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Leçon 1 – Mt 14, 1-14 ; n° 1651

[14, 1]

1651. Plus haut, le Seigneur a montré la puissance de l’enseignement évangélique par des paraboles ; ici, il [la] montre par des actes, et il fait trois choses : premièrement, il montre quels effets il peut produire en comparant des faits ; deuxièmement, il montre la suffisance de l’enseignement évangélique ; troisièmement, [il montre] comment celui-ci doit être conservé dans sa pureté. Le second point [se trouve] au chapitre XV ; le troisième, au chapitre XVI.

1652. À propos du premier point, il présente une fausse opinion ; deuxièmement, l’occasion ; troisièmement, [cette] opinion est rejetée. Le second point [se trouve] en cet endroit : EN EFFET, HÉRODE AVAIT FAIT ARRÊTER JEAN, etc. [14, 3] ; le troisième, en cet endroit : L’AYANT APPRIS, JÉSUS SE RETIRA [14, 13].

1653. [Matthieu] dit donc : EN CE TEMPS-LÀ, HÉRODE LE TÉTRARQUE ENTENDIT PARLER DE LA RENOMMÉE DE JÉSUS. Et il ne faut pas s’arrêter à ce jour-là, mais à un certain moment, d’une manière générale, car Mc 6, 1 et Lc 4, 16 ne présentent pas [les choses] dans le même ordre, puisqu’ils les racontent après l’envoi des disciples, comme on le trouve en Mc 6. On ne sait donc pas avec certitude qui suit l’ordre historique. Toutefois, ce qui est dit : EN CE TEMPS-LÀ, est dit pour signaler la négligence d’Hérode, car il avait d’abord entendu parler de la renommée de Jésus après les miracles. Une telle indolence se rencontre habituellement chez les riches qui ne s’occupent pas des petites choses. 1 Tm 6, 17 : Ne mettez pas votre cœur dans les richesses de ce temps et ne mettez pas votre espérance dans des richesses incertaines, etc.

1654. HÉRODE LE TÉTRARQUE ENTENDIT PARLER, à la différence d’Hérode le roi, sous lequel le Christ était né, comme on le lit plus haut, [Mt] 2. Après la mort de celui-ci, le Christ est revenu d’Égypte. Le présent Hérode était le fils de celui-là et il était tétrarque. Son père avait été établi roi par les Romains. Il avait eu six fils. Il en tua deux pendant sa vie ; il en tua un autre à sa mort, car celui-ci avait fait en sorte de se faire nommer roi alors que son père vivait encore. Après la mort de ce dernier, Archélaüs reçut la royauté et, suivant la malice de son père, il ne put être supporté par les Juifs. Ceux-ci firent donc des démarches auprès des Romains, et le royaume fut divisé en quatre parties : deux parties furent données à Archélaüs, une à Hérode et une autre à Philippe. [Hérode] était donc tétrarque et dirigeant du quart du royaume. [HÉRODE] ENTENDIT PARLER DE LA RENOMMÉE DE JÉSUS. Il était répréhensible que [Jésus] ait vécu si longtemps et ait fait des miracles, et que pourtant [Hérode] en entendît alors parler pour la première fois. Ainsi s’accomplit ce qui [se lit] en Jb 28, 22 : La perdition et la mort ont dit : « La rumeur de sa renommée est parvenue à nos oreilles. »

[14, 2]

1655. ET IL DIT À SES SERVITEURS : « CELUI-CI EST JEAN BAPTISTE, etc. » Certains ont dit qu’il partageait la croyance en la transmigration des âmes. En effet, Platon et Pythagore ont affirmé que, lorsque l’âme sort d’un corps, elle entre dans un autre. Puisque Hérode partageait cette opinion, disent-ils, il croyait que l’âme de Jean était devenue l’âme du Christ. Mais cela ne peut pas être le cas, car il l’avait tué peu auparavant. Or, Jésus avait trente ans. Il ne croyait donc pas cela. De même, [Jésus] avait déjà fait des miracles avant la décollation et l’emprisonnement [de Jean], comme on le lit en Jn 3. Il faut cependant louer Hérode d’avoir cru en la résurrection, dont il est question en Jb 14, 14 : Penses-tu qu’un homme mort vivra de nouveau ? [Hérode] avait aussi une autre bonne qualité : il croyait que la résurrection aboutissait à un meilleur état. Il croyait donc que [Jean] faisait des miracles, ce qu’il n’avait pas fait avant sa résurrection. Il dit donc : VOILÀ QU’IL FAIT DES MIRACLES EN SA PERSONNE, parce qu’il a accédé à un état meilleur. Les hommes ressusciteront donc dans un état meilleur. L’Apôtre dit ainsi, 1 Co 15, 43 : Il est semé dans la faiblesse, il ressuscitera dans la puissance.

1656. Mais ici se pose une question, car Luc dit que [Hérode] entendit une rumeur et se mit à douter. [Hérode] dit donc : « J’ai fait couper la tête à Jean. » Mais [Matthieu] dit que [Hérode] n’a pas hésité lorsqu’il dit : CELUI-CI EST JEAN BAPTISTE. Augustin donne la solution : il ne l’a pas fait de lui-même, mais parce qu’il en entendit parler par d’autres. Ainsi, lorsqu’il en entendit d’abord parler, il eut des doutes, mais, comme la rumeur augmentait, il tomba d’accord. Ainsi, Luc a raconté le premier aspect, et Matthieu, le second. Ou bien on peut interpréter [cela] autrement, à savoir que même Matthieu aborde le doute d’Hérode, de sorte qu’on peut lire [le passage] sous une forme interrogative : EST-CE QUE CELUI-CI EST JEAN ?

[14, 3]

1657. EN EFFET, HÉRODE AVAIT FAIT ARRÊTER JEAN. Ceci était arrivé auparavant. On ne suit donc pas l’ordre [historique], mais, au passage, [Matthieu] précise la mort de Jean.

1658. Mais une question se pose : pourquoi les évangélistes précisent-ils au passage quelque chose au sujet de Jean ? Chrysostome examine cette question. Mais il la résout [ainsi] : [les évangélistes] ont surtout porté attention à ce que le Christ a fait, et au reste dans la mesure où cela se rapportait au Christ. C’est pourquoi ici [Matthieu] précise la mort de Jean. En premier lieu, il précise son incarcération ; en second lieu, sa mort, en cet endroit : OR, LORS DE LA CÉLÉBRATION DE SON ANNIVERSAIRE DE NAISSANCE, etc. [14, 6].

1659. À propos du premier point, [Matthieu] fait trois choses. Premièrement, il présente l’incarcération ; deuxièmement, la raison [de celle-ci] ; troisièmement, la décollation.

1660. EN EFFET, HÉRODE AVAIT FAIT ARRÊTER, ENCHAÎNER ET EMPRISONNER JEAN. [Matthieu] aborde l’ordre, car d’abord il le fit arrêter, [puis] il l’enchaîna, pour [enfin] le faire emprisonner. Il en fut de même pour le Christ.

1661. [Matthieu] aborde la cause, lorsqu’il dit : À CAUSE D’HÉRODIADE, LA FEMME DE SON FRÈRE [PHILIPPE]. Hérode et Philippe étaient frères. Philippe avait pris la fille d’Aréthas, roi des Arabes. Il était l’ennemi de ce roi des Arabes, et aussi de son [propre] frère, de sorte que le roi des Arabes, par haine de Philippe, prit sa fille et la donna à Hérode.

[14, 4]

1662. Vous devez comprendre que ce Jean était un homme d’une grande puissance. Il est donc dit de lui : Il viendra avec la puissance d’Élie [Mt 1, 17]. Vous devez encore remarquer qu’il est aussi appelé martyr, car il est mort pour la défense de la foi puisqu’il [est mort] pour la vérité. Et le Christ est la vérité. [Jean] disait en effet à Hérode : IL NE T’EST PAS PERMIS DE L’AVOIR. Il faut savoir qu’Antipater, le père du roi Hérode, était un étranger, mais il était un prosélyte ; ses fils furent donc des Juifs. Mais c’était un commandement de la loi que, du vivant du frère, un autre [frère] ne devait pas avoir comme épouse la femme de [son] frère. Soucieux de la loi, Jean disait donc : IL NE T’EST PAS PERMIS DE L’AVOIR.

[14, 5]

1663. Il arrive parfois que, lorsque quelqu’un ne veut pas éviter le péché, il commet [un péché] plus grand. Os 4, 2 : Ils ont accumulé l’homicide, le vol et l’adultère, et le sang a couvert le sang. Ainsi, comme [Hérode] ne voulait pas éviter l’adultère, il commit un homicide. Et comme il voulait [le commettre], IL CRAIGNAIT LE PEUPLE. Les mouvements de foule sont très à craindre. Si 26, 5 : Trois choses me font peur : une calomnie qui court la ville, une émeute populaire et une fausse accusation. De même, la crainte du Seigneur écarte un mauvais dessein, mais ce n’est pas le cas de [la crainte] de l’homme, bien qu’elle le fasse reporter. Ainsi, parce que [Hérode] ne put pas [le commettre] à cause de la crainte du peuple, il le reporta.

[14, 6-7]

1664. OR, LORS DE LA CÉLÉBRATION DE SON ANNIVERSAIRE DE NAISSANCE, etc. Ici, à propos de la mise à mort, [Matthieu] fait trois choses : premièrement, ce qui l’a précédée est présenté ; deuxièmement, la mise à mort [est présentée] ; troisièmement, ce qui suivit.

1665. À propos du premier point, trois choses qui ont précédé sont présentées : la danse, la promesse, la demande.

1666. [Matthieu] dit donc : OR, LORS DE LA CÉLÉBRATION DE SON ANNIVERSAIRE DE NAISSANCE, etc. C’était la coutume, chez les anciens, de célébrer l’anniversaire de la naissance, contrairement à ce qui est dit en Qo 7, 2 : Le jour de la mort est plus important que le jour de la naissance. On ne lit pas que d’autres que celui-ci et Pharaon, le roi d’Égypte, aient célébré l’anniversaire de leur naissance. Ainsi, LORS DE LA CÉLÉBRATION DE SON ANNIVERSAIRE DE NAISSANCE, SA FILLE HÉRODIADE (c’était son nom) dansa en public, c’est-à-dire, dans la salle à manger ; elle se rendit ainsi coupable, car, par lascivité, elle oublia la salle royale, dans laquelle cela ne devait pas se faire. Et elle plut à Hérode, à l’encontre de Si 9, 4 : Ne fréquente pas une danseuse.

1667. Vient ensuite : AU POINT QU’IL S’ENGAGEA PAR SERMENT, etc. Voilà une promesse imprudente et un serment téméraire ! Si 23, 9 : N’habitue pas ta bouche à prononcer des serments, car plusieurs sont tombés à cause d’eux.

[14, 8]

1668. AVERTIE PAR SA MÈRE, ELLE LUI DIT : « DONNE-MOI ICI LA TÊTE DE JEAN BAPTISTE SUR UN PLAT. » Ici est présentée la demande d’une femme. Les femmes sont parfois tendres et ont des sentiments changeants. Ainsi, lorsqu’elles sont tendres, elle le sont beaucoup ; mais, lorsqu’elles sont cruelles, elles le sont au plus haut point. Si 25, 22[15] : Il n’y a pire venin que le venin du serpent, il n’y a pire haine que la haine d’une femme. Et il est dit au même endroit : Par rapport à la malice d’une femme, toute malice est de brève durée. En effet, un homme penserait difficilement à ce à quoi pense une femme perverse. La mère a donc proposé une demande qui assouvirait sa colère. Elle craignait aussi qu’à cause des paroles de Jean, Hérode ne se convertisse et ne la renvoie.

[14, 9]

1669. LE ROI FUT CONTRISTÉ À CAUSE DE SON SERMENT. Ici est précisé comment [Jean] fut tué. Chrysostome [dit] : « Ici est donné un exemple de ce que l’honnêteté est respectée même par les impies », comme on le lit en Sg 5, 1s. Jérôme dit que celui-là est contristé qui auparavant avait voulu tuer, mais avait craint le peuple. Pourquoi [Matthieu] dit-il donc que [le roi] est contristé ? [Jérôme donne] la solution : c’est la coutume parmi les hommes de raconter ce qui est vu des hommes, comme ils disaient que le Christ était le fils de Joseph, parce qu’ils le pensaient, ainsi qu’on le lit en Lc 3. [Matthieu] dit donc qu’IL FUT CONTRISTÉ, parce qu’il le parut aux hommes.

1670. Vient ensuite l’exécution. Premièrement, l’ordre [de l’exécuter] est présenté ; deuxièmement, l’exécution. À CAUSE DE SON SERMENT ET DES CONVIVES. En cela, [Hérode] fut insensé, car on ne doit pas craindre d’avoir fait serment à propos d’une chose mauvaise, car par le fait même d’avoir juré, je suis parjure. Jr 4, 2 : Vous jurerez avec jugement (c’est-à-dire avec discernement), avec justice et vérité. De même, s’il avait fait serment, il fallait qu’il soit entendu que ce qu’il ferait de lui-même porterait sur ce qui est bien. Ainsi, ce qu’il ne devait pas faire de lui-même, il ne devait pas ordonner à un autre [de le faire]. Za 8, 17 : N’aimez pas un serment mensonger. ET AUSSI À CAUSE DES CONVIVES, afin de les rendre complices de l’homicide. En effet, tous appuyaient la jeune fille. IL COMMANDA DE LA LUI DONNER.

[14, 10]

1671. ET IL ENVOYA DÉCAPITER JEAN. Ici est présentée l’exécution. Ici s’accomplit ce que [Jean] avait dit : Il faut que celui-ci grandisse et que je diminue, car le Christ a été étendu sur la croix, mais [Jean] eut la tête coupée. De même, la décollation de Jean fut le signe que, à cause de l’autorité de la loi, ils devaient perdre le Christ et la loi.

[14, 11]

1672. En conséquence, les suites de la décollation sont présentées. Premièrement, l’accomplissement de la promesse est présenté ; deuxièmement, la sépulture [de Jean]. [Matthieu] dit donc : ET SA TÊTE FUT APPORTÉE SUR UN PLATEAU. En ceci, Hérode fut répréhensible, car il a manifesté de la cruauté au milieu des plaisirs. On dit ainsi qu’un fonctionnaire aimait une courtisane et, alors qu’elle était sur ses genoux, elle lui dit qu’elle n’avait jamais vu tuer un homme. Et, alors qu’on était en train de manger, il fit amener quelqu’un qui méritait la mort et le fit décoller devant elle. Les Romains l’apprirent et il fut exilé de Rome. De même, [Hérode] fut-il exilé.

[14, 12]

1673. Il s’agit ici de la sépulture de Jean et elle est considérée comme une œuvre de miséricorde. Toutefois, il semble que la miséricorde ne concerne pas un mort, car, si elle le concernait, il semble que ce que dit le Seigneur ne serait pas vrai : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps [Mt 10, 28]. Pourquoi donc est-elle considérée comme une œuvre de miséricorde ? Il faut dire que, même si [la sépulture] n’est pas utile [au mort] quant à l’effet, qu’il obtient immédiatement, elle lui est utile quant à l’affection qu’on porte présentement au mort. ILS PRIRENT donc SON CORPS ET L’ENSEVELIRENT : on dit que ce fut à Sébaste, puisque c’est proche de là. Lorsque Julien l’Apostat constata que beaucoup s’approchaient de [ses] reliques, il le fit brûler, à l’exception de la tête.

1674. PUIS ILS ALLÈRENT INFORMER JÉSUS. Les disciples de Jean, qui avaient d’abord calomnié Jésus, revinrent vers Jésus après la mort de Jean et en devinrent des proches. Ainsi, certains, au moment de la tribulation, se convertissent au Christ. Os 6, 1 : Dans leurs tribulations, le matin venu, ils se tourneront vers moi.

[14, 13]

1675. L’AYANT APPRIS, JÉSUS SE RETIRA EN BARQUE DANS UN LIEU DÉSERT. Plus haut, l’opinion qu’avait Hérode de Jésus a été présentée et, à cette occasion, le récit au sujet de Jean a été introduit. Maintenant, il est montré que l’opinion d’Hérode était fausse. Il avait dit deux choses : que Jésus était Jean, qu’il avait tué ; que, ressuscité, [Jean] faisait des miracles.

1676. [Matthieu] dit donc : L’AYANT APPRIS, JÉSUS SE RETIRA EN BARQUE, etc. Pourquoi se retira-t-il ? Jérôme en donne quatre raisons. La première, afin d’épargner ses ennemis, de crainte qu’ils ne se précipitent d’homicide en homicide. Os 4, 2 : Le sang rejoint le sang. Aussi, afin de repousser la passion ; c’est pourquoi il dit lui-même en Jn 7, 6 : Mon heure n’est pas encore venue. De plus, afin de nous donner un exemple pour que nous ne cédions pas à nos passions : en effet, ce n’est pas vertu que de céder à ses passions, mais présomption. Ainsi, [on lit] plus haut, 10, 33 : Si on vous persécute dans une ville, fuyez dans une autre. Et encore, pour montrer avec quelle dévotion les foules écoutaient la parole de Dieu, parce que, même dans le danger, elles le suivaient. Dt 13, 3 : Le Seigneur votre Dieu vous met à l’épreuve pour vérifier que vous l’aimez.

1677. Il faut aussi remarquer qu’il présente quatre choses qui vont empêcher la foule de suivre le Christ. La première est qu’il se retire sur une BARQUE ; puis, dans UN LIEU DÉSERT ; ensuite, qu’il n’y avait là aucune futaie, car c’était désert ; enfin, que cela n’était pas le long d’une route que les gens pouvaient aisément prendre. Mais [Jésus] SE RETIRA À L’ÉCART. Il fit cela pour que l’attachement de la foule se manifeste encore davantage. Chrysostome dit aussi qu’il se retira pour mettre l’homme à l’épreuve. Il ne voulut donc pas se retirer avant que ne soit annoncée la mort de Jean.

1678. Vient ensuite : CE QU’APPRENANT, LES FOULES, etc. Il s’agit ici de choses étonnantes. Premièrement, l’attachement des foules est abordé ; deuxièmement, les choses étonnantes sont abordées.

1679. [Matthieu] dit donc : CE QU’APPRENANT, LES FOULES LE SUIVIRENT À PIED EN DEHORS DES VILLES, où est abordé l’attachement des foules et des pauvres, qui, par attachement, suivent le Seigneur. Os 6, 1 : Dans leurs tribulations, le matin venu, ils se tourneront vers moi, etc.

[14, 14]

1680. EN REVENANT, IL VIT UNE FOULE NOMBREUSE, etc. Ici, [Matthieu] aborde les choses étonnantes que le Seigneur a faites en sortant du désert, et à juste titre, car, alors qu’il était au ciel, les foules ne le suivaient pas. Jn 16, 28 : Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde. IL VIT UNE FOULE. Il est ainsi incité à la miséricorde. Suit donc : ET IL EN EUT PITIÉ. En conséquence, il leur manifesta aussitôt de la miséricorde. Ps 85[86], 15 : Seigneur, tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein de miséricorde et de vérité. Vient ensuite l’effet de cette miséricorde : ET IL GUÉRIT LEURS MALADES, à savoir, de sa propre initiative et sans qu’on le lui ait demandé. Ps 106, 20 : Il a envoyé sa parole et il les a guéris.

 

Leçon 2 – Mt 14, 15-34 ; n° 1681

[14, 15]

1681. Après que [le Christ] eut écarté l’opinion d’Hérode, [Matthieu] aborde ici la puissance de l’enseignement du Christ. En effet, sa puissance est triple : il redonne des forces, il délivre et il guérit les malades. La première puissance est montrée dans le fait qu’il nourrit les foules ; la seconde, dans le fait qu’il délivre les disciples des dangers de la mer ; la troisième, dans le fait qu’il guérir beaucoup de malades. La seconde [se trouve] en cet endroit : ET AUSSITÔT, IL OBLIGEA LES DISCIPLES À MONTER DANS LA BARQUE [14, 22] ; la troisième, en cet endroit : AYANT ACHEVÉ LA TRAVERSÉE, etc. [14, 34].

1682. À propos du premier point, [Matthieu] fait trois choses. Premièrement, la volonté de redonner des forces est présentée ; deuxièmement, la distribution de la nourriture ; troisièmement, le rassasiement. Le second point [se trouve] en cet endroit : MAIS JÉSUS LEUR DIT, etc. [14, 16] ; le troisième, en cet endroit : TOUS MANGÈRENT, etc. [14, 20].

1683. [Matthieu] dit donc : LE SOIR VENU, c’est-à-dire au coucher du soleil, par quoi est signifiée la mort du Christ, car il livra alors son corps en nourriture. 1 Co 11, 24 : Faites ceci en mémoire de moi, et : Vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne [1 Co 11, 26]. Ensuite, [Matthieu] suggère la nécessité en raison du lieu : L’ENDROIT EST DÉSERT. Ici semble posée la même question qu’on trouve en Ps 77[78], 19. Car comment le Seigneur pouvait-il dresser la table dans le désert ? De même, si l’endroit avait été proche d’un village, on aurait pu croire qu’il y avait pris la nourriture, mais l’endroit était désert. Le besoin est aussi indiqué en raison de l’heure, car [Matthieu] dit : ET L’HEURE EST DÉJÀ PASSÉE, à laquelle ils auraient pu se procurer de la nourriture. RENVOIE LES FOULES. On voit par cela que les disciples étaient tellement attentifs à la douceur de la parole du Christ qu’ils prenaient davantage plaisir à écouter le Christ qu’à se procurer à manger. Ils ne s’occupaient donc pas beaucoup de restaurer leur corps. En effet, on lit en Lc 21, 37 : Le jour, il enseignait dans le temple, et la nuit il demeurait dans le désert. Il y a aussi une autre circonstance, car c’était LE SOIR. On lit au sujet d’une telle faim, en Am 8, 11 : J’enverrai la faim sur la terre, non pas une faim de pain, ni une soif [ordinaire], mais celles de la parole du Seigneur. Par cela, l’attachement des foules est signifié, de même que leur amour et leur respect pour le Christ, car elles ne le quittaient pas, bien que ce fût le soir.

1684. Mais ici se pose une question à propos du texte, car, chez Jean, on lit que Jésus a interrogé Philippe ; mais ici, on lit que les disciples ont interrogé le Christ. Augustin donne la solution : cela n’est pas inapproprié que ce que l’un a écarté, l’autre le dise. Ils ont donc d’abord parlé au Christ ; en second lieu, Jésus, ayant levé les yeux, interrogea les disciples.

[14, 16]

1685. Ici, [Matthieu] présente la distribution de la nourriture et, à ce sujet, il fait trois choses. Premièrement, il présente l’ordre du Christ ; deuxièmement, la quantité de nourriture ; troisièmement, le mode et l’ordre de la distribution. Le second point [se trouve] en cet endroit : ILS LUI RÉPONDIRENT, etc. [14, 17] ; le troisième, en cet endroit : APPORTEZ-LES MOI, etc. [14, 18].

1686. [Les disciples] avaient dit deux choses : que [Jésus] renvoie les foules et qu’elles aillent se chercher à manger. Le Christ répond à ces deux choses : « Vous dites : “Renvoie les foules !”, mais IL N’EST PAS NÉCESSAIRE QU’ELLES PARTENT, car voici celui qui donne sa nourriture à toute chair. » Ps 135[136], 25. « Vous dites aussi : “Qu’elles aillent se chercher à manger !”, mais CELA N’EST PAS NÉCESSAIRE, car vous pouvez leur donner des nourritures célestes. » [Le Seigneur] dit donc : DONNEZ-LEUR À MANGER. Il donne ainsi l’exemple que les nourritures spirituelles doivent passer avant les [nourritures] charnelles.

[14, 17]

1687. Vient ensuite la quantité de nourriture : MAIS CEUX-CI RÉPONDIRENT : « NOUS N’AVONS ICI QUE CINQ PAINS ET DEUX POISSONS. » Nous pouvons relever par cela que les apôtres étaient tellement concentrés sur la parole de Dieu qu’ils ne se préoccupaient même pas de chercher de la nourriture. Rm 13, 14 : Et ne prenez pas soin de la chair.

1688. Au sens mystique, l’enseignement de la loi [est signifié] par les cinq pains. Si 15, 3 : Il les a nourris du pain de la vie et de l’intelligence. L’enseignement des psaumes et des prophètes est souligné par les deux poissons. Ou bien, selon Hilaire, l’enseignement des prophètes et de Jean Baptiste [est signifié] par les deux poissons, en tant que ceux-ci sont deux très grands personnages à l’intérieur de la loi, à savoir, un [personnage] royal et un [personnage] sacerdotal.

[14, 18]

1689. IL LEUR DIT : « APPORTEZ-LES MOI. » Ici est présenté le mode de la distribution. Premièrement, la présentation est faite ; deuxièmement, l’installation des foules ; troisièmement, la prière ; quatrièmement, la distribution.

1690. [Matthieu] dit donc : IL LEUR DIT. Lui, qui est tout-puissant, aurait pu créer de nouveaux pains ; mais il a voulu redonner des forces à partir des pains qui existaient. Mais pour quelle raison ? La raison donnée par le texte, selon Chrysostome, est qu’il voulait réfuter l’hérésie des manichéens, qui disaient que ces créatures avaient été faites par le Diable, à l’encontre de ce qui est écrit en 1 Tm 4, 4 : Toute créature de Dieu est bonne. Si donc elles venaient du Diable, il n’aurait pas fait de si grands miracles par elles. De même, [c’était] pour montrer qu’il était le Seigneur de la terre et de la mer. Celui qui, dans Gn 1, 11, a dit : Que la terre fasse pousser l’herbe ! et qui a dit : Que les eaux produisent des reptiles doués d’une âme vivante, etc. !, celui-là même multiplie les pains. [C’était] aussi pour indiquer qu’il ne rejetait pas la loi ancienne, mais la transformait en une nouvelle. Il dit donc : « APPORTEZ-LES MOI ! », car ce qui a été écrit dans la loi ancienne doit être mis en rapport avec la [loi] nouvelle. Ainsi donc, lui-même a dit, Jn 5, 46 : Si vous croyez à Moïse, vous croirez peut-être en moi.

[14, 19]

1691. ET APRÈS AVOIR ORDONNÉ QUE LA FOULE S’ASSOIE SUR L’HERBE, etc. Ici est présentée l’installation des gens, car il les fit asseoir sur l’herbe. Is 40, 6 : Toute chair est comme l’herbe. S’asseoir sur l’herbe n’est donc rien d’autre que de mortifier sa chair. Col 3, 5 : Mortifiez vos membres terrestres. De même, la loi est signifiée par l’herbe. Parce que ceux-ci étaient juifs, ils étaient élevés par la loi. Il ne voulut donc pas qu’ils s’assoient par terre.

1692. IL PRIT LES CINQ PAINS ET LES DEUX POISSONS, etc. Il faut remarquer que le Seigneur, lorsqu’il fait des miracles, parfois prie et parfois ne prie pas. Parfois il prie, comme ici, afin de montrer qu’il est vraiment un homme ; parfois aussi il fait des choses plus grandes et ne prie pas, afin de montrer qu’il est Dieu.

1693. LEVANT LES YEUX AU CIEL, IL BÉNIT. AU CIEL, c’est-à-dire vers son Père. Ps 120[121], 1 : J’ai levé les yeux vers les montagnes d’où me viendra le secours. IL BÉNIT, car tout est béni par la parole de Dieu. Il faut remarquer que notre bénédiction n’est pas créatrice, mais a valeur de signe ; mais la bénédiction de Dieu est créatrice. Ainsi, la bénédiction a un rapport avec la multiplication. Gn 1, 22 : [Dieu] bénit et dit : « Croissez et multipliez-vous, et remplissez la terre. »

1694. ROMPANT LES PAINS, IL LES DONNA À SES DISCIPLES. Par cela est signifié que la première distribution a été faite aux disciples par le Christ tête. 1 Co 11, 3 : Le Christ est la tête de tous les hommes. Mais il a rompu [le pain] afin d’indiquer sa distribution. Is 58, 7 : Romps ton pain avec celui qui a faim. IL LES DONNA AUX DISCIPLES, en tant qu’ils sont médiateurs, plus loin, 26, 20 : Prenez et mangez. 1 Co 11, 28 : Et que l’homme se montre digne de manger ce pain et de boire cette coupe, etc. QUI LES DONNÈRENT AUX FOULES, en tant qu’ils sont les dispensateurs.

1695. Mais comment [les pains] ont-ils été multipliés ? Il faut dire que les morceaux ont été multipliés. Certains disent que cela peut être fait naturellement : en effet, le rapport de la matière à la forme est semblable à celui qu’elle a avec la quantité. Mais il est insensé que la matière ait un rapport avec n’importe quelle quantité, car ceci ne pourrait se faire que par raréfaction. Or, une telle raréfaction est limitée dans les choses naturelles. Certains disent que [Jésus] multiplie [les pains] à la manière dont un grand nombre de grains proviennent d’un petit nombre, mais là par la nature, et ici par l’action du Christ. Les mains du Christ étaient donc comme la terre, et les morceaux comme des grains. Ainsi, de même que les grains se multiplient, de même [en fut-il] des morceaux. Toutefois, ce miracle n’a pas consisté seulement en cela, mais en la conversion d’une autre matière en celle-ci.

[14, 20]

1696. Vient ensuite le rassasiement, et sur deux points : par rapport au rassasiement comme tel, et par rapport aux restes. [Matthieu] dit donc : TOUS MANGÈRENT ET FURENT RASSASIÉS, conformément à Ps 21[22], 27 : Les pauvres mangeront et seront rassasiés, etc. ET L’ON EMPORTA LES RESTES : DOUZE PANIERS REMPLIS DE MORCEAUX. Ici est abordé le rassasiement du point de vue de l’abondance des restes. Mais pourquoi le Seigneur a-t-il voulu que les restes soient ramassés ? La cause factuelle est celle que propose Chrysostome : il a d’abord voulu que les disciples ramassent pour que cela ne semble pas un rêve, et aussi pour qu’ils ne l’oublient pas. Le fait qu’ils aient ramassé douze paniers était en rapport avec le nombre des douze apôtres, de sorte que chacun prît le sien et qu’ainsi tous se rappellent.

1697. Au sens mystique, les morceaux signifient le sens spirituel, qui n’est pas saisi par les foules, mais [est déposé] dans les paniers, c’est-à-dire chez les sages. 1 Co 1, 26 : Frères, voyez votre appel : il n’y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de nobles ; mais Dieu a choisi ce qui était insensé afin de confondre les sages, etc.

[14, 21]

1698. Ensuite, le nombre de ceux qui ont mangé : OR, CEUX QUI MANGÈRENT ÉTAIENT AU NOMBRE D’ENVIRON CINQ MILLE HOMMES, de sorte que mille [pains] sont venus d’un seul pain, selon Hilaire. Cela se produisit aussi après l’ascension, lorsque, à l’appel des apôtres, cinq mille se convertirent en un seul jour. SANS COMPTER LES FEMMES ET LES ENFANTS, qui sont ignorants et ne méritent pas d’être comptés. On trouve quelque chose de semblable dans les livres des Macchabées : les enfants et les femmes ne sont pas comptés dans la guerre. Remarquez aussi que ce miracle a été fait immédiatement après la mort de Jean et qu’on était proche de la Pâque : le Christ avait déjà prêché pendant une année et, encore une autre année, et le Christ connaîtra sa passion.

[14, 22]

1699. ET AUSSITÔT, JÉSUS OBLIGEA SES DISCIPLES. Ici est représentée la puissance de l’enseignement du Christ, car elle libère des dangers, puisqu’elle a libéré les disciples de dangers. [Matthieu] fait donc trois choses : premièrement, l’occasion d’encourir un danger est présentée ; deuxièmement, le danger ; troisièmement, la délivrance. Le deuxième point [se trouve] en cet endroit : ET QUAND IL EUT RENVOYÉ LES FOULES, etc. [14, 23] ; le troisième, en cet endroit : À LA QUATRIÈME VEILLE DE LA NUIT, IL VINT VERS EUX EN MARCHANT SUR LA MER [14, 25].

1700. L’occasion du danger fut l’ordre du Christ. En effet, il arrive fréquemment que ceux qui veulent obtempérer à la volonté de Dieu soient exposés à des dangers, comme le dit l’Apôtre, 1 Co 11, 26 : Dangers des torrents, dangers des voleurs, dangers de tout genre, dangers des païens, dangers dans les villes, dangers dans le désert, dangers de la mer, dangers des faux frères. ET AUSSITÔT, JÉSUS OBLIGEA donc SES DISCIPLES À MONTER DANS LA BARQUE. Immédiatement après avoir fait le miracle, [Jésus] a donc voulu que ses disciples soient séparés des foules. Et il a fait cela pour trois raisons. Premièrement, pour montrer la vérité des miracles, de sorte qu’on ne dise pas que cela était arrivé à cause de sa présence. Lui-même en effet est la vérité, comme on le lit en Jn 14, 6. Deuxièmement, afin de nous enseigner à éviter la vaine gloire. Il se retira donc après avoir fait des miracles. Jn 8, 50 : Moi, je ne cherche pas ma gloire, etc. Aussi, afin de montrer la puissance de la discrétion : la discrétion consiste en effet à se retirer et à se tenir tranquille. Sg 8, 16 : Entrant dans ma maison, je me reposerai avec elle. Mais il faut remarquer que [le Seigneur] recourt à une impulsion, car il était difficile pour eux d’être séparés du Christ, comme le dit Pierre, Jn 6, 69 : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Il montre aussi l’attachement des foules, à savoir, l’ardeur avec laquelle elles le suivaient. Ct 1, 2 : Ton nom est comme l’huile qu’on verse ; c’est pourquoi les jeunes filles t’ont aimé.

[14, 23]

1701. ET QUAND IL EUT RENVOYÉ LES FOULES, IL GRAVIT LA MONTAGNE, SEUL, POUR PRIER. Il est ensuite parlé du danger, et le danger est indiqué par le moment, par le lieu et par le vent.

1702. En premier lieu, l’absence du Christ est présentée, car, alors qu’il était avec les disciples, IL GRAVIT LA MONTAGNE, SEUL, POUR PRIER. En effet, il était venu pour semer notre foi. C’est pourquoi il agissait parfois humainement, parfois divinement. Le fait d’avoir multiplié les pains, cela venait de Dieu ; le fait qu’il ait prié, cela était humain, non pas qu’il en eût besoin, mais pour donner l’exemple. En effet, toute action du Christ est un enseignement pour nous. Jn 13, 15 : Je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme j’ai fait. Et il nous donne l’exemple comment prier : pour prier, le repos de l’esprit, l’élévation et la solitude sont nécessaires. Le repos est indiqué : QUAND IL EUT RENVOYÉ LA FOULE, qui représente les pensées troublantes avec lesquelles un homme ne peut pas prier. C’est pourquoi [le Seigneur] enseigne à fermer les portes de notre cœur, plus haut, 6, 6 : Lorsque tu pries, entre dans ta chambre, etc. Aussi, l’élévation. Lm 3, 28 : Il siégera seul et s’élèvera au-dessus de lui-même. Aussi, la solitude. Os 2, 14 : Je la mènerai au désert et je parlerai à son cœur. Par la montagne, on entend le ciel. En effet, il n’y a rien de plus élevé que le ciel. Après avoir renvoyé les foules, c’est-à-dire après avoir renvoyé ce qui est mortel, il alla vers le ciel, et lui seul y monta, et par sa propre puissance. Mi 2, 13 : Il est monté devant pour ouvrir le chemin. De même, il est monté pour prier. He 7, 25 : Montant de lui-même.

1703. Mais ici semble se poser une question, car Jean semble dire qu’il mena les foules sur la montagne, comme on lit en Jn 6, 3 ; mais ici, on dit qu’après avoir nourri les foules, il gravit la montagne. La réponse est qu’il mena [les foules] vers la montagne, mais qu’après, il monta vers un endroit plus élevé. Se pose aussi une autre question, car on trouve en Jn 6, 15 qu’il s’enfuit, parce qu’on voulait le faire roi. Mais ici, on dit qu’il monta pour prier. Augustin dit que ce peut être la même cause qui le fit fuir et [le conduisit] à prier.

1704. Ensuite, le danger est décrit par le moment, car c’était la nuit, et, la nuit, la mer est plus dangereuse. [Matthieu] dit donc : LE SOIR VENU. Et cela signifie sa passion, car il monta seul vers sa passion. Ac 1, 9 : Sous leurs yeux, il s’éleva et la nuée le déroba à leurs yeux.

[14, 24]

1705. MAIS LA BARQUE ÉTAIT SECOUÉE PAR LES VENTS AU MILIEU DE LA MER. Par la barque, l’Église est représentée, par la mer, le monde. Ps 103[103], 25 : Voici la grande mer aux vastes bras. Et, alors que le Christ montait, cette Église restait sur la mer, dans les dangers de la mer du monde. En effet, lorsque quelque grand s’en prend à l’Église, celle-ci est alors agitée par les flots. Ps 87[88], 8 : Et tu as versé tous tes flots sur moi. Mais parce que le Christ prie, elle ne peut être submergée, bien qu’elle chevauche les vagues et s’élève. Gn 7, 17 : Et ils élevèrent une arche bien au-dessus de la terre. De même est-elle agitée par le vent : ce vent est l’impulsion de l’incitation diabolique. Jb 1, 19 : Car le vent est venu de la région du désert et a frappé les quatre coins de la maison. Is 25, 4 : L’esprit des forts est comme un tourbillon qui fait pression sur un mur.

[14, 25]

1706. À LA QUATRIÈME VEILLE DE LA NUIT, IL VINT VERS EUX EN MARCHANT SUR LA MER. Après la présentation du danger, la délivrance du danger est présentée. À ce propos, [Matthieu] fait deux choses : premièrement, il présente le secours ; deuxièmement, son effet. Le second point [se trouve] en cet endroit : CEUX QUI ÉTAIENT DANS LA BARQUE SE PROSTERNÈRENT DEVANT LUI [14, 33].

1707. [Matthieu] avait présenté trois dangers : d’abord, la noirceur de la mer, [puis] le danger de la mer, [enfin] le danger du vent. Contre le premier, il présente la visite [de Jésus] ; contre le deuxième, l’assurance qu’il exprime, en cet endroit : MAIS AUSSITÔT JÉSUS LEUR PARLA, etc. [14, 27] ; contre le troisième, [Jésus] tend la main : ET AUSSITÔT JÉSUS TENDIT LA MAIN ET LE SAISIT [14, 31]. De même, [Matthieu présente] l’apaisement de la mer : ET QUAND IL FUT MONTÉ DANS LA BARQUE, LE VENT CESSA [14, 32].

1708. À propos du premier point, [Matthieu] présente la visite [de Jésus] ; deuxièmement, l’effet de sa visite, en cet endroit : LE VOYANT MARCHER SUR LA MER, ILS FURENT TROUBLÉS [14, 26].

1709. [Matthieu] dit donc : À LA QUATRIÈME VEILLE DE LA NUIT, IL VINT VERS EUX. Ici est abordée la venue [de Jésus] et le moment, car c’était À LA QUATRIÈME VEILLE. Jérôme dit que les anciens divisaient la nuit en quatre parties. Au cours de la première, certains veillaient ; au cours de la deuxième, de la troisième et de la quatrième, d’autres [veillaient], et ceux qui avaient veillé allaient se reposer. [Matthieu] dit ainsi : À LA QUATRIÈME VEILLE, etc., parce qu’ils avaient été en mer toute la nuit. IL VINT VERS EUX EN MARCHANT SUR LA MER. Et pourquoi ? Chrysostome donne une raison tirée du texte lorsqu’il dit qu’il avait tellement tardé afin de se faire davantage désirer. Is 26, 9 : Mon âme t’a désirée pendant la nuit. Aussi, afin qu’ils apprennent que s’ils ne reçoivent pas immédiatement de secours, ils ne doivent pas abandonner, car il faut toujours prier.

1710. Au sens mystique, les quatre états sont représentés par les quatre heures : premièrement, l’état de la loi ; deuxièmement, l’état des prophètes ; troisièmement, l’état de la grâce ; quatrièmement, la montée au ciel, état dans lequel la tempête a cessé. [Jésus] vint donc à la quatrième veille comme vers la fin de la nuit. Ainsi, Jc 5, 8 : Soyez patients vous aussi et affermissez vos cœurs, car la venue du Seigneur approche.

1711. Mais comment vient-il ? EN MARCHANT SUR LES EAUX. Et pourquoi a-t-il voulu venir ainsi ? Afin de montrer qu’il était le Seigneur de la mer. Ps 88[89], 10 : Tu domines la puissance de la mer, tu changes le mouvement de ses vagues. Aussi, afin de mettre en lumière les tromperies du pouvoir de ce siècle. En effet, le Diable trompe toujours le pouvoir de ce siècle. Ps 103[104], 26 : Ce dragon que tu as créé pour te jouer de lui. Mais le Seigneur a brisé ce pouvoir. Ps 73[74], 14 : Tu as brisé la tête du dragon. Et cela signifie que l’Église ne peut supporter de tribulations qu’il n’ait lui-même voulues.

1712. Il y a eu à ce sujet l’opinion que, dans cette vie, le Seigneur a pris quatre qualités : la subtilité lors de sa naissance ; l’impassibilité lorsqu’il jeûna quarante jours ou lors de la transsubstantiation du sacrement de l’eucharistie ; l’agilité ici et la clarté lors de la transfiguration. Mais je ne le crois pas. Je crois en effet qu’il a agi ainsi miraculeusement.

[14, 26]

1713. [LES DISCIPLES], LE VOYANT. Ici est présenté l’effet de la présence du Christ, à savoir, le trouble des disciples. Le trouble est donc présenté, [puis] la cause du trouble, [enfin] le signe.

1714. [Matthieu] dit : [LES DISCIPLES], LE VOYANT, FURENT TROUBLÉS, etc. Vous devez savoir que lorsque l’aide de Dieu se rapproche, le Seigneur permet qu’on soit plus affligé afin que son aide soit accueillie avec une plus grande dévotion et davantage d’action de grâce. Aussi, la crainte augmenta-t-elle, car fréquemment les hommes se convertissent par crainte. Et pourquoi ? Parce que [les disciples] croyaient que c’était un fantôme ; aussi DISAIENT-ILS : « C’EST UN FANTÔME ! », ne croyant pas qu’il s’agissait du corps véritable né de la Vierge.

1715. Au sens mystique, cela signifie qu’avant la venue du Christ, beaucoup diront bien des choses imaginaires, comme on le lit plus loin, 24, 23s. PRIS DE PEUR, ILS SE MIRENT À CRIER. Le cri est en effet le signe de la peur. Ainsi devons-nous en toute tribulation crier vers le Seigneur. Ps 119[120], 1 : Dans mes tribulations, j’ai crié vers le Seigneur et il m’a entendu.

[14, 27]

1716. MAIS AUSSITÔT JÉSUS LEUR PARLA, etc. Ici est présenté le secours. Parce qu’ils étaient dans l’obscurité, il leur donne donc l’assurance. Et [Jésus] fait trois choses : premièrement, il les rassure par des paroles ; deuxièmement, Pierre demande un signe par des gestes ; troisièmement, cela lui est accordé.

1717. [Matthieu] avait présenté trois choses : le trouble de la crainte, la fausseté de [leur] opinion et [leur] désespoir. Contre ces trois choses, [Jésus] fait trois choses. En effet, AUSSITÔT JÉSUS LEUR PARLA. Ainsi, lorsque quelqu’un crie vers le Seigneur, il vient aussitôt, si cela est nécessaire. Is 30, 19 : En entendant ton cri, il te répondra dès qu’il aura entendu. De même, parce qu’ils désespéraient, il leur dit : NE CRAIGNEZ PAS. On trouve la même chose en Jn 16, 23 : Vous aurez à souffrir dans le monde, mais ayez confiance, car j’ai vaincu le monde : en moi [se trouve] le repos. De même, parce qu’ils croyaient qu’il s’agissait d’un fantôme, il leur dit : « C’EST MOI ! » Et pourquoi parle-t-il ainsi ? Parce qu’ils pouvaient être rassurés par sa manière de parler. Jn 10, 3 : Mes brebis entendent ma voix. De même, afin de montrer qu’il était vraiment Dieu. Il y a quelque chose de semblable en Ex 3, 13 : Celui qui est m’a envoyé, dit Moïse. De même, contre le fait qu’ils étaient troublés, il dit : NE CRAIGNEZ PAS. Is 51, 12 : Qui es-tu pour craindre un homme mortel et un fils d’homme qui se dessèche comme l’herbe ? Et Pr 28, 1 : Le juste, comme un lion sûr de lui, sera sans crainte.

[14, 28]

1718. PIERRE LUI RÉPONDIT : « SEIGNEUR, SI C’EST BIEN TOI, ORDONNE-MOI DE VENIR À TOI SUR LES EAUX ! » Parce qu’il avait porté secours par des paroles, Pierre demande donc un signe par des gestes. Or, Pierre adresse sa demande au nom de tous, et il dit : « SI C’EST BIEN TOI, ORDONNE-MOI DE VENIR À TOI ! » Voilà une grande confiance de la part de Pierre ! Il ne dit pas : « Prie pour moi », mais il dit : « ORDONNE-MOI DE VENIR À TOI », car lui-même avait confessé : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant [Mt 16, 16]. Ainsi, par la foi qu’il avait déjà conçue, il s’en remet à sa puissance avec audace. Est 13, 9 : Seigneur, tout relève de ta puissance et nul ne peut résister à ta volonté. Et il dit cela par son seul désir, et non pour mettre [Jésus] à l’épreuve, ni par infidélité. 1 Th 1, 3 : Me rappelant votre foi, votre comportement et vos efforts, etc.

[14, 29]

1719. Ensuite, le signe est présenté. [Jésus] dit donc : « VIENS. » ET PIERRE, DESCENDANT DE LA BARQUE, SE MIT À MARCHER SUR LES EAUX. Et ceci va contre les manichéens, qui disaient que le Christ n’avait pas un vrai corps, car si le Christ n’en avait pas, puisqu’il marchait sur les eaux, ainsi en était-il de Pierre.

Le fait qu’un danger était toujours imminent après la quatrième veille signifie que, lors du quatrième avènement, qui servira à purifier, les élus seront purifiés. Ps 94[95], 3 : Le feu le précédera, et il entourera de flammes ses ennemis.

[14, 30]

1720. MAIS, VOYANT LA FORCE DU VENT, etc. Ici est présenté le troisième secours, car il délivra Pierre de la noyade. Premièrement, la cause est présentée ; deuxièmement, la demande de Pierre ; troisièmement, le secours du Christ.

1721. MAIS, VOYANT LA FORCE DU VENT, [PIERRE] PRIT PEUR. Sur mer, le vent n’a pas toujours une force continue, pas davantage que sur terre.[Jésus] fut donc interpellé lorsque Pierre débarqua sur la mer, mais lorsque [celui-ci] fut sur la mer, [le vent] souffla fortement, et [Pierre] prit peur. Et il faut remarquer ce que [Matthieu] dit, [à savoir] qu’il y avait plus de danger sur la mer que dans la barque. C’est pourquoi le Seigneur permet parfois que ceux qui sont forts soient submergés par les dangers de la mer. Ainsi, l’Apôtre [dit], 1 Co 10, 12 : Celui qui estime se tenir debout, qu’il craigne de ne pas tomber. Mais pourquoi [le Seigneur] permit-il que [Pierre] soit en danger ? D’abord, il [lui] ordonna de venir, afin que sa puissance soit manifestée, car les deux marchaient, et les disciples ont vu cela. Mais il fit en sorte de permettre que Pierre s’enfonce afin qu’on constate ce qu’il pouvait accomplir par lui-même. Ainsi, ce fut par la puissance du Christ qu’il marcha sur la mer ; mais ce fut à cause de la faiblesse de Pierre qu’il se mit à s’enfoncer, comme [le dit] Paul, 2 Co 12, 7 : Afin que la grandeur de ces révélations ne m’enorgueillissent pas, il m’a été donné un aiguillon dans ma chair, un ange de Satan pour me souffleter. Le Seigneur a aussi permis que Pierre s’enfonce parce qu’il devait devenir le pasteur. Il voulut donc manifester à la fois la vérité et [sa] puissance. Il a aussi fait cela afin de refréner la rivalité entre les disciples. En effet, voyant le danger qui menaçait [Pierre], la rivalité entre eux cessa.

1722. ET, COMMENÇANT À COULER, IL S’ÉCRIA : « SEIGNEUR, SAUVE-MOI ! » [On lit] la même chose dans Ps 68[69], 2 : Sauve-moi, Seigneur, car les eaux ont pénétré jusqu’en mon âme.

[14, 31]

1723. AUSSITÔT, JÉSUS TENDIT LA MAIN ET LE SAISIT, etc. Le Christ fait deux choses, car il lui porte secours et lui reproche son manque de foi. Il lui porte secours, car il tend la main. Ps 143[144], 7 : Étends la main depuis là-haut et tire-moi des grandes eaux ; et Jb 14, 15 : Tu étendras la main sur l’œuvre de tes mains. Ensuite, [Jésus] lui reproche son manque de foi et il lui dit : « HOMME DE PEU DE FOI, POURQUOI AS-TU DOUTÉ ? » Par là est indiqué que, si [Pierre] avait eu une foi assurée, il n’aurait pas pu couler. Nous devons donc être solides dans la foi. [On lit] la même chose plus haut, 8, 26 : Pourquoi êtes-vous hésitants, hommes de peu de foi ?

[14, 32]

1724. Ici est présentée la quatrième aide contre le vent. Ps 106[107], 25 : Il parla, et les vents de la tempête s’apaisèrent. C’est donc le signe que, lorsque le Christ est avec les siens, ils ne sont affectés par rien de mauvais. Ainsi, [il est dit] en Ap 7, 16 : Ils n’auront plus faim ni soif.

[14, 33]

1725. Vient ensuite l’effet de la délivrance : CEUX QUI ÉTAIENT DANS LA BARQUE SE PROSTERNÈRENT DEVANT LUI, c’est-à-dire, les disciples ou les marins, plus haut, 8, 27 : Quel est celui-ci pour que les vents et la mer lui obéissent ?

« VRAIMENT, TU ES LE FILS DE DIEU ! » Il est indiqué par cela que, lorsque le Seigneur est avec ses fidèles, ils croient vraiment. 1 Jn 2, 28 : Mes petits enfants, afin que, lorsqu’il paraîtra, nous ayons l’assurance et que nous ne soyons pas confondus par lui lors de son avènement.

[14, 34]

1726. Ici est présentée la puissance du Christ. Premièrement, le lieu est décrit ; ensuite, l’attachement des hommes ; puis, la puissance de [son] action.

[Matthieu] dit donc : AYANT ACHEVÉ LA TRAVERSÉE, ILS TOUCHÈRENT TERRE À GÉNÉSARETH, qui est un endroit de l’autre côté de la mer et signifie « le lever ». Ainsi, après le danger, ils connurent le soulagement.

[14, 35-36]

1727. Puis, vient ensuite l’attachement des foules : L’AYANT RECONNU, LES GENS DE L’ENDROIT ANNONCÈRENT LA NOUVELLE À TOUT LE VOISINAGE ET ON LUI PRÉSENTA TOUS LES MALADES, etc., car ils présentèrent non seulement leurs malades, mais ils firent venir ceux de l’extérieur. Ainsi, lorsqu’ils apprirent la renommée et l’enseignement [de Jésus], ils envoyèrent chercher les malades et les lui présentèrent. Ils croyaient donc tous en lui, tant était grande la puissance de sa parole. Et cela est indiqué dans Is 66, 19 : J’en enverrai, parmi ceux qui ont été sauvés, aux nations qui sont sur le bord de la mer, etc. Aussi, leur attachement est-il de même montré, car non seulement demandaient-ils qu’il impose les mains, mais ILS LUI DEMANDAIENT SEULEMENT DE POUVOIR TOUCHER LA FRANGE DE SON MANTEAU. Par la frange sont signifiés les plus petits commandements, ou la chair du Christ, ou le sacrement du baptême. ET TOUS CEUX QUI TOUCHÈRENT, à savoir, par la foi, FURENT SAUVÉS. [On lit] ainsi en Mt 28, 16 : Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé.

 

CHAPITRE XV

 

Leçon 1 [Matthieu 15, 1‑20] 15, 1 Alors des pharisiens et des scribes de Jérusalem s’approchent de Jésus et lui disent : 15, 2 « Pourquoi tes disciples transgressent-ils les traditions des anciens ? En effet, ils ne se lavent pas les mains lorsqu’ils mangent » 15, 3 Mais il leur répondit : « Et vous, pourquoi transgressez-vous un commandement de Dieu au nom de votre tradition ? 15, 4 Car Dieu a dit : “Honore ton père et ta mère”, et “Que celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort.” 15, 5 Mais vous, vous dites : “Quiconque dira à son père ou à sa mère : ‘Les biens dont j’aurais pu t’assister, je les consacre’, 15, 6 celui-là sera quitte de ses devoirs envers son père ou sa mère.” Et vous avez annulé le commandement de Dieu au nom de votre tradition. 15, 7 Hypocrites ! Isaïe a bien prophétisé de vous, quand il a dit : 15, 8 “Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. 15, 9 Vain est le culte qu’ils me rendent : les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains.” »

15, 10 Et ayant appelé les gens près de lui, il leur dit : « Écoutez et comprenez ! 15, 11 ce n’est pas ce qui entre par la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l’homme. » 15, 12 Alors s’approchant les disciples lui disent : « Sais-tu que les Pharisiens se sont scandalisés de t’entendre parler ainsi ? » 15, 13 Il répondit : « Tout plant que n’a point planté mon Père céleste sera arraché. 15, 14 Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles ! Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. »

15, 15 Pierre répondit : « Explique-nous la parabole. » 15, 16 Il dit : « Vous aussi, êtes-vous encore sans intelligence ? 15, 17 Ne comprenez-vous pas que tout ce qui pénètre dans la bouche passe dans le ventre, puis s’évacue aux lieux d’aisance, 15, 18 tandis que ce qui sort de la bouche procède du cœur, et c’est cela qui souille l’homme ? 15, 19 Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, fornications, vols, faux témoignages, diffamations. 15, 20 Voilà les choses qui souillent l’homme ; mais manger sans s’être lavé les mains, cela ne souille pas l’homme. »

Leçon 2 [Matthieu 15, 21‑28] 15, 21 En sortant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. 15, 22 Et voici qu’une femme cananéenne, étant sortie de ce territoire, criait en disant : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David : ma fille est fort malmenée par un démon. » 15, 23 Mais il ne lui répondit pas un mot. Ses disciples, s’approchant, le priaient : « Fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris. » 15, 24 À quoi il répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » 15, 25 Mais la femme s’approcha et se prosterna devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » 15, 26 Il lui répondit : « Il ne convient pas de prendre le pain des enfants et de le donner aux petits chiens » 15, 27 Mais celle-ci lui dit : « Oui, Seigneur ! Mais même les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table des maîtres ! » 15, 28 Alors Jésus lui répondit : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu’il t’advienne selon ce que tu désires ! » Et à partir de ce moment sa fille fut guérie.

Leçon 3 [Matthieu 15, 29‑38] 15, 29 Étant parti de là, Jésus vint au bord de la mer de Galilée. Il gravit la montagne, et là il s’assit. 15, 30 Et des foules nombreuses s’approchèrent de lui. Elles avaient avec elles des muets, des aveugles, des boiteux et des infirmes, et de nombreux autres encore, qu’ils déposèrent à ses pieds ; et il les guérit. 15, 31 Et les foules s’émerveillaient en voyant ces muets qui parlaient, ces estropiés qui redevenaient valides, ces boiteux qui marchaient et ces aveugles qui recouvraient la vue ; et ils bénissaient le Dieu d’Israël.

15, 32 Jésus, cependant, appela ses disciples et leur dit : « J’ai pitié de la foule, car voilà déjà trois jours qu’ils restent auprès de moi. Ils n’ont pas de quoi manger. Je ne veux pas les renvoyer à jeun de crainte qu’ils ne défaillent en route. » 15, 33 Les disciples lui disent : « Où trouverons-nous, dans un désert, assez de pains pour rassasier une telle foule ? » 15, 34 Jésus dit : « Combien de pains avez-vous ? » « Sept, dirent-ils, et quelques petits poissons. » 15, 35 Alors il ordonna à la foule de s’étendre à terre ; 15, 36 puis il prit les sept pains et les poissons. En rendant grâce, il les rompit et il les donna à ses disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. 15, 37 Et tous mangèrent. Ils furent rassasiés, et des morceaux qui restaient on ramassa sept pleines corbeilles ! 15, 38 Or, ceux qui mangèrent étaient quatre mille hommes, sans compter les femmes et les enfants.

 

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