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Jean 4, 50-54 – LA GUERISON DU FILS DU FONCTIONNAIRE ROYAL

 

Or il y avait un fonctionnaire royal dont le fils était malade à Capharnaüm. Lorsqu’il eut entendu dire que Jésus arrivait de Judée en Galilée, il alla vers Lui, et Le priait pour qu’Il descende et guérisse son fils : celui-ci était en effet sur le point de mourir. Jésus lui dit donc : "Si vous n’avez pas vu des signes et des prodiges, vous ne croyez pas. " Le fonctionnaire royal Lui dit : "Seigneur, descends avant que mon fils ne meure. " 50 lui dit : "Va, ton fils vit. " L’homme crut à la parole que lui dit Jésus, et s’en alla. Or, comme déjà il descendait, ses serviteurs vinrent à sa rencontre et lui annoncèrent que son fils vivait. Il leur demanda à quelle heure il s’était trouvé mieux. Ils lui dirent : "C’est hier, à la septième heure, que la fièvre l’a quitté. " Le père reconnut alors que c’était l’heure où Jésus lui avait dit : "Ton fils vit. " Et il crut, lui et toute sa maison. Tel fut le second signe que fit encore Jésus quand Il vint de Judée en Galilée.

675. Après avoir indiqué le lieu du miracle [leçon 6], l’Évangéliste parle maintenant du miracle lui-même.

I

 

OR IL Y AVAIT UN FONCTIONNAIRE ROYAL DONT LE FILS ETAIT MALADE À CAPHARNAÜM. LORSQU’IL EUT ENTENDU DIRE QUE JESUS ARRIVAIT DE JUDEE EN GALILEE, IL ALLA VERS LUI, ET LE PRIAIT POUR QU’IL DESCENDE ET GUERISSE SON FILS : CELUI-CI ETAIT EN EFFET SUR LE POINT DE MOURIR. JESUS LUI DIT DONC : "SI VOUS N’AVEZ PAS VU DES SIGNES ET DES PRODIGES, VOUS NE CROYEZ PAS. " LE FONCTIONNAIRE ROYAL LUI DIT : "SEIGNEUR, DESCENDS AVANT QUE MON FILS NE MEURE. " JESUS LUI DIT : "VA, TON FILS VIT. " L’HOMME CRUT À LA PAROLE QUE LU ! DIT JESUS, ET S’EN ALLA. OR, COMME DEJA IL DESCENDAIT SES SERVITEURS VINRENT À SA RENCONTRE ET LUI ANNONCERENT QUE SON FILS VIVAIT. IL LEUR DEMANDA À QUELLE HEURE IL S’ETAIT TROUVE MIEUX. ILS LUI DIRENT : "C’EST HIER, À LA SEPTIEME HEURE, QUE LA FIEVRE L’A QUITTE. "

Le récit du miracle fait intervenir trois personnes celle qui est malade [n° 676], celle qui intercède [n° 679] et celle qui guérit [n° 683].

La personne malade est le fils du fonctionnaire royal, celle qui intercède est son père ; et celle qui guérit, c’est le Christ.

OR IL Y AVAIT UN FONCTIONNAIRE ROYAL (REGULUS) DONT LE FILS ETAIT MALADE À CAPHARNAÜM.

676. Concernant le malade, l’Évangéliste expose d’abord sa condition : c’est le FILS du FONCTIONNAIRE ROYAL ; puis la ville où il habite : CAPHARNAUM ; enfin la nature de sa maladie : il est atteint de FIEVRE.

Au sujet de sa condition, il faut savoir que le mot regulus a plusieurs significations. Il désigne d’abord celui qui est à la tête d’un petit royaume ; ce n’est pas en ce sens qu’il est pris ici, puisqu’à cette époque il n’y avait pas de roi en Judée — Nous n’avons pas d’autre roi que César 1. Regulus désigne encore, selon Chrysostome 2, quelqu’un d’origine royale ; cette acception n’est pas non plus à retenir. Enfin, tout fonctionnaire royal peut être appelé regulus, et c’est en ce sens que le terme est pris ici.

De là vient, selon Chrysostome 3, que certains y voient la même personne que le centurion dont parle Matthieu 4. Mais cela n’est pas vrai, car ils [le fonctionnaire royal et le centurion] diffèrent de quatre manières. D’abord quand au genre de la maladie : en effet, le centurion intercédait pour un paralytique — Mon serviteur gît paralysé dans ma maison 5 —, tandis que le fils du fonctionnaire royal avait de la fièvre, et c’est pourquoi il est dit : HIER, À LA SEPTIEME HEURE, LA FIEVRE L’A QUITTE. Ensuite quant à la personne malade : celui-là était serviteur — mon serviteur, dit le centurion —, tandis que celui-ci était fils — UN FONCTION NAIRE ROYAL DONT LE FILS ETAIT MALADE... Puis quant à la demande : le centurion, en effet, alors que le Christ voulait aller dans sa maison, Le priait de ne pas se déranger en disant : Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit ; mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri 6. Le fonctionnaire royal, au contraire, Lui demandait de descendre chez lui : SEIGNEUR, DESCENDS AVANT QUE MON FILS NE MEURE. Enfin quant au lieu : l’une des guérisons eut lieu à Capharnaüm, l’autre à Cana de Galilée. Ce fonctionnaire royal n’est donc pas le même homme que le centurion, mais il appartenait à la maison d’Hérode le tétrarque, soit comme envoyé, soit comme fonctionnaire de l’empereur.

1. Jean 19, 15.

2. In loannem hom., 35, c 2, PG 59, col. 201.

3. Loc. cit.

4. Mt 8, 5. 13.

5. Mt 8, 6.

677. Au sens allégorique, ce FONCTIONNAIRE ROYAL est Abraham ou l’un des pères de l’Ancien Testament, puisqu’il adhérait au grand roi, le Christ, dont il est dit dans le psaume : Pour moi, j’ai été établi roi par Lui sur Sion, sa montagne sainte 7. Or Abraham y adhérait : Abraham, votre père, exulta à la pensée qu’il verrait mon jour 8, et le peuple juif est fils d’Abraham — Nous sommes la descendance d’Abraham, et nous n’avons jamais été esclaves de personne 9. Ce peuple se rendit malade par les jouissances malsaines et les fausses croyances, et cela à Capharnaüm, c’est-à-dire dans l’abondance à cause de laquelle les Juifs s’éloignèrent de Dieu — Le bien-aimé s’est engraissé et s’est révolté (...), il a abandonné Dieu son Créateur, et il s’est éloigné de Dieu son salut 10.

6. Mt 8, 8.

7. Ps 2, 6.

8. Jean 8, 55.

9. Jean 8, 33.

10. Deut 32, 15.

678. Au sens moral, dans le royaume de l’âme, le roi est l’intelligence elle-même, d’après ce passage de l’Écriture : Le roi qui est assis sur le trône de la justice dissipe tout mal par son regard 11.

Pourquoi est-elle appelée roi ? parce que le corps de l’homme tout entier est guidé par elle, que sa capacité d’aimer est orientée et déterminée par elle et que les autres puissances de l’âme lui sont soumises. Mais elle mérite parfois d’être appelée "petit roi" (regulus), quand sa connaissance diminue et que, obscurcie, elle se soumet aux passions désordonnées sans leur résister : "Les nations marchent dans la vanité de leurs pensées, leur intelligence étant obscurcie par des ténèbres..." 12. C’est pourquoi SON FILS, c’est-à-dire la capacité d’ai mer, est malade en ce sens qu’elle se détourne du bien pour aller vers le mal. Si en effet l’intelligence avait été roi, c’est-à-dire forte, son fils n’aurait pas été malade ; mais parce qu’elle est un petit roi, son fils est malade. Et cela À CAPHARNAUM, car l’abondance des biens temporels est la cause de l’infirmité spirituelle — Voici quelle a été l’iniquité de Sodome ta sœur l’orgueil, l’excès de nourriture, l’abondance et l’oisiveté où elle vivait avec ses filles 13.

11. Prov 20, 8.

12. Eph 4, 17-18.

13. Ez 16, 49.

[47] LORSQU’IL EUT ENTENDU DIRE QUE JESUS ARRI VAIT DE JUDEE EN GALILEE, IL ALLA VERS LUI, ET LE PRIAIT POUR QU’IL DESCENDE ET GUERIS SE SON FILS : CELUI-CI ETAIT EN EFFET SUR LE POINT DE MOURIR.

679. L’Évangéliste présente ici la personne qui inter cède : le fonctionnaire royal. Il expose d’abord ce qui l’a incité à faire sa demande [n° 680], puis la demande elle-même [n° 681], enfin la nécessité de cette demande [n° 682].

680. La décision de demander fut suscitée par la venue du Christ ; c’est pourquoi il est dit : LORSQU’IL EUT ENTENDU DIRE QUE JESUS ARRIVAIT DE JUDEE EN GALILEE, IL ALLA VERS LUI – Car, aussi long temps que tardait la venue du Christ, l’espérance des hommes concernant la guérison de leurs péchés était bien faible ; mais à la nouvelle de l’approche de sa venue, l’espérance de la guérison se fortifie en nous, et alors nous allons à Lui : en effet, c’est pour cela qu’Il est venu dans le monde pour sauver les pécheurs — Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu 14 Mais, comme le dit l’Ecclésiastique, nous devons préparer notre âme avant la prière 15, et cela en allant au-devant de Dieu par le désir. C’est bien ce que fit le fonctionnaire royal IL ALLA VERS LUI — Pré pare-toi, Israël à la rencontre de ton Dieu 16.

681. La demande porte sur la guérison de son fils IL PRIAKÎ Jésus POUR QU’IL DESCENDE par miséricorde — Oh, si tu déchirais les cieux, et si tu descendais 17 — ET QU’IL GUERISSE SON FILS. Ainsi devons-nous prier, nous aussi, pour être guéris de nos péchés — Guéris mon âme, car j’ai péché contre toi 18. Personne, en effet, ne peut revenir à l’état de justice s’il n’est pas guéri par Dieu : Je ne trouve en moi-même aucun secours 19. C’est ainsi que les pères de l’Ancien Testament priaient pour le peuple d’Israël. Aussi est-il dit de l’un d’eux : Voici l’ami de ses frères et du peuple d’Israël celui qui prie pour le peuple et pour toute la cité sainte, Jérémie, le prophète de Dieu 20.

14. Luc 19, 10.

15. Sir 18, 23" Avant la prière, prépare ton âme".

16. Am 4, 12.

18. Ps 40, 5.

19. Jb 6, 13.

20. 2 Mac 15, 14.

682. La nécessité de la demande est urgente le fils ETAIT SUR LE POINT DE MOURIR. En effet, quand un homme est tenté, il tombe malade, mais lorsque la tentation l’emporte de telle sorte qu’il est sur le point de consentir, il est proche de la mort ; et lorsqu’il y a déjà consenti, il est sur le point de mourir. Donc, en consommant le péché, il meurt, car il est dit : Le péché, lorsqu’il a été consommé, engendre la mort 21 De cette mort des pécheurs le psaume dit qu’elle est affreuse 22, car elle commence ici-bas et, dans le futur, elle est tourment sans fin 23.

JESUS LUI DIT DONC : "SI VOUS N’AVEZ PAS VU DES SIGNES ET DES PRODIGES, VOUS NE CROYEZ PAS. " LE FONCTIONNAIRE ROYAL LUI DIT : "SEIGNEUR, DESCENDS AVANT QUE MON FILS NE MEURE. " JESUS LUI DIT : "VA, TON FILS VIT. " L’HOMME CRUT À LA PAROLE QUE LUI DIT JESUS, ET S’EN ALLA.

683. L’Évangéliste traite ici de la demande de guérison et de son accomplissement par le Christ. Pour cela il rapporte le reproche du Seigneur [n° 684], puis la demande du fonctionnaire royal [n° 686] qui obtient ce qu’il a demandé [n° 687].

684. Le Seigneur reproche au fonctionnaire royal son manque de foi. C’est pourquoi Il lui dit : SI VOUS N’AVEZ PAS VU DES SIGNES ET DES PRODIGES, VOUS NE CROYEZ PAS. Mais ceci pose quelques questions. D’abord parce qu’il ne semble pas juste de parler ainsi à ce fonctionnaire royal. En effet, si celui-ci n’avait pas cru que Jésus était le Sauveur, il ne Lui aurait pas demandé la guérison.

A cela il faut répondre que ce fonctionnaire royal ne croyait pas encore parfaitement : sa foi était déficiente en deux points. D’abord parce que tout en croyant que le Christ était un homme bon, il ne croyait cependant pas en sa puissance divine : autrement il au rait cru que, même absent, Jésus pouvait guérir, puis que Dieu est partout présent Est-ce que je ne remplis pas le ciel et la terre ? 24. Et ainsi, il ne Lui aurait pas demandé de descendre dans sa maison, mais seulement de donner un ordre.

Ensuite, sa foi était imparfaite en ce sens que, selon Chrysostome 25, il doutait que le Christ pût guérir son fils : s’il l’avait tenu pour certain, il n’aurait pas attendu la venue du Christ en son pays, mais serait plutôt allé lui-même en Judée. Mais en étant arrivé à désespérer du salut de son fils, et ne voulant rien négliger de ce qu’il pouvait faire, il alla trouver Jésus, comme ces parents qui, désespérant de sauver leurs enfants, vont consulter même des médecins incompétents.

21. Ja 1, 15.

22. Ps 33, 22.

23. Cf. Ap 14, 10-11 ; 20, 10.

685. Il semble ensuite qu’on ne pouvait reprocher au fonctionnaire royal de demander DES SIGNES : car la foi est confirmée par les signes. À cela il faut répondre que les incroyants sont amenés à la foi au Christ d’une manière, et les croyants d’une autre. Les in croyants, en effet, ne peuvent pas être attirés et conduits par l’autorité de l’Écriture sainte, puisqu’ils n’y croient pas, ni par la puissance naturelle de l’intelligence, parce que la foi la dépasse ; et c’est pourquoi il faut les conduire pas des miracles — Les signes sont donnés non pour les croyants, mais pour les incroyants 26. Mais les croyants doivent être conduits et amenés à la foi par l’autorité de l’Écriture à laquelle ils sont tenus d’adhérer.

Sur ce point donc, le fonctionnaire royal est corrigé parce que, alors qu’il avait été élevé au milieu des Juifs et instruit de la Loi, il voulait croire, non par l’autorité de l’Écriture, mais par des signes. Et c’est pourquoi le Seigneur le reprend en disant : SI VOUS N’AVEZ PAS VU DES SIGNES ET DES PRODIGES, c’est-à-dire des miracles qu’on appelle parfois "signes" en tant qu’ils indiquent la puissance divine, et que parfois on appelle aussi "prodiges", soit parce qu’ils indiquent avec la plus grande certitude, comme si prodigium (prodige) avait le sens de porrodicium 27, soit parce qu’ils annoncent un événement futur, comme si prodigium avait le sens de procul ostendens, c’est-à-dire "manifestant de loin" un effet futur.

24. Jérémie 23, 24.

25. In Ioannem hom., loc. cit.

26. 1 Corinthiens 14, 22. Saint Thomas modifie un peu la citation. Saint Paul dit : "les langues sont un signe, non pour les croyants, mais pour les incroyants".

686. L’Évangéliste rapporte ensuite la demande pressante du fonctionnaire royal : en effet, devant le reproche du Seigneur il ne s’est pas découragé, mais il Lui dit de manière pressante : SEIGNEUR, DESCENDS AVANT QUE MON FILS NE MEURE. — Il faut toujours prier et ne jamais se lasser 28.

Ceci montre, d’une certaine manière, le progrès de sa foi, parce qu’il L’appelle SEIGNEUR ; mais il n’a pas encore atteint la plénitude de la foi, puisque, croyant encore la présence corporelle du Christ nécessaire au salut son fils, il Le prie de descendre.

687. Cependant, parce que la prière persévérante est exaucée, le Seigneur lui accorde ce qu’il demande ; c’est pourquoi Jésus lui dit : "VA, TON FILS VIT." Ces paroles sont l’annonce, par le Christ, de la guérison qu’Il opéra [n° 687] ; les suivantes indiquent les personnes qui en furent les témoins [n° 691]. L’annonce de la guéri son est donnée par le commandement du Christ [n° 688], suivi de l’obéissance du fonctionnaire royal [n° 690].

27. Voir SAINT AUGUSTIN, Tract, in b. XVI, 3 BA 71, p. 823. Pour saint Augustin, porrodicium signifie "qui dit à l’avance, qui indique à l’avance, qui annonce un événement futur".

28. Luc 18, 1.

688. Le Seigneur ordonne d’abord, et ensuite Il an nonce. Il ordonne en effet à l’homme d’aller : VA, c’est-à-dire dispose-toi en t’ouvrant au don de la grâce dans un mouvement du libre arbitre vers Dieu — Convertissez-vous à moi, et vous serez sauvés 29—, et dans un mouvement du libre arbitre contre le péché. La justification de l’impie, spécialement des adultes, exige quatre choses : l’infusion de la grâce et la rémission de la faute, le mouvement du libre arbitre vers Dieu, qui est la foi, et celui contre le péché, qui est la contrition. Ensuite, le Seigneur annonce à l’homme la guérison qu’il avait demandée pour son fils : TON FILS VIT.

689. On peut se demander pourquoi le Christ, sollicité par le fonctionnaire royal de descendre dans sa maison, refuse de se déplacer, alors qu’Il propose de se rendre auprès du serviteur du centurion.

On a donné à cela deux raisons. Pour Grégoire 30, c’est afin de rabaisser notre orgueil, nous qui offrons nos services aux grands de ce monde mais les refusons aux petits, alors que Lui, qui est le Seigneur de toutes choses, offrit d’aller auprès du serviteur du centurion, mais refuse d’aller auprès du fils du fonctionnaire royal — Montre-toi accueillant pour la communauté des pauvres 31.

Pour Chrysostome 32, la raison est que le centurion était déjà confirmé dans la foi au Christ, puisqu’il croyait que même absent, Il pouvait le sauver. Aussi, pour manifester la foi et la piété de cet homme, le Seigneur promit-Il de se déplacer. Le fonctionnaire royal, lui, était encore imparfait : il ne savait pas encore clairement que, même absent, le Seigneur pouvait guérir ; aussi le Christ n’accéda-t-Il pas à sa demande, pour lui faire connaître son imperfection.

29. Isaïe 45, 22.

30. XL hom. in Evang., II, hom. 28, ch. 2, PL 76, col. 1212 C-D.

31. Sir 4, 7.

32. In boannem hom., 35, ch. 3, col. 202.

690. L’Évangéliste montre deux aspects de l’obéissance du fonctionnaire royal. D’abord il crut à Celui qui lui avait annoncé la guérison — L’HOMME CRUT À LA PAROLE QUE LUI DIT JESUS, c’est-à-dire TON FILS VIT. Ensuite il obéit au commandement ET IL S’EN ALLA, progressant dans la foi, bien que ce ne fût pas encore d’une manière parfaite et plénière comme le dit Origène 33. Ceci montre que la justification doit s’opérer par la foi — Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu, par notre Seigneur Jésus Christ Il faut que nous allions en progressant, parce que celui qui s’arrête s’expose au danger de ne pouvoir conserver la vie de la grâce. Dans le chemin qui mène à Dieu, ne pas progresser, c’est reculer.

OR, COMME DEJA IL DESCENDAIT, SES SERVITEURS VINRENT À SA RENCONTRE ET LUI ANNON CERENT QUE SON FILS VIVAIT. IL LEUR DEMANDA À QUELLE HEURE IL S’ETAIT TROUVE MIEUX. ILS LUI DIRENT : "C’EST HIER, À LA SEPTIEME HEU RE, QUE LA FIEVRE L’A QUITTE. "

 

691. Pour rapporter l’annonce de la guérison par les serviteurs, l’Évangéliste donne d’abord l’annonce elle-même [n° 692], puis l’interrogation du fonctionnaire royal sur l’heure de la guérison [n° 694].

33. Cf Sur saint Jean, XIII, § 409, SC 222, p. 259.

34. Ro 5, 1.

692. L’Évangéliste dit donc : OR, COMME DEJA IL DESCENDAIT de Cana de Galilée vers sa maison, SES SERVITEURS VINRENT À SA RENCONTRE — ce qui montre que ce fonctionnaire royal était riche, puisqu’il avait de nombreux serviteurs —, ET LUI ANNONCE RENT QUE SON FILS VIVAIT, parce qu’ils croyaient que le Christ allait venir en personne, Lui dont la présence semblait inutile maintenant que son fils était guéri.

693. Au sens mystique, les SERVITEURS du fonctionnaire royal, c’est-à-dire de l’intelligence, sont les œuvres de l’homme ; car l’homme est maître de ses actes et de ses passions parce que celles-ci obéissent à l’intelligence qui les commande et les dirige. Et ces serviteurs annoncent que le fils du fonctionnaire royal, c’est-à-dire de l’intelligence, vit, quand brille dans l’homme les œuvres bonnes et que les forces vitales inférieures obéissent davantage à l’intelligence — Le vêtement du corps, le rire des dents et la démarche d’un homme le font connaître 35.

694. Mais parce qu’il ne croyait pas encore parfaitement et totalement, le fonctionnaire royal voulait savoir si son fils avait été guéri par hasard ou par le commandement du Christ. Voilà pourquoi il s’enquit de l’heure de la guérison : IL DEMANDA à ses serviteurs À QUEL LE HEURE son fils S’ETAIT TROUVE MIEUX, et il constata qu’il avait été guéri à l’heure même où le Christ lui avait dit VA, TON FILS VIT. Cela n’est pas étonnant puisque le Christ est le Verbe par qui furent créés le ciel et la terre — Lui-même a dit, et les choses ont été faites. Lui-même a commandé, et elles ont été créées 36. Il est facile aux yeux de Dieu d’enrichir tout d’un coup le pauvre 37.

695. Les serviteurs lui dirent donc C’EST HIER, LA SEPTIEME HEURE, QUE LA FIEVRE L’A QUITTE.

Au sens mystique, LA SEPTIEME HEURE, heure à la quelle la fièvre a quitté l’enfant, signifie les sept dons du Saint-Esprit par qui s’accomplit la rémission des péchés — Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez 38 — et par qui aussi la vie spirituelle est causée dans l’âme — C’est l’Esprit qui vivifie 39. La septième heure peut encore signifier le temps du repos ; en effet, le Seigneur se reposa le septième jour de toute l’œuvre qu’Il avait faite 40, ce qui donne à entendre que la vie spirituelle de l’homme consiste dans un repos spirituel — Si vous revenez et vous tenez en repos, vous serez sauvés 41. Et des méchants il est dit Les impies sont comme une mer impétueuse qui ne peut s’apaiser 42.

35. Sir 19, 27.

36. Ps 148, 5.

37. Sir 11, 23.

38. Jean 20, 22. 23.

39. Jean 6, 23.

40. Gn 2, 2.

41. Isaïe 30, 15.

42. Isaïe 57, 20.

II

 

LE PERE RECONNUT ALORS QUE C’ETAIT L’HEURE 5354] OU JESUS LUI AVAIT DIT : "TON FILS VIT. " ET IL CRUT, LUI ET TOUTE SA MAISON. TEL FUT LE SECOND SIGNE QUE FIT ENCORE JESUS QUAND IL VINT DE JUDEE EN GALILEE.

696. Après avoir fait connaître le lieu du miracle [n° 665], puis le miracle lui-même [n° 675], l’Évangéliste expose maintenant l’effet de ce miracle. Il en donne d’abord le fruit, puis indique sa relation avec un autre.

[53] LE PERE RECONNUT ALORS QUE C’ETAIT L’HEURE OU JESUS LUI AVAIT DIT : "TON FILS VIT. " ET IL CRUT, LUI ET TOUTE SA MAISON.

697. En comparant l’heure indiquée par ses serviteurs à l’heure où Jésus lui avait annoncé la guérison de son fils, le père reconnut QUE C’ETAIT L’HEURE OU JESUS LUI AVAIT DIT : "TON FILS VIT". De ce fait, il se convertit au Christ, reconnaissant que le miracle était l’œuvre de sa puissance, ET IL CRUT, LUI ET TOU TE SA MAISON, c’est-à-dire ses serviteurs et même ses esclaves, parce que les esclaves sont conditionnés par la manière d’agir de leur maître, qu’elle soit bonne ou mauvaise — Comme est le juge du peuple, ainsi sont aussi ses serviteurs 43. — Je sais (...) qu’il ordonnera à ses enfants et à toute sa maison... 44. Ainsi il est manifeste que la foi du fonctionnaire royal ne cessa de progresser : au début, lorsqu’il intercéda en faveur de son fils malade, elle était faible. Elle commença à s’affermir quand il appela le Christ SEIGNEUR. Ensuite, lorsque cet homme crut à sa parole et se mit en route, elle était plus parfaite, sans toutefois l’être pleinement parce qu’il doutait encore. Ici, ayant clairement reconnu la puissance de Dieu dans le Christ, il a atteint la perfection de la foi : car le sentier des justes est comme une lumière éclatante qui s’avance et croît jusqu’au jour parfait 45.

TEL FUT LE SECOND SIGNE QUE FIT ENCORE [54] JESUS QUAND IL VINT DE JUDEE EN GALILEE.

698. Par ces mots, l’Évangéliste rapproche ce miracle d’un miracle précédent. Ce rapprochement peut s’en tendre de deux manières. Ou bien le Seigneur aurait fait lors de cette même venue de Judée en Galilée deux miracles dont l’Évangéliste n’aurait relaté que le second ; ou bien Jésus fit deux SIGNES en Galilée à deux moments différents : le premier, celui du vin, et le second, celui qu’il accomplit en faveur du fils du fonctionnaire royal quand, de Judée, Il revint en Galilée. Ce récit montre bien que les Galiléens étaient pires que les Samaritains [n° 672]. Ces derniers, sans attendre aucun signe du Seigneur, crurent en grand nombre à sa seule parole 46. Mais devant ce miracle, il n’y eut à croire au Christ que le fonctionnaire royal et toute sa maison. Car les Juifs, à cause de leur dureté, ne se convertissaient à la foi que peu à peu — Malheur à moi parce que je suis devenu comme celui qui, en automne, grappille après la vendange : il n’y a pas une grappe à manger, pas une de ces figues précoces que mon âme a désirées 47.    

 

43. Sir 10, 2.

44. Gn 18, 19.

45. Prov 4, 18.

46. Cf. SAINT AUGUSTIN, Tract, in b. XVI, 3, p 821.

47. Mic 7, 1.

CHAPITRE V – Le don de la vie spirituelle

 

Jean 5, 1-9a : LE MIRACLE DE BETHSAIDE

 

1 Après cela, il y avait une fête des Juifs, et Jésus monta à Jérusalem. 2 Or il y a Jérusalem la piscine probatique, appelée en hébreu Bethsaïde, qui a cinq portiques. ceux-ci gisait une multitude de malades, d’aveugles, de boiteux, de gens aux membres desséchés, qui attendaient le mouvement de l’eau. Car l’ange du Seigneur descendait de temps en temps dans la piscine, et l’eau s’agitait ; le premier qui était descendu dans la piscine après l’agitation de l’eau était guéri, de quel que mal qu’il fût atteint. 5 il y avait là un homme qui souffrait de sa maladie depuis trente-huit ans. 6 sus, l’ayant vu étendu et connaissant qu’il était dans cet état depuis longtemps déjà, lui dit" Veux-tu être guéri ?" Le malade Lui répondit : "Seigneur, je n’ai personne pour me jeter dans la piscine quand l’eau a été agitée : pendant que moi j’y vais, un autre descend avant moi. " 8 lui dit : "Lève-toi, prends ton grabat et marche. " 9a Et aussitôt l’homme fut guéri, il prit son grabat, et il marchait.

699. Le Seigneur a parlé plus haut de la régénération spirituelle [n° 423] ; Il parle maintenant des bien faits qui sont accordés par Dieu à ceux qui ont été régénérés spirituellement [ch. 5 à 11]. Or ceux qui sont engendrés selon la chair reçoivent trois choses de leurs parents selon la chair : la vie, la nourriture et l’enseignement (ou l’éducation) ; ceux qui ont été régénérés spi rituellement reçoivent également du Christ ces trois dons : la vie spirituelle, la nourriture spirituelle, l’enseignement spirituel.

Il est donc question ici de ces trois dons : celui de la vie spirituelle [Ch. 5] ; celui de la nourriture spirituelle [Ch. 6, n° 838] ; celui de l’enseignement spirituel [Ch. 7 à 11].

Pour traiter du don de la vie spirituelle, l’Évangéliste rapporte d’abord un signe visible où se manifeste la puissance qu’a le Christ de donner la vie et de la restaurer — selon la coutume de cet Évangile, qui joint toujours à l’enseignement du Christ quelque action visible se rapportant au sujet de l’enseignement, afin qu’à partir des réalités visibles on connaisse les invisibles. Ensuite, il expose l’occasion qui permet au Christ de donner son enseignement [2, n° 720]. Enfin, l’Évangéliste expose l’enseignement lui-même [Ch. 3, n° 744].

Pour rapporter le signe visible, il décrit d’abord le lieu où le miracle a été accompli [n° 700], puis l’infirmité [n° 709], enfin le rétablissement de la santé [n° 715].

I

 

[1-4] APRES CELA, IL Y AVAIT UNE FETE DES JUIFS, ET JESUS MONTA À JERUSALEM. OR IL Y A À JERUSALEM LA PISCINE PROBATIQUE, APPELEE EN HE BREU BETHSAIDE, QUI A CINQ PORTIQUES. SOUS CEUX-CI GISAIT UNE MULTITUDE DE MALADES, D’AVEUGLES, DE BOITEUX, DE GENS AUX MEM BRES DESSECHES, QUI ATTENDAIENT LE MOUVEMENT DE L’EAU. CAR L’ANGE DU SEIGNEUR DES CENDAIT DE TEMPS EN TEMPS DANS LA PISCINE, ET L’EAU S’AGITAIT ; LE PREMIER QUI ETAIT DES CENDU DANS LA PISCINE APRES L’AGITATION DE L’EAU ETAIT GUERI, DE QUELQUE MAL QU’IL FUT ATTEINT.

700. Le lieu du miracle est décrit de deux manières d’abord d’une manière générale [n° 700], puis d’une manière précise [n° 701].

[1] APRES CELA, IL Y AVAIT UNE FETE DES JUIFS, ET JESUS MONTA À JERUSALEM.

Le lieu pris d’une façon générale est Jérusalem ; c’est pourquoi l’Évangéliste dit APRES CELA, c’est-à-dire après le miracle accompli en Galilée, IL Y AVAIT UNE FETE DES JUIFS. Cette fête est la Pentecôte, selon Chrysostome 1, car plus haut (2, 13) l’Évangéliste fait mention de la fête de la Pâque, lorsque le Seigneur était allé à Jérusalem. De nouveau, donc, pour la fête de la Pentecôte suivante, JESUS MONTA À JERUSALEM ; car, ainsi qu’on le lit dans l’Exode, il avait été prescrit par le Seigneur que tout individu mâle du peuple juif se présentât dans le Temple en trois occasions de l’année 2 – la Pâque, la Pentecôte et la fête des Tentes.

En ces jours de fêtes, le Seigneur monta à Jérusalem pour deux raisons pour ne pas paraître aller contre la Loi, comme Il l’avait dit Lui-même : Je ne suis pas venu abolir la Loi, mais l’accomplir 3 ; et pour attirer à Dieu par ses miracles et son enseignement la multitude du peuple qui venait pour la fête 4, selon ce que disent les psaumes : Au milieu de la multitude je Le louerai 5 ; et J’ai annoncé ta justice dans une grande assemblée. Aussi le Christ dit-Il Lui-même : J’ai parlé ouvertement au monde ; j’ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le Temple, où tous les Juifs s’assemblent 7.

1. In loannem hom., 36, ch. 1, PG 59, col. 203.

2. Cf. Ex 23, 17 – "Trois fois dans l’année, tous tes mâles paraîtront en présence du Seigneur ton Dieu.

3. Mt 5, 17.

4. Voir SAINT JEAN CHRYSOSTOME, loc. cit.

5. Ps 108, 30.

6. Ps 39, 10.

7. Jean 18, 20.

OR IL Y A À JERUSALEM LA PISCINE PROBATIQUE, APPELEE EN HEBREU BETHSAIDE, QUI A CINQ PORTIQUES.

701. Le lieu précis du miracle fut la piscine probatique, qui est décrite sous quatre aspects : son nom [n° 702], la disposition des lieux [n° 704], ceux qui l’habitent [n° 7051 et sa vertu particulière

702. Le nom de cette piscine est PISCINE PROBATIQUE, du grec probaton qui signifie "brebis". On l’appelle "probatique", c’est-à-dire "pour les troupeaux de brebis ou de bestiaux", parce que les prêtres y lavaient les cadavres des bêtes, surtout ceux des brebis, qui étaient le plus souvent offertes en sacrifice 8— d’où l’appellation hébraïque "Bethsaïde", c’est-à-dire "maison des brebis" 9. Cette piscine était en effet proche du Temple, et alimentée par les eaux de pluie.

703. Au sens mystique, selon Chrysostome 10, cette piscine préfigurait le baptême : voulant donner diverses préfigurations de la grâce baptismale, le Seigneur donna d’abord une eau purifiant les souillures du corps contractées au contact des choses considérées par la Loi comme impures ; c’est de cette eau que parle le livre des Nombres 11. Ensuite, Il donna à cette piscine une vertu particulière, qui représente de manière plus expressive que l’autre eau la vertu du baptême, parce que non seulement elle guérissait des impuretés de la chair, mais encore elle délivrait des infirmités du corps. En effet, les préfigurations exprimaient d’autant mieux la vérité qu’elles en étaient plus proches.

La vertu de cette eau était donc le signe de la vertu du baptême ; car de même que cette eau, du fait qu’elle lavait les corps, avait la vertu de guérir l’infirmité — non certes par sa propre nature, mais grâce à un ange —, ainsi l’eau du baptême a la vertu de guérir l’âme et de la laver des péchés. Il nous a aimés et nous a lavés de nos péchés 12. D’où l’on voit que la Passion du Christ a été préfigurée par les sacrifices de l’ancienne Loi Nous tous qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, c’est en sa mort que nous avons été baptisés ; car nous avons été ensevelis avec Lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous aussi, nous marchions dans une vie nouvelle 13.

Selon Augustin, d’autre part, l’eau renfermée dans cette piscine signifiait l’état du peuple juif Eaux abondantes, les peuples nombreux 14. Car les nations n’avaient pas été enfermées dans les limites de la Loi divine, mais chaque peuple marchait selon la vanité de son cœur 15. Le peuple juif, au contraire, était enfermé sous le culte du Dieu unique Avant que la foi vînt, nous étions enfermés sous la garde de la Loi, en vue de la foi qui devait être révélée 16. C’est pourquoi ce peuple était représenté par l’eau renfermée dans la piscine ; celle-ci est appelée "probatique" parce que les Juifs étaient d’une manière spéciale les brebis de Dieu : Nous sommes le peuple de son pâturage et les brebis de sa main 17.

8. Cf. ALCUIN, Comrn. in S. bannis Evang., 3, ch. 9, PL 100, col. 803 D -804 A. Voir également BÈDE, In S. bannis Evang. expos., ch. 5, PL 92, col. 690 D-691 A.

9. Sur l’étymologie de" Bethsaïde", voir Fr. WUTZ, Onomastica sacra, p. 411.

10. In loannem hom., 36, ch 1, col. 203-204.

11. Cf. Nomb ch. 19.

12. Ap 1, 5.

13. Ro 6, 3-4.

14. Aquae multae, populi multi. L’édition Marietti renvoie à Ap 17, 15, mais en fait cette citation ne figure pas telle quelle dans l’Écriture (ni dans la Vulgate, ni dans la Vetus latina) ; elle s’inspire sans doute d’Ap 17, 15, d’Isaïe 17, 12-13, etc. Saint Thomas se réfère directement à un passage de saint Augustin dont l’expression aquae multae, populi multi est comme un résumé. Voir Tract. in b. XVII, 2, BA 72, pp. 75. 77 – "Cette piscine et cette eau me paraissent avoir symbolisé le peuple juif. Que les eaux en effet soient un symbole des peuples, l’Apocalypse de Jean nous l’indique clairement comme on lui montrait des eaux abondantes et qu’il demandait ce que c’était, il lui fut répondu que c’était les peuples [Ap 17, 15]. "

15. Cf. Eph 4, 17 – "les nations marchent dans la vanité de leurs pensées... "

16. Ga 3, 23.

17. Ps 94, 7.

704. La piscine est décrite maintenant sous un autre aspect : celui de la disposition des lieux : elle avait CINQ PORTIQUES à son pourtour, afin que les nombreux prêtres puissent s’y tenir facilement sans se gêner, pour laver les cadavres des bêtes.

Au sens mystique, ces cinq portiques, selon Chrysostome, signifient les cinq plaies du Christ 18, dont il est dit plus loin : Mets ton doigt ici et vois mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté 19 Selon Augustin, d’autre part, ce sont les cinq livres de Moïse 20.

[3] SOUS CEUX-CI GISAIT UNE MULTITUDE DE MALADES, D’AVEUGLES, DE BOITEUX, DE GENS AUX MEMBRES DESSECHES, QUI ATTENDAIENT LE MOUVEMENT DE L’EAU.

705. La piscine est décrite ici du point de vue de ceux qui l’habitent : sous ses portiques gisait UNE MULTITUDE. Au sens littéral, il y a multitude du fait du rassemblement de tous les infirmes à cause de la vertu de l’eau : celle-ci ne guérissait pas toujours, ni de manière continue, ni plusieurs à la fois ; il était donc inévitable qu’un grand nombre restât là en attente.

Au sens mystique, selon Augustin 21, cela signifie que la Loi ne pouvait pas guérir les péchés : Il est impossible que les péchés soient effacés par le sang de taureaux et de boucs 22. Elle les montrait seulement : La Loi donne seulement la connaissance du péché 23.

18. Nous n’avons trouvé cette interprétation ni chez saint Jean Chrysostome, ni chez saint Augustin. Elle ne se trouve pas non plus chez Bède, ni chez Alcuin, ni chez Raban Maur.

19. Jean 20, 27.

20. Tract. in la. XVII, 2, p. 77.

21. Lac. cit.

22. He 10, 4.

23. Ro 3, 20.

706. Sous ces portiques gisaient donc des malades aux infirmités diverses et incurables. Ces malades sont décrits de quatre manières. D’abord par leur position ils gisaient prostrés, c’est-à-dire collant par leurs péchés aux choses de la terre ; celui qui gît colle en effet à la terre par tout lui-même. — Il en eut pitié, parce qu’ils étaient accablés et prostrés comme des brebis sans berger 24. Les justes, eux, ne gisent pas, mais ils se tiennent dressés vers les réalités célestes. Eux, les pécheurs, se sont trouvés liés et sont tombés ; alors que nous, les justes, nous nous sommes relevés et nous nous sommes dressés 25.

Ensuite par leur nombre, qui est grand : Les pervers se corrigent difficilement et le nombre des insensés est infini 26. Large est la porte, et spacieux le chemin qui mène à la perdition, et ils sont nombreux ceux qui s’y engagent 27.

Les infirmes sont enfin décrits par leurs dispositions ou leur état. L’Évangéliste indique ici quatre maux que l’homme encourt par le péché. D’abord, parce qu’il est assujetti aux passions coupables qui dominent sur lui, l’homme est affaibli comme par une maladie ; l’Évangéliste parle donc de MALADES. C’est la raison pour la quelle Cicéron 28 dit que les passions de l’âme, comme celles de la colère, de la concupiscence, etc., sont comme des maladies de l’âme. Aussi le psalmiste disait-il : Aie pitié de moi, Seigneur, parce que je suis malade 29.

Le second de ces maux est l’aveuglement de la raison dû à l’emprise des passions et à leur victoire dans l’homme consentant. C’est pourquoi l’Évangéliste parle d’AVEUGLES, c’est-à-dire d’hommes aveuglés par leurs péchés 30 — Leur malice les a aveuglés. Le feu, celui de la colère et de la concupiscence, est tombé sur eux et ils n’ont pas vu le soleil.

Ensuite, l’homme malade et aveugle devient instable dans ses œuvres, et il est comme boiteux ; c’est pourquoi l’Écriture dit que ce que fait l’impie est instable 32, et le Philosophe, que les hommes mauvais sont remplis de remords 33. Aussi l’Évangéliste parle-t-il de BOITEUX — Jusques à quand clocherez-vous des deux côtés ? 34

Enfin, l’homme qui est ainsi malade, aveugle dans son intelligence, boiteux dans ce qu’il réalise, devient DESSECHE dans sa capacité d’aimer, car en lui est des séchée toute cette moelle de la piété 35 que David demandait dans le psaume : "Que de moelle et de graisse mon âme soit rassasiée" 36. C’est pourquoi l’Évangéliste parle de GENS AUX MEMBRES DESSECHES — Ma force s’est desséché comme un tesson 37.

Certains cependant sont à ce point affectés par la maladie du péché qu’ils n’attendent pas le bouillonnement de l’eau, mais se reposent dans leurs péchés : Alors qu’ils vivent dans une grande lutte à cause de l’ignorance, ils appellent paix des maux si nombreux et si grands 38. C’est d’eux encore qu’il est dit : Ils sont joyeux alors qu’ils ont fait le mal, et ils exultent dans les choses les plus mauvaises 39. La raison en est qu’ils n’ont pas horreur du péché, et ne pèchent pas par ignorance ou par faiblesse, mais par une malice résolue. Toutefois, ceux dont parle l’Évangéliste, ne péchant pas par malice, ne se reposaient pas dans leurs péchés, mais attendaient par leur désir le mouvement de l’eau ; c’est pourquoi il dit qu’ils ATTENDAIENT LE MOUVEMENT DE L’EAU. — Pendant tous les jours où maintenant je combats, j’attends que mon changement survienne 40. C’est ainsi que ceux de l’Ancien Testament attendaient le Christ Ton salut, Seigneur, je l’attendrai 41.

24. Mt 9, 36.

25. Ps 19, 9.

26. Qo 1, 15.

27. Mt 7, 13.

28. Cf. Tusculanes, III, § 4, 7 et 10, pp. 4, 6 et 7 ; IV, § 10, p. 58. Notons que Cicéron, suivant l’usage de la langue latine, plus précise, préfère traduire le terme grec pathè (passions) par perturbationes (troubles, affections) plutôt que par morbj ou aegritudines, ou aegrotationes (maladies), qui en serait la traduction littérale.

29. Ps 6, 3.

30. Sag 2, 21.

31. Ps 57, 9.

32. Prov 11, 18.

33. ARISTOTE, Ethique à Nicomaque, IX, 4, 1166 b 24 ; cf. 1166 b, 7. 8 et 18-23 les hommes mauvais sont tiraillés entre leur concupiscence et leur désir rationnel (volonté), et sont remplis de remords. Voir aussi le commentaire qu’en donne saint Thomas : "(...) peu après s’être réjoui, l’homme mauvais s’attriste de cela même dont il s’est réjoui et voudrait n’avoir pas éprouvé une telle joie. En effet, les hommes mauvais sont remplis de remords parce que dès que cesse le mouvement de malice ou de passion qui leur a fait faire le mal, ils connaissent par leur raison qu’ils ont mal agi et en souffrent" (In decem libros Ethicorum Aristo telis ad Nicomachum expositio, IX, leç. 4, n° 1818). Voir également Somme théol., I-II, q. 78, a. 2, obj. 3.

34. 1 Rs 18, 21.

35. Voir BÈDE, In S. bannis Evang. expos., ch. 5, col. 691 A.

36. Ps 62, 6.

37. Ps 21, 16.

38. Sag 14, 22.

39. Prov 2, 14.

40. Jb 14, 14.

41. Gn 49, 18.

42. Ce paragraphe développe, en le précisant, le commentaire de samt Jean Chrysostome voir In loannem hom., 36, ch. 1, col. 204.

CAR L’ANGE DU SEIGNEUR DESCENDAIT DE TEMPS EN TEMPS DANS LA PISCINE, ET L’EAU S’AGITAIT ; LE PREMIER QUI ETAIT DESCENDU DANS LA PIS CINE APRES L’AGITATION DE L’EAU ETAIT GUERI, DE QUELQUE MAL QU’IL FUT ATTEINT.

707. La piscine est décrite ici par la vertu qui lui est attachée 42 – grâce à un ange qui y descend, elle guérit de toute infirmité corporelle.

La vertu de cette piscine diffère de celle du baptême sous un aspect, et lui est semblable sous un autre. La similitude porte sur deux points. En premier lieu. de part et d’autre la vertu est cachée : la vertu de l’eau de cette piscine, en effet, ne venait pas de sa nature — autrement elle aurait toujours guéri — mais d’une vertu cachée, à savoir d’un ange : L’ANGE DU SEIGNEUR DESCENDAIT DE TEMPS EN TEMPS DANS LA PISCINE. De même, l’eau du baptême n’a pas la vertu de purifier les âmes du seul fait qu’elle est de l’eau, mais elle la tient de la vertu cachée de l’Esprit Saint : Personne, à moins de renaître de l’eau et de l’Esprit Saint, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu 43. En second lieu, ces deux eaux sont semblables par leur effet : car, comme l’eau du baptême, cette eau guérit LE PREMIER QUI ETAIT DESCENDU DANS LA PISCINE ETAIT GUERI – Si Dieu conféra à l’eau de cette piscine la vertu de guérir les corps, c’est pour que les hommes, en s’y lavant, se disposent, par le salut du corps, à chercher le salut spirituel.

Quant à la différence, elle porte sur trois points. Elle porte d’abord sur la source de la vertu qui guérissait : l’eau de la piscine donnait la guérison par la vertu d’un ange ; tandis que celle du baptême la donne par la vertu incréée, non seulement de l’Esprit Saint, mais aussi de toute la Trinité. C’est pourquoi toute la Trinité fut présente quand le Seigneur fut baptisé : le Père dans la voix, le Fils dans la personne du Christ, l’Esprit Saint sous la forme d’une colombe 44. C’est aussi pour quoi, dans notre baptême, est invoquée la Trinité.

La différence porte en second lieu sur l’efficacité l’eau de la piscine n’a pas eu la vertu de guérir de façon continue, mais DE TEMPS EN TEMPS, c’est-à-dire à des moments déterminés ; tandis que l’eau du baptême a d’une manière continue la vertu de purifier : En ce jour-là, il y aura une source ouverte à la maison de David et aux habitants de Jérusalem pour laver le pécheur et celle qui est souillée 45.

Enfin, la différence porte sur le nombre des personnes à guérir : quand l’eau de cette piscine était mise en mouvement, un seul était guéri ; mais quand c’est l’eau du baptême, tous le sont. Cela n’est pas étonnant puis que la vertu de la première eau, étant créée, est limitée et a un effet limité, alors que dans la seconde la vertu est infinie, pour purifier, si elles existaient, une infinité d’âmes : Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés de toutes vos souillures, et de toutes vos idoles je vous purifierai 46.

43. Jean 3, 5.

44. Mt 3, 16-17 ; Mc 1, 9-11 ; Luc 3, 21-22.

45. Zach 13, 1.

708. Par l’ANGE il faut entendre, selon Augustin 47, le Christ, d’après cette autre version d’Isaïe : On l’appellera l’ange du grand conseil 48. De même que cet ange DESCENDAIT DE TEMPS EN TEMPS DANS LA PISCINE, ainsi le Christ, Lui aussi, au temps fixé par le Père, descendit dans le monde : Son temps est près de venir et ses jours ne seront pas différés 49. Lorsque vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils 50. De même, aussi, qu’on ne percevait pas l’ange, si ce n’est par le mouvement de l’eau, ainsi le Christ n’était pas connu selon sa divinité. Car s’ils L’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de la gloire 51. Isaïe dit en effet Vraiment, tu es un Dieu caché, Dieu d’Israël Sauveur 52. Si on voyait l’eau agitée, mais non celui qui l’agitait, c’est que, voyant la faiblesse du Christ, on ne reconnaissait pas sa divinité. Et comme celui qui descendait dans la piscine était guéri, ainsi celui qui croit avec humilité à la Passion du Seigneur est guéri : ceux qui ont péché sont justifiés gratuitement par la grâce de Dieu, par la rédemption qui est dans le Christ Jésus que Dieu a établi victime de propitiation par la foi en son sang 53.

D’autre part, un seul était guéri, parce que personne ne peut être guéri si ce n’est dans l’unité de l’Église : Il y a un seul Seigneur, une’ seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous 54. Malheur donc à ceux qui haïssent l’unité et créent pour eux des partis parmi les hommes.

46. Ez 36, 25.

47. Ce paragraphe reprend, en l’explicitant, le commentaire de saint Augustin : voir Tract. in b. XVII, 3, pp. 79-81.

48. Isaïe 9, 6. Cette alia littera que cite saint Thomas est celle de la Vetus latina ou plus exactement (car la Vetus latina donne magni consilli nuntius) une version que l’on trouve chez de nombreux Pères de l'Église, notamment Tertullien, saint Ambroise, etc. : voir SABATIER, Latinae versiones antiquae, II, p. 535. Elle se trouve également dans la liturgie de Noël.

49. Isaïe 14, 1.

50. Ga 4, 4.

51. 1 Corinthiens 2, 8.

52. Isaïe 45, 15.

II

 

OR IL Y AVAIT LA UN HOMME QUI SOUFFRAIT DE SA MALADIE DEPUIS TRENTE-HUiT ANS. JESUS, L’AYANT VU ETENDU ET CONNAISSANT QU’IL ETAIT DANS CET ETAT DEPUIS LONGTEMPS DEJA, LUI DIT : "VEUX-TU ETRE GUERI ?" LE MALADE LUI REPONDIT : "SEIGNEUR, JE N’AI PERSONNE POUR ME JETER DANS LA PISCINE QUAND L’EAU A ETE AGITEE : PENDANT QUE MOI J’Y VAIS, UN AUTRE DESCEND AVANT MOI – "

 

709. L’Évangéliste décrit maintenant l’infirmité qui va être guérie. Il commence par montrer la longue durée de cette infirmité [n° 710] ; il en donne ensuite la cause [n° 712].

[5] OR IL Y AVAIT LA UN HOMME QUI SOUFFRAIT DE SA MALADIE DEPUIS TRENTE-HUIT ANS.

710. L’infirmité durait donc depuis longtemps ; c’est une manière assez belle de nous faire comprendre que l’homme, qui ne pouvait être guéri par la piscine, devait cependant être guéri par le Christ ; car ceux que la Loi ne pouvait guérir, le Christ les a guéris parfaitement Ce qui était impossible à la Loi, que la chair rendait impuissante, Dieu l’a fait : en envoyant son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché et pour le péché, Il a condamné le péché dans la chair, afin que la justification de la Loi s’accomplît en nous qui ne marchons pas selon la chair, mais selon l’esprit 55. Renouvelle les signes et produis d’autres merveilles 56.

711. Le nombre TRENTE-HUIT s’accorde bien avec l’infirmité, car il convient davantage à la maladie qu’à la santé. Le nombre quarante en effet, selon Augustin 57, sert à désigner la perfection de la justice, qui consiste dans l’observation de la Loi. Celle-ci fut donnée en dix commandements, et devait être prêchée dans les quatre parties du monde, ou encore accomplie par les quatre Évangiles : La fin de la Loi, c’est le Christ 58. Puisque dix multipliés par quatre font quarante, la justice parfaite est donc bien indiquée par le nombre quarante. En soustrayant deux à quarante, on obtient trente-huit. Or le nombre deux représente les deux préceptes de la charité, par lesquels est accomplie toute justice parfaite. Voilà pourquoi cet homme était malade : il avait quarante ans moins deux, c’est-à-dire une justice imparfaite, puisqu’il est dit : À ces deux commandements toute la Loi est suspendue, ainsi que les prophètes 59.

55. Ro 8, 3-4.

56. Sir 36, 6.

57. Ce paragraphe résume le commentaire de saint Augustin voir op. cit., XVII, 4 et 6, pp. Si et 87-91.

58. Ro 10, 4.

59. Mt 22, 40.

53. Ro 3, 24-25.

54. Eph 4, 5-6.

[6] JESUS, L’AYANT VU ETENDU ET CONNAISSANT QU’IL ETAIT DANS CET ETAT DEPUIS LONGTEMPS DEJA, LUI DIT : "VEUX-TU ETRE GUERI ?"

 

712. L’Évangéliste donne ensuite la cause de la longue durée de l’infirmité. Pour cela, il rapporte d’abord l’interrogation du Seigneur [n° 713], puis la réponse du malade [n° 714].

713. Jésus LE VIT ETENDU non seulement avec les yeux du corps, mais aussi avec ceux de sa miséricorde, de la manière dont David demandait à être regardé : Regarde-moi, Seigneur, et aie pitié de moi 60. Et Il connut QU’IL ETAIT DEPUIS LONGTEMPS DEJA DANS CET ETAT d’infirmité, ce qui est contraire au cœur du Christ comme à celui de l’infirme, car une maladie trop longue accable le médecin 61. Il LUI DIT : "VEUX-TU ETRE GUERI ?", non par ignorance — il était en effet assez évident que le malade voulait être guéri —, mais pour réveiller son désir et pour qu’il montrât sa patience, lui qui, sans se lasser, avait attendu durant tant d’années d’être délivré de sa maladie, et afin que par là il fût reconnu plus digne d’être guéri 62. Agissez virilement et que votre cœur s’affermisse, vous tous qui espérez dans le Seigneur 63.

Si le Seigneur réveille le désir de l’infirme, c’est par ce qu’on garde plus fermement ce qu’on reçoit avec désir, et qu’on l’obtient plus facilement : Frappez, par le désir, et l’on vous ouvriras 64.

Il faut noter cependant que, de la part des aveugles, le Seigneur exige la foi : Croyez-vous que je puis se faire cela ? 65, alors qu’à l’égard de cet infirme Il ne fait rien de tel. C’est parce que ceux-là avaient entendu parler des miracles de Jésus, alors que lui n’en avait pas encore entendu parler. Voilà pourquoi Jésus n’exige pas de lui la foi, si ce n’est après l’accomplissement du miracle 66.

60. Ps 85, 16.

61. Sir 10, 11.

62. Cf. SAINT JEAN CHRYSOSTOME, op. cit., 36, ch. 1, col. 204-205.

63. Ps 30, 25.

64. Mt 7, 7.

65. Mt 9, 28.

LE MALADE LUI REPONDIT : "SEIGNEUR, JE N’AI PERSONNE POUR ME JETER DANS LA PISCINE QUAND L’EAU A ETE AGITEE : PENDANT QUE MOI J’Y VAIS, UN AUTRE DESCEND AVANT MOI – "

 

714. Cette réponse de l’infirme indique deux choses qui étaient cause de la longue durée de son infirmité la pauvreté et la faiblesse. Parce qu’il était pauvre, il ne pouvait avoir personne pour le jeter dans la piscine ; c’est pourquoi il dit : SEIGNEUR, JE N’AI PERSONNE... Peut-être, selon Chrysostome 67, pensait-il que le Christ lui serait utile pour le jeter dans l’eau.

D’autre part, parce qu’il était faible et ne pouvait se déplacer rapidement, il était devancé par un autre

PENDANT QUE MOI J’Y VAIS, UN AUTRE DESCEND AVANT MOI – Aussi pouvait-il dire avec Job : Voici que je ne trouve en moi aucun secours 68. Par là est signifié qu’aucun homme qui fût seulement homme ne pouvait sauver le genre humain, parce que tous ont péché et ont besoin de la grâce de Dieu 69, jusqu’à ce que vînt le Christ, Dieu et homme, par qui ils devaient être sauvés.

66. Cf. SAINT JEAN CHRYSOSTOME, op. cit., 37, ch. 2, col. 209.

67. Loc. cit. ch. 1, col. 207.

68. Jb 6, 13.

69. Ro 3, 23. Et egent gratia Dei, dit saint Thomas. En réalité, le texte de saint Paul porte et egent gloria Dei, "et ils sont privés de la gloire de Dieu". Mais saint Thomas, en divers lieux de ses œuvres, cite en substituant gratia à gloria. Du reste, en commentant le verset même de saint Paul, il dit : "Tous ont péché (...) et par là sont privés (egent) de la gloire de Dieu, c’est-à-dire ont besoin (egent) de la justification qui aboutit à la gloire de Dieu" (Super Epistolam ad Romanos lectura, III, leç. 3, n° 305) ; et un peu plus loin il reprend" Tous ont péché et ont besoin de la grâce de Dieu, c’est-à-dire ils sont pécheurs, ceux qui doivent être justifiés par la grâce de Dieu" (III, leç. 4, n 318)

 

III

 

JESUS LUI DIT : "LEVE-TOI, PRENDS TON GRABAT ET MARCHE". ET AUSSITOT L’HOMME FUT GUERI, IL PRIT SON GRABAT, ET IL MARCHAIT.

715. L’Évangéliste montre maintenant le rétablissement de la santé, ou l’accomplissement du miracle, en rapportant l’ordre du Seigneur [n° 716], puis l’obéissance de l’homme [n° 719].

[8] JESUS LUI DIT : "LEVE-TOI, PRENDS TON GRABAT ET MARCHE. "

 

716. Le Seigneur commande à la fois à la nature et à la volonté de l’homme ; celles-ci sont en effet toutes deux soumises à son pouvoir. Il commande à la nature en disant LEVE-TOI – Cet ordre, en effet, n’est pas adressé à la volonté de l’infirme, car il n’était pas en son pouvoir de se lever, mais à la nature, que le Seigneur changea par son ordre en lui donnant la capacité de se lever 70.

A la volonté Il commanda deux choses PRENDS TON GRABAT et MARCHE. Au sens littéral, Il donna ces deux ordres pour montrer qu’une santé parfaite avait été rendue à cet homme. Dans tout miracle, en effet, le Seigneur donne à l’œuvre qu’Il fait la perfection conforme à l’excellence de sa nature — c’est ainsi que, de l’eau, Il fit un vin parfait 71 —, car Les œuvres de Dieu sont parfaites 72.

Quant à l’homme, deux choses lui faisaient défaut d’une part ses propres forces, car il ne pouvait se tenir debout ; c’est pourquoi le Seigneur le trouva ETENDU. D’autre part le secours d’autrui, ce qui lui faisait dire : JE N’AI PERSONNE POUR ME JETER DANS LA PISCINE. Afin donc de faire connaître la perfection de la santé rendue à l’homme, le Christ lui commande, à lui qui ne pouvait se tenir debout, de prendre son grabat ; et à lui qui ne pouvait marcher, Il commande de marcher.

70. Voir SAINT AUGUSTIN, op. cit., XVII, 7, p. 93.

71. Cf. n° 362 (vol. I, 2° éd., p. 342).

72. Deut 32, 4.

717. Ces trois ordres n’en sont pas moins ceux que le Seigneur donne dans la justification. D’abord, l’homme doit se lever en s’écartant du péché : Lève-toi, toi qui dors, et relève-toi d’entre les morts 73. Ensuite, le Seigneur lui ordonne PRENDS TON GRABAT, en satisfaisant pour les péchés commis. Le grabat sur lequel l’homme repose signifie en effet le péché. L’homme prend donc son grabat quand il porte le poids de la pénitence qui lui a été imposée pour son péché — La colère du Seigneur, je la porterai, puisque j’ai péché contre Lui 74. Enfin le Seigneur lui ordonne de marcher en progressant dans le bien — Ils iront de vertu en vertu 75.

718. Selon Augustin 76, deux choses manquaient à ce malade : les deux préceptes de la charité. Aussi, à la volonté qui est rendue parfaite par la charité, le Seigneur donne-t-Il deux ordres : prendre le grabat et marcher. Le premier se rapporte à l’amour du prochain, parce que cet amour est premier dans l’ordre de la réalisation 77 ; le second à l’amour de Dieu, qui est premier dans l’ordre de ce que nous devons faire.

Le premier ordre, "PRENDS TON GRABAT", revient donc à dire : lorsque tu es malade, ton prochain te soutient, il a compassion de toi et te soulage, comme fait le grabat pour l’infirme. Nous devons, nous qui sommes plus forts, porter les faiblesses de ceux qui n’ont pas cette force, et ne pas chercher ce qui nous plaît 78. Quand donc tu as été guéri, PRENDS TON GRABAT, c’est-à-dire soutiens et supporte ton prochain qui te portait quand tu étais faible : Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ 79.

Quant au second ordre, "MARCHE", il sous-entend : en t’approchant de Dieu. C’est pourquoi le psalmiste, après avoir dit : Ils iront de vertu en vertu, ajoute : Il sera vu, le Dieu des dieux, dans Sion 80. — Marchez tant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous saisissent 81.

73. Eph 5, 14.

74. Mic 7, 9.

75. Ps 83, 8.

76. Cf. op. cit., XVII, 8-9, pp. 93-99.

77. Cf. 1 Jean 4, 20 – "Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ?"

 

ET AUSSITOT L’HOMME FUT GUERI, IL PRIT SON GRABAT, ET IL MARCHAIT.

719. L’Évangéliste rapporte ici à la fois l’obéissance de la nature et celle de la volonté. D’abord celle de la nature : AUSSITOT L’HOMME FUT GUERI – À cela rien d’étonnant, puisque c’est par le Verbe Lui-même que le ciel et la terre ont été faits : Lui-même a dit, et tout a été fait 82. Par la parole du Seigneur, les cieux ont été affermis 83. Ensuite, l’obéissance de la volonté : IL PRIT SON GRABAT, ET IL MARCHAIT. — Tout ce qu’a prescrit le Seigneur, nous le ferons, et nous serons obéissants 84.

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