11. Parmi les évangélistes, Matthieu est celui qui s’attache le plus à l’humanité du Christ. C’est pourquoi, selon Grégoire, il est représenté par l’homme dans la figure des quatre vivants [Ap 4, 7]. Ainsi, c’est par son humanité que le Christ est entré dans le monde, y a grandi et en est sorti. C’est pourquoi l’ensemble de cet évangile est divisé en trois parties. L’évangéliste traite d’abord de l’entrée de l’humanité du Christ dans le monde ; en second lieu, de son parcours ; en troisième lieu, de sa sortie [du monde]. La seconde partie commence en 3, 1, en cet endroit : en ces jours, survint Jean-Baptiste, prêchant dans le déseRT DE JUDÉE ; la troisième, en 21, 1 : ET comme ils approchaient de Jérusalem et étaient arrivés à Bethphagé, au Mont des Oliviers.
12. Dans la première partie, [Matthieu] fait deux choses : d’abord, la généalogie du Christ est décrite [1, 1s] ; en second lieu, vient la manifestation de cette même généalogie, au chapitre 2, en cet endroit [2, 1] : JÉSUS ÉTANT NÉ À BETHLÉEM DE JUDÉE, AU TEMPS DU ROI HÉRODE.
13. Dans la première partie, [Matthieu] fait trois choses. D’abord, il place en tête une sorte de titre pour l’ensemble du livre, lorsqu’il est dit [1, 1] : livre de la génération du ChriST ; puis la suite des pères est élaborée [1, 2s] : Abraham engendra Isaac… ; en troisième lieu, lorsqu’il est dit [1, 18] : OR, TELLE FUT la génération de Jésus, c’est la génération de Jésus qui est décrite d’une manière particulière.
14. Le titre qui est placé en tête est celui-ci : LIVRE DE LA GÉNÉRATION DE JÉSUS, LE CHRIST [1, 1]. Et cela semble être une phrase incomplète, car il y a là un nominatif sans verbe. Mais il n’en est rien. En effet, Matthieu a écrit son évangile pour des Hébreux ; c’est pourquoi il a conservé l’usage des Juifs en écrivant. C’est la coutume, chez les Hébreux, de s’exprimer ainsi, par exemple, quand il est dit : Vision d’Isaïe, fils d’Amos [Is 1, 1], on sous-entend : Ceci est…, et il ne faut rien ajouter. De même, ici, quand il est dit : livre de la génération, on sous-entend : Ceci est…Il s’agit d’ailleurs d’une façon de parler qui nous est coutumière : si, en effet, nous voulons donner un titre à un livre, nous disons : Priscien majeur ou mineur, et il n’y a pas lieu d’ajouter : Ceci est ou Ici commence.
15. On se demande aussi pourquoi, alors qu’une petite partie de ce livre porte sur la génération du Christ, [Matthieu] a intitulé son livre de cette manière. La réponse est que Matthieu, qui a écrit pour des Hébreux, a conservé en écrivant l’usage des Hébreux. Or, les Hébreux avaient l’habitude d’intituler leurs livres par le début de ceux-ci, comme on dit : Genèse, parce qu’il y est question de génération ; d’où Gn 5, 1 : Voici le livre de la génération d’Adam ; et aussi, Livre de l’Exode, parce que, dans la première partie, il s’agit de la sortie d’Égypte des fils d’Israël.
16. Mais on se demande pourquoi il a ajouté : DE JÉSUS, LE CHRIST. La réponse est que, selon l’Apôtre, 1 Co 15, 22, de même qu’en Adam tous meurent, de même tous revivront dans le Christ. Matthieu avait vu le premier livre de l’Ancien Testament où il est question de génération, dans lequel il était dit en 5, 1 : Voici le livre de la génération d’Adam. Ainsi, pour que le Nouveau Testament, où il est question de régénération et de renouvellement, lui réponde par son contraire, il dit : LIVRE DE LA GÉNÉRATION DE JÉSUS, LE CHRIST, afin de montrer que tous deux ont le même auteur.
17. Mais on s’interroge sur le fait qu’on dise ici : LIVRE DE LA GÉNÉRATION DE JÉSUS, LE CHRIST. En effet, on a le contraire en Is 53, 8, où il est dit : Qui racontera sa génération ? Mais, selon Jérôme, le sens est que, dans le Christ, il y a une double génération, à savoir, la divine, qui ne peut être racontée, car, même si nous disons que le Fils est d’une certaine manière engendré, ni l’homme ni l’ange ne peuvent comprendre la façon dont il est engendré ; l’autre [génération] est humaine : c’est de celle-ci qu’il traite. Toutefois, même à propos de celle-ci, il existe plusieurs difficultés. C’est pourquoi, selon Rémi, ceux qui peuvent la raconter sont très peu nombreux. On se demande à ce sujet pourquoi il dit : GÉNÉRATION, puisque plusieurs générations sont ici élaborées. La réponse est que, même si plusieurs générations sont énumérées, toutes sont présentées en vue d’une seule, à savoir, en vue de la génération du Christ, dont il est question plus loin [1, 18] : TELLE FUT LA GÉNÉRATION DU CHRIST.
18. Or, celui dont la génération est élaborée est décrit d’abord par son nom, lorsqu’il est dit : JÉSUS ; ensuite, par sa fonction, lorsqu’il est dit : LE CHRIST ; en troisième lieu, par son origine, lorsqu’il est dit : FILS DE DAVID, FILS D’ABRAHAM.
19. Bien que d’autres se soient appelés Jésus, comme Jésus, fils de Navé, en Si 46, 1 : Fort au combat, Jésus, [fils de] Navé, successeur de Moïse parmi les prophètes, et un autre, à l’occasion de la construction du temple, dont il est question en Za 3, 1, ceux-ci ne furent Jésus que par le nom et comme des figures, à savoir, pour autant qu’ils étaient la figure de celui-ci. Ce Jésus-là fit entrer le peuple d’Israël dans la terre de la promesse ; ce Jésus-ci, à savoir, notre Sauveur, ne nous fit pas entrer dans une terre charnelle, mais céleste, He 12, 2 : Nous avons en lui celui qui, par son sang, a été l’auteur et le réalisateur, etc. Et c’est à juste titre qu’il est appelé JÉSUS, ce nom lui convenant selon les deux natures, à savoir la divine et l’humaine. Car, selon la nature humaine, il a souffert dans sa chair et a accompli le mystère de notre rédemption ; et puisque cette passion n’aurait pas eu d’efficacité si la nature divine ne lui avait pas été unie, pour cette raison il est dit plus loin [1, 21] : Son nom sera Jésus ; en effet, il sauvera son peuple de ses péchés.
20. Mais on se demande pourquoi [Matthieu] dit : LE CHRIST. JÉSUS n’aurait-il pas suffi ? Je réponds que cela a été fait parce que, comme on l’a dit, d’autres aussi ont été appelés Jésus. Lorsqu’il dit : LE CHRIST, c’est-à-dire : « Oint », il le décrit par sa fonction. Il faut remarquer qu’il existe trois onctions dans la loi ancienne. Aaron a été oint pour devenir prêtre, Lv 8, 11. Saül a été oint pour devenir roi, 1 R [1 S] 10, 1, ainsi que David, 1 R [1 S] 16, 13. Et Élisée a été oint pour devenir prophète, 1 R 19, 16. Parce que le Christ a été le véritable prêtre, selon Ps 109[110], 4 : Tu es prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech, etc., roi et prophète, il est donc appelé à juste titre CHRIST, en raison des trois fonctions qu’il a lui-même exercées.
21. FILS DE DAVID, FILS D’ABRAHAM. Ici se pose une double question, à savoir, sur le nombre et sur l’ordre. Et d’abord, pourquoi a-t-il nommé ces deux-là ? Pour la raison qui a été donnée dans le prologue, à savoir qu’Abraham fut un prophète : en Gn 20, 7, le Seigneur dit à Abimélech, roi de Gérar : Rends sa femme à cet homme, car c’est un prophète. Il fut aussi prêtre, Gn 15, 9, lorsqu’il accomplit la fonction de prêtre en offrant la victime au Seigneur : Prends, dit-il, ma vache de trois ans, etc. David aussi fut prophète, comme il apparaît en Ac 2, 30. Il fut aussi roi, comme il apparaît en 2 R [2 S] 2, 4. Ainsi, puisque le Christ fut roi, prophète et prêtre, c’est donc à juste titre qu’il est appelé fils de ceux-ci. Si [Matthieu] n’avait nommé qu’Abraham, il n’aurait pas été indiqué que le Christ était roi. De même, [s’il n’avait nommé] que David, la dignité sacerdotale du Christ n’aurait pas été soulignée. C’est pourquoi il a mentionné les deux.
22. À propos du second point [l’ordre], la réponse est que, selon Jérôme, David est placé en premier et que l’ordre est changé pour les besoins de l’élaboration de la généalogie. En effet, s’il avait dit en premier lieu : FILS D’ABRAHAM, et en second lieu : FILS DE DAVID, il lui aurait fallu répéter : ABRAHAM, pour poursuivre l’ordre de la généalogie. Mais, selon Ambroise, la réponse est que David est placé en premier en raison de sa dignité : en effet, c’est à David qu’a été faite la promesse dont il est question dans ce chapitre, Ps 131[132], 11 : C’est le fruit de tes entrailles que je placerai sur ton trône. Mais, dans le cas d’Abraham, c’est en raison de ses membres [qu’il vient en second], à savoir, de l’Église ; d’où, en Gn 22, 18 : En ta descendance seront bénies toutes les nations de la terre.
23. Il faut aussi noter qu’on a fait beaucoup d’erreurs [corr. : terreurs/erreurs] au sujet du Christ. En effet, certains se sont trompés à propos de sa divinité, comme Paul de Samosate, Photin et Sabellius, certains, à propos de son humanité, et certains à propos des deux. Mais d’autres se sont trompés à propos de sa personne. À propos de son humanité, le premier à se tromper fut Mani, qui disait que [le Christ] n’avait pas reçu un corps véritable, mais apparent. À cela s’oppose ce que dit le Seigneur en Lc 4, 39 : Touchez et voyez, car un esprit n’a pas de chair et d’os, comme vous voyez que j’en ai. En second lieu, après lui, Valentin s’est trompé : il disait que, de même que [le Christ] avait pris un corps céleste, mais ne l’avait pas reçu d’une vierge, de même [ce corps] avait-il plutôt traversé celle-ci comme l’eau un canal. Mais à cela s’oppose ce qui est dit en Rm 1, 3 : Lui qui est issu de la lignée de David selon la chair. La troisième erreur fut celle d’Apollinaire, qui dit de lui qu’il n’avait reçu qu’un corps, et non une âme, mais que la divinité occupait la place de l’âme. À cela s’oppose ce qui est souvent dit : Maintenant, mon âme est troublée [Jn 13, 21]. Mais, pour cette raison, lui-même changea par la suite d’opinion et dit que le Christ avait une âme végétative et sensible, mais non rationnelle, et qu’à la place de celle-ci, il avait la divinité. Mais alors, il en découlerait quelque chose qui ne convient pas, à savoir que [le Christ] ne serait pas plus un homme que ne l’est un des animaux [sans raison]. Or, les évangélistes se sont réparti ces erreurs pour ainsi dire au sort. En effet, Marc et Jean ont anéanti les erreurs concernant sa divinité. Ainsi, dès le début, Jean dit : Au commencement était le Verbe. Et le début de Marc se lit ainsi : Commencement de l’évangile de Jésus, le Christ, Fils de Dieu ; il ne dit pas : Fils d’Abraham. Mais Matthieu et Luc anéantissent dès le départ les erreurs qui concernent son humanité. Ainsi, notez que lorsqu’il est dit : FILS DE DAVID, FILS D’ABRAHAM, ils écartent toutes les erreurs qui concernaient l’humanité du Christ. Car on ne dit de quelqu’un qu’il est le fils d’un autre qu’en raison d’une génération univoque, c’est-à-dire qui convient à l’espèce. En effet, chaque fois que quelque chose est engendré par un homme, si cela ne participe pas à la même nature selon l’espèce, jamais on ne dit que c’est un fils, comme cela est manifeste dans le cas des poux et des choses de ce genre. Si donc le Christ est le fils de David et d’Abraham, il faut qu’il ait la même nature selon la même espèce : il n’aurait pas la même nature selon l’espèce s’il n’avait pas un corps véritable et naturel, ni s’il avait reçu celui-ci du ciel ; pas davantage s’il n’avait pas d’âme sensible ou rationnelle. Ainsi apparaît l’exclusion de toute erreur.
24. Une fois présenté le titre, la suite de la généalogie est ici élaborée, et elle se divise en trois parties, d’après les trois groupes de quatorze selon lesquels cette généalogie est distribuée. Le premier groupe de quatorze va d’Abraham jusqu’à David et passe par les patriarches [1, 2-6]. Le second va de David jusqu’à la déportation de Babylone et passe par les rois. Le troisième va de la déportation de Babylone jusqu’au Christ : il commence par les dirigeants, puis se poursuit par les personnes privées. La deuxième partie [commence] en cet endroit : ET LE ROI DAVID ENGENDRA SALOMON [1, 6-11]. La troisième [commence] à cet endroit : ET APRÈS LA DÉPORTATION DE BABYLONE, etc. [1, 11-17].
25. La première [partie] est divisée en trois. En effet, en premier lieu, sont présentés les pères qui vécurent avant l’entrée en Égypte. En deuxième lieu, sont présentés ceux qui vécurent pendant la sortie [d’Égypte] même et l’entrée dans la terre promise. En troisième lieu, [sont présentés] ceux qui vécurent après l’entrée dans la terre promise.
26. [Matthieu] dit donc d’abord : ABRAHAM ENGENDRA ISAAC. Ici, il faut observer, avant d’aller plus loin, que deux évangélistes traitent de la génération du Christ selon la chair, à savoir, Luc et Matthieu, mais de manière différente. Et cette différence porte sur cinq points. En effet, ils diffèrent d’abord par l’endroit ; deuxièmement, par l’ordre ; troisièmement, par le mode ; quatrièmement, par le terme ; cinquièmement, par les personnes énumérées.
27. En premier, je dis qu’ils diffèrent par l’endroit, car Matthieu commence à élaborer la génération du Christ au début de l’évangile, alors que Luc ne [le fait] pas au début, mais après le baptême [de Jésus]. Et la raison en est, selon Augustin, que Matthieu a entrepris de décrire la génération charnelle du Christ, et ainsi devait la situer dès le début. Mais l’intention principale de Luc était de mettre en relief dans le Christ la personne sacerdotale, car c’est du prêtre que relève l’expiation des péchés. Et ainsi la génération du Christ est convenablement placée par Luc après le baptême, par lequel se réalise l’expiation des péchés.
28. Deuxièmement, Luc et Matthieu diffèrent par l’ordre de composition de la généalogie du Christ, car Matthieu a établi la généalogie du Christ en commençant par Abraham et en descendant jusqu’au Christ ; mais Luc a commencé par le Christ pour remonter jusqu’à Abraham, et même au-delà. Et la raison en est, selon l’Apôtre, en Rm 4, 25, qu’il y avait deux choses dans le Christ, à savoir, l’humilité par laquelle il a pris la déchéance de notre nature, et la puissance de la divinité et de la grâce, par laquelle il a expié pour nous la déchéance de celle-ci, Rm 8, 3 : Dieu a envoyé son Fils avec une chair semblable à celle du péché, pour la première, et, à partir du péché, a condamné le péché dans la chair, pour la seconde. Ainsi, Matthieu, qui a en vue la génération charnelle du Christ, par laquelle il s’abaisse jusqu’à prendre notre infirmité, décrit convenablement sa génération en descendant. Mais Luc, qui met chez lui en relief la dignité sacerdotale par laquelle nous sommes réconciliés avec Dieu et sommes nous-mêmes unis au Christ, l’a convenablement présentée en remontant.
29. Troisièmement, [Matthieu et Luc] diffèrent par le mode, car dans la description de la généalogie, Matthieu emploie le mot ENGENDRA, mais Luc, le mot fut [le fils de…]. La raison en est que Matthieu, dans toute sa description, ne présente que les pères selon la chair ; mais Luc présente plusieurs pères selon la loi ou par adoption. C’était en effet un précepte de la loi [Dt 25, 5-10] que, si quelqu’un mourait sans laisser de fils, son frère prenait son épouse et lui donnait des fils ; ainsi, ces fils n’étaient pas ceux de celui qui engendrait, mais étaient attribués au premier en vertu d’une certaine adoption. Pour cette raison, Luc, qui présente plusieurs fils engendrés par adoption, ne dit pas engendra, mais fut [le fils de…], car même s’ils ne les avaient pas eux-mêmes engendrés, [ces fils] leur appartenaient cependant en vertu d’une certaine adoption. Mais Matthieu, qui ne présente que les pères charnels, dit ENGENDRA. La raison en est que, comme on l’a dit, Matthieu s’attache surtout à l’humanité du Christ. Et parce que, selon la chair, [le Christ] est né de pères charnels, personne n’est présenté dans la généalogie de Matthieu qui n’ait été un père charnel. Mais Luc met surtout en relief dans le Christ la dignité sacerdotale, par laquelle nous sommes adoptés comme fils de Dieu ; ainsi, il n’a pas présenté seulement les pères charnels, mais aussi les [pères] selon la loi.
30. Quatrièmement, [Matthieu et Luc] diffèrent par le terme, car Matthieu fait débuter sa génération par Abraham et la poursuit jusqu’au Christ ; mais Luc, en commençant par le Christ, [remonte] non seulement jusqu’à Abraham, mais même jusqu’à Dieu. On peut en trouver la raison dans le fait que Matthieu écrivait pour des Hébreux. Or, les Hébreux se glorifiaient par-dessus tout d’Abraham, Jn 8, 33 : Nous sommes la descendance d’Abraham, qui fut à la toute première origine de la foi ; et ainsi, Matthieu a commencé par Abraham. Mais Luc a écrit pour des Grecs, qui ne connaissaient rien d’Abraham qu’à travers le Christ : si le Christ n’avait pas existé, ils n’auraient jamais rien su d’Abraham. C’est pourquoi Luc a commencé par le Christ et a fini non seulement par Abraham, mais par Dieu.
31. Cinquièmement, [Matthieu et Luc] diffèrent par les personnes énumérées, car, dans toute la suite de la généalogie de Luc, il n’est fait aucune mention d’une femme ; mais, en Matthieu, certaines femmes apparaissent. La raison en est, selon Ambroise, que Luc, comme on l’a dit, met surtout en relief la dignité sacerdotale. Or, pour un prêtre, la plus grande pureté est requise. Mais Matthieu a élaboré une génération charnelle ; c’est pourquoi y apparaissent quelques femmes. Il faut cependant noter que, dans toute la généalogie de Matthieu, n’apparaissent que des femmes pécheresses, ou qui s’étaient fait connaître par un péché particulier, comme Thamar, qui avait forniqué, Gn 38, 24, et Ruth, qui fut idolâtre puisque païenne, et l’épouse d’Urie, qui fut adultère, 2 R [2 S] 11, 2s. Selon Jérôme, le but de cela est de montrer que celui dont la généalogie est élaborée est venu pour racheter les pécheurs. Une autre raison est mentionnée par Ambroise, à savoir que la honte de l’Église soit enlevée. En effet, si le Christ a voulu naître de pécheresses, les infidèles ne doivent pas s’en moquer, à condition que ceux qui ont péché viennent vers l’Église. Une autre raison peut être donnée (je pense qu’elle l’est par Chrysostome) : que soit montrée l’imperfection de la loi et que le Christ est venu accomplir la loi. En effet, par le fait que sont mentionnées certaines femmes pécheresses, il est montré que ceux qui étaient les plus grands sous la loi étaient pécheurs, comme David et Juda. Et par cela, il montre l’imperfection des autres. En effet, si ceux-ci furent pécheurs, les autres le furent encore bien davantage, Rm 3, 23 : Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. C’est la raison pour laquelle ceux-là sont placés dans la génération du Christ, afin de montrer que celui-ci avait accompli la loi. À noter cependant que ces femmes, même si elles étaient toutes pécheresses, ne l’étaient pas au moment où leur généalogie a été élaborée, mais avaient déjà été purifiées par la pénitence.
32. [Matthieu] dit donc : ABRAHAM ENGENDRA ISAAC. À noter tout d’abord qu’ici deux choses doivent être prises en considération selon la lettre ou le sens littéral. En premier lieu, le Christ est désigné par les pères mentionnés ; en second lieu, même ces choses se rapportent et peuvent se rapporter à notre enseignement.
33. Il dit donc en premier lieu : ABRAHAM ENGENDRA ISAAC. Et on trouve ceci en Gn 21 : Et Isaac engendra Jacob, et en Gn 25 : Et Jacob engendra Juda et ses frères. Ici, on peut se demander, puisque Abraham a eu un autre fils qu’Isaac, à savoir Ismaël, et de même Isaac, pourquoi on ne les mentionne pas, comme il est dit ici : Juda et ses frères. De même, pourquoi Juda est-il nommément mentionné plutôt que les autres. La raison en est que Juda et ses frères demeurèrent dans le culte du Dieu unique ; c’est pourquoi on les mentionne dans la génération du Christ, mais non Isaac et Ismaël, ni Jacob et Ésaü. En second lieu, cela s’est produit afin que soit montré l’accomplissement dans le Christ de la prophétie de Jacob, Gn 49, 10 : Le sceptre ne sera pas enlevé à Juda et un chef sortira de sa cuisse jusqu’à ce que vienne celui qui doit être envoyé. Et c’est lui qu’attendront les nations. En effet, il est manifeste que le Seigneur est issu de Juda, comme il est dit en He 7, 14. Ainsi, il est plutôt fait mention de lui que des autres.
34. Ici on se demande, puisque le Seigneur n’est pas né de Zara mais de Pharès, pourquoi on le mentionne. De même, pourquoi est-il nommément désigné ? En effet, il avait dit auparavant : et ses frères. Pourquoi donc [Matthieu] a-t-il mentionné le nom de Zara ? Selon Ambroise, il faut répondre que cela a été fait en mystère. Pour le montrer, remarquez l’histoire qui se trouve en Gn 38, 27s, à savoir que, lors de l’accouchement de Thamar, Zara se présenta le premier, et l’accoucheuse lui attacha un fil écarlate en disant : « Celui-ci est sorti le premier », et elle lui donna ainsi le nom de Zara. Par la suite, comme celui-ci avait retiré sa main, l’autre est sorti, et l’accoucheuse dit : « Pourquoi as-tu ouvert le mur ? » Or, Zara, qui était apparu le premier, signifie « peuple des Juifs », à la main de qui l’accoucheuse a attaché un fil écarlate, c’est-à-dire la circoncision, qui se réalisait par effusion de sang. Mais comme celui-ci avait retiré sa main, etc., l’autre est sorti ; car une partie d’Israël a été frappée de cécité [Rm 11, 25]. En effet, c’est ainsi que le peuple païen écarté a eu accès à la lumière de la foi, en sortant du sein de l’ignorance et de l’infidélité.
35. En second lieu, il faut remarquer que, par les pères mentionnés dans la génération du Christ, le Christ est désigné en raison du nom, de la réalité ou de quelque chose d’autre, comme il est de soi évident. En effet, Abraham signifie « père d’une multitude de nations », et signifie le Christ, dont il est dit en He 2, 10 : …qui a conduit de nombreux fils à la gloire. De même, Abraham quitta son pays sur ordre du Seigneur, Gn 12, 4, et il s’agit du Christ qui disait en Jr 12, 17 : J’ai quitté ma demeure, j’ai abandonné mon héritage, etc. De même, Abraham, qui rit en disant : Maintenant, le Seigneur m’a fait rire, Gn 21, 6, et il s’agit du Christ, à la naissance de qui la joie a été annoncée non seulement à une seule personne, mais au monde entier, Lc 1, 10 : Voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple, car il vous est né aujourd’hui un sauveur, qui est le Christ Seigneur. De même, [le Christ est-il désigné] par Jacob, en raison de l’interprétation comme en raison de la réalité, comme il apparaît par le fait qu’il plaça une pierre, à savoir, la dureté de la croix, sous sa tête. De même [le Christ est-il indiqué] par Juda et Pharès, qui signifie « séparation » : en effet, c’est lui qui séparera les brebis des boucs, plus loin, 25, 32.
36. Selon le sens moral, l’état de notre justification est désigné par ces générations eu égard aux six éléments nécessaires à la justification. La foi, par Abraham justifié par la justice de la foi ; en effet, ailleurs, il est lui-même appelé l’origine de la foi, Rm 4, 11 : Afin qu’il soit le père de tous les croyants par le prépuce. L’espérance, en Isaac, parce qu’il signifie « rire », Rm 12, 12 : [Nous] réjouissant dans l’espérance. La charité, en Jacob, qui eut deux épouses : Lia, qui signifie « celle qui travaille », et Rachel ; ce sont les deux vies qui existent dans la charité selon les deux préceptes de celle-ci : en effet, la vie contemplative se complaît en Dieu ; mais la vie active est celle par laquelle on vient au secours du prochain. La confession, en Juda, qui existe sous deux formes : celle de la foi, Rm 10, 10 : C’est par le cœur qu’on croit en vue de la justice, et par la bouche qu’on confesse en vue du salut ; et celle des péchés : Confessez vos péchés les uns aux autres, Jc 5, 16. Or, de cela découle un double effet, à savoir, la destruction des vices, qui est désignée par Pharès, et la source des vertus, qui est signifiée par Zara. Et cela vient de Thamar, qui signifie « amertume », Is 38, 15 : Je placerai sous ton regard toutes mes années dans l’amertume de mon âme.
37. PHARÈS ENGENDRA ESRON. Ici est présentée la suite de la généalogie des pères qui sont nés en Égypte ou lors de la sortie [d’Égypte]. En effet, de même que par Pharès, qui signifie « séparation », le Christ est signifié, plus loin, 25, 32 : Il séparera les agneaux des boucs, de même par Esron, qui signifie « flèche » ou « salle ». En effet, il est appelé « flèche » en raison de l’efficacité de la prédication, par laquelle il a pénétré le cœur de ceux qui écoutaient, Ps 44[45], 6 : Tes flèches sont aiguisées, les peuples se soumettront à toi ; les ennemis du roi [perdent] cœur. Mais [il est appelé] « salle » en raison de l’étendue de la charité, car celle-ci aime non seulement les amis, mais aussi les ennemis, Rm 5, 10 : Alors que nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils ; Is 53, 12 : Lui-même a prié pour les ennemis ; et de même Lc 23, 34 : Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font.
38. ESRON ENGENDRA ARAM. Aram signifie « élu » ou « très grand », Is 42, 1 : Voici mon fils, et il est exalté au-dessus de tous ; Ep 1, 21 : Il l’a placé au-dessus de toute principauté.
39. ARAM ENGENDRA AMINADAB, qui signifie « spontané ». C’est en sa personne que le Psalmiste dit, 53[54], 8 : Je m’offrirai volontairement à toi en sacrifice et je confesserai ton nom, car cela est bon, Seigneur ; et Is 53, 7 : Il fut offert parce qu’il le voulait, et il n’ouvrit pas la bouche, etc. ; Jn 6, 38 : Je ne suis pas venu pour faire ma volonté, mais celle de celui qui m’a envoyé.
40. AMINADAB ENGENDRA NAASSON, qui signifie « augure » ou « serpent », car le Christ a connu non seulement le présent, mais aussi le passé et l’avenir, He 4, 13 Tout est à nu sous ton regard. De même, [il signifie] « serpent » en raison de sa prudence : en effet, la prudence est attribuée au serpent, plus loin, 10, 16 : Soyez prudents comme des serpents ; Jb 12, 16 : Il connaissait celui qui trompait et celui qui est trompé. Il faut remarquer que ce Naasson vécut au temps de Moïse et sortit d’Égypte avec lui, et fut un des chefs de la tribu de Juda au désert, comme on le trouve dans Nb 1, 7. Mais il faut prendre garde que, en Ex 13, 18, où notre texte se lit : Les fils d’Israël montèrent d’Égypte en armes, le mot « aigle » traduit « informés » en raison d’une équivoque. Le texte des Septante est meilleur : Les fils d’Israël sortirent d’Égypte à la cinquième génération. Mais, en sens inverse, [on peut invoquer] que ce Naasson ne fut pas le cinquième après Jacob, mais le septième, comme on le voit lorsqu’on relève Jacob, Juda, etc., jusqu’à Naasson. Il ne s’agit donc pas de la cinquième, mais de la septième génération. Mais on doit dire qu’il ne faut pas calculer selon la tribu de Juda, mais selon la tribu de Lévi, sous la conduite de qui les fils d’Israël sortirent d’Égypte, Ps 76[77], 21 : Tu guidas ton peuple comme un troupeau par la main de Moïse et d’Aaron. Et il est clair qu’il n’y a que cinq générations. En effet, Jacob engendra Lévi, Lévi engendra Caath, Caath engendra Amram, Amram engendra Moïse et Aaron, comme il est clair dans Ex 2 ; et ils sortirent d’Égypte sous la direction de Moïse.
41. À ce point, il faut remarquer que, de toutes les tribus, c’est la tribu de Juda qui se multipliait le plus, et cela parce qu’étaient issus d’elle les rois à venir, qui devaient combattre. Parmi toutes, c’est la tribu de Lévi qui se multipliait le moins, et cela parce qu’elle était prédestinée à l’office divin et au sacerdoce, pour lesquels un nombre moindre suffisait. Et ainsi, [Matthieu] entend que, même en comptant selon la tribu de Juda, soit vrai ce qui est dit en Gn 25, 16 : À la cinquième génération, ils en reviendront.
Jérôme affirme donc que ce qui est dit là doit s’entendre en comptant selon la tribu de Lévi, mais ce qui est dit ici, selon la tribu de Juda. En effet, Pharès lui-même pénétra avec Jacob et Juda, son père, en Égypte. Et c’est pourquoi ces générations ne doivent pas être comptées à partir de Jacob, mais à partir de Pharès, qui lui-même entra en Égypte. Et il est clair que Naasson est le cinquième à partir de Pharès. De même, Lévi lui-même entra en Égypte avec son père Jacob. Ainsi, les générations doivent être comptées à partir de Lévi, et non de Jacob. Or, il est clair que Moïse fut le quatrième à partir de Lévi.
42. NAASSON ENGENDRA SALMON. Salmon veut dire « sensible » et signifie le Christ, en qui se trouvent tous les trésors de la sagesse et de la science [Col 2, 3].
43. Au sens moral, il faut noter que, de même que, dans la première génération, est signifié l’ordre de notre justification pour ce qui est de l’état des débutants, de même, dans cette seconde génération, qui comporte aussi cinq points, est signifié l’avancement de ceux qui progressent. En effet, le premier point, qui découle du fait que l’homme est justifié du péché, est que lui-même a le zèle des âmes. Et c’est pourquoi Pharès a à juste titre engendré Esron, qui signifie « flèche », en raison de l’efficacité de la prédication par laquelle sont pénétrés les cœurs des auditeurs, Is 49, 2 : Il a fait de moi sa flèche préférée. Et il faut adapter les autres points de la même façon.
44. SALMON ENGENDRA BOOZ, etc. Ici sont présentés les pères qui sont nés après l’entrée dans la Terre promise. En effet, Salmon fut engendré dans le désert et entra avec Josué dans la terre promise ; il prit comme épouse la prostituée Rahab, de laquelle il engendra Booz. Booz signifie « fort », Jr 16, 19 : Le Seigneur est ma force et mon abri. Mais Rahab signifie « faim » ou « étendue », et elle symbolise l’Église, car c’est à elle que revient cette béatitude, Mt 5, 6 : Bienheureux les affamés et les assoiffés de justice, car ils seront rassasiés, etc. L’interprétation d’ » étendue » est que l’Église est répandue par toute la terre, Is 54, 2 : Élargis l’espace de ta tente et déploie les toiles de tes tentes, etc. Elle signifie aussi « élan », car, par l’élan de la prédication, elle convertit les rois et les philosophes. De même, elle signifie l’Église en raison de la réalité [qu’elle désigne]. Rahab plaça un cordon écarlate à la fenêtre, grâce auquel elle fut sauvée du bouleversement de Jéricho, Jos 2, 21. Notre fenêtre est la bouche ; le cordon à la fenêtre est donc la confession de la passion du Christ, par laquelle l’Église est libérée de la mort. De même, en raison de son mariage, car, de même que Rahab a été unie par mariage à Salmon, qui était un prince de la tribu de Juda, de même le Christ s’est-il donné l’Église comme épouse, 1 Co 11, 2 : En effet, je vous ai fiancés à un seul homme, comme une vierge pure à présenter au Christ.
45. Mais, ici, puisque Rahab était une prostituée, on se demande, selon la lettre, comment elle a été mariée à un tel prince, qui était le plus grand de tous. La réponse est que Rahab a fait quelque chose de très grand, du fait que, en méprisant son peuple et la religion paternelle, elle choisit le culte du Dieu d’Israël. C’est pourquoi elle fut donnée au prince le plus noble pour l’honorer au plus haut point.
46. BOOZ ENGENDRA OBED, DE RUTH. Ceci se trouve au dernier chapitre de Ruth [Rt 4, 21]. Obed veut dire « esclave » ou « esclavage », et signifie le Christ, dont le prophète [dit] : Par vos péchés, vous avez fait de moi un esclave, Is 43, 24. Mais Ruth signifie l’Église issue des Gentils en raison du lieu : en effet, elle était une Moabite. Moab signifie « venu du père », Jn 8, 44 : Vous venez de votre père, le Diable. Aussi, en raison de son mariage, comme il apparaît dans la Glose.
47. Mais on se demande pourquoi ces femmes sont nommées ici, puisqu’elles étaient des pécheresses. Jérôme donne pour Ruth la raison qu’elle accomplissait la prophétie de Is 16, 1 : Seigneur, envoyez l’agneau, le maître du pays de la pierre, en direction du désert. La pierre est celle du désert, c’est-à-dire du mal, et c’est elle que signifie Ruth, la Moabite. Mais Ambroise donne une explication en disant qu’en effet l’Église serait dans l’avenir rassemblée de toutes les nations infidèles, et qu’elle aurait pu ainsi rougir et être confuse si on ne voyait pas que même le Christ est né de pécheresses. Ainsi, pour que soient écartées leur honte et leur confusion, elles devaient être nommées.
48. Mais une question se pose : en Dt 23, 3, il est dit : Les Moabites et les Ammonites n’entreront pas dans l’assemblée. Ainsi donc, puisque Ruth était moabite, pourquoi fut-elle accueillie dans l’Église ? Il faut dire avec l’Apôtre, Ga 5, 18, que ceux qui sont conduits par l’Esprit ne sont pas sous la loi. En effet, dans la loi, l’intention du législateur doit toujours être observée plutôt que les mots de la loi. Or, quelle avait été la raison pour laquelle le Seigneur avait interdit qu’elles entrent dans l’Église ? Parce qu’Il avait trouvé en elles de l’idolâtrie, afin qu’elles n’entraînent pas les Juifs à l’idolâtrie. Ainsi, celle qui était déjà convertie n’était pas idolâtre, et, dès lors, elle n’était pas soumise à l’interdiction.
49. OBED ENGENDRA JESSÉ, dernier [chapitre] de Ruth [Rt 4, 22]. Or, Jessé veut dire « sacrifice » ou « feu », et signifie celui qui s’est offert en sacrifice à Dieu avec une odeur suave. Mais une question se pose : puisque celui-ci porte un autre nom, celui d’Isaïe, comme il apparaît en 1 R [1 S] en de nombreux endroits, et que ce nom est plus solennel, pourquoi l’évangéliste ne lui a-t-il pas donné ce nom ? Il faut dire que cela s’est produit pour montrer que, dans le Christ, s’est accompli ce qui est dit par le prophète Isaïe, 11, 1 : Un rejeton sortira de la souche de Jessé.
50. JESSÉ ENGENDRA LE ROI DAVID. David veut dire « bras fort » et « désirable au regard », toutes choses qui conviennent au Christ, comme cela est clair. En effet, celui-là est fort qui l’emporte sur le Diable, Lc 11, 22 : Mais si un plus fort survient et l’emporte sur lui, il lui enlèvera toutes ses armes, dans lesquelles il avait confiance, et distribuera ses dépouilles. De même, il est lui-même plus beau que tous les fils des hommes, Ps 44[45], 3.
51. Mais une question se pose ici : puisque plusieurs autres ont été rois, pourquoi seul [David] est-il appelé roi ? La réponse est que ce premier roi appartenait à la tribu de Juda, dont est issu le Seigneur. Bien que Saül ait été roi, il était toutefois de la tribu de Benjamin. La deuxième raison est que les autres ont régné en raison du mérite de David lui-même, Ps 88[89], 30 : J’établirai pour toujours sa lignée, et son trône comme les jours des cieux. Troisième raison, afin de montrer l’accomplissement de la prophétie, Jr 23, 5 : Je susciterai en David une descendance juste et un roi régnera : il sera sage, il exercera le droit et la justice dans le pays ; Is 9, 7 : Sur le trône de David et sur son royaume, siégera, etc.
52. Selon le sens moral, par cette génération est désigné le fruit des parfaits, comme par les autres, le fruit des débutants et de ceux qui progressent. En effet, ce qui est requis en premier lieu dans l’homme parfait, c’est qu’il soit fort pour s’attaquer à l’adversité, c’est-à-dire qu’il ne ralentisse pas en raison d’une difficulté ; et cela est signifié par Booz, qui veut en effet dire « fort », Is 40, 31 : Ceux qui espèrent dans le Seigneur renouvelleront leur force, ils déploieront leurs ailes comme des aigles, ils courront sans s’épuiser, ils marcheront sans se fatiguer ; dernier chapitre de Pr 9, 10 : Une femme forte, qui la trouvera, etc. ? En second lieu, [est requise] l’humilité du serviteur, de sorte que plus il est grand, plus il s’humilie en toutes choses ; et cela est signifié par Obed, qui veut lui-même dire « esclave » ou « servitude », Lc 22, 26 : Que celui qui est le plus grand parmi vous se fasse serviteur. En troisième lieu, [est requise] la ferveur de la charité signifiée par Jessé, qui veut dire « encens » ou « feu », Ps 140[141], 2 : Que monte ma prière comme l’encens devant ta face, etc. Et par cela, on parvient au royaume et à la gloire, car Jessé a engendré David, 1 P 2, 9 : Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis.