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Leçon 3 – Mt 18, 23‑35

[18, 23]

1993. IL EN VA [DU ROYAUME DES CIEUX], etc. Ici est présentée une comparaison, et [le Seigneur] fait trois choses. Premièrement, il montre la miséricorde divine ; deuxièmement, il aborde l’ingratitude, en cet endroit : EN SORTANT, CE SERVITEUR, etc. [18, 28] ; troisièmement, la punition de l’ingratitude, en cet endroit : VOYANT CE QUI S’ÉTAIT PASSÉ, SES COMPAGNONS, etc. [18, 31].

1994. À propos du premier point, l’examen des serviteurs est d’abord présenté ; en second lieu, la grandeur de la dette, en cet endroit : COMME ON COMMENÇAIT À LUI RENDRE COMPTE, ON LUI EN AMENA UN QUI DEVAIT DIX MILLE TALENTS [18, 24] ; en troisième lieu, la justice de la reddition des comptes, en cet endroit : CET HOMME N’AYANT PAS DE QUOI RENDRE, etc. [18, 25] ; en quatrième lieu, la remise de la dette, en cet endroit : APITOYÉ, LE MAÎTRE DE CE SERVITEUR, etc. [18, 27].

1995. [Le Seigneur] dit donc : « Parce que vous devez toujours être prêts à remettre, vous devez donc comprendre cette comparaison. » LE ROYAUME DES CIEUX est la loi du royaume : la parole même de Dieu est justice et vérité. 1 Co 1, 30 : Lui qui est devenu pour nous sagesse, justice, sanctification et rédemption. Lorsque le Verbe s’est fait chair, cela a donc ressemblé à un roi. Ou bien, par le royaume, l’Église présente est désignée, comme plus haut, 13, 41 : Ils ramasseront dans son royaume tous les scandales. Et c’est à juste titre qu’il dit ROYAUME, si nous considérons tout ce qui existe dans le royaume. Dans le royaume, il y a un roi, des serviteurs et les choses de ce genre. À UN ROI. Ce roi est Dieu, qu’on l’entende du Père, du Fils ou de l’Esprit Saint. QUI VOULUT RÉGLER SES COMPTES AVEC SES SERVITEURS. Par les serviteurs du maître, il faut entendre les prélats de l’Église, à qui a été confié le soin des âmes. Lc 12, 42 : Un serviteur sage et fidèle, que le maître a établi sur sa famille. Que veut dire RENDRE COMPTE de leur administration, si ce n’est qu’il les oblige à rendre des comptes ? He 13, 47 : Ceux-ci veillent comme s’ils devaient rendre compte de vos âmes. En effet, comme l’âme de chacun lui a été confiée, chacun peut être appelé serviteur. Jb 1, 8 : N’as-tu pas regardé ton serviteur Job, etc. ? Ainsi, chacun a été mis en situation de rendre compte pour tout, car il faudra rendre compte même d’une parole oiseuse, plus haut, 12, 36.

[18, 24]

1996. COMME ON COMMENÇAIT À LUI RENDRE COMPTE. Le terme de cette reddition de comptes sera le jour du jugement ; le début, lorsque [le maître] commencera à infliger une peine. 1 P 4, 19 : Ainsi, ceux qui souffrent selon la volonté de Dieu recommanderont leurs âmes au Créateur fidèle. Ez 9, 6 : Commencez par mon sanctuaire. L’examen attentif des mérites est aussi abordé. Lm 3, 40 : Examinons nos voies, par quoi l’on entend l’examen de [nos] consciences. Et, pendant cet examen, ON LUI EN AMENA UN QUI LUI DEVAIT DIX MILLE TALENTS. Si nous mettons ces talents en rapport avec les prélats, nous comprenons [qu’il s’agit des] péchés des sujets, car, chaque fois qu’un sujet pèche à cause de sa négligence, [le prélat] devient débiteur de [ses] talents. C’est pourquoi il est dit en 3 R [1 R] 20, 39 : Ce sera ton âme contre son âme. Ou bien on peut dire que le nombre mille est parfait parce que c’est un nombre carré. De même, on entend par dix le nombre du décalogue. De même, [on entend] par talent la gravité d’un péché. Za 5, 7 : Et voici qu’un talent de plomb fut apporté, etc. Est donc ainsi signifié celui qui a une multitude de crimes, car, lorsque Dieu veut qu’un compte soit rendu et examiner sa conscience, il trouve un amas de crimes. 1 [Ch] 29 : J’ai commis plus de péchés que le sable de la mer.

[18, 25]

1997. Lorsque cet examen de la dette est fait, trois choses sont demandées : premièrement, la raison de l’examen ou du châtiment est présentée ; deuxièmement, le châtiment est décrit ; troisièmement, le résultat du châtiment.

Quelqu’un est puni lorsqu’il n’a pas avec lui de quoi dédommager. C’est pourquoi [le Seigneur] dit : CET HOMME N’AYANT PAS DE QUOI RENDRE, puisque tout ce qu’il a ne suffit pas. Ainsi dit Mi 6, 6 : Qu’offrirai-je de digne au Seigneur, etc. ? Donc, CET HOMME N’AYANT PAS DE QUOI RENDRE, LE MAÎTRE DONNA L’ORDRE DE LE VENDRE, etc., car, lorsque le Seigneur fait rendre des comptes à l’homme et que l’homme n’a pas ce qu’il faut pour acquitter et qu’on prend en compte la justice de Dieu, qui est le châtiment, il ordonne qu’il soit vendu. Lorsqu’il est vendu, le prix du péché est le châtiment : le prix est ce que quelqu’un reçoit comme [châtiment]. Il est donc vendu lorsque le châtiment est infligé. Is 1, 1 : Vous avez été vendus pour vos iniquités. AINSI QUE SA FEMME ET SES FILS. [L’homme] engendre des fils de sa femme. Or, les fils sont [ses] actions, sa femme, la concupiscence ou la source du péché. ET TOUT CE QU’IL AVAIT : ce sont les dons de Dieu. Os 2, 8 : J’ai donné ma récolte, mon vin et mon huile, et j’ai entassé l’argent et l’or pour lui, etc. Il est donc puni pour la femme, les fils et les dons qui lui ont été donnés. Sg 14, 9 : Dieu a également en haine l’impie et son impiété. Ps 108[109] 9 : Que ses fils deviennent orphelins et que sa femme devienne veuve.

[18, 26]

1998. LE SERVITEUR SE JETA ALORS À SES PIEDS ET LUI DEMANDA. Ici est présentée la miséricorde du Seigneur. Et d’abord, ce qui incite à la miséricorde est présenté, car ce qui incite à la miséricorde est la prière. Ainsi, lorsque l’homme se sent en danger, il doit recourir à la prière. Si 21, 1 : Mon fils, tu as péché. N’en ajoute pas, mais prie pour ce que tu as fait afin que cela te soit pardonné. Or, l’humilité de [cet homme] est louangée, ainsi que sa justice : l’humilité, car IL SE PROSTERNA À SES PIEDS, Ps 101[102], 18 : Le Seigneur regarde la prière des humbles. En conséquence, IL LUI DEMANDA. Origène écrit : IL LE PRIA. De même, sa prudence est-elle abordée, car il ne demanda pas une remise complète de sa dette, mais demanda seulement du temps. Il dit donc : CONSENS-MOI UN DÉLAI, pour que je puisse rembourser. C’est ce que demandait Job, 10, 20 : Remets-moi un peu pour que je pleure ma souffrance. De même, la justice est abordée : ET JE TE RENDRAI TOUT. Ps 1, 21 : Alors je placerai des veaux sur ton autel.

[18, 27]

1999. La pitié du maître qui relâche [le serviteur] est aussi présentée : APITOYÉ, LE MAÎTRE DE CE SERVITEUR LE RELÂCHA ET LUI REMIT SA DETTE. Ainsi donc, ce n’est pas la douleur de celui qui se repent mais la miséricorde du Seigneur qui cause la rémission. C’est pourquoi [il est dit] en Rm 9, 26 : Cela n’est pas dû à celui qui court, mais au Dieu qui prend pitié. APITOYÉ, LE MAÎTRE, etc. Remarquez que le Seigneur donne plus que l’homme n’ose demander, comme il est dit dans cette prière : « Toi qui dépasses les mérites et les vœux de ceux qui [te] supplient. » IL LE RELÂCHA donc, c’est-à-dire qu’il l’absout, ET LUI REMIT LA DETTE de son péché. En effet, la contrition peut être telle que tout est remis.

[18, 28]

2000. EN SORTANT, CE SERVITEUR, etc. Cinq choses qui aggravent son ingratitude sont présentées. Premièrement, en effet, elle est aggravée par le moment, car si cela était arrivé cinq ou dix ans plus tard, cela ne serait pas étonnant ; mais parce qu’il pèche le même jour, il devient ingrat, comme c’est le cas du pécheur qui, alors que ses péchés ont été remis, retourne à ses [péchés] le même jour. Il dit donc : EN SORTANT. Jc 1, 24 : Il s’examina, puis s’en alla et oublia aussitôt ce qu’il était. De même, [il aggrava son péché] par la simulation, car il fut humble sous le regard du maître, mais, EN SORTANT, il montra aussitôt qui il était. 3 R [1 R] 22, 22 : Je sors et je serai un esprit mensonger dans la bouche de tous ses prophètes. Cela est aussi montré par ses affinités, car IL RENCONTRA UN DE SES COMPAGNONS. Si 28, 3 : L’homme manifeste de la colère à l’homme et il demande la guérison à Dieu. De même, par la petitesse de la dette, car IL LUI DEVAIT CENT DENIERS. Il y avait donc une différence dans le nombre, car lui en devait dix mille, et dans le poids, car celui-là [devait] des deniers, et lui-même [devait] des talents. Les péchés qui sont commis envers Dieu sont donc plus nombreux et plus graves que les péchés [qui sont commis] envers l’homme, qui sont plus légers, car ils viennent de la faiblesse. Il y a donc ici une différence de gravité, comme entre les talents et les deniers. En effet, il serait plus grave de frapper le roi qu’un serviteur. De même, [sa] cruauté est montrée par son exigence, car IL LE PRIT, parce qu’il le traîna en procès et le secoua, et IL LE SERRA À L’ÉTRANGLER, et il ne le laissait pas respirer.

[18, 29]

2001. [Il agit] encore par cruauté parce qu’il ne voulut pas remettre. Premièrement, la supplication du débiteur est donc présentée ; deuxièmement, la cruauté [du serviteur], en cet endroit : MAIS L’AUTRE NE VOULUT PAS, etc. [18, 30]. Il faut remarquer que tout ce que ce serviteur a fait auprès du maître, [le débiteur] l’a fait auprès du [serviteur]. Ainsi, IL SE JETA À SES PIEDS ET LUI DEMANDA. Plus haut, on disait : Il le supplia ; ici, IL LUI DEMANDAIT, parce que, plus haut, il rendait l’honneur qui est dû à Dieu, mais, ici, il aborde l’honneur qui est dû à l’homme. C’est pourquoi il dit : IL LUI DEMANDAIT.

[18, 30]

2002. Mais cela ne compta pour rien. On dit donc : MAIS CELUI-CI NE VOULUT PAS. Pr 12, 10` : Les entrailles des impies sont cruelles. ET IL LE FIT METTRE EN PRISON, c’est-à-dire dans la misère, JUSQU’À CE QU’IL EÛT REMBOURSÉ SA DETTE, c’est-à-dire afin qu’il rembourse sa dette. Pr 6, 34 : La colère et la fureur d’un homme n’épargnent rien au jour de sa vengeance.

[18, 31]

2003. VOYANT CE QUI S’ÉTAIT PASSÉ, SES COMPAGNONS. Ici sont abordées quatre choses. Premièrement, le reproche contre ce péché est présenté ; deuxièmement, la réprimande pour le péché de la part de Dieu, en cet endroit : ALORS SON MAÎTRE LE FIT VENIR [18, 32] ; troisièmement, le châtiment : ET, IRRITÉ, SON MAÎTRE LE LIVRA AUX BOURREAUX [18, 34] ; quatrièmement, la comparaison est appliquée, en cet endroit : C’EST AINSI QUE VOUS TRAITERA MON PÈRE CÉLESTE, etc. [18, 35].

[Le Seigneur] dit donc : VOYANT CE QUI S’ÉTAIT PASSÉ, SES COMPAGNONS, etc. En effet, nous voyons que si un membre souffre, les autres souffrent avec lui. Voyant donc un homme affligé, [ses compagnons] souffrent avec lui naturellement. Ps 118[119], 158 : J’ai vu les pécheurs et j’ai fondu. ILS FURENT donc NAVRÉS. Il faut se réjouir avec ceux qui se réjouissent et pleurer avec ceux qui pleurent. Rm 12, 15. ET ILS ALLÈRENT EN INFORMER LEUR MAÎTRE, c’est-à-dire qu’ils implorèrent la justice divine : J’ai entendu le désir des pauvres, Seigneur, ton oreille a entendu les démarches de leurs cœurs, Ps 10[11], 17.

[18, 32]

2004. Ensuite est présentée la réprimande : ALORS LE MAÎTRE LE FIT VENIR, etc. Le Seigneur appelle par la mort. Jb 19, 16 : Tu m’appelleras et je te répondrai. ET IL LUI DIT. Premièrement, il lui reproche sa malice ; deuxièmement, [il rappelle] le bienfait accordé ; troisièmement, il rappelle ce qu’il aurait dû faire.

[Le maître] dit donc : MAUVAIS SERVITEUR. Plus haut, lorsque [le serviteur] avait une dette envers lui, il ne [lui avait pas fait] de reproche ; mais maintenant, alors qu’il n’a pas fait ce qu’il aurait dû faire, il dit : MAUVAIS SERVITEUR, car le fait que l’homme pèche est humain, mais qu’il continue [à pécher], cela est diabolique.

JE T’AI REMIS TOUTE TA DETTE. Ici, [le maître lui] reproche le bienfait accordé, ce qu’il n’avait pas fait plus haut.

[18, 33]

2005. NE DEVAIS-TU PAS, TOI AUSSI, AVOIR PITIÉ DE TON COMPAGNON ? Comme s’il disait : « Tu as reçu de grandes choses, et tu ne veux pas en donner de petites ? »

[18, 34]

2006. EN COLÈRE, LE MAÎTRE, etc. Et d’abord, il traite du châtiment par lequel se réalise la séparation d’avec Dieu. Lorsque plus haut le maître ordonna de [le vendre], [Matthieu] ne dit pas qu’il était en colère, car les avertissements ne viennent pas de la justice, mais de la miséricorde divines. Mais la réprimande vient de la colère de Dieu. Pr 19, 12 : Comme le grondement du lion, ainsi est la colère du roi. En second lieu, [il est réprimandé] parce qu’il est soumis aux démons. IL LE LIVRA donc AUX TORTIONNAIRES. Si 33, 14 : Il leur rendra selon sa justice. La perpétuité du châtiment est aussi abordée : JUSQU’À CE QU’IL EÛT REMBOURSÉ TOUTE SA DETTE. Et cela sera infini. En effet, si le châtiment ne doit pas cesser avant que la dette soit acquittée, et que personne ne peut l’acquitter sans la grâce, celui qui meurt sans la charité ne pourra l’acquitter.

[18, 35]

2007. C’EST AINSI QUE VOUS TRAITERA MON PÈRE CÉLESTE. Ici, [le Seigneur] adapte la comparaison. Le Père est Dieu, comme plus haut, 6, 9 : Notre Père qui es aux cieux. VOUS TRAITERA, c’est-à-dire qu’il ne remettra pas vos péchés, SI CHACUN DE VOUS NE PARDONNE PAS À SON FRÈRE DU FOND DU CŒUR. Ici, il semble indiquer que les péchés remis reviendront, ainsi qu’Origène veut que les péchés remis reviennent chez certains, comme dans le cas d’apostasie et aussi si l’on regrette de s’être repenti. Mais tel ne semble pas être le cas, étant donné que la rémission tire son efficacité des sacrements. Ainsi donc, les péchés manifestes comme les [péchés] occultes sont remis. On dit qu’ils reviennent en raison de l’ingratitude.

 

 

CHAPITRE XIX

 

Leçon 1  [Matthieu 19, 1‑19] 19, 1 Et il advint, quand Jésus eut achevé ces discours, qu’il quitta la Galilée pour le territoire de la Judée au-delà du Jourdain. 19, 2 Des foules nombreuses le suivirent, et là il les guérit. 19, 3 Des Pharisiens s’approchèrent de lui pour le mettre à l’épreuve et lui dirent : « Est-il permis à un homme de répudier sa femme pour n’importe quel motif ? » 19, 4 Il répondit : « N’avez-vous pas lu que celui qui a fait l’homme l’a fait, dès l’origine, homme et femme ? 19, 5 Et il a dit qu’à cause de cela l’homme quitte son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair. 19, 6 Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Eh bien ! ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer. » 19, 7 Ceux-ci lui dirent : « Pourquoi donc Moïse a-t-il prescrit de donner un acte de divorce avant de répudier ? » 19, 8 Et il leur dit : « C’est en raison de votre dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de répudier vos épouses ; mais il n’en était pas ainsi à l’origine. 19 9 Je vous le dis : quiconque répudie sa femme – sauf pour prostitution –  et en épouse une autre, commet un adultère. » 19, 10 Les disciples lui disent : « Si telle est la condition de l’homme par rapport à son épouse, il n’est pas expédient de se marier. » 19, 11 Il leur dit : « Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux à qui cela a été donné. 19, 12 Il y a, en effet, des eunuques qui sont eunuques depuis le sein de leur mère ; il y a des eunuques qui le sont devenus par l’action des hommes ; et il y a des eunuques qui se sont castrés eux-mêmes à cause du Royaume des Cieux. Qui peut saisir, qu’il saisisse ! »

19, 13 Alors des petits enfants lui furent présentés, pour qu’il leur imposât les mains en priant ; mais les disciples les rabrouèrent. 19, 14 Jésus dit alors : « Laissez les petits enfants venir à moi ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume des Cieux. » 19, 15 Puis il leur imposa les mains et il s’éloigna de là.

19, 16 Et voici qu’un homme s’approcha et lui dit : « Bon Maître, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle ? » 19, 17 Il lui dit : « Qu’as-tu à m’interroger sur ce qui est bon ? Seul Dieu est le Bon. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements » 19, 18 Il lui dit : « Lesquels ? ». Jésus reprit : « Tu ne commettras pas d’homicide, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, 19, 19 honore ton père et ta mère, et tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Leçon 2  [Matthieu 19, 20‑30] 19, 20 Le jeune homme lui dit : « Tout cela, je l’ai observé depuis mon enfance. Que me manque-t-il encore ? » 19, 21 Jésus lui déclara : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi. » 19, 22 Entendant cette parole, le jeune homme s’en alla contristé, car il avait de grands biens. 19, 23 Jésus dit alors à ses disciples : « En vérité, je vous le dis, il sera difficile à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux. 19, 24 Je vous le répète, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux. » 19, 25 Entendant cela, les disciples restèrent tout interdits et ils disaient : « Qui donc peut être sauvé ? » 19, 26 Les regardant, Jésus leur dit : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible. » 19, 27 Alors, prenant la parole, Pierre lui dit : « Voici que nous, nous avons tout abandonné et nous t’avons suivi, quelle sera donc notre part ? » 19, 28 Jésus leur dit : « En vérité, je vous le dis, à vous qui m’avez suivi dans la régénération, quand le Fils de l’homme siégera sur son trône de gloire, vous siégerez vous aussi sur douze trônes, pour juger les douze tribus d’Israël. 19, 29 Et quiconque aura laissé sa maison ou ses frères, ses sœurs, son père et sa mère, enfants ou champs, à cause de mon nom, recevra le centuple et aura en héritage la vie éternelle. 19, 30 Beaucoup de premiers seront derniers, et des derniers seront premiers. »

 

Leçon 1 – Mt 19, 1‑19

[19, 1]

2008. On a montré plus haut comment on peut atteindre la vie éternelle par la voie commune. Ici, [le Seigneur] enseigne comment on peut l’atteindre par la voie de la perfection, qui est abordée sous deux aspects : la continence et la pauvreté volontaire.

À propos du premier point, [Matthieu] fait deux choses. Premièrement, il traite de La venue [du Seigneur] ; deuxièmement, de la continence, en cet endroit : SES DISCIPLES LUI DISENT, etc. [Mt 19, 10].

À propos du premier point, il fait trois choses. Premièrement, la mise à l’épreuve par les Pharisiens est présentée ; deuxièmement, la solution apportée par le Christ ; troisièmement, l’objection contre la solution. Le second point [commence] à : IL RÉPONDIT [Mt 19, 4] ; le troisième à : POURQUOI DONC MOÏSE A-T-IL PRESCRIT DE DONNER UN ACTE [DE DIVORCE] [Mt 19, 7].

À propos du premier point, [il fait] trois choses : premièrement, l’endroit est décrit ; deuxièmement, l’occasion de le mettre à l’épreuve ; troisièmement, la mise à l’épreuve.

2009. [Matthieu] dit donc : ET IL ADVINT, parce que ce que [le Seigneur] avait dit s’était produit. En effet, il parle et cela est, il commande et cela existe, Ps 32[33], 9. QUAND [JÉSUS] EUT ACHEVÉ CES DISCOURS, à savoir, sur l’évitement du scandale, IL QUITTA LA GALILÉE POUR LE TERRITOIRE [DE LA JUDEE] AU-DELÀ DU JOURDAIN. La Judée est parfois entendue de tout le territoire que les Juifs habitent, et parfois du territoire qui était revenu en héritage à la tribu de Juda. En ce [dernier sens], elle est distincte des autres [territoires], et c’est ainsi qu’elle est entendue ici. En effet, il fallait que celui qui voulait aller à Jérusalem passe par la Judée, [Jérusalem] étant dans la tribu de Benjamin, aux confins de la Judée.

2010. Mais pourquoi [Jésus] passa-t-il en Galilée ? Pour trois raisons. Afin de donner l’exemple aux prédicateurs qu’il ne faut pas prêcher en un seul endroit, mais en plusieurs. Ainsi Lc 4, 43 [dit] : Car il faut que j’aille dans les autres villes annoncer le royaume de Dieu. Aussi, parce que le temps de la passion approchait, il voulait se rapprocher du lieu où il devait souffrir. Ep 5, 2 : Il s’est livré pour nous, s’offrant à Dieu en sacrifice d’agréable odeur, etc. Ou bien, il voulut revenir chez les Juifs afin d’indiquer que, à la fin, il se tournait vers la conversion des Juifs.

[19, 2]

2011. DES FOULES LE SUIVIRENT. C’était un signe de l’attachement des foules qu’elles l’aient suivi, comme les fils suivent un père qui se déplace. Jn 10, 27 : Mes brebis entendent ma voix. Et IL LES GUÉRIT. Os 1, 2 : Il frappera et les guérira. Parfois, le Seigneur guérissait, parfois il faisait des signes. [Il faisait] des signes pour étayer. Ac 1, 1 : Jésus se mit à agir et à enseigner. On pourrait croire, parce qu’il était passé chez les Juifs, qu’il avait abandonné les Gentils. Aussi pour montrer qu’il ne [les] avait pas abandonnés, [Matthieu] dit : [DES FOULES] LE SUIVIRENT, à savoir, vers le salut, car, alors qu’ils étaient des sauvageons d’olivier, ils ont été greffés et sont devenus des oliviers, Rm 11, 17. Ou bien, le fait qu’elles l’aient suivi au-delà du Jourdain signifie que, par le baptême, les péchés ont été remis.

[19, 3]

2012. DES PHARISIENS S’APPROCHÈRENT POUR LE METTRE À L’ÉPREUVE. Et, pour cela, ils sont réprimandés, car, alors que des foules l’avaient suivi, les Pharisiens lui tendaient des pièges. Jr 5, 5 : J’irai chez les grands et je leur parlerai. [Les Pharisiens] s’approchèrent donc en disant : EST-IL PERMIS À UN HOMME DE RÉPUDIER SA FEMME POUR N’IMPORTE QUEL MOTIF ? En cela apparaît leur astuce mauvaise, parce qu’ils étaient venus vers le Christ afin de le calomnier, car ou bien il disait qu’elle devait être renvoyée, ou non. S’il disait oui, il paraîtrait se contredire, car il était un prédicateur de la chasteté. S’il disait non, « nous l’accuserons, car cela va contre Moïse, le législateur ». Comme dit Chrysostome, « ils démontrent leur incontinence, car si quelqu’un écoute volontiers parler de la séparation de l’épouse, il est un incontinent ». Ainsi, parce que ceux-ci parlaient de divorce, ils se montraient incontinents. Le Seigneur avait donné une raison pour laquelle elle pouvait être renvoyée, à savoir, la turpitude. Mais ceux-ci ne demandaient pas seulement [si elle pouvait être renvoyée] pour cette raison, mais pour n’importe quelle raison. Ils voulaient donc avoir plein pouvoir de renvoyer l’épouse.

[19, 4]

2013. La réponse vient donc ensuite : [LE SEIGNEUR] RÉPONDIT. Le Seigneur montre la meilleure façon de répondre car, lorsque quelqu’un pose une question pour apprendre, il faut lui dire immédiatement la vérité. Mais à celui qui interroge afin de calomnier, il ne faut pas dire immédiatement la vérité ; il faut d’abord dire certaines choses qui ne peuvent être niées. Le Seigneur pose donc d’abord une question au sujet de la loi : il utilise ainsi en premier lieu les paroles de l’Écriture ; en second lieu, il dit comment il [les] relie à son propos ; troisièmement, il conclut au sujet de son propos.

2014. À propos du premier point, il fait trois choses : premièrement, il met en évidence la communauté du mari et de la femme que Dieu a instituée ; deuxièmement, l’affection qu’Il y a greffée ; troisièmement, le mode selon lequel Il [les] a unis.

[Le Seigneur] a l’intention de démontrer que l’union du mari et de la femme a été instituée par Dieu. N’AVEZ-VOUS PAS LU QUE CELUI QUI A FAIT L’HOMME L’A FAIT DÈS L’ORIGINE HOMME ET FEMME ? Ceci se lit dans Gn 1, 27 : Et Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance. Il ne faut pas comprendre ceci comme certains l’ont compris, à savoir qu’il créa d’abord l’homme et, par la suite, la femme, puis qu’il les sépara, mais que, d’abord, il créa un seul homme et qu’il lui donna ce de quoi la femme serait faite.

2015. Mais pourquoi le Seigneur a-t-il ainsi voulu que la multitude des hommes vienne de l’homme et de la femme ? Je réponds que c’est afin d’indiquer que la forme du mariage vient de Dieu. C’était aussi afin qu’ils s’aiment davantage. Mais alors Chrysostome demande pourquoi [Dieu] ne fait pas toujours en sorte que l’homme et la femme naissent en même temps. Il répond que, s’il en était ainsi, apparaîtrait la nécessité d’user du mariage. Et parce que le Seigneur entend qu’il soit légitime d’user ou de ne pas user du mariage, et non pas nécessaire [d’en user], il créa d’abord un homme et une femme afin de montrer que le mariage était légitime ; ensuite, [il a fait en sorte] qu’un homme naisse indépendamment d’une femme et inversement, afin [de montrer] qu’ils avaient la libre faculté d’user ou de ne pas user le mariage.

2016. Par là est écartée une double erreur. En effet, certains disaient que le mariage ne venait pas de Dieu, et cela est écarté car, s’il les a faits homme et femme et s’il est clair qu’il n’a rien fait en vain, il n’a donc rien fait d’eux en vain, et cela, en vue de la société du mariage. D’autres ont dit que si l’homme n’avait pas péché, Dieu n’aurait pas fait la femme, et donc que les hommes se multiplieraient d’une autre façon. Mais cela ne vaut rien, car ils ont été créés avant le péché. Et il emploie homme et femme au singulier afin qu’un seul [homme] ne possède qu’une seule [femme].

[19, 5]

2017. ET IL A DIT QU’À CAUSE DE CELA, L’HOMME QUITTE SON PÈRE ET SA MÈRE. Ici est indiqué quelle affection [Dieu] y a greffée. ET IL A DIT. Qui a dit ? Celui qui a créé. Mais il ne semble pas que ce soit le cas, car il semble que ce soit Adam qui l’ait dit. Augustin dit que [Dieu] plongea Adam dans le sommeil et prit une de ses côtes. Ce sommeil fut une extase. [Dieu] y révéla donc de grandes choses. Le Seigneur a donc révélé aussi ce qui est dit ici. Ainsi, plus haut, 10, 20, il est dit : Ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit de votre Père parle en vous. Parce qu’Adam l’a dit sur l’ordre de Dieu, on dit donc que Dieu l’a dit. Ainsi, Esd 2, 4 : L’homme quitte le père qui l’a nourri et s’attache à son épouse. Quelle en est la raison ? Le frère et la sœur naissent d’une seule personne et se séparent ; mais le mari et la femme [naissent] de personnes différentes, et cependant ils ne se séparent pas. Chrysostome dit que cela vient d’une disposition divine. De même, toute cause retourne naturellement à son effet, comme la sève passe de la racine aux branches. C’est pourquoi les pères aiment davantage leurs fils que l’inverse. Ainsi donc, le mari et la femme, même s’ils viennent de [personnes] différentes, sont cependant unis en un seul effet.

2018. ET LES DEUX NE FERONT QU’UNE SEULE CHAIR. Jérôme [dit] que cela se réalise dans la chair de l’enfant. C’est là le fruit du mariage. Chrysostome donne l’explication [suivante] : EN UNE SEULE CHAIR, c’est-à-dire dans une seule affection charnelle, ainsi que l’unité se réalise dans l’affection spirituelle, comme en Ac 4, 32 : Et tous les croyants n’avaient qu’un seul cœur et une seule âme. Ou bien, LES DEUX NE FERONT QU’UNE SEULE CHAIR, à savoir, dans une seule œuvre charnelle. Le Philosophe dit que l’homme et la femme, dans cette œuvre, se trouvent toujours dans la situation de la force active et de la force passive qui s’unissent en vue d’un effet. De même, dans cet acte, l’action et la passion sont-elles unies.

[19, 6]

2019. AINSI, ILS NE SONT PLUS DEUX, MAIS UNE SEULE CHAIR. Ensuite, [le Seigneur] tire la conclusion en ce qui concerne son intention principale : CE QUE DIEU A UNI, QUE L’HOMME NE LE SÉPARE PAS ! Car cela a été fait par la volonté de Dieu. Si cela vient de Dieu, l’homme ne peut [le] séparer : si Dieu l’a uni, que Dieu le sépare ! En effet, la séparation peut être faite par Dieu ou par l’homme, soit en raison de la volupté ou pour prendre une autre [femme], et cela n’est pas valable ; ou par consentement mutuel, afin de servir Dieu plus librement, et ainsi, cela vient de Dieu.

[19, 7]

2020. CEUX-CI LUI DISENT : « POURQUOI DONC MOÏSE A-T-IL PRESCRIT DE DONNER UN ACTE DE DIVORCE AVANT DE RÉPUDIER ? » Ici est présentée leur objection contre la loi générale. En effet, ils dévoilent ce qu’ils avaient à l’esprit : « POURQUOI DONC MOÏSE A-T-IL PRESCRIT DE DONNER UN ACTE DE DIVORCE AVANT DE RÉPUDIER ? » Moïse n’a pas ordonné de répudier, mais il a voulu l’interdire indirectement, car Moïse a voulu que [l’épouse] ne soit pas répudiée sans qu’on lui donne un acte de divorce. Et cela se rapportait davantage à une interdiction, car cet acte n’était rédigé que d’une main commune. On le remettait donc à des sages afin qu’ils voient s’il y avait une raison pour laquelle ils devraient les répudier.

[19, 8]

2021. ET IL LEUR DIT. Ici, [le Seigneur] répond à l’objection. Il donne d’abord la réponse ; en deuxième lieu, il la confirme, car le Seigneur démontre que [l’épouse] ne doit pas être répudiée, en vertu de l’autorité divine qui est plus grande. L’autorité de Moïse ne tient donc pas contre l’autorité divine. Mais, en sens contraire, le Seigneur n’a-t-il pas donné la loi par le truchement de Moïse ? Voyez, comme le dit l’Apôtre, 1 Co 7, 25 : Je n’ai pas de précepte du Seigneur au sujet des vierges, mais je donne un conseil. Il disait donc que parfois il avait reçu [un ordre] du Seigneur, et parfois que cela venait d’un zèle inspiré. De même en avait-il été de Moïse. Il avait permis cela, non pas parce qu’il l’avait entendu du Seigneur, mais sous l’inspiration divine, sans que cela ait été confirmé par l’autorité.

2022. C’EST EN RAISON DE LA DURETÉ DE VOTRE CŒUR QUE MOÏSE VOUS A PERMIS DE RÉPUDIER VOS ÉPOUSES. Ceux-ci disaient que Moïse l’avait ordonné. Or, il ne l’avait pas ordonné mais permis. Il est question de la dureté de leurs cœurs en Ac 7, 51 : Nuques raides, oreilles et cœurs incirconcis, vous résistez toujours à l’Esprit Saint !

On a ainsi l’habitude de demander si ceux qui répudiaient leurs femmes péchaient mortellement. Certains ont dit que ceux qui [les] répudiaient péchaient mortellement. En effet, une permission est reçue de quatre façons. On dit que quelque chose est permis lorsque son contraire n’est pas prescrit ; ainsi un bien moindre est permis parce qu’un bien plus grand n’est pas ordonné, comme le dit l’Apôtre, 1 Co 7, 6 : Je vous le dis par concession. Mais parfois [cela est permis] en raison de l’absence d’empêchement ; et ainsi, on dit parfois que tous les maux qui sont faits dans le présent sont permis parce qu’ils ne sont pas châtiés. Certaines choses, qui étaient des péchés mortels, furent ainsi permises aux Juifs, parce que des châtiments ne leur ont pas été infligés. Or, cela arrive dans les choses terrestres ; en effet, nous voyons ainsi que, selon les lois humaines, la simple fornication n’est pas punie. De sorte que, la loi ancienne ne concernant que la vie présente, cette réponse est bonne. Mais parce que, selon l’enveloppe, elle concerne la vie présente, mais, selon la moelle, elle concerne aussi la vie éternelle (Ex 15, 23 : Je leur ai donné mes commandements, et le Seigneur dit au jeune homme plus loin :Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements [Mt 19, 17]), d’autres disent qu’on avait mal pris soin de ce peuple s’il ignorait que quelque chose était péché, alors qu’il avait été écrit, Is 58, 1 : Fais connaître ses péchés au peuple. Chrysostome dit donc que « cela enlevait du péché le châtiment du péché ». Et bien que cela fût quelque chose de désordonné, [le Seigneur] ne voulut cependant pas que cela leur fût imputé comme une faute, comme le Seigneur ordonna à Osée d’engendrer des fils par fornication. La permission ne venait donc pas d’un commandement, mais elle [avait été donnée] afin d’éviter un mal plus grand.

MAIS IL N’EN ÉTAIT PAS AINSI À L’ORIGINE. Cela était donc le résultat d’un acte, mais n’avait pas été institué à l’origine. Ainsi, après de nombreuses années, personne ne renvoya son épouse.

[19, 9]

2023. JE VOUS LE DIS, etc. Ici, [le Seigneur] rappelle la loi : en premier lieu, pour le mari ; en second lieu, pour l’épouse.

Il dit donc : QUICONQUE RÉPUDIE SA FEMME, etc. Mais exception est faite de la fornication. Or, notez qu’il existe une double fornication, à savoir, corporelle et spirituelle. Pour les deux, [le mari] peut donc répudier [sa femme], comme on le lit en 1 Co 7, 11 : Si l’un est fidèle et l’autre infidèle, celui qui est fidèle peut renvoyer l’infidèle. Il faut remarquer que le lien du mariage ne peut être dissout par aucun empêchement subséquent, car il signifie l’union du Christ et de l’Église. Ainsi, comme l’union du Christ et de l’Église ne peut pas être dissoute, l’union du mariage non plus. Mais, en raison de la fornication, [le mari] peut rompre la vie commune et il n’est pas tenu de garder [sa femme] avec lui, comme s’il ne semblait pas être au courant de la turpitude. Mais il ne peut [la renvoyer] pour d’autres turpitudes, par exemple, l’ébriété. De même, si [l’épouse] veut induire l’homme à l’infidélité, celui-ci peut la renvoyer.

2024. Mais pourquoi est-il davantage fait mention de la fornication corporelle que de la [fornication] spirituelle ? Parce qu’elle est contre la fidélité du mariage et que la fidélité ne doit pas être maintenue envers celle qui l’a rompue. Une autre raison est celle proposée par Origène, car, plus haut, 5, 32, le Seigneur a dit : Celui qui répudie sa femme, sauf cas de fornication, la pousse à l’adultère ; il lui donne donc une occasion d’adultère. Mais, après que celle-ci a péché, il ne lui donne pas d’occasion d’adultère. Après, il peut donc la répudier, mais non avant.

2025. ET CELUI QUI EN ÉPOUSE UNE AUTRE COMMET UN ADULTÈRE. Mais pourquoi [n’en commet-il pas] s’il n’en épouse pas une autre ? Car la raison pour laquelle [le mariage] est rompu est la même que celle pour laquelle [le lien] est formé. Ainsi, lorsqu’un homme est séparé de sa femme et [n’en épouse] pas une autre, il reste encore un espoir qu’ils puissent être unis, que ce soit en raison d’un péché semblable ou en raison d’un accord des âmes. Mais lorsqu’il en épouse une autre, alors il a totalement éloigné d’elle son cœur et son consentement. Une autre raison [est] que s’il pouvait répudier son épouse, sauf cas de fornication, il arriverait parfois qu’un homme attribuerait à son épouse une faute grave afin de se séparer d’elle et de s’unir à une autre. C’est pourquoi le Seigneur a voulu qu’il n’en ait pas d’autre. Il interdit donc expressément qu’un homme ait plusieurs épouses, de sorte qu’en en répudiant une et en en prenant une autre, il commet un adultère.

2026. ET CELUI QUI ÉPOUSE [UNE FEMME] RÉPUDIÉE COMMET UN ADULTÈRE. Ici, il présente la loi pour ce qui est de l’épouse. Il ne veut donc pas qu’une épouse répudiée ait un mari. Mais pourquoi interdit-il à un homme de l’épouser ? Je réponds que les femmes sont plus enclines au mal. Jr 3, 3 : Il t’est venu un front de prostituée. Par cette interdiction, elle serait donc précipitée dans des maux plus grands. Il ordonne donc à l’homme de ne pas l’épouser, et il ne l’interdit pas seulement à la femme.  Mais pourquoi ? N’était-il pas permis à celle qui avait été répudiée de prendre un autre [homme] ? Certains disent que non parce que le lien demeurait, et ils mettent de l’avant ce qu’on lit en Dt 24, qu’[un homme] ne pouvait revenir à [sa] première [femme] parce qu’elle était souillée ; mais il pouvait lui revenir si elle n’avait pas péché. D’autres disent qu’elle pouvait en épouser un autre, mais non celui-ci, car si elle pouvait lui revenir, il pourrait la répudier plus facilement. Que dis-tu donc : parce qu’elle a été souillée ? Je dis qu’elle est souillée pour lui parce qu’elle ne peut lui revenir. Ou bien on peut l’entendre de l’impureté selon la loi, car un prêtre ne pouvait pas la prendre [comme épouse].

[19, 10]

2027. LES DISCIPLES LUI DIRENT : « SI TELLE EST LA CONDITION DE L’HOMME PAR RAPPORT À SON ÉPOUSE, IL N’EST PAS EXPÉDIENT DE SE MARIER. » Après que le Seigneur eut traité de l’indissolubilité du mariage, il traite ici de la perfection des continents. À ce sujet, il fait deux choses : premièrement, [Matthieu] présente l’opinion des disciples ; deuxièmement, la position du Christ, en cet endroit : IL LEUR DIT, etc. [19, 11].

2028. [Matthieu] dit donc : LES DISCIPLES LUI DIRENT : « SI TELLE EST LA CONDITION DE L’HOMME PAR RAPPORT À SON ÉPOUSE, IL N’EST PAS EXPÉDIENT DE SE MARIER. » Ils furent poussés à dire cela parce qu’ils avaient entendu que l’épouse ne pouvait pas être répudiée, si ce n’était pour une seule raison, alors que beaucoup d’autres raisons rendent le mariage onéreux, comme une certaine saleté, la lèpre et les choses de ce genre, de sorte que s’accomplisse ce qui est dit en Si 25, 23 : Il est plus facile pour le lion et l’ours de demeurer ensemble que [pour l’homme] de demeurer avec une mauvaise femme. De même, [le mariage] apporte beaucoup de préoccupations. 1 Co 7, 34 : Si une vierge se marie, elle pense à ce qui appartient au monde. [Les disciples] en concluent qu’il est expédient pour tous les hommes de ne pas se marier. Le Seigneur apporte donc une nuance, car il arrive que quelque chose soit meilleur de deux façons : simplement ou relativement. Ainsi, il est expédient pour certains de pratiquer la continence, et pour d’autres non, comme le dit l’Apôtre, 1 Co 7, 9 : Mieux vaut se marier que brûler.

[19, 11]

2029. IL LEUR DIT. [Le Seigneur] approuve l’opinion des disciples : premièrement, par des paroles, deuxièmement, par des actes, en cet endroit : ALORS DES PETITS ENFANTS LUI FURENT PRÉSENTÉS [19, 13].

Premièrement, il approuve la continence ; deuxièmement, il précise des différences entre les continents, en cet endroit : IL Y A, EN EFFET, DES EUNUQUES, etc. [19, 12] ; troisièmement, [il précise] une difficulté, en cet endroit : QUI PEUT SAISIR, QU’IL SAISISSE ! [19, 12].

2030. [Matthieu] dit donc : IL LEUR DIT : « TOUS NE COMPRENNENT PAS CE LANGAGE. » Ainsi, vous dites qu’il n’est pas expédient de se marier ; cela est vrai pour certains, mais cela n’est pas vrai pour tous, car tous ne possèdent pas une vertu telle qu’ils puissent s’abstenir. MAIS CEUX À QUI CELA A ÉTÉ DONNÉ, car cela a été donné a certains, non pas de leur propre fait, mais par un don de la grâce. Sg 8, 21 : Je savais que je ne peux demeurer continent que si Dieu me l’accorde. En effet, qu’un homme vive dans la chair au-delà de la chair ne vient pas de l’homme. 1 Co 7, 7 : Je veux que tous les hommes soient comme moi, mais chacun reçoit de Dieu sa propre demeure, l’un de telle manière, l’autre d’une autre manière.

2031. Et parce qu’ils pourraient croire que tous peuvent s’abstenir, il dit donc : IL Y A DES EUNUQUES, etc. Il fait donc une distinction entre la continence qui, chez certains, vient de la nature, parfois de la violence, et parfois de la volonté. Il aborde donc trois genres d’eunuques. Certains le sont naturellement : ILS SONT EUNUQUES DEPUIS LE SEIN DE LEUR MÈRE. Comme certains naissent monstrueux en raison d’un défaut de la main, de même certains [naissent] sans organes génitaux. Et cela est le fait de la providence de Dieu, car si tout arrivait selon le cours commun de la nature, cela serait attribué à la nature, et non à la divine providence. Ainsi, Sg 8, 8 : Il connaît les prodiges et les monstres avant qu’ils n’arrivent. De même, certains [sont eunuques] par violence, comme ceux qui sont castrés par des tyrans ou des barbares, ou ceux qui sont castrés parce qu’ils veillent sur des femmes : IL Y A DES EUNUQUES QUI LE SONT DEVENUS PAR L’ACTION DES HOMMES, à savoir, ceux que la cruauté des hommes a castrés ou la protection de femmes. Et Jérôme dit qu’il sait que des enfants étaient pris et castrés pour être placés dans la maison de Nabuchodonosor. Mais certains [le sont] par volonté. Il dit ainsi : IL Y A DES EUNUQUES QUI SE SONT CASTRÉS EUX-MÊMES À CAUSE DU ROYAUME DES CIEUX.

2032. Certains ont mal compris ce discours en disant qu’il fallait couper les organes génitaux, et on lit que certains l’ont fait, parmi lesquels on dit qu’Origène se trouvait. Mais cela a été condamné, et ceux-ci doivent être écartés du clergé, chapitre Ex parte et chapitre Significavit, extra de corp. Vit. Cela a été l’occasion de l’erreur des manichéens, qui disaient que la créature corporelle était la cause du mal. De même, cela a été l’occasion d’une erreur des Gentils, car certains se sont castrés au cours de leurs sacrifices. De même, cela n’a donné rien d’utile, car ces gens, même s’ils ne peuvent passer à l’acte, ne sont pas exempts de concupiscence. Ainsi, Si 20, 2 : La concupiscence de l’eunuque déflorera une jeune fille. Il est donc mieux qu’un homme s’impose un frein que de se couper un membre afin de refréner ses pensées et ses désirs mauvais. Is 1, 16 : Enlevez les pensées mauvaises de vos cœurs.

2033. QUI SE SONT CASTRÉS EUX-MÊMES : qui se sont voués à la chasteté continuelle, et cela, À CAUSE DU ROYAUME DES CIEUX. En effet, on entend parfois par le membre l’acte, comme plus haut, 18, 9 : Si ton œil te scandalise, arrache-le et jette-le loin de toi ! De la même façon, ici, on entend par les organes génitaux l’acte. Ainsi, celui qui se voue à la chasteté se castre. Ou bien, selon Jérôme, [il faut entendre] que ceux qui gardent la chasteté sont nés frigides, c’est-à-dire [qu’ils le sont] par nature, de sorte qu’ils ne sont pas amenés à cet acte. Ils sont donc appelés eunuques en raison du comportement des eunuques qu’ils possèdent par la nature qu’ils ont reçue dès le sein [de leur mère]. Car certains ont naturellement une certaine disposition pour une vertu, comme Job pour la miséricorde, qui dit au chapitre 20, 18 : La miséricorde s’est développée en moi depuis ma naissance. Certains le font par volonté ou par feinte, ou bien quelqu’un fera ce qui lui a été enseigné par les hérétiques. 2 Tm 3, 5 : Ils ont l’apparence de la piété, mais ils en répudient la vertu. Mais certains [se font eunuques] à cause de la récompense de la vie éternelle. Les deux premiers, c’est-à-dire ceux qui le sont naturellement ou ceux qui sont castrés de force, ne méritent pas la vie éternelle, mais seulement les troisièmes. Mais est-il vrai que les deux premiers ne méritent pas [la vie éternelle] ? Je dis qu’ils [la] méritent pour ce qui est de la volonté, bien qu’ils ne [la] méritent pas pour ce qui est de l’acte ; car, bien qu’ils ne puissent pas poser l’acte, ils peuvent vouloir être capables de le poser.

2034. QUI PEUT SAISIR, QU’IL SAISISSE ! Une fois présentées les différences dans la continence, une exhortation est ici présentée, comme le dit Jérôme. Le Seigneur fait ce que fait un chef d’armée, qui, lorsqu’une ville doit être prise, dit : « Celui qui entrera dans la ville, il lui sera donné ceci ou cela », comme David dit à Joab. Ainsi, QUI PEUT SAISIR, et pratiquer la continence, QU’IL SAISISSE, et ne s’y soustraie pas. L’Apôtre [dit] en 1 Co 12, 31 : Désirez les grâces les meilleures. Mais que veut dire ce qu’il dit ? Est-ce que tous ne sont pas tenus de garder la virginité ? Il semble que tel est le cas, car l’homme est tenu à ce qui est meilleur. Il faut dire que cela n’est pas un précepte, mais un conseil, comme le dit l’Apôtre, 1 Co 7, 25 : Je n’ai pas de commandement du Seigneur au sujet des vierges, mais je donne un conseil. Mais en quoi consiste-t-il ? L’homme n’est-il pas tenu à ce qui est meilleur ? Je dis qu’il faut faire une distinction entre ce qui est meilleur pour ce qui est de l’acte ou [ce qui est meilleur] pour ce qui est du désir. [L’homme] n’est pas tenu à ce qui est meilleur pour ce qui est de l’acte, mais pour ce qui est du désir, car toute règle et tout acte sont déterminés pour une chose précise et certaine, et si [l’homme] était tenu à ce qui est meilleur, il serait tenu à ce qui est incertain. Ainsi, pour ce qui est des actes extérieurs, parce qu’il n’est pas tenu à ce qui est incertain, il n’est pas tenu à ce qui est meilleur ; mais, pour ce qui est du désir, il est tenu à ce qui est meilleur. De sorte que celui qui ne voudrait pas toujours être meilleur ne pourrait vouloir sans mépris.

2035. Mais que veut dire : QUI PEUT SAISIR, QU’IL SAISISSE ? Ou bien, il le peut par un pouvoir naturel, et ainsi personne ne le peut ; ou bien, [il le peut] par le pouvoir de la grâce, et ainsi tous le peuvent, car il est dit en Lc 11, 9 : Demandez et vous recevrez. De même, la grâce de Dieu peut tout. Je dis que PEUT comporte le pouvoir de la volonté. En effet, il existe une volonté ferme et [une volonté] faible. Or, il est clair que l’homme, lorsqu’il a une volonté ferme, ne craint pas les nombreuses impulsions ; mais lorsqu’il n’a pas [une volonté ferme], il tombe facilement sous le coup d’une impulsion. Ainsi, QUI PEUT SAISIR, par fermeté de la volonté, QU’IL SAISISSE, non pas par la nature, mais par Dieu. Ainsi, celui qui tient cela de Dieu, nous estimons qu’il peut saisir et s’abstenir. Ou bien, celui qui le peut selon que le temps le permet ou selon la condition de l’époque, comme Abraham. C’est ainsi que le célibat de Jean n’est pas préféré au mariage d’Abraham. De même, selon [son] état, car celui qui est marié ne peut pas être continent. Cela est donc exclu soit en raison du temps, soit en raison de l’état.

[19, 13]

2036. ALORS DES PETITS ENFANTS LUI FURENT PRÉSENTÉS. Ici, [le Seigneur] éclaire par son comportement ce qu’il a dit. Premièrement, la présentation de petits enfants est faite ; deuxièmement, le zèle des disciples [est montré] ; troisièmement, la satisfaction du Christ. Le second point [se trouve] en cet endroit : MAIS LES DISCIPLES LES RABROUÈRENT [19, 13] ; le troisième, en cet endroit : MAIS JÉSUS LEUR DIT, etc. [19, 14].

2037. [Matthieu] dit donc : ALORS DES PETITS ENFANTS LUI FURENT PRÉSENTÉS. Le Seigneur avait fait l’éloge de la chasteté, et parce qu’on trouve la chasteté et la pureté chez les enfants, voyant que la pureté lui plaisait, on lui présenta des petits enfants POUR QU’IL LEUR IMPOSÂT LES MAINS EN PRIANT. Il faut remarquer que c’était la coutume chez les anciens que des enfants soient présentés, et ils les bénissaient et priaient pour montrer que la bénédiction venait de Dieu. De même, ayant fait l’expérience que [le Seigneur] possédait un toucher bienfaisant, puisqu’il avait guéri le lépreux et beaucoup d’autres, c’est pourquoi, etc. De même, ils offraient des petits enfants parce qu’ils croyaient que ceux qui avaient été touchés par lui ne seraient plus atteints par les démons. C’est pourquoi l’Église a pris coutume de donner les sacrements de l’Église aux enfants afin de les affermir.

2038. MAIS LES DISCIPLES LES RABROUÈRENT. Ici est abordé le zèle des disciples. Mais pourquoi [les] rabrouèrent-ils ? Parce qu’ils croyaient que, vrai homme, le grand nombre des hommes le fatiguait. C’est pourquoi, voulant alléger son travail, etc. Une autre raison est qu’ils avaient une haute opinion du Christ. Il leur semblait donc qu’il était inconvenant que de petits enfants s’approchent de lui. Origène [écrit] : « Par cela est signifié que, dans l’Église, il y en a qui sont de petits enfants incultes. » Par les disciples, les parfaits sont signifiés. Ainsi, ceux-ci s’irritaient de voir les petits enfants, c’est-à-dire les incultes, s’approcher du Christ, ignorant qu’il veut que tous les hommes soient sauvés [1 Tm 2, 4]. L’Apôtre [dit], Rm 1, 14 : Je suis redevable aux Grecs et aux barbares.

[19, 14]

2039. Ensuite, il répond aux deux : premièrement, au zèle pour la justice ; deuxièmement, à l’attachement de ceux qui [les] présentaient.

[Le Seigneur] dit donc : LAISSEZ LES PETITS ENFANTS VENIR À MOI, c’est-à-dire les humbles ou le petit nombre. 1 Co 14, 20 : Ne soyez pas des petits enfants pour ce qui est des sens, mais soyez des petits enfants pour ce qui est de la malice. NE LES EMPÊCHEZ PAS, à savoir, le petit nombre en raison de leur innocence. En effet, il ne faut pas empêcher les imparfaits d’accéder à la perfection. CAR C’EST À LEURS PAREILS QU’APPARTIENT LE ROYAUME DES CIEUX. Il dit : LEURS PAREILS, et non : ceux-ci, c’est-à-dire [à ceux] qui sont purs par leur innocence. Plus haut, 18, 3 : Si vous ne devenez pas semblables à ce petit enfant, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. Jb 22, 29 : Celui qui aura été humilié obtiendra la gloire.

[19, 15]

2040. Ensuite, il répond donc à leur attachement : PUIS IL LEUR IMPOSA LES MAINS ET S’ÉLOIGNA DE LÀ. Par cela, il renforce les vertus. Is 40, 29 : Lui qui donne de l’énergie à celui qui est las. IL S’ÉLOIGNA DE LÀ. Parfois, le Christ impose les mains et ne s’éloigne pas de là ; parfois, il [les impose] et s’éloigne, car certains sont si forts qu’ils ne reculent pas. Et il appela Pierre et André et demeura avec eux, Jn 1, 38s. Parce que ceux-ci étaient encore imparfaits et incapables de le suivre, IL S’ÉLOIGNA donc DE LÀ.

[19, 16]

2041. ET VOICI QU’UN HOMME S’APPROCHA, etc. Ici, [le Seigneur] traite de la perfection de la pauvreté et, parce qu’il existe une double voie : la voie commune et une voie particulière, comme l’est la continence (la première voie est celle du salut, la seconde, celle de la perfection), [il traite] donc d’abord de la première, puis de la seconde.

Premièrement, une question est présentée ; deuxièmement, la réponse du Christ ; troisièmement, l’explication de la réponse.

2042. Une question est posée : ET VOICI QU’UN HOMME S’APPROCHA ET LUI DIT : « BON MAÎTRE… » Il existe sur ce point diverses opinions, car Jérôme dit que [cet homme] avait un cœur pervers, et cela est évident par le fait qu’IL REPARTIT CONTRISTÉ. S’il s’était approché avec un cœur bon, il ne serait pas reparti contristé. Chrysostome dit qu’il était possédé par la passion de l’avarice ; il ne put donc pas supporter [la réponse du Christ]. Cela est clair, car il n’était pas venu dans le but de mettre [le Christ] à l’épreuve ; en effet, lorsque certains venaient vers Jésus dans le but de le mettre à l’épreuve, le Seigneur répondait toujours à la malice : « Pourquoi me mettez-vous à l’épreuve ? », ou quelque chose du genre. Mais il n’y a rien de ce genre ici. Il est donc clair qu’il ne mettait pas [le Seigneur] à l’épreuve, mais qu’il était un imparfait qui s’approchait de Dieu afin de devenir parfait. Ps 33, 6 : Approchez-vous de lui et vous serez éclairés.

2043. MAÎTRE, etc. Il l’appelle MAÎTRE, parce que [le Seigneur] possède la connaissance : en effet, celui-là doit être maître qui a la connaissance. De même, il l’appelle BON, car il est de l’essence du bien de se communiquer. Ainsi, Sg 7, 13 : Je communique sans jalousie. En effet, il est bon, Ps 118[119], 68 : Tu es bon et, dans ta bonté, enseigne-moi ta justice.

QUE DOIS-JE FAIRE POUR OBTENIR LA VIE ÉTERNELLE ? Il avait entendu beaucoup de choses au sujet de la vie éternelle. Il avait bien entendu, Ps 36[37], 27 : Écarte-toi du mal et fais le bien. Mais, dans la loi, il n’avait pas entendu que la vie éternelle ait été promise, mais seulement des biens temporels. Is 1, 9 : Tu mangeras des biens de la terre.

[19, 17]

2044. IL LUI DIT : « QU’AS-TU À M’INTERROGER ? » Ici, [le Seigneur] donne sa réponse. Premièrement, il répond, comme on le trouve chez Marc : Pourquoi dis-tu que je suis bon ? Ici, [il répond] : « QU’AS-TU À M’INTERROGER ? » On peut comprendre les deux [réponses]. Mais ce que Matthieu dit : « QU’AS-TU À M’INTERROGER ? » ne porte pas à la calomnie. Mais, de ce que dit Marc, les ariens ont tiré une erreur, en disant que le Père est bon par essence, mais le Fils par participation. Ils disaient donc que le Fils était inégal au Père. Mais il faut remarquer ce que [le Seigneur] dit : SEUL DIEU EST BON. Mais, par le nom de Dieu, on entend le Père, le Fils et le Saint-Esprit. De sorte que toute créature en est exclue, car elle n’est pas bonne par essence.

2045. Mais pourquoi [le Seigneur] répond-il ainsi ? Jérôme dit qu’il répond selon l’esprit de celui qui louait la bonté qu’on a coutume de trouver chez l’homme, car ils s’attachaient davantage aux traditions des hommes qu’à celle de Dieu, comme plus haut, 15, 6 : Vous avez annulé un commandement de Dieu à cause de vos traditions. Il le reprend donc parce qu’il s’adressait à lui comme à un homme bon, et non comme à Dieu.

2046. Mais que signifie ce qu’il dit : « QU’AS-TU À M’INTERROGER SUR CE QUI EST BON ? » Il dit cela parce qu’il connaît son cœur, car celui-ci n’avait pas le cœur à obéir au bien et tout bien temporel est imparfait et comme une ombre en regard du bien divin. Is 64, 6 : Toute votre justice est comme le linge souillé d’une femme menstruée. Tous ces biens viennent donc de Dieu. Si donc tu veux les posséder, adresse-toi à lui : en effet, lui seul est bon. Ps 135[136], 1 : Confessez que le Seigneur est bon. Tourne-toi donc vers lui.

2047. SI TU VEUX ENTRER DANS LA VIE, OBSERVE LES COMMANDEMENTS. En effet, certains ont une vie imparfaite, certains, une [vie] parfaite et d’autres sont complètement hors du chemin, comme ceux qui sont dans le péché ou sont infidèles, car le juste vit de la foi, He 10, 38. Certains ont donc une amorce de vie imparfaite, comme les justes de ce monde ; mais ceux-là [ont une vie] parfaite qui sont déjà dans la vie éternelle. Ainsi, SI TU VEUX ENTRER DANS LA VIE, OBSERVE LES COMMANDEMENTS, car l’homme [y] est introduit par les commandements. Ez 20, 11 : Je leur ai donné mes commandements et je leur ai montré mes jugements. Mais est-ce que les commandements suffisaient au salut ? Je dis que non, à moins que ce n’ait été par le moyen de la foi et de la charité. L’Apôtre [dit] ainsi en Ga 2, 21 : Si la justice vient de la loi, alors le Christ est mort en vain. De même, Pr 7, 2 : Observe mes commandements et tu vivras.

[19, 18]

2048. IL LUI DIT : « LESQUELS ? » Vient ensuite l’explication de la réponse, dans laquelle il reprend les commandements. Premièrement, [le Seigneur] présente les commandements ; deuxièmement, leur racine, en cet endroit : TU AIMERAS TON PROCHAIN COMME TOI-MÊME [19, 19].

[Matthieu] dit donc : JÉSUS LUI DIT : « TU NE COMMETTRAS PAS D’HOMICIDE, etc. » Et pourquoi ne mentionne-t-il pas les commandements de la première table ? Parce qu’il le voyait disposé à l’amour de Dieu ; cela n’était donc pas nécessaire. De même, ce sont des préalables à l’amour. En premier lieu, il présente [les commandements] de forme négative ; en second lieu, [ceux] de forme positive.

Il commence par le plus grand : « TU NE COMMETTRAS PAS D’HOMICIDE », ce qui est opposé à la vie existante. « TU NE COMMETTRAS PAS D’ADULTÈRE », ce qui est opposé à la vie en puissance. « TU NE VOLERAS PAS », ce qui est opposé aux biens d’une personne. « TU NE PORTERAS PAS DE FAUX TÉMOIGNAGE », ce qui est opposé à la personne.

[19, 19]

2049. De même présente-t-il [les commandements] de forme positive : « HONORE TON PÈRE. » Ensuite, il présente la racine : « TU AIMERAS TON PROCHAIN COMME TOI-MÊME. » Rm 13, 8 : Celui qui aime le prochain accomplit la loi.

 

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