.
Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Lui à cause de la parole de la femme, qui rendait ce témoignage" Il m’a dit tout ce que j’ai fait. " 40 donc les Samaritains vinrent à Lui, ils Le prièrent de demeurer là, et Il y demeura deux jours. 41 Et c’est en bien plus grand nombre qu’ils crurent en Lui à cause de sa parole à Lui ; et ils disaient à la femme : "Ce n’est plus à cause de tes dires que nous croyons : nous L’avons entendu nous-mêmes, et nous savons que c’est Lui qui est vraiment le Sauveur du monde. "
656. Plus haut 1, le Seigneur a prédit aux Apôtres le fruit que produirait chez les Samaritains la prédication de la femme. C’est de ce fruit que parle mainte nant l’Évangéliste, en le montrant d’abord provenant de la prédication de la femme [n° 657], puis accru par le Christ [n° 660].
I
BEAUCOUP DE SAMARITAINS DE CETTE VILLE CRURENT EN LUI À CAUSE DE LA PAROLE DE LA FEMME, QUI RENDAIT CE TEMOIGNAGE : IL M’A DIT TOUT CE QUE J’AI FAIT. " QUAND DONC LES SAMARITAINS VINRENT À LUI, ILS LE PRIERENT DE DEMEURER LA, ET IL Y DEMEURA DEUX JOURS.
Le fruit produit chez les Samaritains par la prédication de la femme se manifeste de trois manières.
657. On le voit d’abord dans la foi avec laquelle ils crurent au Christ. C’est pour cela que l’Évangéliste dit : DE CETTE VILLE, où était allée la femme, BEAUCOUP d’hommes SAMARITAINS CRURENT EN LUI, et cela À CAUSE DE LA PAROLE DE LA FEMME, à qui le Christ avait demandé de l’eau et QUI RENDAIT CE TEMOIGNAGE : le Christ lui avait dit tout ce qu’elle avait fait. Ce témoignage était suffisant pour amener à croire au Christ. En effet, les paroles que le Christ lui avait dites ayant abouti à dévoiler ses fautes, elle ne les aurait pas rapportées si elle-même n’avait pas été assez secouée pour croire. Voilà pourquoi, dès qu’ils eurent entendu ses paroles, ils CRURENT ; par là est manifesté que la foi vient de ce qu’on entend 2.
658. En second lieu, le fruit de la prédication de la femme se manifeste dans la venue des Samaritains au Christ ; car de la foi naît le désir de la réalité à laquelle on croit. C’est pourquoi, après avoir cru, ils viennent au Christ, pour qu’Il les mène à la perfection. C’est ce qui est exprimé ici : QUAND DONC LES SAMARITAINS VINRENT À LUI... — Approchez-vous de Lui et vous serez illuminés 3. — Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je referai vos forces 4.
659. Le fruit de la prédication de la femme se manifeste enfin dans leur désir ; car à celui qui croit, il n’est pas nécessaire seulement de venir au Christ, mais encore de L’avoir avec lui ; c’est pourquoi l’Évangéliste dit : ILS LE PRIERENT DE DEMEURER LA, ET IL Y DEMEURA DEUX JOURS.
Or c’est par la charité que le Seigneur demeure avec nous : Si quelqu’un m’aime, dit Jésus, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; et Il ajoute et nous ferons chez lui notre demeure 5. Et s’Il demeure DEUX JOURS [chez les Samaritains], c’est parce que la charité comporte deux préceptes, l’amour de Dieu et celui du prochain, auxquels toute la Loi est suspendue, ainsi que les prophètes 6. Quant au troisième jour, c’est le jour de la gloire : Après deux jours Il nous fera revivre ; le troisième jour Il nous relèvera, et nous vivrons en sa présence 7. Et le Christ ne demeura pas un troisième jour chez les Samaritains, parce que ceux-ci n’étaient pas encore capables [de vivre] de la gloire.
2. Ro 10, 17. En commentant ce verset de saint Paul, saint Thomas précise que la foi requiert deux choses : "l'inclination à croire", inclination du cœur qui ne naît pas de ce que l’on entend mais qui est un don de la grâce, et "la détermination de ce qui est à croire", laquelle provient de ce que l’on entend. Et saint Thomas prend l’exemple du centurion Corneille, "dont le cœur était incliné à croire et à qui cependant il fut nécessaire que Pierre soit envoyé pour lui déterminer ce qu’il devait croire" (Super Epistolam ad Romanos lectura, X, leç. 2, n° 844 ; cf. Ac 10, 22).
3. Ps 33, 6.
4. Mt 11, 28.
5. Jean 14, 23.
6. Mt 22, 40.
7. Os 6, 3.
II
ET C’EST EN BIEN PLUS GRAND NOMBRE QU’ILS CRURENT EN LUI À CAUSE DE SA PAROLE À LUI ; ET ILS DISAIENT À LA FEMME : "CE N’EST PLUS À CAUSE DE TES DIRES QUE NOUS CROYONS : NOUS L’AVONS ENTENDU NOUS-MEMES, ET NOUS SAVONS QUE C’EST LUI QUI EST VRAIMENT LE SAUVEUR DU MONDE.
660. L’Évangéliste montre ici que le fruit provenant de la prédication de la femme fut accru par la présence du Christ. On le voit de trois manières au grand nombre de ceux qui crurent [n° 661] ; à leur manière de croire [662] ; à la vérité de leur foi [n° 663].
661. Que ce fruit ait été accru par la présence du Christ, cela se voit en effet à la multitude des croyants 8 ; car si, à cause de la femme, BEAUCOUP CRURENT EN LUI, C’EST EN BIEN PLUS GRAND NOMBRE QU’ILS CRURENT EN LUI À CAUSE DE SA PAROLE À LUI, c’est-à-dire à cause de la parole du Christ. Il nous est par là indiqué que si beaucoup ont cru grâce aux prophètes, un bien plus grand nombre s’est converti à la foi lors de la venue du Christ — Lève-toi, Seigneur, mon Dieu, selon le précepte que tu as établi, et l’assemblée des peuples t’environnera 9.
8. Cf. Ac 4, 32.
662. Que le fruit ait été accru par le Christ, cela se voit encore à la manière dont ils croient : CE N’EST PLUS À CAUSE DE TES DIRES QUE NOUS CROYONS.
Notons que trois choses sont nécessaires à la perfection de la foi ; elles sont ici données selon un ordre : la foi doit d’abord être droite, ensuite prompte, enfin certaine.
La foi est droite quand on obéit à la vérité 10 non pas à cause d’autre chose, mais pour elle-même. C’est cela qu’indique l’Évangéliste en rapportant que les Samaritains disaient à la femme : Maintenant, nous croyons à la vérité non À CAUSE DE TES DIRES, mais à cause de la vérité elle-même. Et ce qui nous amène à croire au Christ, c’est en premier lieu la raison naturelle — Depuis la création du monde, les [vertus invisibles de Dieu] sont rendues visibles à l’intelligence par ses œuvres 11 — ; puis le témoignage de la Loi et des prophètes — Maintenant, sans la Loi, a été manifestée la justice de Dieu, à laquelle rendent témoignage la Loi et les prophètes 12 ; enfin la prédication des Apôtres et des autres — Comment croiront-ils à celui qu’ils n’ont pas entendu ? et comment entendront-ils si personne ne prêche ? 13 Mais quand l’homme, conduit ainsi comme par la main, croit, il peut alors dire que ce n’est pour aucune de ces raisons qu’il croit : ni à cause de la raison naturelle, ni à cause des témoignages de la Loi, ni à cause de la prédication des autres, mais uniquement à cause de la vérité elle-même — Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice 14.
La foi est prompte si elle croit tout de suite. Telle était bien la foi de ces Samaritains, car il leur avait suffi d’entendre le Christ pour se tourner vers Dieu. C’est pourquoi ils disent : NOUS L’AVONS seulement ENTENDU, ET NOUS CROYONS, sans avoir vu ses miracles comme les Juifs les virent. Sans doute est-ce une marque de légèreté que de croire trop vite aux hommes — Qui croit trop vite est un cœur léger 15 ; mais croire à Dieu tout de suite est très louable — Dès que son oreille m’a entendu, il m’a obéi 16.
La foi doit enfin être certaine, parce que celui qui doute dans la foi est incroyant : Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu (...) mais qu’il demande avec foi, sans hésiter en rien 17. Et c’est parce que leur foi était certaine que les Samaritains di sent : ET NOUS SAVONS. Parfois, en effet, on dit "savoir" pour "croire", comme c’est le cas ici, parce que science et foi ont en commun la certitude. En effet, comme la science est certaine, la foi l’est aussi ; elle l’est même bien davantage, car la certitude de la science repose sur la raison humaine, qui peut faillir, tandis que la certitude de la foi repose sur la lumière divine 18 que rien ne peut contredire. Leurs certitudes diffèrent cependant dans le mode : la foi reçoit sa certitude d’une lumière divine infusée gratuitement, la science la reçoit de la lumière naturelle. En effet, de même qu’on possède la certitude de la science grâce aux premiers principes connus naturellement, ainsi on connaît les principes de la foi grâce à la lumière divinement infuse : C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; et cela ne vient pas de vous, car c’est un don de Dieu 19.
9. Ps 7, 7-8.
10. Ga 3, 1 et 5, 7.
11. Ro 1, 20.
12. Ro 3, 21.
13. Ro 10, 14.
14. Gn 15, 6.
15. Sir 19, 4.
16. Ps 17, 45.
17. Ja 1, 5-6.
18. Littéralement "la raison divine".
663. Que le fruit ait été accru par le Christ, cela se voit enfin à la vérité de la foi des Samaritains. En disant
C’EST LUI QUI EST VRAIMENT LE SAUVEUR DU MONDE, ils confessent que le Christ est l’unique Sauveur, le vrai, celui de tout l’univers.
Unique, certes, puisqu’ils Le distinguent des autres en disant : C’EST LUI, c’est-à-dire Lui seul, qui vient sauver — Vraiment tu es un Dieu caché, Dieu d’Israël Sauveur 20 — Il n’est pas sous le ciel d’autre Nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés 21
Ils Le reconnaissent aussi comme le vrai Sauveur en disant : VRAIMENT. Puisque, selon Denys 22, le salut consiste dans la délivrance des maux et la conservation dans le bien, il y a un double salut : l’un qui est vrai, l’autre qui ne l’est pas. Le salut est vrai lorsque nous sommes délivrés des vrais maux et conservés dans les vrais biens. Or, s’il y eut dans l’Ancien Testament quelques hommes qui furent envoyés comme sauveurs, ils ne sauvaient pourtant pas vraiment ; car ils délivraient de maux temporels et conservaient dans des biens temporels, qui ne sont ni de vrais maux, ni de vrais biens, parce qu’ils passent. Le Christ au contraire est VRAI MENT LE SAUVEUR parce qu’Il libère des vrais maux, c’est-à-dire des péchés — C’est Lui qui sauvera son peuple de ses péchés 23 — et qu’Il nous conserve dans les vrais biens, qui sont les biens spirituels.
Enfin les Samaritains Le reconnaissent comme Sauveur de tout l’univers, parce qu’Il ne se limite pas à quelques-uns, mais qu’Il est le Sauveur DU MONDE entier Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par Lui 24.
Après deux jours, Il partit de là et s’en alla en Galilée. Jésus en effet a Lui-même rendu ce témoignage, qu’un prophète n’est pas honoré dans sa propre patrie. Lors donc qu’Il vint en Galilée, les Galiléens L’accueillirent, ayant vu tout ce qu’Il avait fait à Jérusalem pendant la fête ; car eux aussi étaient venus à la fête. Il vint donc de nouveau à Cana de Galilée, où Il avait changé l’eau en vin.
664. Après la conversion des nations par la voie de l’enseignement du Christ 1, l’Évangéliste montre ici leur conversion par la voie du miracle, en en rapportant un accompli par le Christ. Pour cela, il indique d’abord le lieu du miracle [n° 665], puis le décrit [n° 675] et enfin en montre l’effet [n° 696].
Le lieu du miracle est désigné d’abord d’une manière générale [n° 665], puis d’une manière précise [n° 673].
I
APRES DEUX JOURS, IL PARTIT DE LA ET S’EN ALLA EN GALILEE. JESUS EN EFFET À LUI-MEME RENDU CE TEMOIGNAGE, QU’UN PROPHETE N’EST PAS HONORE DANS SA PROPRE PATRIE. LORS DONC QU’IL VINT EN GALILEE, LES GALILEENS L’ACCUEILLIRENT, AYANT VU TOUT CE QU’IL AVAIT FAIT À JERUSALEM PENDANT LA FETE ; CAR EUX AUS SI ETAIENT VENUS À LA FETE.
En indiquant d’une manière générale le lieu du miracle [n° 665], l’Évangéliste donne aussi la raison pour laquelle le Christ a choisi ce lieu [n° 666], et il montre comment Il y fut reçu [n° 670].
1. Cf. n° 549.
APRES DEUX JOURS, IL PARTIT DE LA ET S’EN ALLA EN GALILEE.
665. L’Évangéliste dit donc que Jésus demeura deux jours chez les Samaritains, et qu’après deux jours IL PARTIT DE LA, c’est-à-dire quitta la Samarie après avoir confirmé les Samaritains dans leur foi, ET S’EN ALLA EN GALILEE, où Il avait été élevé 2. Par là il est signifié qu’à la fin du monde, une fois les nations confirmées dans la foi et la vérité, Il reviendra pour convertir les Juifs — Une partie d’Israël est tombée dans l’aveuglement jus qu’à ce que soit entrée la plénitude des nations ; et ainsi tout Israël sera sauvé 3.
JESUS EN EFFET À LUI-MEME RENDU CE TEMOIGNAGE, QU’UN PROPHETE N’EST PAS HONORE DANS SA PROPRE PATRIE.
666. Voilà la raison pour laquelle le Christ a choisi ce lieu ; mais ces paroles suscitent une double perplexité : l’une concernant le sens littéral, l’autre l’enchaînement du texte [n° 668].
On peut en effet hésiter sur le sens littéral, car ce que le Christ dit ici, à savoir qu’UN PROPHETE N’EST PAS HONORE DANS SA PROPRE PATRIE, ne semble pas vrai, puisqu’on lit que certains prophètes furent honorés dans leur patrie.
Selon Chrysostome 4, il faut répondre à cela que le Seigneur parle ici de ce qui arrive dans la plupart des cas. Par conséquent, bien que les paroles du Seigneur ne se vérifient pas dans tel ou tel cas particulier, on ne doit pas pour autant les considérer comme fausses ; car, dans le domaine des réalités naturelles et morales, une règle qui s’applique à la majorité des cas est vraie ; et s’il en va autrement dans un cas particulier, on n’estime pas pour autant que la règle est fausse. Or ce que dit le Seigneur est vrai pour la plupart des prophètes, car, dans l’Ancien Testament, c’est à peine si l’on en trouve un qui n’ait pas souffert la persécution de la part de ses compatriotes — Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils pas persécuté ? 5. Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés... 6. Cette parole du Seigneur n’est pas seulement vraie des prophètes chez les Juifs, mais aussi, comme le notre Origène 7, de la plupart des prophètes chez les Gentils, qui furent méprisés par leurs concitoyens et conduits à la mort. En effet, le commerce habituel avec les hommes et une familiarité excessive diminuent le respect de l’amour et engendrent le mépris ; si bien que, généralement, ceux que nous traitons plus familièrement, nous les respectons moins, et nous avons plus de considération pour ceux avec qui l’intimité n’est pas possible. Mais quand il s’agit de Dieu, c’est le contraire qui arrive. Plus on entre dans son intimité par l’amour et la contemplation, plus, reconnaissant son excellence, on Le respecte avec amour et plus on s’estime petit — Je t’avais entendu de mon oreille mais maintenant mon œil te voit ; c’est pourquoi je m’accuse moi-même, et je fais pénitence dans la poussière et la cendre 8. La raison en est que, la nature de l’homme étant faible et fragile, quand on fréquente longtemps quelqu’un on trouve en lui des faiblesses, et le respect affectueux qu’on a pour lui en est diminué. Au contraire, la perfection de Dieu étant sans mesure, plus l’homme progresse dans la connaissance de Dieu, plus il admire l’excellence de sa perfection et plus augmente le respect aimant qu’il a pour Lui.
2. Cf. SAINT AUGUSTIN, Tract, in b. XVI, I et 3, SA 71, pp. 815 et 823.
3. Ro 11, 25.
4. Voir In loannem honi., 35, ch. 2, PG 59, col. 200.
5. Ac 7, 52.
6. Mt 23, 37.
7. Sur saint Jean, XIII, § 376-377, SC 222, p. 241.
8. Jb 42, 5-6.
667. Mais le Christ a-t-Il été prophète ? Il semble que non, puisque la prophétie comporte une connaissance énigmatique — Si quelqu’un parmi vous est prophète du Seigneur, je lui apparaîtrai dans une vision ou je lui parlerai en songe 9 — et que le Christ, Lui, n’eut pas de connaissance énigmatique.
Cependant, que le Christ ait été prophète, ce passage de l’Écriture qui s’applique à Lui le montre manifestement : Le Seigneur ton Dieu te suscitera, de ta nation et d’entre tes frères, un prophète comme moi : c’est lui que tu écouteras 10.
A l’objection je réponds que le prophète exerce une double fonction il voit — Celui qu’on appelle mainte nant prophète, on l’appelait autrefois voyant 11 — et il annonce. À cet égard le Christ fut prophète, parce qu’Il annonça la vérité sur Dieu — Moi, ce pour quoi je suis né et ce pour quoi je suis venu dans le monde, c’est pour rendre témoignage à la Vérité 12. En ce qui concerne l’office de voyant, il faut savoir que le Christ à la fois était pèlerin sur la terre et possédait la vision béatifique ; il était pèlerin selon la passibilité de sa nature humaine et tout ce qui en relève, mais Il possédait la vision béatifique dans son union à la divinité 13, par laquelle Il jouis sait de Dieu de la manière la plus parfaite.
Mais la vision de la prophétie comporte deux choses la lumière intellectuelle de l’esprit et l’image. En ce qui concerne la première, le Christ n’eut pas la prophétie, parce qu’Il n’eut pas de lumière imparfaite, mais la lumière de celui qui voit Dieu. En ce qui concerne la vision imaginaire, Il eut une ressemblance avec les prophètes, du fait que, pèlerin sur la terre, Il pouvait former dans son imagination des images diverses.
9. Nomb 12, 6.
10. Deut 18, 15.
11. 1 Sam 9, 9.
12. Jean 18, 37.
13. Rappelons ce que saint Thomas précise dans la Somme rappeler ce que saint Thomas précise dans la Somme théologique (III, q. 9, a. 2) : le Christ possède la vision béatifique en tant qu’homme (secundum quod homo). Dans son âme humaine surélevée par la plénitude de grâce (effet propre de la grâce de l’union hypostatique) le Christ voit Dieu.
668. On peut hésiter aussi sur l’enchaînement du texte. En effet, les paroles de l’Évangéliste APRES DEUX JOURS, IL PARTIT DE LA ET S’EN ALLA EN GALILEE, et les suivantes JESUS À LUI-MEME REN DU CE TEMOIGNAGE, QU’UN PROPHETE N’EST PAS HONORE DANS SA PROPRE PATRIE, ne semblent pas s’enchaîner de manière cohérente. Il semble que l’Évangéliste aurait dû plutôt dire que Jésus ne s’en alla pas en Galilée, puisqu’il À LUI-MEME RENDU CE TEMOI GNAGE, QU’UN PROPHETE N’EST PAS HONORE DANS SA PROPRE PATRIE. Car s’Il n’y était pas honoré, c’était une raison, semble-t-il, pour ne pas y aller.
Augustin résout cette difficulté en disant que l’Évangéliste répond ici à une question que l’on pourrait poser : "Pourquoi allait-Il là puisqu’Il avait demeuré longtemps en Galilée et que les Galiléens ne s’étaient pas convertis, alors que les Samaritains se convertirent en deux jours ?" Ce qui revient à dire bien qu’ils ne se fussent pas convertis, néanmoins Il y alla 14. Il avait LUI-MEME RENDU CE TEMOIGNAGE QU’UN PROPHETE N’EST PAS HONORE DANS SA PROPRE PATRIE.
Chrysostome résout la difficulté autrement, en comprenant le texte de la manière suivante 15 APRES DEUX JOURS IL PARTIT DE LA, mais pas pour Capharnaüm qui était sa patrie en ce sens qu’Il y fit des séjours prolongés, ni pour Bethléem qui était sa patrie puisque c’était le lieu de sa naissance, ni pour Nazareth qui était encore sa patrie car c’était la ville où Il avait été élevé. Il n’alla donc pas à Capharnaüm, à qui II adresse ce reproche : Et toi, Capharnaüm, t’élèveras-tu jusqu’au ciel ? (...) Jusqu’aux enfers tu descendras 16, mais À CANA DE GALILEE. Et l’Évangéliste en donne ici la rai son c’est qu’ils étaient mal disposés envers Lui 17, ce qu’il exprime ainsi : JESUS EN EFFET À LUI-MEME RENDU CE TEMOIGNAGE, QU’UN PROPHETE N’EST PAS HONORE DANS SA PROPRE PATRIE.
669. Mais alors, le Christ recherchait-Il la gloire qui vient des hommes 18 ? Il semble que non, puisque plus tard II dira Pour moi, je ne cherche pas ma gloire 19.
A cela je réponds que Dieu seul peut, sans péché, chercher sa propre gloire ; tandis que l’homme ne doit pas chercher auprès des hommes sa propre gloire, mais doit chercher la gloire de Dieu 20. Quant au Christ, en tant que Dieu il convenait qu’Il cherchât sa gloire, et, en tant qu’homme, qu’Il cherchât la gloire de Dieu en Lui-même.
14. En fait, saint Thomas ne rend absolument pas compte de la longue explication que donne saint Augustin (voir Tract. in b. XVI, 3-7, pp. 817-833 et en particulier pp. 823, 825, 827 et 831 si l’on considère que la patrie de Jésus [en tant que prophète] est la Judée et non la Galilée, on comprend alors l’enchaînement du texte), et lui-même ne donne ici aucune explication il affirme simplement le fait, en soulignant que Jésus savait bien que la Galilée était un lieu particulièrement difficile. La véritable raison est donnée au n° 669, où saint Thomas montre que le Christ ne cherche que la gloire du Père. Ioannem hom., 35, ch. 1-2, col. 200. 16. Mt 11, 23.
17. Saint Jean Chrysostome précise que Jésus "ne demeure pas chez les siens (...) parce qu’ils ne L’écoutaient pas et pour qu’ils ne subissent pas un Jugement plus sévère" (In loannem hom., 35, ch. 1, col. 200).
18. Jean 12, 43 ; 1 Th 2, 6.
19. Jean 8, 50.
20. Cf. Jean 5, 44 et 12, 43
[45] LORS DONC QU’IL VINT EN GALILEE, LES GALI LEENS L’ACCUEILLIRENT, AYANT VU TOUT CE QU’IL AVAIT FAIT À JERUSALEM PENDANT LA FE TE ; CAR EUX AUSSI ETAIENT VENUS À LA FETE.
670. L’Évangéliste montre ici que le Christ fut reçu par les Galiléens avec plus d’honneur que précédemment LES GALILEENS, dit-il, L’ACCUEILLIRENT AVEC HONNEUR. La raison en est qu’ils avaient vu TOUT CE QU’IL AVAIT FAIT À JERUSALEM PENDANT LA FETE ; CAR EUX AUSSI ETAIENT VENUS À LA FETE, conformément à ce qui était prescrit par la Loi. Pourtant, nous n’avons pas lu plus haut que le Christ ait fait un miracle à Jérusalem. À cela je réponds, avec Origène 21 que les Juifs considérèrent comme un très grand miracle que le Christ ait avec une si grande autorité chassé du Temple acheteurs et vendeurs. On peut également dire que peut-être Il fit à Jérusalem plusieurs miracles qui ne furent pas écrits, selon ce qui est dit plus loin : Jésus a fait encore en présence de ses disciples beaucoup d’autres signes qui n’ont pas été écrits dans ce livre 22.
671. Mystiquement, il nous est donné par là un exemple à suivre : si nous voulons recevoir en nous le Christ Jésus, il nous faut monter À JERUSALEM PENDANT LA FETE, c’est-à-dire chercher le repos de l’esprit et voir une par une les choses que Jésus y accomplit — Regarde Sion, la cité de nos fêtes 23. J’ai médité sur toutes tes œuvres 24.
21. Sur saint Jean, XIII, § 381-388, pp. 245-249.
22. Jean 20, 30.
23. Isaïe 33, 20.
24. Ps 142, 5.
672. Remarquons encore ceci : autant les hommes étaient inférieurs aux autres dans l’ordre de la dignité, autant ils étaient meilleurs qu’eux au regard de Dieu. Or les Juifs l’emportaient en dignité sur les Galiléens — Scrute les Écritures, et tu verras que de Galilée il ne se lève pas de prophète 25 — et les Galiléens l’emportaient en dignité sur les Samaritains — Les Juifs n’ont pas de relations avec les Samaritains 26 — ; mais, inversement, les Samaritains étaient meilleurs que les Galiléens, puis qu’en deux jours et sans avoir vu de miracle ils crurent dans le Christ en plus grand nombre que les Galiléens ne le firent en bien des jours, et encore, avec le miracle du vin ; en effet ceux-ci ne crurent pas en Lui, à l’exception de ses disciples 27. Quant aux Juifs, ils étaient pires que les Galiléens eux-mêmes, puisqu’aucun d’eux n’avait cru, si ce n’est peut-être Nicodème.
II
IL VINT DONC DE NOUVEAU À CANA DE GALILEE, OU IL AVAIT CHANGE L’EAU EN VIN.
673. Selon Chrysostome, ces paroles de l’Évangéliste se présentent comme une conclusion de ce qu’il vient de dire 28. Autrement dit parce qu’Il n’était pas honoré à Capharnaüm, le Christ n’alla pas là où on Le déshonorait ; mais Il devait aller À CANA DE GALILEE, où Il avait une première fois été invité à des noces, et où cette fois Il revint sans avoir été invité. Ainsi, c’est pour montrer leur dureté que l’Évangéliste fait mention de la double venue à Cana ; puisque lors du premier miracle, celui du vin, seuls ses disciples crurent en Lui, et qu’au second ne crurent en Lui que l’officier royal et toute sa maison 30, alors que les Samaritains crurent sur sa seule parole.
25. Jean 7, 52.
26. Jean 4, 9.
27. Cf. Jean 2, 11 et le commentaire qu’en donne saint Thomas, n° 364, vol. 1 [éd. ] pp. 343-344).
28. In loannem hom., 35, ch. 2, col. 200.
674. Au sens mystique, la double venue à Cana signifie le double effet de la parole de Dieu sur l’esprit. En effet, elle réjouit d’abord — ils reçoivent la parole avec joie 31 —, et c’est ce qui est signifié dans le miracle du vin, qui réjouit le cœur de l’homme 32. Puis elle guérit — Ce n’est ni une herbe, ni un émollient qui les a guéris, mais ta parole, Seigneur, qui guérit tout —, et c’est ce qui est signifié dans la guérison du malade.
Cette double venue signifie encore le double avènement du Fils de Dieu. Le premier fut un avènement de douceur, pour donner la joie — Exulte et loue, demeure de Sion, car Il est grand au milieu de toi, le Saint d’Isaïe 34. C’est pourquoi l’ange dit aux bergers : Voici que je vous annonce une grande joie (...) : il vous est né aujourd’hui un Sauveur 35. C’est ce que signifie le miracle du vin. Le second avènement du Fils de Dieu en ce mon de sera un avènement de majesté, quand Il viendra enlever toutes nos infirmités et nos peines, et nous conformer à son Corps de gloire 36 ; c’est ce qui est signifié dans la guérison du malade.