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a) Jean 20, 26 – L'apparition du Christ.

 

ET HUIT JOURS APRÈS, SES DISCIPLES ÉTAIENT ENCORE À L'INTÉRIEUR, ET THOMAS AVEC EUX. JÉSUS VINT, LES PORTES ÉTANT CLOSES, ET IL SE TINT AU MILIEU D'EUX ET LEUR DIT : « PAIX À VOUS. » (20, 26)

 

Au sujet du premier point, l'Évangéliste fait trois choses : il décrit le moment de l'apparition, puis les personnes auxquelles le Christ apparut [n° 2553], enfin il montre le mode de l'apparition [n° 2554].

 

2552. Il indique d'abord le moment : HUIT JOURS APRÈS, c'est-à-dire après le jour de la Résurrection du Seigneur, où eut lieu, le soir, la première apparition. À cela, il y a une première raison littérale : l'Évangéliste veut montrer que, bien que le Christ soit apparu plusieurs fois à ses disciples, il ne vivait cependant pas avec eux de façon continue, puisqu'il n'était pas ressuscité pour le même mode de vie, de même que nous non plus nous ne ressusciterons pas pour la même vie - Pendant tous les jours où je combats maintenant, j'attends que mon changement survienne1. Et c'est encore pour que Thomas, entendant entre-temps les disciples parler de l'apparition précédente, soit enflammé d'un plus grand désir et devienne plus fidèle à l'avenir2.

Une autre raison, mystique, est que cette apparition signifie celle par laquelle le Christ nous apparaîtra dans la gloire - Lorsqu'il apparaîtra, nous serons semblables à lui car nous le verrons tel qu'il est3. Et assurément cette apparition aura lieu au huitième âge de ceux qui ressuscitent4.

 

1. Jb 14, 14. Saint Thomas commente : « II avait comparé précédemment la vie de l'homme sur terre à un service militaire et aux journées d'un mercenaire, car le soldat comme le mercenaire attendent autre chose au terme de leur service. Et donc, de même que plus haut il a exprimé l'état du ressuscité par le jour auquel aspire le mercenaire, ainsi maintenant il exprime la même chose sous l'image du soldat. Et notons qu'il n'attend pas une fin qu'il aurait désirée quelques jours de sa vie ; car tous les jours de sa vie, il les assimile au temps du service militaire en disant : Pendant tous les jours où je combats maintenant. En outre, il faut noter que l'homme n'attend pas une autre vie semblable à celle-ci ; car alors elle serait aussi un service militaire, mais il attend une vie où il ne milite plus, mais où il triomphe et règne, et donc il dit : J'attends que mon changement survienne, comme s'il disait : En toute cette vie je milite, sujet aux mutations, aux labeurs et aux angoisses. Et de ce renouveau l'Apôtre dit : Nous ressusciterons tous mais nous ne serons pas tous changés (1 Co 15, 51) » (Exp. super lob, 14, 14, p. 93, 1. 177-195).

2. Cf. saint Jean Chrysostome, In Ioannem hom., LXXXVII, 1, PG 59, col. 473.

SES DISCIPLES ÉTAIENT ENCORE À L'INTÉRIEUR, ET THOMAS AVEC EUX.

 

2553. L'Évangéliste montre ensuite ceux auxquels le Christ est apparu. Notons ici que seul Thomas avait besoin de cette apparition ; cependant, ce n'est pas à lui en particulier (singulanter) que le Seigneur est apparu, mais à lui en tant qu'il appartenait à la communauté, pour signifier que les singularités ne sont pas tellement agréées par Dieu, mais plutôt ceux qui demeurent dans la communion de la charité - Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux5. Et de même que ceux à qui il apparaît maintenant n'ont pas été rassemblés en même temps6, ainsi lors de cette apparition tous n'étaient pas ensemble. Mais dans l'apparition future, tous seront présents, de sorte qu'aucun ne manquera - Là où se trouve le corps, là aussi se rassembleront les aigles1. — Il enverra ses anges avec trompette et grande voiX) et ils rassembleront les élus des quatre vents d'une extrémité des deux à l’autre2.

 

3. 1 Jn 3, 2.

4. Le huitième âge représente l'âge éternel, celui de notre résurrection pour la vie éternelle, dont le Christ nous a ouvert le chemin en y entrant le premier par sa résurrection (le huitième jour). Citons saint Augustin : « Pourquoi donc au huitième jour ? Parce que dans la semaine, le premier jour est le même que le huitième. En effet, les sept jours étant achevés, on revient au premier. Le septième se finit avec la sépulture du Seigneur, et on revient au premier avec la résurrection du Seigneur. La résurrection du Seigneur nous a en effet promis un jour éternel et a consacré pour nous le jour du Seigneur » (Serm. de Scr., 169, II, 3, PL 38, col. 916). Et : « Le septième âge sera notre sabbat, et ce sabbat n'aura pas de soir, mais il sera le jour du Seigneur et, pour ainsi dire, un huitième jour éternel : car le dimanche, consacré par la résurrection du Christ, préfigure l'éternel repos de l'esprit et du corps. Là, nous nous reposerons et nous verrons ; nous verrons et nous aimerons ; nous aimerons et nous louerons. Voilà ce qui sera à la fin, sans fin. Car quelle autre fin avons-nous, sinon de parvenir au royaume qui n'aura pas de fin ? » (La Cité de Dieu, XXII, XXX, 5, BA 37, p. 717-719).

5. Mt 18, 20.

6. Il s'agit ici de l'appel des disciples. Cf. Jn 1, 35 sq. ; Mt 4, 18 sq. ; Mc 1, 16 sq. ; Lc 5, 1 sq.

JÉSUS VINT, LES PORTES ÉTANT CLOSES, ET IL SE TINT AU MILIEU D'EUX ET LEUR DIT : « PAIX À VOUS. »

 

2554. L'Évangéliste rapporte ensuite le mode de l'apparition, ce qu'on a exposé plus haut3. Néanmoins, il mentionne ici trois choses à ce sujet. Premièrement, il mentionne la manière dont il vient LES PORTES ÉTANT CLOSES, ce qui se produisit de manière miraculeuse, comme le dit Augustin4, en vertu de cette puissance grâce à laquelle il a marché à pied sec sur la mer5. Ensuite la manière dont il s'est tenu, AU MILIEU, pour être vu de tous ; de fait, il convenait qu'il se tînt au milieu6. Enfin la manière dont il leur parla : « PAIX À VOUS », à savoir la paix7 de la réconciliation, qu'il annonça comme désormais accomplie à l'égard de Dieu - Nous sommes réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils 8. - Faisant la paix par le sang de sa Croix, aussi bien dans les deux que sur la terre9. Paix aussi de l'éternité et de l'immortalité à venir dont il leur promit la possession - Lui qui a établi sur tes confins^ ceux de la Jérusalem céleste, la paix 10. Paix enfin de la charité et de l'unité qu'il leur a commandé de garder - Ayez la paix entre vous11.

 

b) Jean 20, 27 – La confirmation de Thomas.

 

2555. On voit ici que le disciple qui doutait est affermi et de nouveau appelé ; il apparaît, par ce signe de la miséricorde divine, que le Seigneur vient aussitôt au secours de ses élus dans le malheur, bien que tous tombent. Les élus, en effet, tombent parfois, comme aussi les réprouvés, mais de manière différente, car les réprouvés se brisent ; mais aux élus le Seigneur tend aussitôt la main afin qu'ils se relèvent - Lorsque tombe le juste il ne se brisera pas car le Seigneur lui tient la main 12. - Si je disais : « Mon pied est ébranlé », ta miséricorde, Seigneur, me soutenait13. Et donc le Seigneur tend aussitôt la main à Thomas qui a trébuché, si bien que, alors que celui-ci disait : Si je ne vois pas, je ne croirai pas, il le rappelle en disant : Mets ton doigt là.

Trois choses sont rapportées à ce propos : la présentation des cicatrices, la confession de Thomas [n° 2562] et le reproche au sujet de sa lenteur à croire [n° 2563].

 

1. Mt 24, 28. Voir ci-dessus, n° 1862, note 7.

2. Mt 24, 31.

3. Cf. nos 2526, 2531, 2532.

4. Sermo CCXLVU in diebus paschalibus, in : Sermones de Tempore, PL 38, col. 1157.

5. Cf. Mt 14, 25 ; Me 6, 48 ; Jn 6, 19.

6. Cf. ci-dessus, nos 2417 et 2531.

7. Sur la paix, voir ci-dessus, nus 1961-1964 et 2174.

8. Rm 5, 10.

9. Col 1, 20.

10. Ps 147, 14.

11. Mc 9, 49.

12. Ps 36, 24.

13. Ps 93, 18.

Ι

 

PUIS IL DIT À THOMAS : « METS TON DOIGT LÀ ET VOIS MES MAINS ; APPROCHE TA MAIN ET METS-LA DANS MON CÔTÉ, ET NE SOIS PAS INCRÉDULE MAIS CROYANT. » (20, 27)

 

2556. Il faut d'abord, ici, noter que Thomas a posé des conditions pour croire, à savoir voir et palper les cicatrices, comme il a été dit ; et si cela lui advenait, il promettait de croire. C'est pourquoi, comme il disait cela, le Seigneur, se tenant là par la présence de sa divinité, le rappelle à lui en tenant compte de ses conditions. Le Seigneur effectue la condition, puis demande l'accomplissement de la promesse de Thomas [n° 2561].

 

METS TON DOIGT LÀ.

 

2557. La condition en effet était de pouvoir palper les cicatrices. Mais ici surgit un doute : parce qu'aucun défaut ne peut se trouver dans les corps glorieux et que les cicatrices sont des défauts, comment donc y eut-il des cicatrices dans le corps du Christ ?

Augustin répond en disant : « Le Seigneur pouvait, s'il le voulait, faire disparaître toute marque de cicatrice du corps ressuscité et glorifié, mais il savait pourquoi il laissait les cicatrices dans son corps. D'abord pour les montrer à Thomas qui ne croirait pas s'il ne les touchait et voyait, ensuite pour blâmer les infidèles et les pécheurs lors du jugement ; non pas pour leur dire comme à Thomas : Parce que tu m'as vu tu as cru, mais pour les confondre en disant : Voici l'homme que vous avez crucifié ; vous voyez les blessures que vous lui avez infligées, vous reconnaissez le côté que vous avez transpercé, puisque c'est par vous et pour vous qu'il a été ouvert et que cependant vous n'avez pas voulu entrer. »1

 

2558. À la suite de cela on se demande aussi si les traces des blessures demeurent dans les corps des martyrs. Mais Augustin répond également à cela dans La Cité de Dieu, en disant qu'elles demeureront non pour la laideur mais pour une beauté sans mesure : « Car il y aura en elles non de la laideur, mais de la dignité ; et une beauté, non la beauté du corps bien qu'elle soit dans un corps, mais la beauté de la vertu, rayonnera en elles. Si des membres ont été amputés ou arrachés aux martyrs, il ne s'ensuivra cependant pas qu'ils en seront privés à la résurrection des morts, eux à qui a été dit : Aucun cheveu de votre tête ne périra2. Mais des cicatrices seront visibles aux endroits où les membres, pour être détachés, ont été frappés ou coupés ; ces membres eux-mêmes ne se trouveront pourtant pas perdus, mais restitués3. »

 

2559. Mais, selon Grégoire4, puisqu'il n'est pas possible de palper ce qui est incorruptible, comment le Seigneur a-t-il présenté son corps incorruptible pour qu'on puisse le palper ? - Le Christ ressuscité des morts ne meurt plus5. C'est pourquoi, troublé par cette raison, l'hérétique Eutychès a dit que le corps du Christ et les corps de tous les hommes ressuscites ne seront pas palpables, mais subtils et spirituels6 à la manière du vent et des esprits.

Mais cela va contre ce que dit le Seigneur : Touchez-moi et voyez qu'un esprit n'a ni chair ni os7 ; et le Seigneur a donc manifesté qu'il était incorruptible et palpable pour montrer qu'après la Résurrection son corps était de même nature, qu'il avait été corruptible et qu'il avait revêtu l'incorruptibilité8, et qu'il était d'une gloire autre, car ce qui avait été laid et ignominieux ressuscita dans la gloire, avec une subtilité due à l'effet d'une puissance spirituelle.

 

2560. Mais il ajoute : VOIS MES MAINS qui furent suspendues sur la croix ET METS-LA [ta main] DANS MON CÔTÉ, transpercé par la lance, et reconnais que je suis celui-là même qui fut suspendu à la croix. Au sens mystique, par le doigt est signifié le discernement, et par la main, notre œuvre. Le Seigneur nous exhorte donc à mettre dans son côté et le doigt et la main, afin que tout ce que nous pouvons avoir comme discernement et comme œuvre, nous le dépensions au service du Christ - Pour moi, que jamais je ne me glorifie si ce n'est dans la Croix de notre Seigneur Jésus Christ1.

 

1. Pseudo-Augustin, Sermo de Symbolo ad Catechumenos, VIII, 16, PL 40, col. 647.

2. Ac 27, 34. Cf. Mt 10, 30 ; Lc 12, 7.

3. La Cité de Dieu, XXII, XIX, 3, BA 37, p. 635.

4. Morales sur Job, XIV, LVI, 72, SC 212, p. 435.

5. Rm 6, 9.

6. Voir ci-dessus, n" 2527 et note 11.

7. Le 24, 39.

8. Cf. 1 Co 15, 53.

2561. Et il lui demande de tenir sa promesse en disant : ET NE SOIS PAS INCRÉDULE MAIS CROYANT - Sois fidèle jusqu'à la mort2.

 

II

 

THOMAS RÉPONDIT ET LUI DIT : « MON SEIGNEUR ET MON DIEU. » (20, 28)

 

2562. Il apparaît ici que Thomas devint aussitôt un bon théologien en confessant la vraie foi, car il a confessé l'humanité du Christ en disant « MON SEIGNEUR ». C'est ainsi en effet qu'ils l'appelaient avant la Passion - Vous m'appelez Seigneur et Maître3. Et il a aussi confessé sa divinité en disant : « MON DIEU »4. Auparavant, en effet, ils ne l'appelaient pas Dieu, si ce n'est quand Pierre a dit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant5. - Celui-ci est le vrai Dieu et la vie éternelle6. - Tu es mon Dieu et je te confesse7.

 

1. Ga 6, 14. Saint Thomas commente : « II [l'Apôtre] ne se glorifie en rien sinon dans le Christ, et principalement dans la Croix du Christ, et cela parce qu'en elle se trouvent toutes les choses dont les hommes ont coutume de se glorifier. En effet, certains se glorifient de l'amitié des grands (par exemple des rois ou des princes), et cela l'Apôtre le trouve au plus haut point dans la Croix, puisque là est montré le signe évident de l'amitié divine - Dieu prouve ainsi sa charité envers nous : le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous (Rm 5, 8). Car rien ne montre son amour (caritatem) pour nous autant que la mort du Christ. Aussi Grégoire dit-il : "Ô inestimable dilection de la charité ! Pour racheter l'esclave, tu as livré le Fils". De même certains se glorifient de la science. Et l'Apôtre trouve la science la plus excellente dans la Croix - En effet je n'ai rien estimé savoir parmi vous sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié (1 Co 2, 2). Car dans la Croix est la perfection de toute la Loi, et tout l'art de bien vivre. De même certains se glorifient de la puissance. Et l'Apôtre a la plus grande puissance par la Croix - Le langage de la Croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu (1 Co 1, 18). De même certains se glorifient de la liberté [qu'ils ont] acquise. Et celle-là l'Apôtre l'obtient par la Croix - Notre vieil homme est crucifié, (...) pour que nous ne servions plus ensuite le péché (Rm 6, 6). De même certains se glorifient dans le signe triomphal de la victoire. Mais la Croix est le signe triomphal de la victoire du Christ contre les démons - Dépouillant les principautés et les puissances, il les a traînées hardiment, les soumettant ouvertement (Col 2, 15). - Béni le bois par lequel se fait la justice (Sg 14, 7) » (Ad Gai. lect., VI, n° 371).

2. Ap 2, 10.

III

 

JÉSUS LUI DIT : « PARCE QUE TU M'AS VU, THOMAS, TU AS CRU. HEUREUX CEUX QUI N'ONT PAS VU ET QUI ONT CRU. » (20, 29)

 

2563. Mais le Seigneur reproche à Thomas sa lenteur en disant : PARCE QUE TU M'AS VU, THOMAS, TU AS CRU. Il lui reproche d'abord sa lenteur, puis il met en lumière la promptitude des autres à croire [n° 2566].

 

2564. Il lui dit donc : PARCE QUE TU M'AS VU. Il y a ici un doute8 car, puisque la foi est la substance des réalités qu'on espère, l'argument de ce qui n'est pas évident9, comme le dit l'épître aux Hébreux, comment le Seigneur peut-il dire : PARCE QUE TU M'AS VU, TU AS CRU ? Mais il faut dire qu'il a vu une chose et en a cru une autre 10. Il a vu l'homme et les cicatrices et, à partir de là, il a cru à la divinité du Christ ressuscité.

 

2565. Il y a un autre doute, car à Thomas qui avait demandé : Si je ne vois pas et ne touche pas, le Seigneur a accordé ces deux choses, le toucher et la vision. Il aurait donc dû dire : parce que tu m'as vu et touché, tu as cru.

 

3. Jn 13, 13.

4. Cf. Theophylacte, Enarr. in Ev. S. Ioannis. In h. loc, PG 124, col. 302 A.

5. Mt 16, 16.

6. 1 Jn 5, 20.

7. Ps 117, 28.

8. Saint Thomas reprend la remarque de saint Grégoire le Grand, XL hom. in Évang., II, hom. 26, 8, PL 76, col. 1202 A.

9. He 11, 1.

10. Voir ci-dessus, n" 2489.

Je réponds en disant que, selon Augustin1, nous nous servons de la vision pour désigner n'importe quel sens. Nous disons en effet : « Vois » comme c'est chaud, comme cela retentit, « vois » le goût de ceci, « vois » comme cela fait ma1. Jésus dit donc : METS TON DOIGT LÀ ET VOIS, non pas que la vision se trouve dans le doigt, mais pour dire : Touche et expérimente ; de même PARCE QUE TU M'AS VU, c'est-à-dire parce que tu as eu une expérience de moi aussi par le toucher2.

Ou bien disons qu'en voyant les blessures et les cicatrices, Thomas a été confondu en lui-même et, avant de mettre le doigt, il crut et dit : « MON SEIGNEUR ET MON DIEU. » Cependant, Grégoire3 dit qu'il a touché et que, en voyant, il a confessé.

 

2566. En disant ensuite HEUREUX CEUX QUI N'ONT PAS VU ET QUI ONT CRU, le Christ met en lumière la promptitude avec laquelle les autres ont cru ; et cela nous concerne spécialement, car il utilise le passé à la place du futur à cause de la certitude4. Contrairement à cela il y a ce verset de saint Luc : Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez5. Donc ceux qui ont vu sont davantage bienheureux que ceux qui n'ont pas vu. Là je réponds qu'il y a deux béatitudes. La première béatitude regarde une réalité qui consiste en un don divin qui, plus il est donné, plus il rend bienheureux ; de ce point de vue, bienheureux sont les yeux qui voient, car c'est un don de la grâce. L'autre béatitude, celle de l'espérance, réside dans le mérite ; de cet autre point de vue, celui-là est d'autant plus heureux qu'il peut mériter davantage. En effet, celui qui croit et ne voit pas mérite davantage que celui qui voit et croit.

 

c) Jean 20, 30 – La récapitulation de tout ce qui a été dit dans l'Évangile.

 

2567. L'Évangéliste donne ici l'épilogue : il souligne d'abord l'insuffisance de ce qu'il a écrit, puis en montre l'utilité [n° 2568].

 

1. Tract, in Io., CXXI, 5, BA 75, p. 365.

2. Saint Thomas, là encore, est bien le disciple d'Aristote, qui lie l'expérience au sens du toucher et montre qu'il est le sens de la vie, nécessaire pour sa conservation : « II est nécessaire que ce soit le seul sens dont la privation entraîne chez les animaux la cessation de la vie » (De l'âme, III, 13, 435 b 4). « C'est par le toucher que la vie se définit » (loc. cit., b 16), et il se trouve d'une manière excellente dans l'homme : « En ce qui concerne le toucher, [l'homme] possède une finesse très supérieure à celle des autres animaux, ce qui justifie qu'il soit le plus prudent d'entre eux » (op. cit., II, 9, 421 a 20-23). Aussi l'expérience du réel existant, l'expérience au sens fort, qui se distingue de l'expérience purement interne, affectionne le sens du toucher qui permet un contact plus immédiat et plus intime avec la réalité existante, et ainsi un éveil plus profond de l'intelligence prudentielle et sapientiale. Aristote ne le dit pas plus explicitement, mais toute sa philosophie fondée sur l'expérience le montre. Et on voit bien ici le réalisme de la foi qui va assumer le réalisme de l'intelligence en l'utilisant comme une disposition : Thomas, en touchant sensiblement les blessures du Christ, réveille son intelligence puis, porté par le regard et l'amour du Christ, pose un acte de foi.

3. XL hom. in Evang., II, hom. 26, 8, PL 76, col. 1201 D-1202 A.

4. Saint Augustin voyait dans ce qu'on appellerait aujourd'hui un « parfait prophétique » le signe que Jésus connaissait le futur selon la prédestination divine (Tract, in Io., CXXI, 5, BA 75, p. 367).

5. Le 10, 23.

JÉSUS A FAIT ENCORE EN PRÉSENCE DE SES DISCIPLES BEAUCOUP D'AUTRES SIGNES QUI NE SONT PAS ÉCRITS DANS CE LIVRE. (20, 30)

 

L'insuffisance du livre apparaît en ceci, que JÉSUS A FAIT ENCORE (...) BEAUCOUP D'AUTRES SIGNES QUI NE SONT PAS ÉCRITS DANS CE LIVRE - Si c'est avec peine que nous avons entendu une petite goutte de ses paroles, qui pourra contempler l'éclat du tonnerre de sa grandeur ?6 - Beaucoup de choses cachées sont plus grandes que celles-ci, car nous voyons peu de ses œuvres7. Selon Chrysostome8, si Jean dit cela, c'est parce qu'il raconte moins de miracles que les autres évangélistes. Donc, ne voulant pas paraître les nier, il dit cela et ajoute de manière spéciale : QUI NE SONT PAS ÉCRITS DANS CE LIVRE.

 

6. Jb 26, 14.

7. Si 43, 36.

8. In Ioannem hom., LXXXVII, 1, PG 59, col. 474. Saint Jean Chrysostome insiste aussi sur le fait que les signes non rapportés par Jean appartiennent à la période des apparitions du Ressuscité.

Ou bien ceci se rapporte à la Passion et à la Résurrection, comme s'il disait : après être ressuscité, il a fait beaucoup de choses devant ses disciples, pour montrer sa Résurrection, qu'il n'a pas montrées aux autres - Il lui a donné de se manifester non à tout le peuple, mais aux témoins choisis d'avance par Dieu1.

 

MAIS CEUX-CI ONT ÉTÉ ÉCRITS AFIN QUE VOUS CROYIEZ QUE JÉSUS, LE CHRIST, EST LE FILS DE DIEU, ET AFIN QUE, CROYANT, VOUS AYEZ LA VIE EN SON NOM. (20, 31)

 

2568. Puis il mentionne l'utilité du livre dont l'effet est la foi. À cela, en effet, est ordonnée toute l'Écriture du Nouveau et de l'Ancien Testament - En tête du livre il est écrit de moi2. - Vous scrutez les Écritures (...) et ce sont elles qui rendent témoignage de moi3. Le fruit de ce livre est la vie : AFIN QUE, CROYANT, VOUS AYEZ LA VIE, ici-bas la vie de justice que l'on a par la foi - Mon juste vivra par la foi4 -, et dans le monde futur la vie de la vision5 que l'on aura dans la gloire, EN SON NOM, à savoir le nom du Christ - II n'y a pas d'autre nom sous le ciel par lequel nous puissions être sauvés6.

 

1. Ac 10, 40-41.

2. Ps 39, 8. Saint Thomas commente : « Le livre, c'est le Christ.

Le livre, c'est l'instrument dans lequel sont écrits les projets (conceptiones) du cœur ; mais dans le Christ sont les projets de l'intelligence divine - En lui tous les trésors de la sagesse et de la science sont cachés (Col 2, 3). La tête du livre est Dieu le Père - La Tête du Christ [est] Dieu (1 Co 11, 3). Donc en tête du livre, c'est-à-dire dans la volonté de Dieu le Père, il est écrit, à savoir prescrit "à mon sujet", que je viendrai. Ou bien autrement : il s'agit du livre de la prédestination qui est le livre de vie - Qu'ils soient effacés du livre de vie (Ps 68, 29), c'est-à-dire des vivants. Dans ce livre sont inscrits tous ceux qui doivent être sauvés, mais selon un ordre : car en tête de ce livre il est écrit "Sauveur", et tous sont inscrits par lui - Il les a prédestinés à être conformes à l'image de son Fils, afin qu'il fût lui-même le premier-né entre beaucoup de frères (Rm 8, 29). - Il nous a élus en lui avant la fondation du monde, afin que nous soyons saints et sans tache en sa présence dans la charité (Ép 1, 4) -, autrement dit : le Christ n'est pas inscrit comme les autres mais en tête du livre » (Exp. in Psalmos, 39, n° 4). 3. Jn 5, 39.

4. Ha 2, 4.

5. Voir vol. I, n° 1145 et note 10.

6. Ac 4, 12.

CHAPITRE XXI – LA GLOIRE DE LA RÉSURRECTION (SUITE)

 

LA TROISIÈME APPARITION DU CHRIST À SES DISCIPLES

 

Évangile selon saint Jean Chapitre XXI

1 Après cela, Jésus se manifesta de nouveau à l'ensemble de ses disciples près de la mer de Tiberiade. Or il se manifesta ainsi. 2 Simon-Pierre, Thomas appelé Didyme, Nathanael qui était de Cana en Galilée, et les fils de Zébédée, ainsi que deux autres de ses disciples, se trouvaient ensemble. 3 Simon-Pierre leur dit : « Je vais pêcher. » Ils lui disent : « Nous aussi nous venons avec toi. » Et ils sortirent et montèrent dans la barque, et cette nuit-là ils ne prirent rien. 4 Or, le matin venu, Jésus se tint sur le rivage, mais ses disciples ne connurent pas que c'était Jésus. 5 Jésus leur dit donc : « Les enfants, avez-vous quelque chose à manger ? » Ils lui répondirent : « Non. » 6 II leur dit : « Lâchez le filet à droite de la barque et vous trouverez. » Ils le lâchèrent donc et ils n'avaient plus la force de le remonter à cause de la multitude de poissons.

7 Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C'est le Seigneur ! » Simon-Pierre, ayant entendu « C'est le Seigneur », noua sa tunique à la ceinture, car il était nu, et se jeta à la mer. 8 Quant aux autres, ils vinrent avec la barque, car ils n'étaient pas loin de la terre mais à environ deux cents coudées, en tirant le filet plein de poissons.

9 Une fois descendus à terre, ils virent des braises disposées et, posés dessus, du poisson et du pain. 10 Jésus leur dit : « Apportez de ces poissons que vous venez de prendre. » 11 Simon-Pierre monta dans la barque et tira à terre le filet, plein de cent cinquante-trois gros poissons ; et, bien qu'il y en eût autant, le filet ne se déchira pas. 12 Jésus leur dit : « Venez, mangez ! » Et aucun de ceux qui prenaient part au repas n'osait lui demander : « Toi, qui es-tu ? », sachant qu'il est le Seigneur. 13 Et Jésus vient, il prend le pain et le leur donne, et de même le poisson. 14 C'était déjà la troisième fois que Jésus se manifestait à ses disciples après s'être relevé d'entre les morts.

15 Quand ils eurent pris le repas, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » II lui dit : « Mais oui, Seigneur, toi tu sais que je t'aime ! » II lui dit : « Pais mes agneaux. » 16 II lui dit de nouveau : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » II lui dit : « Mais oui, Seigneur, toi tu sais que je t'aime ! » II lui dit encore : « Pais mes agneaux. » 17 II lui dit une troisième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Pierre fut contristé de ce qu'il lui eût demandé une troisième fois : « M'aimes-tu ? » et il lui dit : « Seigneur, toi tu sais tout, tu sais que je t'aime ! » II lui dit : « Pais mes brebis. 18 En vérité, en vérité, je te le dis, lorsque tu étais plus jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais. Quand tu auras vieilli, tu étendras tes mains et un autre te ceindra et t'emmènera là où tu ne veux pas. » 19 Or il dit cela pour signifier par quelle mort il glorifierait Dieu. Après avoir dit cela, il lui dit : « Suis-moi ! » 20 S'étant retourné, Pierre vit que le disciple que Jésus aimait les suivait - celui qui à la Cène reposa sur sa poitrine et dit : « Seigneur, qui est celui qui te livrera ? » 21 L'ayant donc vu, Pierre dit à Jésus : « Et de lui, Seigneur, qu'en sera-t-il ? » 22 Jésus lui dit : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? Toi, suis-moi ! » 23 Le bruit se répandit donc parmi les frères que ce disciple ne mourrait pas. Or Jésus ne lui a pas dit : « II ne mourra pas », mais : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? »

24 C'est ce disciple-là qui témoigne de ces choses et les a mises par écrit, et nous savons que son témoignage est vrai. 25 Mais il y a encore beaucoup d'autres choses que Jésus a faites, et s'il fallait les mettre par écrit une par une, je ne pense pas que le monde lui-même pourrait contenir les livres qu'il faudrait écrire.

2569. Ayant relaté les deux premières apparitions du Christ à ses disciples, l'Évangéliste rapporte ici la troisième apparition.

Et si nous regardons bien l'ordre et la fin de ces apparitions, il apparaît que, dans la première, il manifeste l'autorité de sa divinité en leur insufflant l'Esprit Saint ; dans la seconde, il révèle l'identité de sa personne en leur montrant ses cicatrices ; dans la troisième, il manifeste la vérité de sa Résurrection en mangeant avec eux.

Cette dernière partie se divise en deux ; en premier lieu l'Évangéliste montre ce que le Seigneur révéla de manière générale à plusieurs de ses disciples, puis en second lieu ce qu'il confia en particulier aux deux disciples qu'il aimait d'un amour de prédilection [n° 2614].

 

CE QUE LE CHRIST RÉVÉLA DE MANIÈRE GÉNÉRALE À SES DISCIPLES

 

Concernant cette première partie, il présente d'abord l'apparition elle-même, puis rapporte la manière dont elle se déroula [n° 2574], et enfin il donne une conclusion [n° 2613].

 

A. Jean 21, 1 – L'ANNONCE DE L'APPARITION

 

APRÈS CELA, JÉSUS SE MANIFESTA DE NOUVEAU À L'ENSEMBLE DE SES DISCIPLES PRÈS DE LA MER DE TIBÉRIADE. OR IL SE MANIFESTA AINSI – (21,1)

 

Il présente l'apparition sous trois aspects : le moment, le mode [n° 2572] et le lieu de l'apparition [n° 2573].

 

a) Le moment de l’apparition.

 

2570. Le moment, en effet, puisque l'Évangéliste dit APRÈS CELA (postea), c'est-à-dire après les événements déjà rapportés. Et il le dit à dessein parce que, comme nous l'avons dit, le Christ ne se trouvait pas continuellement avec ses disciples mais leur apparaissait à certains moments. La raison en est qu'il n'était pas ressuscité pour la même vie mais pour la vie glorieuse, celle où sont les anges et où seront les bienheureux - Excepté les dieux, c'est-à-dire les anges, qui ne vivent pas avec les hommes1.

 

2571. Mais pourquoi l'Évangéliste ajoute-t-il ici ce récit après avoir plus haut donné une conclusion en disant : Ces choses ont été écrites2 ? À cela Augustin3 attribue une raison mystique : par cette apparition est signifiée la gloire de la vie à venir, où [le Christ] nous apparaîtra tel qu'il est4. C'est pourquoi il a placé cette [apparition] après la fin, pour rendre plus évident le lieu où [le Christ] donnerait à percevoir cette [gloire].

 

b) Le mode de l’apparition.

 

JÉSUS SE MANIFESTA DE NOUVEAU.

 

2572. La manière dont Jésus apparut nous est donnée ici. C'est en effet le propre d'un corps glorieux5, dans sa nature et sa puissance, de pouvoir comme il le veut se rendre visible et invisible à un corps non glorieux. C'est pourquoi il est dit : JÉSUS SE MANIFESTA, c'est-à-dire se rendit visible. On appelle encore cela « apparaître » ou, ce qui revient au même, « se manifester », comme on le lit dans les Actes des Apôtres : leur apparaissant pendant quarante jours6. Car, comme le dit Ambroise 7, apparaît celui qui a le pouvoir d'être visible et invisible.

 

c) Le lieu de l’apparition.

 

2573. L'Évangéliste mentionne le lieu de l'apparition, PRÈS DE LA MER DE TIBÉRIADE, qui est la mer de Galilée, nommée ainsi à cause de la province de Galilée, mais appelée aussi de Tibériade en raison de la cité édifiée en l'honneur de Tibère César. En précisant cela, l'Évangéliste veut d'abord indiquer que la promesse faite aux disciples - Il vous précédera en Galilée8 - a été accomplie ; et encore, que le Seigneur avait bien chassé du cœur de ses disciples la crainte, afin qu'ils ne demeurent plus désormais enfermés dans leur maison mais avancent au loin, jusqu'à la Galilée9.

 

1. Dn 2,11. Quorum conversatio non est cum hominibus. Sur le sens du mot conversatio, voir vol. I, n° 1176, note 3, n° 1374, note 13, et n° 1584, note 2.

2. Jn 20, 31.

3. Tract, in Io., CXXII, 1, BA 75, p. 369.

4. Cf. 1 Jn 3, 2.

5. Sur la propriété des corps glorieux, voir ci-dessus, n° 2527 et note 11.

6. Ac 1, 3.

7. Nous n'avons pu trouver l'origine de cette citation, qui n'est sans doute pas de saint Ambroise.

8. Mt 28, 7. Saint Thomas commente : « Au sens mystique, Galilée signifie transmigratio et peut signifier le passage vers les païens. C'est pourquoi vous le verrez en Galilée, c'est-à-dire vous annoncerez son nom aux païens. Or ils n'auraient pas fait cela s'il ne les précédait » (Sup. Matth. lect., XXVIII, n° 2433).

9. Cf. saint Jean Chrysostome, In Ioannem hom., LXXXVII, 2, PG 59, col. 475.

Β. Jean 21, 1-2 – L'APPARITION DU CHRIST

 

OR IL SE MANIFESTA AINSI – SIMON-PIERRE, THOMAS APPELÉ DIDYME, NATHANAEL QUI ÉTAIT DE CANA EN GALILÉE, ET LES FILS DE ZÉBÉDÉE, AINSI QUE DEUX AUTRES DE SES DISCIPLES, SE TROUVAIENT ENSEMBLE. (21, 1-2)

 

OR IL SE MANIFESTA.

 

2574. Par ces mots, l'Évangéliste présente l'apparition elle-même ; d'abord les personnes auxquelles elle a été faite, ensuite l'activité 1 de ces personnes [n° 2576]. Il nous rapporte enfin la manière dont eut lieu l'apparition [n° 2583].

 

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