Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

Leçon 2 – Mt 19, 20‑30

 

[19, 20]

2050. LE JEUNE HOMME LUI DIT : « TOUT CELA, JE L’AI OBSERVÉ DEPUIS MON ENFANCE. » Après avoir transmis son enseignement sur le salut commun, le Seigneur transmet ici son enseignement sur la perfection. Premièrement, il transmet son enseignement ; deuxièmement, la nécessité de cet enseignement ; troisièmement, la récompense de son observance. Le second point [se trouve] en cet endroit : JÉSUS DIT ALORS À SES DISCIPLES [19, 23] ; le troisième, en cet endroit : ALORS, PRENANT LA PAROLE, PIERRE, etc. [19, 27].

Premièrement, l’occasion de donner cet enseignement est présentée ; deuxièmement, la formulation ; troisièmement, l’effet. Le second point [se trouve] en cet endroit : JÉSUS LUI DIT, etc. [19, 21] ; le troisième, en cet endroit : ENTENDANT CETTE PAROLE, LE JEUNE HOMME REPARTIT CONTRISTÉ [19, 22].

2051. L’occasion de formuler cet enseignement est la demande du jeune homme. Premièrement, il confesse qu’il observe les [commandements] de la loi ; deuxièmement, il demande en quoi consiste la perfection à laquelle il pourrait accéder, en cet endroit : « QUE ME MANQUE-T-IL ENCORE ?"

2052. [Le jeune homme] dit donc : « TOUT CELA, JE L’AI OBSERVÉ DEPUIS MON ENFANCE. » Il dit : « TOUT CELA », car il ne suffit pas de faire une seule chose, si toutes ne sont pas observées. Jc 2, 10 : Celui qui commet une offense sur un point devient coupable de tout. Il dit aussi : DEPUIS MON ENFANCE. Pr 22, 6 : Mets le jeune homme sur sa voie et, lorsqu’il vieillira, il ne s’en écartera pas. Lui convenait donc de ce qui est dit en Jb 23, 12 : Je ne me suis pas écarté de la voie tracée par tes lèvres. Disait-il la vérité ? On peut se le demander. Jérôme dit qu’il a menti, ce qui est clair, car, immédiatement avant cela, il avait été dit : « TU AIMERAS TON PROCHAIN COMME TOI-MÊME. » S’il avait aimé de cette façon, il ne serait pas reparti triste lorsque le Seigneur dit : « VA, VENDS TOUT CE QUE TU POSSÈDES ET DONNE-LE AUX PAUVRES. » Chrysostome dit qu’il avait dit la vérité pour ce qui était de l’observance des [commandements] de la loi, et cela est confirmé par ce qu’on trouve en Mc 10, 21, que lorsque Jésus le regarda, il l’aima, ce qu’il n’aurait pas fait s’il n’avait pas été bon. En effet, il existe une double voie : l’une qui suffit au salut, et elle consiste dans l’amour de Dieu et du prochain, avec le bénéfice qu’il comporte, mais sans sa lourdeur, comme on le trouve en 1 Co 8, 3 : Celui qui aime Dieu est connu de lui, etc., et cette voie, [le jeune homme] l’avait suivie ; l’autre, qui est celle de la perfection, comme aimer son prochain avec les inconvénients que cela comporte, et cette voie, [le jeune homme] ne l’avait pas suivie. C’est pourquoi, lorsqu’elle lui fut proposée, IL REPARTIT CONTRISTÉ. Il n’était pas satisfait de la première ; il demanda donc : « QUE ME MANQUE-T-IL ENCORE ? » Tous sont tenus de se poser cette question, selon ce qui est dit : Seigneur, fais-moi connaître ma fin et le nombre de mes jours afin que je sache ce qui me manque [Ps 38[39], 5]. En effet, Lui seul sait ce qui nous manque. Tes yeux ont vu ce qui était imparfait en moi, Ps 138[139], 16.

[19, 21]

2053. JÉSUS LUI DIT : « SI TU VEUX ÊTRE PARFAIT, VA, etc. » Premièrement, l’effort est présenté ; deuxièmement, la voie ; troisièmement, parce que celle-ci est difficile, la récompense est présentée ; quatrièmement, l’accomplissement de la perfection.

2054. [Le Seigneur] dit donc : « SI TU VEUX ÊTRE PARFAIT, VA, VENDS TOUT CE QUE TU POSSÈDES ET DONNE-LE AUX PAUVRES. » Nous devons en effet nous efforcer à la perfection. He 6, 1 : Laissant l’enseignement élémentaire du Christ, élevons-nous à ce qui est parfait. Mais Origène pose une question : la perfection de la loi est l’amour. Or, [le Seigneur] avait dit : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Pourquoi donc a-t-il dit : « SI TU VEUX ÊTRE PARFAIT », alors qu’il était déjà parfait ? Certains disent que, dans certains livres, n’apparaît pas : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Et cela est clair, car cela n’apparaît pas chez Marc. Mais on peut [l’expliquer] autrement : [le Seigneur] a dit cela, mais non dans cet ordre, car dans l’évangile des Nazaréens, [le texte] est le suivant : Le Seigneur dit : « Tu ne commettras pas d’adultère, etc. », jusqu’à ce qui porte sur l’amour. Puis suit : « Tout cela, etc. », et vient ensuite : « Tu aimeras ton prochain, etc. » Toutefois, la solution est simple, car il existe un double amour du prochain, à savoir, l’amour selon la voie commune et l’amour selon [la voie] de la perfection. [Le Seigneur] dit donc : « VA, VENDS TOUT, etc. », non pas une partie, tel que le firent Ananias et Saphire, comme on le lit dans Ac 5, 2, ET DONNE-LE AUX PAUVRES », et non aux riches. 1 Co 13, 3 : Si je distribue mes biens aux pauvres pour les nourrir. Ps 111[112], 9 : Il a distribué, il a donné aux pauvres. Et non pas à un seul pauvre, mais à plusieurs.

2055. Mais que signifie cela ? Est-ce que celui-ci ne serait pas aussitôt parfait ? Il semble que non, car il y a encore des passions en lui. Il n’est donc pas parfait dans la vertu. Origène dit qu’il est devenu aussitôt parfait, comme sont aussitôt parfaits ceux à qui il a distribué ses biens. 2 Co 8,14 : Que votre abondance comble leurs besoins, et que leur abondance vienne au secours de vos besoins. De sorte que leur perfection est passée en lui, comme celui qui accueille un prophète en tant que prophète recevra la récompense d’un prophète, etc., plus haut, 10, 41. De sorte que la voie de la perfection n’est pas dans : « VA ET VENDS TOUT CE QUE TU POSSÈDES », mais seulement dans ce qui suit : « DONNE-LE AUX PAUVRES. » Une autre réponse pour : « SI TU VEUX ÊTRE PARFAIT », est que tu ne seras pas immédiatement parfait, mais tu auras une certaine amorce de la perfection, parce que, déchargé de [ces biens], tu pourras plus facilement contempler les réalités célestes. Augustin dit que « les veilles et les choses de ce genre sont des instruments de la perfection, mais que la perfection se trouve dans ce qui suit : “Suis-moi” ». Ainsi, [on lit] plus haut, 4, 20 : Pierre et André, ayant tout abandonné, le suivirent. De même en a-t-il été de Matthieu, plus haut, 9, 9. Mais lorsque tu écartes toutes ces choses, tu en fais meilleur usage en le donnant aux pauvres, et en cela il faut prendre en considération le prochain.

2056. Dès lors, si la perfection ne consiste pas en cela, en quoi consiste-t-elle ? Il faut dire [qu’elle consiste] dans la perfection de la charité. Col 3, 14 : Ayez par-dessus tout la charité, qui est le lien de la perfection. De sorte que l’amour de Dieu est la perfection, mais la liquidation de ses biens est la voie vers la perfection. Et comment ? Augustin, dans le Livre sur les quatre-vingt-trois questions, dit que « l’accroissement de la charité diminue la cupidité, et que la perfection de la charité est l’élimination de la cupidité. Celui-là donc est parfait dans la charité, qui aime Dieu jusqu’au mépris de soi et de ce qui lui appartient ». Ainsi, il est difficile et presque impossible que quelqu’un possède des richesses sans y être attaché. Et cela est clair par le cas de Grégoire dont on lit que, « alors qu’il pensait se mettre davantage au service du Christ sous une forme séculière, on se mit à l’écraser sous tant de [biens temporels] qu’il fut absorbé, non pas seulement par ce qu’ils étaient en réalité, [mais par ce qu’ils étaient] en esprit ». C’est pourquoi rien ne rend l’esprit aussi libre que de ne pas avoir à s’occuper des richesses, et telle est la voie de la perfection.

2057. C’est donc une chose d’être parfait, et une autre d’être dans l’état de perfection. Quiconque a une charité parfaite allant jusqu’au mépris de soi et de ce qui lui appartient possède la perfection. L’état de perfection est double : celui des prélats et celui des religieux, mais d’une manière équivoque, car l’état des religieux vise l’acquisition de la perfection (c’est pourquoi il fut dit [au jeune homme] : SI TU VEUX ÊTRE PARFAIT, si tu veux accéder à l’état de perfection) ; mais l’état des prélats ne vise pas à l’acquérir pour eux-mêmes, mais à communiquer [la perfection] possédée (ainsi le Seigneur, en Jn 21, 17, dit à Pierre : « Pierre, si tu m’aimes, paix mes brebis », et ne dit pas : « Si tu veux être parfait, etc. »). Il y a donc entre la perfection des religieux et celle des prélats la même différence qu’entre un disciple et un maître. On dit ainsi au disciple : « Si tu veux apprendre, entre à l’école et apprends. » Au maître on dit : « Enseigne et perfectionne. » L’état des religieux est ainsi plus sûr, car l’ignorance ne leur est pas imputée comme elle l’est au prélat. De même donc qu’il serait ridicule qu’un maître ne sache rien, ainsi, etc. Mais, à supposer que chacun fasse ce qui lui revient et fasse bon usage de sa fonction, je dis qu’il n’y a pas de comparaison, si ce n’est comme entre un disciple et un maître. De sorte que le prélat est dans un état plus parfait, même s’il s’agit d’Élie ou de n’importe quel autre.

2058. Mais une question se pose : si le prélat est parfait, n’est-il pas tenu de tout vendre ? Je dis que cela serait la conséquence si la perfection se trouvait dans le fait d’ALLER ET DE VENDRE TOUT CE QUE TU POSSÈDES. Or, tel n’est pas le cas, mais cela est un préambule à l’acquisition de la perfection. Il n’est donc pas nécessaire qu’il vende ce qu’il possède. Mais parce que cela arrive rarement que quelqu’un soit parfait alors qu’il possède des richesses, tout doit être abandonné par celui qui s’oriente vers la perfection. Le Seigneur indique donc ce qui est plus facile. Je dis donc que si un prélat a les qualités requises et assure bien le soin [des fidèles], je dis qu’il serait plus parfait, comme quelqu’un pourrait dire : « Je veux entrer à l’école pour apprendre », mais, puisqu’il ne sait rien, il est présomptueux [pour lui] de dire qu’il veut être maître. Ainsi, dans La cité de Dieu, Augustin dit : « L’état supérieur, sans lequel le peuple ne peut être bien dirigé, même s’il est exercé convenablement, est cependant désiré de manière inconvenante. » De même, c’est autre chose d’être prélat et d’être dans l’état de prélat. Les prêtres de rang inférieur et les curés seraient-ils dans l’état de perfection ? Je dis qu’ils ne sont pas dans cet état parce qu’ils n’ont pas ce qui fait l’état. Tout état est conféré avec une certaine solennité, comme l’ordre de l’épiscopat et [l’état] religieux. Mais lorsqu’une fonction de rang inférieur est conférée, elle n’est pas conférée avec solennité. [Ceux qui la reçoivent] n’ont donc pas l’état de perfection. Ce qui est clair, car à certains sont confiés une charge et l’exercice [de la charge], et s’ils ne sont pas promus, ils peuvent les quitter et se marier, et parfois ils deviennent religieux. Mais l’évêque ne saurait quitter l’épiscopat, sauf par autorisation d’un supérieur ; le curé le peut en entrant en religion. Mais s’il était déjà dans un état supérieur, il déchoirait de son état et ainsi pécherait. Il peut donc posséder la perfection pour ce qui est de l’acte, mais non pour ce qui est de l’état, parce que l’état n’est conféré qu’avec une solennité.

2059. VA ET VENDS TOUT CE QUE TU POSSÈDES, ET DONNE-LE AUX PAUVRES, car, pour cela, tu auras une grande récompense, la récompense étant proportionnée au mérite. ET TU AURAS UN TRÉSOR DANS LE CIEL. Dans un trésor, il y a deux choses : la stabilité et l’abondance. Tu auras un trésor et les réalités spirituelles en abondance. Ps 111[112], 3 : Gloire et richesses sont dans sa maison. Is 33, 6 : Et ce sera la sécurité pour tes jours : sagesse et connaissance sont les richesses qui sauvent.

PUIS VIENS ET SUIS-MOI. Ici se trouve la fin de la perfection. De sorte que ceux-là sont parfaits qui suivent Dieu de tout leur cœur. Ainsi, en Gn 17, 1 : Marche devant moi et sois parfait. SUIS-MOI, c’est-à-dire : « Imite la vie du Christ. » Ainsi, plus haut, 16, 24 : Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même. L’imitation se trouve dans le souci de prêcher, d’enseigner et de prendre soin. Ainsi, Chrysostome [dit] : « Il a été dit à Pierre : “Suis-moi”, à savoir, en prenant soin du monde entier. » Jb 23, 11 : Mon pied a suivi ses traces.

[19, 22]

2060. ENTENDANT CETTE PAROLE, LE JEUNE HOMME S’EN ALLA CONTRISTÉ. Ses sentiments sont montrés, car IL S’EN ALLA CONTRISTÉ. Cela arrive lorsque nous désirons une chose et que nous ne pouvons l’avoir telle que nous la désirons. Ainsi, celui-ci désirait la perfection et avait entendu ce qui devait lui venir d’elle. Et parce qu’il était cupide, IL S’EN ALLA CONTRISTÉ. Et pourquoi ? CAR IL AVAIT DE GRANDS BIENS. Augustin [dit] : « Celui qui a abandonné la volonté de posséder a un grand mérite, car on lui impute ce qu’il aurait pu posséder. Mais c’est un mérite encore plus grand d’abandonner ce qu’on a déjà acquis, car il est plus difficile de séparer ce qui est déjà uni que ce qui n’est pas encore uni. » Et cela est clair, car celui-ci, qui possédait [de grands biens], ne put s’en séparer.

[19, 23]

2061. JÉSUS DIT ALORS À SES DISCIPLES. Ici est donnée la raison de l’enseignement qui précède. Premièrement, la raison est donnée ; deuxièmement, il répond à l’étonnement des disciples, en cet endroit : ENTENDANT CELA, LES DISCIPLES RESTÈRENT TOUT INTERDITS [19, 25].

[Matthieu] dit donc : JÉSUS DIT ALORS À SES DISCIPLES, etc. L’occasion de parler était cette parole : IL S’EN ALLA CONTRISTÉ, car [le Seigneur] avait dit : VA, VENDS CE QUE TU POSSÈDES, etc. IL SERA DIFFICILE À UN RICHE D’ENTRER DANS LE ROYAUME DES CIEUX. Il ne dit pas impossible. Et il dit UN RICHE : non pas celui qui possède des richesses, car certains en possèdent et ne les aiment pas ; mais certains en possèdent et les aiment, et ils mettent en elles leur confiance. Ceux qui en possèdent sans les aimer peuvent entrer dans le royaume des cieux. En effet, si ce n’était pas le cas, Paul ne dirait pas : Aux riches de ce monde, ordonne de ne pas juger de haut, de ne pas placer leur confiance en des richesses précaires [1 Tm 6, 17]. Mais celui qui en possède et les aime, il [lui] est difficile, etc. Plus haut, 13, 22 : Les préoccupations de ce monde et la séduction des richesses étouffent la parole. Pr 28, 20 : Celui qui s’empresse de s’enrichir ne sera pas innocent. Si 31, 8 : Bienheureux le riche qui sera trouvé sans faute, qui ne court pas après l’or, etc. Mais cela est difficile. C’est pourquoi vient ensuite : Qui est-il : nous en ferons l’éloge ? Il a accompli des prodiges durant sa vie.

[19, 24]

2062. [Le Seigneur] ajoute quelque chose qui semble se rapporter à la difficulté. Il dit donc : JE VOUS LE RÉPÈTE, IL EST PLUS FACILE À UN CHAMEAU DE PASSER PAR LE TROU D’UNE AIGUILLE QU’À UN RICHE D’ENTRER DANS LE ROYAUME DES CIEUX. Plus haut, le Seigneur avait dit qu’il était difficile pour un riche d’entrer dans le royaume des cieux ; ici, [il dit] que cela est impossible, comme IL EST IMPOSSIBLE À UN CHAMEAU DE PASSER PAR LE TROU D’UNE AIGUILLE. Ainsi, prenez un riche qui possède des richesses et ne les aime pas : cela est difficile ; mais à celui qui les aime et met en elles sa confiance, il est impossible d’entrer dans le royaume des cieux. En effet, qu’un chameau ne puisse passer par le trou d’une aiguille, cela est dans la nature des choses ; qu’un riche qui aime les richesses ne puisse entrer dans le royaume des cieux, cela vient de la justice divine, mais tout pourrait d’abord être bouleversé avant que la justice divine ne soit changée.

2063. D’autres, tel Jérôme, [disent] que ce n’est pas l’impossibilité mais la difficulté [qui est indiquée]. On trouve dans une glose, dont on ignore l’auteur, qu’il y avait à Jérusalem une porte qui s’appelait le « trou d’aiguille », que ne pouvaient franchir les chameaux chargés. De même le riche ne peut entrer dans le royaume des cieux que s’il se décharge de l’amour des richesses. Mais il est plus facile de décharger un chameau que pour un riche d’abandonner [cet] amour.

2064. Chrysostome donne une interprétation mystique : par le chameau, sont signifiés les païens, qui sont chargés du péché d’idolâtrie, et par les richesses, les Juifs ; l’aiguille est le Christ, et le trou de l’aiguille est la passion. Ainsi, il fut plus facile pour le peuple païen de passer par la passion du Christ que pour les Juifs, car ceux-ci ne pouvaient y venir qu’en abandonnant les cérémonies de la loi, et ils ne le feraient pas d’eux-mêmes. De sorte qu’on demanda au Démon quel était le péché le plus grave, et il répondit que c’était de posséder le bien d’autrui. On lui répondit : « Tu mens. » Bien plus, il dit : « J’abandonne souvent les autres pécheurs, mais ceux-ci, je ne les abandonne pas. » Ou bien : IL EST PLUS FACILE, etc., de sorte qu’on entende par le riche l’orgueilleux, par le chameau, le Christ, par le trou de l’aiguille, la passion du Christ. Ainsi, il était plus facile pour un chameau de passer par le trou d’une aiguille que pour un orgueilleux de s’humilier.

[19, 25]

2065. ENTENDANT CELA, LES DISCIPLES RESTÈRENT TOUT INTERDITS, ET ILS DISAIENT : « QUI DONC PEUT ÊTRE SAUVÉ ? » Plus haut, le Seigneur a donné la raison de son enseignement ; ici, il répond à l’étonnement des disciples. Premièrement, l’étonnement [des disciples] est présenté ; deuxièmement, la réponse [de Jésus], en cet endroit : [LES] REGARDANT, JÉSUS LEUR DIT [19, 26].

[Matthieu] dit donc : ENTENDANT CELA, LES DISCIPLES RESTÈRENT TOUT INTERDITS, ET ILS DISAIENT : « QUI DONC PEUT ÊTRE SAUVÉ ? » Mais ici se pose une question à propos du texte. Comme il y a plus de pauvres que de riches et qu’il est difficile pour les riches d’être sauvés, comment [les disciples] disent-ils : « QUI DONC PEUT ÊTRE SAUVÉ ? » La réponse est qu’ils avaient compris que [Jésus] parlait aussi des pauvres qui sont riches par la volonté, car il y a beaucoup de pauvres qui sont riches par la volonté. De même, [les disciples] étaient déjà devenus préoccupés par le monde entier. C’est pourquoi s’abattait sur eux cette préoccupation qu’on trouve en 2 Co 11, 28, de sorte qu’ils étaient des responsables soucieux de toutes les créatures.

[19, 26]

2066. [LES] REGARDANT, JÉSUS LEUR DIT : « POUR LES HOMMES, C’EST IMPOSSIBLE, etc. » Ici, [le Seigneur] répond à leur étonnement : « POUR LES HOMMES, C’EST IMPOSSIBLE, MAIS POUR DIEU TOUT EST POSSIBLE. » Mais que veut-il dire ? En effet, il semble que le libre arbitre disparaît si cela est impossible pour les hommes. Il est vrai que l’homme possède par lui-même le pouvoir de pécher ; mais il ne possède pas en lui-même de pouvoir ressusciter ou accomplir les œuvres du salut sans l’aide de la grâce de Dieu. En effet, c’est Dieu lui-même qui peut accomplir cela. Rm 9, 16 : Cela n’est pas le fait de celui qui court ou qui veut, mais de Dieu qui prend pitié. Ainsi, Jb 42, 1 : Je sais que tu peux tout et que rien n’est impossible pour toi. De sorte qu’il est impossible que l’homme soit sauvé selon la puissance humaine, car la puissance humaine ne change pas la volonté, mais il appartient à Dieu seul de la changer, comme on le lit en Ph 2, 13 : Lui qui opère en nous le vouloir et l’action.

[19, 27]

2067. Ensuite, [le Seigneur] précise la récompense des parfaits. Premièrement, une question est posée ; deuxièmement, la réponse [est présentée], en cet endroit : JÉSUS LEUR DIT [19, 28].

Pierre avait entendu l’éloge de la pauvreté et avait entendu : « VA, VENDS TOUT CE QUE TU POSSÈDES ET DONNE-LE AUX PAUVRES. » Il avait aussi entendu qu’il est difficile pour les riches d’entrer dans le royaume des cieux. C’est pourquoi Pierre estimait qu’il avait fait une grande chose parce qu’il avait tout abandonné. [Matthieu] dit donc : PIERRE LUI DIT : « VOICI QUE NOUS AVONS TOUT LAISSÉ. » Et parce qu’il n’avait pas entendu seulement cela : « VA, VENDS… », mais en plus : « ET SUIS-MOI, etc. », Pierre ajoute : « ET NOUS T’AVONS SUIVI. » Tout quitter ne réalise pas la perfection, mais tout quitter et suivre le Christ, car beaucoup de philosophes ont tout quitté. Or, Pierre avait quitté sa barque et ses filets. Mais Pierre est davantage loué pour son sentiment que pour le fait d’avoir [tout] quitté, car il avait quitté avec une volonté si empressée qu’il aurait tout quitté s’il l’avait possédé. De même, il savait que le Christ connaissait sa volonté. Il dit donc : VOICI QUE NOUS, etc. Par quoi il donna l’exemple qu’on ne doit pas considérer que ceux qui ont quitté ce qu’ils avaient ont quitté peu, même s’ils avaient peu.

2068. Et Jérôme dit que quitter ne constitue pas la perfection, mais suivre le Seigneur. Et quelqu’un suit Dieu de plusieurs façons. En esprit, par la contemplation. Os 6, 3 : Connaissons, appliquons-nous à connaître le Seigneur. Ainsi ceux-là suivent Dieu qui ont Dieu sous les yeux et connaissent Dieu par mode de contemplation. De même, on suit Dieu par l’observance des commandements. Jn 10, 17 : Mes brebis entendent ma voix et me suivent. De même, par l’imitation de ses œuvres. Jb 33, 11 : Mon pied suit ses traces. De même, par le mépris de soi et des siens, plus haut, 16, 24 : Si quelqu’un veut me suivre, qu’il se renie lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. De même, par la pureté de l’esprit et du corps. Ap 14, 4 : Ceux-là sont ceux qui ne se sont pas souillés avec des femmes : en effet, ils sont vierges et suivent l’Agneau partout où il va. La pauvreté volontaire dispose à suivre ainsi [Dieu].

[19, 28]

2069. JÉSUS LEUR DIT : « EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, etc. » Ici, il s’agit de la récompense de la perfection. Premièrement, [Jésus] présente la récompense de la perfection des apôtres ; deuxièmement, de la perfection des autres ; troisièmement, il écarte une objection.

. [Le Seigneur] dit donc : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, etc. En effet, parce qu’il voulait que ce qu’il avait dit soit [considéré comme] certain, il affirme donc avoir dit la vérité en disant : EN VÉRITÉ. Et pour montrer que la perfection ne réside pas dans ceci : VA, VENDS TOUT CE QUE TU POSSÈDES, mais dans ceci : SUIS-MOI, il dit donc : VOUS QUI M’AVEZ SUIVI, DANS LA RÉGÉNÉRATION… VOUS SIÉGEREZ, VOUS AUSSI, SUR DOUZE TRÔNES, etc. La régénération est double. L’une est celle de l’esprit, qui est réalisée par la grâce dans le baptême, dont il est question en 1 P 1, 3 : Il nous a régénérés pour une vivante espérance. Il y a aussi une régénération du corps : de même en effet que l’âme est régénérée par la grâce, de même, lors de la résurrection, [Dieu] ressuscitera nos corps. Ph 3, 21 : Il transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire. Certains interprètent selon la première régénération et adoptent la ponctuation suivante : VOUS QUI M’AVEZ SUIVI DANS LA RÉGÉNÉRATION, c’est-à-dire, qui avez été régénérés par la grâce, VOUS SIÉGEREZ, etc. Chrysostome [interprète] de la même façon, mais n’adopte pas cette ponctuation. Il dit donc que la récompense qu’il leur a promise dans la vie présente sera que VOUS QUI M’AVEZ SUIVI…, VOUS SIÉGEREZ.

2070. L’Église présente est la foi au Christ. Dans cette Église, il existe divers états chez les hommes. Et bien que toutes les vertus soient nécessaires au salut, toutefois l’un est plus louable par l’exercice d’une vertu que [par celui] d’une autre : certains par la foi, d’autres par la chasteté, d’autres par la charité. De même que c’est le cas entre les divers fidèles, de même [était-ce le cas] entre les apôtres, car Pierre fut le plus fervent promoteur de la foi, mais Jean excella dans la chasteté. Ainsi, ceux qui sont enflammés par la foi sont le siège de Pierre, par la chasteté, celui de Jean, et ainsi pour les autres. Mais tous sont le siège du Christ, car toutes les vertus se trouvaient en eux. C’est pourquoi [le Seigneur] leur promit qu’ils seraient les futurs pasteurs de l’Église.

2071. Autre [interprétation] : selon Augustin, il s’agit de la régénération, à savoir, de la résurrection. EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, DANS LA RÉGÉNÉRATION, c’est-à-dire lors de la résurrection, lorsqu’ils seront rappelés dans leur corps et dans leur âme, VOUS SIÉGEREZ, à savoir, sur le siège de majesté, c’est-à-dire que vous aurez le pouvoir judiciaire, POUR JUGER LES DOUZE TRIBUS D’ISRAËL, car de même que Dieu a confié le jugement au Fils, de même [le jugement] est-il donné à ceux qui l’ont suivi.

2072. Mais que veut-il dire par : LES DOUZE TRIBUS D’ISRAËL ? Ne jugeront-ils pas les autres ? Pourquoi donc parle-t-il davantage des DOUZE TRIBUS D’ISRAËL ? On comprend [qu’il s’agit] de tout le peuple des fidèles du monde entier, car les Gentils auront profité de l’abondance de l’olivier et auront partagé la promesse faite aux pères. Mais ceux qui sont infidèles ne seront pas jugés, car Grégoire dit que « certains sont damnés et ne sont pas jugés, comme les infidèles ; certains sont damnés et sont jugés, comme ceux qui ont cru et ont été retournés ». Et, comme l’affirme Jérôme, « les ennemis subissent une condamnation différente de celle de celui qui est demeuré dans la foi, car les ennemis sont condamnés par contumace, mais les autres alors qu’ils sont présents ».

2073. VOUS JUGEREZ DONC LES DOUZE TRIBUS D’ISRAËL. Parce que les apôtres ont vécu parmi les Juifs, on dit donc qu’ils jugeront les douze tribus. Et comment ? En les comparant, car ils les avaient averties. Elles pourraient dire : « Comment aurions-nous cru que tu étais Dieu, toi qui es vivant comme un mortel parmi nous, etc. ? » Mais le Seigneur dira : « Vous étiez sages selon la loi, et vous n’avez pas cru ; ceux-ci étaient des pêcheurs, et ils ont cru. »

Chrysostome se demande ce qui a été donné de grand aux apôtres. Cela n’a-t-il pas été donné aux Ninivites et à la reine du Midi, plus haut, 12, 41 ? Chrysostome dit que la manière même montre que l’autorité pour juger a été donnée aux apôtres, car ceux qui jugent d’autorité jugent assis, les avocats et les accusateurs condamnent debout. Pour montrer que les apôtres jugeront d’autorité, [le Seigneur] dit : VOUS SIÉGEREZ. Mais, à projet des Ninivites, il dit : Les Ninivites se lèveront lors du jugement en même temps que cette génération et la condamneront [12, 41].

2074. Mais ici se pose une question, car certains seront condamnés sans être jugés, et de même certains seront sauvés sans être jugés, tels les apôtres et les hommes apostoliques ; mais d’autres qui doivent être sauvés seront jugés : leurs mérites seront mis en évidence.

Et comment jugeront-ils ? Certains disent [que ce sera] par comparaison. Mais cela ne suffit pas, car la reine du Midi jugera de cette façon. Certains disent que ce sera selon le jugement du Christ. Mais cela ne suffit pas, car tous les saints approuveront de cette façon. Ps 57[58], 11 : Le juste se réjouira lorsqu’il verra le châtiment. De même, certains disent que ce sera par une justice imposante, car les justes seront élevés dans les airs au-devant du Christ et seront les assesseurs du Christ. Mais cela ne suffit pas encore, car il dit : VOUS SIÉGEREZ POUR JUGER. Certains disent qu’ils jugeront comme un livre juge : en effet, celui-ci juge, car là sont écrites les lois qui jugent [un homme], comme les cœurs des apôtres et des justes, qui ont observé les commandements de Dieu, seront le livre qui condamnera [les tribus d’Israël]. Les morts ont été jugés à livre ouvert, Ap 20, 12.

2075. Mais il y a plus, car [les apôtres] feront autre chose. Ainsi, en Ps 149[150], 6 : Les glaives à deux faces seront entre leurs mains. Comment donc jugeront-ils ? Voyez. Il y aura un jugement intérieur, car il adviendra par la puissance divine que tous ses péchés reviendront à la mémoire de chacun. De sorte que Lactance s’est trompé lorsqu’il affirme que la résurrection aura lieu mille ans avant le jugement. Ce jugement sera donc intérieur parce que, par la puissance divine, sera rappelé à la mémoire tout ce que chacun a fait. Mais il n’est pas inapproprié que quelqu’un reçoive une lumière d’un autre, car les anges en reçoivent de Dieu, et les hommes des anges. Il n’est donc pas étonnant que les hommes soient éclairés par les apôtres qui sont remplis [de lumière]. Ainsi, non seulement ils jugeront, mais les autres justes recevront aussi d’eux une certaine lumière. Mais cela sera différent chez les Christ et chez les apôtres, car le Christ le fera d’autorité, mais eux à titre de promulgateurs. Comme la loi a été donnée par les anges, la mise en œuvre du jugement sera faite par les anges, car voici qu’il est dit que les anges (Jb 36, 6 : Le jugement sera donné aux pauvres) ont obtenu justice et ont tout abandonné.

2076. Et pourquoi jugeront-ils ? Une raison est que les péchés appartiennent au monde. Ainsi, ceux qui doivent juger doivent être hors du monde, et tels sont les apôtres et les hommes apostoliques. De sorte que Jn 15, 9 [dit] : Je vous ai choisis parmi le monde. De même, le Philosophe dit que l’homme vertueux est le juge de tous les hommes, comme le goût l’est de tout ce qui peut être dégusté. De même donc que celui qui veut goûter quelque chose le donne à goûter à quelqu’un qui a un goût sain, de même, puisque l’homme vertueux a un goût sain, est-il la règle de tous les actes. Ainsi donc, les hommes parfaits jugeront comme une règle [juge]. Il y a aussi une autre explication : certains sont étrangers au monde, et ils suivent donc le Christ avec plus de ferveur. Ceux-là donc doivent d’autant plus juger qu’ils sont enflammés par les réalités à contempler. Ps 38[39], 4 : Mon cœur s’échauffe en moi, et un feu brûle alors que je médite. Aussi, parce qu’ils en ont plus l’habitude, ils sont plus fervents. C’est aussi parce qu’ils étaient pauvres et plus méprisables, mais que le mérite du mépris est l’élévation. [Le Seigneur] dit donc : VOUS SIÉGEREZ POUR JUGER, etc.

2077. Mais est-ce que Judas jugera ? Non, car ces promesses sont toutes conditionnelles. C’est pourquoi le Seigneur dit : VOUS QUI M’AVEZ SUIVI, etc. Ainsi, celui qui [l’]aura suivi et aura persévéré jugera, etc. Mais si ceux-ci jugent, que fera Paul ? Si les sièges sont déjà occupés, où [s’assoira] Paul ? Augustin dit que par [le nombre] douze est signifiée la totalité, qui est composée de sept. Le nombre douze vient donc de la multiplication de sept, car le nombre sept vient de trois et de quatre, et trois fois quatre (ou quatre fois trois) donnent douze. C’est ainsi que par ce nombre est signifié l’ensemble des élus.

[19, 29]

2078. ET QUICONQUE AURA LAISSÉ SA MAISON OU SES FRÈRES, etc. Après avoir présenté la récompense des apôtres, ici [est présentée celle] des autres, et des questions se posent ici.

La première : pourquoi [le Seigneur] n’a-t-il promis aux apôtres rien de temporel, et aux autres quelque chose de temporel, car IL RECEVRA AU CENTUPLE, ETC. [19, 29] ? Et cela est clair, car, chez Marc, on lit qu’il s’agit du centuple dans la vie présente [Mc 10, 30]. Selon Chrysostome, quelque chose de temporel a été promis aux apôtres : le jugement dans l’Église de Dieu, comme il a été dit auparavant. Ou bien, autre [interprétation] : chacun est attiré par ce qui l’attire. Ainsi, celui qui a abandonné le monde et ce qui fait partie du monde n’est pas attiré par ce qui est dans le monde. Mais d’autres, qui sont attachés aux choses séculières, sont attirés par elles. Ainsi, [le Seigneur] n’a rien promis de temporel aux apôtres qui avaient tout abandonné ; mais, aux autres, [il a promis quelque chose de temporel] parce qu’ils aiment les réalités temporelles. Il a donc promis le jugement aux apôtres. Ou bien, selon Origène, ce qui a été dit : DANS LA RÉGÉNÉRATION, est la récompense de ceux qui ont tout abandonné pour le Christ. Mais quelqu’un pourrait dire : « Je ne veux pas tout abandonner pour toi, mais j’abandonnerai une maison, un champ, etc. » Je dis que si tu abandonnes quelque chose, tu auras quelque chose, mais si [tu abandonnes] tout, tu seras juge.

2079. Mais il y a une autre question. [Le Seigneur] a dit : SA MAISON, et, à ce sujet, il n’y a aucun doute ; mais il dit : SON PÈRE ET SA MÈRE, etc. Celui qui ordonne d’abandonner son père et sa mère ordonne un péché. De même, lui-même a ordonné de ne pas répudier son épouse et d’honorer ses parents. Il faut dire qu’en cela deux choses sont prises en considération : l’affinité naturelle, et celle-ci ne doit pas être méprisée, car il faut faire du bien à ceux qui en font partie s’ils en ont besoin. Mais parfois ils éloignent du service de Dieu. Ils sont alors comme le membre qui scandalise et ce membre doit alors être coupé. C’est ainsi qu’il a ordonné de les abandonner. Il y a aussi une autre explication : le Seigneur a prévu qu’au moment de la persécution à venir, le frère se dresserait contre son frère. Il veut donc qu’un homme se sépare d’eux.

2080. Une autre question se pose lorsqu’il dit : IL RECEVRA AU CENTUPLE, etc. Comment faut-il l’entendre ? Certains ont dit que les saints ressusciteront mille ans avant le jugement et que le règne du Christ sera alors achevé, et alors celui qui aura abandonné une maison en recevra cent. Jérôme désapprouve [cela], car il ne recevra pas cent pères, etc. De même, on exprime une turpitude, car il ne recevra pas cent épouses. C’est pourquoi Augustin dit qu’il faut l’entendre des réalités spirituelles. Ainsi le Seigneur nous a choisis pauvres en ce monde et héritiers du royaume. Il faut donc l’entendre de la grâce de Dieu, qu’il mesure selon tout ce que tu abandonnes et sans limite. Il donne donc quelque chose d’infini en échange de quelque chose de fini. IL RECEVRA LE CENTUPLE, c’est-à-dire quelque chose qui vaut le centuple. Origène dit qu’il faut aussi comprendre cela au sens littéral. Tu abandonnes un champ : par la providence divine, tu en trouveras plusieurs à ton service. De sorte que s’adressera à eux ce [qui est dit] en 2 Co 6, 10 : N’ayant rien, mais possédant tout. De même, tu trouveras des frères, c’est-à-dire tous les hommes spirituels. De même, par-delà cette [vie], la vie éternelle. Jn 10, 27 : Mes brebis entendent ma voix et je les connais, et elles me suivent, et moi je leur donne la vie éternelle.

[19, 30]

2081. Ensuite, [le Seigneur] introduit une incidente : BEAUCOUP DE PREMIERS SERONT DERNIERS, ET DE DERNIERS SERONT PREMIERS. Ceux qui abandonnent quelque chose ou tout pour le Christ, s’ils vivent de manière négligente, recevront-ils cette récompense ? Je dis que non, parce qu’ils l’auront imparfaitement reçue, et ils ne seront pas premiers, mais derniers. Ou bien, autre [explication], ils pourraient dire : « VOUS QUI AVEZ TOUT ABANDONNÉ, etc., nous jugerons donc ainsi. » Ceux qui sont emportés par l’orgueil sont les derniers. Origène dit que cela peut s’entendre de ceux qui viennent au Christ et vivent dans la tiédeur. Ensuite, il en vient d’autres qui sont fervents et qui dépassent les autres par leur ferveur. Ou bien, [le Seigneur] appelle premiers ceux qui sont nés de chrétiens, mais sont devenus derniers par rapport aux autres qui sont nés de païens ou de Juifs. Ou bien, cela peut se rapporter aux hommes ou aux anges, car ceux qui sont les premiers dans l’ordre des anges sont devenus les derniers par leur faute, et les derniers, c’est-à-dire les hommes, deviendront premiers et supérieurs.

 

 

CHAPITRE XX

 

Leçon 1 [Matthieu 20, 1‑16] 20, 1 « Car il en va du Royaume des Cieux comme d’un propriétaire qui sortit de bon matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. 20, 2 Il convint avec les ouvriers d’un denier pour la journée et les envoya à sa vigne. 20, 3 Sorti vers la troisième heure, il en vit d’autres qui se tenaient sur la place, désœuvrés. 20, 4 Il leur dit : “Allez, vous aussi, à la vigne, et je vous donnerai un salaire équitable.” 20, 5 Ceux-ci y allèrent. Sorti de nouveau vers la sixième heure, et vers la neuvième heure, il fit de même. 20, 6 Vers la onzième heure, il sortit encore, en trouva d’autres qui se tenaient là et leur dit : “Pourquoi restez-vous ici tout le jour désœuvrés ?” 20, 7 “Parce que personne ne nous a embauchés”. Il leur dit : “Allez, vous aussi, à ma vigne.” 20, 8 Le soir venu, le maître de la vigne dit à l’intendant : “Appelle les ouvriers. Remets-leur leur salaire, en remontant des derniers aux premiers.” 20, 9 Lorsque ceux de la onzième heure furent venus, ils reçurent chacun un denier. 20, 10 Les premiers venant à leur tour, pensèrent qu’ils allaient recevoir davantage, mais ils reçurent aussi chacun un denier. 20, 11 En le recevant, ils murmuraient contre le maître en disant : 20, 12 “Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure, et tu les as traités comme nous, qui avons porté le fardeau de la journée, avec sa chaleur !” 20, 13 Mais il répliqua à l’un d’eux et dit : “Mon ami, je ne te lèse en rien : n’est-ce pas d’un denier que nous sommes convenus ? 20, 14 Prends ce qui t’appartient et va-t’en. Il me plaît de donner à ce dernier venu autant qu’à toi. 20, 15 Ne suis-je pas libre de disposer de mes biens comme il me plaît ? Ou faut-il que tu sois jaloux parce que je suis bon ?” 20, 16 Voilà comment les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »

Leçon 2 [Matthieu 20, 17‑34] 20, 17 Montant à Jérusalem, Jésus prit avec lui douze disciples en secret et il leur dit pendant la route : 20, 18 « Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort 20, 19 et le livreront aux païens pour être bafoué, pour être flagellé et pour être crucifié ; et le troisième jour, il ressuscitera. »

20, 20 Alors la mère des fils de Zébédée s’approcha de lui, avec ses fils, se prosternant pour lui demander quelque chose. 20, 21 « Que veux-tu ? », lui dit-il. Elle lui dit : « Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. » 20, 22 Jésus répondit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire le calice que je vais boire ? » Ils lui disent : « Nous le pouvons » 20, 23 « Soit, leur dit-il, vous boirez ma coupe ; quant à siéger à ma droite et à ma gauche, il ne m’appartient pas de vous l’accorder, mais c’est pour ceux à qui mon Père l’a préparé. » 20, 24 Entendant cela, les dix autres s’indignèrent contre les deux frères. 20, 25 Mais Jésus les appela et dit : « Vous savez que les dirigeants des païens les traitent en maîtres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. 20, 26 Il n’en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, 20, 27 et celui qui voudra être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave. 20, 28 C’est ainsi que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner son âme en rançon pour un grand nombre. »

20, 29 Comme ils sortaient de Jéricho, une foule nombreuse les suivit. 20, 30 Et voici que deux aveugles étaient assis au bord du chemin ; quand ils apprirent que Jésus passait, ils s’écrièrent : « Seigneur ! Aie pitié de nous, fils de David ! » 20, 31 La foule les rabrouait pour leur imposer silence ; mais ils criaient de plus en plus fort : « Seigneur ! Aie pitié de nous, fils de David ! » 20, 32 Jésus, s’arrêta, il les appela et dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » Ils lui disent : 20, 33 « Seigneur, que nos yeux s’ouvrent ! » 20, 34 Pris de pitié, il toucha leurs yeux et aussitôt ils virent. Et aussitôt, ils le suivirent.

 

suivant