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Leçon 1 – Mt 20, 1‑16

[20, 1]

2082. Plus haut, le Seigneur a traité de l’accès au royaume par la voie du salut commun et par la voie de la perfection, et parce que certains croient y parvenir indûment, ils sont repoussés. Et d’abord, ceux qui veulent y parvenir en raison de l’ancienneté dans le temps ; deuxièmement, ceux qui [le veulent] en raison de leur origine selon la chair. Le second point [se trouve] en cet endroit : ET MONTANT À JÉRUSALEM, JÉSUS, etc. [20, 17].

2083. En premier lieu donc, cela est présenté sous la forme de la parabole du propriétaire et des ouvriers. Premièrement, [le Seigneur] présente la parabole ; deuxièmement, il tire la conclusion utile de la parabole, en cet endroit : VOILÀ COMMENT LES DERNIERS SERONT LES PREMIERS, ET LES PREMIERS SERONT LES DERNIERS [20, 16].

Premièrement, il traite de l’embauche ; deuxièmement, du salaire. Le second point [se trouve] en cet endroit : LE SOIR VENU, etc. [20, 8].

2084. À propos du premier point, quatre engagements sont présentés, qui sont des invitations à des ouvriers à travailler. Le second [se trouve] en cet endroit : SORTI VERS LA TROISIÈME HEURE, etc. [20, 3]. Le troisième, en cet endroit : SORTI DE NOUVEAU VERS LA SIXIÈME HEURE, etc. [20, 5]. Le quatrième, en cet endroit : VERS LA ONZIÈME HEURE, IL SORTIT [20, 6].

2085. À propos du premier point, il aborde trois choses. Premièrement, il aborde celui qui emploie ; deuxièmement, les ouvriers ; troisièmement, la manière d’embaucher. Le second point [se trouve] en cet endroit : QUI SORTIT DE BON MATIN AFIN D’EMBAUCHER DES OUVRIERS [20, 1]. Le troisième, en cet endroit : APRÈS AVOIR CONVENU, etc. [20, 2].

2086. Ce propriétaire est Dieu, dont la famille est le monde entier, mais, d’une manière particulière, la créature raisonnable. Il est appelé propriétaire en raison de la ressemblance pour ce qui est du gouvernement. Sg 14, 3 : Mais toi, Père, tu gouvernes tout avec sagesse.

IL SORTIT DE BON MATIN AFIN D’EMBAUCHER DES OUVRIERS POUR SA VIGNE. Ici, il traite de ceux qui sont embauchés. Premièrement, on se demande quelle est la vigne, qui sont les ouvriers, qui sont ceux qui sont embauchés.

2087. Quelle est cette vigne ? Selon Chrysostome, c’est la justice, et autant elle produit de vertus, autant elle fait pousser de branches. Ct 8, 12 : Ma vigne est devant moi. Grégoire [dit] : « Par la vigne est signifiée la sainte Église. » Is 5, 7 : La vigne du Seigneur des armées est la maison d’Israël. Et les diverses branches sont les ouvriers qui sont issus d’Adam, tous les hommes donc. Gn 2, 15 : Le Seigneur plaça Adam au paradis afin qu’il y travaille et le surveille. En effet, chacun doit œuvrer dans la justice, la cultiver et prendre soin du prochain. Si 17, 12 : Dieu a confié à chacun son prochain. De même, les ouvriers sont-ils les prélats, Is 61, 3 : Et il les appellera puissance, justice, plantation dont se glorifiera le Seigneur.

2088. On appelle embauchés ceux qui doivent œuvrer pour mériter et sont comme des mercenaires. Jb 7, 1 : La vie de l’homme sur terre est un combat et ses jours sont comme ceux d’un mercenaire. En effet, de même que le mercenaire ne reçoit pas immédiatement sa récompense mais l’attend, de même en est-il de nous en cette vie. Mais pour qu’il soit un bon mercenaire, il faut qu’il travaille comme le veut son maître. Ainsi, si nous travaillons dans la vigne de l’Église, nous devons tout rapporter à Dieu. 1 Co 10, 31 [dit] ainsi : Faites tout pour la gloire de Dieu. De même, d’abord il cultive, puis il mange ; de même devons-nous d’abord cultiver et préparer le salut des autres, et ensuite chercher les réalités temporelles, plus haut, 6, 33 : Cherchez d’abord le royaume de Dieu, et tout cela vous sera donné de surcroît. Lc 17, 8 : Ceins-toi et sers-moi jusqu’à ce que j’aie mangé et bu, puis tu mangeras et boiras. De même, en troisième lieu, est-il nécessaire qu’il soit occupé à travailler toute la journée ; ainsi, celui qui cultive la vigne du Seigneur consacre peu de temps à ce qui le concerne, mais il est nécessaire que nous consacrions tout notre temps au service de Dieu. 1 Co 15, 58 : Vous adonnant totalement à l’œuvre du Seigneur. De même, il n’oserait pas paraître devant le maître s’il n’avait bien agi ; ainsi, celui-là ne doit se présenter devant le Seigneur qu’avec de bonnes œuvres. Ex 23 et 25, 20 : Tu ne te présenteras pas devant moi les mains vides.

2089. Mais voyons ce que signifie DE BON MATIN. Tout le temps de ce siècle est un seul jour. Ps 89[90], 4 : Mille ans sont comme hier, déjà passé. Les diverses heures sont les divers âges. Le premier [va] d’Adam à Noé et, en ce temps-là, le Seigneur a averti par des messagers et des apparitions d’aller dans la vigne de la justice. Ou bien, on peut dire que toute la vie de l’homme est un seul jour. Le matin de ce [jour] est l’enfance. En effet, l’enfance est verdoyante comme l’herbe. Ainsi, certains sont-ils appelés dès l’enfance, comme ont été appelés dès l’enfance Jérémie, Daniel et Jean Baptiste. [Le Seigneur] dit donc : IL SORTIT DE BON MATIN, etc.

[20, 2]

2090. Ensuite, [le Seigneur] précise le mode de l’embauche. Il dit donc : IL CONVINT DONC AVEC LES OUVRIERS D’UN DENIER POUR LA JOURNÉE. Par ce denier, est signifiée la vie éternelle, car ce denier valait dix deniers courants. De même, [ce denier] portait l’effigie du roi. Ainsi donc, ce qui est signifié par ce denier consiste dans l’observance du décalogue, plus haut, 19, 17 : Si tu veux accéder à la vie, observe les commandements. De même, il a une ressemblance avec Dieu. 1 Jn 3, 2 : Lorsqu’il apparaîtra, nous lui serons semblables.

[20, 3]

2091. Ensuite, il traite de la seconde embauche : IL SORTIT VERS LA TROISIÈME HEURE, etc. Si nous pensons que tout le siècle n’est qu’un seul jour, de même que la première heure signifie l’époque qui va d’Adam à Noé, de même la seconde [signifie l’époque qui va] de Noé jusqu’à Abraham. Avant que ne soient faites des promesses au sujet du Christ, [le Seigneur] en avertit beaucoup par des anges, et il en envoya plusieurs pour avertir les autres.

Mais si [nous estimons] qu’il ne représente que la vie d’un seul homme, la troisième heure est l’adolescence : de même que le soleil commence à réchauffer à la troisième heure, de même le soleil de l’intelligence commence à répandre ses rayons à l’adolescence. De même, il commence à faire chaud. Jc 1, 11 : [Le soleil] brûlant s’est levé. Et il les trouva SUR LA PLACE, DÉSŒUVRÉS. Cette place est la vie présente. On appelle PLACE [forum] l’endroit où se tiennent les débats ; on appelle foire [forum] l’endroit où l’on vend et achète, et cela signifie la vie présente, qui est pleine de conflits en raison des achats et des ventes. 1 Jn 5, 19 : Le monde a été placé en entier dans les mains du Malin. Et ceux-ci étaient DÉSŒUVRÉS, car ils avaient déjà perdu une partie de leur vie. En effet, on appelle désœuvrés non seulement ceux qui agissent mal, mais aussi ceux qui ne font pas le bien. Et de même que les désœuvrés n’obtiennent pas la fin, de même en est-il de ceux-ci. La fin de l’homme est la vie éternelle. Celui-là donc qui agit comme il le doit l’obtiendra, s’il n’est pas désœuvré. Si 33, 29 : L’oisiveté a enseigné beaucoup de choses mauvaises.

[20, 4]

2092. IL LEUR DIT : « ALLEZ, VOUS AUSSI, À LA VIGNE. » En effet, Dieu récompense selon la justice. 1 R [1 Sm] 26, 23 : Dieu récompensera selon la justice. Avec ceux-là, il ne convint pas d’un denier. Pourquoi [l’a-t-il fait] avec les premiers, et non avec ceux-ci ? La raison dépend de la manière dont on établit le rapport avec l’âge du siècle. Car Adam devait pécher ; il pouvait donc être excusé de ne pas connaître sa rémunération, mais il [la] connut, car il a goûté [au fruit de l’arbre défendu]. De même, celui qui a des sens meilleurs connaît davantage la vérité. Comme Adam a eu des sens meilleurs, [la rémunération] fut donc connue [par lui] avec plus de vérité. Mais cela ne s’accorde pas avec les autres, car [le maître] donne toujours plus qu’il n’avait promis. Is 64, 4 et 1 Co 2, 9 : L’œil n’a pas vu sans que tu n’interviennes ce que tu as préparé pour ceux qui t’aiment. De même, les premiers furent embauchés pour toute la journée. Ils doivent donc recevoir tout le salaire. Il leur fut donc promis un denier par jour, qui sera le plein salaire. Mais Dieu ne donne pas autrement le plein salaire : aussi ne fait-il pas d’entente avec ce [dernier], car il pouvait arriver qu’il travaille avec plus d’ardeur et soit ainsi davantage rétribué, ou qu’il travaille si négligemment qu’il ne soit pas rémunéré. C’est pourquoi il dit : JE VOUS DONNERAI UN SALAIRE ÉQUITABLE, car s’ils reprennent le temps perdu, ils auront un plein salaire. 1 Co 3, 13 : Le travail de chacun sera rendu manifeste, le jour du Seigneur [le] mettra en lumière.

[20, 5]

2093. De même, [le maître] avait invité les premiers [à se rendre à sa vigne], mais CEUX-CI Y ALLÈRENT spontanément, car, chez les enfants, il n’y a pas de jugement : s’ils font quelque chose de bon, il semble que cela vienne davantage de l’Esprit Saint que de leur jugement. Mais, à l’adolescence, l’homme se meut par son propre jugement. De même, il est dit des premiers que [le maître] les y envoya, mais, de ces derniers, qu’ils y allèrent spontanément.

2094. SORTI DE NOUVEAU VERS LA SIXIÈME HEURE ET VERS LA NEUVIÈME HEURE. Si l’on dit que le jour est le siècle, la sixième heure fut [l’époque] d’Abraham jusqu’à David, et la neuvième, de David jusqu’au Christ. Mais pourquoi [le Seigneur] a-t-il regroupé ces deux heures ? Parce qu’alors il y eut des peuples distincts, le peuple juif et celui des Gentils. On peut donc dire que la sixième heure est la jeunesse, car, de même que le soleil atteint sa perfection au milieu du jour, de même l’homme en sa jeunesse. La neuvième heure est la vieillesse. Et [le Seigneur] regroupe ces deux heures parce que la manière de vivre est la même dans les deux.

[20, 6]

2095. VERS LA ONZIÈME HEURE, IL SORTIT. La quatrième embauche est présentée, et [le Seigneur] fait trois choses : premièrement, il reprend ; deuxièmement, il excuse ; troisièmement, [les ouvriers] sont invités. Le second point [se trouve] en cet endroit : ILS LUI DIRENT : « PARCE QUE PERSONNE NE NOUS A EMBAUCHÉS » [20, 7] ; le troisième, en cet endroit : « ALLEZ, VOUS AUSSI, À MA VIGNE » [20, 7].

[Le Seigneur] dit donc : VERS LA ONZIÈME HEURE, IL SORTIT. La neuvième heure est l’époque du Christ. Ainsi, en 1 Jn 2, 18, il est dit : Mes petits enfants, c’est la dernière heure. Et dans He 1, 1 : Autrefois, Dieu a parlé aux pères par les prophètes ; en ces derniers jours, il nous a parlé par le Fils. Is 52, 6 : Voici que moi qui parlais, je suis présent. Ou bien, [cette heure] est celle de la vieillesse ou l’âge de la décrépitude, car certains persistent dans le péché jusqu’à l’âge de la décrépitude. Ps 89[90], 6 : Le soir venu, [l’herbe] est coupée, elle se flétrit et sèche. IL EN TROUVA D’AUTRES QUI SE TENAIENT LÀ. Il en avait trouvé d’autres sur la place, mais pas ceux-ci. La raison en est, selon le Philosophe, qu’ » il existe une différence entre les adolescents et les vieillards, car les adolescents sont entièrement tournés vers l’espoir, mais les vieillards, non pas vers l’espoir, mais vers leurs souvenirs ». Ainsi, les premiers qui se trouvent sur la place se comportent comme s’ils voulaient obtenir [quelque chose], mais ceux-ci se tiennent là, non pas comme s’ils voulaient l’obtenir, mais pour observer ce qui est obtenu. De même, [le maître] vit les premiers et ne leur fit pas de reproches. Mais il vit ces derniers et leur fit des reproches, parce que d’abord ils sont malades et que les passions dominent chez eux ; ils doivent donc être excusés de ne pas passer leur temps au service de Dieu. Mais les vieillards s’adonnent entièrement à leurs sens. C’est pourquoi il leur fait des reproches : POURQUOI RESTEZ-VOUS ICI TOUT LE JOUR DÉSŒUVRÉS ? Pr 12, 11 : Celui qui s’adonne à l’oisiveté est un insensé, et 28, 19 : Celui qui s’adonne à l’oisiveté sera rempli de besoins.

[20, 7]

2096. ILS LUI DIRENT : « PERSONNE NE NOUS A EMBAUCHÉS. » Si nous mettons cela en rapport avec l’état du siècle, ceux-ci signifient le peuple des Gentils, qui ne servent pas Dieu, mais les idoles. Mais ils sont excusés, car ils n’ont pas eu de prophètes comme les Juifs. Ps 147[148], 20 : Il n’a agi ainsi pour aucune autre nation, et il ne leur a pas manifesté ses jugements. Ou bien, si on met cela en rapport avec l’âge de l’homme, cela signifie que l’occasion de se tourner vers Dieu n’est pas donnée à certains avant la vieillesse. Et la raison en est que chaque chose a son temps. Ou bien, cela peut arriver par une disposition divine, car tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu [Rm 8, 28]. Ainsi, le Seigneur savait que s’il les avait appelés plus tôt, ils ne se seraient pas levés. Ils sont donc embauchés lorsqu’ils y consentent et se lèvent alors d’une manière effective. [Le maître] dit donc : ALLEZ, VOUS AUSSI, À LA VIGNE. Ainsi, même s’ils sont décrépits, [le Seigneur] veut néanmoins que tous soient sauvés, 1 Tm 2, 4. De plus, aux premiers [le maître] promit un salaire, à ces derniers, non, parce que [les premiers] ont été à son service depuis le matin ; [aux derniers], cela n’est dû que par pure miséricorde. Sg 4, 13 : Devenu parfait en peu de temps, il a parcouru une longue carrière.

[20, 8]

2097. LE SOIR VENU, etc. Ici, [le Seigneur] traite du salaire. Premièrement, le salaire est présenté ; deuxièmement, la protestation ; troisièmement, la réponse.

À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, le moment est présenté ; deuxièmement, la personne qui donne ; la personne à qui on donne.

Le moment est indiqué : LE SOIR VENU, etc. Et on peut l’entendre soit de la fin d’une époque, soit de la fin des temps. Ps 29[30], 6 : Les pleurs accompagneront le soir, car la lumière du monde fait défaut. Et il est dit : LE SOIR, parce que le jugement adviendra en ce monde.

2098. LE MAÎTRE DE LA VIGNE DIT À SON INTENDANT. Le Seigneur est la Trinité entière. [ELLE] DIT À L’INTENDANT, c’est-à-dire au Christ. Le pouvoir de ressusciter et le pouvoir de juger lui sont donnés, et l’ordre du jugement est abordé. Le pouvoir est abordé : APPELLE LES OUVRIERS, c’est-à-dire : « Ressuscite les morts. » Jn 5, 28 : Tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieu. Le pouvoir de juger [est donné] : REMETS-LEUR LEUR SALAIRE, c’est-à-dire : « Sois le juge. » Le pouvoir de juger est donc donné. Jn 5, 27 : Il lui a donné le pouvoir de juger, car il est le Fils de l’homme.

Ensuite, l’ordre est abordé : EN REMONTANT DES DERNIERS AUX PREMIERS, c’est-à-dire, à partir de ceux qui ont été imprégnés des sacrements. Ainsi, une grâce plus grande leur a été donnée qu’aux premiers. Ep 3, 5 : Cela n’a pas été communiqué aux autres générations comme cela a maintenant été révélé aux saints apôtres. [La grâce] leur a donc été donnée de manière plus abondante, bien que, dans l’Ancien Testament, une personne ait pu avoir une grâce plus grande sous un aspect. Jn 7, 39 : L’Esprit n’avait pas encore été donné, car Jésus n’avait pas encore été glorifié, non pas que l’Esprit Saint n’ait pas été donné, mais parce qu’[il le fut] alors plus abondamment.

2099. Ou bien, on peut rattacher cela à l’âge de l’homme, car ceux qui sont à l’âge de la décrépitude meurent plus rapidement et sont récompensés plus rapidement. Ou bien, il se peut qu’ils retrouvent par leur ferveur une chose perdue plus tôt, comme on le lit à propos du voleur. Sur ces deux points, Chrysostome dit que « l’homme fait plus volontiers ce qu’il fait par miséricorde que [ce qu’il fait] d’une autre façon ». Une certaine gratification et une certaine joie sont donc indiquées. Lc 15, 10 : C’est une joie au ciel qu’un seul pécheur fasse pénitence.

[20, 9]

2100. Ensuite vient l’exécution : LORSQUE CEUX DE LA ONZIÈME HEURE FURENT VENUS, les chrétiens ou les hommes à l’âge de la décrépitude, ILS REÇURENT CHACUN UN DENIER. L’Apôtre [dit] en 1 Co 3, 8 : Chacun recevra le salaire proportionné à son travail.

[20, 10]

2101. LES PREMIERS, VENANT À LEUR TOUR (ne les mettez pas en rapport avec le temps du siècle, parce qu’il s’agit des Juifs), PENSAIENT QU’ILS ALLAIENT RECEVOIR DAVANTAGE, du fait qu’ils empiétaient davantage sur un autre siècle. MAIS ILS REÇURENT AUSSI CHACUN UN DENIER, car ils n’avaient chacun qu’une seule tunique. Mais de quoi s’agit-il ? Est-ce que tous ne posséderont pas également la gloire ? Je dis que, sous un aspect, la récompense sera égale et, sous un autre, non, car la béatitude peut être envisagée selon son objet, et ainsi la béatitude est unique pour tous, ou selon la participation à l’objet, et ainsi tous n’y participeront pas également, car ils ne verront pas aussi clairement. Jn 14, 2 : Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. C’est comme si tous allaient vers l’eau et que l’un avait un contenant plus grand qu’un autre : la rivière s’offre en entier [à tous], mais tous n’y puisent pas également. Ainsi, celui qui a une âme plus élargie par la charité recevra davantage, etc. Si 11, 24[22] : La bénédiction de Dieu se hâte pour récompenser le juste ; ses pas portent rapidement fruit.

[20, 11-12]

2102. EN LE RECEVANT, ILS MURMURAIENT CONTRE LE MAÎTRE, EN DISANT : « CES DERNIERS VENUS N’ONT FAIT QU’UNE HEURE, etc. » Plus haut, la rémunération a été présentée. Ici est présentée la protestation de certains.

Mais ici se pose une double question, car [le Seigneur] dit qu’EN RECEVANT CHACUN UN DENIER, ILS MURMURAIENT. Par le denier, on entend la vie éternelle. Faut-il croire qu’en recevant [une telle] rémunération quelqu’un murmurera ? En effet, il ne semble pas [que ce soit le cas], car alors il y aurait là péché, comme on lit en 1 Co 10, 10 : Ne murmurez pas. Chrysostome dit qu’il ne faut pas s’arrêter à ce qui est dit, mais à l’intention avec laquelle cela est dit. Il faut donc comprendre qu’aussi grande que pût être la rémunération, ils murmuraient. Ou bien, on peut l’entendre de ce monde-ci. Grégoire dit que « cette énumération n’est rien d’autre que le report de la rémunération, car les saints qui sont venus en dernier ont aussitôt reçu leur récompense, mais les premiers l’ont longtemps attendue ». Ainsi, en 2 Co 6, 13 : Je dis que vous avez la même récompense que les fils ; ouvrez donc tout grand votre cœur, vous aussi, etc. Hilaire et Jérôme disent : « Parfois l’Écriture parle de l’ensemble du peuple, parfois des bons, parfois des méchants », comme il est dit, en Jr 26, 8, que tout le peuple se saisit de lui et que tout le peuple le libéra. Ici tout le peuple signifie une partie du peuple. Ainsi, dans les premiers temps, certains furent bons, mais pas tous ; c’est pourquoi quelque chose est donné aux bons et quelque chose aux mauvais, non pas qu’ils aient murmuré à ce moment-là, mais auparavant, car le peuple de Juifs murmura contre le peuple des Gentils parce que celui-ci était considéré comme son égal.

2103. Il se pose aussi une question. Que veut dire [le Seigneur] lorsqu’il dit : [NOUS] QUI AVONS PORTÉ LE FARDEAU DU JOUR ET LA CHALEUR ? Car ils ne l’ont supporté que pour autant qu’ils ont vécu, et de même en est-il des derniers. Que signifie ce qui est dit ? Il y a une triple réponse. La première réponse est que l’espoir qui est différé afflige l’âme. Il y en eut certains qui, au début du monde, ont porté le fardeau, car ils savaient que leur récompense était différée. On dit donc qu’ils ont porté le fardeau du jour. Ou bien, on peut mettre cela en rapport avec les Juifs qui ont porté le fardeau de la loi, fardeau dont Pierre dit, Ac 15, 10 : C’est un fardeau que ni nous ni nos pères n’avons pu porter. Mais les Gentils n’ont pas porté un tel fardeau, car ils n’ont pas été soumis à la loi. Ou bien, selon Grégoire, parce que les premiers hommes ont vécu plus longtemps, puisqu’ils vivaient neuf cents ans, ils ont porté un fardeau plus lourd.

[20, 13]

2104. MAIS IL RÉPLIQUA À L’UN D’EUX. Ici est présentée la réplique. Premièrement, [le maître] montre sa justice et sa miséricorde ; deuxièmement, l’équité de la rémunération.

À propos du premier point, il fait trois choses : premièrement, il nie l’injustice ; deuxièmement, il rappelle l’entente ; troisièmement, il rappelle la rétribution accordée.

2105. [Le Seigneur] dit donc : MAIS IL RÉPLIQUA À L’UN D’EUX, et ajoute : À TOUS, car ils avaient tous la même cause. IL DIT : « MON AMI. » Il l’appelle ami parce qu’il l’avait attiré à lui. Dt 4, 37 : Il a choisi leur descendance après eux. « JE NE TE LÈSE EN RIEN, parce que je donne à celui-ci ce qui m’appartient, et non ce qui t’appartient ; je ne te fais donc aucun tort. » Jb 8, 3 : Est-ce que le Tout-puissant renverse la justice ? Ensuite, il rappelle l’entente : N’EST-CE PAS D’UN DENIER QUE NOUS SOMMES CONVENUS ? À savoir, pour obtenir le salut. Gn 15, 1 : Moi, le Seigneur, grande est ta récompense !

[20, 14]

2106. PRENDS CE QUI T’APPARTIENT, c’est-à-dire ce que tu as reçu conformément à ma promesse, ET VA-T’EN dans la gloire. 2 Tm 1, 12 : Je sais en qui j’ai cru et je suis certain, car il a le pouvoir de préserver mon dépôt pour ce jour-là. Certains l’interprètent de la manière suivante : PRENDS CE QUI T’APPARTIENT, c’est-à-dire la condamnation en raison du murmure, ET VA-T’EN au feu éternel. Mais cela n’est pas possible, car il dit qu’ils ont reçu chacun un denier.

Ensuite, il présente la miséricorde manifestée : IL ME PLAÎT DE DONNER À CE DERNIER VENU AUTANT QU’À TOI. À ce propos, [le propriétaire] fait deux choses : premièrement, il présente la miséricorde ; deuxièmement, sa capacité de prendre en pitié.

IL ME PLAÎT [DE DONNER] À CE DERNIER, c’est-à-dire, au Gentil, AUTANT QU’À TOI. Rm 3, 9 : Quoi donc ? Avons-nous la préséance ? Pas du tout.

[20, 15]

2107. Mais ceux-ci pourraient dire : « Tu ne le peux pas. » Il insiste donc : « NE SUIS-JE PAS LIBRE DE FAIRE CE QUE JE VEUX ? » Car il est permis à chacun de faire ce qu’il veut de ce qui lui appartient. En effet, s’il était le débiteur d’un autre, il n’aurait pas le droit de le faire ; de même, s’il dépendait d’un autre. Mais il est le maître ; il peut donc donner davantage. Le bailli ne peut donner quelque chose, si ce n’est en fonction du mérite ; mais le roi le peut sans tenir compte du mérite. De même Dieu le peut-il, qui est le maître de tous. Ps 113[114], 11 : Il a fait tout ce qu’Il voulait. Rm 9, 19 : Qui résiste à sa volonté ? Ici, il faut remarquer qu’il n’y a pas d’acception de personnes du fait que cela est donné par miséricorde, car, de ce qui m’appartient en propre, je peux donner à qui je veux sans acception de personne.

2108. OU FAUT-IL QUE TU AIES L’ŒIL MAUVAIS PARCE QUE SUIS BON ? Il est clair que le murmure précédent ne venait pas d’une défaillance de la part du maître, mais de la miséricorde manifestée à un autre ; il était donc dû à la miséricorde et à la bonté. Mais celui-là est vraiment mauvais qui s’afflige de la bonté. Il dit donc : « FAUT-IL QUE TU AIES L’ŒIL MAUVAIS PARCE QUE SUIS BON, parce que j’ai montré ma justice envers toi et ma miséricorde envers un autre ? » Il est clair que cela vient de la bonté. Plus haut, 6, 22 : Si ton œil est sain, tout ton corps est éclairé. [Il est question] de la bonté du Seigneur dans Ps 72[73], 1 : Que le Dieu d’Israël est bon pour ceux qui ont un cœur droit !

[20, 16]

2109. VOILÀ COMMENT LES DERNIERS SERONT LES PREMIERS, ET LES PREMIERS SERONT LES DERNIERS. [Le Seigneur] apporte ici la conclusion de ce qui était l’objet de la parabole. Premièrement, il présente la conclusion ; deuxièmement, il écarte une fausse opinion.

Il dit : LES DERNIERS SERONT LES PREMIERS. On peut lire cela de deux façons selon Chrysostome : les derniers deviendront les égaux des premiers, de sorte qu’il n’y aura pas de différence (et cela correspond à ce qui a été, à savoir que chacun a reçu un denier) et qu’il n’y aura pas de différence dans le temps ; ou bien, d’une autre façon, à savoir que ceux qui sont les derniers seront les premiers. Dt 28, 44 : L’étranger passera devant toi et sera en tête, et toi à la queue. Ou bien, ceux qui étaient les premiers deviendront les derniers à cause de leur négligence ; et cela correspond à ce qui précède, car [l’intendant] a commencé par les derniers.

Mais quelqu’un pourrait dire : « Est-ce que tous ceux qui étaient les premiers ne seront pas sauvés ? » [Le Seigneur] dit : BEAUCOUP SONT APPELÉS, MAIS PEU SONT ÉLUS, car ceux qui croient ont tous été appelés ; mais ceux qui sont élus, qui font de bonnes œuvres, sont peu nombreux, comme [il est dit] plus haut, 7, 14 : Le chemin qui conduit à la vie est étroit et peu nombreux sont ceux qui le trouvent.

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