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II – LE CHRIST RÉCONFORTE SES DISCIPLES QUANT À SON DÉPART

 

1965. Plus haut, le Seigneur a consolé ses disciples en donnant des raisons prises du côté des disciples eux-mêmes, leur promettant l'accès auprès du Père, la venue de l'Esprit Saint et son propre retour ; mais ici il les console en donnant des raisons prises de son côté à lui, de qui pouvait leur venir une double cause de consolation : l'une provenant de l'utilité du fruit qui suivrait le départ du Christ, et l'autre provenant de la cause de sa mort. Il montre d'abord la première, puis la seconde [n° 1974].

 

A. IL LES CONSOLE PAR L'UTILITE DU FRUIT QUI SUIVRAIT SON DEPART

 

QUE VOTRE CŒUR NE SOIT PAS TROUBLÉ NI NE S'EFFRAIE. VOUS AVEZ ENTENDU CE QUE MOI JE VOUS AI DIT : JE M'EN VAIS ET JE VIENS VERS VOUS. SI VOUS M'AIMIEZ, VOUS VOUS RÉJOUIRIEZ DE CE QUE JE VAIS VERS LE PÈRE, PARCE QUE LE PÈRE EST PLUS GRAND QUE MOI – ET MAINTENANT JE VOUS AI DIT CELA AVANT QUE CELA N'ARRIVE AFIN QUE, QUAND CE SERA ARRIVÉ, VOUS CROYIEZ. (14, 27-29)

 

1966. Or le fruit qui suivrait le départ du Christ était son exaltation, aussi les disciples pouvaient-ils être consolés. En effet, quand un ami va vers son exaltation, ce sont les mœurs des amis d'être moins affligés de son départ, et c'est pourquoi le Seigneur montre cette cause pour leur consolation. Et en premier lieu il exclut le doute de leur cœur ; en second lieu, il rappelle une chose qui les consolait en partie et les troublait en partie [n° 1968] ; en troisième lieu, il ajoute la cause qui les console totalement [n° 1969] ; puis il répond à une question tacite [n° 1973].

 

QUE VOTRE CŒUR NE SOIT PAS TROUBLÉ NI NE S'EFFRAIE.

 

1967. Il exclut le trouble de leur cœur en disant : QUE VOTRE CŒUR NE SOIT PAS TROUBLÉ NI NE S'EFFRAIE. Le trouble se rapporte à la tristesse, la peur à la crainte. Or la tristesse et la crainte se rejoignent en ceci, que l'une et l'autre portent sur le mal ; mais elles diffèrent, parce que la tristesse porte sur le mal présent et la crainte sur le mal futur. Or le Seigneur dit : QUE VOTRE CŒUR NE SOIT PAS TROUBLÉ du mal présent - Le juste ne sera pas ébranlé1 -, NI NE S'EFFRAIE du mal futur - Qui es-tu pour craindre un homme mortel ?2, ce qu'il faut comprendre de la crainte humaine car il n'exclut pas la crainte divine3.

 

VOUS AVEZ ENTENDU CE QUE MOI JE VOUS AI DIT : JE M'EN VAIS ET JE VIENS VERS VOUS.

 

1968. Il rappelle ensuite ce qui les troublait en partie. En effet, d'une part ils étaient troublés à cause du départ du Christ, mais d'autre part ils se consolaient de ce qu'il ajoute : ET JE VIENS VERS VOUS4. Cependant ils ne s'en consolaient pas entièrement, craignant que peut-être pendant ce temps le loup n'attaque le troupeau en l'absence du pasteur5, selon cette parole : Frappe le pasteur et les brebis seront dispersées6. Donc il dit : QUE VOTRE CŒUR NE SOIT PAS TROUBLÉ parce que JE M'EN VAIS, NI NE S'EFFRAIE, parce que JE VIENS VERS VOUS.

 

1. Ps 111, 6.

2. Is 51, 12.

3. Sur les différentes sortes de crainte, voir ci-dessus, n° 1783, note 2.

4. Cf. Jn 14, 3.

5. Cf. saint Augustin, Tract, in Io., LXXVIII, 1, BA 74A, p. 373.

6. Za 13, 7 ; cf. Mt 26, 31.

Il s'en est allé, certes, en mourant de son propre pouvoir, et il vient en ressuscitant - Le Fils de l'homme sera livré aux princes des prêtres et aux scribes, et ils le condamneront à mort (...) et le troisième jour il ressuscitera \ II s'en est allé en montant - Il est beau dans sa robe, il marche dans la grandeur de sa force2. Il viendra pour juger - Ils verront le Fils de l'homme venant dans une nuée, avec grande puissance et majesté3.

 

SI VOUS M'AIMIEZ, VOUS VOUS RÉJOUIRIEZ DE CE QUE JE VAIS VERS LE PÈRE, PARCE QUE LE PÈRE EST PLUS GRAND QUE MOI.

 

1969. Mais il les console totalement quand il dit : SI VOUS M'AIMIEZ, VOUS VOUS RÉJOUIRIEZ DE CE QUE JE VAIS VERS LE PÈRE, PARCE QUE LE PÈRE EST PLUS GRAND QUE MOI, comme s'il disait : Si vous m'aimez, vous ne devez pas être contristes mais vous devez plutôt vous réjouir de mon départ, parce que je vais vers mon exaltation, c'est-à-dire que JE VAIS VERS LE PÈRE, PARCE QUE LE PÈRE EST PLUS GRAND QUE MOI.

 

1970. À partir de cela, Arius donne cours à son insolence en disant que le Père est plus grand que le Fils, mais son erreur est exclue par les paroles mêmes du Seigneur. Car d'après ce qu'il comprend, LE PÈRE EST PLUS GRAND QUE MOI se comprend de la même manière que JE VAIS VERS LE PÈRE. Or le Fils ne va pas vers le Père ni ne vient vers nous en tant qu'il est Fils de Dieu, selon qu'il fut avec le Père de toute éternité - Dans le Principe était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu4. Mais on dit qu'il va vers le Père selon sa nature humaine. Ainsi, quand il dit : LE PÈRE EST PLUS GRAND QUE MOI, il ne le dit pas en tant que Fils de Dieu, mais en tant que Fils de l'homme, et là il est non seulement moindre que le Père et l'Esprit Saint mais aussi que les anges eux-mêmes - Mais ce Jésus qui a été abaissé un peu au-dessous des anges, nous le voyons, à cause de la mort qu'il a soufferte, couronné de gloire et d'honneur5. De même, il était soumis à certains hommes, à savoir ses parents, sous un certain aspect, comme on lit en Luc : Et il leur était soumis6. Ainsi donc, il est moindre que le Père selon son humanité, mais égal selon sa divinité - II n'a pas considéré comme une usurpation d'être égal à Dieu, mais il s'est anéanti lui-même, prenant la condition d'esclave, devenant semblable aux hommes1.

 

1971. On peut dire aussi, selon Hilaire8, que même selon sa divinité le Père est plus grand que le Fils, mais cependant que le Fils n'est pas moindre, mais éga1. En effet, le Père est plus grand que le Fils non pas par la puissance, l'éternité et la grandeur, mais par l'autorité de celui qui donne ou qui est principe. Car le Père ne reçoit rien d'un autre, mais le Fils reçoit sa nature, pour ainsi dire, du Père par la génération éternelle. Donc le Père est plus grand, parce qu'il donne ; mais le Fils n'est pas moindre, mais égal, parce que tout ce que le Père a, il le reçoit9 - II lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom x. En effet, il n'est désormais pas moindre que celui qui donne, avec qui il lui est donné d'être un.

 

1. Mt 20, 18-19.

2. Is 63, 1.

3. Lc 21, 27.

4. Jn 1, 1.

5. He 2, 9. Saint Thomas commente : « Cet abaissement ne doit être compris dans le Christ qu'en vue de souffrir la mort. Et ce n'est pas étonnant parce que quant à cela il est non seulement plus petit que les anges mais encore plus petit que les hommes - Nous l'avons méprisé, lui, le dernier des hommes (Is 53, 3). Or la Glose dit, et c'est d'Augustin contre Maximin, que le Christ n'a pas été abaissé au-dessous des anges à cause de la condition de la nature humaine mais à cause de la Passion. Car il n'y a rien de plus grand que la nature de l'esprit humain assumée sans le péché par le Christ, sinon la seule Trinité. Il est donc plus petit que les anges par son corps, puisque la Passion est selon le corps » (Ad Heb. lect., II, n° 122).

6. Lc 2, 51.

7. Ph 2, 6-7.

8. La Trinité, IX, 54, SC 462, p. 127-129.

9. Voir vol. I, n° 947, ci-dessus n° 1911 et ci-dessous nos 2061 sq., 2108 et 2113. Voir aussi Ad Heb. lect., VII, n" 333 ; et Denzinger, Symboles et définitions de la foi catholique, n° 1331, p. 382 – « En raison de cette unité le Père est tout entier dans le Fils, tout entier dans le Saint-Esprit, le Fils est tout entier dans le Père, tout entier dans le Saint-Esprit, le Saint-Esprit est tout entier dans le Père, tout entier dans le Fils. Aucun ne précède l'autre par son éternité ou ne l'excède en grandeur ou ne le surpasse en pouvoir. Car c'est éternellement et sans commencement que le Fils naît du Père, et éternellement et sans commencement que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Tout ce que le Père est ou a, il l'a non pas d'un autre, mais de soi, et il est principe sans principe. Tout ce que le Fils est ou a, il l'a du Père, et il est principe issu d'un principe. Tout ce que le Saint-Esprit est ou a, il l'a à la fois du Père et du Fils. Mais le Père et le Fils ne sont pas deux principes du Saint-Esprit, mais un seul principe, de même que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas trois principes de la créature, mais un seul principe » (Concile de Florence [1442], Bulle Cantate Domino).

1972. Mais Chrysostome2 explique cela en disant que le Seigneur parle à cause de la suspicion des Apôtres, qui n'avaient pas encore connu ce qu'est la Résurrection et ne le croyaient pas égal au Père. Et c'est pourquoi il leur dit : Et si vous ne croyez pas en moi et dans le fait que je peux me relever moi-même et si vous n'avez pas confiance que, après la Croix, je vous verrai de nouveau, cependant croyez-moi parce que JE VAIS VERS LE PÈRE qui EST PLUS GRAND QUE MOI.

 

ET MAINTENANT JE VOUS AI DIT CELA AVANT QUE CELA N'ARRIVE AFIN QUE, QUAND CE SERA ARRIVÉ, VOUS CROYIEZ.

 

1973. Ici il répond à une question tacite, en disant : ET MAINTENANT JE VOUS AI DIT CELA AVANT QUE CELA N'ARRIVE AFIN QUE, QUAND CE SERA ARRIVÉ, VOUS CROYIEZ. Ils pouvaient, en effet, demander pourquoi il disait ces paroles et c'est pourquoi, les devançant, il dit : MAINTENANT JE VOUS AI DIT CELA...

Mais Augustin3 demande : puisque la foi porte sur des choses qu'on ne voit pas, l'homme ne doit-il pas croire avant qu'elles se soient réalisées, et non après ? Là il faut dire qu'ils voyaient une chose et en croyaient une autre. En effet, ils virent la mort du Christ et sa Résurrection, et ayant vu cela, ils crurent qu'il était le Christ, le Fils de Dieu. C'est pourquoi, lorsque cela fut accompli, ils ne crurent pas d'une foi nouvelle, mais augmentée. Ou bien, après sa mort, d'une foi affaiblie ; mais après sa Résurrection, d'une foi renouvelée, comme dit encore Augustin4.

 

B. Jean 14, 30 – IL LES CONSOLE PAR LA CAUSE DE SA MORT

 

1974. Il donne encore une autre cause de consolation concernant son départ, cause qui se prend de celle de la mort. Or il faut savoir que la cause de la mort peut amener soit la douleur, quand quelqu'un est tué pour une faute, soit la consolation, quand quelqu'un meurt pour un bien relevant de la vertu - Qu'aucun de vous ne souffre comme homicide, ou voleur, ou médisant, ou avide du bien d}autrui. Mais si c'est comme chrétien, qu'il ne rougisse pas5. À propos de cela le Seigneur montre donc en premier lieu que le péché ne fut pas la cause de sa mort, et en second lieu que la cause de celle-ci fut la vertu d'obéissance et de charité [n° 1976].

 

1. Ph 2, 9.

2. In Ioannem hom., LXXV, 4, PG 59, col. 407-408.

JE NE PARLERAI PLUS BEAUCOUP AVEC VOUS. EN EFFET, IL VIENT LE PRINCE DE CE MONDE, ET SUR MOI IL N'A AUCUN POUVOIR. (14, 30)

 

1975. Il dit donc : JE NE PARLERAI PLUS BEAUCOUP AVEC VOUS, à cause de la brièveté du temps - Petits enfants, pour peu de temps encore je suis avec vous1. Ou parce que vous n'êtes pas encore capables - J'ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter maintenant2. Ou bien JE NE PARLERAI PLUS BEAUCOUP AVEC VOUS parce qu'en une seule brève parole je vous expliquerai que je ne mourrai pas par suite de ma faute. Et cela il le fait ensuite quand il dit : EN EFFET, IL VIENT LE PRINCE DE CE MONDE, ET SUR MOI IL N'A AUCUN POUVOIR, à savoir le diable qui est dit prince non selon la raison (ratio) de création, ni en vertu d'un pouvoir naturel comme blasphèment les manichéens, mais selon la raison (ratio) de faute, et c'est pourquoi il est dit PRINCE DE CE MONDE, c'est-à-dire de ceux qui aiment le monde et le péché - Nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes et les puissances, contre les dominations de ce monde de ténèbres3. Donc il n'est pas le prince des créatures, mais des pécheurs et des ténèbres - C'est lui qui est le roi de tous les fils de l'orgueil4.

 

3. Tract, in Io., LXXIX, 1, BA 74A, p. 389-391.

4. Ibid., p. 391.

5. 1 Ρ 4, 15-16.

Ce prince est donc venu pour persécuter : en effet, il est entré dans le cœur de Judas afin qu'il trahisse, et des Juifs afin qu'ils tuent ; mais SUR MOI IL N'A AUCUN POUVOIR : car en nous il n'a de pouvoir qu'à cause du péché - Tout homme qui commet le péché est esclave du péché5. Or dans le Christ il n'y avait aucun péché, ni selon son âme - Lui qui n'a pas commis de faute $ -, ni selon sa chair parce qu'il a été conçu de l'Esprit Saint et de la Vierge sans le péché originel - C'est pourquoi l'être saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu7. Donc, parce que le diable a attaqué même le Christ sur lequel il n'a aucun droit8, il a mérité de perdre ce qu'il possédait avec justice - Qu'importe à moi et à toi, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ?9 Ainsi donc il est évident que la cause de la mort du Christ ne fut pas la faute, et qu'il n'avait pas de raison de mourir puisqu'il n'a pas de péché.

 

1. Jn 13, 33.

2. Jn 16, 12.

3. Ep 6, 12.

4. Jb 41, 25. Saint Thomas commente : « Le Leviathan dispose d'un pouvoir d'exercer de grandes et fortes opérations, et en exposant cela Job dit : Il regarde vers ce qui est sublime, c'est-à-dire que l'intention du démon est de s'attaquer à tout ce qui est sublime. Et comme ces choses sont le fait de l'orgueil, il montre en conséquence que le diable non seulement est orgueilleux en lui-même, mais qu'il dépasse toutes les créatures par son orgueil et qu'il est la source de l'orgueil des autres, et c'est pourquoi il ajoute : Il est lui-même roi sur tous les fils de l'orgueil, c'est-à-dire sur ceux qui sont les esclaves de l'orgueil et qui le suivent tous comme un guide » (Exp. super lob, 41, 25, p. 227, 1. 438-448).

5. Jn 8, 34.

6. 1 Ρ 2, 22.

MAIS AFIN QUE LE MONDE CONNAISSE QUE J'AIME LE PÈRE ET COMME LE PÈRE M'EN A DONNÉ LE COMMANDEMENT, AINSI JE FAIS. LEVEZ-VOUS, PARTONS D'ICI ! (14, 31)

 

1976. Ensuite il ajoute la vraie cause qui est le bien relevant de la vertu ; et c'est pourquoi il dit : MAIS AFIN QUE LE MONDE CONNAISSE QUE J'AIME LE PÈRE, ce qui, selon Augustin10, est ainsi ponctué : MAIS AFIN QUE LE MONDE CONNAISSE QUE J'AIME LE PÈRE ET COMME LE PÈRE M'EN A DONNÉ LE COMMANDEMENT, AINSI JE FAIS... LEVEZ-VOUS, PARTONS D'ICI !

Là il faut savoir que deux choses ont poussé le Christ à supporter la mort, à savoir l'amour (amor) de Dieu et l'amour (dilectio) du prochain - Marchez dans l'amour11. Et il en donne une preuve en indiquant qu'il accomplit ses commandements - Si vous m'aimez, gardez mes commandements 12. Et quant à cela il dit : MAIS AFIN QUE LE MONDE CONNAISSE QUE J'AIME LE PÈRE, et ceci d'une manière efficace, puisque je meurs. Aussi ajoute-t-il : ET COMME LE PÈRE M'EN A DONNÉ LE COMMANDEMENT, AINSI JE FAIS, c'est-à-dire selon que le Père le pousse à subir la mort, par l'obéissance qui est causée par l'amour. Ce commandement, le Père ne l'a pas donné au Fils de Dieu qui, puisqu'il est le Verbe, est aussi le commandement du Père ; mais il l'a donné au Fils de l'homme, en tant qu'il a inspiré à son âme la nécessité, pour le salut des hommes, que le Christ mourût dans sa nature humaine. Donc AFIN QUE LE MONDE CONNAISSE (...) LEVEZ-VOUS, du lieu où ils avaient pris le repas, et PARTONS vers le lieu où je dois être livré, afin que vous voyiez que ce n'est pas par nécessité, mais par charité et obéissance que je meurs - Avec audace, il court au-devant des hommes armés1.

 

7. Lc 1, 35.

8. Cf. saint Augustin, Tract, in Io., LXXIX, 2, BA 74A, p. 395, dont saint Thomas s'inspire largement dans tout ce paragraphe mettant en valeur à la fois la parfaite innocence du Christ (il ne mérite aucunement la mort) et sa totale liberté (il veut seulement manifester son amour pour le Père).

9. Mc 5, 7.

10. Loc. cit., p. 395.

11. Ep 5, 2.

12. Jn 14, 15.

1977. Mais selon Chrysostome2 il faut lire autrement : AINSI JE FAIS est la fin de la phrase, et LEVEZ-VOUS, PARTONS D'ICI est le commencement de l'autre phrase, de sorte que le sens est : Je ne meurs pas, comme si le prince de ce monde avait sur moi quelque pouvoir, mais c'est parce QUE J'AIME LE PÈRE que je fais cela. Mais vous, LEVEZ-VOUS, PARTONS D'ICI ! En effet, il voyait qu'ils avaient peur, à la fois à cause du moment, parce que la nuit était profonde, et à cause du lieu, parce qu'ils se trouvaient manifestement dans une maison et tournaient toujours les yeux vers la porte comme s'attendant à ce que des ennemis les envahissent, et qu'à cause de cela ils n'étaient pas attentifs aux choses qui leur étaient dites. Et c'est pourquoi, afin qu'ils comprennent mieux les paroles qu'il allait leur dire, il les conduit dans un autre lieu secret afin que, s'estimant en sécurité, ils écoutent plus attentivement les choses qu'il leur dirait - Je la conduirai dans la solitude, et je parlerai à son cœur3.

 

1. Jb 39, 21.

2. In Ioannem hom., LXXVI, 1, PG 59, col. 410-411.

3. Os 2, 14.

CHAPITRE XV – LE CHRIST AFFERMIT L'ÂME DE SES DISCIPLES FACE AUX TRIBULATIONS À VENIR

 

Évangile selon saint Jean Chapitre XV

1 Moi, je suis la vigne véritable, et mon Père est le vigneron. 2 Tout sarment qui ne porte pas de fruit en moi, il l'enlève ; et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde, pour qu'il en porte davantage.

3 Vous, déjà, vous êtes purs, à cause de la parole que je vous ai dite. 4 Demeurez en moi, et moi en vous. Comme le sarment ne peut porter du fruit par lui-même, s'il ne demeure en la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez en moi. 5 Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit : parce que sans moi vous ne pouvez rien faire. 6 Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il sera jeté dehors comme le sarment, et il séchera ; et on le ramassera, et on le jettera au feu, et il brûlera. 7 Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. 8 En ceci mon Père est glorifié : que vous portiez beaucoup de fruit et que vous deveniez mes disciples.

9 Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. 10 Si vous observez mes préceptes, vous demeurerez dans mon amour ; comme moi aussi j'ai observé les préceptes de mon Père, et je demeure dans son amour. n Je vous ai dit cela, pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit en plénitude. 12 Tel est mon précepte : que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. 13 Personne n'a de plus grand amour que celui qui livre son âme pour ses amis.

14 Vous êtes, vous, mes amis, si vous faites ce que moi je vous commande. 15Je ne vous appellerai plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son seigneur. Mais je vous ai appelés amis, parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître. I6 Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit, et que votre fruit demeure, pour que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. 17 Ce que je vous commande, c'est que vous vous aimiez les uns les autres.

18 Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a pris en haine avant vous. I9 Si vous aviez été du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n'êtes pas du monde, et que moi je vous ai choisis du milieu du monde, c'est pour cela que le monde vous hait.

20 Souvenez-vous de la parole que moi, je vous ai dite : le serviteur n'est pas plus grand que son seigneur. S'ils m'ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront ; s'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. 2I Mais tout cela, ils vous le feront à cause de mon nom, parce qu'ils ne connaissent pas celui qui m'a envoyé.

22 Si je n'étais pas venu et ne leur avais pas parlé, ils n'auraient pas de péché. Mais maintenant ils n'ont pas d'excuse à leur péché. 23 Celui qui me hait, hait aussi mon Père. 24 Si je n'avais pas fait parmi eux des œuvres que nul autre n'a faites, ils n'auraient pas de péché. Mais maintenant, ils ont vu, et ils nous ont haïs, moi et mon Père ! 25 Mais c'est pour que s'accomplisse la parole qui est écrite dans leur Loi : ils m'ont haï gratuitement.

26 Lorsque sera venu le Paraclet que moi je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, c'est lui qui rendra témoignage de moi. 27 Et vous aussi, vous rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement.

COMMENT LE CHRIST PRÉPARE SES DISCIPLES À VIVRE SA PASSION EN LES FORTIFIANT PAR DES PAROLES

 

LE CHRIST AFFERMIT L'ÂME DE SES DISCIPLES FACE AUX TRIBULATIONS À VENIR

 

1978. Dans ce qu'il a dit précédemment à ses disciples, le Seigneur avait spécialement l'intention d'affermir leur âme face à deux choses : l'une qui était alors imminente, sa Passion, et l'autre qu'ils craignaient pour l'avenir, c'est-à-dire la tribulation qui allait survenir pour eux. C'est pourquoi il leur avait dit à l'égard de ces deux choses : Que votre cœur ne soit pas troublé, quant à la première, ni ne s'effraie1, quant à la seconde.

 

Les ayant donc affermis au sujet de son départ (n° 1848] ; il les affermit ici face aux tribulations qui allaient leur arriver. Il commence par leur proposer une allégorie, puis il en vient à son propos [n° 1986].

 

L'ALLEGORIE DE LA VIGNE ET DU VIGNERON

 

MOI, JE SUIS LA VIGNE VÉRITABLE, ET MON PÈRE EST LE VIGNERON. TOUT SARMENT QUI NE PORTE PAS DE FRUIT EN MOI, IL L'ENLÈVE ; ET TOUT SARMENT QUI PORTE DU FRUIT, IL L'ÉMONDE, POUR QU'IL EN PORTE DAVANTAGE. (15, 1-2)

 

Cette allégorie2 porte sur la vigne et le vigneron. Le Seigneur présente d'abord la vigne, puis le vigneron [n° 1981] et met ensuite en lumière le souci du vigneron à l'égard des sarments [n° 1983].

 

MOI, JE SUIS LA VIGNE VÉRITABLE.

 

1979. Mais la vigne, c'est le Christ lui-même : JE SUIS LA VIGNE, dit-il sous forme d'allégorie. Car de même que la vigne, bien qu'elle paraisse méprisable, bien qu'elle soit de petite taille, surpasse tous les autres bois par la douceur de son fruit, de même le Christ, bien qu'il ait paru du monde parce qu'il était pauvre, qu'il semblait être de basse naissance et supportait l'ignominie, a cependant donné les fruits les plus doux - Son fruit est doux à mon palais \

 

1. Jn 14, 1 ; 14, 27.

2. Similitudo, qui est traduit ici par « allégorie », exprime une modalité d'analogie. En effet, nous pouvons distinguer plusieurs niveaux d'analogie, ^analogie de l'être, découverte par le philosophe, se fonde sur la diversité des réalités existantes ; et au-delà de ces manières d'exister, le philosophe saisit l'unité qui caractérise l'être. Ainsi, dans la réalité expérimentée, l'être existe en étant lié au devenir. Mais en Dieu, l'Être premier, l'être est découvert comme au-delà du devenir, totalement séparé de lui. Si le philosophe se sert de l'analogie de l'être pour découvrir l'être dans ce qu'il a de plus lui-même, et pour découvrir sa manière d'exister ultime, l'Être premier, le théologien, lui, emploie des analogies de similitude qui présupposent la foi. En effet, parce que le mystère le dépasse totalement il ne peut pas le rejoindre directement, par l'analogie propre de l'être ; c'est dans la foi qu'il adhère au mystère révélé. Et pour mieux le mettre en lumière sans risquer de le diminuer et de le réduire à une compréhension humaine, il se sert d'analogies de similitude, données par l'Écriture. Ces analogies ne regardent pas l'être mais la vie, les qualités, les fonctions. Par exemple, dire que Jésus est le Verbe - Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire (Jn 1, 14) - est une analogie de similitude, révélée par l'Écriture et que le théologien peut expliciter (voir Somme théol, I, q. 27, a. 1 et 2), entre la génération du Verbe en Dieu et la conception, dans l'intelligence humaine, du verbe, fruit de la pensée. Et dire que le Christ est tête de l'Église (cf. Col 1, 18), ou que le Père est le vigneron et le Christ la vigne qui porte les sarments (cf. Jn 15, 1 sq.), est encore une analogie de similitude, mais impliquant des éléments sensibles. On la nomme alors plus précisément analogie métaphorique. Sur les métaphores utilisées dans l'Écriture, voir ci-dessus, n° 1696, note 12.

Et c'est pourquoi le Christ est une vigne dont le vin enivre intérieurement et est un vin de componction2 - Tu nous as fait boire un vin de componction3. Ce vin est également fortifiant, c'est le vin qui nous refait - Mon sang est vraiment une boisson 4. C'est ainsi, en effet, que plus haut il s'est comparé au grain de blé5, parce que sa chair est vraiment une nourriture.

C'est de cette vigne-là qu'il est écrit : Je voyais en songe une vigne portant trois rejetons6, c'est-à-dire le Christ en qui sont trois substances, à savoir le corps, l'âme et la divinité7. C'est encore la vigne dont parle Jacob : Mon fils, à la vigne tu attacheras ton ânesse8, c'est-à-dire l'Église.

 

1980. Et cette vigne est VÉRITABLE. Ici, il faut savoir que « véritable » se distingue parfois de « ressemblant », comme l'homme véritable de l'homme en peinture, et que parfois il se distingue de « corrompu », comme le vin par rapport au vinaigre, parce que c'est du vin corrompu. La phrase MOI, JE SUIS LA VIGNE VÉRITABLE est donc prise au second sens9, Jésus se distinguant de la vigne corrompue, c'est-à-dire du peuple des Juifs, dont il est dit : Comment donc t'es-tu changée en amertume, ô vigne étrangère ?10 Et ceci parce qu'elle ne donnait pas de raisins, mais des grappes sauvages - J'en attendais des raisins, et elle a donné des grappes sauvages11.

 

1. Ct 2, 3.

2. Sur le sens du mot componction, voir ci-dessus, n° 1702, note 13.

3. Ps 59, 5.

4. Jn 6, 56.

5. Cf. Jn 12, 24.

6. Gn 40, 9-10.

7. Saint Thomas éclaire la convenance du mystère de l'Incarnation et l'union de ces trois substances dans le Christ en disant : « II appartient à la raison de bien de se communiquer aux autres, comme l'enseigne Denys (De Div. Nom., IV, 20). Il appartient par conséquent à la raison du bien souverain de se communiquer souverainement à sa créature. Et cette souveraine communication se réalise quand Dieu "s'unit à la nature créée de façon à ne former qu'une seule personne de ces trois réalités : le Verbe, l'âme et la chair" (saint Augustin, De Trinitate, XIII, 17). Il est donc manifeste qu'il convenait que Dieu s'incarnât » (Somme théol., III, q. 1, a. 1, c). « Dans le Christ il n'y eut pas deux natures assumées, mais une seulement : une nature humaine constituée d'âme et de chair » (ibid., q. 5, a. 3, c).

8. Gn 49, 11. Le verset est littéralement : Il liera à la vigne son ânon, et au cep son ânesse. Il lavera dans le vin sa robe, et dans le sang du raisin son manteau.

ET MON PÈRE EST LE VIGNERON.

 

1981. Mais remarquons que dans le Christ il y a une double nature 12, divine et humaine ; selon sa nature humaine, il est semblable à nous et il est moindre que le Père ; selon sa nature divine, il est semblable à Dieu et il est au-dessus de nous. Il est donc la vigne véritable en tant qu'il est la tête de l'Église13, l'homme Christ Jésus. C'est ce qu'il laisse entendre en présentant le vigneron qui est le Père : ET MON PÈRE EST LE VIGNERON [AGRICOLA]. En effet, si le Fils était la vigne selon sa nature divine, le Père serait la vigne tout comme le Fils ; mais c'est parce qu'il est la vigne selon sa nature humaine que le Père est à son égard comme le vigneron pour sa vigne. En tant que Dieu, lui-même aussi est le vigneron14. Or le mot « cultivateur » (agricola) est lié au mot « culture » (cultura) 15, c'est pourquoi le vigneron aussi, en tant qu'il cultive, est un cultivateur.

 

9. Alors que saint Augustin se contentait de noter le caractère imagé de la formule et d'expliquer que le qualificatif « vrai » met Jésus en opposition avec le peuple visé par les deux versets prophétiques cités à la fin de ce n° 1980 (Tract, in Io., LXXX, 1, BA 74B, p. 71), saint Thomas précise le type de vérité qualifiant la vigne, et nomme « le peuple des Juifs ».

10. Jr 2, 21.

11. Is 5, 2.

12. Sur les deux natures dans le Christ et l'unité de personne, voir ci-dessus, n° 1711, note 3.

13. Cf. Ep 1, 22-23 ; 4, 15-16 ; 5, 23 ; Col 1, 18. Voir Somme théol., III, q. 8, a. 1 sq.

14. Cf. saint Augustin, Tract, in Io., LXXX, 2, BA 74B, p. 71-73.

15. Les mots agricola et cultura viennent l'un et l'autre du verbe colo, colere, qui signifie « culture ».

1982. Mais puisque cultiver, c'est dépenser son zèle pour quelque chose, nous cultivons quelque chose de deux manières : soit pour que soit amélioré ce que nous cultivons, et en ce sens nous cultivons un champ ou quelque chose de te1. Soit pour que nous soyons améliorés par cela, et de cette manière l'homme cultive la sagesse. Dieu nous « cultive » donc pour que nous soyons améliorés par son travail, en tant qu'il extirpe de nos cœurs les mauvaises semences. Il ouvre notre cœur par la charrue de sa parole ; il plante les semences de ses commandements ; il recueille un fruit de piété, comme le dit Augustin1. Nous, nous lui rendons un culte pour être améliorés par lui, mais cela en adorant (adorando) et non en labourant (arando) — Si quelqu'un rend un culte à Dieu (...), celui-là [Dieu] l'exauce2.

Le Père est donc le cultivateur de cette vigne en vue du bien d'un autre. C'est lui, en effet, qui plante - Moi, je t'ai plantée comme une vigne de choix, comme une vraie semence3. C'est lui qui fait croître - Moi, j'ai planté, Apollos a arrosé, mais c'est Dieu qui a donné la croissance4 -, car Dieu seul, de l'intérieur, fait croître et fructifier ; et, dans la mesure où l'homme coopère de l'extérieur, Dieu lui-même garde et conserve, comme le dit Matthieu, qui cite Isaïe : Il a bâti une tour dans la vigne, et l’α entourée d'une clôture5.

 

TOUT SARMENT QUI NE PORTE PAS DE FRUIT EN MOI, IL L'ENLÈVE ; ET TOUT SARMENT QUI PORTE DU FRUIT, IL L'ÉMONDE, POUR QU'IL EN PORTE DAVANTAGE. (15, 2)

 

1983. Le souci du vigneron porte sur deux choses : sur la vigne et sur les sarments. Mais la vigne dont il s'agit ici était parfaite et n'avait pas besoin du soin du vigneron ; c'est pourquoi le vigneron devait dépenser tout son zèle pour les sarments : TOUT SARMENT QUI NE PORTE PAS DE FRUIT EN MOI, IL L'ENLÈVE. Or les sarments font partie de la nature de la vigne ; aussi ceux qui adhèrent au Christ sont-ils des sarments de cette vigne - La vigne s'est développée en sarments6.

En ce qui concerne les sarments, le Christ montre le souci de ce vigneron à l'égard des mauvais [n° 1984], puis des bons sarments [n° 1985].

 

1984. Son souci à l'égard des mauvais sarments est de les couper de la vigne : TOUT SARMENT, c'est-à-dire tout croyant, QUI NE PORTE PAS DE FRUIT, sur la vigne, EN MOI, sans qui rien ne peut fructifier, IL L'ENLÈVE de la vigne. De là apparaît que ce n'est pas seulement parce qu'ils font le mal que certains sont retranchés du Christ, mais aussi parce qu'ils négligent de faire le bien - Nous vous exhortons à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu7. Aussi l'Apôtre disait-il de lui-même : C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce en moi n'a pas été vaine8. Selon Matthieu9, le talent a été retiré à celui qui ne l'a pas fait fructifier mais l'a caché ; et selon Luc 10, le Seigneur a ordonné de couper le figuier stérile.

 

1. Serm. de Scr., 87, I, PL 38, col. 530-531.

2. Jn 9, 31.

3. Jr 2, 21.

4. 1 Co 3, 6.

5. Mt 21, 33 ; cf. Is 5, 2.

6. Ez 17, 6.

7. 2 Co 6, 1.

8. 1 Co 15, 10. À propos de ce verset saint Thomas rappelle la distinction entre grâce opérante et grâce coopérante : « Dieu non seulement infuse la grâce par laquelle nos œuvres sont rendues agréables et méritoires, mais il meut aussi à bien user de la grâce infuse, et c'est ce qu'on appelle la grâce coopérante » (Ad 1 Cor. lect., XV, n" 909). Voir aussi Somme théol, I-II, q. 111, a. 2.

9. Cf. Mt 25, 28.

10. Cf. Le 13, 7.

ET TOUT SARMENT QUI PORTE DU FRUIT, IL L'ÉMONDE, POUR QU'IL EN PORTE DAVANTAGE.

 

1985. Le souci du Christ à l'égard des bons sarments, c'est de les entourer de soins pour qu'ils fructifient davantage.

Au sens littéral, en effet, pour la vigne naturelle, il arrive que le sarment aux nombreux rejetons porte moins de fruit, parce que sa sève doit se diffuser partout ; et c'est pourquoi les vignerons, pour qu'il fructifie plus, l'émondent des rejetons superflus.

Il en va de même pour l'homme : car l'homme qui est bien disposé et uni à Dieu, s'il incline son affection vers diverses réalités, voit sa vertu s'amoindrir et perd de son efficacité en vue de bien agir. Aussi, pour qu'il fructifie bien, Dieu enlève fréquemment de telles entraves et « émonde » cet homme, en envoyant tribulations et tentations pour que, par elles, il devienne plus fort pour agir1. Voilà pourquoi il dit : IL L'ÉMONDE, même s'il était pur ; car personne n'est assez pur en cette vie pour ne pas avoir à être « émondé » encore et encore2 - Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous3.

Et tout cela, c'est POUR QU'IL PORTE DAVANTAGE [DE FRUIT], c'est-à-dire qu'il croisse en vertu, afin que les croyants soient d'autant plus féconds qu'ils seront plus purs - Que le juste devienne encore plus juste et que le saint se sanctifie encore4 - La parole de l’Évangile (...) ne cesse de fructifier et de croître5. - Ils iront de vertu en vertu6.

 

LE DÉVELOPPEMENT DE L'ALLÉGORIE
 

1986. De cette allégorie, le Seigneur en vient maintenant à son propos. Deux aspects sont mis en lumière dans le rapport des sarments à la vigne : l'union des sarments à la vigne, et la taille des sarments. Il traite donc premièrement de l'union, puis de la taille [n° 2030].

 

A. L'UNION DES SARMENTS À LA VIGNE

 

En premier lieu, il exhorte ses disciples à demeurer attachés à la vigne ; puis il donne les raisons de cette adhésion [n° 1989] ; enfin il montre la manière de demeurer en lui [n° 1997].

 

1. Cf. saint Jean Chrysostome, In Ioannem hom., LXXVI, 1, PG59, col. 411.

2. Ici et jusqu'à la fin du verset, saint Thomas reprend les remarques de saint Augustin {Tract, in Io., LXXX, 2, BA 74B, p. 73-75).

3. 1 Jn 1, 8.

4. Ap 22, 11.

5. Col 1, 5-6.

6. Ps 83, 8.

a) Jean 15, 3-4 – Le Christ exhorte ses disciples à demeurer en lui.

 

VOUS, DÉJÀ, VOUS ÊTES PURS, À CAUSE DE LA PAROLE QUE JE VOUS AI DITE. DEMEUREZ EN MOI, ET MOI EN VOUS. (15, 3-4)

 

Dans son exhortation aux disciples, le Seigneur leur rappelle le bienfait reçu, puis il les exhorte à demeurer en lui [n° 1988].

 

VOUS, DÉJÀ, VOUS ÊTES PURS, À CAUSE DE LA PAROLE QUE JE VOUS AI DITE.

 

1987. Ils ont reçu ce bienfait de la taille, c'est pourquoi il dit : VOUS, DÉJÀ, VOUS ÊTES PURS, comme pour dire : voilà ce que j'ai dit des sarments, mais vous, vous êtes des sarments que la taille a préparés à produire du fruit, et cela À CAUSE DE LA PAROLE QUE JE VOUS AI DITE.

En effet la parole du Christ commence par purifier des erreurs en instruisant - Attaché à la parole digne de foi, conforme à renseignement, pour être capable d'exhorter dans la saine doctrine et de confondre ceux qui la contredisent1. Et cela parce que dans les paroles de Dieu ne se trouve aucune fausseté - Toutes mes paroles sont justes, (...) droites pour ceux qui ont l'intelligence 2. Il dit donc : VOUS ÊTES PURS, des erreurs des Juifs. En second lieu, la parole du Christ purifie les cœurs des affections terrestres, en enflammant d'amour pour les réalités célestes. En effet, la parole de Dieu secoue par sa puissance le cœur de l'homme enfoncé dans les réalités terrestres, si bien qu'il s'enflamme - Mes paroles ne sont-elles pas comme un feu et comme un marteau ?3

 

1. Tt 1, 9.

2. Pr 8, 8-9.

3. Jr 23, 29. Saint Thomas commente : « Un feu pour enflammer - Ta parole a été très éprouvée par le feu et ton serviteur l'a aimée (Ps 118, 140). - La parole du Seigneur l'enflamma (Ps 104, 19) -, et un marteau, pour adoucir les cœurs durs - À cause de cela je les ai massacrés par les prophètes, et je les ai tués par les paroles de ma bouche (Os 6, 5). Et c'est pourquoi elles ne doivent pas être mêlées à des épines - Quelle alliance entre la lumière et les ténèbres ? Quel accord entre le Christ et Belial ? (2 Co 6, 14-15) » (Exp. super Hier., XXIII, lectio 7). Voir aussi ci-dessus, n° 1700.

En troisième lieu la parole de Dieu, invoquée lors du baptême, purifie des péchés. En effet, par le baptême les hommes sont lavés, parce que la parole purifie dans l'eau. En effet, comme le dit Augustin : « Supprime la parole : qu'est-ce que l'eau, sinon de l'eau ? La parole s'ajoute à l'élément et [ainsi] se réalise le sacrement.4 » La parole fait donc que l'eau touche le corps et lave le cœur. La parole, dis-je, non pas parce qu'elle est dite, mais parce qu'elle est crue. En effet, cette parole de foi a une telle force dans l'Église qu'elle purifie même les petits enfants bien qu'ils ne soient pas capables de croire, du fait qu'elle est proférée par ceux qui croient, qui offrent, qui bénissent et qui opèrent l'immersion - Les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit5. En quatrième lieu, la parole de Dieu purifie par la puissance de la foi - Purifiant leur cœur par la foi6.

Le Seigneur leur dit donc : VOUS, qui avez été DÉJÀ instruits, déjà touchés, déjà baptisés, déjà affermis dans la foi7, VOUS ÊTES PURS, À CAUSE DE LA PAROLE QUE JE VOUS AI DITE - Vous aussi, vous êtes purs, mais non pas tous8.

Mais parce qu'il a dit auparavant que l'office du vigneron est d'émonder, il montre clairement qu'il est ce vigneron en disant à présent que sa parole a la vertu d'émonder. Et vraiment il est bien, en tant que Dieu, celui qui taille les sarments, et le vigneron.

 

4. Tract, in Io., LXXX, 3, BA 74B, p. 75-77.

5. Mt 28, 19.

6. Ac 15, 9.

7. Saint Thomas reprend ici les quatre manières selon lesquelles la parole de Dieu purifie. On pourrait faire le lien avec les quatre effets de la Sainte Écriture qu'il évoque en commentant la deuxième épître à Timothée : Toute Écriture divinement inspirée est utile pour enseigner, argumenter, corriger et éduquer dans la justice (2 Tm 3, 16). Ces quatre effets sont l'enseignement de la vérité, l'argumentation contre les erreurs, l’éloignement du mal et la conduite vers le bien. Saint Thomas montre combien l'intelligence se purifie par la parole de Dieu. Voir vol. I, n° 1366, note 8.

8. Jn 13, 10.

DEMEUREZ EN MOI, ET MOI EN VOUS.

 

1988. Ici, le Seigneur incite ses disciples à la persévérance comme pour dire : puisque vous êtes purs, et avez reçu un si grand bienfait, vous devez persévérer. Aussi dit-il : DEMEUREZ EN MOI, par la charité - Celui qui demeure dans la chanté demeure en Dieu l - et par la participation aux sacrements - Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi2. Il dit donc DEMEUREZ EN MOI, en recevant la grâce, ET MOI EN VOUS, en vous aidant.

 

b) Jean 15, 4-5 – Le Christ donne les raisons de demeurer en lui.

 

1989. Ensuite le Christ donne les raisons de demeurer en lui, qui sont au nombre de quatre. La première raison de demeurer est la sanctification de ceux qui demeurent ; la deuxième, la punition de ceux qui ne demeurent pas [n° 1994] ; la troisième est que ceux qui demeurent en lui voient leur volonté s'accomplir [n° 1995] ; la quatrième est la glorification de Dieu [n° 1996].

 

I

 

En ce qui concerne la première raison de demeurer, le Seigneur montre d'abord que l'adhésion au Christ est nécessaire pour porter du fruit ; il montre ensuite qu'elle est efficace [n° 1991].

 

COMME LE SARMENT NE PEUT PORTER DU FRUIT PAR LUI-MÊME, S'IL NE DEMEURE EN LA VIGNE, AINSI VOUS NON PLUS, SI VOUS NE DEMEUREZ EN MOI – MOI, JE SUIS LA VIGNE, ET VOUS, LES SARMENTS. (15, 4-5)

 

1990. Le Seigneur présente d'abord une allégorie, puis il montre qu'elle convient.

Il dit donc : Je dis que vous devez demeurer en moi afin de porter du fruit, parce que COMME LE SARMENT - au sens littéral, le sarment matériel - NE PEUT PORTER DU FRUIT PAR LUI-MÊME, S'IL NE DEMEURE EN LA VIGNE, dont la sève montant de la racine donne vie aux sarments, AINSI VOUS NON PLUS - sous-entendu : vous ne pouvez pas porter de fruit par vous-mêmes -, SI VOUS NE DEMEUREZ EN MOI, qui suis la vigne. Le fait de demeurer dans le Christ est donc la raison (ratio) de la fructification. Aussi est-il dit de ceux qui ne demeurent pas en lui : Quel fruit avez-vous donc retiré de tout ce qui, maintenant, vous fait rougir ?3 - Tout ce qu'assemble l'hypocrite est stérile4.

 

MOI, JE SUIS LA VIGNE, ET VOUS, LES SARMENTS.

 

Cette allégorie convient bien parce que MOI, JE SUIS LA VIGNE, ET VOUS, LES SARMENTS, autrement dit : le rapport de vous à moi est le même que celui des sarments à la vigne. De ces sarments il est dit : La vigne étendit ses sarments jusqu'à la mer5.

 

CELUI QUI DEMEURE EN MOI ET MOI EN LUI, CELUI-LÀ PORTE BEAUCOUP DE FRUIT : PARCE QUE SANS MOI VOUS NE POUVEZ RIEN FAIRE. (15, 5)

 

1. 1 Jn 4, 16.

2. Jn 6, 57.

3. Rm6, 21.

4. Jb 15, 34.

5. Ps 79, 12.

1991. Ici, le Christ montre que le fait de demeurer en lui est efficace : il en montre d'abord l'efficacité, puis il indique la cause de cette efficacité [n° 1993].

 

1992. Il dit donc : Je dis que non seulement il est nécessaire que l'homme demeure en moi afin de porter du fruit, mais encore que cela est efficace ; car CELUI QUI DEMEURE EN MOI, en croyant, en obéissant et en persévérant, ET MOI EN LUI, en l'illuminant, en lui venant en aide, en lui donnant la persévérance, CELUI-LÀ, et non un autre, PORTE BEAUCOUP DE FRUIT.

Il porte, dis-je, un triple fruit en cette vie. Le premier est qu'il s'abstient des péchés - Tout son fruit, c'est que son péché soit ôté 1. Le second est qu'il se consacre aux œuvres de la sainteté - Votre fruit, vous l'avez dans la sanctification2. Le troisième est qu'il se donne pour l'édification des autres - Du fruit de tes œuvres la terre se rassasiera3.

Il porte également un quatrième fruit dans la vie éternelle – Il amasse du fruit pour la vie éternelle4. C'est là le fruit ultime et parfait de nos labeurs - Le fruit des bons labeurs est plein de gloire5.

 

PARCE QUE SANS MOI VOUS NE POUVEZ RIEN FAIRE.

 

1993. Par ces mots, le Seigneur donne la raison de cette efficacité. Par là il instruit les cœurs des humbles en même temps qu'il ferme la bouche des orgueilleux6, principalement des pélagiens7, qui disent pouvoir faire par eux-mêmes, sans l'aide de Dieu, les œuvres bonnes des vertus et de la Loi ; en voulant ainsi défendre le libre arbitre, ils le renversent plutôt.

En effet, le Seigneur dit ici que sans lui nous ne pouvons faire de grandes choses, ni même de petites, ni d'ailleurs rien du tout. Et ce n'est pas étonnant, puisque Dieu lui-même ne fait rien sans lui - Sans lui, rien n'a été fait8. En effet, nos œuvres sont faites soit en vertu de la nature, soit en vertu de la grâce divine. Dans le premier cas, puisque tous les mouvements de la nature viennent du Verbe de Dieu lui-même, sans lui aucune nature ne peut être mue pour faire quoi que ce soit. Quant aux actes accomplis en vertu de la grâce, puisqu'il est lui-même l'auteur de la grâce - La grâce et la vérité nous sont venues de Jésus Christ9 -, il est manifeste qu'aucune œuvre méritoire ne peut être faite sans lui10 - Ce n'est pas que de nous-mêmes nous suffisions à penser quelque chose comme venant de nous ; non, notre suffisance vient de Dieu 11. Si donc nous ne pouvons même pas penser si ce n'est par Dieu, encore moins pourrons-nous d'autres choses.

 

II

 

SI QUELQU'UN NE DEMEURE PAS EN MOI, IL SERA JETÉ DEHORS COMME LE SARMENT, ET IL SÉCHERA ; ET ON LE RAMASSERA, ET ON LE JETTERA AU FEU, ET IL BRÛLERA. (15, 6)

 

1994. Le Christ donne ici la deuxième raison de demeurer en lui, liée à la menace d'une peine ; car si nous ne demeurons pas en lui, nous n'échapperons pas à la peine.

Il présente cinq éléments qui aggravent cette peine ; certains d'entre eux se rapportent à la peine du dam1, à savoir l'expulsion hors de la gloire : ON LE JETTERA dehors. Parfois nous voyons que sur la vigne matérielle, un sarment demeure attaché par un lien extérieur, mais non pas par participation à la sève ; ainsi certains demeurent dans le Christ seulement par la foi, sans toutefois avoir part à la sève de la vigne, parce qu'ils ne sont pas dans la charité. C'est pourquoi ceux-là seront jetés dehors, c'est-à-dire séparés de l'assemblée des bons2.

 

1. Is 27, 9.

2. Rm 6, 22.

3. Ps 103, 13. 4. Jn4, 36.

5. Sg3, 15.

6. Cf. saint Augustin, Tract, in Io., LXXXI, 2, BA 74B, p. 83.

7. Sur Pelage et le pélagianisme, voir ci-dessus, n° 1856, note 8.

8. Jn 1, 3.

9. Jn 1, 17.

10. Voir Somme théol, I-II, q. 113 et 114, où saint Thomas distingue les deux effets de la grâce opérante et de la grâce coopérante, la justification et le mérite.

11. 2 Co 3, 5.

La deuxième peine du dam est le dessèchement : ET IL SÉCHERA. C'est-à-dire, si le sarment tenait quelque chose de sa racine, il le perdra, dépouillé du secours et de la vie de cette racine. Car les mauvais chrétiens semblent avoir quelque verdeur ; mais quand ils seront séparés des saints et du Christ, leur sécheresse apparaîtra - Ma force s'est desséchée comme un tesson^.

La troisième peine, c'est que ces sarments seront associés aux mauvais : ET ON LE RAMASSERA - c'est ce que feront les anges moissonneurs à l'égard des mauvais, ce qui est bien la plus grande des peines. Si, en effet, être pour une heure avec des mauvais est une grande peine, combien plus être pour toujours avec les pires hommes et les démons ? Ils se retrouveront réunis en un seul fagot dans le lac4. - Ramassez d'abord l'ivraie, et liez-la en bottes pour la brûler5.

La quatrième peine, c'est la peine du sens : ET ON LE JETTERA AU FEU, c'est-à-dire au feu éternel - Qu'adviendra-t-il du bois de la vigne entre tous les arbres des bois ? (...) Voici qu’il a été donné en pâture au feu 6. Car les bois de vigne, s'ils ne demeurent pas sur la vigne, sont plus méprisables que tous les autres bois, mais s'ils demeurent sur la vigne, ils sont les plus glorieux. Voilà pourquoi Augustin dit : « Une de ces deux choses convient au sarment : la vigne ou le feu ; s'il n'est pas sur la vigne, il sera dans le feu7 » - Allez, maudits, au feu éternel8.

La cinquième peine, c'est l'épreuve perpétuelle du feu : ET IL BRÛLERA, à perpétuité - Les impies s'en iront au supplice éternel9.

 

III

 

SI VOUS DEMEUREZ EN MOI, ET QUE MES PAROLES DEMEURENT EN VOUS, VOUS DEMANDEREZ TOUT CE QUE VOUS VOUDREZ, ET CELA VOUS SERA ACCORDÉ (15, 7)

 

1995. Le Christ donne ici la troisième raison de demeurer en lui, qui se prend de l'efficacité de leur demande, comme pour dire : SI VOUS DEMEUREZ EN MOI, vous obtiendrez ce fruit, à savoir que VOUS DEMANDEREZ TOUT CE QUE VOUS VOUDREZ, ET CELA VOUS SERA ACCORDÉ.

Mais remarquons qu'il reprend là deux points qu'il avait touchés en les exhortant à demeurer en lui. Le premier point : Demeurez en moi10, il le reprend en disant : SI VOUS DEMEUREZ EN MOI – Le second : et moi en vous 11, il dit à la place : ET QUE MES PAROLES DEMEURENT EN VOUS Parce que le Christ est le Verbe du Père toute parole (verbum) de sagesse vient de lui - La source de la sagesse, c'est le Verbe de Dieu au plus haut des deux 12. Il est donc manifeste que le Christ est en nous lorsque les paroles (verba) de sa sagesse sont en nous - Vous n'avez pas la parole de Dieu (verbum Dei) demeurant en vous1.

 

1. À ce sujet, voir vol. I, n° 548, note 12.

2. Cf. Ez 34, 17 – Voici que moi, je juge entre bétail et bétail, entre celui des béliers et celui des boucs. Ez 34, 20 – Me voici moi-même, je juge entre la brebis grasse et la brebis maigre. Ez 20, 36-38 – Je vous jugerai, dit le Seigneur Dieu (...) et je séparerai de vous les transgresseurs et les impies.

3. Ps 21, 16.

4. Is 24, 22.

5. Mt 13, 30.

6. Ez 15, 2 et 4.

7. Tract, in Io., LXXXI, 3, BA 74B, p. 87.

8. Mt 25, 41.

9. Mt 25, 46.

10. Jn 15, 4.

11. Idem.

12. Si 1, 5 (verset propre à la Vulgate).

Voilà pourquoi il dit : ET QUE MES PAROLES DEMEURENT EN VOUS, ce qui se fait de quatre manières : en aimant, en croyant, en méditant et en accomplissant - Mon fils, écoute mes paroles en croyant, et incline l'oreille à mes propos en obéissant ou en accomplissant, ne les quitte pas des yeux en méditant, et garde-les au milieu de ton cœur2 en aimant. - Tes paroles se sont présentées, et je les ai dévorées^".

Les paroles du Christ sont donc en nous lorsque nous faisons ce qu'il a commandé, et que nous aimons ce qu'il a promis. Et de là suit également que nous sommes instruits de ce que nous devons demander - Nous ne savons ce que nous devons demander dans la prière, mais l'Esprit lui-même demande pour nous par des gémissements ineffables*. Voilà pourquoi, selon Matthieu5 et Luc6, avec ses propres paroles, il nous a également appris à prier.

Ainsi donc, crues et méditées, les paroles de Dieu nous forment pour que nous demandions ce qui est nécessaire à notre salut. Mais, aimées et accomplies, elles nous aident à mériter ; et c'est pourquoi il ajoute : vous demanderez tout ce que VOUS VOUDREZ, avec discernement et persévérance, ET CELA VOUS SERA ACCORDÉ ; et plus tard il dira : Si vous demandez quelque chose au Père en mon nom, il vous le donnera''.

 

1. Jn 5, 38.

2. Pr 4, 20-21.

3. Jr 15, 16.

4. Rm 8, 26.

5. Cf. Mt 6, 9. Saint Thomas commente : « Pourquoi donc faut-il prier ? Je réponds. Non pas pour enseigner mais pour fléchir le genou, pour devenir un familier de Dieu, pour t'humilier et te souvenir de tes péchés. (...) Le Seigneur dit : Priez ainsi, et non pas : "Priez ceci". Il n'interdit pas de prier autrement mais il nous apprend à prier ainsi. Cette prière a donc trois caractères : elle est brève, parfaite et efficace. Elle est brève pour que tous puissent la saisir, aussi bien les gens érudits que les gens sans instruction, et aussi pour donner confiance qu'on sera facilement exaucé. (...) De même elle est parfaite ; en effet, c'est Dieu lui-même qui l'a donnée, et les œuvres de Dieu sont parfaites. Elle est aussi efficace, c'est pourquoi les Apôtres disaient : Apprends-nous à prier (Le 11, 1). Et lui-même a dit : Vous prierez ainsi : "Notre Père qui es aux deux... "« (Sup. Matth. lect., VI, nos 581 et 583).

6. Cf. Le 11, 2.

IV

 

EN CECI MON PÈRE EST GLORIFIE : QUE VOUS PORTIEZ BEAUCOUP DE FRUIT ET QUE VOUS DEVENIEZ MES DISCIPLES. (15, 8)

 

1996. Le Christ donne ici la quatrième raison de demeurer en lui, tirée de la gloire du Père. Toutes nos œuvres, nous devons les rapporter à la gloire de Dieu - Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne la gloire8. - Que vous mangiez ou buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu9.

Le Seigneur montre donc que nous sommes dans le Christ parce qu'à partir de cela nous portons du fruit, et que par ce fruit le Père est glorifié, et c'est pourquoi il dit : EN CECI MON PÈRE EST GLORIFIÉ, QUE VOUS PORTIEZ BEAUCOUP DE FRUIT, c'est-à-dire que ce fruit rejaillisse pour la gloire du Père.

Il présente ici, dans l'ordre inverse, trois faits qui se suivent les uns les autres. L'un concerne cette adhésion : QUE VOUS DEVENIEZ MES DISCIPLES, ce qui est la même chose que : Demeurez en moi10.

Et de cela s'ensuit le deuxième point : QUE VOUS PORTIEZ BEAUCOUP DE FRUIT. Et par là mon Père est glorifié. Comme pour dire : C'est la gloire du Père que vous portiez du fruit, et vous portez beaucoup de fruit du fait que vous êtes mes disciples. D'abord en vous conduisant bien, et par là Dieu est glorifié - Qu'ils voient vos bonnes œuvres, et glorifient votre Père11. Ensuite par un enseignement droit, ce qui glorifie également Dieu - Tout homme qui invoque mon nom, c'est à ma gloire que je l’ ai créé1. Les Apôtres sont donc cette terre qui porte beaucoup de fruit2, comme il est dit ensuite : ET QUE VOUS DEVENIEZ MES DISCIPLES, en demeurant en moi et en étant fervents dans la charité.

 

7. Jn 16, 23.

8. Ps 113 B, 1.

9. 1 Co 10, 31.

10. Jn 15, 4.

11. Mt 5, 16.

Tels sont en effet les signes qui caractérisent les disciples du Christ : en premier lieu, l'adhésion au Christ - Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples3. Par là ils sont rendus capables de porter le fruit de la doctrine.

En second lieu, l'observance de la charité - En ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres4. C'est par là qu'ils sont rendus capables de porter un fruit de bonnes œuvres - Si j'avais le don de prophétie, et si je connaissais tous les mystères et toute la science, si j'avais toute la foi jusqu'à déplacer des montagnes, si je n'ai pas la chanté, je ne suis rien5 – on montre là que sans la charité rien ne vaut.

 

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