1739. L'Évangéliste poursuit en indiquant l'action par laquelle il donnait l'exemple.
ET AU COURS D'UN REPAS, ALORS QUE DÉJÀ LE DIABLE AVAIT JETÉ DANS LE CŒUR DE JUDAS ISCARIOTE, [FILS] DE SIMON, [LE DESSEIN] DE LE LIVRER, SACHANT QUE LE PÈRE LUI A TOUT DONNÉ DANS LES MAINS, ET QU'IL EST SORTI DE DIEU ET QU'IL VA VERS DIEU, IL SE LÈVE DU REPAS, ET DÉPOSE SES VÊTEMENTS, ET AYANT PRIS UN LINGE, IL SE CEIGNIT. ENSUITE, IL VERSA DE L'EAU DANS UN BASSIN ET COMMENÇA À LAVER LES PIEDS DES DISCIPLES ET À LES ESSUYER AVEC LE LINGE DONT IL ÉTAIT CEINT. (13, 2-5)
1. Cf. SAINT Jean Chrysostome, In Ioannem hom., LXX, 1, PG 59, col. 382.
2. Rm 6, 22.
3. Rm 10, 4. 4. Jn 17, 3. 5. Jr 31, 3.
D'abord il décrit l'heure de l'action. Ensuite, il ajoute la dignité de celui qui la réalise [n° 1743], enfin il poursuit en montrant l'humilité de cette action [n° 1744].
6. Tract, in Io., LV, 2, BA 74A, p. 63.
7. Ep 5, 2.
8. Jn 16, 5.
L'heure de Faction.
ET AU COURS D'UN REPAS, ALORS QUE DÉJÀ LE DIABLE AVAIT JETÉ DANS LE CŒUR DE JUDAS ISCARIOTE, [FILS] DE SIMON, [LE DESSEIN] DE LE LIVRER
Au sujet du moment, il souligne deux aspects. L'un qui se rapporte à la charité du Christ, et l'autre qui insiste sur l'iniquité de Judas [n° 1741].
ET AU COURS D'UN REPAS
1740. Il dit donc : AU COURS D'UN REPAS, littéralement : le repas ayant été fait. Or, qu'une chose ait été faite, cela se dit autrement pour les choses qui demeurent et pour celles qui passent. Pour les choses qui demeurent, on dit qu'une chose a été faite quand elle est parvenue à la perfection de sa forme et de son espèce propres, comme on dit qu'une maison a été faite quand elle a sa forme propre. Mais pour les choses qui passent, on dit qu'une chose a été faite quand elle est accomplie ; par exemple, on dit que le jeu a été fait quand il est achevé \ Et on dit aussi qu'une chose a été faite en raison de ce qu'elle reçoit son espèce propre.
Donc, quand il dit : ET AU COURS D'UN REPAS, il ne faut pas comprendre que le repas ait été accompli et achevé ; parce que, après avoir lavé les pieds des disciples, il se remit à table et donna la bouchée à Judas. Il faut donc comprendre qu'AU COURS D'UN REPAS signifie : le repas ayant été préparé et amené à sa forme propre. En effet ils avaient déjà commencé à prendre le repas, et c'est plus tard qu'il se leva. C'est donc au milieu du repas [il s'agit du repas du soir] qu'il lava les pieds des disciples2.
1. Saint Thomas a repris la recherche d'Aristote sur la causalité. Aristote parle de la recherche des causes en de nombreux passages de ses écrits. Voir notamment la Physique, livre II, ch. 3, et la Métaphysique, A, ch. 3. Ici saint Thomas regarde la perfection de la forme, qui est celle de l'œuvre d'art, comme pour la maison, et celle de l’efficience, qui est celle d'une activité transitive, comme pour le jeu. La forme est immanente, sa perfection est plus intérieure, plus qualitative. L'efficience implique un mouvement, une succession et un terme. Ainsi c’est la recherche de la forme qui explique une réalité qui demeure, et recherche de l'efficience donnera l'intelligibilité d'une réalité qui passe. Cependant, même pour une activité qui passe, l'accomplissement a lieu quand elle atteint sa forme propre, avant de s'achever, comme pour un repas.
Au sujet du repas [pris le soir], Luc rapporte dans le chapitre 14 – Un homme fit un grand repas3. Or le déjeuner diffère du dîner. Car on appelle « déjeuner » (prandium) le repas qui a lieu dans la première partie du jour, et « dîner » (coena) celui qui a lieu dans la dernière. Ainsi, se refaire spirituellement est appelé « déjeuner » en tant que cela convient aux commençants ; et « dîner » (cène) en tant que cela convient aux parfaits4.
ALORS QUE DÉJÀ LE DIABLE AVAIT JETÉ DANS LE CŒUR DE JUDAS ISCARIOTE, [FILS] DE SIMON, [LE DESSEIN] DE LE LIVRER
1741. L'Évangéliste poursuit en décrivant le moment à partir d'un fait qui insiste sur l'iniquité du traître, et qu'il décrit pour deux raisons. D'abord pour montrer davantage l'iniquité de Judas qui, entouré de tant de marques de charité et de tant de gestes d'humilité, projetait de commettre une si grande iniquité - Celui qui mangeait mon pain a levé insolemment le talon contre moi5. En second lieu pour que fût rendue plus admirable la charité du Christ qui, tout en sachant cela, fit cependant à son égard un geste de charité et d'humilité en lui lavant les pieds - Avec ceux qui haïrent la paix, j'étais pacifique !.
2. Cf. saint Augustin, Tract, in Io., LV, 3, BA 74A, p. 65.
3. Le 14, 16. Luc dans cette citation : Un homme fit un grand repas et Jean à propos de la Cène utilisent coena.
4. Cf. OrigÈne, Commentaire sur saint Jean, XXXII, II, § 5-6, SC 385, p. 189.
5. Ps 40, 10. Saint Thomas commente : « Celui qui mangeait mon pain, parce que le Christ l'a désigné par le signe du pain - C'est celui à qui je présenterai du pain trempé (Jn 13, 26). Et, bien que Judas ait mangé le pain du Christ, cependant il est allé contre lui - Il rassasiera et désaltérera les ingrats (Si 29, 32 [propre à la Vulg. ]). Mon pain peut signifier aussi "mon enseignement" - Aser, son pain est nourrissant et fera les délices des rois (Gn 49, 20). Un tel pain est le pain du Christ, et il est nourrissant en raison de la douceur de son enseignement - Que tes paroles sont douces à mon palais (Ps 118, 103) » (Exp. in Psalmos, 40, n° 6).
1742. Mais le diable peut-il jeter quelque chose dans le cœur de l'homme ? Il semble que oui. Un psaume, en effet, parle de l'indignation et de la colère envoyées par des anges mauvais2.
En réponse à cela, il faut savoir que ce qui est dans le cœur de l'homme, c'est ce qui est dans sa pensée et dans sa volonté. Aussi quand il dit : ALORS QUE DÉJÀ LE DIABLE AVAIT JETÉ DANS LE CŒUR..., il faut comprendre dans sa volonté. Mais jeter ainsi dans le cœur peut se réaliser de deux manières.
Directement, et ainsi seul celui qui a la puissance de mouvoir intérieurement la volonté de l'homme peut jeter quelque chose dans son cœur ; et cela, Dieu seul le peut. Et c'est pourquoi lui seul peut imprimer directement quelque chose dans la volonté de l'homme - Le cœur du roi est dans la main, c'est-à-dire dans la puissance, du Seigneur ; partout où il le veut, il l'inclinera 3.
Indirectement : quand la volonté est mue par un objet extérieur comme un bien appréhendé. Ainsi celui qui suggère que quelque chose est un bien jette cela dans le cœur de l'homme, en lui faisant indirectement appréhender ce quelque chose comme un bien par lequel [sa] volonté est mue. Or cela arrive de deux manières : soit en suggérant extérieurement, et de cette façon même l'homme peut jeter quelque chose dans le cœur ; soit en suggérant intérieurement, et c'est de cette manière que le diable jette quelque chose dans le cœur. Car, puisqu'elle est corporelle, la puissance Imaginative, quand Dieu le permet, est soumise à la puissance du démon4. C'est pourquoi, que l'homme soit éveillé ou endormi, le démon forme en lui certaines formes qui, lorsqu'elles ont été appréhendées, meuvent la volonté de l'homme à désirer quelque chose. Ainsi le diable jette quelque chose dans le cœur de l'homme, non pas directement à la manière de celui qui meut, mais indirectement, à la manière de celui qui suggère.
La dignité de celui qui réalise cette action.
SACHANT QUE LE PÈRE LUI A TOUT DONNÉ DANS LES MAINS, ET QU'IL EST SORTI DE DIEU ET QU'IL VA VERS DIEU (13, 3)
1743. L'Évangéliste poursuit en traitant de la dignité de celui qui réalise l'action. Dans l'Ecclésiastique, il est dit : Humilie-toi en toutes choses d'autant plus que tu es grand5. C'est pourquoi l'Évangéliste, devant dire la très grande humilité du Christ, met en avant sa très grande dignité ; et cela de quatre manières.
1. Ps 119, 7.
2. Ps 77, 49.
3. Pr 21, 1.
4. Voir vol. I, n° 1577.
5. Si 3, 20.
D'abord quant à la science. Et quant à cela il dit : SACHANT QUE LE PÈRE LUI A TOUT DONNÉ. En effet, les dons spirituels sont tels que, lorsqu'ils sont donnés, on ne peut les ignorer - Nous, nous avons reçu l'Esprit qui n'est pas de ce monde, mais l'Esprit qui est de Dieu, afin de connaître les dons qui nous ont été faits par Dieu6. Et c'est pourquoi le Christ connaissait tout ce qui lui avait été donné par Dieu. L'Évangéliste dit cela précisément pour que son humilité soit davantage mise en lumière. En effet, parfois il arrive que quelqu'un soit d'une grande dignité et cependant, à cause de sa simplicité, ne reconnaisse pas sa dignité. Si donc un tel homme faisait quelque chose d'humble, il ne s'attribuerait pas à lui-même une grande humilité, selon cette parole du Cantique : Si tu t'ignores, ô la plus belle d'entre les femmes1. Mais si quelqu'un connaît l'état de sa dignité et que cependant sa volonté aimante est inclinée vers des choses humbles, son humilité doit être reconnue. Et c'est pourquoi l'Évangéliste dit que SACHANT QUE LE PÈRE LUI A TOUT DONNÉ, il n'a cependant pas omis de faire des choses qui sont humbles.
6. 1 Co 2, 12.
En second lieu quant au pouvoir : SACHANT QUE LE PÈRE LUI A TOUT DONNÉ DANS LES MAINS, c'est-à-dire en son pouvoir. Dieu a donné au Christ homme, dans le temps, ce qui avait cependant été au pouvoir du Fils de toute éternité - Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre2. Et s'il dit que LE PÈRE LUI A TOUT DONNÉ DANS LES MAINS, c'est d'abord pour montrer que le Christ ne souffrait pas contre son gré. Car si tout était dans sa main, c'est-à-dire en son pouvoir, il est donc manifeste que ses adversaires ne pouvaient rien lui faire contre sa volonté. C'est ensuite parce que quand quelqu'un de peu d'importance est exalté, il s'enorgueillit facilement et ne fait pas quelque chose d'humble, de peur de paraître déroger à sa dignité. Mais si quelqu'un de condition élevée est exalté, il ne néglige pas les choses humbles. Et c'est pourquoi il fait mention de la dignité du Christ.
En troisième lieu quant à sa noblesse, et quant à cela il dit : ET QU'IL EST SORTI DE DIEU ET QU'IL VA VERS DIEU - Jouissant de l'intimité de Dieu3.
Enfin quant à la sainteté, parce qu'IL VA VERS DIEU. En ceci consiste la sainteté de l'homme : qu'il aille vers Dieu. Et c'est pourquoi l'Évangéliste dit qu'IL VA VERS DIEU, parce que, du fait que lui-même va vers Dieu, il lui revient en propre de ramener les autres vers Dieu, ce qui se réalise spécialement par l'humilité et la charité. Et c'est pourquoi il leur donna un exemple d'humilité et de charité.
L'humilité de cette action.
IL SE LÈVE DU REPAS, ET DÉPOSE SES VÊTEMENTS, ET AYANT PRIS UN LINGE, IL SE CEIGNIT. ENSUITE, IL VERSA DE L'EAU DANS UN BASSIN ET COMMENÇA À LAVER LES PIEDS DES DISCIPLES ET À LES ESSUYER AVEC LE LINGE DONT IL ÉTAIT CEINT. (13, 4-5)
1744. Après avoir mis en lumière la majesté du Christ, l'Évangéliste fait ici valoir son humilité, humilité qu'il manifeste dans le lavement des pieds. D'abord, il met en avant la préparation du Christ au geste d'humilité, ensuite il décrit ce geste lui-même [n° 1747].
1. Ct 1,7.
2. Mt 28, 18. Saint Thomas commente : « Ce don, selon Hilaire, peut se comprendre quant à sa divinité, parce que de toute éternité le Père a communiqué sa propre essence au Fils ; et parce que son essence est sa puissance, aussi lui a-t-il donné de toute éternité sa puissance. On peut aussi le rapporter au Fils selon son humanité. Mais il faut comprendre que l'humanité du Christ reçoit quelque chose par la grâce de l'union, à savoir toutes choses qui sont propres à Dieu ; et il reçoit quelque chose qui découle de cette union, qui est comme l'effet de l'union, telle la plénitude de grâce - Nous l'avons *** comme Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité (Jn 1, 14). Donc, toutes les choses qui sont dans le Christ selon la grâce de l'union, il ne faut pas dire qu'elles soient doubles mais seulement celles qui en découlent. C'est pourquoi je dis que la puissance lui a été donnée, non comme si une autre puissance lui avait été donnée, mais parce qu'elle lui a été donnée en tant qu'elle est unie au Verbe comme au Fils de Dieu par nature, et au Christ par la grâce de l'union » (Sup. Matth. lect., XXVIII, n° 2460). Sur les différentes grâces reçues par le Christ et son pouvoir de juger, voir aussi vol. I, nos 544 et 789. Sur l'union des deux natures dans le Christ par la grâce et sur les rapports de la grâce de l'union hypostatique et de la grâce habituelle dans le Christ, voir Somme théol., III, respectivement q. 2, a. 10 et q. 6, a. 6, c. 3. Sg 8, 3.
I
IL SE LÈVE DU REPAS, ET DÉPOSE SES VÊTEMENTS, ET AYANT PRIS UN LINGE, IL SE CEIGNIT.
1745. Au sujet de ce premier fait il faut savoir que le Christ, dans ce geste d'humilité, se montre serviteur, selon cette parole de Matthieu : Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir1.
Or, pour être un bon serviteur, trois choses sont requises. D'abord, qu'il soit attentif à voir tout ce qui peut manquer au service, et il en serait empêché au plus haut point s'il s'asseyait ou s'allongeait ; c'est pourquoi il est propre aux serviteurs de se tenir debout. L'Évangéliste dit donc : IL SE LÈVE DU REPAS - Qui est le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ?2
En second lieu, le serviteur doit être disponible pour accomplir jusqu'au bout, comme il convient, les choses qui sont nécessaires au service ; et là, un grand nombre de vêtements l'embarrasse beaucoup. C'est pourquoi le Seigneur DÉPOSE SES VÊTEMENTS. Et cela est signifié dans la Genèse où il est dit qu'Abraham choisit des serviteurs disponibles3.
1. Mt 20, 28. Saint Thomas commente : « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir, c'est-à-dire : si quelqu'un désire avoir une responsabilité dans l'Église, qu'il sache que ce n'est pas avoir un pouvoir, mais une servitude. C'est en effet le propre du serviteur [de l'esclave] de se dépenser tout entier pour le service de son maître ; ainsi les prélats de l'Église doivent à ceux qui leur sont soumis tout ce qu'ils ont, tout ce qu'ils sont - Oui, libre à l'égard de tous, je me suis fait l'esclave de tous (1 Co 9, 19). - Nous sommes vos serviteurs par le Christ Jésus (2 Co 4, 5). (...) Et il est venu pour servir, c'est-à-dire pour donner aux autres l'abondance de la gloire. (...) Mais tu diras : Est-il esclave, puisqu'il est prince (princeps) ? Oui. En effet on appelle esclave celui qui est reçu contre argent : et lui-même a payé ce prix, et s'est donné en rançon pour la multitude (1 Tm 2, 6) » (Sup. Matth. lect., XX, nos 1669-1670).
2. Lc 22, 27.
En troisième lieu, il doit être prompt à servir, de sorte qu'il ait toutes les choses nécessaires pour son service. Il est dit de Marthe quelle était absorbée par les multiples soins du service*. Et de là vient que le Seigneur, AYANT PRIS UN LINGE, SE CEIGNIT, de sorte qu'ainsi il était prêt non seulement à laver les pieds, mais aussi à les essuyer. Par là il foule aux pieds tout orgueil, puisque lui qui va vers Dieu et qui est sorti de Dieu lave les pieds.
1746. Au sens mystique ce fait peut se rapporter à deux choses, à savoir l'Incarnation du Christ et sa Passion. S'il se rapporte à l'Incarnation, ainsi on reçoit du Christ trois choses. D'abord, certes, sa volonté de secourir le genre humain, dans le fait qu'lL SE LÈVE DU REPAS. Car Dieu, aussi longtemps qu'il supporte que nous soyons dans l'épreuve, semble rester assis ; mais quand il nous arrache de la tribulation, on le voit se lever - Lève-toi, Seigneur, viens à notre aide5.
Ensuite son anéantissement ; non qu'il déposât la majesté de sa dignité mais qu'il la cachât en assumant notre petitesse6. C'est pourquoi il est dit : Vraiment, tu es un Dieu caché''. Et cela est signifié dans le fait qu'il DÉPOSE SES VÊTEMENTS - Il s'anéantit lui-même8.
Enfin l'assomption de notre nature mortelle dans le fait qu'AYANT PRIS UN LINGE, IL SE CEIGNIT - Prenant la condition d'esclave9.
Mais si cela se rapporte à la Passion du Christ, alors, au sens littéral, il déposa ses vêtements quand les soldats le dépouillèrent et tirèrent au sort son vêtement1, et il fut ceint d'un linge dans le sépulcre. Et dans sa Passion il a aussi déposé les vêtements de notre mortalité et pris UN LINGE, c'est-à-dire la blancheur de l'immortalité - Le Christ, en ressuscitant des morts, ne meurt plus2.
3. Cf. Gn 17, 23 – Abraham prit (...) tous les serviteurs de sa maison et tous ceux qu'il avait achetés...
4. Le 10, 40.
5. Ps 43, 26.
6. Cf. saint Augustin, Tract, in Io., LV, 7, BA 74A, p. 71.
7. Is 45, 15.
8. Ph 2, 7.
9. Ibid.
II
ENSUITE, IL VERSA DE L'EAU DANS UN BASSIN ET COMMENÇA À LAVER LES PIEDS DES DISCIPLES ET À LES ESSUYER AVEC LE LINGE DONT IL ÉTAIT CEINT.
1747. L'Évangéliste montre ensuite le geste d'obéissance du Christ, geste qui met en lumière son humilité, et cela de trois manières. D'abord quant au genre de ce service, qui fut assurément très humble puisque le Seigneur de majesté s'abaissait pour laver les pieds de ses serviteurs. En second lieu quant à la multitude des gestes de ce service, parce qu'il versa l'eau dans un bassin, lava les pieds, et les essuya, etc. En troisième lieu quant à sa manière de faire, parce qu'il n'agit pas par les autres, ni avec l'aide des autres, mais par lui-même - Humilie-toi en toutes choses d'autant plus que tu es grand3.
1748. Au sens mystique, par ces trois aspects on peut comprendre trois choses. En premier lieu, par le fait qu'lL VERSA DE L'EAU DANS UN BASSIN est signifiée l'effusion de son sang sur la terre. En effet le sang de Jésus peut être appelé eau parce qu'il a la puissance de laver - Il nous a lavés de nos péchés par son sang*. Et de là vient qu'il sortit en même temps de son côté du sang et de l'eau, pour donner à entendre que ce sang était capable de laver les péchés. Ou bien, par l'eau, on peut comprendre la Passion du Christ ; car dans l'Écriture l'eau signifie les tribulations - Viens me sauver, Seigneur, car les eaux, c'est-à-dire les tribulations, sont entrées jusque dans mon âme5. IL VERSA DE L'EAU DANS UN BASSIN, c'est-à-dire qu'il imprima dans les âmes des fidèles la mémoire de la Passion par la foi et la dévotion - Souviens-toi de ma pauvreté0.
1749. En second lieu, il COMMENÇA À LAVER LES PIEDS DES DISCIPLES suggère l'imperfection humaine. Car les Apôtres, après le Christ, étaient les plus parfaits, et cependant ils avaient besoin d'être lavés, ayant en eux des impuretés. Cela pour nous donner à comprendre qu'aussi parfait que soit un homme, il a néanmoins besoin d'être rendu plus parfait et peut encore contracter certaines impuretés - Qui peut dire : mon cœur est pur ?1 Cependant c'est seulement aux pieds qu'ils ont des impuretés de cette sorte. Mais certains sont souillés non seulement aux pieds mais aussi entièrement. En effet, ceux qui se traînent dans les impuretés terrestres sont tout entiers salis par elles, et c'est pourquoi ceux qui restent complètement attachés à l'amour des biens terrestres, à la fois selon leur affection8 et selon leurs sens, sont entièrement impurs.
Mais ceux qui restent debout, c'est-à-dire qui par l'esprit et par le désir tendent vers les réalités célestes, ne contractent une impureté qu'aux pieds. En effet comme un homme qui se tient debout doit toucher la terre au moins par ses pieds, de même, aussi longtemps que nous vivons dans cette vie mortelle qui a besoin des réalités terrestres pour le soutien du corps, nous contractons quelque chose du monde au moins du côté de nos puissances sensibles.
1. Jn 19, 24.
2. Rm 6, 9.
3. Si 3, 20.
4. Ap 1, 5.
5. Ps 68, 2.
6. Lm 3, 19.
7. Pr 20, 9.
8. Sur le sens du mot affectus voir ci-dessus, n° 1727, note 2.
Et c'est pourquoi le Seigneur commanda à ses disciples de secouer la poussière de leurs pieds1. Et là il dit : COMMENÇA À LAVER, parce que la purification des affections terrestres commence maintenant et s'achève dans le futur. C'est alors, en effet, que sera réalisé ce qui est dit : On l'appellera la voie sainte2.
Mais il faut remarquer, selon Origène3, qu'il commença à laver les pieds des disciples alors que sa Passion était imminente, parce que s'il les avait lavés longtemps avant, ils auraient été à nouveau souillés. C'est pourquoi il commença, alors que peu de temps après il allait les laver par l'eau du Saint-Esprit, c'est-à-dire après sa Passion - Vous, c'est dans l'Esprit Saint que vous serez baptisés, dans peu de jours 4. Ainsi, donc, l'effusion de son sang est manifestée par le fait qu'IL VERSA DE L'EAU DANS UN BASSIN, et la purification de nos péchés par le fait qu'il COMMENÇA À LAVER LES PIEDS DES DISCIPLES.
1750. En troisième lieu apparaît le fait qu'il a pris sur lui nos peines ; en effet non seulement il a lavé nos taches, mais il a pris sur lui les peines dues à celles-ci. En effet, nos peines et nos pénitences ne suffiraient pas si elles n'étaient pas fondées sur le mérite et la puissance de la Passion du Christ. Et cela apparaît dans le fait qu'il essuya les pieds des disciples avec un linge, c'est-à-dire avec le linge de son corps - Il porta jusqu'au bout nos péchés dans son corps sur le bois5.