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Leçon 1 – Mt 18, 1‑11

[18, 1]

1946. Plus haut, le Seigneur a montré la gloire à venir dans sa transfiguration ; ici, il traite du cheminement vers cette gloire. Et cela se divise en deux : premièrement, il enseigne comment parvenir à celle-ci ; deuxièmement, certains, qui demandent de manière inappropriée une place d’honneur dans la gloire, sont rabroués, en commençant au chapitre XX.

À propos du premier point, [le Seigneur] enseigne comment parvenir à cette gloire par la voie commune ; deuxièmement, comment [y parvenir] par la voie de la perfection, en commençant au chapitre XIX.

1947. Tout d’abord, parce qu’on parvient à la gloire par l’humilité, il montre en premier lieu la manière d’être humble ; deuxièmement, il interdit de provoquer un scandale, en cet endroit : MAIS SI QUELQU’UN SCANDALISE L’UN DE CES PETITS, etc. [18, 6] ; troisièmement, il enseigne à écarter [le scandale] provoqué, en cet endroit : SI TA MAIN OU TON PIED EST UNE OCCASION DE PÉCHÉ, COUPE-LE ET JETTE-LE LOIN DE TOI [18, 8].

1948. À propos du premier point, l’interrogation des disciples est présentée ; deuxièmement, la réponse du Christ.

L’occasion de l’interrogation s’offre par le fait que [le Seigneur] a dit à Pierre d’aller vers la mer et d’acquitter le statère trouvé dans le poisson pour lui et pour Pierre. Il paraissait donc avoir donné préséance à Pierre. Et parce qu’ils étaient encore faibles, ils souffraient d’une certaine animosité et d’un mouvement d’envie. Mais remarquez comment, lorsqu’il en prit trois seulement sur la montagne, ils ne furent pas affectés comme c’est le cas ici, alors qu’il donne la préséance à un seul.

1949. Ils s’interrogeaient donc : QUI DONC EST LE PLUS GRAND DANS LE ROYAUME DES CIEUX ?, alors qu’on n’y parvient pas par la grandeur mais par l’esprit d’humilité. Ph 2, 3 : S’estimant supérieurs les uns aux autres par l’humilité, etc. Dans cette demande, il faut imiter le fait qu’ils ne désiraient pas des réalités terrestres, mais des réalités célestes. 2 Co 4, 18 : Nous ne contemplons pas ce qui est visible, mais ce qui n’est pas visible, etc.

Mais de quoi s’agit-il ? Ne faut-il pas rechercher l’excellence dans le royaume des cieux ? Il faut dire qu’on possède l’excellence dans le royaume des cieux de deux manières : soit que nous nous en estimions dignes, et cela est de l’orgueil et va à l’encontre des apôtres. Ph 1, 3 : S’estimant supérieurs les uns aux autres par l’humilité, etc. ; mais désirer une grâce plus grande afin que nous soit [donnée] une gloire plus grande n’est pas mal, comme en 1 Co 12, 31 : Recherchons les grâces les meilleures. De même, les apôtres savaient que, dans la gloire, il y a diverses demeures, comme une étoile diffère d’une autre par la clarté. Ils s’enquéraient donc parce qu’ils croyaient qu’une était meilleure que l’autre, à l’encontre de certains hérétiques qui ont affirmé le contraire.

[18, 2-3]

1950. Ensuite, la réponse du Christ est présentée, et [Matthieu] présente un geste et une parole du Christ. Il dit donc : IL APPELA À LUI UN PETIT ENFANT. Qui est ce petit enfant, on l’explique de trois façons. Chrysostome l’interprète d’un enfant vraiment petit, car il était dépourvu de passions, afin de donner un exemple d’humilité, comme plus loin, 19, 14 : Laissez les petits enfants venir à moi. Et l’on dit que celui-ci était le bienheureux Martial. On donne [aussi] une autre interprétation : le Christ, s’estimant petit, se plaça au milieu en disant : SI VOUS NE RETOURNEZ PAS À LA CONDITION DE CE PETIT ENFANT, VOUS N’ENTREREZ PAS DANS LE ROYAUME DES CIEUX. Lc 20, 27 : Je suis au milieu de vous comme celui qui sert. Autre [interprétation] : par petit enfant, on entend l’Esprit Saint, qui [nous] rend petits enfants, car il est un Esprit d’humilité. Ez 36, 27 : Je placerai mon Esprit au milieu de vous.

1951. Il faut aussi remarquer la parole du Seigneur. Premièrement, il aborde la nécessité ; deuxièmement, le résultat. Il dit : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, SI VOUS NE RETOURNEZ PAS À LA CONDITION DE CE PETIT ENFANT, c’est-à-dire, si vous ne devenez pas dépourvus de prétention. Za 1, 3 : Convertissez-vous à moi, etc., et devenez comme ce petit enfant, non pas par l’âge, mais par la simplicité. 1 Co 14, 20 : Ne soyez pas des enfants pour ce qui est de l’intelligence, mais des enfants pour ce qui est de la malice. L’état des enfants est varié. Ils ne désirent pas de grandes choses, plus haut, [Rm 12, 10] : Ne recherchant pas ce qui est élevé. Ils sont dépourvus de concupiscence, plus haut, [Mt] 5, 28 : Celui qui, en regardant une femme, la désire a déjà commis l’adultère dans son cœur. Les enfants n’ont pas une telle concupiscence. De même, ils ne se rappellent pas les inimitiés. Ainsi, SI VOUS NE DEVENEZ PAS COMME CE PETIT ENFANT, c’est-à-dire, si vous n’imitez pas les caractéristiques des petits enfants, VOUS N’ENTREREZ PAS DANS LE ROYAUME DES CIEUX. En effet, personne n’y entrera s’il n’est pas humble : La gloire emportera les humbles d’esprit, Pr 29, 23. Ou bien : VOUS N’ENTREREZ PAS DANS LE ROYAUME DES CIEUX, c’est-à-dire dans l’enseignement évangélique, comme [il est dit] plus loin, 21, 43 : Le royaume de Dieu vous sera enlevé et sera donné à un peuple qui produit des fruits. En effet, l’entrée s’y fait par la foi. Donc, SI VOUS NE DEVENEZ PAS, si vous n’avez pas la foi, COMME DES PETITS ENFANTS, VOUS N’ENTREREZ PAS DANS LE ROYAUME DES CIEUX, car Mc 16, 16 [dit] : Celui qui ne croira pas sera condamné. Pr 29, 33 : La gloire emportera l’humble d’esprit.

[18, 4]

1952. QUICONQUE ACCUEILLE UN ENFANT COMME CELUI-CI, c’est-à-dire, quiconque imite l’innocence des enfants, CELUI-LÀ EST LE PLUS GRAND, car plus il est humble, plus il est grand. En effet, celui qui s’humilie sera exalté, Lc 18, 14.

Mais il peut y avoir une question : en effet, il semble que ce ne soit pas vrai, car la perfection est dans la charité. Là donc où est la plus grande charité, là est une plus grande perfection. Il faut dire que l’humilité accompagne nécessairement la charité. Et vous pouvez le constater si vous considérez qui est humble. De même que, dans l’orgueil, il y a deux choses : un sentiment désordonné et une estimation désordonnée de soi, de même en est-il, en sens contraire, dans l’humilité, car on n’y a cure de sa propre excellence et on ne s’estime pas digne. Cela découle nécessairement de la charité. Tout homme désire l’excellence qu’il aime. Ainsi, plus un homme a d’humilité, plus il aime Dieu et plus il méprise sa propre excellence et moins il se l’attribue. De sorte que plus un homme a de charité, plus il a aussi d’humilité.

[18, 5]

1953. QUICONQUE ACCUEILLE UN ENFANT COMME CELUI-CI À CAUSE DE MON NOM, C’EST MOI QU’IL ACCUEILLE. Parce que les enfants sont si bien disposés, ils ne doivent pas être scandalisés. Ainsi, MAIS CELUI QUI SCANDALISERA, etc.

Premièrement, il montre qu’ils ne doivent pas être scandalisés en raison du châtiment [qui en découlera] ; deuxièmement, en raison de la providence divine. Le second point [se trouve en cet endroit] : GARDEZ-VOUS DE MÉPRISER AUCUN DE CES PETITS [18, 10].

1954. Premièrement, [le Seigneur] dit qu’il ne faut pas scandaliser les petits ; deuxièmement, qu’il ne faut pas éviter [de le faire] par négligence, en cet endroit : SI TA MAIN, etc. [18, 8].

Premièrement, il présente un châtiment de manière spéciale ; deuxièmement, de manière générale, en cet endroit : MALHEUR AU MONDE À CAUSE DES SCANDALES, etc. [18, 7].

1955. Il faut voir qu’il y a un double châtiment : la peine du dam et la peine du sens. [Le Seigneur] aborde les deux : QUICONQUE ACCUEILLE UN ENFANT COMME CELUI-CI, non pas pour lui-même, mais À CAUSE DE MOI, C’EST MOI QU’IL ACCUEILLE. Vient ensuite : MAIS CELUI QUI SCANDALISERA L’UN DE CES PETITS, etc.

1956. Si [le petit enfant] est tel, il est clair qu’il est plus grand. Et comment celui qui est plus grand sera-t-il scandalisé ? En effet, les parfaits ne sont pas scandalisés. Chrysostome dit que « scandaliser est la même chose que porter un coup, et cela peut atteindre celui qui est parfait comme celui qui est imparfait ». Origène dit que certains sont devenus petits, et d’autres sont en train de le devenir : ceux qui sont devenus petits sont ceux qui sont parvenus à la perfection, et ceux-ci ne peuvent être scandalisés ; ceux qui sont en train de le devenir, parce qu’ils sont imparfaits, peuvent être scandalisés, comme le sont ceux qui viennent de se convertir. Jérôme dit que, bien qu’ils ne puissent pas être scandalisés, quelqu’un peut cependant les scandaliser, car il existe un scandale actif et un scandale passif. Le Seigneur semble viser tous les apôtres, et il vise particulièrement Judas, comme on le voit plus loin, 26, 31 : Vous tous, vous serez scandalisés, etc.

[18, 6]

1957. Et quel est le châtiment ? IL SERAIT PRÉFÉRABLE QU’UNE DE CES MEULES QUE TOURNENT LES ÂNES SOIT SUSPENDUE À SON COU. De même, comme le dit Jérôme, le Seigneur parle à la façon des gens de la Palestine, qui n’avaient pas de meules [actionnées] par l’eau, mais avaient des meules [actionnées] par des chevaux. La meule que fait tourner un âne est donc celle qu’un cheval ou un âne peut entraîner. ET QU’IL SOIT JETÉ AU FOND DE LA MER. Telle était la peine à laquelle était condamné celui qui avait commis un vol, car une meule de cette sorte était suspendue à son cou et il était jeté à la mer. C’est ce qui est arrivé au bienheureux Clément, bien que ce ne fût pas parce qu’il était voleur, etc. [Celui-là] mérite donc une peine éternelle. Il est donc mieux d’encourir une peine temporelle dans le présent que d’encourir une peine éternelle. He 10, 31 : Il est terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant, et Dn 13, 23 : Il est mieux que je tombe entre les mains des hommes en ne faisant rien que de pécher sous le regard de Dieu.

1958. Autre [interprétation] mystique : elle est triple. En un premier sens, on entend par la meule l’aveuglement des païens, car les animaux qui sont affectés à entraîner cette meule sont aveugles. En Jg 16, 21, il est écrit qu’on arracha les yeux de Samson et qu’on le fit moudre. Il conviendrait donc que les Juifs n’aient jamais vu le Christ et aient été jetés au fond de la mer, c’est-à-dire au plus profond de l’infidélité. Ainsi, 2 P 2, 21 [dit] : Il aurait été mieux pour eux de ne pas connaître la voie de la justice que de retourner en arrière après l’avoir connue. Autre [interprétation] : par la meule de l’âne, on entend la vie active. Il arrive que quelqu’un passe à la vie contemplative et, lorsqu’il y est, scandalise la contemplation parce qu’elle ne lui plaît pas. Il convient donc que SOIT ATTACHÉE À SON COU UNE MEULE D’ÂNE ET QU’IL SOIT JETÉ AU FOND DE LA MER, c’est-à-dire au creux des affaires temporelles. Augustin dit ainsi : « Il faut, c’est-à-dire il convient et c’est une peine proportionnée, qu’une meule, c’est-à-dire la cupidité du siècle, soit suspendue à son cou, c’est-à-dire dans son cœur, et qu’il soit jeté au fond, c’est-à-dire [au fond] de la cupidité. »

[18, 7]

1959. MALHEUR AU MONDE À CAUSE DES SCANDALES ! Après que le châtiment a été présenté d’une manière particulière, il est présenté d’une manière générale. Et [le Seigneur] fait trois choses. Premièrement, il fait à l’avance une annonce générale ; deuxièmement, il ajoute la nécessité ; troisièmement, il écarte l’excuse, car pour ceux qui scandalisent, il convient qu’une meule soit suspendue à leur cou, etc.

MALHEUR AU MONDE À CAUSE DES SCANDALES ! Par le monde, on entend ceux qui aiment le monde, car, plus quelqu’un est uni au monde, plus il subit le scandale. Le Seigneur [dit] donc : En moi vous aurez la paix, dans le monde, les tribulations, Jn 16, 33. MALHEUR AU MONDE et à ceux qui aiment le monde.

1960. IL EST NÉCESSAIRE, CERTES, QU’IL ARRIVE DES SCANDALES. Certains hérétiques ont cru qu’il était de nécessité absolue que se produisent des péchés et que cette nécessité était entraînée par la prescience divine et par la nature des étoiles. Mais cela est faux, car on [les] imputerait ainsi à Dieu, qui est l’auteur de la nature. Chrysostome dit qu’il est nécessaire que cela arrive, au sens où la nécessité de la providence divine est une nécessité conditionnelle. Ainsi, si [Dieu] a prévu qu’un tel allait pécher, il péchera, mais il n’en découle pas pour autant qu’il péchera nécessairement. Origène dit que la nécessité présuppose la malice des démons et la faiblesse des hommes. Ainsi, IL EST NÉCESSAIRE QU’IL ARRIVE DES SCANDALES, parce qu’il est nécessaire que le Diable trompe les hommes et que l’homme lui obéisse, de sorte que cette nécessité vient de la supposition de la malice des démons et de la faiblesse des hommes. D’autres expliquent IL EST NÉCESSAIRE au sens d’utile, car les hommes sont mis à l’épreuve par les scandales,. 1 Co 11, 19 : Car il faut que se produisent des hérésies, afin que ceux qui ont été mis à l’épreuve soient mis en lumière parmi nous. Ou bien, selon Haymon, [le Seigneur] parle du scandale de la croix. 1 Co 1, 23 : Nous annonçons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens.

1961. Mais on objecte : « Si cela est nécessaire, [ceux par qui cela arrive] sont donc exempts de péché, puisqu’il est nécessaire que cela arrive. » Je ne dis pas que cela est nécessaire de manière absolue, car MALHEUR AU MONDE À CAUSE DES SCANDALES ! Ainsi, bien que les démons y poussent, [celui qui le cause] encourt cependant une peine. Rm 6, 13 : Ne faites pas de vos membres des instruments d’iniquité. Cela est dit d’une manière spéciale de Judas qui livra [le Seigneur].

[18, 8]

1962. Tu dis : MALHEUR À L’HOMME PAR QUI LE SCANDALE ARRIVE ! Il ne faut donc pas scandaliser les tout-petits. Et bien qu’il ne faille pas les scandaliser, ils ne doivent cependant pas se montrer négligents à éviter le scandale ; au contraire, quelqu’un peut l’éviter par ce qui est utile à l’action, à la connaissance ou au soutien. C’est pourquoi [le Seigneur] présente [la chose] sous forme de comparaison avec les membres du corps : SI TA MAIN OU TON PIED TE SCANDALISE, COUPE-LE ET JETTE-LE LOIN DE TOI ! Vous ne devez pas comprendre qu’ils doivent couper les membres de leur corps, mais, par membres, on entend les amis et les proches. En effet, l’homme est nécessaire à l’homme pour l’action, pour le soutien et pour l’enseignement. Ce qui le corrige dans l’action, c’est la main ; ce qui le soutient, c’est le pied. Ainsi Jb 29, 15 [dit] : J’ai été un œil pour l’aveugle et un pied pour le boiteux. De sorte que SI TA MAIN, c’est-à-dire celui qui dirige ton action, OU TON PIED, c’est-à-dire celui qui te soutient, TE SCANDALISE, c’est-à-dire qu’ils sont une occasion de péché pour toi, COUPE-LE ET JETTE-LE LOIN DE TOI ! Et [le Seigneur] en donne la raison : MIEUX VAUT POUR TOI, etc., car supporter n’importe quel mal temporel est mieux que d’encourir une peine éternelle.

[18, 9]

1963. De même, quelqu’un t’est nécessaire pour l’enseignement : il est donc un œil pour toi. Ainsi, SI TON ŒIL TE SCANDALISE, ARRACHE-LE. Et [le Seigneur] en donne la raison : MIEUX VAUT POUR TOI, etc.

Ou bien, on peut mettre cela en rapport avec toute l’Église, car les yeux sont les prélats, les mains, les diacres, le pied, les hommes ordinaires. De sorte qu’il vaut mieux déposer un prélat ou retrancher un diacre que de scandaliser l’Église. Ou bien, par l’œil, on entend la contemplation, par la main, l’action, par le pied, la procession. De sorte que si tu vois que telle contemplation, telle action ou telle procession sont pour toi une occasion de péché, retranche-la et jette-la loin de toi.

[18, 10]

1964. GARDEZ-VOUS DE MÉPRISER AUCUN DE CES PETITS. Plus haut, [le Seigneur] avait enseigné à éviter le scandale en raison du châtiment. Mais ici, il enseigne à l’éviter en prenant en compte la providence divine. À ce propos, il fait deux choses : premièrement, il le propose ; deuxièmement, il en donne la raison, en cet endroit : EN EFFET, JE VOUS LE DIS, etc. [18, 10].

Ainsi, [le Seigneur] avait dit : CELUI QUI SCANDALISE UN DE CES PETITS, MIEUX VAUDRAIT QU’UNE MEULE D’ÂNE SOIT SUSPENDUE À SON COU, etc. GARDEZ-VOUS DE MÉPRISER AUCUN DE CES PETITS. En effet, la petitesse incite aussitôt au mépris : Voici que je t’ai fait petit parmi les nations, méprisable aux yeux des hommes, Jr 49, 15.

1965. Mais on se demande de quels petits [le Seigneur] parle ici. Il faut dire [qu’il parle] des petits qui sont petits dans l’opinion des hommes, mais grands aux yeux de Dieu ; ceux-ci sont les amis de Dieu, Lc 10, 16 : Celui qui vous méprise me méprise. Mais à cela on objecte que ceux-ci ne sont pas scandalisés ni ne sont perdus, et cependant on lit plus loin, dans ce chapitre, que le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu. Il faut dire, selon la solution donnée par Origène, qu’on entend par petits les humbles, qui sont parfaits ; ceux-ci ne sont pas scandalisés, et cependant ils tombent parfois. Ou alors, bien que tous ne soient pas scandalisés, l’un [d’entre eux] est cependant scandalisé. Selon Jérôme, cela s’entend de ceux qui sont petits dans le Christ, des convertis récents, par exemple. Puis, on enchaîne avec la section précédente. On a donc dit que le membre qui scandalise doit être coupé, puisque les petits, les faibles et les pécheurs, même s’ils ne doivent pas être scandalisés, ne doivent pas être méprisés.

1966. EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, LEURS ANGES VOIENT CONSTAMMENT LA FACE DE MON PÈRE. Ici est donnée la raison de la providence divine : premièrement, pour ce qui est du ministère des anges ; deuxièmement, pour ce qui est du ministère du Christ, en cet endroit : CAR LE FILS DE L’HOMME EST VENU SAUVER CE QUI ÉTAIT PERDU. Ainsi, il a été dit de ne pas [les] mépriser, car ceux dont le Seigneur prend un tel soin ne doivent pas être méprisés. JE VOUS DIS QUE LEURS ANGES. Pourquoi LEURS [ANGES] ? Parce qu’ils sont assignés à leur garde, car, comme le dit Jérôme, « un ange a été assigné à la garde de chaque homme ». Ps 90[91], 11 : Il t’a envoyé de ses anges afin qu’ils te gardent dans toutes tes démarches. He 1, 14 : Ce sont tous des esprits chargés d’un ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter du salut. Ils ont comme fonction de transmettre les réalités divines et de nous les annoncer. De même, ils portent et présentent nos prières à Dieu. Ap 8, 4 : La fumée de l’encens s’élève vers Dieu avec les prières des saints. De sorte que si Dieu s’occupe tant [des petits] qu’Il veut les voir servis par des anges, il ne faut pas les mépriser. Dans Si 35, 18s, il est dit d’une veuve que ses larmes montent de sa joue vers le ciel.

1967. [Autre interprétation] : LEURS ANGES, car ils sont leurs concitoyens, puisqu’il n’y a qu’une seule communauté des anges et des hommes. Ils sont donc concitoyens de la cité céleste. Leur dignité est donc si grande qu’ILS VOIENT CONSTAMMENT LE VISAGE DE MON PÈRE QUI EST DANS LES CIEUX. Ici, quatre choses peuvent être indiquées : la continuité de [leur] vision, puisqu’ils voient CONSTAMMENT. Quelqu’un pourrait dire que [les anges] sont parfois envoyés en service et qu’à cause de cela ils ne voient pas constamment le visage de Dieu. C’est pourquoi [le Seigneur] dit : CONSTAMMENT. L’élévation de leur vision est aussi indiquée. Nous voyons quelque chose des réalités les plus élevées, mais dans une certaine obscurité et à travers les créatures, comme on lit en Rm 1, 20 : Ce qui est invisible en lui depuis la création du monde se laisse voir par l’intelligence à travers ce qui a été créé. Mais les anges [voient]] avec une certaine élévation. Le Seigneur dit donc : DANS LES CIEUX. De même, la vision claire est indiquée, car nous voyons comme en énigme dans un miroir, mais alors [nous le verrons] face à face, 1 Co 13, 10. Il ne faut pas dire que [Dieu] a un visage corporel, mais on appelle face à face la vision claire qu’on a de lui. En effet, lorsque quelqu’un regarde dans un miroir, il ne voit pas d’une vision claire ; mais lorsqu’il voit face à face, alors il voit clairement. Dieu est ainsi vu dans un miroir lorsqu’il est vu a travers les créatures ; mais lorsqu’il [sera vu] en lui-même et par lui-même, alors ce sera une vision face à face. Chrysostome dit qu’une certaine allégresse joyeuse excellente est signalée, car ceux-ci sont des hommes parfaits : si les anges sont leurs serviteurs, une allégresse plus grande que celle des anges existe en eux. Ils le voient donc se tenir près d’eux. Ainsi, non seulement la vision est-elle un don, mais aussi la saisie. Ph 3, 20 : Je continue afin de saisir.

1968. Mais pourquoi [le Seigneur] dit-il : DE MON PÈRE QUI EST DANS LES CIEUX ? Afin d’écarter l’erreur de ceux qui affirmaient que les anges [en question] sont les démons. Ils disaient ainsi que les anges sont dans le ciel, les démons au centre ; ceux-ci sont donc des intermédiaires et nos serviteurs. Afin donc d’écarter cela, [le Seigneur] dit : ILS VOIENT CONSTAMMENT LE VISAGE DE MON PÈRE QUI EST DANS LES CIEUX. De même, une autre raison était de stimuler notre désir, car si eux [le] voient, nous aussi nous [le verrons], car nous devons l’espérer.

1969. Mais afin que cela ne paraisse pas peu de chose que des anges soient assignés à la garde des hommes, [le Seigneur] le démontre par le ministère du Christ. Premièrement, il démontre cela ; deuxièmement, il présente une comparaison. Il dit donc que les tout-petits ne doivent pas être méprisés, car LE FILS DE L’HOMME EST VENU SAUVER CE QUI ÉTAIT PERDU. 1 Tm 1, 15 : Le Christ Jésus est venu dans ce monde afin de sauver les pécheurs. Plus haut, [Mt] 1, 21 : Il sauvera son peuple de ses péchés.

 

Leçon 2 – Mt 18, 12‑22

[18, 12]

1970. QUE VOUS EN SEMBLE ? Ici est présentée la comparaison. Premièrement, une question sérieuse est posée ; deuxièmement, la joie d’avoir trouvé la brebis [est présentée].

[Le Seigneur] dit donc : QUE VOUS EN SEMBLE ? Il avait été dit que le Fils de l’homme était venu sauver ce qui était perdu, car le pasteur recherche la brebis perdue. SI UN HOMME POSSÈDE CENT BREBIS. Par le nombre cent est signifié l’ensemble des créatures raisonnables. Quatre-vingt-dix-neuf est le même nombre que neuf, mais seulement multiplié, car neuf multiplié par dix donne quatre-vingt-dix. À ce nombre, à savoir, neuf, manque une unité. Ainsi donc, par ces brebis, [le Seigneur] signifie toutes les créatures raisonnables. Jn 10, 27 : Mes brebis entendent ma voix. Ps 94[95], 7 : Nous sommes son peuple et les brebis de son bercail. Par la brebis égarée, le genre humain est signifié. Et pourquoi [le Seigneur] l’a-t-il signifié par la brebis qui s’est égarée ? Parce que par un seul homme tous ont été égarés. 1 P 2, 25 : Vous étiez comme des brebis errantes.

1971. NE VA-T-IL PAS LAISSER LES QUATRE-VINGT-DIX-NEUF AUTRES SUR LES MONTAGNES ? Le texte ne porte pas : dans le désert, mais : SUR LES MONTAGNES, comme on le trouve en grec. Cela s’explique de trois manières. Premièrement, parce que ces quatre-vingt-dix-neuf signifient les anges qui ont été laissés sur les montagnes, c’est-à-dire dans les cieux. Ez 34, 13 : Je les ferai paître sur les montagnes d’Israël. Ou bien, par les quatre-vingt-dix-neuf sont signifiés les justes, et par la brebis perdue, les pécheurs. Ainsi, [l’homme] les abandonna sur les montagnes, c’est-à-dire dans la solitude de la justice. Ps 35, 7 : Mes jugements sont comme les montagnes de Dieu. Ou bien,  par les quatre-vingt-dix-neuf [sont signifiés] les orgueilleux, et par la brebis [égarée], les humbles. Ainsi, NE VA-T-IL PAS LAISSER LES QUATRE-VINGT-DIX-NEUF AUTRES SUR LES MONTAGNES, c’est-à-dire dans leur orgueil, et il s’en va chercher l’autre qui s’est égarée ? Ps 118[119], 176 : J’ai erré comme une brebis qui s’est égarée ; va à la recherche de ton serviteur, Seigneur.

[18, 13]

1972. Ensuite, [le Seigneur] parle de la joie : ET S’IL PARVIENT À LA RETROUVER, etc. Ici encore, une triple raison peut être donnée. Que le Seigneur se réjouisse des bons, on le lit en So 3, 17 : Ton Dieu se réjouira à ton sujet dans l’allégresse. Que par les quatre-vingt-dix soient signifiés les anges et par la brebis, l’homme, l’explication en est claire, car l’homme était digne d’être rétabli. He 2, 16 : Ce ne sont pas les anges qu’il a pris, mais il a pris la descendance d’Abraham. Si par les quatre-vingt-dix nous entendons les justes, l’explication en est également claire, car le général aime davantage le soldat qui tombe au combat et par la suite se comporte toujours courageusement, que celui qui n’est jamais tombé et se bat avec tiédeur. De même, lorsque quelqu’un a péché, se relève avec force et se montre toujours courageux, [le Seigneur] l’aime davantage. 2 Co 7, 9 : Je me réjouis de ce que la tristesse vous ait conduits au repentir, c’est-à-dire que le Seigneur se réjouit davantage de celui, etc., lorsqu’il montre plus de zèle. Toutefois, il ne faut pas étendre cela à tous, car il peut se trouver un juste qui ait tant de zèle qu’il plaise davantage à Dieu que celui qui se repent. Selon la troisième interprétation aussi l’explication est claire, car [le Seigneur] se réjouit davantage de celui qui reconnaît son péché, comme cela est manifeste à propos du publicain et du pharisien.

[18, 14]

1973. Il conclut donc : AINSI VOTRE PÈRE DES CIEUX NE VEUT PAS QU’UN SEUL DE CES PETITS PÉRISSE. [Le Seigneur] dit moins pour signifier plus, car sa volonté est qu’ils soient sauvés. 1 Tm 2, 4 : Lui qui veut que tous les hommes soient sauvés. S’il ne le voulait pas, il n’enverrait pas des anges. Ez 18, 23 : Est-ce que je veux la mort de l’impie, dit le Seigneur ?

[18, 15]

1974. SI DONC TON FRÈRE A PÉCHÉ, etc. Ici, il s’agit d’écarter le scandale. Premièrement, l’ordre est présenté ; deuxièmement, le nombre, en cet endroit : ALORS, PIERRE S’AVANÇANT, etc. [18, 21].

À propos du premier point, [le Seigneur] fait trois choses. Premièrement, il formule un avertissement ; deuxièmement, [il présente] le témoignage, en cet endroit : S’IL NE T’ÉCOUTE PAS, etc. [18, 16] ; troisièmement, la divulgation, en cet endroit : S’IL REFUSE DE LES ÉCOUTER, DIS-LE À L’ÉGLISE [18, 17].

À propos du premier point, [le Seigneur] formule son enseignement ; deuxièmement, il donne la raison [de l’enseignement] formulé, en cet endroit : S’IL T’ÉCOUTE, TU AURAS GAGNÉ TON FRÈRE.

1975. J’ai donc dit qu’il ne fallait pas mépriser les tout-petits, mais que faut-il faire si quelqu’un scandalise ? [Le Seigneur] l’enseigne ici. SI TON FRÈRE A PÉCHÉ CONTRE TOI, VA LE TROUVER ET REPRENDS-LE SEUL À SEUL. Remarquez d’abord que [le Seigneur] dit : A PÉCHÉ. Il parle donc d’un péché déjà commis. Il faut donc procéder différemment pour un péché commis et pour un péché qui va être commis, car [le péché] commis ne peut pas ne pas avoir été commis. Ainsi, dans le cas [du péché] qui va être commis, il faut s’efforcer qu’il n’arrive pas. Is 58, 6 : Délie les liens de l’impiété, détache les nœuds qui retiennent, etc. De sorte que pour le péché qui va être commis, il n’est pas nécessaire de respecter un tel ordre, mais, dans le cas [du péché] commis, cela est nécessaire.

1976. Il dit aussi : CONTRE TOI. La Glose [dit] : « S’il t’a causé une offense ou un outrage. » Il veut donc dire que nous devons remettre le péché commis contre nous ; mais nous ne pouvons pas remettre le péché commis contre Dieu, comme le dit la Glose.1 R 2, 25 : Celui qui a péché contre Dieu, qui priera pour lui ? De même, tu dois d’abord t’occuper des offenses commises par celui qui fait partie de la même communauté que toi ; il faut aussi s’occuper des autres, mais pas autant. 1 Co 5, 12 : En quoi nous appartient-il de juger ceux du dehors ?

1977. VA ET REPRENDS-LE SEUL À SEUL. Le Seigneur guide ses disciples vers la sollicitude et la correction parfaites. Plus haut, 5, 23, le Seigneur avait dit que si quelqu’un offense un frère, il doit laisser son offrande devant l’autel, etc. ; ici, il va plus loin, car il s’agit non seulement de celui qui t’a blessé, mais de celui qui a été blessé. Ainsi, SI TON FRÈRE A PÉCHÉ CONTRE TOI, VA LE TROUVER, etc. Ps 119[120], 7 : Avec ceux qui détestent la paix, il était pacifique. Ne remettras-tu pas d’abord ? Non, mais tu dois d’abord [le] reprendre. Il n’ordonne donc pas de remettre à n’importe qui, mais à celui qui se repent. De même, il dit : REPRENDS-LE, et non : « Rabroue-le ou irrite-le », et montre-lui brièvement [sa faute]. S’il [la] reconnaît, tu dois alors [la lui] remettre. C’est pourquoi [il est dit] : Instruisez-les dans un esprit de douceur, Ga 6,1. Mais est-ce que celui qui néglige de corriger pèche ? Augustin [écrit] : « Si tu ne [le] corriges pas, tu deviens pire par ton silence que lui en péchant. »

1978. Mais comme il est vrai que tous sont tenus de corriger, quelqu’un pourrait dire que cela revient aux seuls prélats en vertu de leur fonction, et aux autres en vertu de la charité. Parfois le Seigneur permet que les bons soient punis avec les méchants. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas corrigé les méchants. Toutefois, Augustin dit que « parfois nous devons nous abstenir, si nous craignons que, par cette intervention, ils ne soient pas corrigés, mais rendus plus mauvais ». De même, si tu crains d’entraîner une persécution de l’Église, tu ne pèches pas [en ne reprenant pas]. Mais si tu t’abstiens pour ne pas être affecté dans [tes biens] temporels, pour éviter que ne t’arrive un désagrément ou pour quelque chose du genre, tu pèches. Pr 9, 8 : Reprends le sage et il t’aimera.

1979. REPRENDS-LE SEUL À SEUL. Et pourquoi ? Parce que cette correction vient de la charité. Or, la charité est l’amour de Dieu et du prochain. Si tu aimes, tu dois aimer le salut [du prochain]. Mais, à ce sujet, il faut prendre en considération deux choses, à savoir, la conscience et la bonne réputation. Si tu veux le sauver, tu dois sauver sa bonne réputation. Tu feras cela en le REPRENANT SEUL À SEUL. Si tu le reprends devant tout le monde, tu [lui] enlèves sa réputation. Toutefois, la conscience doit avoir préséance sur la réputation. Cependant, il arrive fréquemment que, lorsqu’un homme voit son péché rendu public, il devienne tellement impudent qu’il s’expose à tous les péchés. Jr 2, 20 : Tu te prosternais devant toute branche fleurie, prostituée. Si 4, 25 : C’est une honte qui mène au péché. Mais ce qu’on lit en 1 Tm 5, 20 s’oppose à cela : Reprends le pécheur devant tout le monde. Et cela est vrai, s’il a commis une faute publiquement. En effet, lorsque quelqu’un pèche publiquement, il doit être repris publiquement ; mais si quelqu’un [pèche] secrètement, il doit alors être repris secrètement. Et cela est clair, car Augustin dit que « si tu es le seul à savoir qu’il a péché, reprends-le seul à seul. »

1980. S’IL T’ÉCOUTE, TU AURAS GAGNÉ TON FRÈRE. Pourquoi [le Seigneur] dit-il cela ? Pour trois [raisons]. Afin que tu saches pour quelle raison reprendre, car, si tu reprends pour toi-même, tu ne fais rien ; en effet, là où la correction est privée, la correction n’est pas méritoire. Mais si tu reprends à cause de Dieu, [la correction] a alors de la valeur. De même est-ce vers cela que tu dois tendre, à savoir, implanter la correction et l’enseignement. De même, quelqu’un pourrait dire que perdre son frère n’est pas juste. Mais, s’il en était ainsi, il n’aurait pas dit : TU AURAS GAGNÉ TON FRÈRE. De même, TU AURAS GAGNÉ, car il est un membre comme toi et, comme le membre compatit avec le membre, de même toi avec ton frère. De même, TU AURAS GAGNÉ, car tu auras gagné ton salut. Jc 4, 11 : Celui qui juge son frère renverse la loi et juge la loi. Ainsi, au même endroit, [Jc] 5, 20 : Celui qui fait que le pécheur se détourne de son chemin a sauvé son âme de la mort et a couvert une multitude de péchés.

[18, 16]

1981. Ici, il apporte le témoignage : PRENDS AVEC TOI UN OU DEUX AUTRES, etc. Dt 19, 15 : Que toute parole repose sur deux ou trois témoins. Mais il se pose ici une question : pourquoi ne fait-il pas appel tout de suite aux témoins ? Il faut dire que la conscience doit être purifiée sans que la réputation soit endommagée. Ainsi, s’il peut [corriger] en premier lieu et par lui-même, cela est bien ; mais [s’il ne le peut] pas, qu’il fasse alors appel à des témoins. Et Jérôme dit [qu’il doit faire appel] d’abord à un, puis à deux [témoins]. Et pourquoi ? Afin qu’ils soient témoins de la correction faite, car si [celui qui est corrigé] continue, cela ne doit pas t’être imputé. Jérôme dit que cela est aussi pour autre chose, à savoir, afin qu’il le convainque de péché, car certains sont tellement obstinés qu’ils ne reconnaissent pas [leur péché]. Tu dois donc faire appel à des témoins afin de le convaincre du fait, ou alors il répétera peut-être l’offense. Ou bien, selon Augustin, [il faut faire appel à des témoins] pour le convaincre.

[18, 17]

1982. Mais cela semble être contraire à ce qu’Augustin dit que, « avant de le montrer à deux autres, il doit le montrer à son supérieur, et c’est cela le montrer à l’Église ». [Le Seigneur] semble donc inverser l’ordre. Je dis qu’il peut être montré au supérieur, soit en vertu de la procédure judiciaire, soit à titre de personne privée. Augustin veut donc qu’il soit d’abord montré au supérieur à titre de personne privée, afin que, à titre de personne privée, celui-ci s’occupe de la correction.

1983. C’est pourquoi [le Seigneur] dit : S’IL NE LES ÉCOUTE PAS, DIS-LE À L’ÉGLISE. Ici est présentée la dénonciation. Premièrement, il dénonce ; deuxièmement, la sentence est présentée ; troisièmement, l’efficacité [de la sentence]. Le second point [se trouve] en cet endroit : S’IL N’ÉCOUTE PAS L’ÉGLISE, etc. [18, 17] ; le troisième, en cet endroit : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, etc. [18, 18].

[Le Seigneur] dit : S’IL NE LES ÉCOUTE PAS, DIS-LE À L’ÉGLISE, c’est-à-dire à toute la communauté, afin qu’il soit confondu, pour que celui qui n’a pas voulu être corrigé sans honte soit corrigé par la honte. Il y a une honte qui entraîne le péché, et une honte qui entraîne la gloire et la grâce, Si 4, 25[21]. Ou bien, À L’ÉGLISE, c’est-à-dire aux juges, afin qu’il soit corrigé. Dt 21, 18 : Si quelqu’un a un fils entêté et effronté, qui n’écoute par le commandement de son père et de sa mère et qui, contraint, montre du mépris, ils s’en saisiront et l’amèneront devant les anciens de cette cité et à la porte du jugement, etc.

1984. Ensuite, la peine est ajoutée : ET S’IL N’ÉCOUTE PAS L’ÉGLISE, QU’IL SOIT POUR TOI COMME UN PAÏEN ET UN PUBLICAIN. Les païens sont les Gentils et les infidèles ; les publicains, ceux qui perçoivent le tribut, et qui sont des pécheurs publics. Ainsi donc, qu’ils soient excommuniés et séparés par la sentence de l’Église, parce qu’ils n’ont pas écouté l’Église. De sorte qu’un homme ne peut être excommunié qu’en raison de l’entêtement seulement.

[18, 18]

1985. EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, etc. Ici est présentée l’efficacité de cette sentence. Car quelqu’un pourrait dire : « Que m’importe ce que dit l’Église et que j’aie été excommunié ? » [Le Seigneur] montre donc cette efficacité : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS : TOUT CE QUE VOUS AUREZ LIÉ SUR LA TERRE SERA LIÉ DANS LE CIEL, ET TOUT CE QUE VOUS AUREZ DÉLIÉ SUR LA TERRE SERA DÉLIÉ DANS LE CIEL. Plus haut, cela a été dit à Pierre ; mais ici, cela est dit à toute l’Église. Et on dit LIER, soit parce qu’elle ne délie pas, soit parce qu’elle excommunie. Origène dit que [le Seigneur] dit ici : DANS LE CIEL, mais que lorsqu’il parla à Pierre, il dit : DANS LES CIEUX, pour montrer que Pierre avait un pouvoir universel. Ici, [le Seigneur] dit : DANS LE CIEL, puisque leur pouvoir n’est pas universel, car le pouvoir universel a été donné à Pierre.

[18, 19]

1986. EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, etc. Ici est présentée l’efficacité de la prière. Premièrement, [le Seigneur] la présente ; deuxièmement, il en donne la raison, en cet endroit : LORSQUE DEUX OU TROIS [SONT RÉUNIS], etc. [18, 20].

1987. [Le Seigneur] dit donc : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, etc. Mais à cela tu peux objecter que nous demandons beaucoup de choses que nous n’obtenons pas. Cela arrive premièrement en raison de l’indignité de ceux qui demandent ; c’est pourquoi il dit : DEUX D’ENTRE VOUS, c’est-à-dire parmi vous qui vivez selon l’évangile. Jc 4, 3 : Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal. De même, parce qu’ils ne s’entendent pas, puisqu’il n’ont pas le lien de la paix : en effet, il est impossible que les prières d’un grand nombre ne soient pas entendues si leurs nombreuses prières n’en deviennent en quelque sorte qu’une seule. 2 Co 1, 11 : Afin que ce bienfait qu’un grand nombre de personnes nous auront obtenu soit pour un grand nombre un motif d’action de grâce à notre sujet. C’est aussi parce qu’ils demandent certaines choses qui ne conviennent pas à leur salut : la demande doit en effet porter sur quelque chose d’utile, plus loin, 20, 22 : Vous ne savez pas quoi demander.

CELA LEUR SERA ACCORDÉ PAR MON PÈRE QUI EST DANS LES CIEUX, c’est-à-dire dans les hauteurs. Ou bien : DANS LES CIEUX, c’est-à-dire, en nous.

[18, 20]

1988. LORSQUE DEUX OU TROIS SONT RÉUNIS EN MON NOM, JE SUIS LÀ AU MILIEU D’EUX, dans l’assemblée des saints, et non dans celle des gens de la terre. Ps 110[111], 1 : Au sein de la réunion et de l’assemblée des justes, grandes sont les œuvres du Seigneur. LÀ donc OÙ DEUX OU TROIS. La charité n’existe pas là où il n’y en a qu’un seul, mais [là où il y en a] plusieurs. Ainsi, 1 Jn 4, 16 : Celui qui demeure dans la charité, demeure en Dieu et Dieu en lui. « Je suis donc au milieu d’eux. »

[18, 21]

1989. ALORS PIERRE, S’AVANÇANT, LUI DIT : « SEIGNEUR, COMBIEN DE FOIS MON FRÈRE POURRA-T-IL PÉCHER CONTRE MOI ET DEVRAI-JE LUI PARDONNER ? » Plus haut, [le Seigneur] a enseigné selon quel ordre il faut pardonner, après une correction et une réprimande ; ici, il traite du nombre de fois qu’il faut pardonner.

1990. Premièrement, la question de Pierre est donc présentée ; deuxièmement, la réponse du Christ ; troisièmement, une comparaison. Le second point [se trouve] en cet endroit : JÉSUS LUI DIT, etc. [18, 22] ; le troisième, en cet endroit : LE ROYAUME DES CIEUX EST SEMBLABLE [18, 23].

1991. [Matthieu] dit donc : ALORS PIERRE, S’AVANÇANT. ALORS, c’est-à-dire après avoir entendu cette parole : Si ton frère a péché contre toi, etc., Pierre fut amené à [demander s’il devait pardonner] une seule fois ou plusieurs, et il dit : CHAQUE FOIS QUE MON FRÈRE AURA PÉCHÉ CONTRE MOI, ETC., DEVRAI-JE LUI PARDONNER JUSQU’À SEPT FOIS ?, comme s’il disait : « Jusqu’à sept fois, c’est qu’[il aura péché] par faiblesse, mais davantage, c’est [qu’il aura péché] par malice. » Il demandait donc s’il lui fallait pardonner jusqu’à sept fois. Il connaissait aussi ce qui avait été dit en 4 R [2 R] 5, 10, qu’Élisée avait ordonné à Naaman d’aller se laver sept fois dans le Jourdain. Il pensait donc qu’il devait pardonner sept fois.

[18, 22]

1992. JÉSUS LUI DIT : « JE NE TE DIS PAS JUSQU’À SEPT FOIS, MAIS JUSQU’À SOIXANTE-DIX-SEPT FOIS SEPT FOIS. » D’une part, on peut soutenir qu’il dit : SEPT FOIS au sens cumulatif, de sorte que le sens serait : non pas sept fois, mais soixante-dix fois. Ou bien, on peut l’entendre au sens d’une multiplication : sept fois soixante-dix [fois], et ainsi l’interprète Jérôme. Selon la première interprétation, qui est celle d’Augustin, il est donné à entendre que nous devons pardonner tout, comme le Christ a tout pardonné. Col 3, 13 : Vous pardonnant les uns aux autres, si vous avez un grief contre quelqu’un. Comme le Seigneur nous a pardonné, de même devez-vous le faire. Ou bien, on peut dire qu’un nombre déterminé est donné pour [indiquer] un nombre infini, comme dans les Psaumes : La parole qu’il a envoyée pour mille générations [Ps 104[105], 8]. Selon Jérôme, l’explication est la même ; cependant, il y est ajouté la raison du nombre. En effet, la perfection est signifiée par six, et par cent, qui résulte d’une multiplication par dix, qui signifie le décalogue. Le premier nombre qui s’écarte de dix est onze. Et parce que la totalité est signifiée par six, la totalité des péchés est signifiée, comme s’il disait : « Tous les péchés que ton frère aura commis contre toi, pardonne-les lui. » Selon Jérôme, il semble donc que [le Seigneur] veuille dire qu’il peut remettre davantage qu’on a pu l’offenser.

 

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