134. ELLE ENFANTERA UN FILS. [L’ange] annonce ici le service que Joseph rendra à l’enfant lorsqu’il sera né, et il fait trois choses : en effet, il annonce en premier lieu l’enfantement de la Vierge ; en second lieu, il prédit le service qui doit être rendu à l’enfant par Joseph même, lorsqu’il dit : ET TU LUI DONNERAS LE NOM ; en troisième lieu, il dévoile le nom donné à l’enfant lui-même, lorsqu’il dit : JÉSUS.
135. [L’ange] dit donc : ELLE ENFANTERA. Ainsi, elle conçut d’abord du Saint-Esprit, mais elle enfantera un fils. Il ne dit pas : pour toi, car [Joseph] lui-même n’a pas engendré l’enfant. En Lc 1, 13, il est dit à Zacharie : Ton épouse te donnera un fils, parce que Zacharie a engendré celui-ci. Ou bien [l’ange] ne dit pas : pour toi, [afin de montrer] qu’il est né pour tous : elle n’enfantera pas un fils pour lui seul, mais pour l’ensemble du monde, Lc 2, 10 : Voici que je vous annonce une grande joie, car il vous est né aujourd’hui un sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David, etc.
136. Mais Joseph pourrait dire : « Ainsi, elle a conçu du Saint-Esprit et elle enfantera un fils. Qu’advient-il de moi ? Je ne suis en rien nécessaire. » C’est pourquoi [l’ange] ajoute le service : TU LUI DONNERAS LE NOM. C’était la coutume chez les Hébreux, et ce l’est encore aujourd’hui, qu’on circoncise l’enfant le huitième jour et lui donne alors un nom, et ceci a été fait par Joseph. Ainsi, il agit comme serviteur pour cet acte. C’est pourquoi il est dit : ET TU L’APPELLERAS ; il n’est pas dit : TU DONNERAS, car [le nom] lui est déjà imposé, Is 42, 2 : Tu porteras le nom nouveau que t’a donné la bouche du Seigneur.
137. JÉSUS : c’est le nom donné par Dieu. Et [l’ange] en donne l’explication : CAR IL SAUVERA SON PEUPLE, qu’il s’est acquis par son sang, qui est donc son peuple. En Dn 9, 26, il est dit : Il ne sera pas son peuple, celui qui le rejettera. Ainsi, c’est par la foi [qu’existe] le peuple du Seigneur, 1 P 2, 9 : Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis.
138. DE SES PÉCHÉS. Dans le livre des Juges, on dit souvent que tel ou tel a sauvé Israël, mais de qui ? De ses ennemis charnels. Mais ici, [ce sera] de ses péchés, en remettant les péchés, ce qui appartient à Dieu seul, Lc 5, 24 : Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur terre de remettre les péchés. Il faut remarquer que Nestorius est ici confondu, lui qui disait que ce qui appartenait en propre à Dieu, comme exister éternellement, être tout-puissant, et les choses de ce genre, ne convenait pas à cet homme. Voici que ce même homme, qui est né d’une vierge et qui est appelé Jésus, SAUVERA SON PEUPLE DE SES PÉCHÉS. Ainsi, puisque remettre les péchés ne peut être attribué qu’à Dieu seul, il faut dire que cet homme est Dieu et que les choses qui appartiennent à Dieu lui conviennent.
139. L’évangéliste avait dit plus haut que la mère de Dieu avait été trouvée enceinte de l’Esprit Saint, et il avait prouvé cela par la révélation angélique. Ici, il [le] prouve par l’annonce prophétique. Il dit donc : TOUT CECI ARRIVA AFIN QUE S’ACCOMPLÎT CE QUE DIT LE SEIGNEUR PAR LE PROPHÈTE. Et il faut savoir que cette particule peut être utilisée ici de deux façons. En effet, Chrysostome veut que l’ange ait dit : TOUT CECI, et l’ait introduit par la prophétie. Et la raison en est que, pour que ce qu’il annonçait ne parût pas nouveau, il voulut tout de suite montrer que cela avait été annoncé depuis longtemps, Is 43, 3 : Qui a fait ce qui sera, selon une autre traduction. D’autres disent, et, je crois, à plus juste titre, que » TOUT CECI ARRIVA, etc. » sont les mots de l’évangéliste. Car les paroles de l’ange se terminent à : Et il sauvera son peuple, etc. Et l’évangéliste les introduit pour trois raisons : premièrement, afin de montrer que l’Ancien Testament parle du Christ, Ac 10, 43 : Toutes les prophéties lui rendent témoignage que tous ceux qui croient en lui reçoivent la rémission de leurs péchés en son nom ; deuxièmement, afin qu’ils croient plus facilement au Christ, Jn 5, 46 : Si vous croyez à Moïse, vous croirez aussi en moi : c’est en effet à mon sujet qu’il a écrit ; troisièmement, pour montrer la conformité entre l’Ancien et le Nouveau Testament, Col 2, 17 : Ce qui est l’ombre des choses à venir, le corps du Christ.
140. Mais pour connaître le contenu de cette prophétie, il faut savoir que l’ange annonce trois choses. En effet, il a d’abord dit : EN ELLE EST NÉ, etc. ; deuxièmement : ELLE ENFANTERA ; troisièmement : IL PORTERA LE NOM DE JÉSUS. Ces trois choses sont présentes selon l’ordre dans la prophétie.
Et [l’ange] prouve en premier lieu ce qu’il dit : VOICI QU’UNE VIERGE ; deuxièmement : ELLE ENFANTERA ; troisièmement : IL SERA APPELÉ.
141. Ainsi, ce qu’elle a conçu dans la virginité venait du Saint-Esprit. C’est cela qui est dit dans la prophétie [Is 7, 14] : Voici qu’une vierge enfantera ; Is 35, 2 : Elle se couvre de fleurs, elle exulte de joie et pousse des cris, etc. De plus, une vierge enfantera un fils, car en enfantant, sa virginité n’a en rien été atteinte, Is 11, 1 : Un rejeton sortira de la souche de Jessé, et une fleur poussera de son tronc, etc. En effet, le Christ est une fleur. La virginité [de Marie] n’a en rien été affectée.
142. Vient ensuite : IL SERA APPELÉ EMMANUEL. Mais on se demande pourquoi cela ne concorde pas avec les paroles de l’ange : ET IL SERA APPELÉ JÉSUS ? Il faut dire que cette promesse a été faite aux Juifs, qui allaient obtenir le salut par la venue du Christ. Et Jésus veut dire « sauveur », ce qui est la même chose que Emmanuel, « Dieu avec nous ». En effet, Dieu est avec nous de quatre façons : en prenant [notre] nature, Jn 1, 14 : Le Verbe s’est fait chair ; en se conformant à [notre] nature, car il [nous] est semblable en toutes choses, Ph 2, 7 : Devenu semblable aux hommes et reconnu à son aspect comme un homme ; par le comportement corporel, Ba 3, 38 : Après cela, il est apparu sur terre et il se mêlait aux hommes ; par le comportement spirituel, plus loin, 28, 20 : Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du siècle.
143. Mais, à propos de la lettre, on se demande pourquoi l’évangéliste n’emploie pas les mêmes mots que le prophète, mais emploie le nom de Jésus. Il faut dire qu’il parlait par le même Esprit. Toutefois, Jérôme dit que l’évangéliste a dit : IL AURA, car il parlait d’un fait qui avait déjà eu lieu. De même, il faut se demander pourquoi il est dit dans Isaïe : Et il sera appelé, alors qu’ici il est dit : ET ON L’APPELLERA. Mais Jérôme dit qu’ici on dit : ON L’APPELLERA, parce que ce que les anges l’ont d’abord nommé en l’annonçant, Lc 2, 21, les apôtres l’ont par la suite nommé en prêchant et en glorifiant : Afin qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse, PH 2, 10.
144. CE QUI SIGNIFIE : « DIEU AVEC NOUS. » Mais on se demande qui a donné cette interprétation de la prophétie, « DIEU AVEC NOUS » : le prophète ou l’évangéliste ? Il semble que ce ne soit pas l’évangéliste, car il n’en avait pas besoin puisqu’il écrivait en hébreu. Mais il faut dire que, d’une certaine façon, [c’est l’évangéliste], car Emmanuel est un nom composé, et donc l’évangéliste l’a interprété même en hébreu. Ou bien il faut dire que c’est celui qui le premier l’a traduit de l’hébreu qui l’a interprété.
145. Il faut remarquer que, dans la Glose, on dit qu’il existe un triple genre de prophétie, à savoir, de prédestination, de prescience et de menace, et qu’elles diffèrent entre elles. En effet, est appelée prophétie l’annonce de ce qui est en avant, c’est-à-dire, des choses à venir. Mais, parmi les choses à venir, il y en a certaines que seul Dieu fait. Par contre, il y en a certaines qui, même si Dieu les fait, sont faites par nous et aussi par d’autres créatures. Il y en a enfin certaines qui ne sont d’aucune façon faites par Dieu, comme les choses qui sont mauvaises. L’annonce des choses que seul Dieu fait est appelée prophétie de prédestination, comme la conception par une vierge, d’où Is 7, 14 : Voici qu’une vierge concevra, est une prophétie de prédestination. Mais les choses qui sont faites par les causes secondes peuvent être envisagées de deux manières. En premier lieu, selon qu’elles existent dans la prescience de Dieu : c’est le cas, par exemple, de Lazare. En effet, si quelqu’un considère les causes secondes, il dira que jamais il ne ressuscitera ; et il dirait vrai, alors qu’il devrait cependant être ressuscité selon l’ordre de la prescience divine. Ainsi, lorsqu’une prophétie est l’annonce de ce qui existe dans la prescience divine, elle s’accomplit toujours ; lorsqu’une [prophétie est l’annonce] selon l’ordre des causes inférieures, elle ne s’accomplit pas toujours, comme il apparaît en Is 38, 1, lorsque Isaïe dit à Ézéchiel : Mets ta maison en ordre, car tu vas mourir et tu ne vivras pas, etc. Mais est-ce que la prophétie impose une nécessité à la prescience ? Il faut dire que non, car la prophétie est un signe de la prescience divine, qui n’impose pas de nécessité aux choses connues par anticipation, puisqu’elle considère les choses à venir dans son propre état présent. En effet, tout ce qui est fait est présent à Dieu, car son regard s’étend à la totalité du temps : ainsi, si je vois quelque chose de présent, mon regard n’impose pas de nécessité, comme lorsque je vois quelqu’un s’asseoir. Et nous avons compris de cette manière les prophéties qui sont présentées dans ce livre.
146. En effet, il faut considérer que trois erreurs ont existé. L’une est celle des manichéens, qui disent que, dans tout l’Ancien Testament, on ne trouve aucune prophétie au sujet du Christ, et que tout ce qui est emprunté à l’Ancien Testament dans le Nouveau vient en totalité d’une corruption. S’oppose à cela Rm 1, 1 : Paul, serviteur du Christ, appelé apôtre, mis à part pour l’évangile de Dieu, afin que ce qu’il avait auparavant promis par les prophètes, etc. Et qu’il parle des prophètes des Juifs, cela est clair plus loin, 9, 5 : Dont les pères, de qui vient le Christ selon la chair, etc.
147. Une autre [erreur] fut celle de Théodoret, qui dit que rien de ce qui est tiré de l’Ancien Testament ne s’applique au Christ selon la lettre, mais est adapté, comme ce qui est parfois tiré de Virgile : En se rappelant ces choses, il était en suspens et demeurait immobile, est en effet adapté au Christ. Et ainsi, AFIN QUE S’ACCOMPLISSE doit être expliqué comme si l’évangéliste disait : « Et ceci peut être adapté. » À cela s’oppose Lc 24, 44 : Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes. Il faut savoir que, dans l’Ancien Testament, certaines choses se rapportent au Christ et ne sont dites que de lui, comme : Voici qu’une vierge concevra, et elle enfantera un fils, Is 7, 14, et Ps 21[22], 2 : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné, etc. ? Et si quelqu’un donnait un autre sens littéral, il serait hérétique, et l’hérésie a été condamnée. Mais parce que, non seulement les paroles de l’Ancien Testament, mais les faits [de l’Ancien Testament] parlent du Christ, parfois certaines [choses] sont dites d’autres personnes selon la lettre, mais se rapportent au Christ pour autant qu’elles sont une figure du Christ, comme il est dit de Salomon : Et il régnera de la mer à la mer, etc. [Ps 71[72], 8]. En effet, cela ne se réalisa pas en lui.
148. La troisième erreur fut celle des Juifs. Car il faut savoir que les Juifs s’opposent d’une manière particulière à ce texte, parce que, en hébreu, il n’est pas question de « vierge », mais de « jeune fille », ce qui est la même chose que « adolescente ». Ainsi, selon la lettre, [ces paroles] n’ont pas été dites du Christ, mais de l’Emmanuel, ou du fils d’Isaïe, selon d’autres. Mais Jérôme leur objecte que cela n’a pas pu être dit du fils d’Isaïe, parce que celui-ci était déjà né lorsque cela fut dit. De plus, on ne trouve aucun personnage célèbre de cette époque qui se serait appelé Emmanuel. De même, le fait qu’une jeune fille enfante n’est pas un signe. Jérôme dit donc que « jeune fille » est équivoque et désigne parfois l’âge, parfois « cachée », et alors signifie une vierge préservée avec soin. Et tel est le sens ici. De plus, les Juifs objectent que cela a été donné comme signe, Is 7, 3 : Deux rois s’élèveront contre Achaz, etc., et que cela promettait qu’ils seraient libérés par eux en donnant ce signe à Achaz. Mais il faut dire qu’il donna ce signe non seulement à Achaz, mais aussi à la maison de David, car il dit : Écoute, maison de David, comme si le prophète disait : « Le Seigneur te viendra en aide contre ce roi, car Il fera Lui-même de bien plus grandes choses ; il libérera non seulement lui, mais le monde entier. »
149. Mais revenons à la lettre : OR, TOUT CELA S’ACCOMPLIT. À ceci s’oppose que l’ange avait indiqué plusieurs choses, à savoir, QU’ÉTAIT NÉ EN ELLE, etc., QU’ELLE CONCEVRAIT, etc., et aussi QU’IL SERAIT APPELÉ, etc. Or, tout cela ne s’était pas accompli. Mais, d’une première façon, il faut dire, selon Raban, que TOUT CELA S’ACCOMPLIT se rapporte à des faits passés : que l’ange était apparu à une vierge, qu’il avait dit ces paroles. ET TOUT CELA S’ACCOMPLIT, pour préserver cette vierge, de sorte que l’expression soit interprétée de manière causale. Ou bien cela se rapporte à ce qu’il avait annoncé, et on peut dire que tout cela s’accomplit en raison d’une prédestination. Ou bien il faut dire que l’évangéliste écrivait alors que tout s’était accompli, et que c’est à cela qu’il se réfère. La formule est ainsi interprétée de manière consécutive, parce que Dieu n’a pas voulu s’incarner pour que s’accomplît la prophétie, comme si l’Ancien Testament était plus digne que le Nouveau, mais le fait que le Christ s’est incarné a suivi la prophétie.
150. Plus haut, l’évangéliste a démontré à partir de deux faits que la mère de Dieu a engendré [par l’intervention] du Saint-Esprit : la révélation de l’ange et l’annonce du prophète ; il veut démontrer la même chose par l’obéissance de Joseph, qui n’aurait pas acquiescé aux paroles de l’ange de prendre Marie comme épouse, s’il n’avait appris qu’elle était devenue enceinte [par l’intervention] du Saint-Esprit. À ce sujet, [Matthieu] fait deux choses : premièrement, il présente l’obéissance de l’époux lui-même à l’ange [1, 24] ; deuxièmement, le mode de l’obéissance est décrit, à cet endroit : ET IL LA PRIT [1, 24].
151. Il faut remarquer que, par la désobéissance du premier homme, nous sommes tombés dans le péché, Rm 5, 19 : Par la désobéissance d’un seul homme, nous avons été livrés au péché. C’est pourquoi l’obéissance est placée au début de notre rétablissement.
152. Et nous pouvons noter quatre choses qui sont nécessaires à l’obéissance. Premièrement, il faut qu’elle soit ordonnée. Je dis ordonnée, parce que, d’abord, il faut renoncer aux vices. Ensuite, il faut obéir pour mettre en œuvre les vertus, Jr 4, 3 : Défrichez ce qui est en friche, et ne semez rien parmi les épines, etc. C’est pourquoi il est dit ici : UNE FOIS RÉVEILLÉ, à savoir, de la paresse et du doute, JOSEPH. De ce songe, il est dit en Ep 5, 14 : Réveille-toi, toi qui dors, lève-toi d’entre les morts !
153. Deuxièmement, [l’obéissance] doit être prompte. C’est ce qui est dit en Si 5, 8[7] : Ne remets pas de jour en jour, ne tarde pas à te convertir au Seigneur, car sa colère s’abattra tout d’un coup. C’est pourquoi il est dit qu’aussitôt [JOSEPH] FIT COMME [L’ANGE] LUI AVAIT ORDONNÉ. Glose : « Que celui qui est averti par Dieu élimine les retards, s’arrache au sommeil et fasse ce qui est ordonné. »
154. Troisièmement, [l’obéissance] doit être parfaite, de sorte que soit accompli non seulement ce qui est ordonné, mais de la manière dont cela est ordonné et par ceux à qui cela est enjoint. C’est pourquoi il est dit : COMME IL L’AVAIT ORDONNÉ. Glose : « L’obéissance parfaite », Col 3, 20 : Enfants, obéissez à vos parents en toutes choses.
155. Quatrièmement, [l’obéissance] doit être discrète, de sorte qu’on obéisse à ceux à qui il faut obéir et en quoi [il le faut], et qu’ainsi rien ne soit fait contre Dieu. C’est pourquoi il dit : IL FIT COMME L’ANGE LUI AVAIT ORDONNÉ, non pas [un ange] mauvais, mais l’ange de Dieu, 1 Jn 4, 1 : N’accordez pas foi à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils viennent de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde.
156. ET IL PRIT. Ici est montré en quoi [Joseph] obéit, et trois points sont abordés : premièrement, l’obéissance qu’il manifesta envers l’ange ; deuxièmement, le respect qu’il manifesta envers la mère ; troisièmement, le service qu’il rendit au Christ né.
157. L’ange ordonna à Joseph : NE CRAINS PAS DE PRENDRE MARIE COMME TON ÉPOUSE [1, 20]. Et Joseph FIT COMME IL LUI AVAIT PRESCRIT, etc. [1, 24]. Il est donc clair qu’il trouva une femme bonne. Mais ne cohabitait-elle pas avec lui ? Pourquoi donc dit-il : UNE FOIS RÉVEILLÉ..., IL LA PRIT ? Chrysostome répond qu’il ne l’avait pas repoussée de sa maison, mais de son cœur. Ou bien parce qu’elle était d’abord fiancée, mais que, par la suite, les noces devaient être célébrées, et alors elle peut être appelée et elle est épouse.
158. Et pour que personne ne soupçonne que surviendrait une union charnelle, il ajoute : ET IL NE LA CONNUT PAS. À ce sujet, il faut savoir que le verbe « connaître » s’entend de deux manières dans la Sainte Écriture : parfois, de la connaissance, Jn 14, 7 : Et dès à présent, vous l’avez connu et vous l’avez vu ; parfois, de l’union charnelle, Gn 4, 1 : Adam connut son épouse, Ève, etc., à savoir, charnellement.
159. Mais on objecte que [Matthieu] ne dit pas tout simplement : IL NE LA CONNUT PAS, etc., mais : JUSQU’À CE QU’ELLE ENFANTE SON FILS. Donc, par la suite, il [la] connut. C’est ainsi qu’Elvidius dit : « Bien qu’elle ait enfanté le Christ alors qu’elle était vierge, elle eut toutefois par la suite d’autres fils de Joseph. » Et c’est pourquoi Jérôme dit que parfois « jusqu’à ce que » signifie quelque chose de précis et de déterminé, comme si je dis : « Je ne viendrai pas jusqu’à ce que j’aie mangé », parce que je veux dire qu’après, je viendrai ; parfois, [« jusqu’à ce que »] a un sens illimité et indéterminé, par exemple, 1 Co 15, 23 : Il faut que le Fils règne jusqu’à ce qu’il place tous ses ennemis sous ses pieds. Est-ce qu’il ne régnera pas par la suite ? Bien plus, l’Écriture emploie cette façon de parler parce qu’elle veut écarter ce qui peut être douteux. Il pourrait être douteux qu’il régnait alors qu’il n’avait pas placé ses ennemis sous ses pieds. De même, il pouvait être douteux, alors que la bienheureuse Vierge avait conçu, qu’elle ait été connue par Joseph avant l’enfantement, parce que le premier point ne devait pas être mis en doute, à savoir, la raison pour laquelle les anges chantèrent : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime, etc., Lc 2, 14. C’est pourquoi telle était l’intention de l’évangéliste. Et la réplique de Jérôme à Elvidius est excellente : « Tu dis, Elvidius, qu’avant elle ne connut pas Joseph, parce qu’il fut averti en songe par un ange. Si donc l’avertissement en songe n’avait concerné que le fait qu’il ne s’est pas uni à Marie, [n’est-ce pas le cas] à bien plus forte raison de la connaissance des anges et de l’adoration des bergers et des mages ? »
160. Mais Chrysostome entend « connaissance » de la perception intellectuelle. Il ne connut pas, à savoir, quelle était la dignité [de Marie] ; mais après qu’elle eut enfanté, il [la] connut. D’autres disent que [la connaissance] s’entend de la connaissance sensible, et leur opinion est ainsi assez probable. En effet, ils disent que Moïse, lorsque le Seigneur lui parla, en eut le visage tellement éclairé, que les fils d’Israël ne pouvaient regarder son visage, 2 Co 3, 7. Ainsi donc, si cela arriva à Moïse du fait de la présence de Dieu, à bien plus forte raison le visage de cette bienheureuse Vierge, qui l’a porté dans son sein, en fut-il tellement éclairé que Joseph ne la reconnut pas. Mais la première interprétation est plus fidèle à la lettre.
161. De plus, Elvidius affirme que la lettre dit : JUSQU’À CE QU’ELLE ENFANTE SON FILS PREMIER-NÉ. « Premier » se dit par rapport aux suivants. Elle en eut donc d’autres. Jérôme répond que c’est l’usage de l’Écriture que soient appelés premiers-nés ceux que d’autres ne précèdent pas : en Ex 13, 12, il est dit que les premiers-nés des Juifs seront offerts au Seigneur. Jérôme demande : « Est-ce qu’il fallait s’attendre à ce qu’ils ne soient pas offerts jusqu’à ce qu’un second naquît ? » Ainsi, sont appelés premiers-nés ceux que d’autres ne précèdent pas. Et c’est ainsi qu’il faut le comprendre ici.
162. Suit le service [rendu par Joseph]. Lc 2, 21 le décrit plus en détail, mais Matthieu l’aborde brièvement. En effet, le Saint-Esprit a ainsi voulu que ce que l’un disait, l’autre le passe sous silence. IL L’APPELA DU NOM DE JÉSUS [1, 25]. Ce nom ne fut pas peu célèbre et désiré chez les anciens, Gn 49, 18 : J’attendrai ton salut, Seigneur ; et Ha 3, 18 : Je me réjouirai donc dans le Seigneur et j’exulterai en mon Jésus.
Leçon 1 [Matthieu 2, 1-2] 2, 1 Lorsque Jésus fut né à Bethléem de Juda, au temps du roi Hérode, voici que des mages vinrent d’Orient. Ils arrivèrent à Jérusalem 2, 2 Voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait. Ils dirent : « Où est [le roi des Juifs] qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile et sommes venus l’adorer. »
Leçon 2 [Matthieu 2, 3-9] 2, 3 L’ayant appris, le roi Hérode s’émut, et tout Jérusalem avec lui. 2, 4 Ayant réuni les grands prêtres et les scribes, il s’enquit du lieu où devait naître le Christ. 2, 5 « À Bethléem de Juda », lui dirent-ils ; ainsi, en effet, est-il écrit par le prophète : 2, 6 Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es nullement le moindre des clans de Juda ; de toi sortira un chef qui conduira mon peuple, Israël.
2, 7 Alors Hérode après avoir immédiatement fait appeler les mages, s’enquit soigneusement auprès d’eux du moment où l’étoile leur était apparue, 2 8 et les envoya à Bethléem en disant : « Allez vous renseigner soigneusement sur l’enfant ; lorsque vous l’aurez trouvé, informez-moi, afin que je vienne, moi aussi, lui rendre hommage. » 2, 9 Sur ces paroles du roi, ils partirent ; et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant.
Leçon 3 [Matthieu 2, 10-12] 2, 10 En voyant l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. 2, 11 Entrant alors dans la maison, ils trouvèrent l’enfant avec Marie sa mère, et, se prosternant, ils l’adorèrent ; ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent en présents de l’or, de l’encens et de la myrrhe. 2, 12 Après avoir appris en songe qu’ils ne devaient pas retourner chez Hérode, ils prirent une autre route pour retourner dans leur pays.
Leçon 4 [Matthieu 2, 13-23] 2, 13 Après leur départ, voici que l’Ange apparut en songe à Joseph et lui dit : « Prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte ; et reste-là jusqu’à ce que je te dise. Car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » 2, 14 Se levant, il prit avec lui l’enfant et sa mère, de nuit, et se rendit en Égypte ; 2, 15 et il resta là jusqu’à la mort d’Hérode, afin que s’accomplît ce que le Seigneur avait dit par le prophète : « D’Égypte j’ai appelé mon fils. »
2, 16 Alors Hérode, voyant qu’il avait été joué par les mages, se mit dans une forte colère. Et il envoya mettre à mort tous les enfants âgés de [moins de] deux ans, selon le temps dont il s’était enquis auprès des mages, dans Bethléem et tout son territoire. 2, 17 Alors s’accomplit l’oracle du prophète Jérémie : 2, 18 Une voix se fait entendre dans Rama, un grand cri : c’est Rachel pleurant ses enfants ; elle ne veut pas être consolée parce qu’ils ne sont plus.
2, 19 Quand Hérode fut mort, voici que l’Ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, en Égypte, 2, 20 et lui dit : « Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, et mets-toi en route pour la terre d’Israël ; ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant sont morts. » 2, 21 Se levant, il prit avec lui l’enfant et sa mère, et rentra dans la terre d’Israël. 2, 22 Mais, apprenant qu’Archélaüs régnait sur la Judée à la place d’Hérode son père, il craignit de s’y rendre ; et averti en songe, il se retira dans la région de Galilée 2, 23 et vint s’établir dans une ville appelée Nazareth, afin que s’accomplît ce qui avait été dit par le prophète : Il sera appelé Nazaréen.