1624. Plus haut, le Seigneur a montré sous forme de paraboles les obstacles et le développement de l’enseignement évangélique ; maintenant, il montre sa dignité par quelques paraboles qu’il a expliquées aux apôtres. La dignité [de l’enseignement évangélique] est montrée par trois choses : sa richesse, sa beauté et son caractère universel. Le second point [se trouve] en cet endroit : LE ROYAUME DES CIEUX EST ENCORE SEMBLABLE À UN NÉGOCIANT, etc. [13, 45] ; le troisième, en cet endroit : LE ROYAUME DES CIEUX EST ENCORE SEMBLABLE À UN FILET QU’ON JETTE EN MER, etc. [13, 47].
1625. « Je dis donc que la richesse de l’enseignement évangélique ressemble à un trésor, car, de même qu’un trésor est une abondance de richesses, de même en est-il de l’enseignement évangélique. » Is 33, 6 : La richesse du salut, ce sont la sagesse et la science ; la crainte du Seigneur est elle-même un trésor. À ce sujet, il procède de la manière suivante. Premièrement, il présente un trésor caché ; deuxièmement, la découverte de ce trésor ; troisièmement, sa prise de possession, etc. Le second point [se trouve] en cet endroit : QU’UN HOMME VIENT À TROUVER, etc. [13, 44] ; le troisième, en cet endroit : RAVI DE JOIE, IL VA, etc. [13, 44].
1626. Ce trésor peut être interprété de plusieurs façons. Selon Chrysostome, c’est l’enseignement évangélique, dont il est question en 2 Co 4, 7 : Nous possédons ce trésor dans des vases fragiles, qui est caché dans le champ de ce monde, c’est-à-dire, des yeux des gens impurs, plus haut, 11, 25 : Tu as caché cela aux sages et aux prudents. Selon Grégoire, on parle du désir céleste. Is 33, 6 : La crainte du Seigneur est son trésor. Celui-ci est caché dans le champ de l’entraînement spirituel, car, à l’extérieur, il semble méprisable, mais, à l’intérieur, il possède une douceur. Pr 24, 27 : Occupe-toi de ton champ avec soin. [Col 2, 3] : En qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science, cachés qu’ils étaient dans le champ de son corps, car il était gardé caché dans la chair. Is 2, 7 : Et ses trésors sont sans fin. De même, on l’entend autrement de la Sainte Écriture, qui est cachée dans le champ de l’Église. Sg 8, 14 : En effet, c’est un trésor inépuisable pour les hommes.
1627. QU’UN HOMME VIENT À TROUVER, ET IL LE CACHE À NOUVEAU. Il se trouve chez tous par la foi. En effet, il ne peut exister chez quelqu’un que par la foi. Sg 1, 2 : Il est trouvé par ceux qui ne le cherchent pas ; il se révèle à ceux qui ont foi en lui. Mais il faut qu’il soit caché, selon ce qui est dit, Ps 118, 11 : J’ai caché tes paroles en mon cœur. Qu’on le cache, cela ne doit pas venir de l’envie, mais de la prudence. Mais les raisons pour le cacher sont multiples. Une première est qu’il fructifie et progresse, afin qu’il réchauffe davantage. En effet, un feu enfermé donne plus de chaleur. Ainsi en est-il de la parole lorsqu’elle est cachée. Jr 20, 9 : La parole du Seigneur est devenue un feu brûlant enfermé dans mes os, et je défaille et ne peux pas le supporter. Et dans Ps 38[39], 4 : Mon cœur s’est réchauffé et, quand je médite, un feu brûle en moi. De même est-il caché en raison de la vaine gloire. En effet, s’il se répand à l’extérieur, il est exposé au danger. C’est pourquoi le Seigneur [dit] plus haut, 6, 6 : Prie ton Père dans le secret. De même, parce qu’il est ainsi plus sûrement gardé. En effet, lorsqu’il est rendu public, quelqu’un viendra le voler. Is 39, 4 : Celui qui montre son trésor aux envoyés du roi de Babylone, puis vient ensuite : Voici venir les jours où tout ce qui est dans ta maison sera enlevé. Mais qu’en est-il de ce qui a été dit plus haut, 5, 15 : Que vos bonnes œuvres brillent ? La solution se trouve dans la distinction entre les moments : lorsqu’il est trouvé pour la première fois, il est bon qu’il soit caché ; mais lorsqu’un homme est affermi, il est alors bon qu’il soit mis en lumière. Si 41, 17 : Le trésor invisible et la sagesse cachée : de quelle utilité sont-ils ? Grégoire dit qu’ » il doit être accessible dans son effet, mais caché dans le cœur ». Il dit donc : « Il est nécessaire qu’il ait un caractère public, bien que l’intention reste à l’intérieur du cœur. »
1628. RAVI DE JOIE, IL S’EN VA VENDRE TOUT CE QU’IL A. Ceci est le troisième point à propos de l’acquisition, car il se réjouit. Jb 3, 21 : Alors qu’ils creusaient à la recherche d’un trésor et se réjouissent intensément d’avoir trouvé un sépulcre. Lorsque par la foi il a trouvé, IL S’EN VA RAVI DE JOIE, et commence à en tirer profit, ET IL VEND TOUT, c’est-à-dire qu’il méprise [tout], afin d’avoir les [biens] spirituels, ET IL ACHÈTE CE CHAMP. Ou bien, il se donne ainsi une bonne compagnie, ou il s’achète un loisir qu’il n’a pas, à savoir, la paix spirituelle. Ph 3, 8 : J’ai estimé que tout n’était que rebuts, afin de gagner le Christ. Ct 8, 7 : Si un homme donne tous les biens de sa maison par amour, il le considérera comme rien, etc.
1629. LE ROYAUME DES CIEUX EST ENCORE SEMBLABLE À UN NÉGOCIANT, etc. Ici est montrée la beauté ou la charité. LE ROYAUME DES CIEUX EST SEMBLABLE. Cette parabole s’interprète de plusieurs manières. Chrysostome et Jérôme l’interprètent de l’enseignement évangélique. Les doctrines fausses sont nombreuses. Celles-ci ne sont pas des perles. Ainsi donc, l’homme qui explore diverses doctrines n’en trouve qu’une, à savoir, la doctrine évangélique, qui soit unique en raison de sa vérité. En effet, les vertus sont multiples, mais la vérité est unique. Ainsi Denys dit-il que « la vertu divise, mais que la vérité donne l’unité ». Pour indiquer la vérité [de la doctrine évangélique], [le Seigneur] dit donc qu’elle est unique. Elle est aussi dite unique en raison des divers enseignements des prophètes.
1630. IL S’EN VA VENDRE, c’est-à-dire qu’il écarte toutes les doctrines des prophètes comme des philosophes pour celle-ci. Pr 25, 12 : Un anneau d’or, un joyau d’or fin, telles sont une sage réprimande et une oreille obéissante, etc. Grégoire dit qu’ » il s’agit de la gloire céleste, car le bien est naturellement désirable et l’homme veut toujours échanger un bien inférieur pour un bien plus grand ». Le bien suprême de l’homme est la gloire céleste ; lorsqu’il l’a trouvée, il doit renoncer à tous les autres [biens] pour elle. Ps 26[27], 4 : J’ai demandé une seule chose au Seigneur, je la réclamerai, c’est d’habiter dans sa maison tous les jours de ma vie.
1631. Augustin donne une triple interprétation. LE ROYAUME DES CIEUX EST SEMBLABLE, etc., c’est-à-dire à celui qui cherche des hommes bons par qui il soit influencé, car l’un excelle dans une vertu, l’autre dans une autre. Et lorsqu’il l’a trouvé, à savoir, le Christ, en qui se trouve la perfection de toutes les vertus, IL VA, etc. De même, par les perles fines sont signifiées les divers commandements et tout ce qui est nécessaire à la vie. Et lorsqu’il en trouve une, c’est-à-dire, un commandement, celui de la charité, IL VA, etc., Jn 13, 34 : Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ; à la manière dont vous vous aimerez les uns les autres, etc. Et l’Apôtre [dit] en Rm 13, 10 : La plénitude de la loi, c’est l’amour. Par les perles, on entend aussi les diverses sciences : en les explorant, nous trouvons le principe de toutes les sciences, à savoir, la parole de Dieu, de qui [il est écrit] en Si 1, 5 : La source de la sagesse, c’est la parole de Dieu. Tu dois donc tout vendre pour elle, ton âme comme ton corps, car lorsque tu vends ceux-ci, tu te possèdes et tu es le maître de toi-même. Ph 3, 8 : J’ai estimé que tout était rebut afin de gagner le Christ. Tu dois donc tout donner en échange de ce gain, comme le faisait Paul. 2 Co 5, 14 : Un seul est mort pour tous afin que ceux qui vivent ne vivent pas pour eux, mais pour lui, qui est mort et ressuscité pour eux.
1632. LE ROYAUME DES CIEUX EST ENCORE SEMBLABLE À UN FILET QU’ON JETTE EN MER, etc. Ici est présentée une autre parabole ; en second lieu, une explication en est donnée, non pas en totalité, mais en partie, en cet endroit : AINSI EN SERA-T-IL À LA FIN DU TEMPS [13, 49]. Et, dans cette [parabole], on fait deux choses : premièrement, le caractère universel de cet enseignement est présenté ; deuxièmement, le tri, en cet endroit : QUAND [LE FILET] EST PLEIN, etc. [13, 48].
1633. [Le Seigneur] dit donc : LE ROYAUME DES CIEUX EST ENCORE SEMBLABLE À UN FILET. Ce filet est un instrument qui entoure une grande partie de la mer. Par lui peut donc être signifié soit l’enseignement, soit l’Église, car les premiers docteurs furent des pêcheurs, plus haut, 4, 18 : En effet, ils étaient des pêcheurs. Ce [filet] est lancé dans la mer, c’est-à-dire dans le monde. Ps 103[104], 18 : Voici la mer grande et spacieuse, etc. ET [CE FILET] RAMÈNE TOUTES SORTES DE POISSONS. Voilà le caractère universel. En effet, la loi n’avait été donnée qu’à une nation. Ps 147[148], 20 : Il n’a pas agi de la sorte pour toutes les nations, et il ne leur a pas manifesté ses jugements. La loi évangélique rassemble tous les hommes. Rm 1, 14 : Je suis redevable aux Grecs comme aux barbares, aux sages et aux insensés. Et Mc 16, 15 : Allez annoncer l’évangile à toute créature.
1634. Mais est-ce que tous auront la même fin ? Maintenant, tous sont dans le filet, mais, à la fin, tous seront triés. [Le Seigneur] dit donc : QUAND IL EST PLEIN, c’est-à-dire lorsque suffisamment d’élus y seront entrés pour compléter le nombre des élus, LES PÊCHEURS LE TIRENT SUR LE RIVAGE, PUIS ILS S’ASSEYENT, etc. Par le rivage, la fin du monde est signifiée, car il n’y aura pas d’agitation chez les saints, mais ils seront dans un état de bon repos. Et il dit : ILS S’ASSEYENT, ce qui convient au pouvoir judiciaire, plus loin, 19, 28 : Vous qui m’avez suivi, lors de la résurrection, lorsque le Fils de l’homme siégera sur son trône de majesté lors de la résurrection, vous siégerez vous aussi sur douze sièges pour juger les douze tribus d’Israël. ILS CHOISISSENT LES BONS POUR LES METTRE DANS DES CONTENANTS, c’est-à-dire dans des demeures éternelles, Jn 14, 2 : Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Et il dit : CONTENANTS, au pluriel, en raison de la diversité des récompenses. Lc 16, 9 : Qu’ils vous accueillent dans les demeures éternelles. ET ILS REJETTENT LES MÉCHANTS, car tous les impurs seront rejetés.
1635. Ici, [le Seigneur] explique la parabole. Et il faut remarquer qu’il l’explique seulement pour ce qui est des méchants. Mais se pose alors une question : pourquoi l’explique-t-il pour les méchants plutôt que pour les bons ? Il faut dire qu’il avait parlé d’un filet à cause duquel, lorsque des poissons sont pris, les mauvais sont rejetés et continuent à vivre, et les bons sont tués et sont mangés. Ainsi, quelqu’un pourrait dire qu’il en était ainsi dans ce cas. C’est pourquoi, afin d’écarter cela, il explique en disant : LES ANGES SORTIRONT, non pas des profondeurs de la contemplation, puisque, où qu’ils soient, ils contemplent Dieu, mais parce qu’ils se présenteront pour un ministère extérieur. En Dn 9, 22, il est dit d’un ange : Je suis venu t’enseigner. ET ILS SÉPARERONT LES MÉCHANTS D’ENTRE LES JUSTES. Maintenant, les méchants sont mêlés aux bons, l’ivraie au blé, la fleur aux épines, mais ils seront séparés de la communion des bons. Et, pour cette raison, l’excommunication est un mal ; mais celle-ci est le signe de celle-là, différente cependant, car l’Église est souvent trompée, mais alors il n’y aura pas de duperie. C’est d’elle que parle l’Apôtre, 1 Co 16, 22 : Si quelqu’un n’aime pas notre Seigneur Jésus, le Christ, qu’il soit anathème. Il dit donc : Que l’impie soit empêché de voir la gloire de Dieu.
1636. Vient ensuite la peine du sens : ET ILS LES JETTERONT DANS LA FOURNAISE ARDENTE. Ceci s’interprète comme plus haut. Mais il se pose une question : pourquoi le Seigneur a-t-il répété cela, car cela semble la même chose que la parabole de l’ivraie ? Il faut dire que c’est la même chose sous un aspect, car ici, par le filet, on entend les bons et les méchants ; il signifie donc ceux qui ne sont pas retranchés de l’Église. Mais, par l’ivraie, sont signifiés ceux qui sont retranchés par la diversité de leurs croyances, et ceux-ci ne font pas partie de l’Église.
1637. AVEZ-VOUS COMPRIS TOUT CELA ? ILS RÉPONDIRENT : « OUI. » Après avoir terminé l’enseignement sous forme de paraboles, [Matthieu en] précise ici l’effet : premièrement, pour ce qui est des disciples ; deuxièmement, des foules, en cet endroit : ET IL ADVINT, etc. [13, 53].
1638. Chez les apôtres, l’effet fut leur compréhension. Trois choses sont donc présentées : premièrement, l’examen ; deuxièmement, la profession ; troisièmement, leur assignation à une fonction future.
1639. Mais il faut remarquer que, comme il avait dit beaucoup de choses aux foules et aux disciples, parce qu’ils devaient devenir des maîtres, il fallait qu’ils aient compris. Et il faut remarquer que l’examen porte sur trois choses. Premièrement, sur leur compréhension : AVEZ-VOUS COMPRIS TOUT CELA ? Aussi, sur l’amour, Jn 21, 15 : Simon, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? De même, sur leur capacité de souffrir, plus loin, 20, 22 : Pouvez-vous boire le calice que je vais boire ? Ps 91[92], 15 : Ils étaient capables de souffrir afin d’annoncer. Mais bien qu’il relève de l’humilité que l’homme ne s’enorgueillisse pas, il est cependant ingrat s’il ne reconnaît pas un bienfait. Is 63, 7 : Je me souviendrai de la miséricorde du Seigneur. Ils répondent donc en disant : « OUI. » Ici est présentée la profession de ceux qui acceptent la parole du Christ. Ps 118[119], 130 : La révélation de tes paroles éclaire et permet aux petits de comprendre.
1640. AINSI DONC, TOUT SCRIBE DEVENU DISCIPLE, etc. Ici, [le Seigneur] montre la fonction qui allait bientôt être la leur, comme s’ils avaient déjà passé l’examen. Et cette conclusion peut découler de deux manières de ce qui précède. Premièrement, comme un retour sur ce qui a été dit au sujet du trésor. Le sens selon lequel le Seigneur a voulu expliquer cela peut donc être [le suivant] : « Vous dites que vous comprenez. Si vous comprenez, vous pouvez savoir que le trésor est la sainte doctrine. De ce trésor, vous pourrez tirer du neuf et du vieux. » Et il faut remarquer que [les disciples] sont appelés SCRIBES, parce qu’ils peuvent aussi s’entretenir dans le royaume des cieux de la sainte doctrine, qui contient du neuf et du vieux. Et ils sont appelés des SCRIBES en raison de leurs capacités, car les scribes sont des gens instruits. Dn 12, 10 : Ayant reçu l’enseignement, ils comprendront ; plus loin, [Mt] 23, 34 : Voici que je vois envoie des sages et des scribes. Ils sont aussi appelés des SCRIBES en raison de leur fonction, parce qu’ils sont des notaires du Christ, puisqu’ils ont écrit ses commandements sur les tablettes de leur cœur. Pr 6, 21 : Fixe-les pour toujours sur ton cœur. De même, [parce qu’ils ont écrit ses commandements] dans le cœur des autres. Ainsi, l’Apôtre [dit], 1 Co 3, 2 : Vous êtes une lettre écrite dans nos cœurs. IL EST SEMBLABLE À UN PROPRIÉTAIRE, à savoir, le Christ. En effet, il est lui-même le Seigneur, comme on le lit plus haut, 13, 52. QUI TIRE DE SON TRÉSOR DU NEUF ET DU VIEUX. [Il s’agit] des fonctions de la loi nouvelle. En effet, la loi nouvelle ajoute des sens nouveaux à [la loi] ancienne, et le Christ les a expliqués ; c’est pourquoi il doit nous suffire d’être semblables au Christ, comme plus haut, 10, 25 : Il suffit que le disciple ressemble à son maître. Ou bien on peut dire : cela ressemble à n’importe quel autre père, qui tire de la science qui lui a été divinement donnée du neuf et du vieux. Il n’était pas ainsi des manichéens, qui ne proposaient pas du vieux. Ct 7, 13 : Je t’ai donné du neuf et du vieux. Cela peut donc se rapporter à l’interprétation de la parabole.
1641. Selon Augustin, l’interprétation est la suivante : AINSI, TOUT SCRIBE DEVENU DISCIPLE, etc. « Vous avez compris comment j’ai parlé aux foules en paraboles ; et vous avez appris à comprendre selon le sens spirituel ce qui a été dit en parabole. Vous devez donc comprendre ce qu’on lit dans la loi ancienne, pour que vous puissiez l’expliquer par la [loi] nouvelle. » Ainsi, ce qui est dit dans l’Ancien [Testament] est une figure du Nouveau Testament. L’Apôtre [dit] donc, 1 Co 10, 11 : Tout cela leur est arrivé comme une figure. Et cela a été révélé dans la passion. Plus loin, [Mt] 27, on dit donc que, alors que le Seigneur souffrait, le voile du temple se déchira. Le Christ a donc parlé en paraboles avant la passion afin qu’en entendant cela, ils comprennent que ce qui avait été dit dans l’Ancien Testament l’avait été comme une figure d’autres choses, bien que cela soit [effectivement] arrivé. TOUT SCRIBE DEVENU DISCIPLE DU ROYAUME DES CIEUX EST SEMBLABLE À UN PROPRIÉTAIRE, QUI TIRE DE SON TRÉSOR DU NEUF ET DU VIEUX.
1642. Ou bien, selon Grégoire, le vieux désigne tout ce qui se rapporte au péché ; le neuf, [tout ce qui se rapporte] à la grâce du Christ. On appelle donc neuves les récompenses de la vie éternelle, et ancienne la peine de l’enfer. Celui-là tire donc du neuf et du vieux qui considère non seulement les récompenses, mais aussi la peine de l’enfer.
1643. ET IL ADVINT, QUAND JÉSUS EUT TERMINÉ CES PARABOLES, etc. Ici est présenté l’effet pour ce qui est des foules, et celui-ci est double : l’étonnement et le scandale. Premièrement, le lieu est décrit ; deuxièmement, l’étonnement ; troisièmement, les reproches.
1644. [Matthieu] dit donc : ET IL ADVINT, QUAND JÉSUS EUT TERMINÉ CES PARABOLES, QU’IL PARTIT DE LÀ. Il faut remarquer qu’il ne semble pas qu’il soit parti immédiatement ; [Matthieu] ne respecte donc pas l’ordre historique. Mais [le Seigneur] partit parce qu’ils n’étaient pas disposés à comprendre. C’est pourquoi il s’en alla ailleurs, selon ce qui est [dit] en Si 32, 6 : Là où on n’écoute pas, ne parle pas, et en 22, 9 : Il parle avec quelqu’un qui dort, celui qui expose la sagesse à un insensé.
1645. ET S’ÉTANT RENDU DANS SA PATRIE. Parfois, on dit que sa patrie est Nazareth, où il a été élevé et a fait peu de miracles ; parfois, Bethléem, où il est né ; parfois, Capharnaüm, parce qu’il y a fait des miracles. ET IL ENSEIGNAIT DANS LEURS SYNAGOGUES, etc.
1646. Vient ensuite l’étonnement. Premièrement, l’étonnement est présenté ; deuxièmement, l’effet se produit. [Matthieu] dit : DE TELLE SORTE QU’ILS ÉTAIENT ÉTONNÉS. Il n’était pas étonnant qu’ils fussent étonnés. Ps 118[119], 129 : Tes témoignages sont étonnants. Ils s’étonnaient [en se demandant] d’où venait cette puissance : en effet, l’étonnement vient du fait qu’on voit l’effet sans en connaître la cause. Ceux-là voyaient l’effet évident, mais n’en connaissaient pas la cause. Ils disaient donc : D’OÙ LUI VIENNENT CETTE SAGESSE ET CES MIRACLES ? Mais c’est là un étonnement insensé, car on lit, en 1 Co 1, 24, qu’il est lui-même la puissance et la sagesse de Dieu. Mais ils ne le savaient pas. C’est pourquoi ils s’étonnaient.
1647. Et ils expriment leur étonnement et ce qu’ils connaissent. Ils disaient donc : CELUI-LÀ N’EST-IL PAS LE FILS DU CHARPENTIER ? En effet, on pensait qu’il était le fils de Joseph, qui n’était pas un forgeron, mais un charpentier, bien qu’on puisse dire qu’il était le fils d’un artisan qui a fait l’aurore et le soleil, Ps 73[74], 16. SA MERE NE S’APPELLE-T-ELLE PAS MARIE ? Ils connaissaient tout ce qui relevait de son humanité. Il est question de Marie plus haut, 1, 18 : Alors que la mère de Jésus était fiancée à Joseph, etc. ET SES FRÈRES NE SONT-ILS PAS JACQUES, JOSEPH, SIMON ET JUDE ? Elvidius a vu en ceux-ci les fils de Marie. Mais cela est faux, car ils étaient ses cousins. Ou bien on les appelle frères parce qu’ils étaient de la parenté de Joseph, dont on pensait qu’il était le père de Jésus. Gn 13, 8 : Qu’il n’y ait pas de conflit entre moi et toi, car nous sommes frères, dit Abraham à Lot, alors que Lot était le fils du frère [d’Abraham].
1648. Et il faut comprendre de la même façon ce qui suit : ET SES SŒURS NE SONT-ELLES PAS TOUTES PARMI NOUS ? Ainsi donc, à partir de ce qui relevait de la chair, ils étaient frappés d’étonnement et disaient : D’OÙ LUI VIENT DONC TOUT CELA ? Mais il faut remarquer que l’étonnement a parfois un résultat approprié, à savoir, la gloire rendue à Dieu, comme plus haut, 3, 5, mais parfois le scandale.
1649. [Matthieu] dit donc : ET ILS ÉTAIENT SCANDALISÉS À SON SUJET. Mais pour quelle raison l’étonnement engendre-t-il parfois la glorification, et parfois le scandale ? La raison est que certains interprètent en mal ce qu’ils entendent, et sont donc ainsi nécessairement scandalisés. [On lit] dans la lettre canonique de Jude, 10 : Ils blasphèment ce qu’ils ignorent. Mais certains qui sont bien disposés interprètent toujours en bien. Ceux-ci faisaient partie des premiers. Il les reprend donc, d’abord en parole, puis en acte, lorsque [Matthieu] dit : MAIS JÉSUS LEUR DIT : « UN PROPHÈTE N’EST MÉPRISÉ QUE DANS SA PATRIE. » Le Seigneur s’appelle lui-même un prophète, et cela n’est pas étonnant, car il avait appelé Moïse lui-même un prophète. Dt 18, 15 : Il suscitera un prophète issu de ta nation et de tes frères, etc. On peut dire qu’on appelle prophète celui qui peut dire quelque chose qui dépasse l’intellect humain par une révélation ; et ainsi Jésus est-il appelé prophète, car son esprit a été illuminé par les anges et par Dieu. Ou bien on peut dire que quelqu’un est prophète au sens [étymologique] d’illumination [phanos] de loin [procul]. En ce sens, Jésus ne peut pas être appelé prophète : Si l’un d’entre vous est le prophète du Seigneur, je lui apparaîtrai en vision, etc. [Nb 12, 6]. C’est ce que dit [ici] le texte. Mais si quelqu’un est prophète, il parlera sous forme énigmatique, et le Christ n’a pas été ainsi, car il a parlé de ce qu’il connaissait vraiment. Si 34, 9 : Celui qui a beaucoup appris, exposera ce qu’il sait. Parmi les prophètes de l’Ancien Testament, nous n’en trouvons pas qui ait été honoré par les siens, mais plutôt par les étrangers, comme on le lit dans Jérémie, qui fut fait prisonnier par les siens, mais, après la prise de la ville, fut libéré par des étrangers. Il en fut de même du Christ, qui fut honoré par des étrangers, mais repoussé par les siens. Et quelle est la raison pour laquelle aucun [prophète] n’est honoré dans sa patrie ? Une raison est que, lorsqu’il est dans sa patrie, beaucoup qui connaissent ses faiblesses se rappellent toujours ce qui est faible. En effet, la malice des hommes fait en sorte qu’ils pensent plutôt aux faiblesses qu’à ce qui est parfait. Une autre [raison] peut être donnée : le Philosophe dit que les gens extrapolent fréquemment, car ils croient que ceux qui sont égaux dans certains domaines le sont en tout. Ainsi, lorsque quelqu’un est dans sa patrie et qu’ils voient qu’il est leur égal sous un aspect ou l’autre ou d’une manière générale, ils croient qu’il ne peut être plus grand. [Le Seigneur] dit donc avec raison : UN PROPHÈTE N’EST MÉPRISÉ QUE DANS SA PATRIE ET CHEZ LUI.
1650. Vient donc ensuite : ET IL NE FIT PAS LÀ BEAUCOUP DE MIRACLES, non pas parce qu’il ne le pouvait pas, car il était tout-puissant, mais il n’en fit pas parce qu’il en faisait afin qu’on croie en lui. Or, ceux-ci le méprisaient, car ils interprétaient en mal. Ils n’étaient donc pas disposés à la foi. Il en fit cependant quelques-uns afin qu’ils soient rendus inexcusables. Il dit donc : PAS BEAUCOUP, c’est-à-dire, quelques-uns. Et cela, À CAUSE DE LEUR MANQUE DE FOI.
Leçon 1 [Matthieu 14, 1‑14] 14, 1 En ce temps-là, Hérode le tétrarque entendit parler de la renommée de Jésus. 14, 2 Il dit à ses serviteurs : « Celui-ci est Jean Baptiste ! Le voilà ressuscité des morts : d’où les pouvoirs miraculeux qui se déploient en sa personne ! » 14, 3 En effet, Hérode avait fait arrêter, enchaîner et emprisonner Jean, à cause d’Hérodiade, la femme de son frère Philippe. 14, 4 Car Jean lui disait : « Il ne t’est pas permis de l’avoir. » 14, 5 Il avait même voulu le tuer, mais il craignait le peuple, parce qu’on le tenait pour un prophète. 14, 6 Or, lors de la célébration de son anniversaire de naissance, la fille d’Hérodiade dansa en public et plut à Hérode 14, 7 au point qu’il s’engagea par serment à lui donner ce qu’elle demanderait. 14, 8 Avertie par sa mère, elle lui dit : « Donne-moi ici la tête de Jean le Baptiste sur un plat. » 14 9 Le roi fut contristé à cause de son serment et des convives, il commanda de la lui donner. 14, 10 Il envoya décapiter Jean dans la prison. 14, 11 Et sa tête fut apportée sur un plateau et donnée à la jeune fille, qui la porta à sa mère. 14, 12 Les disciples de Jean vinrent prendre le cadavre et l’ensevelirent ; puis ils allèrent informer Jésus. 14, 13 L’ayant appris, Jésus se retira en barque dans un lieu désert, à l’écart ; ce qu’apprenant, les foules le suivirent à pied en dehors des villes. 14, 14 En revenant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié ; et il guérit leurs infirmes.
Leçon 2 [Matthieu 14, 15‑34] 14, 15 Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : « L’endroit est désert et l’heure est déjà passée ; renvoie donc les foules afin qu’elles aillent dans les villages s’acheter de la nourriture. » 14, 16 Mais Jésus leur dit : « Il n’est pas besoin qu’elles y aillent ; donnez-leur vous-mêmes à manger. » 14, 17 « Mais, lui disent-ils, nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons. » Il dit : 14, 18 « Apportez-les moi. » 14, 19 Et, après avoir ordonné que la foule s’assoie sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, levant les yeux au ciel, il bénit, rompant les pains, il les donna à ses disciples, qui les donnèrent aux foules. 14, 20 Tous mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta les restes : douze paniers remplis de morceaux ! 14, 21 Or, ceux qui mangèrent étaient au nombre d’environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. 14, 22 Et aussitôt Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules.
14, 23 Et quand il eut renvoyé les foules, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. 14, 24 La barque, elle, se trouvait déjà éloignée de la terre de plusieurs stades, harcelée par les vagues, car le vent était contraire. 14, 25 À la quatrième veille de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer. 14, 26 Les disciples, le voyant marcher sur la mer, furent troublés : « C’est un fantôme », disaient-ils, et pris de peur ils se mirent à crier. 14, 27 Mais aussitôt Jésus leur parla en disant : « Ayez confiance, c’est moi, ne craignez pas. » 14, 28 Pierre lui répondit : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir à toi sur les eaux ! ». 14, 29 « Viens », dit Jésus. Et Pierre, descendant de la barque, se mit à marcher sur les eaux et vint vers Jésus. 14, 30 Mais, voyant la force du vent, il prit peur et, commençant à couler, il s’écria : « Seigneur, sauve-moi ! » 14, 31 Aussitôt Jésus tendit la main et le saisit, en lui disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »
14, 32 Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. 14, 33 Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, en disant : « Vraiment, tu es Fils de Dieu ! » 14, 34 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Génésareth. 14, 35 L’ayant reconnu, les gens de l’endroit annoncèrent la nouvelle à tout le voisinage, et on lui présenta tous les malades : 14, 36 ils lui demandèrent seulement de pouvoir toucher la frange de son manteau, et tous ceux qui touchèrent furent sauvés.