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Leçon 2 – Mt 13, 24-30 ; n° 1563

[13, 24]

1563. Plus haut, [le Seigneur] a présenté une parabole, dans laquelle les obstacles à l’enseignement évangélique venus de l’extérieur étaient montrés. Ici, est présentée une autre parabole, dans laquelle sont présentés les obstacles à l’écoute de l’enseignement qui viennent de l’intérieur, car, dans cette [parabole], sont présentées les choses dont les esprits ont coutume de se préoccuper. [Le Seigneur] traite donc d’abord de l’origine du bien et du mal ; deuxièmement, de [leur] évolution ; troisièmement, de [leur] aboutissement. Le second point se trouve en cet endroit : QUAND LE BLÉ EST MONTÉ EN HERBE, etc. [13, 26] ; le troisième, en cet endroit : AU MOMENT DE LA MOISSON, JE DIRAI AUX MOISSONNEURS, etc. [13, 30].

1564. [Le Seigneur traite] donc d’abord de l’origine du bien ; deuxièmement, [de l’origine] du mal, en cet endroit : PENDANT QUE LES GENS DORMAIENT, etc. [13, 25]

1565. [Matthieu] dit donc : IL LEUR PROPOSA UNE AUTRE PARABOLE. Et à qui ? À eux. Je dis : non pas aux seuls apôtres, mais aussi aux foules. Ainsi, après avoir donné ses explications aux apôtres, [Jésus] se tourna vers les foules. UNE AUTRE [PARABOLE], une deuxième, car [le Seigneur] n’a pas proposé seulement deux paraboles, mais plusieurs. On parle de deuxième lorsqu’il s’agit d’une de deux choses. Il en a présenté plusieurs afin de venir au secours de plusieurs dispositions. En effet, certains sont touchés par l’une, d’autres par une autre.

1566. LE ROYAUME DES CIEUX RESSEMBLE À UN HOMME QUI A SEMÉ DU BON GRAIN DANS SON CHAMP. Dans un royaume, il y a un roi et ceux qui sont gouvernés, et ceux-ci sont les hommes célestes, qui sont devenus semblables aux anges. Ps 90[91], 11 : Il a ordonné à ses anges de te protéger dans toutes tes démarches, etc. À UN HOMME QUI A SEMÉ DU BON GRAIN.

1567. Trois paraboles portant sur la semence sont présentées à la file. La première, au sujet du grain qui est semé ; la deuxième, au sujet du grain qui est emporté ; la troisième, au sujet du grain qui est multiplié. Selon l’intention du texte, le grain est considéré d’une manière différente que plus haut. En effet, le grain est celui qui est semé dans l’homme, et c’est la parole de Dieu, comme on lit en Lc 22. Ici, il est pris pour l’homme lui-même, dans lequel il est semé. Et cela est clair, car, plus loin, [le Seigneur] dit que le grain, ce sont les fils du royaume ; il ne faut donc pas en donner une autre explication que celle que le Seigneur a donnée. Et il dit : GRAIN, car de même que le grain est le principe de la dissémination, de même les hommes bons sont le fondement de toute la foi. C’est ainsi que l’Église s’est multipliée à partir des apôtres. Ainsi, en Is 1, 9 : Si le Seigneur ne nous avait laissé une semence, nous serions devenus comme Sodome. Et cette semence fut une bonne semence, dont il est question en Is 6, 13 : Il y aura une sainte semence qui subsistera en elle. Le Christ l’a semée, et où ? DANS SON CHAMP, c’est-à-dire, dans le monde. En effet, le monde est appelé un champ, dans lequel il y a des bons et des méchants, et que le Seigneur a établi par la création Jn 1, 10 : Le monde a été fait par lui. Et Ps 49[50], 11 : La beauté de mon champ m’accompagne.

[13, 25]

1568. PENDANT QUE LES GENS DORMAIENT, etc. Après avoir traité de l’origine du bien, il traite ici de l’origine du mal. Et d’abord, il présente l’occasion du mal qui est fait ; deuxièmement, l’ordre [dans lequel il est fait].

1569. En premier lieu, une double occasion est présentée : l’une, du point de vue des gardiens ; l’autre, du point de vue du semeur.

1570. Du point de vue des gardiens, il dit : PENDANT QUE LES GENS DORMAIENT, etc., c’est-à-dire les responsables du genre humain, qui ont été établis pour surveiller, DORMAIENT, à savoir, du sommeil de la mort. Les saints apôtres savaient que des hérétiques se mêleraient au blé dans l’Église ; ainsi, Paul [dit] : Je sais qu’après mon départ, des loups rapaces s’en prendront à vous et n’épargneront pas le troupeau [Mt 7, 15].

1571. Ensuite, une autre occasion est présentée. Il dit ainsi : SON ENNEMI EST VENU, etc., à savoir, le Diable. Ps 73[74], 23 : L’orgueil de ceux qui te haïssent augmente sans cesse. De ceux qui te haïssent, c’est-à-dire, des démons. Mais cette inimitié vient de la perversité de [leur] volonté.

1572. Mais une question se pose. Est-il vrai qu’un être hait Dieu ? Il faut dire que l’amour ne porte que sur une chose connue. Or, Dieu peut être connu de deux manières : en lui-même, ou dans ses effets. [S’il est connu] en lui-même, il est impossible qu’il ne soit pas aimé : en effet, tout ce qui est aimé est aimé sous l’aspect du bien. Comme Il est la bonté première, il ne peut être haï. [S’Il est connu] dans ses effets, il n’est pas impossible [qu’il ne soit pas aimé]. En effet, les démons, dans la mesure où ils sont, aiment celui par qui ils sont ; mais certains effets leur déplaisent, à savoir qu’ils soient punis contre leur volonté, qu’ils ne puissent pas punir les hommes à leur volonté, et des choses semblables.

1573. Ensuite, l’ordre est abordé : [SON ENNEMI] A SEMÉ DE L’IVRAIE. Tous les mots ont beaucoup de sens. Voyons donc ce qui est semé et dans quel ordre. Ce qui est semé, c’est ce qu’on appelle de l’ivraie, qui ressemble au blé. Qu’est-ce qui est signifié par l’ivraie ? Les mauvais fils et tous ceux qui aiment l’iniquité, en particulier, les hérétiques. Il y a trois genres de méchants : les mauvais catholiques, les schismatiques et les hérétiques. Les mauvais catholiques sont signifiés par la paille, dont il a été question plus haut, 3, 12 : La paille sera consumée par le feu. Les schismatiques [sont signifiés] par les épis, et les hérétiques, par l’ivraie. Ils sont donc semés dans le champ, c’est-à-dire, dans ce monde. De même, l’ivraie ressemble au blé, de sorte que ceux-ci présentent l’aspect du bien, comme [on lit] en 1 Tm 1, 7 : Ils veulent être des docteurs de la loi, et ils ne comprennent pas ce dont ils parlent, ni ce qu’ils affirment. Et il faut remarquer que, plus haut, il a été dit : IL A SEMÉ, et ici, on ne le dit pas, car ils ont été catholiques avant d’être hérétiques. En effet, le Diable, voyant l’Église s’étendre, en a conçu de l’envie ; il a semé un agent de corruption et a poussé le cœur des hérétiques à nuire. Ainsi [dit-on] que les hérétiques étaient parmi nous, comme on lit dans la première lettre canonique de Jn 2, 19 : Mais ils ne faisaient pas partie de nous, parce que, s’ils avaient fait partie de nous, ils seraient restés avec nous. [Le Seigneur] dit aussi : AU MILIEU DU BLÉ. Le Diable n’a cure que certains soient hérétiques au milieu des païens, parce qu’il les possède tous, mais [il se préoccupe qu’ils soient] au milieu du blé et du peuple fidèle. Et c’est ce que dit Jb 4, 18 : Et il trouve de la méchanceté chez ses anges. Et Augustin dit qu’ » aucune société n’est si bonne que ne s’y trouve quelque dépravé ». Ainsi, dans la société des apôtres, il y eut un dépravé, Judas. [Le Seigneur] dit aussi : ET IL S’EN EST ALLÉ, c’est-à-dire qu’il s’est fait secret. En effet, lorsqu’il incite, il n’obtient pas toujours une coopération, car s’il réussissait tout à sa volonté, il pourrait facilement être identifié. C’est pourquoi il renonce parfois à sa malice Ps 9, 9 : Il se met en embuscade en secret, comme un lion dans sa caverne.

[13, 26]

1574. Ensuite, il est question de l’évolution du bien et du mal. QUAND LE BLÉ A POUSSÉ. Et afin que vous saisissiez, trois choses sont abordées : premièrement, la manifestation des bons par opposition aux méchants est présentée ; deuxièmement, le zèle des bons contre les méchants ; troisièmement, la tolérance.

1575. [Le Seigneur] dit donc : QUAND LE BLÉ A POUSSÉ, PUIS A PRODUIT DES ÉPIS, ALORS L’IVRAIE EST APPARUE AUSSI, etc. En effet, lorsqu’on a semé au départ, elle n’était pas apparue, mais lorsque [le blé] a poussé. Et cela peut se rapporter aux deux : au blé et à l’ivraie. Augustin l’interprète du blé : lorsque l’homme est petit, il ne peut discerner ; mais lorsqu’il grandit, produit du fruit et devient spirituel, alors il connaît. 1 Co 2, 15 : L’homme spirituel discerne toutes choses. Chrysostome l’interprète de l’ivraie : en premier, elle n’apparaît pas, parce que les hérétiques cachent au départ leur connaissance ; ils disent d’abord de bonnes choses et prêchent aux laïcs, puis ils insinuent des choses mauvaises à propos des clercs, qui sont volontiers écoutées ; et ainsi ils détournent le peuple de l’amour des clercs et, par la suite, de l’Église. Mais, par la suite, lorsqu’on a accueilli leur enseignement, ils révèlent leur malice. En effet, au départ, ils ne disent que des choses de peu d’importance, mais, par après, ils se révèlent ainsi que leur enseignement, qui sont représentés par le vin. Il est question de ce vin en Pr 23, 31 : Il entre sournoisement, mais il mordra par derrière comme un serpent.

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1576. S’APPROCHANT, LES SERVITEURS DU PROPRIÉTAIRE, etc. Ici, le zèle des bons contre les méchants est présenté. Premièrement, ils s’enquièrent de l’origine du mal ; deuxièmement, ils sont poussés par le zèle à extirper les maux, en cet endroit : LES SERVITEURS LUI DIRENT, etc. [13, 28].

1577. Premièrement, il faut voir qui sont ces serviteurs. Plus loin, [le Seigneur] parle des moissonneurs ; mais ceux-ci ne sont pas les serviteurs, mais les anges. [Les serviteurs] sont les hommes bons, et cela n’est pas inapproprié, puisque le Seigneur est appelé à la fois la porte et le portier. LES SERVITEURS S’APPROCHANT, par la foi. Ps 33[34], 6 : Approchez-vous de lui et vous serez illuminés. DIRENT : « MAÎTRE, N’EST-CE PAS DU BON GRAIN QUE TU AS SEMÉ DANS TON CHAMP ? » Les apôtres n’ont-ils pas semé la bonne doctrine ? En effet, le Seigneur vit tout ce qu’il avait fait, et c’était très bon, Gn 1, 31. D’OÙ VIENT DONC QU’IL S’Y TROUVE DE L’IVRAIE ? Une question semblable se trouve dans Jr 2, 21 : J’ai planté ma vigne préférée : comment est-elle devenue imbuvable, une vigne étrangère ?

[13, 28]

1578. Le Seigneur leur répond : IL LEUR DIT : « C’EST UN ENNEMI QUI A FAIT CELA. » Et remarquez que cela ne vient pas de la première origine, mais de ce qui se trouve chez les hommes par l’intervention du Diable. Sg 2, 24 : La mort a fait son entrée sur terre par l’envie du Diable. On dit qu’un homme est un diable pour avoir manqué à la divinité. Ps 9, 20 : Lève-toi, Seigneur, et que l’homme ne soit pas encouragé. Ici, l’homme est appelé UN ENNEMI en raison d’une malice consommée. Gn 3, 15 : Je mettrai une inimitié entre toi et lui.

1579. LES SERVITEURS LUI DIRENT. Il est dit ici que les serviteurs sont poussés par zèle à extirper le mal : VEUX-TU QUE NOUS ALLIONS LA RAMASSER ? Ici, on dit d’eux deux choses louables : ils sont poussés à détruire le mal, 1 Co 5, 13 : Enlevez le mal parmi vous ; l’autre chose louable est qu’ils ne veulent pas le faire de leur propre initiative, mais sur l’ordre du Seigneur. Ainsi Tb 4, 20 : Bénissez Dieu en tout temps, et que tes pensées portent toujours sur lui.

[13, 29]

1580. ET IL LEUR DIT. Il faut remarquer que c’est la troisième fois qu’il parle de supporter le mal. À ce propos, on lit dans Qo 8, 1 : Parce qu’un jugement n’est pas immédiatement porté contre les méchants, les fils des hommes s’adonnent sans crainte au mal. Premièrement, il met son objectif en lumière ; deuxièmement, il en donne la raison ; troisièmement, il présente le moment jusqu’où il supportera, car il ne supportera pas toujours.

1581. [Le Seigneur] dit donc : « NON, c’est-à-dire, je ne veux pas que vous la ramassiez tout de suite. » 2 P 3 9 : Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de sa promesse, mais il attend avec patience. DE CRAINTE : ici, il donne la raison. Dès le départ, vous devez remarquer que le bien est grand et l’emporte sur le mal, car le bien peut exister sans le mal, mais le mal [ne peut exister] sans le bien. C’est pourquoi le Seigneur supporte beaucoup de maux afin qu’arrivent ou même ne disparaissent pas beaucoup de biens. Il dit donc : DE CRAINTE QU’EN ARRACHANT L’IVRAIE, c’est-à-dire les méchants ou les hérétiques, etc., VOUS N’ARRACHIEZ AUSSI LE BLÉ.

1582. C’est pour quatre raisons qu’il arrive que les méchants ne doivent pas être arrachés au profit des bons. Une raison est que les bons sont mis à l’épreuve par les méchants. 1 Co 11, 19 : Il importe qu’il y ait des hérésies afin que ceux qui ont été mis à l’épreuve se mettent en évidence parmi vous. Pr 9, 29 : Celui qui est insensé sera au service du sage. S’il n’y avait pas eu d’hérétiques, la science des saints ne se serait pas illustrée, [celle] d’Augustin et d’autres. Ainsi, celui qui voudrait déraciner les méchants déracinerait aussi beaucoup de choses bonnes.

1583. Il arrive de même que quelqu’un qui est mauvais maintenant devienne bon par la suite, comme Paul. Si Paul avait été tué, l’enseignement d’un si grand maître nous ferait donc défaut, ce qu’à Dieu ne plaise. Si tu veux donc déraciner, tu déracineras en même temps le blé, à savoir celui qui sera le blé. Ps 67[68], 23 : Le Seigneur a dit : « Je fais revenir de Basan, je fais revenir du fond de la mer. »

1584. La troisième raison est que certains semblent mauvais et ne le sont pas. C’est pourquoi, si tu voulais arracher les mauvais, tu arracherais en même temps plusieurs qui sont bons. Et cela est montré par le fait que Dieu n’a pas voulu qu’ils soient ramassés avant qu’ils ne soient parvenus à maturité. 1 Co 4, 5 : Ne jugez pas avant le temps.

1585. La quatrième raison est que parfois quelqu’un possède une grande puissance ; s’il est écarté, il en entraîne donc plusieurs avec lui, et ainsi plusieurs périssent avec ce méchant. C’est pourquoi une communauté n’est pas excommuniée ni le dirigeant d’une peuple, afin d’éviter que plusieurs ne tombent à cause d’un seul. C’est de cela que parle ce qui est dit en Ap 12, 4, que le dragon a entraîné le tiers des étoiles avec lui, etc. Et Gn 18, 25 : Loin de toi que tu fasses cela et que tu tues le juste en même temps que l’impie.

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1586. Mais est-ce qu’ils seront toujours épargnés ? Non, mais pendant un certain temps. [Le Seigneur] dit ainsi : LAISSEZ L’UN ET L’AUTRE CROÎTRE ENSEMBLE JUSQU’À LA MOISSON, etc. On trouve une position semblable dans Ap 22, 11 : Celui qui nuit, qu’il nuise encore ; celui qui est sale, qu’il se souille encore.

1587. LAISSEZ L’UN ET L’AUTRE CROÎTRE ENSEMBLE JUSQU’À LA MOISSON. Il y a une objection contre cette position, car il est dit en Is 1, 16 : Supprimez le mal de vos pensées, etc. De même, 1 Co 5, 7 : Purifiez-vous du vieux ferment pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes des azymes, etc. Pourquoi donc dit-il : LAISSEZ, etc. ? Chrysostome dit qu’il parle de la mise à mort. Les hérétiques ne doivent donc pas être tués, car beaucoup de maux sortiraient de cela. Augustin dit, dans une lettre, qu’il lui était apparu à un certain moment qu’ils ne devaient pas être tués ; mais, à l’expérience, il avait appris que beaucoup étaient convertis par la violence. En effet, le Seigneur en attire beaucoup d’une manière violente, comme il a attiré Paul. De sorte que celui-ci, converti par la force, a produit plus de fruits que tous ceux qui ont cru volontairement. Et Augustin a traité de cette opinion ou question. Ainsi, selon l’opinion de Chrysostome, si [tuer les hérétiques] ne peut être fait sans danger, cela ne doit pas être fait, mais seulement là où on craint un plus grand danger. Et cela est clair en l’appliquant à tous, car, même s’ils sont mauvais, ils sont utiles pour la mise à l’épreuve [des bons]. Cependant, il faut craindre davantage que l’enseignement évangélique ne s’éteigne chez les autres par la faute [des hérétiques]. En conséquence, etc. De même, certains qui sont maintenant mauvais deviennent bons par la suite. Il est vrai qu’ils ne doivent pas être tués immédiatement, mais, comme on le lit dans Tt 3, 10 : Évite l’hérétique après un premier et un deuxième avertissement. À ce qui est objecté en troisième lieu, à savoir que plusieurs semblent mauvais qui sont bons, cela est vrai, si [on les tuait] sans discrimination, comme on le lit en 1 Tm 4. De même, à propos de ce qui a été dit, à savoir que le dirigeant d’un peuple ne doit pas être excommunié, si tu vois qu’il y a un plus grand scandale à ce qu’il soit excommunié que dans le fait qu’il pèche, il ne doit pas être excommunié ; mais s’il avait fait quelque chose qui était dangereux pour la foi, il doit sans aucun doute être excommunié, quel que soit le dommage qui en sorte.

1588. ET AU MOMENT DE LA MOISSON, JE DIRAI AUX MOISSONNEURS, etc. Plus haut, le Seigneur a exposé sous forme de parabole l’origine du bien et du mal, et l’évolution des deux ; ici, il est question de la ressemblance entre les deux. Premièrement, le moment de la fin est présenté ; deuxièmement, les serviteurs ; troisièmement, le mode et l’ordre selon lesquels chaque élément est ordonné à la fin.

1589. Le temps est abordé lorsqu’il est dit : AU MOMENT DE LA MOISSON, etc. Le temps de la moisson est le temps de la cueillette des fruits qui sont attendus des semences. Or, il y a une double cueillette : l’une dans l’Église présente, l’autre dans [l’Église] céleste. Il y a donc une double moisson : une certaine cueillette des fruits dans le présent, dont il est question en Jn 4, 35 : Levez les yeux, et voyez les champs, car ils sont blancs pour la moisson. Il y aura aussi un temps pour la moisson dans l’Église triomphante. Ainsi, il est dit, plus loin, chez le même, que [le moment de] la moisson est la fin du temps. Elle est donc reportée jusqu’à ce moment.

1590. Qui sont les serviteurs ? Les moissonneurs. Ainsi : JE DIRAI AUX MOISSONNEURS. Les moissonneurs de la première moisson furent les apôtres. En effet, ce sont eux qui ont cueilli et converti le monde entier, dont on dit en Jn 4, 38 : Je vous ai envoyés cueillir ce que vous n’avez pas semé. Dans la seconde moisson, les serviteurs sont les anges. Dans Ap 14, 15, il est dit à un ange : Sors ta faux et moissonne, car l’heure est venue de moissonner, car la moisson de la terre s’est desséchée, etc. Ce que l’on croit survenir par l’intermédiaire de Dieu, il faut croire que cela arrive par le ministère des anges. Il est ainsi dit des anges, Ps 102[103], 21 : Vous, ses serviteurs, qui faites sa volonté.

1591. Mais voyons l’ordre et le mode selon lesquels la fin est atteinte, et quelle fin. Et d’abord, pour ce qui est des mauvais ; deuxièmement, pour ce qui est des bons.

1592. À propos des mauvais, il faut savoir qu’ils sont d’abord cueillis ; deuxièmement, qu’ils sont attachés ; troisièmement, qu’ils sont brûlés.

1593. En premier lieu, il y a d’abord la séparation des bons et des méchants. Aussi longtemps que dure le temps présent, l’ivraie est mêlée au blé, les lis aux épines, comme on lit dans Ct 2, 2, et plus loin, [Mt] 25, 31 : Lorsque viendra le Fils de l’homme, il séparera les bons des méchants, les boucs des agneaux. [Le Seigneur] dit donc : RAMASSEZ D’ABORD L’IVRAIE, etc. Maintenant, les biens et les maux arrivent presque sans discrimination aux bons et aux méchants. C’est ce qui est dit en Qo 9, 3, que le pire de tout ce qui arrive sous le ciel, c’est que les mêmes choses arrivent à tous. Mais, alors, les biens seront donnés aux bons, et les maux aux méchants. Afin donc qu’ils ne soient mêlés, il faut qu’ils soient séparés et attachés. Ainsi : ET ATTACHEZ-LES. Par le fait de lier, le caractère perpétuel de la peine est signifié. Ps 149[150], 8 : Pour attacher leurs rois dans les fers, etc. ; plus loin, 22, 13 : Après lui avoir lié les mains et les pieds, jetez-le dans les ténèbres extérieures, ce qui signifie l’impénitence et le caractère irrévocable de la peine éternelle. EN BOTTES. Tous seront séparés de la vision de Dieu : la peine du dam sera égale pour tous ; ils seront donc mis en bottes, comme on lit en Lv 13, où on enseigne à distinguer sangs et lèpres [Lv 13, 47s]. Et en Is 27, 8 : Mesure contre mesure. Et pourquoi ? POUR LES BRÛLER, c’est-à-dire qu’ils seront jetés au feu éternel. On parle de celui-ci en Lc 16, 24 : Je souffre dans ce feu.

1594. Ensuite, lorsqu’il est dit : MAIS AMASSEZ LE BLÉ DANS MON GRENIER, la fin des bons est présentée et, en sens inverse, trois choses sont présentées : la pureté, l’unité et la tranquillité. La pureté, lorsqu’il est dit : LE BLÉ. Mais remarquez que l’ivraie a été cueillie ; elle ne fut donc pas vannée, mais le blé fut vanné. Et cela signifie que les méchants, avec leurs impuretés, seront jetés en enfer ; mais les bons seront totalement purifiés. Is 35, 8 : Le chemin sera appelé saint, celui qui est souillé ne l’empruntera pas. De même l’unité existe-t-il entre eux : ainsi, RASSEMBLEZ. Entre les méchants, il y a toujours des querelles ; ils n’ont donc pas l’unité, mais les bons sont rassemblés. Ps 49[50], 5 : Rassemblez-y ses saints, qui appliquent ses ordonnances à propos des sacrifices, etc. ; et plus loin, [Mt] 24, 28 : Là où est le corps, là se rassembleront les aigles. De même y aura-t-il chez eux la tranquillité. Il dit donc : DANS MON GRENIER. Le grenier est destiné à la conservation de la moisson. Ainsi, cette patrie sera le grenier des saints, où ils vivront dans la louange et la joie éternelles, comme on lit en Is 35, 10.

 

Leçon 3 – Mt 13, 31-43 ; n° 1595

[13, 31]

1595. [Le Seigneur] montre par deux [paraboles] les obstacles à l’enseignement évangélique. Mais parce que quelqu’un pourrait dire : « S’il en est ainsi empêché, puisque du grain tombe en dehors du chemin, d’autre sur la pierre, etc., il semble qu’il ne puisse se développer », il poursuit donc en parlant du développement, à savoir que [le grain] se développe en raison de deux choses. Premièrement, en raison de la petitesse apparente ; deuxièmement, en raison de son caractère caché. Il présente donc deux paraboles. La seconde se trouve en cet endroit : IL LEUR DIT UNE AUTRE PARABOLE [13, 33]. En troisième lieu, il confirme le mode [du développement] par l’autorité d’un prophète, en cet endroit : TOUTES CES CHOSES, JÉSUS LES DIT EN PARABOLES [13, 34‑35].

1596. À propos du premier point, il traite d’abord de l’acte de semer ; deuxièmement, de la petitesse de la graine ; troisièmement, de la grandeur du fruit. Le second point se trouve en cet endroit : C’EST BIEN LA PLUS PETITE DE TOUTES LES GRAINES [13, 32] ; le troisième, en cet endroit : QUAND ELLE A POUSSÉ, ELLE DEVIENT LA PLUS GRANDE DE TOUTES LES PLANTES POTAGÈRES, UN ARBUSTE MÊME, [13, 32].

1597. [Le Seigneur] dit donc : LE ROYAUME DES CIEUX EST SEMBLABLE À UN GRAIN DE SENEVÉ, etc. Dans le royaume, il y a un roi, un prince et des sujets, et même des prisonniers. De même, pour les richesses, etc. On peut donc assimiler le royaume de Dieu à tout cela. Qu’il dise que LE ROYAUME DES CIEUX EST SEMBLABLE À UN GRAIN DE SENEVÉ peut être interprété, comme le dit Jérôme, par le fait que, par le grain de sénevé, on entend l’enseignement évangélique. Et pourquoi ? Parce que ce grain est très fort ; il repousse aussi le venin. Et c’est cela qui est signifié, car l’enseignement évangélique rend brûlant par la foi, plus loin, 17, 19 : Si vous aviez ne serait-ce qu’un grain de sénevé de foi, vous diriez à cette montagne : « Déplace-toi là ! », et elle se déplacerait, et rien ne vous serait impossible. De même écarte-t-il les erreurs. Il est donc utile pour convaincre d’erreur, comme on lit en 2 Tm 3, 16 : La recevant, l’homme l’a semée. Cet homme est le Christ qui a semé ce grain, ou tout homme qui sème l’enseignement évangélique. DANS SON CHAMP, c’est-à-dire dans son cœur, lorsqu’il lui donne son assentiment. Le Christ a semé parce qu’il a donné la foi par laquelle nous sommes sauvés. Ep 2, 8 : Vous avez été sauvés par grâce en vertu de la foi, et non par vous-mêmes : elle est en effet un don de Dieu. De même, quiconque obéit, sème dans son champ, à savoir, dans son cœur, Pr 24, 27 : Travaille ton champ avec soin. Dans ce champ, il y a divers grains, qui sont les divers enseignements. Les enseignements de Jérôme et d’Augustin paraissent grands et sont confirmés par de grands arguments ; de même, l’enseignement de la loi. Mais l’enseignement de la loi évangélique apparaissait peu de chose, car il annonçait un Dieu souffrant, crucifié et ainsi de suite. Et qui pouvait croire cela ? 1 Co 1, 18 : La parole de la croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui sont sauvés, pour nous, elle est puissance de Dieu.

[13, 32]

1598. [Le Seigneur] dit donc : C’EST BIEN LE PLUS PETIT DE TOUS LES GRAINS. Au départ, il apparaissait donc comme le plus petit. Puis, il grandit. Premièrement, [sa] grandeur est présentée ; deuxièmement, elle est confirmée, en cet endroit : QUAND IL A POUSSÉ, c’est-à-dire, qu’il s’est multiplié, IL DEVIENT LA PLUS GRANDE DES PLANTES POTAGÈRES, UN ARBUSTE MÊME, car l’enseignement évangélique a porté plus de fruits que l’enseignement de la loi, puisque l’enseignement de la loi n’a porté de fruits que parmi les Juifs. C’est pourquoi on disait, Ps 147[148], 20 : Il n’a pas fait la même chose pour tous les peuples et il ne leur a pas manifesté ses jugements. En effet, il n’y a eu aucun philosophe qui ait pu convertir tout un pays à son enseignement, car si un philosophe, tel Platon, avait dit que tel ou tel allait venir, on ne l’aurait pas cru. Ps 118[119], 85 : Les méchants m’ont raconté des mensonges, mais il n’y a rien comme ta loi.

1599. Il est donc plus grand par sa solidité, par son étendue et son utilité. Par sa solidité, IL DEVIENT UN ARBUSTE, car les autres doctrines sont des plantes flexibles, qui n’ont aucune fermeté, du fait qu’elles sont soumises à la raison. Sg 9, 14 : En effet, les pensées des mortels sont hésitantes et nos prévisions incertaines. Mais celle-ci est un arbuste solide. Ps 118[119], 89 : Ta parole, Seigneur, demeure pour l’éternité. Lc 21, 33 : Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. Ainsi, comme cet arbuste se compare aux autres arbustes, cette doctrine se compare-t-elle aux autres. AU POINT QUE LES OISEAUX DU CIEL VIENNENT S’ABRITER DANS SES BRANCHES.

1600. De même la doctrine évangélique l’emporte-t-elle par son étendue, car cette science a de multiples rameaux et montre aux hommes ce qui est nécessaire à la vie. Ainsi, s’ils sont mariés, ils apprennent de celle-ci comment ils doivent se diriger ; s’ils sont des clercs, comment ils doivent vivre, et ainsi de suite pour les autres. De sorte que les divers enseignements sont les divers rameaux.

1601. [La doctrine évangélique] l’emporte aussi par [son] utilité, car LES OISEAUX S’ABRITENT DANS SES RAMEAUX, à savoir, tous ceux dont l’âme est au ciel. Ph 3, 20 : Pour nous, notre vie est au ciel. Ces [oiseaux] viennent pour méditer et se reposer. En effet, ceux qui vivent sur la terre ne sont pas des oiseaux. 2 Co 4, 18 : Nous ne contemplons pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas : ce qui se voit appartient au temps, mais ce qui ne se voit pas appartient à l’éternité. Chrysostome interprète [ceci] des apôtres, qu’il a comparés au grain de sénevé parce qu’ils ont un esprit brûlant. Et UN HOMME L’A SEMÉ, à savoir, le Christ, DANS SON CHAMP, à savoir, dans l’Église, d’où provient toute la fructification de l’Église. Ils étaient peu de chose et méprisables, car aucune science n’a été diffusée par des hommes aussi méprisables. Ainsi l’Apôtre [dit], 1 Co 1, 27 : Il n’y avait pas beaucoup de sages, de puissants ou de nobles ; mais Dieu a choisi ce qui était insensé dans le monde pour confondre les sages, etc. Mais QUAND IL A POUSSÉ, IL DEVIENT LA PLUS GRANDE, c’est le résultat, DE TOUTES [LES PLANTES POTAGÈRES], car les apôtres ont porté plus de fruits. Alexandre a converti à lui une partie du monde, de même Rome ; mais jamais autant que ceux-là, qui ont tant fait. AU POINT QUE LES OISEAUX DU CIEL, c’est-à-dire les bons, SE REPOSENT DANS SES BRANCHES, c’est-à-dire dans leurs enseignements. Za 8, 23 : Ils saisiront la frange d’un Juif en disant : « Nous irons avec vous, car nous avons entendu que Dieu est avec vous. »

1602. Hilaire l’interprète du Christ, qui fut un grain de sénevé par sa ferveur, rempli qu’il était de l’Esprit Saint, qu’il a SEMÉ ensuite par sa mort, DANS SON CHAMP, c’est-à-dire, le peuple. LE [GRAIN] PLUS PETIT, en raison du mépris des infidèles. Is 53, 2 : Nous l’avons vu sans beauté, et nous l’avons attendu, défiguré et le plus vil des hommes, homme des douleurs et éprouvant la faiblesse. ET IL EST PLUS GRAND QUE TOUTES LES PLANTES POTAGÈRES, à savoir, que tous les parfaits. On ne lui comparera pas l’or [Jb 28, 17]. Et les parfaits sont comparés à des plantes potagères, car on donne aux malades des plantes potagères : Celui qui est malade, qu’il mange des plantes potagères [Rm 14, 2]. Mais l’enseignement du Christ est donné aux parfaits, et il devient ainsi un arbuste. C’est cela qui est signifié par l’arbuste, dont parle Dn 4, 7s.

[13, 33]

1603. Ici est présentée une parabole sur le développement, et celui-ci apparaît étonnant car il vient d’une source cachée. [Le Seigneur] dit donc : LE ROYAUME DES CIEUX EST SEMBLABLE À DU LEVAIN QU’UNE FEMME A PRIS ET ENFOUI DANS TROIS MESURES DE FARINE, JUSQU’À CE QUE LE TOUT AIT LEVÉ. Remarquez qu’il n’est pas inapproprié d’interpréter la même chose parfois en bien, parfois en mal, comme on parle de pierre parfois pour le Christ, parfois pour son contraire, la dureté. Ez 36, 26 : J’enlèverai de votre chair votre cœur de pierre. De même, on parle de levain parfois pour le mal, pour autant qu’il comporte corruption, 1 Co 5, 7 : Purifiez-vous du vieux levain, etc. De même, au même endroit : Non par du vieux levain ni par un levain de malice et d’impiété, mais par des azymes de sincérité et de vérité. Mais, pour autant que [le levain] comporte une chaleur et une capacité d’expansion, il s’accorde au bien. 1604. Qu’est-ce donc qui est signifié par lui ? Quatre choses sont signifiées. Chrysostome dit que ce levain, ce sont les apôtres. UNE FEMME, la Sagesse divine, les ENFOUIT DANS TROIS MESURES DE FARINE, c’est-à-dire qu’elle les écrase de tribulations. Mais d’abord, elle le prend, Jn 15, 19 : Je vous ai tirés du monde afin que vous alliez. Ceux qu’il a envoyés parmi les fidèles, il les place DANS TROIS MESURES DE FARINE (c’est une mesure de capacité qui équivaut à un muid et demi), donc DANS TROIS MESURES DE FARINE. Et pourquoi dans trois [mesures] ? Un nombre déterminé est utilisé pour [signifier un nombre] indéterminé, car [ils furent envoyés] à plusieurs nations. Ou bien [on parle de trois] en raison des trois parties du monde, car ils ont été envoyés à tous ; ou bien en raison des peuples, car ils sont issus des trois fils de Noé. JUSQU’À CE QUE LE TOUT AIT LEVÉ, c’est-à-dire jusqu’à ce que tous aient été convertis à Dieu. Ps 18, 5 : Leur voix a été entendue par toute la terre et leurs paroles jusqu’aux confins de la terre. Ou bien, autre interprétation selon Augustin, par le levain est signifiée la ferveur de la charité, car, de même que le levain prend de l’expansion, de même [en est-il] de la charité. Ps 118[119], 32 : J’ai parcouru le chemin de tes commandements, alors que tu élargissais mon cœur. UNE FEMME, la raison ou l’âme, L’ENFOUIT DANS TROIS, c’est-à-dire dans tout le cœur, dans toute l’âme et dans toutes les forces. Ou bien, par les trois mesures, [sont signifiés] trois états, à savoir, celui des prélats, des contemplatifs et des actifs, qui sont représentés par Noé, Job et Daniel. Ou bien [les trois mesures] peuvent être mises en rapport avec les fruits multipliés par cent, par soixante et par trente. Jérôme donne de l’enseignement évangélique l’interprétation qu’UNE FEMME, à savoir, la Sagesse, L’ENFOUIT DANS TROIS MESURES, qui sont l’esprit et l’âme, ou l’irascible, le concupiscible et la raison. Ou bien, d’une autre façon, la foi est représentée par la femme ; par les trois mesures, les trois personnes en Dieu. Hilaire interprète cela du Christ, qui est le levain, qui a été enfoui par la providence du Père dans une triple loi : la loi de la nature, la loi mosaïque et la loi évangélique.

[13, 34]

1605. TOUT CELA, JÉSUS LE DIT AUX FOULES EN PARABOLES, etc. Après avoir présenté diverses paraboles aux foules, ici, [le Seigneur les] confirme ou [les] démontre par l’autorité d’un prophète. Et cela est divisé en trois : premièrement, l’habitude qu’avait le Christ d’enseigner en paraboles est présentée ; deuxièmement, l’autorité est proposée ; troisièmement, l’explication de ce qui précède est présentée. Le second point [se trouve] en cet endroit : AFIN QUE S’ACCOMPLÎT CE QUI EST DIT PAR LE PROPHÈTE [13, 35] ; le troisième, en cet endroit : ALORS, LAISSANT LES FOULES, IL VINT À LA MAISON [13, 36].

1606. [Matthieu] dit donc : TOUT CELA, JÉSUS LE DIT AUX FOULES EN PARABOLES. La raison pour laquelle il parlait aux foules en paraboles est double. Dans la foule, les croyants et les incroyants étaient mêlés, ainsi que les bons et les méchants ; il parlait ainsi pour les méchants et les incroyants, afin qu’ils ne comprennent pas, comme on l’a dit plus haut : Afin qu’en regardant, ils ne voient pas ; mais aux fidèles, afin qu’ils comprennent mieux et retiennent davantage. Et on lit cela chez Mc 4, 33s. Paul [dit] en 1 Co 3, 1 : Je ne pouvais pas vous parler comme à des spirituels, mais à des charnels.

1607. ET IL NE LEUR DISAIT RIEN SANS PARABOLE. Cela semble faux, car, dans le sermon du Seigneur sur la montagne et en beaucoup d’autres occasions, il ne parlait pas en paraboles. Chrysostome donne la solution [suivante] : cela est vrai de tout ce discours, car il a adressé toute cette prédication aux foules sous forme de paraboles. Augustin [donne l’interprétation suivante] : il ne parlait pas sans parabole, car il n’adressait aucun discours aux foules sans y mêler quelque parabole. Ainsi a-t-il introduit [une parabole] dans le sermon sur la montagne, là où il dit : Ta gauche ne sait pas ce que fait ta droite. Et il dit que, s’il arrive qu’il [y ait des discours] sans parabole, il faut dire que les évangélistes n’ont pas raconté dans l’ordre, de sorte que, même si elle n’est pas mise par écrit, il faut comprendre qu’il y a eu une parabole, pour la raison qu’il donne là, à savoir qu’il ne leur parlait pas sans introduire des paraboles.

[13, 35]

1608. POUR QUE S’ACCOMPLÎT CE QU’A DIT LE PROPHÈTE : « J’OUVRIRAI LA BOUCHE POUR DIRE DES PARABOLES. » Le Seigneur a parlé au genre humain de deux façons. Premièrement, par les prophètes ; deuxièmement, par lui-même. Is 52, 6 : C’est moi qui parle, je suis là. Des deux manières, il a parlé en paraboles : par les prophètes à de nombreuses reprises, et par lui-même aussi. En effet, ce qui a été accompli par les prophètes a été le signe de ce qui devait être fait par le Christ. Il dit donc : « Moi, le Seigneur, qui ai ouvert la bouche des prophètes pour qu’ils disent des paraboles, je l’ouvrirai pour moi-même : Je ferai jaillir ce qui était caché depuis la création du monde » [Mt 13, 35]. La révélation de secrets se fait en ouvrant la bouche, comme [il est dit] plus haut : Le jaillissement vient des profondeurs. Il fait donc jaillir lorsqu’il exprime la profondeur de la sagesse. Ps 44[45], 2 : Mon cœur a fait jaillir des paroles belles. La sagesse du Seigneur est cachée, Jb 28, 2 : Elle est cachée au regard de tous les vivants . Jn 1, 18 : Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui l’a fait connaître, etc. Il a fait jaillir ce qui est caché et ce qui était caché depuis la création du monde. Ep 3, 5 : Ce qui avait été caché aux autres générations de fils d’hommes a été maintenant révélé à ses saints apôtres et prophètes dans l’Esprit. Ou bien, autre [interprétation] : Je ferai jaillir ce qui existe depuis la création du monde, et qui est caché. Et pourquoi ? Parce qu’il existe lui-même avant la création du monde et qu’il s’est lui-même révélé à nous par ce qu’il a fait. Rm 1, 20 : Ce qui est invisible de Dieu se laisse voir à l’intelligence par ce qui a été créé.

[13, 36]

1609. Ici, une des paraboles précédentes est expliquée. Premièrement, le lieu est décrit ; deuxièmement, l’interrogation des disciples ; troisièmement, l’explication.

1610. [Matthieu] dit donc : ALORS, LAISSANT LES FOULES, IL VINT À LA MAISON. En cela, un exemple nous est donné : si nous voulons approfondir des choses secrètes, nous devons entrer dans le secret. Sg 8, 16 : Entrant dans ma maison, je me reposerai avec elle. Si 32, 15[11] : Cours à la maison, ne t’attarde pas ; là, divertis-toi et fais ce qui te plaît, mais ne pèche pas en parlant avec insolence, etc.

1611. ET SES DISCIPLES S’APPROCHANT DE LUI DIRENT : « EXPLIQUE-NOUS LA PARABOLE DE L’IVRAIE DANS LE CHAMP, etc. », parce que c’est surtout à propos de celle-là qu’ils avaient des doutes. Parfois, ils n’osaient pas s’approcher par respect, comme on lit, en Jn 4, 27, que personne ne lui fit la remarque qu’il parlait à une femme, etc. Mais, ils eurent une audace particulière parce qu’ils avaient entendu : À VOUS IL A ÉTÉ DONNÉ DE CONNAÎTRE LES MYSTÈRES DU ROYAUME DES CIEUX. Ainsi, si nous voulons obtenir quelque chose de mystique, nous devons nous approcher de lui. Ps 33[34], 6 : Approchez-vous de lui, et vous serez éclairés.

[13, 37]

1612. EN RÉPONSE, IL LEUR DIT. Ici est présentée l’explication de la parabole de l’ivraie : premièrement, pour ce qui est du premier ensemencement ; deuxièmement, pour ce qui est d’un nouvel ensemencement ; troisièmement, pour ce qui est des deux.

1613. Premièrement, [le Seigneur] explique ce qu’il en est du semeur, du champ et de la semence. CELUI QUI SÈME DU BON GRAIN EST LE FILS DE L’HOMME. Il s’appelle Fils de l’homme à la fois par humilité et pour écarter les hérétiques futurs. En effet, certains ont nié qu’il était Dieu, et certains [qu’il était] homme. Il se dit donc Fils de l’homme, ce qui se rapporte [au fait qu’il] était homme ; et l’ensemencement spirituel relève de Dieu. Ps 4, 7 : La lumière de ton visage s’est posée sur nous, Seigneur, etc.

[13, 38]

1614. LE CHAMP EST LE MONDE, qu’il a créé. C’est pourquoi il a dit plus haut : DANS SON CHAMP. Jn 1, 11 : Il est venu chez les siens, etc. De même, au même endroit : Le monde a été fait par lui. LA BONNE SEMENCE, CE SONT LES FILS DU ROYAUME, à partir desquels d’autres se multiplient, et qui sont de bons fils : Si vous êtes des fils, vous êtes aussi des héritiers, Rm 8, 17.

1615. Ensuite, il explique ce qui concerne le nouvel ensemencement, et il dit quelle était la semence. L’IVRAIE, CE SONT LES MAUVAIS FILS. Is 1, 4 : Malheur au peuple coupable, à la race mauvaise, aux fils pervertis !

[13, 39]

1616. Ensuite, [il explique] qui est le semeur, en disant : MAIS L’ENNEMI, QUI L’A SEMÉE, C’EST LE DIABLE, qui incite au péché. Sg 2, 24 : C’est par l’envie du Diable que la mort est entrée dans le monde.

1617. Ensuite, il traite d’une distinction, et il fait trois choses : premièrement, il indique le moment ; deuxièmement, les serviteurs ; troisièmement, la distinction. Il indique le moment : LA MOISSON, C’EST LA FIN DU TEMPS. Comme on l’a dit, la première récolte a été faite par les apôtres ; il en est question en Jn 4, 35 : Levez les yeux et voyez les champs, comme ils sont blancs pour la moisson. Mais l’autre [est celle] où l’on fera la récolte des fruits ; il en est question en Ga 6, 8 : Ce que l’homme a semé, il le récoltera. ET LES MOISSONNEURS, CE SONT LES ANGES. En effet, de même que, dans l’Église présente les serviteurs sont les hommes bons, de même en sera-t-il alors des anges.

[13, 40]

1618. En conséquence, il présente la fin des deux en cet endroit : DE MÊME DONC QU’ON ENLÈVE L’IVRAIE, etc. Premièrement, en ce qui concerne les méchants ; deuxièmement, les bons ; troisièmement, il oriente vers le sens spirituel.

1619. [Le Seigneur] dit donc : DE MÊME DONC QU’ON ENLÈVE L’IVRAIE ET QU’ON LA BRÛLE AU FEU, DE MÊME EN SERA-T-IL À LA FIN DU TEMPS…

[13, 41]

1620. LE FILS DE L’HOMME ENVERRA SES ANGES (ces paroles montrent qu’il est homme et Dieu) ET ILS RAMASSERONT DE SON ROYAUME TOUS LES SCANDALES. Il répond à propos des péchés qui sont faits contre le prochain. Ce qui suit : ET CEUX QUI S’ADONNENT À L’INIQUITÉ, se rapporte aux autres péchés. Ce qu’il appelle : ROYAUME, s’entend de l’Église présente, car dans [l’Église] triomphante, il n’y a pas de scandales et, par la tribulation antérieure, l’homme connaîtra le jugement final. Augustin dit : « Nous ne lisons pas que les mauvais existent afin que les bons soient récompensés, mais qu’il arrive parfois que des bons punissent les méchants. » Lorsqu’il dit : TOUS, il faut l’entendre de l’Église présente, en y incluant les tribulations par lesquelles les bons comme les méchants sont punis. Chrysostome interprète le royaume comme étant la patrie céleste. Et ce qui est dit : TOUS LES SCANDALES, ne s’entend pas de ceux qui s’y produiraient, mais du fait qu’il n’y en aura pas. [Les anges] ramasseront ainsi et sépareront les méchants des bons, afin que ceux-ci ne se trouvent pas avec eux.

[13, 42]

1621. ET ILS LES JETTERONT DANS LA FOURNAISE ARDENTE : la peine du dam et la privation de la vision de Dieu. Mais la peine du sens est abordée lorsqu’il est dit : ET ILS LES JETTERONT DANS LA FOURNAISE ARDENTE. Ap 21, 27 : Personne de souillé n’y entrera. ET IL, c’est-à-dire, le Fils de l’homme en vertu de son pouvoir judiciaire, LES JETTERA DANS LA FOURNAISE ARDENTE. C’est pourquoi on dira : Allez, maudits, au feu éternel [Mt 25, 41]. LÀ, IL Y AURA DES PLEURS ET DES GRINCEMENTS DE DENTS. Cela a été expliqué. Toutefois, on peut conclure de cela que les damnés seront punis et dans leur corps et dans leur âme. Ainsi, plus haut, 10, 28 : Craignez celui qui peut envoyer l’âme et le corps dans la géhenne. Les pleurs font référence aux yeux, les grincements aux dents. Or, les yeux et les dents sont des membres corporels, ce par quoi est signifiée la vérité de la résurrection. De même, par les pleurs, qui sont immédiatement provoqués par la fumée, est signifiée la peine du feu ; par le grincement des dents, le froid. Jb 24, 19 : Il passera des eaux de la neige fondue à une chaleur excessive. Ou bien, autre [interprétation], les pleurs viennent de la tristesse, et les grincements, de la colère. Ainsi, en Ac 7, 54, il est dit : Ils grinçaient des dents contre lui. Is 65, 14 : Mes serviteurs se réjouiront et leur cœur exultera, et vous crierez la douleur de votre cœur et hurlerez de votre cœur brisé. Lc 6, 25 : Malheur à vous qui riez, car vous pleurerez. De même, par les grincements, sont indiquées l’impatience et les querelles. Ap 16, 10 : Ils ont mordu leur langue parce qu’ils étaient incapables de supporter.

[13, 43]]

1622. ALORS, LES JUSTES RESPLENDIRONT COMME LE SOLEIL DANS LE ROYAUME DE LEUR PÈRE. Ici, [le Seigneur] donne une explication au sujet des justes. Il y aura en eux un double resplendissement, à savoir, dans leur âme du fait qu’ils verront Dieu. Ps 35[36], 10 : Dans ta lumière nous verrons la lumière incréée. Is 58, 11 : Et il remplira ton âme d’éclat. Et cela rejaillira sur le corps, Ph 3, 21 : Il transformera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire ; Sg 3, 7 : Les justes resplendiront, et ils courront comme des étincelles à travers le chaume, etc. Le fait qu’il dise LE SOLEIL, ne doit pas être entendu au sens absolu et selon une égalité totale ; en effet, ils auront une splendeur plus grande. Mais, pour ce qui est des choses sensibles, ce qui resplendit le plus est le soleil. Or, cela est approprié au soleil, car, de même que le soleil ne change pas, de même en est-il pour le juste. Si 27, 12 : Le saint demeure dans la sagesse comme le soleil ; mais l’insensé change comme la lune.

1623. Ensuite, [le Seigneur] oriente vers le sens spirituel : QUE CELUI QUI A DES OREILLES, à savoir, intérieures, ENTENDE, par l’intelligence. Is 1, 5 : Le Seigneur m’a ouvert l’oreille.

 

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