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Leçon 1 – Mt 22, 1–14

[22, 1–2]

2218. Il a été dit plus haut que les persécuteurs du Christ ont été entraînés à le tuer pour trois raisons : [en raison] de la sa gloire ; de sa sagesse, par laquelle il les réfutait ; de sa justice, par laquelle il les rabrouait. Comment ils y ont été entraînés par la gloire du Christ, on l’a dit. Mais maintenant il dit comment [ils y ont été entraînés] par sa sagesse. Premièrement, parce qu’il annonce à l’avance leur damnation ; deuxièmement, parce qu’il les réfute en débattant [avec eux], en cet endroit : ALORS LES PHARISIENS ALLÈRENT SE CONCERTER EN VUE DE LE SURPRENDRE EN PAROLE [22, 15].

2219. Dans cette parabole, où il est statué de la réprobation des Juifs et de la vocation des païens, l’enseignement du festin de noces est d’abord présenté ; en second lieu, [il est question] de la vocation des Juifs et de leur refus ; troisièmement, de la vocation des païens. Le second point [se trouve] en cet endroit : ET IL ENVOYA SES SERVITEURS CONVIER LES INVITÉS [22, 3] ; le troisième, en cet endroit : ALORS IL DIT À SES SERVITEURS, etc. [22, 8].

À qui [le Seigneur] répondit-il ? Il n’est pas dit qu’il ait parlé à quelqu’un. Mais comme ils voulaient l’arrêter, il répond, non pas à leurs paroles, mais à leur méchanceté.

2220. Ainsi donc : IL LEUR DIT EN PARABOLE : « LE ROYAUME DE DIEU EST SEMBLABLE À UN HOMME QUI FIT UN FESTIN DE NOCES POUR SON FILS. » Ici est présentée la parabole des noces. Une parabole semblable est présentée en Lc 14, 16. Mais, selon Grégoire, elle ne semble pas être la même, car là on mentionne un repas, mais ici, des noces. De même, personne n’est exclu de ce repas ; mais ici quelqu’un est exclu. Il s’agit donc d’une autre parabole. Par celle-là, on entend le repas céleste ; par celle-ci, le festin qui se réalise sur terre. Celui-là est donc appelé un repas parce que personne n’en est exclu ; mais quelqu’un est exclu de ce dernier.

On peut dire, selon certains, qu’il s’agit de la même parabole, car, anciennement, le repas du midi et le repas du soir portaient le même nom, car les gens n’avaient pas l’habitude de manger avant la neuvième heure. Ou bien, l’on peut dire que Luc dit ce que Matthieu passe sous silence. Mais je crois qu’il s’agit d’une autre parabole.

2221. À propos d’elle, voyons qui est le roi. On dit que celui-ci est Dieu, et on entend la personne du Père, car [le Seigneur] dit : POUR SON FILS. Mais pourquoi [le Seigneur] dit-il : [SEMBLABLE] À UN [HOMME QUI ÉTAIT] ROI ? La raison en est, comme le dit Origène, que « roi » vient de régner [regere]. Nous, nous ne sommes pas aptes à son règne tel qu’il est, mais lui règne sur nous à notre façon. Dt 32, 11 : Comme un aigle qui incite ses petits à voler. Il est donc dit : [SEMBLABLE] À UN [HOMME QUI ÉTAIT] ROI, car il règne sur nous à la manière humaine. Mais lorsqu’on le verra tel qu’il est, alors il sera roi, car il régnera tel qu’il est. C’est pourquoi l’Apôtre [dit], 1 Co 13, 12 : Nous voyons maintenant comme en énigme, mais alors [nous le verrons] face à face.

Il dit : LE ROYAUME DE DIEU EST SEMBLABLE À UN [HOMME QUI ÉTAIT] ROI. En effet, comme dans le royaume, il existe plusieurs choses : le roi, le royaume et ceux qui servent dans ce royaume, [LE ROYAUME DE DIEU] EST SEMBLABLE À UN ROI QUI FIT UN FESTIN DE NOCES POUR SON FILS. Le fils est le Christ, dont il est dit en 1 Jn 5, 20 : Afin que nous soyons en son véritable Fils. Celui-ci est le vrai Dieu et la vie éternelle.

2222.  Quelles sont ces noces, on peut l’interpréter de quatre manières. Premièrement, par l’unité de la nature humaine avec la nature divine, en sorte que la nature humaine soit l’épouse et que le lit nuptial ait été le sein de la Vierge. Ps 18, 6 : En effet, l’époux s’avance depuis son lit. Cette interprétation est quelque peu douteuse, car on pourrait croire que la personne du Père n’est pas différente de celle du Fils. On peut donc dire que cet époux est le Verbe incarné, et l’épouse, l’Église. L’Apôtre [dit] ainsi, Ep 5, 32 : Ce mystère est grand : je parle du Christ et de l’Église. [On peut l’interpréter] aussi [de l’union] du Verbe avec notre âme. En effet, l’âme devient partie prenante de la gloire de Dieu par la foi, et ainsi se réalisent nos noces. Os 2, 20 : Je t’épouserai dans la foi. De même, les noces auront lieu dans la résurrection générale. Or, le Christ est la voie vers cette résurrection. Jn 14, 6 : Je suis le chemin. Les noces auront alors lieu lorsque ce qui est mortel en nous sera absorbé par la vie, comme on le lit en 2 Co 5, 4. Mais si nous suivons ce que dit Grégoire, il faut l’interpréter de la vie présente, selon que le Christ épouse l’Église et Dieu, notre âme.

[22, 3]

2223. Il est ensuite question de l’appel des Juifs. Premièrement, un double appel est présenté ; deuxièmement, le refus, en cet endroit : MAIS EUX N’EN EURENT CURE, etc. [22, 5].

À propos du premier point, [le Seigneur] fait deux choses en fonction des deux appels.

Il dit donc : IL ENVOYA SES SERVITEURS CONVIER LES INVITÉS. Selon ce que dit Origène sur ce passage, il existe ici un double texte, car un texte porte : IL ENVOYA SON SERVITEUR, et un autre : SES SERVITEURS.

Si le texte est : SON SERVITEUR, il faut alors considérer trois choses. Premièrement, l’invitation, deuxièmement, l’appel ; troisièmement, une autre invitation.

2224. Les Juifs furent invités avec les patriarches. Ainsi, il a été dit à Abraham : Dans ta descendance seront bénies toutes les nations. Ga 3, 16 : C’est à Abraham et à sa descendance que furent faites ses promesses, etc. D’abord, Moïse fut envoyé, Nb 12, 7 : Il n’y a personne de semblable à mon serviteur Moïse, qui a été le plus fidèle de toute ma maison ; vient ensuite : Pourquoi ne l’avez-vous pas craint ? ET ILS NE VOULURENT PAS VENIR. Dt 31, 27 : Alors que je vivais encore et que je sortais avec vous, vous avez toujours agi avec obstination envers le Seigneur. Le second appel fut fait par les prophètes, dont [il est dit] en Am 3, 7 : Le Seigneur n’accomplira pas sa parole sans avoir révélé son secret à ses serviteurs, les prophètes.

2225. Ou bien, le texte peut être : SES SERVITEURS. Dans ce cas, les prophètes sont signifiés par les premiers [serviteurs], envers lesquels les Juifs se montrèrent toujours rebelles. Ac 7, 51 : Vous avez toujours résisté à l’Esprit Saint. Par les seconds [serviteurs], on entend les apôtres, à qui il a été dit plus haut, 10, 5 : N’allez pas chez les païens. Ou bien, par les premiers [serviteurs], on entend les prophètes et les premiers apôtres ; par les seconds, les successeurs des apôtres.

[22, 4]

2226. DE NOUVEAU, IL ENVOYA D’AUTRES SERVITEURS. Ici est présentée une autre invitation, et l’accroissement de générosité est montré de la part de celui qui invite, et l’accroissement de méchanceté de la part de celui qui se récuse. Dans la première invitation, [le roi] n’avait rien promis ; mais, dans celle-ci, il promet, car il dit : DITES AUX INVITÉS : « VOICI QUE J’AI PRÉPARÉ MON REPAS. » Ce repas est la réfection spirituelle. Pr 9, 2 : La sagesse a immolé des victimes, à préparé le vin et a apprêté la table ; elle a envoyé ses servantes afin d’inviter dans les hauteurs.

2227. MES TAUREAUX ET MES BÊTES GRASSES ONT ÉTÉ TUÉS. Selon Origène, cela peut s’entendre d’une disposition de la sagesse de Dieu. Taureaux signifient « fortes raisons ». Is 8, 11 : Il m’a enseigné par sa main forte. Bêtes grasses signifient « bien nourries ». Au sens propre, les bêtes grasses sont des bêtes engraissées, qui sont nourries et engraissées, et elles signifient les sens subtils. Elles sont engraissées lorsqu’elles se développent en sens sacrés, par lesquels l’âme est engraissée. Ps 62[63], 6 : Mon âme est comme remplie de graisse et de moelle. En effet, tout ce qui est nécessaire se trouve dans la Sainte Écriture. C’est pourquoi, TOUT EST PRÊT. Ps 18[19], 8 : La loi du Seigneur est immaculée et convertit les âmes. Telle est l’invitation de la Sagesse. Pr 9, 5 : Venez, mangez mon pain et buvez mon vin que je vous ai préparés.

Ou bien, [ce repas] signifie la réfection spirituelle et, par les taureaux, sont signifiés les exemples des saints, que le Seigneur a préparés en exemples. Jc 5, 10 : Accueillez les prophètes comme des exemples de renoncement au mal, de longanimité, d’effort et de patience. [Le Seigneur] présente donc les tribulations des saints comme un exemple.

2228. Grégoire [dit que], par les taureaux, sont signifiés les pères de l’Ancien Testament, car le taureau combat avec ses cornes et, à l’époque des pères, on cherchait toujours à se venger et l’on ordonnait de rendre œil pour œil. Par les bêtes grasses, [sont signifiés] les pères du Nouveau Testament, qui ont tout quitté pour le Christ et sont engraissés de la sagesse de Dieu, qui ont été tués pour Dieu. Et les deux ont été tués.

TOUT EST PRÊT, VENEZ AUX NOCES. Le Christ a souffert, il a ouvert le ciel, il a envoyé les apôtres. Ou bien, par les taureaux, on entend les prêtres de l’Ancien Testament, car le taureau est l’animal immolé ; par les bêtes grasses, [on entend] les prophètes qui ont été engraissés de la sagesse de Dieu.

[22, 5]

2229. MAIS EUX, à savoir, ceux qui sont endurcis dans le mal, REFUSÈRENT. Certains refusent par négligence, d’autres par méchanceté et ils persécutent les prédicateurs. Il dit donc : MAIS CEUX-CI REFUSÈRENT. Et quelle en était la cause ? Parce que L’UN ALLAIT À SA VIGNE, L’AUTRE, À SON COMMERCE. De l’extérieur, ils semblaient avoir une bonne raison, mais le Seigneur ne l’accepte pas, car aucune réalité temporelle ne peut empêcher de venir vers Dieu. Selon Hilaire, par le fait qu’il dit : À SA VIGNE, il exprime un désir de gloire humaine. Jn 12, 43 : Ils ont aimé davantage la gloire des hommes que la gloire de Dieu. Jr 5, 4 : J’ai dit : « Peut-être sont-ils pauvres et insensés, ignorent-ils la route du Seigneur et le jugement de leur Dieu. » Par le fait qu’il dit : L’AUTRE, À SON COMMERCE, un désir d’avarice est signifié. Jr 6, 13 : Du plus grand au plus petit, ils s’adonnent tous à l’avarice. Selon Chrysostome, certains sont occupés à travailler de leurs mains, d’autres, au commerce, c’est-à-dire à leur propre service.

[22, 6]

2230. LES AUTRES S’EMPARÈRENT DE SES SERVITEURS, c’est-à-dire des apôtres, LES MALTRAITÈRENT ET LES TUÈRENT, car ils en ont tué plusieurs dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament. Ainsi, plus loin, 23, 34 : Je vous envoie des sages et des scribes, et vous en tuerez parmi eux, etc. Et [le Seigneur] ne mentionne pas ici sa propre mort, mais seulement celle de ses disciples, parce qu’il en avait suffisamment parlé plus haut.

[22, 7]

2231. Vient ensuite leur punition : EN ENTENDANT CELA, LE ROI FUT PRIS DE COLÈRE, etc. Plus haut, il avait présenté la peine spirituelle. Ici, il présente la peine temporelle. C’est pourquoi il disait : À UN HOMME [QUI ÉTAIT] ROI, et ici il dit : À UN ROI, car le mot « homme » semble se rapporter à la bienveillance, et celui de « roi » à la punition. C’est pourquoi il dit ici seulement « roi ». Sg 14, 17 : Des hommes qui ne pouvaient l’honorer en personne, parce qu’ils habitaient à distance, firent une image visible qu’ils voulaient honorer, afin de rendre un culte en le flattant comme s’il était présent à celui qui était absent.

LE ROI FUT PRIS DE COLÈRE. Il faut remarquer que lorsque la colère est attribuée à Dieu, elle ne signifie pas un bouleversement, mais une punition, car les gens en colère ont l’habitude de punir. C’est pourquoi la punition est appelée colère. Il faut le relever à l’encontre de certains hérétiques, car ils ont coutume d’objecter que le Dieu de l’Ancien Testament n’est pas bon puisqu’il ordonne de punir, etc.

2232. IL ENVOYA SES TROUPES QUI FIRENT PÉRIR CES MEURTRIERS. Ces armées sont les esprits angéliques ou les citoyens romains qui, sous Titus et Vespasien, en tuèrent beaucoup. Ps 23[24], 1 : La terre et tout ce qu’elle contient appartiennent au Seigneur. ET ILS INCENDIÈRENT LEURS VILLES, car elles furent brûlées. Is 1, 7 : Le feu consumera vos villes.

Ou bien, on peut l’entendre au sens mystique : leurs corps ou les rassemblements d’hérétiques.

[22, 8]

2233. Vient ensuite l’appel des païens et l’examen [par le roi] est présenté. Il fait trois choses : premièrement, [son] ordre est présenté ; deuxièmement, l’exécution [de l’ordre] ; troisièmement, l’effet. Le second point [se trouve] en cet endroit : SES SERVITEURS S’EN ALLÈRENT, etc. [22, 10] ; le troisième, en cet endroit : ET LA SALLE DES NOCES FUT REMPLIE DE CONVIVES [22, 10].

À propos du premier point, il fait deux choses : premièrement, il donne la raison de son ordre ; deuxièmement, il formule son ordre.

[Le Seigneur] dit donc : ALORS IL DIT À SES SERVITEURS : « LA NOCE EST PRÊTE, MAIS CEUX QUI Y AVAIENT ÉTÉ INVITÉS EN SONT INDIGNES. » LA NOCE EST PRÊTE, c’est-à-dire, le Fils s’est incarné, selon ce [qui est dit] en Is 5, 4 : Qu’aurais-je pu faire de plus pour toi, ô ma vigne ? MAIS CEUX QUI Y AVAIENT ÉTÉ INVITÉS EN SONT INDIGNES, c’est-à-dire qu’ils s’en sont rendus indignes. Et comment ? Comme il est dit en Rm 10, 3 : Ignorant la volonté de Dieu et voulant imposer la leur, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu ; et Ac 13, 46 : Mais parce que vous l’avez rejeté et que vous vous êtes jugés indignes de la vie éternelle, nous nous tournons vers les païens. Ainsi, par la faute des Juifs, le salut a été apporté aux païens. Ap 3, 11 : Conserve ce que tu as, de crainte qu’un autre ne reçoive ta couronne.

[22, 9]

2234. ALLEZ DONC À LA SORTIE DES CHEMINS, etc. Par les chemins sont signifiés les divers enseignements, car ils sont des chemins qui nous conduisent à la vérité. Les Gentils sont donc à la sortie des enseignements. Ainsi, ALLEZ À LA SORTIE DES CHEMINS, c’est-à-dire vers ceux qui adhèrent à des enseignements erronés. Ou bien, autrement, Is 9, 2 : Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu la lumière. Par les chemins, on entend donc les bonnes actions, dont [parle] Pr 4, 27 : Le Seigneur connaît les chemins qui sont à droite. Par les sorties, [on entend] tout ce qui peut concourir aux actions.

ET CONVIEZ AUX NOCES TOUS CEUX QUE VOUS POURREZ TROUVER. Ainsi, plus loin, 28, 19 : Allez, enseignez à toutes les nations, etc.

[22, 10]

2235. Vient ensuite l’exécution : CES SERVITEURS S’EN ALLÈRENT PAR LES CHEMINS, RASSEMBLÈRENT [TOUS CEUX QU’ILS TROUVÈRENT]. Mc 16, 20 : Ceux-ci partirent prêcher partout, avec l’assistance du Seigneur. Mais pourquoi dit-il : LES MAUVAIS COMME LES BONS ? On peut dire que ceux-là, qui étaient d’abord mauvais, sont devenus ensuite bons. Ou bien, on peut dire que, lorsqu’il dit : LES BONS ET LES MAUVAIS, il parle de manière comparative et que, parmi eux, certains sont bons par les vertus civiles. Ou bien : LES BONS ET LES MAUVAIS, parce que, après qu’ils ont été rassemblés, les bons et les mauvais sont mêlés.

ET LA SALLE DES NOCES FUT REMPLIE DE CONVIVES, c’est-à-dire de fidèles. Quelque chose de semblable est présenté plus haut, 13, 48 : Lorsque [le filet] fut rempli, ils le sortirent et, s’asseyant sur le rivage, choisirent les bons pour les contenants et rejetèrent les mauvais.

[22, 11]

2236. LE ROI ENTRA ALORS, etc. Ici est présenté l’examen de ceux qui sont rassemblés. Premièrement, celui qui examine est présenté ; deuxièmement, l’examen ; troisièmement, la condamnation.

Celui qui examine est entré. En effet, il entre lorsqu’il exerce son jugement sur eux, Gn 18, 21 : J’entrerai et je verrai, et cela, lors du jugement final. De même, à la mort. Aussi, lorsque des tribulations sont imminentes pour l’Église.

2237. Mais qui est celui qui est examiné ? IL VIT UN HOMME QUI NE PORTAIT PAS LA TENUE DE NOCES. Quelle est cette tenue ? Le Christ. Nous qui appartenons au Christ, revêtons le Christ, [comme dit] l’Apôtre, Rm 13, 14 : Vous avez revêtu le Seigneur Jésus, le Christ. En effet, certains revêtent le Christ par le sacrement, Ga 3, 27 : Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Certains sont dans le Christ par la charité et l’amour. Col 3, 15 : Par-dessus tout, ayez la charité, qui est le lien de la perfection. Et que la paix du Christ exulte dans vos cœurs, par laquelle vous avez été appelés dans un seul corps. De même, [certains sont dans le Christ] par le rappel de la mort. Aussi, par la ressemblance de leur comportement. Rm 13, 14 : Vous avez revêtu le Seigneur Jésus, le Christ. Porter la tenue nuptiale, c’est donc revêtir le Christ par un bon comportement, par une vie sainte, par une vraie charité, et si une seule chose manque, cela est mal.

[22, 12]

2238. [Le Seigneur] dit donc : MON AMI. Il l’appelle ami à cause de la foi ou parce qu’il l’aimait. Ou l’on peut dire que partout où [le Seigneur] dit « ami », il le dit pour faire des reproches. Ainsi, il lui reproche l’amour dont il l’a aimé.

COMMENT ES-TU ENTRÉ SANS AVOIR LA TENUE DE NOCES ? Mais quelqu’un pourrait dire : « Pour quelle faute l’a-t-il puni, puisqu’il a convié les bons et les mauvais ? » Mais il ne voulait pas que les mauvais viennent, à moins qu’ils ne se soient préparés afin d’être bons.

Ensuite vient la façon dont il a manqué. Vient donc ensuite : L’AUTRE RESTA MUET, car le pécheur ne peut pas avoir de raison suffisante de mépriser la tenue nuptiale. Jb 9, 3 : S’il veut disputer avec lui, il ne trouvera rien à lui répondre.

[22, 13]

2239. Et il conclut sur le sens de la parabole. Une double peine est présentée, la peine du dam et la peine du sens. Car, dans le monde, on atteint la perfection de trois façons : en pensant par l’intelligence, en tendant vers le bien suprême par la volonté et, de même, par l’action. Ainsi donc, LE ROI DIT À SES SERVITEURS : « LIEZ-LEUR LES MAINS ET LES PIEDS ET JETEZ-LES DANS LES TÉNÈBRES EXTÉRIEURES. » Par les pieds, on entend les désirs. Les méchants en ce monde ont des pieds, mais qui ne sont pas liés, car ils peuvent devenir bons. Mais, par la suite, ils seront liés, car ils ne pourront revenir par après. Qo 9, 10 : Tout ce que peut faire ta main, fais-le tout de suite, car il n’y aura ni action, ni connaissance dans l’enfer dont tu te rapproches. De même, l’homme peut maintenant progresser dans la connaissance des vérités, mais alors, non. Il est donc dit : JETEZ-LES DANS LES TÉNÈBRES EXTÉRIEURES. En effet, maintenant, certains pécheurs ne sont pas dans les ténèbres pour ce qui est de la connaissance extérieure, bien qu’ils le soient pour ce qui est de la connaissance intérieure. Mais alors, ils seront dans les ténèbres extérieures. Ou bien, au sens littéral, parce qu’ils le seront non seulement quant à l’âme, mais aussi quant au corps, parce qu’ils seront séparés de la compagnie des saints.

2240. Vient ensuite la peine du sens : LÀ SERONT LES PLEURS ET LES GRINCEMENTS DE DENTS. Les pleurs viennent de la tristesse, les grincements, de la colère. Ac 7, 54 : Ils grinçaient des dents contre lui. Certains pleurent à cause de leurs péchés, s’humilient et sont purifiés. Là, il y aura la tristesse, mais non en vue de l’humilité, car [cette tristesse] tournera à la colère. De même, les grincements proviennent de l’impatience, car l’orgueil de ceux qui te haïssent augmente sans cesse, Ps 73[74], 23. Ou l’on peut dire que cela arrivera lors de la résurrection, car ils seront punis non seulement dans leur âme, mais dans leur corps, ou bien parce qu’ils seront soumis à la chaleur et au froid. Jb 24, 19 : Ils passeront des eaux de neige à une chaleur excessive.

[22, 14]

2241. Ensuite, il conclut : BEAUCOUP SONT APPELÉS, MAIS PEU SONT ÉLUS, car certains ne veulent pas venir et certains n’ont pas la tenue nuptiale. Ainsi, plus haut, 7, 14 : Le chemin qui conduit à la vie est étroit et peu le trouvent.

 

Leçon 2 – Mt 22, 15‑22

[22, 15]

2242. Plus haut, le Seigneur a réfuté les Pharisiens par une parabole ; en second lieu, il éclaire ici en discutant. Premièrement, il répond ; deuxièmement, il formule une objection, en cet endroit : COMME LES PHARISIENS SE TROUVAIENT RÉUNIS, [JÉSUS] LEUR POSA CETTE QUESTION, etc. [22, 34].

Le Seigneur répond à trois questions : la première, à propos de l’acquittement du tribut ; la deuxième, de la résurrection ; la troisième, de la loi. La deuxième [se trouve] en cet endroit : CE JOUR-LA, DES SADDUCÉENS… [22, 23] ; la troisième, en cet endroit : LES PHARISIENS, APPRENANT, etc. [22, 34].

2243. À propos du premier point, il fait trois choses : premièrement, une question est posée ; deuxièmement, la réponse [est donnée] ; troisièmement, l’effet [est décrit]. Le second point [se trouve] en cet endroit : MAIS JÉSUS, CONNAISSANT LEUR PERVERSITÉ [22, 18] ; le troisième, en cet endroit : EN ENTENDANT CELA, ILS FURENT TOUT SURPRIS [22, 22].

Dans cette question, trois choses doivent être considérées : premièrement, l’intention de ceux qui interrogent ; deuxièmement, les agents qui interrogent ; troisièmement, la question. L’intention de ceux qui interrogent est révélée lorsqu’il est dit : ILS ALLÈRENT SE CONCERTER, entre eux, c’est-à-dire qu’ils eurent l’idée stupide DE SURPRENDRE JÉSUS EN PAROLE. Et cela est stupide, car lui-même était la Parole de Dieu, et la Parole de Dieu ne peut être saisie. Si 43, 29 : Nous parlons beaucoup, mais nous manquons de mots. Mais ce fut un dessein impie. Ps 1, 1 : Bienheureux l’homme qui ne se joint pas au conseil des impies et ne se tient pas sur la voie des péchés. Et Gn 49, 6 : Que mon âme ne se joigne pas à leur conseil !

[22, 16]

2244. Les agents sont décrits lorsque [Matthieu] dit : ET ILS LUI ENVOIENT LEURS DISCIPLES ACCOMPAGNÉS DES HÉRODIENS. Mais pourquoi n’y sont-ils pas allés [eux-mêmes] ? La raison est qu’ils voulaient l’interroger par ruse. S’ils y étaient allés, il n’y aurait donc pas eu ruse. Mais ceux [qui y allèrent] étaient leurs disciples. Si 10, 2 : Tel est le gouvernant, tels ses subordonnés.

AVEC DES HÉRODIENS. Qui sont ces Hérodiens ? Selon ce qui est abordé en Luc, la Judée est devenue tributaire des Romains sous Hérode. Ce fils d’Antipater, un étranger, avait été établi roi par les Romains ; il voulut donc forcer les Juifs à payer le cens aux Romains. Les Hérodiens, c’est-à-dire les agents assignés à collecter ce qui avait été instauré par Hérode. Mais celui-ci était déjà mort et il avait laissé trois fils. L’un [s’appelait] Hérode (c’est de celui-ci qu’il est question ici), dont il est dit, en Lc 22, qu’il fut aussi présent lors de la mort du Seigneur. Il était donc facile pour ses serviteurs de se joindre aux autres.

2245. Mais pourquoi y allèrent-ils avec les Hérodiens ? Une raison est que les Hérodiens étaient des partisans de l’empereur. Les disciples des Pharisiens les amenèrent donc avec eux, de sorte que si [Jésus] disait que le tribut devait être acquitté, ils l’accuseraient auprès des Pharisiens ; mais s’il disait qu’[il ne devait pas l’être], alors les Hérodiens s’empareraient de lui. De même, ceux-ci n’étaient pas connus ; ils croyaient donc que [Jésus] ne s’en apercevrait pas. Ils allaient ainsi à l’encontre de Ps 25[26], 4 : Je ne me suis pas assis avec le fourbe, je n’entrerai pas chez l’hypocrite. Autre interprétation : lorsque la Judée était devenue tributaire des Romains, ils étaient divisés, car certains disaient que le peuple voué à Dieu ne devait pas payer le tribut à un homme ; mais d’autres disaient que, parce qu’il travaillait à la paix universelle, tous devaient payer le tribut à César. Ainsi, ceux qui disaient que le tribut devait être payé à César s’appelaient les Hérodiens.

2246. Une fois les agents présentés, la question est présentée. Premièrement, on flatte [Jésus] ; deuxièmement, on l’interroge, en cet endroit : DONNE-NOUS TON AVIS [22, 17].

Les hommes mauvais commencent par la flatterie. Ils ont de bonnes paroles, mais le mal est dans leurs cœurs, Ps 23[24], 3. En premier lieu, ils font l’éloge de [sa] personne ; en second lieu, de [son] enseignement ; en troisième lieu, de [sa] constance.

2247. Ils font l’éloge de sa personne en raison de son autorité et de sa puissance. En raison de son autorité, lorsqu’ils disent : MAÎTRE. Et ils mentent dans leurs cœurs, car ils ne le considéraient pas comme un maître, mais comme un séducteur, comme on le trouve plus loin, 27, 63 : Nous nous sommes rappelé que ce séducteur a dit qu’il ressusciterait le troisième jour, etc. Toutefois il était véritablement un maître, comme [on le lit] plus loin : Vous n’avez qu’un maître, etc. [23, 8]. De même, NOUS SAVONS QUE TU ES VÉRIDIQUE. Celui-là est véridique qui dit la vérité, et cela est propre à Dieu et à celui qui est associé à Dieu. Ps 115[116], 11 : J’ai dit dans mon débordement : « Tout homme est menteur. » Rm 3, 4 : Dieu est véridique, mais tout homme est menteur. Or, le Christ est associé à Dieu par union. Il est donc véridique.

2248. On fait ainsi son éloge en raison de son autorité. Ensuite, on le fait en raison de sa puissance : ET TU ENSEIGNES LA VOIE DE DIEU EN VÉRITÉ. Premièrement, [celui qui enseigne la vérité] doit savoir ce qu’il enseigne. Sg 7, 13 : [La sagesse] que j’ai enseignée sans tromperie et que je transmets sans envie. De même, certains enseignent, mais ce qui n’est pas utile. Or, celui-ci enseigne ce qui est utile, à savoir, le chemin de Dieu. Is 48, 17 : Moi, je suis ton Dieu qui t’enseigne ce qui est utile. De même, certains enseignent ce qui concerne Dieu, mais non pas en vérité, car ils sont hérétiques. Or, celui-ci enseigne en vérité. [Il est question] de cela en Ps 24[25], 4 : Seigneur, montre-moi ta route et enseigne-moi tes sentiers. Conduis-moi dans ta vérité, etc.

2249. De même, ils font l’éloge de sa constance. Ils disent ainsi : « TU NE TE PRÉOCCUPES DE PERSONNE, tu n’omets pas de dire ce que tu dois dire ou faire par crainte de quelqu’un. » Is 51, 12 : Qui es-tu pour craindre un homme mortel ? Et pourquoi ? CAR TU NE TIENS PAS COMPTE DU RANG DES PERSONNES, à savoir, à l’encontre de Dieu. Celui-là tient compte du rang des personnes qui, en raison d’un individu, s’abstient de dire la vérité qu’il doit dire. Dt 1, 17 : Vous ne ferez acception de personne. Et voyez comme ils sont mauvais. La question comportait deux membres : ne pas acquitter [le tribut] concernait l’honneur de Dieu ; l’acquitter, la faveur des hommes. Ils voulaient donc qu’il recherche la faveur de Dieu et enseigne le chemin du Seigneur. S’il répondait [qu’il ne fallait pas acquitter le tribut], ce qu’ils souhaitaient, il aurait aussitôt été saisi par les Hérodiens.

[22, 17]

2250. Vient ensuite l’interrogation : DONNE-NOUS DONC TON AVIS : EST-IL PERMIS OU NON DE PAYER LE CENS À CÉSAR ? Le cens était le tribut qui était versé par tête.

[22, 18]

2251. La réponse suit : MAIS JÉSUS, CONNAISSANT LEUR PERVERSITÉ, RÉPONDIT. Premièrement, il répond à ce qu’ils ont en tête ; deuxièmement, à ce qu’ils disent, en cet endroit : RENDEZ [À CÉSAR] [22, 21].

Parce qu’il appartient à l’homme de répondre aux paroles et à Dieu de répondre à ce qu’on a en tête, et parce que le Christ est Dieu et homme, il répond donc aux deux choses. Dieu scrute les reins et les cœurs, Ps 7, 10. HYPOCRITES. Et [le Seigneur] dit à juste titre : HYPOCRITES, car sont précisément hypocrites ceux qui pensent une chose et en disent une autre. POURQUOI ME TENDEZ-VOUS UN PIÈGE ? En effet, cela est défendu. Dt 6, 16 : Tu ne mettras pas ton Dieu à l’épreuve. De même, ceux-ci s’étaient adressés au Christ en le flattant, mais le Christ répond de façon mordante, parce qu’il répond à ce qu’ils ont dans le cœur, et non à leurs paroles. Il nous donne ainsi l’exemple que nous ne devons pas croire les flatteurs. Pr 29, 12 : Le dirigeant qui écoute volontiers les paroles mensongères n’a que des impies comme serviteurs. De même, lorsqu’il veut répondre quelque chose, il ne peut mieux réfuter un adversaire que selon ses propres paroles.

[22, 19]

2252. En premier lieu, donc, il pose une question ; en second lieu, il tire la vérité de la réponse.

Premièrement, il s’enquiert de la pièce de monnaie ; en second lieu, de l’effigie (il voulait en effet montrer ce qu’il pensait au moyen des sens). Pr 14, 6 : L’enseignement des sages est facile.

[Le Seigneur] dit : MONTREZ-MOI LA MONNAIE DE L’IMPÔT, c’est-à-dire le denier qui était donné en impôt. Ce denier valait dix deniers courants et chacun acquittait un denier.

[22, 20-21]

2253. Ensuite, il s’enquiert de l’effigie : DE QUI EST L’EFFIGIE ET L’INSCRIPTION QUE VOICI ? En effet, à chaque effigie du denier public est jointe une inscription. Il en était de même pour celui-ci.

ILS RÉPONDENT : « DE CÉSAR. » Comprenez, non pas de César Auguste, mais de Tibère César. Et vous devez comprendre que, si le Seigneur interrogeait, ce n’était pas par ignorance, mais plutôt par une disposition de sa part. Il était assez âgé et avait suffisamment vécu parmi les hommes pour connaître l’effigie du denier, mais il en demande la signification. En conséquence, il conclut par la vérité : RENDEZ DONC À CÉSAR CE QUI EST À CÉSAR, ET À DIEU CE QUI EST À DIEU, comme s’il disait : « Vous appartenez à Dieu et à César, et vous utilisez ce qui appartient à Dieu et à César. Vous tenez des richesses naturelles de Dieu, à savoir, le pain et le vin, et vous en donnez à Dieu ; vous tenez de César ces choses artificielles que sont les deniers ; rendez ces choses à César. »

2254. Le sens mystique est le suivant : nous avons une âme qui est à l’image de Dieu ; nous devons donc la rendre à Dieu. Pour ce qui est des choses que nous tenons du monde, nous devons être en paix avec le monde. Même les saints hommes qui sont maintenant au-dessus du monde, parce qu’ils vivent dans le monde avec les autres, doivent cependant chercher la paix avec Babylone, comme on le trouve en Ba 1, 10s. Et cela veut dire que tout ce qui vient de la chair, ce qui vient du monde ou des hommes avec lesquels ils vivent, ils doivent le rendre à Dieu.

[22, 22]

2255. Vient ensuite l’effet : À CES MOTS, ILS FURENT TOUT SURPRIS ET, LE LAISSANT, ILS S’EN ALLÈRENT. Cela était étonnant, car, après avoir constaté sa sagesse, ils auraient dû aussitôt se convertir. Mais ils ne purent pas comprendre et ils s’en allèrent. Ps 138[139], 6 : Tu as une science qui me dépasse, d’une hauteur que je ne puis atteindre.

 

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