « La grâce qui est versée dans les cœurs des hommes par la générosité de la grâce divine n’est rejetée par aucun cœur endurci ; en effet, elle est donnée pour que la dureté même du cœur soit enlevée. Ainsi, elle n’est pas donnée en vain. » Jean dit donc : Quiconque entend et écoute mon Père vient à moi (Jean 6, 45).

            Il existe un autre appel qui est fait par un ange ou par un homme, et celui-ci n’est pas aussi efficace que celui qui vient de Dieu ; bien plus, il est fréquemment vain et beaucoup lui résistent. C’est pourquoi [on lit] dans Proverbes 1, 24 : J’ai appelé, mais vous avez résisté, et dans Matthieu 20, 16 : Beaucoup sont appelés, mais peu sont choisis. C’est de cet appel que parle ici le Seigneur lorsqu’il dit : Il en invita beaucoup. Qu’il parle de cet [appel], cela est clair, car il le lance par le truchement d’un serviteur : À l’heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : « Venez ! » Mais qui est le serviteur ? L’Apôtre Paul et les autres prédicateurs, les prélats et les docteurs : tous ceux qui travaillent ainsi au bien sont appelés les serviteurs de Dieu.

            Il faut ici remarquer deux choses : ceux qui sont appelés et comment ils sont appelés. Dans la multitude de ceux qui sont appelés, il existe une triple distinction, comme le montre clairement l’évangile : certains de ceux qui sont appelés ont été invités au dîner ; certains sont des concitoyens, mais ils sont écartés ; et certains sont des étrangers. Mais quels sont ceux qui ont été invités ? Je dis qu’à proprement parler ont été invités ceux qui ont bénéficié du privilège de la libéralité divine. En effet, l’invitation est adressée aux membres de la famille. Si quelqu’un est religieux, clerc et bénéficie du don de sagesse ou de quelque chose du genre, cela est une invitation. Dans le livre d’Esther, il est dit que ceux qui avaient été invités au banquet buvaient dans des coupes d’or (Esther 1, 7). Les coupes d’or sont les dons précieux de Dieu.

[Ceux qui ne viennent pas au repas]

            Il faut que les invités viennent aux noces, mais ils ne viennent pas à cause d’un triple obstacle qui est mentionné dans la lettre canonique de Jean : N’aimez pas le monde ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, la charité de Dieu n’est pas en lui (1 Jean 2, 15). Qu’est-ce qui empêche les invités de venir aux noces ? Certainement le fait que l’homme est attaché au monde. Et comment est-il attaché au monde ? À coup sûr, en suivant ce qui appartient au monde. Et qu’est-ce qui appartient au monde ? La concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, l’orgueil de la vie, comme il est dit dans la lettre canonique de Jean (1 Jean 2, 16). Ainsi donc, les hommes sont empêchés de venir au dîner de trois façons, même s’ils y ont été invités, à savoir, à cause de l’orgueil, de la concupiscence des yeux ou [de celle] de la chair.

            Je dis qu’en premier lieu quelqu’un est empêché de venir au dîner à cause de l’orgueil. Il arrive que certains aient reçu de Dieu de nombreux dons spirituels ou temporels et, alors que, à cause de ceux-ci, ils devraient être soumis à Dieu, ils s’en enorgueillissent. Ainsi, Ézéchiel [dit] : Ton cœur s’est élevé à cause de sa beauté (Ézéchiel 28, 2) ; et Jérémie : Tu parleras à leurs grands ; ils ont secoué le joug des conseils, et rompu les liens des commandements (Jérémie 2, 20). Et ceux-ci sont représentés par celui qui dit : J’ai acheté un domaine et je dois aller le voir. Augustin dit que, par ce domaine, le pouvoir est signifié, et l’orgueil est exprimé par le pouvoir, alors que le dîner est celui des humbles. Et remarquez ce qu’il dit : J’ai acheté un domaine et il est nécessaire que je le voie. Fréquemment, ceux qui s’enorgueillissent des dons qui leur ont été donnés par Dieu considèrent les dons, et non l’auteur des dons. Dans [une lettre] aux Corinthiens, il est dit : Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? (1 Corinthiens 4, 7). Pense que tu es un prélat ou un savant. Tu dois penser d’où tu le tiens : tu ne le tiens pas de toi, mais de Dieu afin que tu lui sois soumis. Et cette pensée non seulement écarte l’orgueil, mais elle incite à l’humilité. En effet, lorsque les dons augmentent, les causes de ces biens augmentent : plus tu as de biens, plus tu es l’obligé de Dieu. Mais celui qui ignore qu’il tient ses biens de Dieu ne peut rendre grâce. Pour cette raison, pense que tu tiens de Dieu tout ce que tu as et que tu es tenu de le remercier ou de lui rendre grâce, et (ces biens) ne te conduiront pas à l’orgueil.

            D’autres négligent de venir au dîner, bien qu’ils aient été invités, et cela, à cause de la concupiscence des yeux. D’eux s’entend ce que [dit] Osée : Je leur ai donné en abondance l’argent et l’or dont ils ont fait Baal (Osée 2, 8). Par l’or, on entend la sagesse, par l’argent, l’éloquence : certains possèdent la grâce de l’éloquence ou le don de la sagesse et, alors qu’ils devraient servir Dieu, ils servent le Diable, eux qui font servir [ces dons] à la cupidité et à l’acquisition des biens terrestres. Il dit qu’ils ont fait Baal, parce que l’avarice est un esclavage envers des idoles. Ceux-ci sont représentés par l’invité qui dit : J’ai acheté cinq attelages de bœufs et je dois aller les essayer. Par les cinq attelages sont indiqués les cinq sens qui sont entièrement au service des choses sensibles. [L’invité] dit : J’ai acheté cinq attelages de bœufs, etc. Ici, on blâme non seulement la cupidité, mais aussi la curiosité. Certains sont très curieux des choses extérieures et de ce que font les autres, car il s’enquièrent de ce que font les autres et négligent ce qu’ils font eux-mêmes. Ceux-ci sont comme l’œil qui voit autre chose et ne se voit pas. En effet, certains ne veulent rien croire qu’ils ne voient.

            Troisièmement, les invités sont empêchés de venir au dîner à cause de la concupiscence de la chair. En effet, certains, lorsqu’ils sont élevés par des dons de Dieu, se tournent vers les plaisirs. C’est pourquoi Ézéchiel [dit] : Tu as confiance dans ta beauté, tu t’es dévoyée (Ézéchiel 16, 15), et Isaïe : En ce jour-là, le Seigneur invitera à pleurer et à se plaindre (Isaïe 22, 12), à savoir lorsqu’il dit dans l’évangile : Bienheureux ceux qui pleurent, etc. (Matthieu 5, 5). Et leur plaisir, c’est de tuer des veaux (v.g. Isaïe 1, 11) ; les réprouvés disent : Mangeons et buvons, car demain nous mourrons (Isaïe 22, 13). Ceux-ci sont indiqués par l’homme qui prend femme, raison pour laquelle il ne pouvait venir au dîner. Par la femme, est signifiée la concupiscence de la chair. Seul lui, et non pas un autre, dit : Je ne peux venir. À cause des attraits de la chair, il ne pouvait venir.

            Il existe une différence entre les péchés d’orgueil, de cupidité et de luxure, car les orgueilleux et les cupides pèchent de propos délibéré et n’ont pas la volonté de venir au dîner, mais ceux qui pèchent du péché de la chair pèchent par faiblesse et impuissance. Ceux-ci ont l’intention d’aller au dîner, mais ils en sont empêchés par la concupiscence de la chair. C’est pourquoi l’Apôtre [dit] : La chair va dans le sens contraire de l’esprit et l’esprit dans le sens contraire de la chair, de sorte que vous ne faites pas ce que vous voulez (Galates 5, 17).

            Ceux-ci, bien qu’ils aient été invités, ne sont pas venus au dîner à cause de l’orgueil, de la cupidité ou de la concupiscence de la chair. Mais il est écrit que le serviteur qui connaît la volonté de son maître et ne la fait pas recevra un grand nombre de coups (Luc 12, 47). Si tu agis contre la volonté [du maître], tu mérites une peine d’autant plus grande que tu es plus grand. Et le maître de la maison, lorsqu’il apprit que les invités ne voulaient pas venir, se mit en colère. Par la colère est signifiée la vengeance de Dieu.

            Ainsi donc, les premiers qui sont convoqués à dîner sont des invités. Une autre catégorie parmi ceux qui sont appelés à dîner est celle des concitoyens, mais ils sont écartés. C’est pourquoi [le maître] dit dans l’évangile : Va dans les villages et sur les places publiques de la ville et invite les malades, les aveugles et les boiteux, etc. Et voyez comment les derniers deviennent les premiers. En effet, le grands n’ont pas eu accès à ce dîner, ni les puissants, mais les malades et les pauvres : nous en avons un exemple dans Lazare et dans le riche. Les malades se convertissent fréquemment. Ainsi Ambroise [écrit] : « La faiblesse corporelle n’exclut personne du royaume et celui à qui fait défaut l’attrait du péché pèche plus rarement. » Et l’Apôtre [dit] : Dieu a choisi ce qui est faible dans le monde pour confondre ce qui est fort (1 Corinthiens 1, 27). Vous devez entendre de manière spirituelle le fait qu’ont été choisis ceux qui sont pauvres au temporel, mais qui sont cependant riches au spirituel. Ce sont ceux qui se trouvent dans les villages et sur les places publiques. C’est pourquoi le prophète [dit] : Les pierres du sanctuaire ont été dispersées sur les places publiques (Lamentations 4, 1), mais, dans l’Apocalypse, il est dit de celui qui est riche au temporel mais pauvre au spirituel : Tu dis que je suis riche et que je n’ai besoin de rien, mais tu ne sais pas à quel point tu es misérable, etc. (Apocalypse 3, 17), car le péché rend les peuples misérable (Proverbes 14, 34).

            Mais de quelles richesses manquent les pécheurs ? Je dis qu’ils manquent de connaissance, de force et de droiture. Je dis d’abord que ceux qui sont aveuglés par le péché souffrent d’un manque de connaissance, c’est-à-dire qu’ils repoussent le bien et choisissent le mal. C’est pourquoi l’Apôtre [dit] dans [une lettre] aux Thessaloniciens : Enflés, aveugles, aimant la volupté plutôt que Dieu (2 Timothée 3, 4). C’est par un tel aveuglement que les hommes méprisent les réalités divines et leur préfèrent plutôt les réalités temporelles. À d’autres manquent la force et la vigueur de l’âme à cause du péché. Ainsi, [il est dit] en Néhémie : La force du porteur s’est affaiblie (Néhémie 4, 10) ; leur force n’était rien pour moi (Psaumes 105[106], 24). Et ceux-ci sont les faibles. D’autres, qui sont aveuglés par le péché, manquent de droiture, à savoir, dans leur intention. Ainsi, [il est dit] dans Michée : Le saint disparaît de la terre et il n’y a plus personne de droit parmi les hommes (Ézéchiel 33, 20). Ceux-ci sont des boiteux : de l’extérieur, ils semblent suivre le Seigneur, mais si quelqu’un regarde leur intention, ils paraissent boiteux. De cette claudication Élie dit : Comme vous boitez des deux côtés ! (1 Rois 18, 21). Parfois, les pauvres sont comblés, les aveugles sont éclairés, les faibles reprennent des forces et les boiteux sont guéris. Isaïe [dit] : Alors le boiteux bondira comme un cerf (Isaïe 35, 6).

            Voyez : lorsque le serviteur amena ceux-ci, il dit au maître : Il y a encore de la place, par quoi est indiquée la prédestination. En effet, ce ne sont pas seulement les grands ou les fidèles qui sont appelés. Le Seigneur [dit] ainsi : J’ai d’autres brebis qui ne font pas partie de ce troupeau, etc. (Jean 10, 16). Pour cette raison, le Seigneur appelle des étrangers. Ainsi, [il est écrit] dans l’évangile : Va sur les chemins et les sentiers, et contrains-les, etc. Par les étrangers sont signifiés les infidèles. Or, il existe trois catégories d’infidèles. Les premiers sont les Gentils et les païens qui n’ont aucune part à la foi : la lumière de la foi ne les éclaire pas. Ceux-ci vont sur des chemins ténébreux. [Il est dit] ainsi : Les chemins des impies sont des chemins de ténèbres (Proverbes 4, 19). D’autres infidèles sont les Juifs, qui ont quelque chose en commun avec nous, à savoir, l’enseignement de l’Ancien Testament, et dont il est dit : Il y a encore un peu de lumière en vous (Jean 12, 35). Ceux-ci sont indiqués par les routes fréquentées. Isaïe [dit] : Les routes fréquentées (Isaïe 33, 8). Les observances qui avaient un sens figuré sont passantes parce que, lorsque la vérité est venue, la figure passe. Celui qui respecterait les observances qui avaient un sens figuré pécherait donc. C’est ainsi que l’Apôtre [dit] : Si vous avez été circoncis, le Christ ne vous servira à rien (Galates 5, 2). En troisième lieu, les infidèles sont les hérétiques, qui sont dans les fourrés. Les fourrés sont placés pour faire des divisions : les hérétiques ne servent qu’à provoquer des divisions. Les hérétiques sont les épines qui piquent et les fourrés qui divisent.

            Ces trois catégories d’hommes nous sont indiquées par le fait que l’évangile a d’abord été prêché aux dirigeants et aux prêtres qui refusèrent de venir ; par la suite, Pierre a prêché à une foule de Juifs et en a converti trois mille ; puis [l’évangile] a été prêché à ceux qui sont dans les fourrés et sur les places publiques, et tous furent entraînés vers la foi. C’est pourquoi l’Église prie non seulement pour les dirigeants, mais pour les affligés et les infidèles. Tels sont donc ceux qui ont été appelés.

            Mais comment sont-ils appelés ? Une triple manière d’appeler est présentée. Les invités doivent être appelés par une simple annonce. Ainsi, [il est dit] dans l’évangile : Il envoya son serviteur à l’heure du dîner dire aux invités de venir. Les meilleurs ne doivent pas être invectivés ni exaspérés. [Il est] ainsi [écrit] : N’invective pas l’ancien, mais honore-le comme un père (1 Timothée 5, 1), et ailleurs : Rends honneur au sage (v.g. Siracide 10, 31). De même, on doit faire entrer les pauvres et les exclus. Certains ont eu l’intention de venir vers Dieu par le baptême, ont renoncé au Diable et à toutes ses pompes. Ils ont besoin de quelqu’un qui les instruise et les fasse entrer, et en fasse des membres de la famille du roi. Ainsi, [il est écrit] dans l’Exode : Voici que j’enverrai mon ange qui te précédera, te gardera et t’introduira (Exode 23, 23). Les infidèles de la troisième catégorie doivent être forcés à entrer dîner. C’est pourquoi [il est dit] dans l’évangile : Va par les fourrés et sur les places et force-les à entrer. Ceux qui sont dans les fourrés doivent être forcés de deux manières. Les signes sont été donnés non pas à ceux qui croient, mais à ceux qui ne croient pas (Marc 16, 17). Ainsi, les hérétiques sont forcés d’entrer par l’évidence des miracles. Ils doivent aussi être forcés à la lettre par la crainte. [On lit] ainsi dans les Psaumes : Pour mettre un mors aux mâchoires, etc. (Isaïe 30, 28). Les hérétiques disent que personne ne doit être forcé par la crainte à accéder à la foi. Il faut certainement dire le contraire, selon Isaïe : Seule la terreur fera comprendre ce qu’ils ont entendu (Isaïe 28, 19). On ne lit pas que ceux qui ont été appelés dans les villages et dans les fourrés se sont excusés, mais seulement ceux qui ont été invités, par quoi est indiqué que les pécheurs qui ont froid se convertissent plus rapidement que ceux qui s’écartent alors qu’ils sont en route. Ainsi, Osée [dit] : Que n’as-tu pu être purifié, alors que tu viens d’Israël ! (v.g. Jérémie 13, 27). Nous demanderons donc, etc.

 

[7] Note du Père L.-J. Bataillon, o.p., Commission léonine – Cette prédication tenue en 1269, à Sainte-Sabine, à Rome, ou plus probablement à Paris, présente un intérêt particulier. Elle offre une interprétation eucharistique, assez rare, de la parabole de saint Luc : Homo quidem fecit cenam magnam (Un homme fit un grand repas), sur le festin dont les invités se dérobent (14, 15‑24), et comporte des relations nombreuses avec l’Office du Saint-Sacrement. Sur seize citations de la partie de ce sermon relative à l’eucharistie, douze figurent dans l’Office. Trois autres versets bibliques se retrouvent dans l’Office et dans le reste du sermon. Ce sont là des indices sérieux en faveur de la contribution de saint Thomas à la composition de l’Office du Saint-Sacrement.

 

[8] Nous avons régulièrement traduit le terme cena par «dîner», parce que saint Thomas distingue à plusieurs reprises le repas de midi (prandium) et le repas du soir (cena), soit le déjeuner et le dîner, selon l’usage en France. Nous aurions pu employer le terme de «cène», mais son sens est uniquement eucharistique, en français.

 

 

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