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Leçon 2 – Mt 21, 23‑46

[21, 23]

2186. COMME IL ÉTAIT ENTRÉ [DANS LE TEMPLE]. Ici, [les grands prêtres et les scribes] reprennent [Jésus]. Premièrement, [leur] interrogation est présentée ; deuxièmement, la réfutation, en cet endroit : JÉSUS LEUR RÉPONDIT [21, 24].

À propos du premier point, [Matthieu fait] deux choses. Premièrement, des questions sont posées ; deuxièmement, les réponses du Christ [sont données].

Premièrement, la question des Juifs est posée ; deuxièmement, celle du Christ, en cet endroit : JÉSUS LEUR RÉPONDIT : « DE MON CÔTÉ, JE VAIS VOUS POSER UNE QUESTION, etc. »

2187. [Les grands prêtres et les scribes] disent donc : PAR QUELLE AUTORITÉ FAIS-TU CELA ? [Jésus] avait chassé les acheteurs et les vendeurs du temple, il avait aussi fait des miracles. Ils demandent donc en vertu de quel pouvoir il fait ces choses. Chrysostome dit qu’il y avait dans le monde deux pouvoirs : le pouvoir sacerdotal et le pouvoir royal. Ils l’interrogent donc sur le premier : « En vertu de quoi affirmes-tu que tu as ce pouvoir ? » [Ils l’interrogent] aussi sur le second : « Qui t’a donné ce pouvoir ? Le tiens-tu d’un prêtre ou de Dieu ? » En effet, la situation était que leurs fils succédaient aux prêtres pour le pouvoir. « Qui te l’a donné ? Tu ne le tiens pas de César, ni d’un prêtre. » Chrysostome dit donc que « tout homme estime qu’un autre est ce qu’il pense de lui ». Ainsi, comme ceux-ci n’avaient pas une bonne opinion du Christ, etc.

2188. Ou bien, on peut mettre cela en rapport avec le fait des miracles. Il existe un pouvoir de Dieu et un pouvoir du Diable. Jb 41, 24 : Il n’existe pas sur terre de pouvoir qui puisse lui être comparé. Ainsi : PAR QUELLE AUTORITÉ FAIS-TU CELA ? Celle de Dieu ou celle du Diable ? Mais Origène objecte que s’il le faisait par l’autorité du Diable, il ne le dirait pas. Il donne donc une autre interprétation : il dit que le pouvoir de Dieu est multiple, l’un général, l’autre particulier, l’un se rapportant à telle chose, l’autre, à telle autre. Ils demandent donc en vertu de quel pouvoir, c’est-à-dire de quel degré de pouvoir, comme dans le cas des prophètes. En effet, certains avaient un pouvoir, d’autres, un autre.

[21, 24]

2189. Selon Chrysostome, lorsque quelqu’un interroge pour apprendre, il faut alors lui répondre la vérité ; mais lorsqu’il [le fait] pour mettre à l’épreuve, il faut alors le reprendre et le réfuter. Ainsi le Seigneur, comme il savait qu’ils le mettaient à l’épreuve, dit : JE VAIS VOUS POSER, MOI AUSSI, UNE SEULE QUESTION : « D’OÙ VENAIT LE BAPTÊME DE JEAN : DU CIEL OU DES HOMMES ? » Pierre a baptisé, mais on ne parle pas du baptême de Pierre. Jean aussi a baptisé, et on parle du baptême de Jean, parce que, dans le baptême de Jean, tout était le fait de l’homme ; mais, dans le baptême de Pierre, les péchés étaient remis, ce qui ne pouvait être fait par l’homme. Jn 1, 33 : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint. Bien que Jean ait baptisé, il ne l’a pas fait de lui-même. Jn 1, 33 : Celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit, etc.

[21, 25–27]

2190. Ensuite, il est question des réponses : premièrement, de la réponse des Juifs ; deuxièmement, de celle du Christ.

Il est vrai que les petits ont cru, mais les Pharisiens étaient indignés. Car s’ils disaient que [le baptême de Jean] venait des hommes, ils seraient confondus. De même, tous considéraient Jean comme un prophète, plus haut, 11, 7 : Qu’êtes-vous allés voir dans le désert, etc. ? ILS RÉPONDIRENT : « NOUS NE SAVONS PAS. » Ils mentent. Ps 26[27], 12 : L’iniquité se ment à elle-même.

La réponse du Christ est ensuite présentée : MOI NON PLUS, JE NE VOUS LE DIRAI PAS. En cela nous avons un exemple de ce que le Seigneur cache le reste à celui qui ne veut pas dire ce qu’il sait. Ainsi, dans Sg 7, 13 : J’ai appris sans feinte et je transmets sans envie.

[21, 28]

2191. MAIS QUE VOUS EN SEMBLE ? UN HOMME AVAIT DEUX FILS, etc. Plus haut, le Seigneur a repoussé une question par son interrogation ; ici, il rabroue ceux qui avaient posé la question : premièrement, au sujet de leur malice, et cela dans deux paraboles, dont il explique et rend claire la seconde.

À propos du premier point, il fait deux choses : premièrement, il présente une parabole ; deuxièmement, l’explication, en cet endroit : JÉSUS LEUR DIT, etc. [21, 31].

À propos du premier point, il fait trois choses : premièrement, il laisse le jugement aux auditeurs ; deuxièmement, il raconte le fait ; troisièmement, il demande un jugement.

2192. QUE VOUS EN SEMBLE ? Le fait qu’il laisse à ses adversaires de juger est un grand témoignage. Jb 6, 29 : Répondez, je vous en prie, sans contestation, et jugez de ce qui est juste.

Ensuite, il propose les faits : UN HOMME AVAIT DEUX FILS, etc. Cet homme est Dieu ; les deux fils sont les deux peuples. Si 33, 15 : Observez toutes les œuvres du Très-Haut, deux à deux, l’une face à l’autre. Ou bien, les deux genres d’hommes, les justes et les pécheurs. On ne parle pas de tous les justes, mais de ceux qui se reconnaissent justes ; et on ne parle pas de tous les pécheurs, mais de ceux qui font pénitence. Ou bien, ces deux fils sont les clercs et les laïcs.

2193. Il est donc question de l’obéissance. Premièrement, l’ordre est présenté ; deuxièmement, le refus ; troisièmement, l’exécution. S’ADRESSANT AU PREMIER. Le premier est le peuple des Gentils, qui commence avec Noé, comme le peuple des Juifs commence avec Abraham. De même, est appelé premier le peuple des laïcs, car les clercs existent pour les laïcs afin de les former. [L’homme] S’ADRESSA donc AU PREMIER, c’est-à-dire au peuple des Gentils, par une inspiration intérieure ou par la manifestation d’anges. IL DIT : « MON ENFANT, VA TRAVAILLER AUJOURD’HUI À MA VIGNE. » La vigne de Dieu est la justice. « Va travailler à la vigne », c’est-à-dire : « Fais des œuvres de justice. » Et il dit : AUJOURD’HUI, comme s’il s’agissait de toute la durée de ta vie. Et quand dit-il cela ? Lorsqu’il inspira intérieurement en donnant la lumière de la raison. Ps 4, 6 : Beaucoup disent : « Qui nous montrera de bonnes choses ? » La lumière de ton visage s’est imprimée en nous, Seigneur.

[21, 29]

2194. Vient ensuite le refus : CELUI-CI RÉPONDIT : « JE NE VEUX PAS. » Ceci n’est rien d’autre que de mépriser les commandements de Dieu. Jb 21, 14 : Nous ne voulons pas connaître tes chemins.

Puis, suit l’exécution : ENSUITE, PRIS DE REMORDS, IL Y ALLA. Jr 31, 19 : Après que tu m’as converti, j’ai fait pénitence.

[21, 30]

2195. Vient ensuite la désobéissance du second : premièrement, l’ordre est présenté ; deuxièmement, la transgression.

[Le Seigneur] dit : S’ADRESSANT AU SECOND. Celui-ci est le peuple juif ou le clergé, ou ceux qui se disent justes. IL LUI DIT LA MÊME CHOSE. MAIS L’AUTRE RÉPONDIT : « J’Y VAIS, SEIGNEUR. » Il professe qu’il observera la justice. Ainsi, le peuple juif dit : « Tout ce qu’ordonnera le Seigneur, nous le ferons. » Les clercs et certains religieux parlent de la même manière. Il promit donc d’y aller, MAIS IL N’Y ALLA PAS. Ml 2, 8 : Vous vous êtes écartés du chemin et avez été pour beaucoup cause de scandale ; vous avez rompu l’alliance, dit le Seigneur des armées.

[21, 31]

2196. [Le Seigneur] précipite alors la conclusion : LEQUEL DES DEUX A FAIT LA VOLONTÉ DU PÈRE ? Le premier n’a pas promis, mais il l’a faite ; le second a promis, mais ne l’a pas faite. LEQUEL D’ENTRE EUX A FAIT LA VOLONTÉ DU PÈRE ? ILS RÉPONDENT : « LE PREMIER », car il est mieux de ne pas promettre que de ne pas accomplir ce qui a été promis après l’avoir promis, Qo 5, 4, et 2 P 2, 21 : Il est mieux de ne pas connaître le chemin de la vérité que de retourner en arrière après l’avoir connu. Il existe en effet un double péché : le péché de désobéissance et la transgression d’une promesse.

[Le Seigneur] applique ensuite la parabole : premièrement, il présente la prééminence des Gentils sur les Juifs, ou des laïcs sur les clercs ; deuxièmement, il en donne la raison.

2197. Il leur dit : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, LES PUBLICAINS ET LES PROSTITUÉES VOUS PRÉCÉDERONT DANS LE ROYAUME DE DIEU. Une chose semblable a été dite plus haut, 20, 16 : Les derniers seront les premiers. Chrysostome se demande pourquoi [le Seigneur] a fait état des publicains et des prostituées plutôt que d’autres. Il répond que, par les publicains, il entend les pécheurs. Le péché des publicains est l’avarice, car, lorsqu’ils reçoivent les taxes, il en gardent beaucoup pour eux et raflent plus qu’il ne leur est concédé. Car le péché des hommes est l’avarice, et le péché des femmes est la luxure, parce qu’elles sont oisives et que l’oisiveté a enseigné beaucoup de fautes. Ez 16, 49 : La faute de Sodome, ce fut l’abondance de pain et des loisirs. ILS VOUS PRÉCÉDERONT DANS LE ROYAUME DE DIEU, c’est-à-dire qu’ils sont plus proches du royaume, plus haut, 12, 41 : Les Ninivites vous précéderont, etc.

[21, 32]

2198. Vient ensuite la raison : premièrement, [le Seigneur] dit que les Juifs ont été désobéissants ; deuxièmement, que les publicains ont obéi ; troisièmement, qu’ils ne l’ont pas suivi.

Il dit : JEAN EST VENU À VOUS DANS LA VOIE DE LA JUSTICE, car il a suivi la voie de la justice. Ou bien : DANS LA VOIE DE LA JUSTICE, parce qu’il a observé la voie de la justice, à savoir, la voie de la pénitence, ET VOUS N’AVEZ PAS CRU EN LUI. En effet, ils lui disaient : « Es-tu Élie ? » Et lorsqu’il eut répondu, ils ne dirent pas : « Pourquoi baptises-tu ? » MAIS LES PUBLICAINS ET LES PROSTITUÉES ONT CRU EN LUI. Et cela se trouve au chapitre III, qu’ils vinrent à Jean pour être baptisés. MAIS VOUS, EN VOYANT CELA, à savoir, que d’autres se convertissaient et accomplissaient ce qu’il avait ordonné, VOUS N’AVEZ MÊME PAS EU DE REMORDS TARDIF QUI VOUS FÎT CROIRE EN LUI. En effet, celui-là est le pire qui ne se repent pas de ce qu’il a fait. Jr 8, 6 : Il n’y a personne qui se repente de son péché en disant : « Qu’est-ce que j’ai fait ? ».

[21, 33]

2199. ÉCOUTEZ UNE AUTRE PARABOLE. Le Seigneur avait posé une question au sujet du baptême [de Jean] et [les Pharisiens et les scribes] n’avaient pas voulu répondre. Maintenant, il interroge sans en avoir l’air afin qu’ils ne s’en rendent pas compte. Il raconte donc une parabole et il fait deux choses : premièrement, il présente la parabole ; deuxièmement, il demande leur jugement, en cet endroit : LORS DONC QUE VIENDRA LE MAÎTRE DE LA VIGNE, QUE FERA-T-IL À CES VIGNERONS ? [21, 40].

À propos du premier point, il fait trois choses : premièrement, il présente le service accompli ; deuxièmement, la demande de compensation, en cet endroit : QUAND APPROCHA LE MOMENT DES FRUITS, etc. [21, 34] ; troisièmement, il présente l’ingratitude, en cet endroit : MAIS LES VIGNERON SE SAISIRENT DE SES SERVITEURS, etc. [21, 35].

À propos du premier point, il fait trois choses : premièrement, la plantation de vigne est présentée ; deuxièmement, son embellissement ; troisièmement, sa location.

2200. Il dit donc : UN HOMME ÉTAIT PROPRIÉTAIRE, ET IL PLANTA UNE VIGNE, etc. La même chose est présentée en Is 5, 1, où il est dit : Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau riche en huile. Mais ici, il dit que le propriétaire plante une vigne. Certains disent que [dans Isaïe] il s’élève contre sa vigne ; il dit donc : Qu’aurais-je pu faire de plus pour ma vigne ? Ici, [il s’en prend] aux vignerons. C’est pourquoi il y a une double interprétation, selon Jérôme et selon Chrysostome. La vigne est le peuple juif. Is 5, 7 : La vigne du Seigneur est la maison d’Israël. [Il s’en prend] aux vignerons parce que, à l’heure présente, la malice de celui-ci ne vient pas du peuple, mais des dirigeants. Jn 7, 48 : Est-ce que quelques-uns des dirigeants ont cru en lui ? [Il ne s’en prend] donc pas à la vigne. Cette vigne n’est pas la maison d’Israël, mais la justice de Dieu, qui a été transmise de manière cachée dans la Sainte Écriture. Il dit donc : UN HOMME ÉTAIT PROPRIÉTAIRE, ET IL PLANTA UNE VIGNE, à savoir, le peuple juif. Ps 79[80], 9 : J’ai fait venir ma vigne d’Égypte. Ou bien, il a présenté la justice dans l’enseignement de la loi.

IL L’ENTOURA D’UNE CLÔTURE, pour protéger la vigne ; de sorte que ceux qui sont placés pour la défendre, qu’il s’agisse des prières des saints ou de la garde des anges, sont appelés une clôture. Ainsi, Os 2, 6 : Je borderai ton chemin d’épines. Si on dit que la vigne est la justice, [le Seigneur] dit que les paroles cachées de l’Écriture sont la clôture.

2201. Au sens mystique, les choses cachées de l’Écriture ne doivent pas être livrées à n’importe qui, car il ne faut pas donner une chose sacrée aux chiens, plus haut, 7, 6. IL Y CREUSA UN PRESSOIR. Le rôle du pressoir est d’extraire le vin de la charité. Si on entend par la vigne le peuple juif, on entendra par le pressoir l’autel des holocaustes. De même, on entend les martyrs, qui ont versé leur sang pour la foi. Is 63, 3 : J’ai fait tourner seul le pressoir. Ou bien l’on peut aussi entendre l’ordre des prophètes, chez qui le vin de la sagesse est extrait. Ou bien, l’on peut entendre la profondeur de la Sainte Écriture. De même, tout le fruit de la vigne est-il recueilli dans le pressoir ; ainsi, l’âme doit-elle recueillir tout ce qu’elle peut pour la gloire de Dieu.

ET IL Y BÂTIT UNE TOUR. Par la tour, on entend le temple. Mi 4, 8 : Et toi, la tour du troupeau dans la nuée, à toi va revenir la souveraineté d’antan. Ou bien, [l’on peut entendre] la connaissance de Dieu. Pr 18, 10 : Le nom du Seigneur est la tour la plus forte.

2202. Ensuite, [il est question] de la location : PUIS IL LA LOUA À DES VIGNERONS, c’est-à-dire qu’il la céda en contrepartie d’un certain prix. Les vignerons sont Moïse et Aaron, qui eurent la responsabilité de gouverner. Jb 31, 39 : Si j’ai contristé l’âme de ses vignerons. Grégoire [dit qu’il s’agit] de ceux qui sont donnés comme dirigeants au peuple. PUIS IL PARTIT EN VOYAGE : le Seigneur, sans changer de lieu, mais en laissant l’homme à son libre arbitre. Si 15, 14 : Dieu créa l’homme à l’origine et le laissa entre les mains de son conseil, c’est-à-dire qu’il le laissa à son libre arbitre. On dit donc que [le maître] part en voyage lorsqu’il n’inflige pas une peine pour toutes les fautes. Ou bien, il n’apparut pas de manière aussi claire qu’auparavant, à savoir, lorsqu’il apparut dans la nuée ardente, Ex 3, 2.

[21, 34]

2203. QUAND APPROCHA LE TEMPS DES FRUITS. Quiconque produit du fruit en attend un bénéfice. Ainsi, le Seigneur s’attend à ce qu’on lui retourne un bénéfice à sa gloire. S’il s’agit d’un homme, le fruit ne se trouve pas dans l’enfance, mais à l’âge adulte. Ainsi, lorsqu’il atteint l’adolescence, on réclame du fruit. De même, lorsque le peuple fut planté et la loi donnée, [le Seigneur] demande du fruit, mais ils ne le connurent pas. Jr 8, 7 : La cigogne dans le ciel connaît la saison, mais mon peuple n’a pas connu le jugement du Seigneur.

IL ENVOYA SES SERVITEURS, c’est-à-dire les prophètes, AUX VIGNERONS, c’est-à-dire aux Juifs, POUR EN RECEVOIR LES FRUITS, à savoir, pour qu’ils incitent les hommes à bien agir. Plus loin, 28, 34 : Je leur ai envoyé des prophètes, des sages et des scribes, et vous les avez tués, etc.

[21, 35]

2204. Après cela, il est question de la méchanceté [des vignerons] : premièrement, des premiers ; deuxièmement, des seconds ; troisièmement, des troisièmes.

MAIS LES VIGNERONS SE SAIRIRENT DE SES SERVITEURS, EN FRAPPÈRENT UN, comme Michée, EN TUÈRENT UN AUTRE, comme Isaïe, EN LAPIDÈRENT UN TROISIÈME, comme Naboth. He 11, 37 : Ils ont été lapidés, sciés, ils ont péri par le glaive.

[21, 36]

2205. DE NOUVEAU, IL ENVOYA D’AUTRES SERVITEURS. De même, [Dieu] a envoyé d’une manière particulière des prophètes, tels Moïse, Aaron et les autres ; mais, après l’époque de David, il a envoyé plusieurs groupes de prophètes. En effet, le Seigneur veut opposer sa miséricorde à leur malice. ILS LES TRAITÈRENT donc DE LA MÊME FAÇON. Dt 31, 27 : Vous avez toujours agi avec obstination contre le Seigneur.

[21, 37]

2206. Vient ensuite, en troisième lieu : FINALEMENT, IL LEUR ENVOYA SON FILS, etc. Ce fut à cause d’une méchanceté consommée. Et [le Seigneur] fait trois choses : premièrement, la miséricorde du Seigneur est présentée ; deuxièmement, leur méchanceté ; troisième, la mise en œuvre de leur mauvais dessein.

IL LEUR ENVOYA donc SON FILS. He 1, 1 : Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils. IL LEUR ENVOYA SON FILS EN SE DISANT : « ILS RESPECTERONT PEUT-ÊTRE MON FILS. » Mais que veut-il dire par PEUT-ÊTRE ? Est-ce qu’il l’ignorait ? Jérôme dit que « cette manière dubitative de parler signifie le libre arbitre afin de montrer qui ils devaient être, car celui qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père ». Ou bien, [le Seigneur] parle de cette manière parce que certains lui sont revenus.

[21, 38]

2207. Ensuite leur mauvais dessein est présenté. Premièrement, leur interrogation est présentée ; deuxièmement, leur dessein ; troisièmement, leur méchanceté.

MAIS LES VIGNERONS, EN VOYANT LE FILS, SE DIRENT PAR DEVERS EUX : « CELUI-CI EST L’HÉRITIER. VENEZ, TUONS-LE, ET NOUS AURONS SON HÉRITAGE ! » Le Fils lui-même est l’héritier du Père, car ce qu’il demande, il l’obtient. Ps 2, 8 : Fais-m’en la demande, et je te donnerai les nations en héritage. Il est aussi l’héritier, car tout ce qu’a le Père, lui-même l’a. En effet, il n’est pas appelé héritier comme un autre qui, à la mort de son père, reçoit l’héritage, mais parce que tout ce qui appartient au Père lui appartient aussi toujours. Mais on peut objecter : S’ils l’avaient connu, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire, 1 Co 2, 8. Cela est vrai s’ils l’avaient vraiment connu, mais ils l’ont connu en conjecturant.

Vient ensuite leur dessein : VENEZ, TUONS-LE ! Sg 2, 20 : Nous le condamnerons à la mort la plus honteuse. Et quel est ce dessein ? NOUS AURONS SON HÉRITAGE. Ils savaient en effet qu’il devait diriger le peuple juif. Ils craignaient donc qu’il ne leur impose le joug de la loi et ne détruise leurs traditions. Ils ne voulurent donc pas supporter le joug du Christ ; ils portèrent donc le joug des Romains. Ainsi, Jn 11, 48 : De crainte que les Romains ne viennent détruire notre pays et notre nation.

[21, 39]

2208. Ensuite, l’exécution est présentée : ET S’EN EMPARANT, ILS LE JETÈRENT HORS DE LA VIGNE ET LE TUÈRENT, car ils le crucifièrent hors des portes de la ville et le tuèrent donc comme s’il était un étranger à la vigne. Is 53, 7 : Comme une brebis, il a été mené à l’abattoir, etc. Qu’ils l’aient jeté hors de la vigne, on le lit en Jean, car tous ceux qui confessaient le nom du Christ étaient chassés de la synagogue.

[21, 40]

2209. Ensuite, [le Seigneur] leur demande leur opinion : QUAND VIENDRA LE MAÎTRE DE LA VIGNE, QUE FERA-T-IL À CES VIGNERONS ? Le Seigneur leur demande ainsi subtilement de porter un jugement contre eux-mêmes, comme Nathan le fit pour David, lorsque celui-ci pécha avec Bersabée.

[21, 41]

2210. Leur opinion est présentée : IL FERA PÉRIR MISÉRABLEMENT CES MISÉRABLES, c’est-à-dire en les condamnant dans le présent et dans le futur. Et ils disent : MISÉRABLEMENT, c’est-à-dire péniblement. Plus haut, [Mt] 7, 2 : Il vous sera remis dans la même mesure où vous aurez remis. Sg 6, 7 : Les puissants endureront de puissants tourments.

IL FERA MISÉRABLEMENT PÉRIR CES MISÉRABLES, ET IL LOUERA SA VIGNE, c’est-à-dire son peuple, À D’AUTRES VIGNERONS, c’est-à-dire aux apôtres, QUI LUI LIVRERONT LES FRUITS EN LEUR TEMPS. Ps 1, 3 : Et ce sera comme un arbre planté près d’un cours d’eau, qui donnera son fruit en son temps. Jb 34, 24 : Il les détruira en quantité innombrable et les remplacera par d’autres.

2211. Ici se pose une question : pourquoi, dans Marc, le Seigneur répond-il ici que ce sont les Juifs [qui parlent] ? Réponse : je dis que le Seigneur l’a d’abord dit, mais qu’ensuite [les Juifs] ont parlé. On trouve la même chose chez Luc : après que le Seigneur eut parlé, eux dirent : Que non ! La réponse est vraie, car ils ont d’abord parlé, puis, comprenant que cela allait contre eux, ils dirent : Que non ! De même, il est vrai que les dirigeants l’ont dit. Mais, bien qu’ils se soient rendu compte que cela allait contre eux, ils ne dirent pas le contraire, mais le peuple dit : Que non !

[21, 42]

2212. JÉSUS LEUR DIT. Ici est présentée la confirmation. Premièrement, une autorité est présentée ; deuxièmement, son explication.

[Le Seigneur] dit : N’AVEZ-VOUS JAMAIS LU DANS LES ÉCRITURES (on lit cela dans Ps 117[118], 22) : « LA PIERRE QU’AVAIENT REJETÉE LES BÂTISSEURS, C’EST ELLE QUI EST DEVENUE LA PIERRE ANGULAIRE ? » Et il présente quatre choses : premièrement, il formule un reproche ; deuxièmement, la dignité ; troisièmement, la cause ; quatrièmement, l’admiration.

2213. [Le Seigneur] dit : LA PIERRE, etc. La pierre est le Christ, dont on dit qu’il est la pierre en raison de multiples similitudes. Is 28, 16 : Voici que je te place comme la pierre angulaire des fondements de Sion, etc. Les BÂTISSEURS sont les apôtres. Que chacun voie comme il construit. Ainsi, cette pierre QU’ILS ONT REJETÉE, c’est-à-dire repoussée, C’EST ELLE QUI EST DEVENUE, c’est-à-dire [qu’elle a été] posée, LA PIERRE ANGULAIRE, c’est-à-dire [placée] à la tête des Juifs et des Gentils. Lui-même est ainsi devenu la tête de l’Église. Mais on pourrait dire : « Il s’est fait lui-même la tête. » Il dit donc : C’EST LÀ L’ŒUVRE DU SEIGNEUR. Ps 117[118], 16 : La droite du Seigneur a montré sa force, etc. Et quelle est cette élévation ? ELLE EST ADMIRABLE À NOS YEUX. Ha 1, 5 : Regardez les païens, voyez, admirez et soyez stupéfaits, car il s’est produit quelque chose à votre époque que personne ne croira lorsqu’on le lui racontera. En effet, [sa] dignité était telle que cela ne s’est produit que parce que la grâce de Dieu l’a accompli. Ep 2, 8 : C’est par grâce que vous avez été sauvés dans le Christ.

[21, 43]

2214. Ensuite, [le Seigneur] explique et tire deux conclusions : en premier lieu, de ce qui est dit dans la parabole ; deuxièmement, [une conclusion] est tirée de ce qui a été dit dans l’autorité.

On dit donc : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS : LE ROYAUME DE DIEU VOUS SERA ENLEVÉ, à savoir, la Sainte Écriture, parce que vous avez négligé de comprendre la Sainte Écriture. Jn 12, 40 : Il a rendu leurs yeux aveugles et endurci leurs cœurs, de sorte qu’ils ne voient pas de leurs yeux et ne comprennent pas par leur cœur, et qu’ils ne se convertissent pas et que je ne les sauve pas. Ou bien, [il s’agit] de la charge de gouverner l’Église des fidèles, car leur gloire a été transférée. [LE ROYAUME DE DIEU] SERA CONFIÉ À UN PEUPLE QUI LUI FERA PRODUIRE SES FRUITS. Is 55, 4 : Voici que je l’ai donné en témoignage pour les peuples, comme chef et maître des nations. Voici que tu appelleras une nation que tu ne connaissais pas et des nations qui ne t’ont pas connu accourront vers toi. Mais comment leur a-t-il été donné ? Plus haut, on disait qu’il le leur avait loué, mais ici, qu’il leur est donné. Car celui qui ne porte pas de fruits est appelé ouvrier ou salarié ; mais lorsqu’il reçoit à titre de don, alors il porte des fruits.

[21, 44]

2215. [Le Seigneur] présente une double peine : CELUI QUI ACHOPPERA SUR CETTE PIERRE S’Y FRACASSERA. Jérôme en donne l’interprétation suivante : celui qui achoppe sur la pierre qui est le Christ, est celui qui reçoit de lui, c’est-à-dire du Christ, la foi, mais il achoppe par le péché qui est contre [le Christ]. Ce sont donc les pécheurs qui tombent, parce qu’ils n’ont pas la charité. ET CELUI SUR QUI ELLE TOMBERA, ELLE L’ÉCRASERA. Car le Christ tombe sur les infidèles. La différence est celle-ci : lorsqu’un vase tombe sur la pierre, le vase n’est pas fracassé à cause de la pierre, mais à cause du mode de la chute, selon qu’elle tombe de plus haut ; mais lorsque la pierre tombe sur le vase, elle le brise selon la grosseur de la pierre. Ainsi l’homme, lorsqu’il tombe sur la pierre [qui est] le Christ, se fracasse selon la grandeur du péché ; mais lorsqu’il devient infidèle, il est totalement brisé. Ou bien, quelqu’un achoppe sur la pierre lorsqu’il pèche délibérément ; mais la pierre tombe sur lui lorsque le Christ le punit, car il est alors entièrement réduit en miettes. Ps 17, 43 : Je les disperserai comme la poussière dans le vent.

[21, 45]

2216. Vient ensuite le moment de la méchanceté : [LES GRANDS PRÊTRES ET LES PHARISIENS], EN ENTENDANT, COMPRIRENT QU’IL PARLAIT D’EUX.

[21, 46]

2217. Puis suit la méchanceté : TOUT EN CHERCHANT À L’ARRÊTER, ILS CRAIGNAIENT LES FOULES, CAR ELLES LE TENAIENT POUR UN PROPHÈTE. Et cela est clair.

 

 

CHAPITRE XXII

 

Leçon 1 [Matthieu 22, 1‑14] 22, 1 Il leur dit en paraboles : 22, 2 « Le Royaume de Dieu est semblable à un roi qui fit un festin de noces pour son fils. 22, 3 Il envoya ses serviteurs convier les invités aux noces, mais eux n’en eurent cure. 22, 4 De nouveau, il envoya d’autres serviteurs avec ces mots : “Dites aux invités : ‘Voici que j’ai préparé mon repas, mes taureaux et mes bêtes grasses ont été tués, tout est prêt, venez aux noces.’ 22, 5 Mais ceux-ci refusèrent, l’un allait à sa vigne, l’autre à son commerce ; 22, 6 les autres, s’emparèrent de ses serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. 22, 7 En entendant cela, le roi fut pris de colère et envoya ses troupes qui firent périr ces meurtriers et incendièrent leurs villes. 22, 8 Alors il dit à ses serviteurs : “La noce est prête, mais ceux qui avaient été invités n’en étaient pas dignes. 22, 9 Allez donc à la sortie des chemins, et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver.” 22, 10 Ces serviteurs s’en allèrent par les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noces fut remplie de convives. 22, 11 Le roi entra alors pour examiner les convives, et il vit un homme qui ne portait pas la tenue de noces. 22, 12 “Mon ami, lui dit-il, comment es-tu entré ici sans avoir une tenue de noces ?” L’autre resta muet. 22, 13 Alors le roi dit aux valets : “Liez-leur les mains et les pieds et jetez-les dans les ténèbres extérieures : là seront les pleurs et les grincements de dents. 22, 14 Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.” »

Leçon 2 : [Matthieu 22, 15‑22] 22, 15 Alors les Pharisiens allèrent se concerter en vue de surprendre Jésus en parole. 22, 16 Et ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des Hérodiens : « Maître, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes la voie de Dieu en vérité. Tu ne te préoccupes de personne, car tu ne regardes pas au rang des personnes. 22, 17 Donne-nous donc ton avis : est-il permis ou non de payer le cens à César ? » 22, 18 Mais Jésus, connaissant leur perversité, répondit : « Hypocrites ! Pourquoi me tendez-vous un piège ? 22, 19 Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent un denier 22, 20 et il leur dit : « De qui est l’effigie et l’inscription que voici ? » Ils disent : 22, 21 « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » 22, 22 À ces mots ils furent tout surpris et, le laissant, ils s’en allèrent.

Leçon 3 [Matthieu 2, 23‑33] 22, 23 Ce jour-là, des Sadducéens, gens qui disent qu’il n’y a pas de résurrection, s’approchèrent de lui et l’interrogèrent en disant : 22, 24 « Maître, Moïse a dit : “Si quelqu’un meurt sans avoir d’enfants, son frère épousera la femme, sa belle-sœur, et suscitera une descendance à son frère. 22, 25 Or, il y avait chez nous sept frères. Le premier se maria, puis mourut sans postérité, laissa son épouse à son frère. 22, 26 Pareillement, le deuxième, puis le troisième, jusqu’au septième. 22, 27 Finalement, après eux tous, la femme mourut. 22, 28 À la résurrection, duquel des sept sera-t-elle donc la femme ? Car pareillement, tous l’ont eue comme épouse. » 22, 29 Jésus leur répondit : « Vous êtes dans l’erreur, vous ne connaissez pas les Écritures ni la puissance de Dieu. 22, 30 À la résurrection, en effet, on n’épouse pas et on n’est pas épousée, mais on est comme des anges dans le ciel. 22, 31 Quant à ce qui est de la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu l’oracle dans lequel le Seigneur vous dit : 22, 32 “Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ? Ce n’est pas de morts qu’il est le Dieu mais de vivants ! »

Leçon 1 [Matthieu 22, 33‑46] 22, 33 En l’entendant, les foules étaient frappées de son enseignement. 22, 34 Apprenant qu’il avait fermé la bouche aux Sadducéens, les Pharisiens se réunirent, 22, 35 et l’un d’eux l’interrogea pour le mettre à l’épreuve : 22, 36 « Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? » 22, 37 Jésus lui dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toutes tes forces : 22  38 voilà le plus grand et le premier commandement. 22, 39 Le second lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même. » 22, 40 À ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »

22, 41 Comme les Pharisiens se trouvaient réunis, Jésus leur posa cette question : 22, 42 « Quelle est votre opinion au sujet du Christ ? De qui est-il fils ? » Ils lui disent : « De David » 22, 43 « Comment donc David, parlant sous l’inspiration, l’appelle-t-il Seigneur quand il dit : 22, 44 Le Seigneur a dit à mon Seigneur :“Siège à ma droite, jusqu’à ce que j’aie fait de tes ennemis un escabeau pour tes pieds ?” 22, 45 Si donc David l’appelle Seigneur, comment est-il son fils ? » 22, 46 Et nul ne fut capable de lui répondre un mot. Et à partir de ce jour personne n’osa plus l’interroger.

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